Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 17 janvier 2005

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 16 heures 04.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Nicholls, bonjour.

6 M. NICHOLLS : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame,

7 Monsieur les Juges.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Malheureusement, les parties auront

9 constaté que nous avons commencé plus tard aujourd'hui, parce que la salle

10 d'audience n'était pas à notre disposition. J'aimerais savoir, si vous êtes

11 prêt à introduire le témoin suivant ?

12 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui, tout à fait. Je pense qu'il est

13 disponible.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Nous allons

15 l'introduire dans le prétoire.

16 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour.

18 J'aimerais vous demander d'avoir l'amabilité de bien vouloir lire

19 l'information qui se trouve sur la carte que l'on vient de vous présenter.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

21 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

22 LE TÉMOIN: SYLEJMAN SELIMI : [Assermenté]

23 [Le témoin répond par l'interprète]

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, veuillez prendre

25 place.

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1 Monsieur Nicholls, je vous en prie.

2 M. NICHOLLS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

3 Interrogatoire principal par M. Nicholls :

4 Q. [interprétation] Bonjour, Général.

5 R. Bonjour.

6 Q. J'aimerais que vous nous donniez, aux fins du compte rendu d'audience,

7 votre nom.

8 R. Je m'appelle Sylejman Selimi. Je suis commandant général dans la force

9 de protection du Kosovo.

10 Q. Pourriez-vous nous donner votre date de naissance, je vous prie.

11 R. Je suis né le 25 septembre 1970.

12 Q. Où êtes-vous né ?

13 R. Je suis né dans le village de Acareva dans la municipalité de Srbica.

14 Q. Vous avez rencontré des enquêteurs du Tribunal, plus précisément du

15 bureau du Procureur avant de venir de déposer; est-ce bien exact ?

16 R. C'est exact.

17 Q. Vous avez reçu une injonction du Procureur, vous demandant de

18 participer à ces réunions?

19 R. Oui, c'est exact. J'ai reçu une injonction afin de me rendre ici.

20 Q. Je vous parlais des réunions que vous avez eues auparavant avec les

21 enquêteurs, dans ce cas d'espèce, vous avez également reçu une injonction

22 pour ces réunions; est-ce bien exact ?

23 R. Oui, c'est exact.

24 Q. Lors des réunions avec les représentants du bureau du Procureur, avez-

25 vous dit la vérité, dans la mesure du possible ?

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1 R. J'ai essayé de dire la vérité.

2 Q. Merci. Vous avez également eu des réunions auparavant avec les

3 représentants de la Défense; est-ce bien exact ?

4 R. Oui, je les ai rencontrés, j'ai eu des contacts avec les représentants

5 de la Défense.

6 Q. Comme vous l'avez dit, vous avez reçu une injonction émise par cette

7 Chambre de première instance, dans laquelle il vous a été soumis de venir

8 témoigner aujourd'hui; est-ce que bien exact ?

9 R. C'est exact.

10 Q. J'aimerais, dans un premier temps, vous poser quelques questions à

11 propos de vos antécédents personnels. Etes-vous marié ?

12 M. KHAN : [interprétation] Monsieur le Président, je m'excuse

13 d'interrompre, mais je pense qu'il serait judicieux de dire que c'est la

14 première fois que la Défense a entendu dire qu'un témoin s'est vu présenter

15 une injonction. Nous ne savions pas que cette requête avait été présentée à

16 cette Chambre de première instance pour l'injonction de ce témoin, et nous

17 ne savions pas non plus, qu'une décision avait été prise par le Tribunal, à

18 propos de l'injonction de ce témoin. Il est un tant soit peu surprenant que

19 cela se soit passé, que les informations n'aient pas été données à la

20 Défense.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pourrais tout simplement vous dire

22 que la pratique du Tribunal, en matière d'injonction de témoin, correspond

23 à des documents ex parte. Cela est examiné de façon confidentielle par la

24 partie qui demande l'injonction. C'est la pratique a été suivie et adoptée

25 dans ce cas, il me semble.

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1 M. KHAN : [interprétation] Merci, je vous remercie d'avoir apporté cette

2 précision.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Il se peut qu'une notification

4 soit donnée, mais autant que je le sache, cela ne s'est jamais fait.

5 M. KHAN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je connais, par

6 exemple, plusieurs affaires dans ce Tribunal, où les témoins sont venus

7 après présentation d'injonction mais il y avait une notification. Il y a

8 plusieurs exemples, par exemple dans l'affaire Celibici. Il y en a d'autres

9 auxquelles on peut penser, mais bien sûr, ce n'est pas qu'il s'agit d'une

10 question de confidentialité extrême, notamment lorsqu'il y a eu des

11 contacts préalables pris entre la Défense et le témoin, et entre la Défense

12 et l'Accusation, et le témoin a indiqué qu'il souhaitait être un témoin de

13 la Défense. Nous avons été très ingénus avec l'Accusation. Il est

14 extrêmement surprenant qu'aucune notification ne nous ait été présentée,

15 alors que cela, bien entendu, ne semble pas strictement nécessaire.

16 Monsieur le Président, c'était juste ce que je voulais dire pour le moment.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Maître Khan.

18 Monsieur Nicholls.

19 M. NICHOLLS : [interprétation]

20 Q. Général, je vous demandais donc si vous étiez marié.

21 R. Oui, je suis marié mais --

22 LE TÉMOIN : [interprétation] J'aimerais poser une question, et j'aimerais

23 savoir si j'ai le droit de poser cette question, maintenant.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous souhaitez poser une question à la

25 Chambre, n'est-ce pas.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je souhaiterais poser une question à la

2 Chambre, si j'en reçois l'autorisation.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, faites.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Comme vous le savez, j'ai reçu une injonction

5 de production comme cela a été expliqué, toutefois je suis ici en tant que

6 témoin. Est-ce que je suis ici en tant que témoin oculaire ? Est-ce que je

7 suis ici pour parler du camp de prisonniers de Lapusnik ? Ou est-ce que je

8 suis ici en tant que prisonnier de Lapusnik ? Ou est-ce que je suis ici en

9 train de témoigner dans un procès contre l'UCK ? Voilà ma question.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous êtes ici en tant que témoin. Des

11 questions vont vous êtes posées. Soit l'Accusation ou le conseil de la

12 Défense vont vous poser des questions qui seront pertinentes dans cette

13 affaire. Vous n'appartenez pas aux catégories que vous avez évoquées dans

14 vos questions. Vous êtes tout simplement un témoin et nous nous attendons à

15 ce que vous répondiez à toute question qui vous sera posée, qu'elle vous

16 soit posée par l'Accusation ou par la Défense. Il faudra que vous répondiez

17 à ces questions aussi précisément que possible et en relatant la vérité.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Nicholls.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

21 M. NICHOLLS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

22 Q. Général, je vous demanderais d'essayer de répondre à mes questions dans

23 la mesure de vos connaissances, dans la mesure où votre mémoire ne vous

24 fait pas défaut et dans la mesure du possible.

25 Je crois comprendre que vous êtes marié, que vous avez des enfants; est-ce

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1 bien exact ?

2 R. Oui. Je suis marié. J'ai une fille ainsi qu'un fils.

3 Q. Pourriez-vous dire, à la Chambre de première instance, quelle est votre

4 formation, quelle instruction avez-vous suivie ? Est-ce qu'après l'école

5 secondaire, vous avez également bénéficié d'une éducation tertiaire ?

6 R. Après avoir terminé l'école secondaire à Klina, j'ai obtenu un diplôme

7 de la faculté de métallurgie à Mitrovica.

8 Q. Après cela, avez-vous fait votre service militaire ?

9 R. Après avoir terminé l'école secondaire, j'ai fait mon service militaire

10 au sein de l'ex-Yougoslavie.

11 Q. Pendant combien de temps avez-vous fait ce service militaire et en

12 quelle année cela s'est passé ?

13 R. Le service militaire était obligatoire. Il s'agit d'un service

14 militaire qui durait une année. Après avoir terminé l'école secondaire,

15 j'ai fait mon service militaire au Monténégro, dans l'ex-Yougoslavie,

16 notamment à Tivar [phon], comme on connaît cette ville en Albanie,

17 maintenant. Cette ville qui est également connue sous le nom de Trovrh.

18 J'ai terminé ce service militaire en 1999.

19 Q. Vous nous avez dit dans quelle ville vous étiez né. J'aimerais savoir

20 si vous avez passé le plus clair de votre vie dans cette ville et dans

21 cette région ?

22 R. Oui. J'ai passé la plupart de ma vie là et c'est également là que je

23 réside maintenant.

24 Q. Avez-vous jamais vécu à l'étranger ?

25 R. Non, Je n'ai pas vécu à l'étranger, mais j'ai voyagé assez souvent à

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1 l'étranger. Mon père travaillait en Allemagne et donc je me suis rendu dans

2 de nombreux pays tel que l'Allemagne.

3 Q. J'aimerais savoir quand est-ce que vous vous êtes rendu en Allemagne et

4 ce que vous avez fait lorsque vous vous trouviez en Allemagne ?

5 R. Très souvent, je rendais visite à mon père qui s'y trouvait, parce

6 qu'il travaillait en Allemagne. Pendant un certain temps, j'ai joué dans un

7 club là-bas, parce que je suis sportif et j'ai joué en Allemagne avec un

8 club qui s'appelle Vidan Pes [phon]. C'est un club de troisième division,

9 mais cela, pendant une période de temps très très courte.

10 Q. Quand est-ce que vous êtes rentré d'Allemagne, dans votre village ?

11 R. Je suis rentré en 1991.

12 Q. Pourquoi ?

13 R. Je m'étais rendu là-bas de façon temporaire. Je ne m'y étais pas rendu

14 pour y rester.

15 Q. Très bien. J'aimerais maintenant aborder votre carrière militaire,

16 rapidement. Depuis le début jusqu'au grade que vous avez maintenant, qui

17 est le grade de général de division. Nous allons commencer par mois de

18 janvier 1997. J'aimerais savoir si vous apparteniez à une organisation

19 militaire à cette époque-là ?

20 R. Oui, même avant 1997, j'appartenais au groupe militaire d'Adem Jashari.

21 Vous savez que la guerre était inévitable. Je ne souhaiterais pas répéter

22 les événements qui se sont produits jusqu'à cette période; expulsion des

23 gens de leur lieu de travail. Je me suis rallié au groupe d'Adem Jashari

24 jusqu'après les événements de Prekaz. En 1997, comme vous l'avez dit, je

25 suis devenu membre de l'armée de libération du Kosovo. D'ailleurs, je suis

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1 membre de cette armée depuis sa création. Toutefois, le grade que vous avez

2 mentionné au préalable, alors, dans un premier temps, j'étais commandant de

3 la zone opérationnelle de Drenica, la première zone opérationnelle de

4 Drenica. Et cela se passait en mai 1998.

5 Q. Quel est le poste que vous avez eu après avoir été nommé commandant de

6 la zone de Drenica. A quel poste avez-vous été nommé en mai 1998 ?

7 R. Après cela, en 1999, disons en février 1999, c'est la période des

8 négociations de Rambouillet, j'ai été élu commandant de l'état-major de

9 l'UCK au niveau du QG.

10 Q. Pourriez-vous nous dire quels sont les autres postes ou commandements

11 que vous avez eus après cela ?

12 R. Il y avait en parallèle la formation du gouvernement intérimaire du

13 Kosovo. J'ai été nommé commandant du Corps de Protection du Kosovo et j'ai

14 également été nommé commandant de la garde qui était sensée créer ce corps.

15 Je suis commandant adjoint du Corps de Protection kosovar à l'heure

16 actuelle. J'ai également le grade de général de division.

17 Q. Merci. Pour être un peu plus précis, est-ce que vous pourriez indiquer

18 à la Chambre, pendant quelle période vous étiez commandant de l'état-major

19 de l'UCK, de quelle date à quelle date ?

20 R. J'occupe ce poste de commandant de l'état-major de l'UCK depuis le 18

21 ou 20 février 1999.

22 Q. Vous nous aviez dit que même avant 1997, vous vous êtes rallié à ce qui

23 allait devenir l'armée de libération du Kosovo et que la guerre était

24 inévitable. Est-ce que vous pourriez nous dire, je vous prie, comment est-

25 ce que vous avez rallié cette cause dans un premier temps ?

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1 R. J'ai participé à cet effort depuis la création de l'UCK et je me

2 considère comme membre de l'UCK depuis sa création.

3 Q. Quand est-ce que cela s'est passé ?

4 R. C'est lorsque l'état-major général a émis son premier communiqué.

5 Q. Quand est-ce que cela s'est passé ? Est-ce que vous vous en souvenez ?

6 R. Cela s'est passé en 1994, si je ne me trompe.

7 Q. Vous nous avez parlé d'Adem Jashari. Pourriez-vous indiquer, à la

8 Chambre de première instance, quels sont les liens de votre famille avec la

9 famille Jashari et aussi loin que vous pouvez remonter dans le temps ?

