Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 22 novembre 2004

2 [Audience publique]

3 --- L'audience est ouverte à 9 heures 04.

4 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

5 M. KHAN : [interprétation] Avant que M. Topolski ne prenne la parole, je

6 dois préciser à Monsieur le Président, Madame, Monsieur les Juges, ce qui

7 va se passer. J'ai informé l'Accusation vendredi avant le témoignage de M.

8 Lehtinen, voire avant même le début de son contre-interrogatoire que je

9 n'allais pas le contre-interroger, car son témoignage est, en fait, la

10 suite des déclarations liminaires.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui.

12 M. KHAN : [interprétation] Si après avoir entendu d'autres témoins, je vous

13 demande de bien vouloir avoir l'autorisation de rappeler M. Lehtinen comme

14 étant un salarié des Nations Unies. Je crois que l'Accusation ne s'oppose

15 pas à cela. Je voulais simplement vous signaler ceci, Monsieur le

16 Président, Madame, Monsieur les Juges, pour que vous compreniez la manière

17 dont le contre-interrogatoire va se dérouler aujourd'hui.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Du point de vue de la Chambre de

19 première instance, vous devriez procéder comme suit dans le cas où le cas

20 se présenterait. Vous devriez à ce moment-là, faire une demande de rappeler

21 le témoin. Il ne s'agit pas de pouvoir vous accorder l'autorisation

22 aujourd'hui. Cela ne rentre dans une procédure normale que de vous accorder

23 le droit de rappeler un témoin. Néanmoins, si les circonstances le

24 justifient, à ce moment-là, vous pourriez vous attendre à ce qu'on fasse

25 droit à votre demande.

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1 M. KHAN : [interprétation] Merci beaucoup.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

3 M. GUY-SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, je me trouve dans la

4 même situation à vrai dire.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui. Ce que je comprends très bien.

6 M. GUY-SMITH : [interprétation] Merci.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous savons qu'il y a une certaine

8 coopération entre la Défense, le Conseil A et B. Nous savons que dans

9 l'intérêt de la rapidité, il est bien que les choses se passent ainsi.

10 M. GUY-SMITH : [interprétation] J'ai toujours favorisé la rapidité.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous allons maintenant faire entrer le

12 témoin.

13 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Lehtinen, je souhaite vous

15 rappeler que vous avez fait une déclaration solennelle au début de votre

16 témoignage, et que ceci s'applique aujourd'hui également.

17 LE TÉMOIN: OLE LEHTINEN : [Reprise]

18 [Le témoin répond par l'interprète]

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Topolski, vous avez la parole.

21 M. TOPOLSKI : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président,

22 Madame, Monsieur les Juges.

23 Contre-interrogatoire par M. Topolski :

24 Q. [interprétation] Monsieur Lehtinen, puis-je vous demander encore une ou

25 deux questions, s'il vous plaît, à propos de l'enquête en termes généraux,

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1 et ensuite quelques questions sur votre témoignage dans le cadre de

2 l'interrogatoire principal de la semaine dernière.

3 R. Oui.

4 Q. Monsieur Lehtinen, au cours de votre enquête autour de Lapusnik, avez-

5 vous rencontré des personnes qui se trouvaient là en 1998, et qui n'avaient

6 pas connaissance de centres de détention ?

7 R. Oui, absolument.

8 Q. Ces personnes étaient-elles des personnes qui faisaient partie de l'UCK

9 à l'époque ?

10 R. Oui. Il s'agissait surtout de personnes qui faisaient partie de l'UCK à

11 ce moment-là.

12 Q. Pour ce qui est de la rencontre avec un certain nombre de personnes, je

13 souhaite simplement voir si je puis établir ceci, Monsieur Lehtinen :

14 lorsqu'il y a un contact qui est établi entre un enquêteur et un témoin,

15 après qu'un témoin ait fait des déclarations et des entretiens, autrement

16 dit des contacts ultérieurs, ces entretiens sont-ils enregistrés ? Est-ce

17 que l'on prend des notes sur ce qui est dit au cours de cet entretien ?

18 R. Oui.

19 Q. Lorsque cela s'avère nécessaire, est-ce qu'on prend des notes sur le

20 contenu de ces mêmes entretiens ?

21 R. Oui.

22 Q. Vendredi soir, j'ai eu du mal à me souvenir du nom de ce médecin de

23 Lapusnik. Zeqir Gashi, le Dr Zeqir Gashi. Avez-vous rencontré quelqu'un

24 portant ce nom ?

25 R. Je ne me souviens pas. Je ne sais pas si c'est le même médecin. J'ai

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1 oublié de vérifier moi-même.

2 Q. Faites-le nous savoir s'il vous plaît, mon soucis devient le vôtre dès

3 lors.

4 Au cours de vos différentes enquêtes, avez-vous recherché l'aide des

5 autorités serbes lorsque cela s'avérait nécessaire ?

6 R. Oui. Nous avons utilisé des documents qui nous ont été fournis par les

7 autorités serbes.

8 Q. Ce n'est pas tout à fait la question que je vous ai posée. Je sais que

9 vous avez utilisé des documents. La question que je vous ai posée : avez-

10 vous recherché l'aide des autorités serbes ?

11 R. Oui, effectivement.

12 Q. Les autorités serbes vous ont-elles jamais encouragé à explorer

13 certains domaines au cours de votre enquête ?

14 R. Nous avons reçu des éléments d'information qui nous ont orientés au

15 cours de notre enquête.

16 Q. Vous ont-ils aidé d'une manière ou d'une autre à établir l'identité de

17 certains individus avec lesquels vous avez souhaité par la suite entrer en

18 contact ?

19 R. Oui, c'est fort possible. Je ne me souviens pas exactement. Je ne me

20 souviens pas d'un cas précis, mais c'est fort possible.

21 Q. Je vais simplement vous donner un exemple, L27. Les autorités serbes

22 vous ont-elles indiqué que c'était quelqu'un qu'il fallait contacter ?

23 R. L27 s'est présenté à nous avant, je ne me souviens pas si nous avons

24 reçu de quelconque élément d'information de la part de ces autorités serbes

25 à son égard.

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1 Q. Quoi qu'il en soit, pour ce qui est d'un quelconque témoin qui sera

2 entendu ou non par le Tribunal, les autorités serbes vous ont-elles fourni

3 des documents écrits ou d'autres éléments d'information consignés par

4 écrit ?

5 R. Oui.

6 Q. Tout ce a-t-il été communiqué ?

7 R. D'après ce que j'ai compris tout ce qui est pertinent a été communiqué.

8 Q. Je vous ai, vendredi après-midi, posé des questions sur la motivation

9 des témoins et la réponse des enquêteurs. Vous souvenez-vous de cela ?

