Site héritage du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie

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Aleksandar Vasiljević


Aleksandar Vasiljević
was a été adjoint du chef de la sécurité dans l'Armée populaire yougoslave (JNA) de 1990 à 1991, qu’il a ensuite commandée jusqu'en 1992, avant d’être de nouveau adjoint du chef dans l'armée qui a succédé à la JNA, l'Armée yougoslave ( VJ), de 1999 à 2000.


Le général Aleksandar Vasiljević rapporte que Slobodan Milošević contrôlait les nominations aux postes clés, dont celui du ministre serbe de l'Intérieur:

Question : « Est-ce que l'accusé avait une influence, quelle qu'elle soit, s'agissant de la nomination de personnes au ministère de l'Intérieur? Il est manifeste qu'il avait ce pouvoir, mais est-ce qu'il utilisait ce pouvoir?
Réponse : La procédure, pour ce qui est de la nomination des ministres au sein du gouvernement, est claire. Ils sont proposés par le mandataire, à savoir le Premier ministre. Et je crois que, sans aucun doute, parmi les postes clés, il y a le ministère de l'Intérieur. Je crois qu'il ne fait aucun doute que l'accusé ait eu une très grande influence pour ce qui est de la nomination des cadres dans ce ministère. C'étaient ses hommes. Et l'on passait par le Parlement pour formaliser la procédure, c'est-à-dire la décision. Et là, au Parlement, la majorité était détenue par le Parti socialiste de Serbie dont l'accusé était le Président. Il était donc aisé de voter au Parlement ce qui avait déjà été prévu comme étant les solutions au niveau des cadres adoptées par le parti.

Q. A qui cette sécurité d'État de la Serbie était-elle directement subordonnée?
Réponse: Concrètement, à l'époque elle était subordonnée au Président de Serbie, c'est-à-dire à Slobodan Milošević.

Q. Lorsqu'il est devenu Président de la RFY, quelle a été la situation au sein des services de sécurité d'État de Serbie? A qui étaient-ils subordonnés?
R: En très peu de temps, les services de Sécurité d'État de Serbie ont été subordonnés contrairement aux dispositions en vigueur à l'époque, donc toujours subordonnés au Président Milošević, qui était Président de la Yougoslavie. »

Le général Aleksandar Vasiljević a déclaré que l'Armée croate de Bosnie et l'Armée serbe de Bosnie (SVK et VRS, respectivement) étaient considérées comme faisant partie de l'Armée yougoslave (VJ):

« Objectivement, il y avait deux armées dans deux États; et la République fédérale de Yougoslavie, un État tiers, considérait ces armées-là comme lui appartenant, car elle leur apportait un financement, un soutien en matériel, une fourniture de cadres professionnels et ainsi de suite. »

Le général Aleksandar Vasiljević a compté parmi les principaux témoins initiés. Ayant servi dans le département de l'Armée nationale yougoslave (JNA) en 1990 et 1991, et dans l'Armée yougoslave qui lui a succédé (VJ) de 1999 à 2000, Aleksandar Vasiljević a présenté des éléments de preuve liés aux actes d’accusation dressés contre Slobodan Milošević pour crimes commis en Croatie, en Bosnie-Herzégovine, et au Kosovo.

Le général a expliqué en détails le fonctionnement de la hiérarchie militaire de la JNA et de la VJ, montrant précisément l'autorité juridique que Slobodan Milošević et ses coaccusés exerçaient sur les forces militaires qui, selon l'Accusation, avaient commis des crimes. Vasiljević a aussi expliqué par quelles voies hiérarchiques les informations étaient transmises, aidant ainsi à démontrer que Slobodan Milošević et les coauteurs présumés de ses crimes étaient en mesure d’être informés des crimes qui étaient commis. Le témoignage de Vasiljević a corroboré un nombre considérable d'éléments de preuve selon lesquels l'Armée des Serbes de Croatie (SVK) et celle des Serbes de Bosnie (VRS) étaient en fait des subdivisions de la VJ.

En tant qu'adjoint au chef de l'administration de la sécurité militaire dans la JNA et dans la VJ, le général Vasiljević disposait aussi d’informations détaillées quant au rôle que le ministre de l’Intérieur serbe, son Service de la sécurité d’État, les unités spéciales, et les groupes paramilitaires avaient joué dans les conflits. Vasiljević a rapporté que le pouvoir au sein du ministère de l’Intérieur était véritablement détenu par le chef de la Sécurité d’État serbe, Jovica Stanišić qui, selon Vasiljević, était directement lié à Milošević.  Vasiljević a déclaré que Slobodan Milošević avait nommé le chef de la Sécurité d’État et s’était comporté avec lui comme s’il était d’un rang supérieur à celui du ministre de l’Intérieur, contrairement à ce que prévoyait la loi. Vasiljević a aussi témoigné du fait que Jovica Stanišić apportait son soutien à la plupart des unités paramilitaires qui opéraient en Croatie, ainsi qu’aux forces de la défense territoriale. Grâce à sa déposition sur les crimes commis par ces unités, Vasiljević a établi un lien direct entre Slobodan Milošević et les auteurs des crimes sur le terrain, placés sous les ordres de Jovica Stanišić.

Le général Vasiljević  a présenté un témoignage important  pour comprendre l’autorité de Slobodan Milošević sur des institutions clés et sur des individus qui, selon le Procureur,  avaient pris part à des crimes. Vasiljević a affirmé qu’en plus de l’autorité qu’il exerçait sur le service de la Sécurité d’État, Milošević exerçait une autorité sur la Présidence de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, qui commandait la JNA. Vasiljević a déclaré qu’en raison de l’autorité qu’il exerçait, Milošević « était en mesure, de fait, d'exercer son influence sur quatre membres de cette Présidence, à savoir ceux qui venaient de la Serbie ainsi que du Kosovo et de la Metohija, puis de la Voїvodine. » Vasiljević a aussi expliqué qu’en raison de son poste de chef du Parti socialiste de Serbie, qui formait la majorité dans les parlements de la république et les parlements fédéraux, Milošević pouvait s’assurer que les candidats de son choix seraient élus à des postes ministériels.

Le général Aleksandar Vasiljević était un officier  de  carrière  yougoslave. De 1986 à 1988,  il a été chef du contre-renseignement dans l'administration de la sécurité que l'on appelait alors « SSNO », le secrétariat fédéral à la défense populaire. De juillet 1990 à juin 1991, il a été adjoint au chef de  l’Administration de la sécurité du SNNO, qu’il a dirigée à partir du 16  juin 1991. Le 8 mai 1992, il a été mis en retraite anticipée. Sept ans après, le 7 avril 1999, lors de la campagne de bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie, le général Vasiljević a offert ses services au pays. Il a été nommé à l’époque chef adjoint du Service de sécurité de l’Armée yougoslave, poste qu’il a conservé jusqu’en mars 2000. Le général Vasiljević a ensuite été nommé adjoint au chef de la sécurité de l’armée. Il a pris sa retraite le 31 décembre 2000, et a quitté l’armée le 31 mars 2001. Le général Vasiljević a été cité dans l’acte d’accusation dressé contre Slobodan Milošević comme l’un des coauteurs des crimes dont il devait répondre relativement à la  Croatie. Il n’a toutefois pas été mis en accusation.

Aleksandar Vasiljević a témoigné du 5 au 18 février 2003. Pour le compte-rendu de son témoignage complet, voir la page Les affaires.