10 R. Il faut savoir que le quartier de Jashari avait été encerclé. Il y

11 avait eu ces événements qui se sont produits en 1992. Et auparavant, nous

12 n'avions pas de relations de famille avec la famille Jashari. Toutefois,

13 avec cette guerre qui a été livrée, nous sommes allés prêter main-forte à

14 la famille Jashari. Nous sommes rendus dans leur quartier. Il y a de

15 nombreux villages qui ont également voulu aider la famille Jashari, et mon

16 oncle s'est rendu là pour apporter son aide, et d'ailleurs il a été

17 grièvement blessé pendant cet événement. Voilà donc comment nous avons

18 forgé ces liens avec la famille Jashari -- plutôt avec le groupe de la

19 famille Jashari.

20 Q. Pour que tout soit clair, aux fins du compte rendu d'audience, dans

21 quelle ville ou dans quel village est-ce que cet événement -- cette

22 bataille de 1992 a été livrée ? Où est-ce que cela s'est passé ?

23 R. Cela s'est passé dans le village de Prekaz, près de la ville de Srbica,

24 parce que Srbica comprend également le quartier où réside la famille

25 Jashari.

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1 Q. Est-ce que vous pourriez expliquer très brièvement, à la Chambre de

2 première instance, qui était Adem Jashari, quel fut son rôle lors de ces

3 événements qui se sont déroulés au début des années 90 ?

4 R. Je vous dirais ce que je sais. Adem -- je connaissais Adem Jashari

5 auparavant. J'en avais entendu parler avant que je ne le connaisse

6 personnellement. Il a participé à une manifestation qui s'est déroulée à

7 cette époque-là -- il a participé aux manifestations qui se sont déroulées

8 à cette époque-là. Je m'excuse, quelle était votre autre question ?

9 Q. Je vous avais juste demandé qui il était, quelle était l'importance de

10 cet homme, quel était son rôle, d'après vous ?

11 R. Adem Jashari, était le protagoniste principal, était un commandant

12 légendaire et un commandant général de l'UCK.

13 Q. Vous nous dites avoir, pour la première fois, entendu parler de l'état-

14 major général dans un communiqué de 1994. Pourriez-vous nous dire si vous

15 vous souvenez de la teneur du communiqué, de son contenu, de ce qu'il

16 annonçait ?

17 R. Je ne me souviens pas du communiqué parce qu'il y a eu plusieurs

18 communiqués et je ne me souviens pas exactement de la teneur du premier

19 communiqué.

20 Q. Avez-vous vu d'autres communiqués émis par l'état-major général après

21 1994, disons entre 1994 et 1998 ?

22 R. Oui, il y a eu plusieurs communiqués, mais il se peut que je ne les aie

23 pas tous vus. Mais il y a eu, ceci étant dit, certains communiqués dont

24 j'avais pris connaissance.

25 Q. Alors, une fois de plus, c'est une question très, très simple, mais

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1 pourquoi est-ce que l'état-major général émettait ces communiqués, quelle

2 était leur intention ?

3 R. Je ne sais pas. Je ne sais pas parce que je n'ai jamais été membre de

4 l'état-major général. Je n'ai jamais eu l'honneur d'avoir ce poste donc je

5 n'ai jamais été membre de l'état-major général.

6 Q. Mais vous vous souvenez quand même avoir pris connaissance -- avoir lu

7 ces communiqués lorsqu'ils étaient émis ?

8 R. Parfois j'ai vu certains de ces communiqués, mais je ne peux pas me

9 souvenir de ce qui y était écrit.

10 Q. Est-ce que vous pourriez nous indiquer ce qui vous est arrivé le 30

11 janvier 1997. Qu'avez-vous fait ce jour-là ? Vous nous avez déjà dit que

12 c'est le jour où vous vous êtes rallié à l'armée de libération du Kosovo.

13 Qu'est-il arrivé ce jour-là ?

14 R. Le 30 janvier 1997, j'ai pris les armes, au vu et au su de tout le

15 monde, je me suis rallié au groupe d'Adem Jashari. Il s'agissait d'un

16 groupe armé, et je me suis rallié au groupe de Prekaz. Il s'agit donc du

17 groupe d'Adem Jashari, le commandant légendaire.

18 Q. A ce moment-là, qui était votre supérieur direct ?

19 R. C'était Adem Jashari.

20 Q. Quelle fut la procédure adoptée lorsque vous vous êtes rallié ? Est-ce

21 que vous avez dû prononcer des mots ? Est-ce que vous avez dû signer des

22 papiers ? Quelle était la procédure ?

23 R. Il n'y avait pas de procédure. Parce que, même auparavant, j'avais été

24 membre d'Adem Jashari, mais en 1997, j'ai rallié ce groupe, car à la suite

25 de l'arrestation du fils de mon oncle, c'est pour cela que, publiquement,

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1 je me suis rallié à ce groupe armé d'Adem Jashari. En même temps, j'ai

2 gardé le contact avec Adem Jashari et son groupe. Toutefois, il n'y a pas

3 eu de déclaration spéciale. Il n'y avait rien à signer parce que je le

4 connaissais déjà, et nous avions déjà coopéré avec Adem Jashari.

5 Q. Pour ce qui des autres au sein de l'UCK, au cours de cette période,

6 est-ce que vous deviez prêter serment -- est-ce que les soldats devaient

7 prêter serment, d'une façon ou d'une autre ?

8 R. Oui, plus tard il fallait prêter serment, et la règle voulait que l'on

9 prête serment devant le drapeau. Il fallait dire que l'on n'allait pas

10 enfreindre le droit international et qu'on allait obéir aux ordres

11 militaires.

12 Q. Vous dites que vous avez fait cela au vu et au su de tout le monde,

13 autrement dit. Lorsque vous avez rejoint le groupe d'Adem Jashari en

14 janvier 1997, qu'est-ce que cela signifiait pour vous ? Quel -- comment

15 ceci a-t-il influé sur votre vie ou l'endroit où vous viviez ?

16 R. Nous avons commencé à nous organiser mieux, car notre mouvement était

17 un petit mouvement. L'oppression du gouvernement de Milosevic se faisait

18 sentir. Les gens étaient arrêtés, et la population était maltraitée, les

19 civils étaient maltraités. Donc, cela a changé ma vie, car j'ai donc

20 commencé à porter l'uniforme de l'UCK, et nous avons une organisation qui

21 était digne de ce nom.

22 Q. Où étiez-vous cantonné ?

23 R. Nous étions cantonnés à Prekaz avec Adem Jashari. Mais lorsque je me

24 suis fait connaître, je suis resté moi-même dans mon village.

25 Q. Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Avez-vous une raison -- y avait-il une

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1 raison particulière pour que vous soyez cantonné dans votre village natal ?

2 R. La raison était tout simple. J'avais beaucoup d'amis, il y avait

3 certaines personnes qui étaient armées, et la raison était qu'il n'était

4 plus raisonnable de rester à Prekaz. J'avais mon cercle autour de moi, et

5 il y avait des gens auxquels je faisais confiance qui étaient autour de

6 moi. Nous voulions que ce groupe s'élargisse et que d'autres personnes y

7 participent.

8 Q. Qu'est-ce que -- pourriez-vous, s'il vous plaît, expliciter cela. Vous

9 vouliez que la guerre soit déployée ailleurs.

10 R. C'est tout à fait simple. Je ne voulais pas que la guerre soit étendue,

11 mais je voulais rester à l'endroit où j'étais né, je voulais rester à

12 l'endroit où les gens me connaissaient. Les gens me connaissaient depuis ma

13 naissance, et ils étaient au courant de nos activités.

14 Q. Aviez-vous une quelconque responsabilité en tant que commandant à ce

15 point -- pouviez-vous donner des ordres à quelqu'un à ce moment-là ?

16 R. Non. Au début non, car Adem Jashari était le commandant.

17 Q. Bien. Au cours de cette période, Adem Jashari, était-il en contact avec

18 l'état-major général ?

19 R. Oui. Adem Jashari était en contact avec l'état-major général, ce qui

20 était tout à fait normal. Je n'étais pas au courant de ses activités au

21 sein de l'état-major général, mais on savait qu'il avait ce type de

22 contacts, non seulement avec l'état-major général, mais avec d'autres pays

23 aussi.

24 Q. Pourquoi était-il en contact avec l'état-major général ?

25 Pourquoi ce type de contact existait-il ?

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1 R. Je crois que c'est une question qu'il vous faudrait poser aux membres

2 de l'état-major, pas à moi.

3 Q. Je vous pose la question à vous. Je vous demande si vous le savez.

4 M. GUY-SMITH : [interprétation] Je souhaite faire une observation, s'il

5 vous plaît.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Guy-Smith.

7 M. GUY-SMITH : [interprétation] Le témoin a indiqué qu'il ne savait pas

8 qu'il y avait des communications ou si communication il y avait entre Adem

9 Jashari et l'état-major général, dans une question qui vient d'être posée

10 par M. Nicholls.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez tout à fait raison, mais je

12 crois que ceci sera explicité dans la prochaine réponse.

13 M. NICHOLLS : [interprétation]

14 Q. Donc, vous pouvez répondre à cette question, Général. Vous avez

15 expliqué quelle était votre position à l'époque, et pourriez-vous nous

16 dire, d'après les connaissances dont vous disposiez et votre participation

17 à ce groupe, de quel type étaient ces contacts et quel était l'objet de ces

18 contacts avec l'état-major général ?

19 R. Comme je vous l'ai déjà dit, l'objet était -- je ne sais pas quel était

20 l'objet de ceci. Je n'étais pas présent moi-même. Néanmoins, nous avions

21 pour -- pour nous, notre devoir consistait à être en contact avec Adem et

22 non pas en contact avec l'état-major général. C'est Adem Jashari qui était

23 en contact au quotidien avec l'état-major général. Je ne peux pas en dire

24 plus sur ce point.

25 Q. Très bien. Merci.

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1 Adem Jashari était votre supérieur hiérarchique direct et votre

2 commandant. A votre avis, quelles étaient ses responsabilités à ce moment-

3 là ?

4 R. Adem Jashari était basé à Prekaz, qui était son village natal;

5 néanmoins, il avait la responsabilité d'autres territoires -- d'autres

6 régions, mais je ne peux pas vous dire lesquelles.

7 Q. Très bien. Combien de soldats, environ, étaient sous sa responsabilité

8 à ce moment-là ?

9 R. De quel moment parlez-vous ?

10 Q. Aussitôt que vous avez rejoint l'armée et que vous avez été subordonné

11 à lui, disons le mois de février 1998 -- 1997, pardonnez-moi.

12 R. Ceci était propre à notre organisation. Bon, si je connaissais un

13 groupe de gens à ce moment-là, je ne pouvais pas en connaître d'autres qui

14 étaient également soldats au sein de l'organisation d'Adem Jashari. Il

15 était impossible de connaître tout le monde.

16 Q. Je ne vous demande pas si vous connaissiez tout le monde. Je vais vous

17 poser la question différemment : au cours de l'année 1997, lorsque vous

18 avez été subordonné à Adem Jashari, quelle était votre idée de la

19 question ? Vous pensiez faire partie d'un groupe de combien d'hommes

20 environ ?

21 R. Pour autant que je sache, il y a certaines personnes que je

22 connaissais, il y avait dix ou 15 que je connaissais. Mais l'impression

23 générale était quelque peu différente. C'était des personnes qui étaient

24 organisées de leur côté. Je ne connaissais que les personnes -- je ne

25 connaissais que le nombre de personnes que je viens d'évoquer.

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1 Q. Encore une fois, je ne vous demande pas la question -- la question que

2 je vous ai posée ce n'était pas de savoir qui vous connaissiez

3 personnellement. D'après vous, combien d'hommes y avait-il sous le

4 commandement d'Adem Jashari au cours de l'année 1997 ?

5 R. Encore une fois, je ne sais pas qui était placé -- combien d'hommes

6 étaient placés sous le commandement d'Adem Jashari. Tout ce que je puis

7 dire c'est le chiffre que j'ai pu vous citer, c'est le chiffre des hommes

8 que j'ai vus de mes propres yeux.

9 Q. Y avait-il une quelconque raison, une raison stratégique pour laquelle

10 les membres de ce groupe ne se connaissaient pas ?

11 R. C'était là la stratégie qui avait été adoptée alors. Toute personne qui

12 était jetée en prison n'était pas autorisée à parler avec l'autre personne.

13 Je crois que c'était la raison évoquée.

14 Q. Très bien. Nous allons maintenant parler de cette toute première

15 période après laquelle vous avez rejoint l'armée. Quel était l'objectif qui

16 avait été fixé pour la région dans laquelle vous étiez, dans votre zone

17 opérationnelle ?

18 R. L'objectif était ceci : si les forces serbes continuaient à maltraiter

19 les gens et à les jeter en prison, nous allions leur venir en aide et venir

20 en aide à leurs familles.

21 Q. Bien. Pendant combien de temps avez-vous été placé sous le commandement

22 d'Adem Jashari ?

23 R. Ce, jusqu'à ce qu'il tombe de façon héroïque.

24 Q. Pourriez-vous nous dire exactement quand cela s'est passé ?

25 R. Il y a eu des combats le 5, 6, et 7 mars.

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1 Q. 1998 ?

2 R. Oui. Oui, précisément.

3 Q. Très brièvement, pourriez-vous nous dire ce qui est arrivé à ces dates-

4 là ?

5 R. A ce moment-là, une partie du régiment de Drenica a été attaquée;

6 néanmoins, le gros des forces s'est dispersé dans le village de Prekaz.