10 R. Oui.

11 Q. Les règlements de compte vous souvenez-vous de cela ?

12 R. Oui.

13 Q. Je souhaite maintenant que nous nous tournions votre propre dossier.

14 Intercalaire 21 à 32, et je vais vous demander ainsi qu'à Monsieur le

15 Président, Madame, Monsieur les Juges, de vous tourner vers l'intercalaire

16 27.

17 Monsieur Lehtinen, ce que nous avons ici est décrit comme étant une

18 déclaration préalable de témoin, de l'accusé que je représente, Isak

19 Musliu. Je me demande si je peux vous demander de regarder la deuxième page

20 de ce même document.

21 R. Oui.

22 Q. Et nous confirmer, si vous voulez bien, qu'au milieu de la page Musliu

23 dit ceci: "Je puis vous dire que je ne sais rien à propos de personnes

24 portées disparues. Peut-être que ces personnes portées disparues ont

25 collaboré avec les Serbes autrefois. Je ne sais pas." Est-ce que vous y

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1 êtes ?

2 R. Oui.

3 Q. Ce qui m'intéresse plus particulièrement, c'est le paragraphe suivant :

4 "Nous savons tous également ce que représente la vengeance par le sang.

5 Ceci peut également une motivation pour les personnes qui citent mon nom

6 dans certains cas, ou qui mentent à mon sujet. Je n'ai donné aucun ordre

7 aux fins de kidnapper ou de tuer. Certaines personnes utilisent mon nom mal

8 à propos. Ils mentent sur mon compte."

9 Monsieur Lehtinen, au fil de la procédure, nous allons entendre un

10 témoignage d'un expert sur cette vengeance sanglante. Est-ce que je puis

11 vous demander, si vous connaissez la société et l'histoire du Kosovo, est-

12 ce un caractère saillant de l'histoire du Kosovo, de la société kosovare

13 depuis des décennies, cette vengeance par le sang ?

14 R. C'est ainsi que je le comprends.

15 Q. Sur le même sujet, mais je vais citer une source différente. Je vais

16 vous demander de bien vouloir vous tourner vers les documents que nous

17 avons préparés pour votre contre-interrogatoire qui nous a été remis

18 vendredi.

19 R. C'est Monsieur l'Huissier qui l'a pris. C'est un classeur vert.

20 M. GUY-SMITH : [aucune interprétation] Non, c'était le mien.

21 M. TOPOLSKI : [interprétation]

22 Q. Je vais vous demander de bien vouloir vous tourner vers l'intercalaire

23 numéro 11, s'il vous plaît. Ce que nous avons ici est une interview

24 organisée par vous-même, d'un monsieur appelé Sahid Becaqi, entretien qui a

25 été mené les 15 et 20 mai de l'année 2003; est-ce exact ?

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1 R. C'est exact.

2 Q. Savez-vous si vous saviez qu'on avait l'intention de citer à la barre

3 ce monsieur comme témoin ?

4 R. Je ne sais pas. Je ne pense pas que son nom figure sur la liste des

5 témoins de l'Accusation.

6 Q. Bien. Nous pouvons simplement regarder ce document, ou en tout cas, ces

7 extraits. Au paragraphe 10, je vous prie. Tout ceci est sous la rubrique,

8 Monsieur Lehtinen, de personnes qui font de fausses déclarations. Au

9 paragraphe 10, il s'agit d'une déclaration signée. Le témoin précise comme

10 suit : "L'enquêteur me dit qu'il y a quelques éléments d'information qui

11 précisaient que d'autres m'auraient vu dans la ferme, qui aurait

12 prétendument été utilisée comme centre de détention de l'UCK au cours de la

13 deuxième moitié du mois de juillet 1998. Je suis sûr, absolument sûr, que

14 cela n'est pas possible. Les personnes qui prétendent cela fabriquent cette

15 histoire de toutes pièces, ou ils m'ont pris pour quelqu'un d'autre. Comme

16 je l'ai dit plus tôt, je n'ai jamais visité une maison ou une cour d'une

17 maison à Lapusnik."

18 C'est tout à fait clair. M. Beqaj dit que si quelqu'un l'a vu à cet

19 endroit, il s'agit certainement d'une erreur. N'est-ce pas ?

20 R. Oui.

21 Q. Puisque ce document est ouvert, je vous demande de bien vouloir passer

22 à la page suivante, au paragraphe 13, s'il vous plaît. Ici, il poursuit en

23 disant qu'il sait que d'autres personnes parlent à son sujet en disant

24 qu'il était dans le camp. Numéro 13 : "Pour ce qui est de cette enquête, je

25 me suis entretenu avec certaines personnes, et je sais que certaines

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1 personnes m'ont dit qu'ils m'ont vu dans le centre de détention de

2 Lapusnik."

3 Monsieur Lehtinen, puis-je interrompre cette citation, et vous demander

4 ceci : est-il exact que, pour ce qui est d'un grand nombre de témoins que

5 nous allons entendre, que tout ceux-ci vivent relativement près les uns des

6 autres ? J'entends relativement près les uns des autres ?

7 R. C'est exact.

8 Q. Nous ne parlons pas ici des grands territoires australiens ou

9 américains, n'est-ce pas ?

10 R. Non, du tout, effectivement.

11 Q. Je ne sais pas pourquoi j'ai cité l'Australie, mais bon. La famille

12 dont j'ai cité le nom un peu plus tôt, dit le témoin, "est une famille avec

13 laquelle j'ai eu un différend, et se rapproche d'un homme," je ne vais pas

14 citer son nom. "Ils vivent l'un à côté de l'autre. Je sais, je le connais.

15 Je sais qu'il vient d'un certain endroit, et cela remonte à un très grand

16 nombre d'années. Je l'ai souvent vu porter l'uniforme de la police serbe."

17 Monsieur Lehtinen, par rapport à l'homme qui est évoqué ici, L27, avez-vous

18 jamais entendu ces propos de la bouche de quelqu'un d'autre, autrement dit

19 que L27 avait été vu portant l'uniforme serbe ?

20 R. Non. Je ne me souviens pas avoir entendu cela de la bouche de quelqu'un

21 d'autre.

22 Q. Vous-même, ou quelqu'un d'autre en votre nom, a-t-il fait des enquêtes

23 auprès des autorités serbes concernant cette allégation assez grave ?

24 R. Je n'en suis pas certain. Moi-même, non.

25 Q. Pourquoi non ?

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1 R. Je suppose que je n'en ai pas eu l'occasion.

2 Q. Mai 2003, ce témoin qui avait signé sa déclaration, avait dit cela,

3 c'était un fait. Peut-être qu'il mentait, peut-être qu'il vous induisait en

4 erreur, ou peut-être même qu'il vous disait la vérité, n'est-ce pas,

5 Monsieur Lehtinen ?

6 R. Oui, c'est exact.

7 Q. J'aimerais savoir quelles enquêtes vous avez menées concernant cette

8 allégation qui est néanmoins très grave, n'est-ce pas ?

9 R. Oui.

10 Q. L27, après tout, c'est la raison pour laquelle nous sommes tous ici,

11 comme l'a dit M. Cayley. Donc, je souhaite savoir quelles enquêtes ont été

12 menées à propos de cette allégation qui est une allégation grave.

13 R. Ce que j'ai fait dans le cas présent, après avoir entendu ceci, je me

14 suis entretenu avec l'enquêteur, qui a entendu le témoin en question, et

15 qui lui a rapporté ces éléments d'information. Je lui ai demandé d'en

16 parler directement au témoin.

17 Q. Bien sûr, L27 a nié ceci.

18 R. L27 a nié tout ceci et l'affaire en est restée là. C'est cela ?

19 R. Oui, ce sont tous les éléments d'information qui m'ont été rapportés.

20 Q. Cela n'est pas la question que je vous ai posée. Etait-ce la fin de

21 l'enquête portant sur l'allégation en vertu de quoi L27 aurait été vu

22 portant un uniforme serbe ? Si vous savez autre chose, dites-le nous, s'il

23 vous plaît.

24 R. Oui. L'affaire s'est arrêtée là. C'est tout ce que je sais, du moins.

25 Q. En ce qui vous concerne. A votre avis, à qui dois-je poser la question

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1 pour savoir si quelque chose a été fait en la matière ? C'est la dernière

2 question que je souhaite poser concernant ce sujet.

3 R. Je puis vous indiquer quelqu'un, aie-je le droit de citer des noms ?

4 Q. Je ne vois pas pourquoi.

5 R. Je pense que c'est à M. Howard Tucker qu'il faudra poser la question.

6 Q. On voit que le témoin, dans sa déclaration, poursuit en décrivant

7 l'uniforme qui était de couleur vert clair. La police serbe portait-elle un

8 uniforme vert clair ?

9 R. Non, pas à ma connaissance.

10 Q. Les autorités serbes portaient-elles un uniforme vert clair ?

11 R. Oui. L'armée, oui. Les soldats de l'armée.

12 Q. Les soldats de l'armée. D'après vous, les représentants de l'autorité

13 serbe parfois ne portaient pas d'insignes sur leurs uniformes, à votre

14 avis. Etait-ce le cas ?

15 R. Je n'ai pas d'éléments très précis là-dessus, mais c'est possible.

16 Q. Une question que je souhaite vous poser qui découle du paragraphe

17 suivant. "J'ai un jour rencontré cette personne. Il était en vacances, et

18 il m'a dit qu'il avait également été à Lapusnik, qui m'a demandé de l'aider

19 et de se présenter comme témoin dans cette affaire. Je ne sais pas s'il

20 avait été à Lapusnik lui-même; je savais simplement que son père avait été

21 porté disparu. Il a dit qu'il pourrait m'aider financièrement si j'étais

22 disposé à venir témoigner. Il s'agissait d'une réunion lors de

23 fiançailles."

24 Quelqu'un n'a-t-il jamais enquêté sur cette prétendue réunion entre

25 L27 et le témoin qui parle ici ?

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1 R. Oui, encore fois, M. Howard Tucker.

2 Q. Sans résultat ?

3 R. Oui, sans résultat.

4 Q. Vous-même avez-vous pris part à aucun entretien pour savoir s'il était

5 pertinent, par exemple, de mettre sur écoute cette personne en question ?

6 R. De quelle personne parlez-vous ?

7 Q. De la personne qui a fait cette déclaration.

8 R. Non.

9 Q. Un peu plus loin, "Son oncle avait mené une enquête et m'avait

10 demandé," c'est M. Beqaj qui parle, m'a demandé "ce que je savais à propos

11 de Lapusnik." Il m'a dit qu'il pouvait me donner de l'argent si je lui

12 fournissais des éléments d'information sur le commandant de Lapusnik. Etant

13 donné que je n'ai pas pu lui fournir des éléments d'information, il ne m'a

14 plus jamais reparlé."

15 Quelqu'un n'a-t-il jamais enquêté sur la question d'un

16 pot-de-vin ici.

17 R. Je sais que la question a été posée à cet oncle, et il a nié ce fait.

18 Q. L'enquête n'est pas allée plus loin; c'est exact ?

19 R. C'est exact.

20 Q. Nous avons, vendredi après-midi, parlé de l'identité de certaines

21 personnes. Vous vous souvenez, nous avons parlé de plusieurs personnes

22 portant la barbe. Nous vous avons montré une photographie, et vous avez

23 établi que l'identité de la personne sur la photo était Musliu portant la

24 barbe. Vous en souvenez-vous ?

25 R. Oui.

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1 Q. M. Whiting nous a très gentiment fourni ce matin une série de photos.

2 Je me demande si le moment est approprié, Madame, Monsieur les Juges, si

3 nous pouvons remettre une des ces photos au témoin, et d'avoir un numéro de

4 cote, s'il vous plaît. Je crois que c'est ainsi qu'il faut procéder.

5 M. TOPOLSKI : [interprétation] Combien d'exemplaires vous faut-il ? Peut-

6 être que nous pourrions placer ceci derrière la photographie de M.

7 Lehtinen, le numéro 2. M. Whiting me dit que ce n'est pas ainsi que je dois

8 procéder. Je dis ce que l'on me demande de faire. Il faut demander un

9 numéro de cote, et cela deviendra une pièce de la Défense.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je heureux de constater que certains

11 éléments de la procédure sont parfois complexes, mais nous sommes dans la

12 même situation. Je crois que c'est ainsi. Telle est la procédure que nous

13 devons adopter. Nous avons malheureusement pris de mauvaises habitudes dans

14 d'autres institutions, mais quand tout sera terminé ici, je crois que nous

15 aurons finalement compris comment cela marche.

16 M. TOPOLSKI : [interprétation] Puis-je vous demander, s'il vous plaît, quel

17 numéro vous donner à cette pièce ?

18 M. LE GREFFIER : [interprétation] Maître Topolski, il s'agit de la pièce de

19 la Défense comportant le numéro DM1.