7 Lorsque Prekaz a été encerclé, il a fait l'objet de combats -- lorsque la

8 ville de Prekaz a été encerclée, il y a eu des combats très importants.

9 Néanmoins, le 5 mars, un groupe de chars a été placé à Jasanica et a

10 attaqué le village voisin, le village où je suis né. Ensuite, ils ont

11 réussi à atteindre le village de Turiqevc ainsi que d'autres villages. A ce

12 moment-là, il y a eu des combats à Prekaz et à Laus Pelas [phon] et dans

13 les alentours. Au cours des combats, le commandant Adem Jashari est tombé

14 de façon héroïque, ainsi que d'autres membres de sa famille et d'autres

15 civils qui étaient près de ce quartier. A ce moment-là, dans mon village,

16 j'ai voulu leur venir en aide, et nous avons été confrontés aux forces

17 serbes qui venaient de Jasanica devant l'usine, et ces forces serbes ont

18 été délogées de l'usine dans laquelle elles se trouvaient.

19 Je crois, qu'avant le 5 mars, il y a eu -- les forces serbes avaient

20 commencé à placer des renforts à Jasanice, dans l'usine de champignons,

21 mais certains indicateurs nous avaient dit que des forces serbes avaient

22 commencé à se rassembler dans l'usine, et l'attaque a été organisée en même

23 temps à Prekaz. Prekaz a été attaqué à 6 heures du matin. Ils venaient du

24 village de Klina.

25 Q. Vous avez parlez au début de votre réponse -- vous avez parlez de

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1 Jasanica -- du régiment de Jasanica, qu'était ce régiment ?

2 R. Drenica est la base de ce régiment sur la carte. Je ne comprends pas

3 votre question.

4 Q. Vous avez dit que certaines parties du régiment de Drenica, ont été

5 attaquées, je voulais vous demander de quel régiment il s'agissait et

6 qu'elle était la zone de responsabilité de ce régiment en question ?

7 R. Je vous ai dit un peu plus tôt que Prekaz a été attaqué ainsi que les

8 villages voisins. Donc Prekaz a été attaqué et le but était d'attaquer ou

9 de lancer une attaque contre Adem Jashari, qui était le commandant

10 légendaire. J'ai également précisé que des villages voisins autour de

11 Junik, Jasarev, Turiqevc; Junik et tous ces villages ont été attaqués. Tous

12 ces événements se sont produits le 5 mars.

13 Q. Merci.

14 J'aimerais, Monsieur le Témoin, vous montrer une carte à présent, carte P1,

15 carte numéro 5, pourriez-vous m'indiquer sur la carte l'endroit où se

16 trouve votre village natal, s'il vous plaît, Acareva l'endroit où vous êtes

17 né, l'endroit où vous avez vécu et l'endroit où vous étiez cantonné ?

18 R. D'après ce que je vois cette carte est incomplète, tous les endroits ne

19 sont pas indiqués. La partie où il y a Klina n'indique aucun des villages

20 autour, Orahovac non plus. On ne voit pas tous les villages même certains

21 villages sont difficiles à distinguer. Pourriez-vous agrandir cette carte,

22 s'il vous plaît Orahovac est également difficile --

23 Q. Simplement, indiquez-nous sur la carte environ à quel endroit se trouve

24 votre ville. Nous allons vous trouver une autre carte.

25 R. Un instant, s'il vous plaît, je veux vous expliquer quelque chose. Ici

Page 2066

1 on voit Klina, on voit la route Klina-Skenderaj-Srbica. Je ne vois pas

2 Skenderaj ici sur cette carte. La ville de Skenderaj ne figure pas sur

3 cette carte. Je peux, bien évidemment, vous expliquer où se trouve la route

4 entre Skenderaj et Klina. Au milieu de cette route, il y a mon village qui

5 se trouve à mi-chemin sur cette route. Turiqevc, cela s'appelle. Mon

6 village est au milieu du village de Turiqevc. Jusqu'à mon village, il y a

7 cinq kilomètres et demi et sur cette route entre Klina et Skenderaj, il y a

8 mon village natal Acareva.

9 Q. Ecoutez, je vais tâcher de vous trouver une carte un peu plus lisible

10 et qui comporte également tous les noms de villes.

11 R. Oui, ce serait une excellente idée car cette carte est incomplète.

12 Q. Vous nous avez décrit les événements qui se sont produits après la date

13 du 5 mars 1998. Pourriez-vous me dire, s'il vous plaît, quelle incidence a

14 eu sur l'UCK le nombre de volontaires ou le nombre de personnes qui se sont

15 portées volontaires pour joindre l'UCK.

16 R. Ceci a eue une très grande incidence car la chute du héros Adem Jashari

17 a eu une incidence très forte sur l'opinion publique, au Kosovo, et

18 également sur les Albanais vivant en dehors du Kosovo, car bon nombre

19 d'entre eux ont, à ce moment-là, décidé de rejoindre ou exprimé le désir de

20 vouloir rejoindre l'armée de libération du Kosovo.

21 Q. Vous avez dit qu'un bon nombre de compatriotes à l'extérieur du Kosovo

22 ont exprimé le désir de se rallier à l'UCK. Qu'ont-ils fait en réalité ?

23 Est-ce qu'ils ont rejoint l'UCK à ce moment-là ?

24 R. L'armée de libération du Kosovo a évolué en plusieurs étapes. Jusqu'au

25 5 mars, pour bon nombre de personnes, l'UCK était mal connu. Après la chute

Page 2067

1 du héros Adem Jashari, l'armée de libération du Kosovo a attiré l'attention

2 d'un bon nombre de compatriotes qui souhaitaient, à ce moment-là, devenir

3 membres de l'UCK. Le chiffre, il est vrai a beaucoup augmenté après cela.

4 Q. Après le mois de mars 1998, quel poste avez-vous occupé, quel autre

5 poste de commandement avez-vous occupé ?

6 R. A ce moment-là, comme je vous l'ai dit, j'étais un soldat d'Adem

7 Jashari. Lorsque je suis retourné dans mon village natal avec d'autres

8 amis, nous avons mis en place l'unité Shkoza. Il y avait d'autres unités

9 dans différents villages, dans différents endroits.

10 Q. Quelles étaient ces autres unités dans d'autres villages ? Si vous vous

11 en souvenez, pourriez-vous nous dire de quelles autres unités il

12 s'agissait ?

13 R. Pour autant que je m'en souvienne et je me souviens bien, il y avait

14 l'unité Shkoza, les unités 1 et 2 qui étaient en contact avec moi; Sandokan

15 qui était à un autre endroit; il y avait d'autres endroits comme Alpha 1,

16 Alpha 2, Muje Krasniqi était à la tête de ces unités-là; et il y avait

17 d'autres unités qui comportaient différents chiffres. Après la chute de

18 notre héros, ces unités sont devenues indépendantes les unes des autres

19 Q. Qui a été le commandant de toutes ces unités que vous venez

20 d'évoquer après l'attaque qui avait été lancée sur la maison d'Adem

21 Jashari ?

22 R. Il n'y avait pas de commandant en tant que tel. Les unités

23 fonctionnaient comme des unités indépendantes les unes des autres. Ce que

24 nous souhaitions faire, c'était créer une organisation, mais ces unités

25 sont restées distinctes. Il est vrai que sa mort a porté un coup dur à

Page 2068

1 l'armée de libération du Kosovo. Nous étions toujours sans commandant.

2 Q. Dans d'autres régions, vous avez parlé d'Adem Jashari et des contacts

3 qu'il avait avec l'état-major général. Si vous pouviez nous le dire qu'est-

4 ce qui avait été prévu dans d'autres régions du Kosovo à cette époque, pas

5 dans la région qui était directement sous le commandement d'Adem Jashari

6 mais dans d'autres régions ?

7 R. Je ne sais rien à ce sujet. Je ne sais pas ce qu'il en était dans

8 d'autres régions. Car comme je vous l'ai dit, je n'avais pas de poste

9 important, et je n'avais aucune information sur les autres endroits. Mais

10 il est vrai qu'une telle organisation existait.

11 Q. Je ne parle pas de votre connaissance détaillée et personnelle sur

12 comment fonctionnaient les autres unités de l'UCK dans d'autres régions. Ce

13 qui m'intéresse, c'est l'accélération du processus après la mort d'Adem

14 Jashari. Cette accélération du processus s'est-elle fait surtout sentir

15 dans la zone qui avait été commandée par Adem Jashari dans la région de

16 Drenica ?

17 R. La région de Drenica était une région bien particulière. Car il

18 s'agissait là du bastion de l'armée de libération du Kosovo, depuis 1992,

19 et le nombre de soldats qui composaient cette organisation était plus

20 important que dans d'autres régions. Les gens affluaient vers Drenica, car

21 ils trouvaient que l'UCK était la mieux organisée dans la région de

22 Drenica, et qu'une telle organisation n'existait pas dans les régions où

23 ils habitaient.

24 Q. Pourriez-vous nous citer les noms de ces autres régions que vous dites

25 être moins bien organisées ?

Page 2069

1 R. Je parle de l'année 1998, après la chute ou la disparition de notre

2 héros légendaire. Est-ce que c'est cela que vous entendez ?

3 Q. Oui.

4 R. Je ne sais pas comment étaient organisées les autres régions et si

5 elles étaient bien organisées. Mais je ne peux que parler de la manière

6 dont était organisée ma région.

7 Q. Simplement, quels étaient les noms de ces autres régions ?

8 R. A ce moment-là, les autres zones ou régions n'étaient pas bien

9 organisées.

10 Q. Ces autres régions ou zones qui n'étaient bien organisées, pourriez-

11 vous m'en citer des noms ? Pourriez-vous me dire quels étaient les noms de

12 ces autres régions ?

13 R. Après le 5, le 6 et le 7 mars, nous avons connu la mobilisation de

14 l'armée. Jusqu'à -- ceci s'est poursuivi pendant quelques mois, c'est le

15 moment où les autres régions ont commencé à mettre sur pied une certaine

16 organisation. Mais je ne peux pas vous dire comment elles s'étaient

17 organisées. Je ne peux pas vous dire si elles étaient bien organisées.

18 Q. Tout au cours de l'année 1998, alors que ces régions s'organisaient,

19 vous n'êtes pas obligé de me dire si elles étaient bien organisées ou non,

20 vous pourriez simplement me parler des régions qui étaient voisines ou qui

21 jouxtaient la région de Drenica.

22 R. En 1998, c'est une année fort longue. C'est l'époque où d'autres

23 régions ont commencé à s'organiser comme à Drenica. Dans la région de

24 Drenica, comme je vous l'ai dit, la région de Drenica était davantage

25 organisée, mais Pastrik, Dukagjini et Shales, ces régions-là qui étaient

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1 d'autres régions. Drenica se trouve au milieu du Kosovo. Il est vrai que

2 nous avons une frontière avec ces autres régions qui constituent la région

3 de Llap également.

4 Q. Bien. Merci.

5 Vous avez commencé par dire que c'était cette année 1998 où cette

6 organisation s'est mise en place et lorsque de nouvelles recrues sont

7 arrivées et que ce mouvement évoluait. Vous avez également parlé de points

8 ou d'unités. Ces unités sont-elles restées à l'identique ? Est-ce qu'on a

9 gardé le même terme pour décrire ce groupe ou non ?

10 R. Oui, bien sûr. Parce que, comme je vous l'ai déjà dit, il y avait

11 différentes unités qui opéraient dans la zone opérationnelle de Drenica.

12 Lorsqu'un événement se produisait, les autres unités demandaient de l'aide.

13 Très souvent, nous nous portions à la rescousse d'une autre unité. Cela, en

14 fait, jusqu'à la fin du mois de mai 1998, il s'agissait des unités qui

15 opéraient dans cette zone.

16 A la fin du mois de mai, il a été considéré comme tout à fait

17 judicieux de se rallier. Notamment, après la mort du commandant légendaire,

18 comme je l'ai dit, nous n'avions pas de commandant. Nous n'avions plus de

19 commandant après son décès. Ce qui fait qu'il a fallu procéder à une

20 réunification. Il fallait que quelqu'un assume la responsabilité de la

21 transformation de ces unités qui se sont transformées en brigades dans une

22 phase ultérieure. C'est moi qui ai assumé cette responsabilité à la fin du

23 mois de mai 1998.

24 Q. A la fin du mois de mai 1998, lorsque vous avez assumé cette

25 responsabilité, quel était votre titre ?

Page 2071

1 R. Lorsque ces unités se sont réunies -- lorsque ces unités qui opéraient

2 dans la zone de Drenica ont été unies et placées sous la responsabilité des

3 personnes responsables de toutes ces unités, en présence d'un membre de

4 l'état-major général, nous avons discuté afin de voir qui serait la

5 personne qui assumerait la responsabilité principale, et qui se chargerait

6 de l'organisation de la guerre à partir de Drenica. Donc après cette

7 réunion ou pendant cette réunion où il y avait un membre de l'état-major

8 général, ils ont proposé que je devienne commandant de la zone. C'est une

9 demande qui a été envoyée à l'état-major général. L'état-major général a

10 donné son aval afin que je puisse devenir le commandant de la 1ère Zone

11 opérationnelle.