20 M. TOPOLSKI : [interprétation]

21 Q. Je vous demande de bien vouloir regarder le DM1. S'agit-il d'une série

22 de photos qui a été montrée au témoin dont vous nous avez révélé l'identité

23 vendredi; est-ce exact ?

24 R. Oui, c'est exact.

25 Q. Est-ce que vous pouvez confirmer que le numéro 2 est bien l'image de

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1 Musliu, qui a été extraite de votre propre dossier vendredi ?

2 R. C'est exact.

3 Q. Monsieur Lehtinen, avez-vous enquêté sur le propre dossier de M.

4 Musliu, dossier de l'armée ?

5 R. De l'UCK ? Non, les archives de l'UCK.

6 Q. Non, l'année 1980 ?

7 R. Non.

8 Q. Non. Je ne peux pas vous poser des questions là-dessus, et vous ne

9 pouvez ni confirmer ni infirmer.

10 R. C'est exact.

11 Q. Je vais procéder différemment. Je ne vais pas perdre le temps de la

12 Chambre.

13 Je souhaite maintenant me tourner vers d'autres sujets sur lesquels vous

14 avez témoigné la semaine dernière. Vous avez parlé du déploiement des

15 forces serbes. C'est la photographie numéro 8 de toute la série de photos

16 que nous avons. Ceci montre ce même déploiement de l'armée. Je vous demande

17 de bien vouloir regarder cette photographie numéro 8; c'est la pièce de la

18 Défense P1 ?

19 R. Oui.

20 Q. Monsieur Lehtinen, si j'ai bien compris le témoignage que vous avez

21 fait, la ligne rouge que l'on voit sur cette photographie indique la

22 position des forces serbes, et à la droite de cette ligne pour la période

23 qui nous concerne; est-ce exact ?

24 R. Cela n'est pas exact.

25 Q. Effectivement, je vous ai mal compris dans ce cas.

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1 R. Ce trait rouge signale la ligne de front de l'UCK à Lapusnik, dans la

2 direction des forces serbes qui étaient positionnées de l'autre côté de la

3 vallée.

4 Q. Merci. Je crois que cela revient au même. Néanmoins, d'après vous, est-

5 ce que vous diriez que les forces serbes, pour la période qui nous

6 concerne, à savoir, la fin du printemps, le début de l'été 1998, étaient

7 déployées à la droite de cette ligne rouge quelque part ?

8 R. Oui. Sur la photo, c'est derrière la ligne rouge, mais pas

9 immédiatement derrière la ligne rouge.

10 Q. J'entends bien. Est-ce que vous dites bien dans votre témoignage que

11 les forces n'étaient déployées qu'à cet endroit-là au printemps et à

12 l'automne de l'année 1998 à Lapusnik ?

13 R. Pour ce qui est de cette partie de Lapusnik, oui.

14 Q. Est-ce que d'après votre réponse je dois comprendre que les forces

15 serbes ont été déployées ailleurs hormis la région de Lapusnik ?

16 R. D'après moi, oui. La partie nord près de l'autoroute de Pristina-Peja,

17 il y avait les forces serbes qui étaient au nord de cette région.

18 Q. Qu'en est-il des trois autres points du Kompas ? Les forces serbes,

19 d'après vous, étaient-elles déployées dans d'autres directions autour de

20 Lapusnik de temps en temps ?

21 R. Je ne comprends pas ce que vous dites lorsque vous parlez de la

22 boussole.

23 Q. J'entends au sud-est et à l'ouest. Je parle de la boussole ici.

24 R. Non, je ne sais pas. Je n'ai pas d'élément à cet effet.

25 Q. Vous nous avez dit, jeudi dernier, je crois, lorsque vous avez regardé

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1 l'image numéro 8, que Fadril Cedraho, un témoin à charge dans cette

2 affaire, vous a permis d'identifier les positions de combat, que vous avez

3 pu reconnaître sur cette carte.

4 R. C'est exact.

5 Q. Est-ce lui également qui vous a fourni des éléments concernant le

6 déploiement des forces serbes ?

7 R. En partie, oui.

8 Q. Des Serbes, vous ont-ils fourni des sources ou des éléments sur le

9 déploiement des forces serbes ?

10 R. Oui.

11 Q. Connaissez-vous la nature de ces forces ? Ce que je veux dire par là,

12 savez-vous s'il agissait de forces terrestres, d'éléments d'artillerie ?

13 Est-ce que vous connaissez ce genre de choses ?

14 R. Oui.

15 Q. Est-ce que qu'il y avait manifestement parmi ces forces, des éléments

16 terrestres ?

17 R. Oui.

18 Q. Des éléments d'artillerie ?

19 R. Oui.

20 Q. Les forces de l'air également ?

21 R. Ici, en ce cas précis, dans cette zone, je ne sais pas.

22 Q. Est-ce qu'il y avait des chars ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-ce qu'il y avait des véhicules transporteurs de troupes, des

25 blindés ?

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1 R. Oui.

2 Q. Parlant des positions de combat occupées par l'UCK, est-ce que Cedraho

3 était la source principale de vos renseignements ?

4 R. Oui.

5 Q. Veuillez prendre ce plus petit fascicule avec les photographies,

6 la pièce de l'Accusation P6, qui s'intitule "Lieux ou emplacements". Je

7 vais rapidement vous poser quelques questions s'agissant de deux de ces

8 lieux. Il s'agit de la photographie numéro 24, Monsieur Lehtinen.

9 R. Je l'ai.

10 Q. Je pense que je viens de poser une question à propos d'un blindé

11 transporteur de troupes. Est-ce qu'on en voit un sur cette photo ?

12 R. Oui, la police du MUP utilisait ce genre de véhicules.

13 Q. Vous parlez de la police du MUP ?

14 R. Oui.

15 Q. Est-ce qu'on voit des membres du MUP debout autour de ce véhicule ?

16 R. C'est ce que j'ai cru comprendre.

17 Q. De quelle couleur est leur uniforme ?

18 R. Bleu ou gris.

19 Q. Bleu ou gris, dites-vous. Pourriez-vous nous dire quand cette photo a

20 été prise ?

21 R. D'après le témoin, au cours de l'été 1998.

22 Q. Je vous pose la même question en ce qui concerne la photo suivante, où

23 on voit un barrage routier ou une partie de ce barrage routier établi par

24 l'UCK. Est-ce que ceci est établi sur la route de Peja ou Pec ?

25 R. Oui.

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1 Q. Il faut tourner la page. On est toujours à la même période, l'été

2 1998 ?

3 R. Oui.

4 Q. C'est ce que vous avez cru comprendre ?

5 R. Oui.

6 Q. D'où tenez-vous ces photos ? Est-ce que vous vous souvenez la façon

7 dont vous les avez obtenues ?

8 R. Oui, un certain Bostjan Slatensek me les a remises.

9 Q. D'où est-il ?

10 R. Si je me souviens bien, il est de Slovénie.

11 Q. Quelle était sa fonction, quel était le rôle qu'il jouait en 1998 ?

12 R. Journaliste.

13 Q. Journaliste représentant quel journal ?

14 R. Cela, je ne sais pas.

15 Q. Est-ce que ce monsieur vous a remis toute une série de photos ou

16 seulement ces deux-ci ?

17 R. Il y avait d'autres photographies de la même région, mais celles-ci

18 étaient les plus précises.

19 Q. Est-ce que toutes ces photos ont été communiquées à la Défense ?

20 R. Je crois que oui.

21 Q. La semaine dernière, vous avez parlé d'un certain nombre d'objets qu'on

22 avait trouvé dans la maison d'Isak Musliu. Pouvez-vous confirmer ceci ?

23 N'est-il pas exact de dire que -- et c'est d'ailleurs coutumier, il y avait

24 beaucoup de personnes au moment de la perquisition qui vivaient dans ce

25 lieu ? C'était une famille élargie.

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1 R. Oui.

2 Q. Encore deux points, très brièvement. Vendredi, nous avons effleuré la

3 question des noms de guerre. S'agissant de M. Limaj, n'avez-vous pas dit

4 qu'il avait un surnom; celui de Daja ?

5 R. Daja.

6 Q. Excusez-moi, je vous demande pardon, et je demande pardon aux Kosovars.

7 Oui, c'est Daja. Cela veut dire oncle; c'est cela ?

8 R. Oui.

9 Q. Est-ce que me souviens bien de vos dires ? Est-ce que c'est de cette

10 façon qu'on avait parlé -- que quelqu'un avait parlé de

11 M. Limaj dans un document ?

12 R. Oui.

13 Q. C'est un terme assez familier au Kosovo, n'est-ce pas, Daja ?

14 R. Oui.

15 Q. Une dernière chose. Je vous remercie de la patiente dont vous faites

16 preuve à mon égard. C'est le tout dernier point que vous évoquez dans le

17 troisième classeur, à l'intercalaire 47. Monsieur Lehtinen, M. Whiting vous

18 a demandé de parcourir certains passages de cette déclaration.

19 R. Oui.

20 Q. Je veux m'assurer de ce que j'ai bien compris; ce n'est peut-être pas

21 le cas. Celui qui a déposé, cette personne qui a fait cette déclaration,

22 elle est morte alors qu'elle était sous la garde des Serbes ?

23 R. Cela, nous ne savons pas de façon exacte.

24 Q. Est-ce qu'on soupçonne ce fait, à savoir qu'il est mort alors qu'il

25 était détenu par les Serbes ?

Page 652

1 R. Oui.

2 Q. Est-ce que ces soupçons sont sérieux ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous avez reçu cette déclaration d'un membre de la famille ?

5 R. Nous l'avons obtenu lorsque nous avons opéré une saisie un tribunal de

6 Pristina.

7 Q. Vous parlez du tribunal de Pristina ?

8 R. Oui. Cette déclaration était une pièce s'y trouvant.

9 Q. Est-ce que les circonstances qui ont abouti à la mort de cette personne

10 ont fait l'objet d'enquêtes supplémentaires ? Est-ce que vous le savez ?

11 R. Non.

12 Q. Je n'ai pas d'autres questions à vous poser. Je vous remercie.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Maître Khan, aucun

14 changement de position ?

15 M. KHAN : [interprétation] Non, Monsieur le Président.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Guy-Smith.

17 M. GUY-SMITH : [interprétation] Pas de questions.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Monsieur Whiting.

19 Est-ce que vous voulez poser des questions supplémentaires ?

20 M. WHITING : [interprétation] Oui, je ne serai pas long.

21 Nouvel interrogatoire par M. Whiting :

22 Q. Vendredi, M. Topolski, lorsqu'il vous a contre-interrogé, vous a

23 demandé s'il vous était arrivé de rencontrer des témoins dont le

24 comportement desquels vous pouviez ressentir ou saisir la crainte.

25 R. Oui.

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1 Q. Vous avez dit qu'il vous est arrivé de lire la peur chez eux.

2 R. Oui.

3 Q. A ce moment-là, dites aux Juges ce que vous faisiez ? Quelle était

4 votre réaction dans ce cas de figure ?

5 R. J'essayais toujours de demander au témoin pourquoi il avait peur, pour

6 essayer de comprendre.

7 Q. Avez-vous fait autre chose ? Vous comprenez ma question ?

8 R. Pas tout à fait.

9 Q. Voici ce que j'essaie de savoir. Est-ce que vous avez essayé de faire

10 quoi que ce soit pour évacuer cette peur, pour la dissiper ?

11 R. Oui, après avoir compris d'où venait la peur, nous avons essayé de la

12 dissiper avec le témoin.

13 Q. A votre avis, lorsque des telles situations se sont présentées, est-ce

14 que vous avez pu rasséréner le témoin ?

15 R. Oui.

16 Q. Me Topolski vous a posé une question à propos de ce qu'il a intitulé ou

17 qualifié d'agents provocateurs, il les a qualifiés comme étant des

18 personnes qui avaient été infiltrées dans l'UCK, et qui provoquaient

19 certains comportements, et ensuite fournissaient des informations sur

20 l'auteur de ce comportement. Vous vous souvenez de la question ?

21 R. Oui.

22 Q. Vous vous souvenez de votre réponse qui concernait ce qui vous avait

23 été rapporté à ce propos ?

24 R. Oui.

25 Q. J'essaie d'établir un lien entre cette question et le présent procès,

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1 l'enquête que vous avez menée, vous avez mené une enquête pendant deux ans.

2 Est-ce qu'au cours de ces deux années, vous avez rencontré le moindre

3 élément de preuve qui montrerait que les faits mis en accusation seraient

4 dus à quelqu'un qui aurait été infiltré dans l'UCK ?

5 R. Non.

6 Q. Aujourd'hui, une question vous avait été posée à propos de cet

7 interrogatoire de Sahit Beqaj, pourriez-vous reprendre le document

8 concerné ? Pourquoi avoir rencontré et interrogé Zahit Beqaj ?

9 R. Ce monsieur avait été mentionné par d'autres témoins comme étant un des

10 prisonniers qui aurait été détenu dans ce camp.