12 Q. Je sais que cela s'est passé il y a un certain temps de cela, mais

13 pourriez-vous essayer de vous rappeler de la date de cette réunion et de la

14 date où vous avez été nommé commandant de la 1ère Zone opérationnelle ?

15 R. La réunion a eu lieu à la fin du mois de mai.

16 Q. Quel était le représentant de l'état-major général qui était présent ?

17 R. Il s'agissait d'un général Rexhep Selimi. Il a pris en considération

18 l'avis de toutes les personnes responsables des unités avant que je ne

19 devienne commandant.

20 Q. Merci. Pourriez-vous me dire, dans la mesure où vous vous en souvenez,

21 qui étaient les membres de l'état-major général en 1998 ? Je ne vous

22 demande pas de ventiler cela suivant les mois, je vous demande tout

23 simplement de nous dire qui étaient membres de l'état-major en 1998 et de

24 nous indiquer quels étaient leurs titres ou fonctions ?

25 R. Je connaissais certains des membres. Je ne peux pas vous donner le

Page 2072

1 nombre exact des membres de l'état-major général. Je connaissais certains

2 qui s'étaient présentés - Hashim Thaqi, Rexhep Selimi, Shoto [phon] Sekurba

3 - avec qui j'avais eu des contacts pendant cette période. Toutefois, il

4 avait d'autres membres que je ne connaissais pas à l'époque.

5 Q. Durant cette période, et je parle de la période qui va du mois de mai

6 1998 jusqu'à la fin de l'année 1998, où se trouvait situer l'état-major

7 général où se réunissaient les membres de l'état-major général ?

8 R. Les membres de l'état-major général, c'est une bonne question, si vous

9 me posez une question à leur sujet. Mais si vous me posez cela à propos de

10 moi-même, moi, je me trouvais à Likovce, parce que les membres de l'état-

11 major général avaient l'habitude de se déplacer. Ils ne restaient pas au

12 même endroit. Souvent ils tenaient des réunions lorsque le besoin s'en

13 faisait sentir. Il n'y avait pas un endroit fixe pour ces réunions.

14 Q. Je comprends. Pourriez-vous m'indiquer le nom de ces endroits où des

15 réunions auraient eu lieu en 1998, si vous vous souvenez de ces réunions

16 qui ont eu lieu à différents endroits ?

17 R. Je vous le dis, alors, lorsque certains se sont rencontrés ou réunis

18 dans la zone opérationnelle de Drenica, je peux en parler; mais lorsqu'ils

19 se rencontraient, lorsqu'ils avaient des réunions dans d'autres endroits,

20 je ne peux pas vous le dire parce que je n'y étais pas, donc je ne peux pas

21 le savoir. Eux savaient où ils tenaient leurs réunions.

22 Q. Quelle était la fréquence des réunions qui avaient lieu dans la zone de

23 Drenica?

24 R. Il s'agissait de réunions fréquentes. J'avais des réunions fréquentes

25 avec les commandants de brigades. Nous avions des consultations avec les

Page 2073

1 commandants de l'unité ou des unités afin de voir comment nous allions nous

2 organiser et former des brigades. Parfois, il s'agissait de réunions

3 quotidiennes. Nous organisions des réunions autant que nous le pouvions,

4 lorsque nous n'étions pas au combat.

5 Q. Est-ce que vous pourriez me donner, donner à la Chambre de première

6 instance, la période pendant laquelle ces réunions se sont produites, ces

7 réunions fréquentes ?

8 R. Après avoir été nommé commandant de la zone, comme je l'ai dit, j'ai eu

9 des réunions fréquentes. Je ne peux pas vous le dire. Je ne peux pas vous

10 donner de chiffres exacts. Car, comme je vous l'ai déjà dit, parfois ces

11 réunions avaient lieu quotidiennement lorsque nous en avions le temps.

12 Parfois, du fait des combats, nous n'avions pas de réunions.

13 Q. Je comprends. Outre ces réunions, est-ce que vous communiquiez avec les

14 membres de l'état-major général par radio, par téléphone, par les services

15 de messagerie ? Est-ce que vous utilisiez d'autres moyens ?

16 R. Dans une phase ultérieure, nous communiquions par téléphone ou par

17 radio, ou tout simplement par contacts directs.

18 Q. En tant que commandant d'une zone, est-ce qu'il était important ou est-

19 ce qu'il était nécessaire que vous sachiez ce qui se passait dans les zones

20 qui étaient limitrophes de votre zone ?

21 R. C'était important, mais ce n'était pas très important pour moi

22 personnellement. Pour moi, ce qui était important c'était de faire en sorte

23 que la population reste dans la zone et de lutter contre les forces serbes

24 qui nous attaquaient.

25 Q. Comment est-ce que vous saviez que vous étiez requis du point de vue

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1 militaire dans les zones avoisinantes ? Comment est-ce que ce genre

2 d'informations vous était transmis ?

3 R. Très souvent, nous essayons de communiquer par l'intermédiaire de

4 radio. Parfois cela donnait de bons résultats, parfois non. A Gasmaq, il y

5 avait une élévation et là on essayait de communiquer; par Gasmaq et Buguri

6 [phon].

7 Q. Vous étiez commandant de la zone et il y avait l'état-major général.

8 Est-ce qu'il y avait des intermédiaires. Est-ce qu'il y avait un niveau

9 intermédiaire entre vous ?

10 R. Non.

11 Q. Vous avez parlé de ces unités et d'ailleurs, je vous ai déjà posé cette

12 question, mais, est-ce que vous pourriez décrire, à l'intention de la

13 Chambre de première instance, ce qu'était une unité ou un point ? Est-ce

14 qu'il s'agissait tout simplement d'une unité de soldats, d'un endroit ?

15 Qu'est-ce que cela signifiait en 1998, du point de vue militaire ? A quoi

16 est-ce que ces points

17 correspondaient ?

18 R. Jusqu'au moment où je suis devenu un commandant, c'est ce qu'on

19 appelait un centre de feu. C'est ainsi ce que cela signifiait, mot pour

20 mot. Il s'agissait d'un groupe de personnes qui opérait dans une certaine

21 zone et qui avait un code. Donc avec certaines personnes, moi je desservais

22 le point Shkoza, comme je l'ai déjà dit auparavant. Parfois, il y avait un

23 nombre important de soldats, d'autres fois il y avait moins de soldats.

24 Parfois ils atteignaient le nombre d'une section, parfois moins. En fait,

25 il s'agissait d'un groupe de soldats qui se ralliait à un endroit qui était

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1 déployé et qui avait un code qui leur permettait d'être reconnu.

2 Q. Très bien. Pour être très clair, il s'agit d'un groupe de soldats et

3 cela correspondait également à un emplacement géographique.

4 R. Oui, on peut effectivement le dire.

5 Q. Pourriez-vous me dire, dans la mesure du possible - je vais commencer

6 par le mois de mai 1998, donc, mai, juin, juillet - pourriez-vous me dire

7 combien d'hommes étaient placés sous votre commandement ?

8 R. Le nombre ne faisait qu'augmenter. En mai, au moment où je suis devenu

9 commandant de la zone, après que ces points ou ces centres ont été

10 fusionnés en brigades, j'avais quelques 200 à 300 soldats. Tous les jours

11 où tous les mois, ce chiffre augmentait, et puis à la fin de 1998, on peut

12 véritablement parler de milliers d'hommes.

13 Q. J'avoue qu'il s'agit d'une question assez large, mais quelles étaient

14 vos fonctions en tant que commandant ? Quels étaient vos devoirs les plus

15 importants en tant que commandant de la zone ?

16 R. Lorsque je suis devenu commandant de la zone, j'ai immédiatement

17 commencé à rassembler ces points ou ces centres qui se trouvaient dans

18 différents endroits et j'ai commencé à former des brigades. Au départ, le

19 nombre d'hommes n'était pas suffisant pour pouvoir former des brigades,

20 mais comme je savais qu'il y avait des personnes qui étaient très

21 intéressées, qui voulaient se rallier à l'armée, j'ai commencé à établir

22 les brigades dans ce territoire, à savoir, le territoire de Drenica. J'ai

23 accompli la tâche de formation des brigades et j'ai commencé avec les

24 Brigades 111, 112, 113, et 114.

25 Q. Pourriez-vous nous dire, très rapidement, qui étaient les commandants

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1 que vous avez nommés pour commander ces brigades ?

2 R. Oui. Après la fusion des unités, après la fusion de ces unités ou de

3 ces centres, de ces points qui se trouvaient sur chaque territoire et sur

4 chaque zone, j'ai commencé à former des brigades. Au départ, il y avait la

5 Brigade 111. Jahir Djamllaku était le commandant de cette brigade. Il

6 opérait dans la zone où j'avais l'habitude de combattre. Il s'agissait de

7 la zone de Likovc.

8 Ensuite, la Brigade 112 a été formée sur le territoire de Sandokan,

9 où se trouvait le centre ou le point de Sandokan, et recouvrait une zone --

10 peut-être que si vous aviez une carte, je pourrais vous le montrer sur la

11 carte. Il s'agissait du territoire allant de Runik [phon], Skenderaj-

12 Turiqevc, jusqu'à Klina. Abedin Rexha était le commandant de la brigade.

13 Pour ce qui est de la Brigade 113, le commandant était Muja Krasniqi.

14 Cette brigade opérait sur le territoire où j'avais été responsable de la

15 zone opérationnelle. Il y avait le territoire de Komorane, la route de

16 goudron, Trenaz [phon], Skenderaj, Klina, les environs de Klina, jusqu'à

17 Kiev. Il s'agissait de la Brigade 113, qui était dirigée par Muje Krasniqi.

18 La Brigade 114 avait comme commandant, Fehmi Lladroci. Elle englobait

19 le territoire de Drinovc [phon], la route goudronnée jusqu'à Skenderaj,

20 ensuite la route goudronnée près de Shipole [phon], puis il y avait

21 également près de Cicavice. Cela c'était proche du village de Cicavice,

22 puis jusqu'à Drinovc. Cela était placé sous la responsabilité de la Brigade

23 114, avec le commandant Fehmi Lladroci.

24 Q. Merci. Où se trouve la route goudronnée dont vous nous avez parlé ?

25 R. Lorsque je parle de la route goudronnée, voilà j'entends la route de

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1 Skenderaj. Il faut savoir que Skenderaj-Klina font également partie de ce

2 territoire, de cette ligne qui divisait les brigades. Si vous avez une

3 carte de Drenica, je pourrais très simplement vous montrer tout cela.

4 Q. Nous vous présenterons une carte après la pause et vous pourrez ainsi

5 me montrer toutes ces zones.

6 Lorsque vous donniez des ordres à ces commandants de brigade, ou à ces

7 commandants d'unité, comment est-ce que vous donniez des ordres ? Est-ce

8 que vous le faisiez par écrit ? Est-ce que vous pourriez nous décrire

9 comment vous procédiez ?

10 R. Très souvent, nous donnions des ordres qui font parties de la décision

11 de nomination du commandant. Mais puisqu'il s'agissait d'un moment ou d'une

12 phase de réorganisation des brigades, comme je l'ai déjà dit, tous les

13 commandants devaient former des brigades à partir des unités qui étaient

14 divisées en compagnie, en section, et cetera.

15 Q. Je comprends bien, mais ce que je vous demandais c'était si vous

16 donniez des ordres par écrit ou si vous adressiez par radio personnellement

17 aux commandants ?

18 R. Cela dépendait de quelle période il s'agit. Lorsqu'il y avait des

19 combats, il était impossible d'envoyer l'ordre par écrit. Donc, je donnais

20 l'ordre par radio ou le donnais oralement, lorsque nous nous réunissions,

21 ou parfois je leur donnais cet ordre par écrit. En fait, toutes les

22 méthodes de communication étaient utilisées.

23 Q. Est-ce qu'il y a une différence entre un ordre écrit et un ordre oral

24 que vous transmettiez aux commandants ?

25 R. Je n'en sais rien.

Page 2078

1 Q. Ce que j'entends c'est que si vous dites à un commandant, voilà quel

2 est l'ordre, si vous lui parlez, ou si vous lui donnez cet ordre par écrit,

3 est-ce que cela représente une différence pour lui, pour ce qui est de

4 l'exécution de l'ordre, si vous vous adressez à un subordonné et que vous

5 lui donnez un ordre ?

6 R. Chaque fois que j'ai donné un ordre oral, je me suis toujours assuré

7 d'envoyer par écrit le même ordre, lorsqu'il s'agissait par exemple d'un

8 ordre opérationnel.

9 Q. Une fois de plus, lorsque le commandant reçoit cet ordre oral, verbal,

10 il est contraint d'exécuter cet ordre, qu'il s'agisse d'un ordre présenté

11 par écrit ou par oral; est-ce bien exact ?

12 R. Nous avions l'habitude d'informer les commandants au préalable, mais la

13 décision, elle est couchée sur le papier.

14 Q. Lorsque vous informez un commandant subordonné, lorsque vous lui donnez

15 un ordre, que faites-vous pour vous assurer que cet ordre est bien

16 exécuté ?

17 R. Cela dépend si le commandant est en mesure d'exécuter l'ordre en

18 question, parce que très souvent nous ne pourrions communiquer lorsqu'il y

19 avait des combats qui se déroulaient. Je vous ai dit que la zone

20 opérationnelle avait des particularités. Nous étions toujours attaqués d'un

21 côté ou de l'autre. Donc, souvent les ordres n'étaient pas exécutés, ou

22 certains des ordres n'étaient pas exécutés.