11 Q. Prenons un peu de recul avant de parler de M. Beqaj. Est-ce que

12 d'autres situations se sont présentées au cours desquelles des personnes,

13 dont on avait dit qu'elles s'étaient trouvées à Lapusnik, que ce soit comme

14 soldats ou comme prisonniers, auraient nié devant vous s'être retrouvées à

15 ce camp ?

16 R. Oui. Dans certains cas, c'est que j'ai compris. La réponse n'est peut-

17 être pas très claire, mais ce sont les indices que j'ai reçus dans certains

18 cas.

19 Q. Mais soyons clair, comprenons-nous bien, des témoins dont on avait dit

20 qu'ils s'étaient trouvés à Lapusnik comme prisonniers ou comme gardiens au

21 cours de l'été 1998, lorsque vous les avez interrogés, est-ce qu'il est

22 arrivé que ces personnes nient avoir été présentes en ces qualités ?

23 R. Excusez-moi, je n'avais pas bien saisi votre question. Vous avez tout à

24 fait raison.

25 Q. Avez-vous été à même de discerner les motifs ? Puisqu'on a parlé des

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1 motifs qui poussaient certains témoins à faire ceci ou cela, pourquoi ces

2 personnes niaient-elles y avoir été en tant que soldats ou en tant que

3 prisonniers dans ce camp de Lapusnik ?

4 R. Il m'est possible de penser à certaines raisons, certains motifs. L'un

5 de ces motifs ce serait peut-être qu'on leur a dit de ne pas en parler, de

6 ne pas parler de leur vécu, de ce qu'ils ont connu là-bas. Il est aussi

7 possible que ces personnes pensent d'elles-mêmes qu'il serait peut-être mal

8 venu d'en parler.

9 M. KHAN : [interprétation] Désolé de vous interrompre. Pour le dossier de

10 l'audience, je voudrais soulever une objection. Le règlement de procédure

11 donne davantage de marge de manúuvre, mais je ne savais pas que les témoins

12 pouvaient venir en tant que témoins fournissant un avis sans étayer cet

13 avis. Je voulais simplement le dire pour qu'il soit fait acte de ce que je

14 dis.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Le témoin donne un avis sans que ceci

16 soit étayé. Vous avez tout à fait raison, Maître Khan. Nous continuons

17 d'entendre ce qu'il dit mais au moment d'apprécier la valeur probante de

18 ses dires nous tenons compte du Règlement, comme vous venez de l'évoquer.

19 M. WHITING : [interprétation]

20 Q. Revenons à l'interrogatoire que vous avez eu avec M. Zahit Beqaj. Vous

21 et d'autres témoins, je pense, on dit qu'ils s'étaient trouvés à Lapusnik.

22 R. Oui.

23 Q. Quelle fonction y avait-il ? Que vous ont dit les autres témoins ?

24 D'après eux, que faisait-il cet homme à Lapusnik ?

25 R. Il était là contre sa volonté. Il n'était pas là de son plein gré. On

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1 pourrait dire qu'il était prisonnier.

2 Q. Dans sa déclaration, lorsqu'il vous a rencontré, il a nié ce fait ?

3 R. Oui.

4 Q. Prenons le paragraphe 6 de la déclaration préalable, vous a-t-il dit,

5 ou plutôt lui avez-vous demandé, si au cours de cette période, il s'était

6 trouvé à Lapusnik ?

7 R. Oui, je lui ai posé la question.

8 Q. Que vous a-t-il dit ?

9 R. Le paragraphe 6 vous montre cette description. On relate le fait

10 qu'apparemment il est allé en juillet 1998 à Lapusnik pour rencontrer un de

11 ses amis dont il savait qu'il était soldat à Lapusnik.

12 Q. Le paragraphe 6 dit qu'il voulait lui apporter du tabac.

13 R. Exact.

14 Q. Est-ce que plus tard, d'après lui, M. Beqaj a rejoint les rangs de

15 l'UCK ?

16 R. Oui.

17 Q. Vendredi, une question qui vous a été posée concernait plusieurs choses

18 que vous aurait dit un témoin, un certain Ramiz Qiriqi, à propos de la

19 police militaire. Intercalaire 8. Me Topolski vous a fait parcourir

20 plusieurs déclarations de ce témoin concernant la police militaire. Cela se

21 terminait à la page 22 de la numérotation interne après l'intercalaire 8 au

22 L010-9660, et il termina ce qu'il disait en reprenant l'affirmation selon

23 laquelle Nexhmedin était le commandant de la police militaire. Vous vous

24 souvenez de cette question ?

25 R. Oui.

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1 Q. Quelques questions plus loin. Est-ce qu'on a demandé au témoin "Qui

2 était le commandant de ce Nexhmedin ?"

3 R. Oui.

4 Q. A-t-il donné un nom pour parler du commandant de Nexhmedin ?

5 R. Il disait que c'était le commandant Celiku.

6 Q. S'agissant du commandant Celiku, une des dernières questions posées par

7 Me Topolski fut celle-ci : il vous a demandé si on avait trouvé dans un

8 document le terme de Dija pour parler du commandant Celiku.

9 R. Oui.

10 Q. Soyons clair, dans ce même document, est-ce qu'on a également utilisé

11 son surnom, celui de Celiku ?

12 R. Oui.

13 M. WHITING : [interprétation] Pas d'autres questions, Monsieur le

14 Président. Je vous remercie.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur Whiting.

16 Monsieur Lehtinen, ceci met fin à votre déposition. Merci de votre aide et

17 d'être venu à l'audience. Vous pouvez désormais disposer.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie.

19 [Le témoin se retire]

20 M. WHITING : [interprétation] Monsieur le Président, me permettez-vous de

21 me retirer ?

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui. Monsieur Black, êtes-vous prêt à

23 interroger votre témoin ?

24 M. BLACK : [interprétation] Il s'agira de M. Jan Kickert.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur l'Huissier est sorti. Je

Page 658

1 pense que ce témoin faisait l'objet de votre requête aux fins d'obtention

2 des mesures de protection.

3 M. BLACK : [interprétation] Non.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bon, merci. Peut-on faire entrer le

5 témoin dans le prétoire ?

6 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour, Monsieur Kickert.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ayez l'obligeance de faire la

10 déclaration solennelle.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

12 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Veuillez vous

14 asseoir.

15 LE TÉMOIN: JAN KICKERT : [Assermenté]

16 [Le témoin répond par l'interprète]

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez la parole, Monsieur Black.

18 M. BLACK : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. J'aimerais en

19 premier lieu, avec l'aide de l'Huissier, vous remettre une liasse de

20 documents que nous avons l'intention de vous présenter. Je pense que la

21 Défense et les Juges de la Chambre auront reçu ces mêmes documents.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

23 Interrogatoire principal par M. Black :

24 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Kickert. Désolé de vous avoir fait

25 un peu attendre.

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1 R. Bonjour.

2 Q. Avant de commencer, j'aimerais vous rappeler que même si nous parlons

3 tous deux anglais, tous nos dires seront interprétés dans d'autres langues

4 que l'anglais. Faisons de notre mieux, pensons aux interprètes, essayons de

5 ménager des pauses entre les questions et les réponses.

6 R. J'ai compris.

7 Q. Vous êtes de quelle nationalité ?

8 R. Je suis Autrichien.

9 Q. Quelle est votre fonction ?

10 R. Je suis diplomate du ministère des Affaires étrangères.

11 Q. Vous occupez vos fonctions au ministère des Affaires étrangères depuis

12 quand ?

13 R. Depuis 1995.

14 Q. Quelles sont vos fonctions actuelles ? Pouvez-vous le dire à la

15 Chambre ?

16 R. Je suis la personne représentant à titre intérimaire

17 M. Javier Solana à Pristina.

18 Q. Merci. Où étiez vous posté en novembre 1997 ?

19 R. A Belgrade. Je devais y être le second secrétaire responsable d'un

20 dossier intéressant; médias, culture et politique du Kosovo.

21 Q. Est-ce que dans l'exercice de vos fonctions, vous êtes allé au Kosovo ?

22 R. Oui. Pas tellement au début. J'y suis allé pour la première fois en

23 janvier 1998, mais j'y suis allé de plus en plus souvent au cours de cette

24 année 1998.

25 Q. Parlant de l'été 1998, vous y êtes allé combien de fois ?

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1 R. En moyenne, j'ai passé la moitié de mon temps au Kosovo, l'autre moitié

2 étant à Belgrade, où j'étais basé.

3 Q. Parlant de façon générale, quelle fonction la présence diplomatique

4 autrichienne devait-elle exercer au Kosovo ?

5 R. En novembre 1997, il est devenu manifeste qu'on pouvait s'attendre à

6 une escalade au Kosovo. C'était perceptible. Il régnait de l'impatience,

7 surtout parmi les jeunes. Il y avait eu des manifestations organisées par

8 les étudiants. D'emblée, dès le départ de mon poste à Belgrade, les médias

9 parlaient d'une augmentation des incidents qui survenaient au Kosovo. Au

10 cours de l'année, vu les activités déployées par les forces de sécurité

11 serbe au cours du printemps 1998, il y a eu une escalade. Nous, tout comme

12 le reste de la communauté internationale, nous avons essayé de l'enrayer

13 cette montée, cette poussée pour qu'on abandonne le domaine du conflit

14 armé, pour revenir dans le domaine politique.

15 Q. Est-ce qu'à un moment donné, la communauté internationale a décidé

16 d'essayer d'impliquer dans ce processus politique l'UCK ?

17 R. Tout à fait. A la fin du premier semestre 1998, on a compris que sans

18 la participation de l'UCK, il serait impossible de trouver une solution. Il

19 ne suffisait pas, d'après nous, de parler aux hommes politiques installés à

20 Pristina, car ceux-ci n'avaient pas des liens avec l'UCK qui était sur le

21 terrain.

22 Q. Comment vouliez-vous faire participer l'UCK à ce processus, par quel

23 mécanisme ?

24 R. On voulait les inclure afin que nous ayons des personnes qui

25 représentent politiquement l'UCK. Ce n'était pas facile, car on ne savait

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1 pas du tout comment était organisé l'UCK. Il y avait eu des premiers

2 contacts, à commencer par les Américains qui ont pris contact avec des

3 représentants de la diaspora, puis des réunions un peu fortuites. On a

4 essayé de trouver quelles seraient les personnes aptes à parler au nom de

5 l'UCK en ayant un certain poids.

6 Q. Est-ce qu'à un moment donné, vous avez réussi à organiser des

7 rencontres avec les représentants de l'UCK ?

8 R. Oui, cela s'est surtout passé au cours de juillet 1998.

9 Q. Désolé de vous interrompre. Est-ce vous vous souvenez de la date, ne

10 serait-ce qu'approximative, de la première réunion ?

11 R. Heureusement j'ai mes notes ou les rapports que j'ai rédigés. Sinon, je

12 ne le saurais pas. Vous avez reçu ces notes de mon ministère.

13 Q. Pouvez-vous nous situer ceci dans le temps ? Est-ce que vous

14 connaîtriez la date précise de la première réunion ?

15 R. C'était au cours de la deuxième quinzaine de juillet 1998.

16 Q. Vous vous souvenez du lieu où s'est tenue cette première réunion ?

17 R. A Malisevo.

18 Q. Pouvez-vous dire aux Juges de la Chambre s'il faut accorder une

19 signification, une importance quelconque au lieu de Malisevo ?

20 R. Je me fonde surtout sur les rapports ou les articles des médias, les

21 reportages ainsi que les conclusions de notre mission d'observation.

22 C'était ce qu'on a appelé l'espèce de capitale des zones libres, donc les

23 régions sous le contrôle de l'UCK.

24 Q. Comment avez-vous organisé cette réunion à Malisevo avec l'UCK ?

25 R. C'est le secrétaire général, le diplomate le plus haut placé dans notre

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1 ministère, qui a pris cette décision. Je n'avais pas essayé de rencontrer

2 l'UCK auparavant; c'est simplement qu'il y avait eu une modification de la

3 politique. M. Rohan le secrétaire général avait alors déclaré qu'il voulait

4 rencontrer l'UCK pour faire participer l'UCK. C'était fin

5 juillet 1998.

6 Q. Comment les premiers contacts ont été établis ? Est-ce que vous avez

7 été aidés par d'autres organisations, ou avez-vous établi les contacts

8 directement ?

9 R. Oui. Nous avons établi le contact par le biais d'une équipe mobile de

10 la MCEE, c'est-à-dire, la mission de suivi de la Communauté européenne.

11 Nous avions une équipe basée là-bas depuis mai 1998, qui était dirigée par

12 un Britannique, Turnbull, et assistée par une deuxième personne. Il a

13 essayé d'organiser cette réunion assez rapidement. Deux jours avant cette

14 réunion, nous lui avions demandé d'essayer d'organiser cette rencontre.

15 Q. Monsieur Kickert, vous souvenez-vous de l'itinéraire que vous avez

16 emprunté pour vous rendre à cette réunion à Malisevo ?