23 Q. Est-ce que vous nous dites que cela est expliqué par les conditions de

24 combat ? Est-ce que c'est de ce fait qu'il était impossible d'exécuter les

25 ordres ? Je voudrais juste bien m'assurer d'avoir compris votre réponse.

Page 2079

1 R. Oui.

2 Q. J'aimerais vous montrer un document. Il s'agit du document U000-7684.

3 Il se trouve à l'intercalaire 7 du classeur que je vous ai donné.

4 Si vous regardez la photocopie de l'original dans votre langue - je

5 m'excuse d'ailleurs, parce que les caractères sont très petits - mais ce

6 qui m'intéresse, c'est ce qui se trouve à la gauche de la page, il s'agit

7 donc de l'ordre 3 698, qui porte la date du 31 juillet 1998, Likovac. Je

8 vais vous accorder un petit moment pour pouvoir consulter ce document.

9 R. Oui, je le vois. Oui, je le reconnais. C'est moi-même qui l'ai signé.

10 Q. C'est une interdiction visant le rassemblement de personnes dans des

11 endroits publics mis en danger. Alors, nous n'avons pas beaucoup de temps

12 avant la pause, mais j'aimerais savoir pourquoi vous avez émis cet ordre à

13 ce moment-là au mois de juillet ?

14 R. C'est évidemment. C'est parce que dans des endroits publics tels que

15 des établissements scolaires, des mosquées, des églises, tout cela était

16 identifié comme des objets sur les cartes militaires. Très souvent, les

17 forces serbes attaquaient précisément ces sites. C'est pour cela que j'ai

18 donné l'ordre à la population civile de ne pas se rassembler dans ces

19 endroits publics par peur d'attaques, de bombardements de la part des

20 forces serbes. Parce que très souvent, les forces serbes attaquaient sans

21 aucune discrimination et très souvent, là, où il y avait des rassemblements

22 importants de civils. C'est la raison pour laquelle j'ai émis cet ordre.

23 Q. Si vous prenez le paragraphe 4 de cet ordre, il est

24 indiqué : "Nous en référons aux commandants des unités, que nous

25 considérons comme responsables, pour l'exécution de cet ordre."

Page 2080

1 Est-ce bien ce qui est écrit dans le document d'origine dans votre langue ?

2 R. Oui. Cela est adressé aux commandants des unités parce que lorsque nous

3 avons donné ou confié ces tâches aux commandants des brigades pour que des

4 brigades soient formées, ils ont continué à opérer ou à être responsable de

5 ces unités parce qu'ils n'avaient pas le temps suffisant pour les organiser

6 en bataillons organisés, et on continuait toujours à les appeler unités à

7 ce moment-là. Voilà la raison.

8 Q. Très bien. Alors si vous vous rendiez compte qu'un commandant d'unités

9 n'avait pas exécuté cet ordre, ne l'avait pas mis en application tel que

10 cela avait été requis par l'ordre, est-ce que vous pourriez me dire quel

11 était le mécanisme que vous aviez à votre disposition pour essayer de gérer

12 ce subordonné ? Qu'auriez-vous fait en l'occurrence ?

13 R. Tout le monde voulait protéger la population, c'était véritablement la

14 teneur même, l'essence de cet ordre, il s'agissait de protéger la

15 population dans des endroits où elle aurait été beaucoup plus menacée.

16 Donc, il n'était pas besoin de ne pas exécuter cet ordre.

17 Q. Je comprends fort bien. Mais toutefois, si vous vous étiez rendu compte

18 qu'un de vos subordonnés n'avait pas exécuté cet ordre ou un ordre de ce

19 style, qu'auriez-vous fait pour trouver une solution à cette situation ?

20 R. Je ne sais pas parce que cette situation ne s'est pas posée. Personne

21 ne s'est opposé à cet ordre.

22 Q. Ce que j'essaie de dire ou ce que j'essaie de savoir plutôt, c'est que

23 lorsque vous aviez un subordonné, est-ce qu'il existait un mécanisme au

24 sein de votre commandement si, à ce moment-là, quelqu'un n'obéissait pas

25 votre ordre ? Supposons, par exemple, qu'un soldat quittait son poste,

Page 2081

1 qu'advenait-il à ce soldat ?

2 R. Jusqu'à ce moment-là, rien n'aurait pu lui arriver.

3 Q. Qu'entendez-vous par "jusqu'à ce moment-là" ?

4 R. Ce que j'entends, c'est ce qui suit : si un soldat pensait qu'il ne

5 voulait plus continuer son service ou s'il avait des raisons pour ne pas

6 poursuivre ce service, on ne pouvait rien faire parce qu'il était venu de

7 façon tout à fait volontaire, et il pouvait partir s'il le souhaitait.

8 Parce qu'il considérait que cela était judicieux, j'entends rester dans

9 l'armée pour lutter aussi longtemps qu'il le souhaitait. Il n'y avait pas

10 de procédure afin de faire quelque chose s'il souhaitait se retirer de

11 l'armée, par exemple, s'il n'avait pas supporté les conditions.

12 M. NICHOLLS : [interprétation] Je ne sais pas si vous voulez faire la pause

13 maintenant, Monsieur le Président.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, oui. Il me semble que c'est le

15 moment idoine. Nous reviendrons ici à 17 heures 50.

16 --- L'audience est suspendue à 17 heures 29.

17 --- L'audience est reprise à 17 heures 52.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Nicholls.

19 Monsieur Nicholls, vous avez la parole.

20 M. NICHOLLS : [interprétation] Merci.

21 Q. A un moment donné, des unités de la police militaire ont été créées de

22 façon officielle au sein de l'UCK. Je souhaite maintenant parler de ceci

23 dans votre zone.

24 R. C'est exact.

25 Q. Quand ceci a-t-il été mis en place ?

Page 2082

1 R. Après que j'ai été nommé commandant, j'avais pour responsabilité de

2 créer les brigades. Après la création de ces brigades, je devais mettre en

3 place la police militaire et les unités spéciales. La police militaire a

4 été créée après que j'ai été nommé commandant, mais je dois dire que j'ai

5 commencé à organiser tout ceci un ou deux mois après ma prise de fonction

6 en tant que commandant.

7 Q. Une des obligations de la police militaire consistait-elle à s'assurer

8 que les soldats se comportaient correctement ?

9 R. Oui. La police militaire avait pour devoir de veillez à la discipline,

10 au respect de la discipline des soldats et devait également s'occuper des

11 blessés.

12 Q. Depuis le début, lorsque vous avez assumé ce commandement et lorsque

13 vous avez crée la police militaire pour ces raisons, quels types de mesures

14 pouviez-vous prendre pour que les soldats respectent la discipline ?

15 R. Au début, nous étions en train de mettre en place et de consolider ces

16 brigades. La police militaire avait principalement pour rôle ou je dois

17 dire plutôt - même la police militaire a participé à ceci et était en phase

18 d'organisation.

19 Q. J'entends bien ce que vous dites - il s'est passé beaucoup de choses à

20 ce moment-là, vous participiez au combat - mais si vous constatiez que des

21 soldats se comportaient mal, qu'ils buvaient, quels types de pénalités leur

22 étaient imposées ?

23 R. Très souvent, nous les punitions et nous leur demandions de monter la

24 garde en dehors des heures habituelles, ou alors, ils recevaient un

25 avertissement par écrit, quelque chose comme cela.

Page 2083

1 Q. Bien. Vous souvenez-vous si des soldats ont jamais été remerciés, ont

2 dû redonner leurs uniformes et être renvoyés de l'armée pour leur mauvaise

3 conduite ?

4 R. Non, je ne me souviens pas d'un cas de ce genre.

5 Q. Vous souvenez-vous - je vous demande simplement si vous vous souvenez à

6 propos de la question de la disciple lors de l'entretien que vous avez eu

7 avec l'Accusation et les représentants de mon bureau, du bureau du

8 Procureur, vous souvenez-vous de cela ?

9 R. Non, je ne me souviens pas à ce stade-ci. Si vous pourriez me rappeler

10 de quoi il s'agissait.

11 Q. Vous souvenez-vous lors du premier entretien qui a été enregistré, que

12 vous avez eu, vous avez déclaré qu'un des moyens utilisé pour faire

13 appliquer la discipline était d'enlever des armes à un soldat, ainsi qu'un

14 uniforme, et de lui dire qu'il ne pouvait plus jamais être un membre de

15 l'UCK ? Est-ce ainsi que les choses se produisaient normalement ?

16 R. Il est vrai, s'ils abusaient des armes dont ils disposaient, il est

17 vrai qu'on leur retirait l'arme. Mais si leur conduite s'améliorait, à ce

18 moment-là, on pouvait leur rendre leur arme. Nous avions très peu d'armes,

19 donc, bon nombre de soldats n'avaient pas d'armes du tout.

20 Q. Bien. Si la conduite du soldat ne s'améliorait pas, à ce moment-là, on

21 ne lui rendait pas son arme, et qu'arrivait-il alors ?

22 R. Je n'ai jamais rencontré un tel cas et je n'ai jamais vu de tel cas.

23 Q. Je comprends bien que vous êtes très fier de vos hommes et avez pensé

24 que les soldats qui composaient votre unité étaient d'excellents soldats.

25 Vous semblez dire que vous n'aviez jamais de raisons pour imposer des

Page 2084

1 mesures disciplinaires au cours de l'été 1998.

2 R. Je pense que les choses étaient ainsi. Je ne me souviens pas de cas où

3 des mesures disciplinaires devaient être appliquées à mes soldats. Ou peut

4 être qu'il y avait quelques cas qui n'étaient pas des cas très importants

5 puisque nous étions en guerre. Je ne me souviens pas.

6 Q. Je souhaite éclaircir ce point. Vous souvenez-vous qu'on ait dit à un

7 de vos soldats qu'il ne pouvait plus jamais faire partie de l'UCK, qu'on

8 l'avait remercié ?

9 R. Je ne me souviens pas.

10 Q. Alors, au mois de mai 1998 -- pardonnez-moi, je vais parler d'un autre

11 sujet, et vous poser une autre question. Il s'agit là d'un point qui porte

12 sur votre autorité, le pouvoir que vous aviez en tant que commandant. Si un

13 soldat commettait une délit ou une infraction grave, quelque chose qui

14 aurait déshonoré un soldat qui était membre de l'UCK - par exemple, s'il

15 attaquait un civil, qu'auriez-vous fait pour appliquer des mesures

16 disciplinaires à ce soldat ?

17 R. Je l'aurais averti, je l'aurais informé des mesures qui auraient été

18 adoptées. Lorsque les soldats portaient l'uniforme, ils recevaient un

19 avertissement, ou alors on lui enlevait son arme. On ne pouvait rien faire

20 d'autre.

21 Q. Vous pouviez certainement lui enlever son arme, mais ne pouviez-vous

22 pas simplement remercier ce soldat, et le chasser de l'armée ?

23 R. Il est vrai que s'il récidivait et refaisait la même chose et

24 commettait la même erreur, à ce moment-là, on leur demandait de quitter

25 l'unité en question. Mais ce la dépendait pour beaucoup du commandant de

Page 2085

1 l'unité et de l'opinion qu'il avait eu égard à ce soldat et de la manière

2 dont ce soldat s'était comporté à d'autres occasions.

3 Q. Si on avait demandé à un soldat de quitter son unité, comment ceci est-

4 il perçu chez lui, lorsqu'il rentrait chez lui dans sa ville natale, on dit

5 qu'il avait été chassé de l'armée ?

6 M. GUY-SMITH : [interprétation] Il s'agit ici d'un niveau de spéculation

7 qui me semble peut-être un petit peu trop éloigné de ce qui nous concerne

8 ici.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il est vrai, vous avez raisons en

10 partie, Maître Guy-Smith, mais il s'agit d'une question générale qui porte

11 sur l'opinion ou le point de vue d'une communauté par rapport à un de ses

12 membres. Je crois que dans ce sens-là, nous pouvons autoriser la question.

13 M. NICHOLLS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

14 Q. Le Président a dit vous pouviez répondre à cette question.

15 Lorsqu'un jeune homme avait été chassé de l'armée et qu'il rentrait dans

16 son village ? Comment ceci était-il perçu par les villageois en sachant

17 qu'il était là et qu'il avait été -- puisque vous-même vous étiez là, et

18 que vous étiez une commandant de l'armée de libération du Kosovo à ce

19 moment-là ?

20 R. Bien sûr, bien sûr que j'étais commandant au sein de libération du

21 Kosovo. Mais je ne me souviens pas de tel cas précisément, et je ne sais

22 pas comment les autres membres de la société auraient perçu cela.

23 Q. Est-ce que vous pensiez qu'on aurait considéré qu'il s'agissait là

24 d'une réalisation personnelle ? Est-ce que vous pensez que cela aurait pu

25 être perçu comme ceci pour un jeune homme ?

Page 2086

1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je crois maintenant que vous allez

2 trop loin.

3 M. NICHOLLS : [interprétation] Bien.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai déjà dit que je ne sais pas comment cela

5 était perçu ou comment on le décrivait aux membres de son village. Mais si

6 vous pourriez me citer un exemple, par exemple

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je crois qu'on arrive ici à une

8 situation ou tout le monde est ex æquo, on n'avance pas.