17 R. Oui, nous nous sommes rendus vers Suva Reka, vers le sud. Dans un

18 village, un civil est venu nous chercher, et en convoi, nous nous sommes

19 rendus vers le sud à Malisevo.

20 M. BLACK : [interprétation] Avec l'aide de l'Huissier, je voudrais que l'on

21 soumette au témoin la carte 6 du livret des cartes, qui sera la pièce à

22 conviction de l'Accusation numéro 1. Si l'on pouvait le placer sur le

23 rétroprojecteur ce document, ce serait très utile. Je voudrais bien que

24 l'on projette l'image du rétroprojecteur sur nos écrans. Merci.

25 Q. Vous avez vraisemblablement un pointeur pour vous. Est-ce que vous

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1 pourriez montrer aux Juges l'itinéraire que vous venez de décrire ?

2 R. D'accord.

3 Q. Est-ce que l'on pourrait un petit peu faire un zoom arrière sur le

4 rétroprojecteur pour avoir une vue d'ensemble ? Merci, cela suffit.

5 R. Nous avons quitté Pristina, avons emprunté la route vers le sud, nous

6 sommes passés par Lipjan, ensuite, par les gorges du Crnoljevo jusqu'à Suva

7 Reka. Ensuite, à partir de là, nous avons emprunté une route secondaire

8 jusqu'au bout, et nous avons trouvé le premier poste de contrôle de l'UCK.

9 On nous a laissés passer. Et par cette route-ci, je ne sais plus, nous

10 sommes arrivés à Malisevo par le sud.

11 Q. Merci. Monsieur Kickert, pourquoi n'avez-vous pas pris une route plus

12 directe par la route de Pristina-Peja ?

13 R. J'aurais un problème parce qu'il y avait un poste de contrôle serbe à

14 Komorane. Nous ne savions pas si nous aurions pu passer ce poste.

15 Q. Etes-vous déjà passé par ce poste de contrôle serbe à Komarane vous-

16 même ?

17 R. Assez souvent, oui.

18 M. BLACK : [interprétation] Est-ce que l'on pourrait utiliser le système de

19 fichage avec l'aide de M. Younis ? Je voudrais que l'on vous montre une

20 photographie portant la cote U007-2197. Nous l'avons déjà vu aujourd'hui.

21 Il s'agit de quelque chose qui est extrait du livret des photos d'endroits.

22 Il s'agit de la pièce P6.

23 Est-ce que vous reconnaissez l'endroit photographié ?

24 R. Oui, il s'agit du poste de contrôle à Komorane.

25 Q. Est-ce que vous savez quel était son aspect en été 1998 ?

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1 R. Je ne sais pas, si l'APC était là ou pas. Je vois uniquement des

2 voitures de police. Je sais que l'on a changé des fortifications. Je sais

3 qu'il y a eu des changements concrets lorsque l'OSCE est arrivé. Ils ont

4 démantelé des fortifications notamment les fortifications en béton. Voilà.

5 Q. Merci.

6 M. BLACK : [interprétation] Je pense que nous en avons terminé avec le

7 système de fichage pour le moment.

8 Q. Je voudrais en revenir à votre première réunion avec l'UCK. Qui était

9 présent dans votre délégation ?

10 R. Il y avait le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères,

11 M. Albert Rohan; le directeur du département balkan,

12 M. Jandl. J'étais, moi également, il y avait également M. Nick Turnbull, et

13 probablement un second observateur.

14 Q. Qui avez-vous rencontré ?

15 R. Nous avons rencontré M. Gani Krasniqi. Nous en avions entendu parler

16 par le biais des rapports de la MCEE. Il était un représentant civil, le

17 maire de Malisheve, et quelqu'un qui s'est présenté lui-même comme numéro

18 7.

19 Q. Est-ce que vous avez appris son nom à ce numéro 7 ?

20 R. Oui.

21 Q. Comment s'appelait-il ?

22 R. Kadri Veseli.

23 Q. Qui était-ce ?

24 R. A l'époque, nous ne savions pas. A l'époque, on l'a présenté comme

25 numéro 7. Nous avions entendu qu'à l'UCK, il y avait une sorte de

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1 hiérarchie basée sur les chiffres. Nous étions très heureux de pouvoir

2 rencontrer le numéro 7.

3 Q. Pourriez-vous expliquer brièvement ce qui s'est passé au cours de cet

4 entretien ?

5 R. C'était une réunion assez bizarre, car M. Veseli ne savait pas, je m'en

6 suis rendu compte plus tard, à qui il s'adressait. C'était surprenant pour

7 lui. Il ne savait pas qu'il s'adressait au diplomate le plus haut placé du

8 ministère des Affaires étrangères autrichien. Nous avons parlé tout

9 simplement. Je ne me souviens plus des détails de cette rencontre.

10 M. BLACK : [interprétation] Madame et Messieurs les Juges, je remarque

11 l'heure qu'il est. Allons-nous marquer une pause ou préférez-vous

12 continuer ? C'est à vous de prendre cette décision.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous allons marquer une pause, et

14 reprendre après cette première pause à 11 moins 25.

15 --- L'audience est suspendue à 10eures 12

16 --- L'audience est reprise à 11 heures 18.

17 [L'accusé Bala n'est pas présent dans le prétoire]

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Guy-Smith, apparemment votre

19 client a un problème de santé.

20 M. GUY-SMITH : [interprétation] Exact. Si j'ai bien compris, il a été

21 emmené à l'hôpital. On est en train de l'emmener à l'hôpital, afin que les

22 médecins déterminent son état de santé.

23 Il voulait dire qu'il était prêt à revenir dans ce prétoire pour poursuivre

24 l'audience mais le médecin, qui ne savait pas combien de médicaments il

25 avait pris ce matin, s'est dit qu'il était plus prudent de l'emmener à

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1 l'hôpital.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que nous sommes tous d'accord

3 avec cette attitude.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Tout à fait.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La meilleure chose à faire sera de

6 lever l'audience ou de la suspendre dans l'attente d'un rapport du médecin

7 à l'hôpital, qui va déterminer son état de santé actuel.

8 M. GUY-SMITH : [interprétation] Oui, je pense que c'est la meilleure chose,

9 la chose la plus prudente à faire.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Fort bien. Nous reprendrons l'audience

11 demain à 14 heures 15. Nous espérons que d'ici là, il se sera remis --

12 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je l'espère aussi.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il faudra informer le témoin, lui

14 présenter nos excuses, mais vu la situation, il est impossible de

15 poursuivre la déposition de ce témoin aujourd'hui.

16 L'audience est levée.

17 --- L'audience est levée à 11 heures 21 et reprendra le mardi 23

18 novembre 2004, à 14 heures 15.

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