9 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui, j'avais l'intention de suivre votre

10 conseil sur ce point.

11 Q. Alors, je vais vous montrer la carte. C'est la pièce P1. Oui,

12 précisément, si vous regardez à gauche, ce sera peut-être un peu plus clair

13 pour vous.

14 R. Non, je ne vois pas très distinctement sur l'écran, donc, c'est

15 préférable que je regarde cette carte ici.

16 Q. Bien, est-ce que vous voyez Likovac sur cette carte ?

17 R. Oui, je le vois.

18 Q. Pourriez-vous me dire, où par rapport à Likovac, - pardonnez-moi, on ne

19 distingue pas la ville, elle n'est pas indiquée - pourriez-vous me dire

20 dans quel village vous êtes né, et dans quel village vous avez grandi, s'il

21 vous plaît ?

22 R. Ceci n'est encore -- si je puis permettre que la moitié d'une carte, il

23 y a beaucoup villages qui manquent sur cette carte. Cela se situerait sur

24 une autre partie de la carte. Cela ne se situe pas sur cette carte-ci, cela

25 n'est pas très éloigné. C'est à quatre kilomètres de Likovc, à quatre

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1 kilomètres et demi de Likovc.

2 Q. Est-ce que vous pourriez nous dire dans quelle direction à partir de

3 Likovc, quand vous dites quatre kilomètres et demi ?

4 R. De l'autre côté, vous avez ici Baijice, mon village se trouve de

5 l'autre côté et non pas du côté de Baijice et des autres villages. Mon

6 village se trouve de l'autre côté.

7 Q. Est-ce que vous pourriez me montrer sur cette carte - tous les éléments

8 ne figurent peut-être pas sur cette carte - mais en regardant cette carte,

9 quelle partie de cette carte se trouvait sous votre commandement, si partie

10 il y avait, au mois de mai 1998 ?

11 R. Cette carte nous montre qu'une seule partie de ma zone de

12 responsabilité. Les parties que nous voyons sur cette carte sont celles qui

13 ont pour frontière la route goudronnée. C'est la route goudronnée qui va de

14 Pristina, de Pec -- Peja à Pristina, cette route.

15 Q. Cette route, maintenant que vous nous avez indiqué cette route qui va

16 de Pec-Pristina, quelle partie ou de quel côté de cette route représente

17 votre zone de responsabilité ?

18 R. Dans la région de Drenica où se trouve la route Pristina-Peja, Drenica

19 - c'est la route, en fait, qui marque la frontière entre les deux régions.

20 Q. Donc, c'est au nord de la route, c'est cela la région de Drenica ?

21 M. TOPOLSKI : [interprétation] Madame, Messieurs les Juges, j'hésite à me

22 lever pour venir en aide à l'Accusation, mais je demande si la carte numéro

23 10, qui est après tout la carte de l'état-major de l'UCK, ne pourrait pas

24 nous venir en aide. Il s'agit d'une carte ici qui est datée du mois de

25 janvier 1998-1999.

Page 2088

1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ecoutez, merci beaucoup, Maître

2 Topolski.

3 M. TOPOLSKI : [interprétation] Cela nous permettra peut-être de gagner du

4 temps.

5 M. NICHOLLS : [interprétation] Je vous remercie pour votre proposition.

6 Q. Regardons cette carte, la région de Drenica se trouve-t-elle

7 directement à droite, ici, sur la carte dans la région de Pristina-Pec ?

8 R. Oui, comme je vous l'ai dit, la région de Drenica a ici, a comme

9 frontière Pristina, la route. Il y a ici Belikovce [phon] qui était la zone

10 opérationnelle de la 113e Brigade. C'était là ma zone opérationnelle qui

11 comprenait également Lapusnik.

12 Q. Merci beaucoup. Par rapport à la carte que vous avez sous les yeux,

13 cette route Pristina-Pec, quel tronçon ou combien de kilomètres de cette

14 route se trouvait à l'intérieur de la responsabilité de la 113e Brigade ?

15 Autrement dit, est-ce que c'est toute la route ou une partie de la route

16 seulement qui était dans cette zone de responsabilité, dans votre zone de

17 responsabilité ?

18 R. La 113e Brigade, qui était commandée par Muje Krasniqi, allait de la

19 région de Gllareve jusqu'aux gorges de Lapusnik, jusqu'à Komorane. Mais les

20 zones de responsabilité avaient été divisées le long de cette route

21 goudronnée, et allaient jusqu'à Likovc, Drenica et la route goudronnée de

22 Skenderaj qui n'est pas représentée ici sur cette carte en direction de

23 Klina.

24 Q. Si je puis, je vais suivre le conseil de mes éminents confrères et vous

25 montrer la carte numéro 10 qui porte la cote P1.

Page 2089

1 R. Oui.

2 Q. Voyez-vous la subdivision en zones opérationnelles de l'UCK telles

3 qu'elles sont indiquées sur cette carte ?

4 R. Oui, je les vois bien.

5 Q. En regardant la zone de Drenica, si on regarde la zone de Drenica,

6 celle que l'on voit ici, est-ce que cela correspond grosso modo à ce

7 territoire tel que c'est, en tout cas, représenté par l'échelle de cette

8 carte, entre le mois de mai et le mois de juillet 1998 ?

9 R. Oui, à peu près. C'est assez clair, mais il y a un certain nombre de

10 villages, un bon nombre de villages qui ne sont pas indiqués ici. Cela

11 correspond à peu près, oui effectivement, aux zones qui nous concernent.

12 Q. Les autres zones, les autres régions, je sais que - bon à cette échelle

13 - tous les villages ne sont pas représentés, mais est-ce que vous estimez

14 qu'il s'agit ici d'une carte assez précise ?

15 R. Je ne peux pas vous parler des autres zones, les autres régions.

16 Q. Très bien. La carte est très précise, n'est-ce pas que vous l'avez

17 indiqué plus tôt, la zone de Pastrik qui était la zone qui jouxtait la zone

18 de Drenica, n'est-ce pas ?

19 R. Oui, c'est exact.

20 Q. Donc, les unités de la 113e Brigade --

21 M. NICHOLLS : [interprétation] Vous pouvez retirer la carte.

22 Q. -- dont la zone opérationnelle était le long de cet axe, de cet axe

23 routier Pristina-Pec, et de l'autre côté de Lapusnik, quel était le nom de

24 ces positions de tirs, ou de ces unités qui composaient cette zone ou cette

25 brigade ?

Page 2090

1 R. A commencer par Alpha, qui existait déjà avant la mise sur pied de la

2 brigade, Alpha, Alphane [phon], Pellumbi, et Guri, ils étaient cantonnés

3 dans cette région-ci. Pour autant que je m'en souvienne, il y avait

4 également Zogu, mais c'était surtout ces régions-ci.

5 Q. Pour être tout à fait clair, ces unités se sont appelées -- ont

6 constitué la 113e Brigade après que vous ayez créé ces brigades ?

7 R. Oui, oui. Ces unités-là, ainsi que d'autres unités, se trouvaient --

8 étaient déployées à l'intérieur de cette région.

9 Q. Vous parlez de votre zone.

10 Bien. Alors, pour ce qui est des unités, au mois de mai, juin, juillet, qui

11 étaient déployées de l'autre côté de l'axe Pristina-Pec, pourriez-vous me

12 dire à quel endroit se trouvait la frontière de l'autre côté, donc en face

13 de la 113e Brigade, qu'y avait-il, la 113e Brigade et les unités dont vous

14 nous avez parlé ?

15 R. Je l'ai -- Guri, Pellumbi, et Alpha, comme je l'ai déjà dit. Ces unités

16 se trouvaient tout près de la route goudronnée, cette frontière, et avaient

17 été placées sous la responsabilité de la 113e Brigade. Mais il y avait

18 d'autres unités, comme Shkoza et Mali, et d'autres unités qui étaient

19 déployées à l'intérieur de la zone. Mais si vous voulez savoir quelles

20 étaient les unités qui étaient déployées le plus près de la route, ce sont

21 celles que je viens d'indiquer.

22 Q. Et de l'autre côté de la route, quelles unités y avait-il ?

23 R. A ce moment-là, on procédait à une réorganisation. Lorsque j'étais

24 avec ces unités, il n'y avait pas d'unités de l'autre côté. Il y en avait à

25 Celiku -- il y avait quelques unités qui s'appelaient Celiku. A ce moment-

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1 là, ces unités avaient commencé à se réorganiser à la manière dont nous

2 l'avions fait nous-mêmes dans notre région. Mais à ce moment-là, ces unités

3 travaillaient toujours de façon -- encore de façon indépendante --

4 opéraient de façon indépendante.

5 Q. Les unités de Celiku avaient été réorganisées en même temps que vous,

6 c'est-à-dire qu'au moment où, vous, vous aviez réorganisé vos unités le

7 long de l'axe Pristina-Pec; c'est exact ? C'est ce que vous êtes en train -

8 - c'est ce que vous dites dans votre déposition ?

9 R. Oui, c'est exact. Je ne sais pas exactement comment les unités de

10 Celiku étaient organisées à ce moment-là. Je vous ai dit comment mes unités

11 étaient organisées. Elles constituaient une brigade très importante.

12 Q. Le 9 mai 1998 - vous vous souvenez sans doute de cette date-là, n'est-

13 ce pas ?

14 R. Oui.

15 Q. Que se passait-il -- les unités de Pellumbi, la 113e Brigade, à

16 commencer par eux, que se passait-il dans la zone ?

17 R. A ce moment-là, les forces serbes avaient commencé à entrer dans le

18 village de Komorane, des gorges de Lapusnik et des villages voisins, Rakova

19 [phon] et d'autres villages. Lorsqu'ils ont commencé à entrer dans ces

20 villages, nous avons commencé à nous restructurer, et nous avons pris part

21 au combat dans les gorges de Lapusnik.

22 Q. C'est une bataille célèbre, n'est-ce pas ?

23 R. Oui, nous nous sommes battus de toutes nos forces.

24 Q. Vous vous êtes battu de toutes vos forces. Vous souvenez-vous, nous

25 nous en sommes entretenus très brièvement hier ?

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1 R. Oui, je me souviens très bien.

2 Q. Vous vous souvenez peut-être -- nous n'en avons pas parlé, mais je vous

3 ai demandé si vous avez donné une interview à Zira [phon], qui est --

4 R. Oui. Nous nous sommes rencontrés hier, oui, c'est exact. Vous avez

5 évoqué l'interview avec Zira, et je l'ai sous les yeux actuellement.

6 Q. Je vous ai donné un exemplaire de cette interview dans votre propre

7 langue, n'est-ce pas ?

8 R. Oui, je l'ai là sous les yeux.

9 Q. Cet article que vous avez évoqué dans votre interview, les gorges de

10 Lapusnik -- dans cette interview, vous parlez effectivement de la bataille

11 dans les gorges de Lapusnik en mai 1998, n'est-ce pas ?

12 R. Oui, je l'ai évoqué.

13 Q. Si vous pouvez, je vous demande de bien vouloir expliquer à la Chambre,

14 comme vous l'avez fait au cours de cet entretien, comment -- quelle était

15 la signification de cette bataille ? Pourquoi cette bataille était-elle

16 importante et pourquoi était-il tellement important de gagner cette

17 bataille dans les gorges de Lapusnik.

18 R. Oui, cela est tout à fait clair. J'ai expliqué dans -- ceci dans

19 l'interview. Je ne sais pas si cela est très clair pour vous, mais je peux

20 encore une fois vous en reparlez. Les gorges de Lapusnik étaient dans la

21 zone opérationnelle de Drenica et étaient une zone géographique importante

22 pour nous, car nous ne souhaitions pas que les forces serbes y entrent avec

23 leurs chars et autres véhicules, comme ils l'avaient fait par le passé.

24 Notre stratégie dans la région consistait à avoir un corridor libre. Nous

25 voulions pouvoir emprunter ce corridor pour pouvoir transporter l'armement

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1 -- les armes de l'UCK.

2 J'ai dit, au cours de cet entretien, et je réitère ici ce que j'ai déjà

3 dit, que je tentais de défendre cette région, en présence de toutes mes

4 unités. Nous nous sommes battus pour défendre ces gorges de Lapusnik.

5 Q. Mais vous dites que cette route avait été utilisée par l'UCK pour

6 assurer le transport des armes. Les Serbes, utilisaient-ils --

7 empruntaient-ils cette route également, avant la bataille du 9 mai ? Les

8 forces serbes, empruntaient-elles cette route, et si oui, pour quelle

9 raison ?

10 R. Cette route leur permettait d'entrer des les villages qui longeaient la

11 zone opérationnelle de Drenica, car très souvent, les forces serbes

12 entraient dans ces villages. Dans ma zone de responsabilité, les Serbes ont

13 tenté de s'infiltrer dans les régions où il y avait beaucoup de civils. Ils

14 savaient pourquoi ils faisaient cela.

15 Q. Combien de temps a duré cette bataille qui a commencé le 9 mai ?

16 R. Je ne sais pas. En tout cas, jusqu'à ce que les gorges sont tombées, un

17 jour ou deux.

18 Q. Lorsque vous dites, lorsque "les gorges sont tombées," qu'est-ce que

19 vous entendez par là ?

20 R. Jusqu'à ce que les forces serbes entrent dans ma zone de

21 responsabilité.

22 Q. Ecoutez, je vais reprendre, et nous allons procéder pas à pas. La

23 bataille a lieu le 9 mai; c'est exact ?

24 R. Oui.

25 Q. De votre côté, dans votre zone de responsabilité des unités se battent

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1 sous votre commandement étaient celles de la 113e Brigade ?

2 R. Oui. Il ne s'agissait pas d'une brigade entièrement consolidée qui

3 n'avait pas encore été complètement structurée. Elle était en cours

4 d'organisation. Mais ces unités qui étaient là opéraient dans ma zone

5 opérationnelle.

6 Q. Ces unités, par la suite, allaient faire partie de la 113e Brigade ?

7 R. Oui.

8 Q. De l'autre côté des gorges de Lapusnik, autrement dit de l'autre côté

9 de l'autoroute, de la route, vous dites qu'il y avait les unités de Celiku.

10 R. Oui. Les unités de Celiku, tout à fait.

11 Q. Ces unités de Celiku, comment ont-elles pris part à la bataille du 9

12 mai, dans les gorges de Lapusnik ?

13 R. A ce moment-là, il y avait beaucoup d'unités. Certaines unités

14 s'appelaient les unités de Celiku. Je ne sais pas combien il y en avait qui

15 portait ce nom-là, mais je connaissais l'unité de Celiku numéro 1. Comme je

16 vous l'ai dit, il y avait plusieurs unités de Celiku. Elles fonctionnaient

17 toutes indépendamment les unes des autres. Je ne sais pas dans quelles

18 régions elles étaient déployées.

19 Q. L'unité de Celiku numéro 1 où était-elle le 9 mai ? A ce moment-là, où

20 était leur position ?

21 R. Je ne sais pas exactement quelle était leur position, car cela ne

22 relevait pas de ma zone de responsabilité, j'étais moi-même dans ma propre

23 zone de responsabilité. Je savais simplement que l'unité de Celiku numéro 1

24 existait. Je pense que cela pourrait correspondre à peu près à Klecka. Je

25 n'en suis pas tout à fait certain.

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1 Q. Les unités de l'autre côté de la route, les unités de Celiku

2 combattaient également le 9 mai, ont pris part au combat ?

3 R. Oui. Tout à fait, certaines d'entre elles.

4 Q. Quel était le numéro de la brigade au sein de laquelle ont été

5 regroupées, par la suite, les unités de Celiku ?

6 R. A ce moment-là, on ne pouvait pas parler, à proprement parler, d'une

7 brigade. Il n'avait que des petits groupes d'unités.

8 Q. J'entends fort bien. Mais lorsque ceci, lorsque la brigade a été créée,

9 quel était le numéro de cette brigade qui a été composée par ces unités de

10 Celiku ?

11 R. Les unités de Celiku, certaines d'entre elles ont rejoint la 122e et

12 l'autre la 121e Brigade. Peut-être qu'il y avait d'autres brigades aussi.

13 Mais je n'en suis pas tout à fait certain. Je ne sais pas comment ceci a

14 été regroupé. Je ne sais pas. Je sais simplement qu'il y avait des unités

15 de Celiku au sein de la 122e Brigade.

16 Q. Et de la 121e Brigade aussi non ?

17 R. Oui, oui. Certaines d'entre elles faisaient également partie de la 121e

18 Brigade, pour autant que je sache.

19 Q. Vous souvenez-vous que, dans cet article --

20 M. KHAN : [interprétation] Monsieur le Président, je pense que cela a duré

21 assez longtemps. Je dois dire que mon collègue a, avant la pause, fait

22 allusion à un entretien qui a été enregistré. Il souhaite maintenant faire

23 référence à une interview avec un journal. Monsieur le Président, il ne

24 s'agit pas d'un examen de mémoire ici. Le témoin s'est vu fournir certains

25 documents, il les a utilisés pour se rafraîchir la mémoire dans le cadre de

Page 2096

1 sa déposition aujourd'hui, je pense que l'on devrait demander au témoin ce

2 dont il se souvient, plutôt que de lui demander ce qu'il a dit à l'époque à

3 la presse écrite. Voilà, Monsieur le Président. C'est aussi simple que

4 cela.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Mais, Monsieur Nicholls, j'ai

6 l'impression, ou il semblait que vous étiez sur le point de demander s'il

7 se souvenait de quelque chose qu'il aurait dit dans l'entretien?

8 M. NICHOLLS : [interprétation] Non, Monsieur le Président, j'allais lui

9 demander s'il se souvenait d'un thème, j'allais essayer, en fait, de lui

10 demander --

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que vous pouvez effectivement

12 lui demander directement ou lui poser directement une question à propos

13 d'un sujet particulier sans pour autant faire référence à des interviews

14 passées. Je pense que vous pouvez ainsi essayer d'obtenir les éléments

15 d'information qui, d'après vous, sont pertinents pour votre sujet, une fois

16 de plus, sans pour autant faire référence à des interviews du passé.

17 M. NICHOLLS : [interprétation]

18 Q. Est-ce que vous connaissez Fatmir Limaj ?

19 R. Oui, je le connais assez bien.

20 Q. Quand l'avez-vous rencontré pour la première fois ?

21 R. Je l'ai rencontré personnellement en 1996, mais je ne savais qu'il

22 était Fatmir Limaj, je l'ai expliqué. Lorsqu'il est revenu de l'Occident,

23 je l'ai rencontré. Il m'a semblé que c'était une personnalité publique.

24 Après on m'a dit qu'il s'agissait de Fatmir Limaj.

25 Q. Vous nous dites que vous l'avez rencontré lorsqu'il est revenu

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1 d'Occident. Quand est-ce que cela s'est passé ? Quand est-ce que Fatmir

2 Limaj est revenu ?

3 R. Cela s'est passé après la chute héroïque du commandant légendaire.

4 C'est une époque où bon nombre de personnes sont revenues de l'Occident et

5 c'est la période à laquelle j'ai rencontré Fatmir Limaj également.

6 Q. Où l'avez-vous rencontré ?

7 R. Je ne m'en souviens pas précisément. Il se peut que je l'aie rencontré

8 à Likovc ou à Acareva, dans mon village ?

9 Q. Dans quel contexte l'avez-vous rencontré lors de son retour ?

10 R. Je l'ai rencontré avec d'autres collègues qui étaient également revenu

11 d'Occident. J'ai tout simplement fait sa connaissance. Il s'agissait de

12 Fatmir et c'est tout.

13 Q. Quand vous l'avez rencontré, quel est le nom sous lequel on vous l'a

14 présenté ?

15 R. On ne m'a pas donné de nom, dans un premier temps. Puis après --

16 d'abord, je ne sais pas si, ce n'était pas très clair s'il m'avait été

17 présenté en tant que Fatmir ou en tant que Celik, mais c'était l'époque où

18 je le connaissais sous le nom de Celiku. Je n'en suis pas sûr. Il se peut

19 que l'on me l'ait présenté comme l'oncle "Daja", si ma mémoire ne me

20 trompe.

21 Q. Vous venez de dire qu'il vous a été présenté sous le nom de Fatmir ou

22 de Celiku après le mois de mars 1998.

23 R. J'ai dit que je ne me souvenais pas, je ne m'en souvenais pas

24 précisément parce que, plus tard, je l'ai rencontré sous le nom de Celiku,

25 mais je ne sais pas très bien comment on me l'a présenté lorsque je l'ai

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1 connu. Par la suite, je l'ai connu sous le nom de Celiku. Mais lorsqu'on me

2 l'a présenté, je ne sais plus si on me l'a présenté sous le terme de

3 "Daja". C'était une période de temps très brève. Nous nous sommes juste

4 rencontrés, nous nous sommes serrés la main, nous nous sommes salués. Il

5 n'y a pas eu de conversation. Ce fut très bref.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Nicholls, puis-je vous dire

7 que la date de la réunion est consignée dans le compte rendu d'audience

8 comme le mois de mars 1998. Je pensais que les éléments de preuve oraux

9 correspondaient au mois de mars 1996. Alors je ne sais pas où réside

10 l'erreur, dans le compte rendu d'audience ou dans ma mémoire.

11 M. NICHOLLS : [interprétation] Je pense qu'il s'agit du mois de mars 1998.

12 Nous pouvons demander au témoin de préciser cela.

13 Q. Monsieur le Témoin, lorsque vous avez rencontré Fatmir Limaj, après la

14 mort d'Adem Jashari, c'est à ce moment-là que vous l'avez rencontré, n'est-

15 ce pas ?

16 M. NICHOLLS : [interprétation] Je pense comprendre, Monsieur le Président,

17 parce qu'il a rencontré M. Limaj à deux reprises.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Si vous aviez l'amabilité de préciser

19 tout cela.

20 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Permettez-moi, je souhaiterais préciser une

22 fois de plus cela. Comme je l'ai dit, j'ai rencontré Fatmir Limaj en 1996

23 avec Rexhep Selimi et deux autres amis étudiants. Comme je l'ai dit, je ne

24 savais pas à l'époque qu'il s'agissait de Fatmir Limaj. Lors de la deuxième

25 rencontre, en tant que soldat de l'UCK, je l'ai rencontré après le mois de

Page 2099

1 mars, après la chute héroïque du commandant Adem Jashari et, là, je ne me

2 souviens pas exactement de la date de cette rencontre. Il se peut que cela

3 se soit passé en avril. Alors je ne sais pas si je vous ai fourni des

4 explications claires.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que je vais intervenir

6 directement, Monsieur Nicholls. Lorsque vous avez rencontré pour la

7 première fois la personne qui répond au nom de Fatmir Limaj, vous nous

8 dites que cela s'est passé en 1996. A l'époque vous ne le connaissiez pas

9 sous le nom de Fatmir Limaj; est-ce bien exact ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, lorsque je l'ai rencontré en 1996, je lui

11 ai parlé mais je ne savais pas de qui il s'agissait. Mais ensuite en 1998,

12 je me souviens que lorsque je l'ai rencontré à nouveau, je me suis rendu

13 compte qu'il s'agissait de Fatmir Limaj.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] En 1996, lorsque vous l'avez rencontré

15 pour la première fois, est-ce qu'on vous l'a présenté en déclinant un nom ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Non, nous n'avons pas été présentés. En

17 fait, on les a rencontrés. Le fils de mon oncle lui a parlé, moi j'étais à

18 l'hôpital de Pristina. Nous ne nous sommes pas assis, nous n'avons pas pris

19 un verre ensemble, je me souvenais tout simplement de son visage.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

21 Monsieur Nicholls.

22 M. NICHOLLS : [interprétation]

23 Q. Lorsque vous avez rencontré Fatmir Limaj en 1998, la deuxième fois,

24 l'un des noms sous lequel vous le connaissiez était le nom de Celiku,

25 n'est-ce pas ?

Page 2100

1 R. Oui.

2 Q. Les unités de Celiku, lors de la bataille des gorges de Lapusnik en

3 mars ou mai 1998, alors d'où est-ce que le nom Celiku venait ? Quelle était

4 l'origine de ce nom ?

5 R. C'était les unités de Komorane, je n'en sais rien. Ce n'était pas la

6 zone de ma responsabilité. Toutefois, c'est un nom qui a été répété à

7 moultes reprises. Je ne sais pas d'où vient ce nom.

8 Q. Qui était le commandant des unités de Celiku lors de la bataille des

9 gorges de Lapusnik, en mai 1998 ?

10 R. C'est clair, je l'ai d'ailleurs déjà expliqué. Les unités qui

11 existaient n'agissaient pas de l'autre côté, elles n'avaient pas de

12 commandant. Il s'agissait d'unités indépendantes qui agissaient de façon

13 indépendante. Lorsque le besoin s'en faisait sentir, les unités allaient le

14 dire à l'autre unité. Lorsque notre unité voulait avoir de l'aide d'une

15 autre unité. Cela se passait de mon côté et l'autre côté réagissait. Si

16 vous me permettez de poursuivre, les unités n'étaient pas uniformes, elles

17 n'avaient pas un commandant. Chacune de ces unités avait un commandant par

18 -- avait un commandant juste -- enfin je le dis au vu de mon expérience,

19 jusqu'au moment où une décision avait été prise pour que quelqu'un soit le

20 commandant d'une zone, ou le commandant d'une brigade et puisse former une

21 brigade. Mais jusqu'à ce moment-là, les unités agissaient comme des unités

22 indépendantes.

23 Q. Je vais maintenant revenir à cet entretien que vous avez accordé à la

24 revue Zeri en 2000. Vous avez fait une déclaration, est-ce qu'elle

25 correspondait à la vérité ? Est-ce que ce que vous avez dit lors de cet

Page 2101

1 entretien correspondait à la vérité ?

2 M. KHAN : [interprétation] Monsieur le Président, je ne suis pas --

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] C'est une question qui est tout à fait

4 idoine. Mais il est très probable que vous allez pouvoir intervenir très

5 rapidement.

6 M. KHAN : [interprétation] Je vous en suis reconnaissant.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez perdu le fil de votre

8 question Monsieur Nicholls.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, parce que je n'ai pas entendu la

10 question.

11 M. NICHOLLS : [interprétation]

12 Q. Vous avez indiqué lorsque vous vous êtes entretenu avec les

13 représentants du bureau du Procureur, que vous aviez dit la vérité. Vous

14 avez dit que vous aviez dit la vérité également, lorsque vous vous êtes

15 entretenu avec la Défense; est-ce bien exact ?

16 R. Oui. J'ai dit que j'avais dit la vérité. En fait, j'ai dit la vérité.

17 M. NICHOLLS : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai demandé --

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez posé une question, et vous

19 n'avez pas obtenu de réponse.

20 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce que vous allez répéter cette

22 question, ou est-ce que vous allez l'oublier.

23 M. NICHOLLS : [interprétation] Je vais l'oublier.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien.

25 M. NICHOLLS : [interprétation] J'aimerais que le témoin puisse quitter le

Page 2102

1 prétoire, car j'ai une requête à présenter.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien.

3 Général, je vous demanderais d'avoir l'obligeance de bien vouloir attendre

4 à l'extérieur de la salle d'audience puisqu'une requête va être présentée.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, bien sûr. Toutefois, si vous voulez je

6 peux tout à fait vous expliquer ce qui s'est passé après l'entretien, ou je

7 peux vous l'expliquer maintenant avant de partir de la salle d'audience.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense qu'il serait plus judicieux

9 que vous attendiez à l'extérieur. Merci.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

11 [Le témoin se retire]

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Nicholls.

13 M. NICHOLLS : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Messieurs les

14 Juges, j'ai posé plusieurs questions au témoin, et ce sont des questions

15 qui correspondent exactement aux questions qui lui ont été posées lors de

16 l'entretien avec les membres de la Défense, ou qui sont exactement les

17 questions qui lui ont été posées par les représentants du bureau du

18 Procureur. Il a apporté des réponses différentes. Il est manifeste qu'il a

19 accordé ces entretiens. Il ne répond pas à certaines questions, il fuit

20 certaines questions, il est absolument apparent qu'il ne veut pas répondre

21 à certaines questions que je lui pose, et qu'il est très évasif. Me Khan,

22 au début de l'audience d'aujourd'hui, a indiqué que le témoin avait dit

23 qu'il ne voulait pas être un témoin pour l'Accusation, pour le Procureur,

24 mais qu'il voulait être un témoin de la Défense.

25 Je pense que le moment est venu où je dois demander à la Chambre de

Page 2103

1 première instance, l'autorisation de le traiter comme un témoin hostile ou

2 adverse. Conformément aux règles que je connais et Me Guy-Smith sait ce

3 dont je parle pour ce qui est des Etats-Unis. C'est un témoin de la partie

4 adverse. Il se rallie à l'autre partie. Il le fait de façon ouverte. Il est

5 hostile en ce sens qu'il résiste dans la mesure du possible et qu'il ne

6 répond pas à mes questions.

7 Alors, je n'ai pas procédé moi-même au récolement de ce témoin. Je

8 n'ai pas parlé de sa déposition avec lui auparavant. Mais lors des

9 entretiens qui ont été enregistrés, qui ont été filmés par le bureau du

10 Procureur - il s'agit d'une cassette vidéo - il a été très franc, il a été

11 très ouvert à propos de certains sujets, et il a fait des déclarations qui

12 sont tout à fait différentes de certaines des déclarations qu'il avance

13 aujourd'hui. Donc, il est devenu hostile. Il a indiqué à la fin de

14 l'entretien qu'il n'avait fait l'objet d'aucune pression, qu'il parlait de

15 son plein gré, et comme il l'a dit ici aujourd'hui, que ce qu'il disait

16 correspondait à la vérité. Je pense non seulement aux entretiens avec notre

17 bureau, mais également aux entretiens avec la Défense. Nous avons des notes

18 des entretiens avec la Défense où il a apporté des réponses tout à fait

19 différentes.

20 Je demande à la Chambre de première instance de me donner la permission de

21 le traiter comme un témoin hostile, d'utiliser des questions directrices,

22 et de lui présenter ses déclarations préalables. Je pense qu'il est

23 absolument important que la Chambre de première instance puisse comprendre

24 de façon précise la valeur probante de la déposition de ce témoin.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Nicholls, il serait important

Page 2104

1 pour que la Chambre puisse évaluer votre requête que la Chambre puisse

2 disposer d'indications permettant de comprendre quelles sont les réponses

3 différentes qui ont été apportées.

4 M. NICHOLLS : [interprétation] Je peux tout à fait vous fournir cela. Il y

5 a dans les entretiens --

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vois que vous vous levez, Maître

7 Topolski ?

8 M. TOPOLSKI : [interprétation] Non, non. Je me préparais, Monsieur le

9 Président.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien.

11 M. NICHOLLS : [interprétation] Je peux tout à fait vous fournir ces

12 documents. Car dans l'entretien, le témoin --

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] De quel entretien parlez-vous ?

14 M. NICHOLLS : [interprétation] Je parle de l'entretien pour auquel

15 correspond un compte rendu. Il s'agit de l'entretien avec les représentants

16 du bureau du Procureur. Je peux vous en donner la date, 19 novembre.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] De quelle année ?

18 M. NICHOLLS : [interprétation] L'année 2003, Monsieur le Président.

19 Il s'agit de l'intercalaire 19 de votre classeur, Monsieur le

20 Président. Dans cet entretien, le témoin a indiqué qu'on lui avait présenté

21 Fatmir Limaj. Il s'agit de la page 36. On pose une question au témoin :

22 "Q. Est-ce que vous saviez que Fatmir Limaj était appelé Celiku ?

23 R. Pas au début. La première fois que je l'ai rencontré, je ne connaissais

24 pas son nom."

25 Ensuite, il déclare : "Lorsque je l'ai rencontré, je l'ai rencontré

Page 2105

1 sous le nom de Celiku. Par la suite, j'ai appris son nom également."

2 A la fin de la page, Monsieur le Président, le témoin dit qu'il avait

3 rencontré Fatmir Limaj auparavant, mais qu'il ne connaissait pas son nom. A

4 la page 37 --

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je m'excuse, mais quelle est la

6 difficulté de cet élément de preuve par opposition à ce que nous avons

7 entendu ici aujourd'hui ?

8 M. NICHOLLS : [interprétation] Aujourd'hui, le témoin a indiqué qu'il

9 ne se souvenait pas si on lui avait présenté Fatmir Limaj en 1998 en le

10 présentant sous le nom de Celiku ou sous le nom de Daja, alors que dans

11 l'entretien avec le bureau du Procureur en 2003, le témoin utilise

12 seulement les noms de Celiku et de Fatmir Limaj.

13 De surcroît, il dit à la page 37 de la version anglaise : "Après un

14 mois ou deux," -- et on sait très bien d'après cet entretien qu'il s'agit

15 de l'année 1998 -- "Je savais son nom également, c'était Fatmir, mais au

16 début, c'était plutôt le commandant des unités de Celiku."

17 Voilà comment il indique, à l'époque, qu'il connaissait, qu'il a

18 rencontré Fatmir Limaj en mai 1998. Alors que maintenant, il nous dit qu'il

19 n'est plus sûr du nom, il n'est plus sûr du premier nom ou du nom qui lui a

20 été indiqué en premier. Il a également indiqué qu'il n'y avait pas de

21 commandant des unités Celiku, qu'elles agissaient de façon indépendante.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez présenté votre thèse. Mais

23 pour ce qui est des noms, je dois dire que la situation était assez confuse

24 lorsque les premiers éléments de preuve ont été apportés, et je pense que

25 c'est à ce moment-là que je suis intervenu. D'après ce que je crois

Page 2106

1 comprendre lorsque je suis intervenu, il ne connaissait pas du tout son nom

2 en 1996 lorsqu'ils se sont rencontrés pour la première fois; mais en 1998,

3 lorsqu'ils se sont rencontrés pour la deuxième fois, il le connaissait sous

4 le nom de Celiku; et par la suite, il a appris que son nom était Fatmir

5 Limaj. Il me semble que cela ne représente pas une différence par rapport à

6 ce qui est écrit à la page 36.

7 M. NICHOLLS : [interprétation] Je ne l'ai plus en face de moi. Mais je

8 pensais qu'il ne savait pas le nom qu'il lui avait été donné en 1998.

9 Alors, il se peut que je me trompe.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cela s'est passé à la page 46, ligne

11 17.

12 M. NICHOLLS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

13 Il faut savoir de surcroît, et c'est aussi important, que le témoin

14 vient de déclarer qu'il ne savait pas ou ne se souvenait pas de la personne

15 qui commandait les unités de Celiku. Il a essayé de dire que c'étaient des

16 unités qui agissaient de façon indépendante les unes par rapport aux

17 autres, et qu'il n'ait pas sûr. Alors qu'à la page 37 de cet entretien, il

18 est tout à fait manifeste qu'il connaissait ou qu'il savait que Fatmir

19 Limaj était le commandant des unités Celiku. Cela correspond exactement à

20 ce que le témoin a indiqué en 2000 lors de son entretien avec la revue.

21 Cela se trouve à l'intercalaire 18 du classeur.

22 Car à la page 13 de cet entretien, troisième paragraphe à partir de

23 la fin, le témoin déclare : "Les unités de la future 121e Brigade dirigée

24 par leur commandant Celiku, Fatmir Limaj, opéraient de l'autre côté."

25 Cet extrait de l'article commence à la page précédente, à la page 12,

Page 2107

1 et fait référence seulement à la bataille de Lapusnik qui a eu lieu le 9

2 mai. Il y a un autre élément contradictoire - et je vous demande un petit

3 moment pour trouver cela, Monsieur le Président - dans l'entretien à la

4 page 36 --

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il s'agit de l'intercalaire 19 à

6 nouveau ?

7 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui, Monsieur le Président. Il s'agit des

8 pages 35, 36. On demande au témoin : "Est-ce que vous savez d'où vient le

9 nom des unités de Celiku, quelle est l'origine de ce nom?"

10 Cela est indiqué à la page 35. Alors d'abord, il dit qu'il n'en est

11 pas sûr, et puis en haut de la page 36, il dit :

12 "C'était peut-être à cause de sa personnalité, de la façon dont

13 combattaient les unités."

14 L'enquêteur demande : "Les unités de Fatmir ?"

15 Le témoin répond : "Oui."

16 Puis pendant l'entretien, il explique comment il a appris que Fatmir

17 Limaj était Celiku ou était aussi appelé Celiku. Donc, le témoin contredit

18 maintenant ces éléments, à savoir que Celiku ou Fatmir Limaj était

19 commandant des unités de Celiku lors de la bataille de Lapusnik, et qu'ils

20 se sont battus de l'autre côté de la route sous le commandement de Celiku,

21 à savoir, au début du mois de mai 1998, et qu'en fait, ces unités s'étaient

22 vu octroyer ce nom du fait de leur commandent et du fait de la personnalité

23 et de la compétence de leur commandant. Donc, cela est différent. Il y a un

24 écart par rapport à ce qu'il avait dit. Puis, il y a également l'entretien

25 accordé à Zeri où il dit de façon très péremptoire que les unités de la

Page 2108

1 future 121e Brigade, et il indique qu'il s'agit des unités de Celiku,

2 étaient dirigées par leur commandant Celiku, Fatmir Limaj, le 9 mai.

3 Je ne m'attendais pas à ces réponses de sa part compte tenu des

4 entretiens, j'ai également observé son comportement pendant l'entretien sur

5 la cassette vidéo. Je n'étais pas présent lors de l'entretien avec les

6 représentants du bureau du Procureur. La Défense m'a également fourni des

7 notes à la suite de l'entretien avec la Défense, entretien auquel le temoin

8 a assisté le 25 -- ou plutôt non, le 11 octobre 2004. Alors, je n'ai pas de

9 cassette de cet entretien, mais les notes et les notes de l'enquêteur, qui

10 était présent, indiquent: La défense a demandé au témoin s'il connaissait

11 le pseudonyme --

12 M. KHAN : [interprétation] Monsieur le Président, je ne sais pas [hors

13 micro].

14 M. NICHOLLS : [interprétation] Je vous fournis, Monsieur le Président, ce

15 que vous m'avez demandé, à savoir, des exemples, des exemples de

16 différences matérielles importantes entre ce que le témoin à indiqué

17 maintenant, ici, dans le prétoire, et entre ce qu'il a indiqué auparavant.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Khan indique que ce que vous

19 venez de dire correspond à quelque chose qui n'a pas été présenté et que

20 vous ne pouvez pas nous le présenter.

21 M. NICHOLLS : [interprétation] Oui, il existe un dossier, une cassette.

22 J'ai également le compte rendu des notes prises par l'enquêteur, qui lui,

23 était présent à l'entretien. C'est le seul entretien mené à bien par la

24 Défense, le seul entretien de ce témoin mené à bien par la Défense au cours

25 duquel le témoin indique qu'un représentant du bureau du Procureur pouvait

Page 2109

1 tout à fait être présent -- il n'avait aucune objection à cela. Il a permis

2 à cet enquêteur d'être présent et de prendre des notes, ce qui fait que

3 cela a été consigné.

4 La différence, Monsieur le Président, et c'est un peu différent des

5 exemples que je viens de vous mentionner parce que la Défense a demandé au

6 témoin s'il connaissait le pseudonyme de Fatmir Limaj, et il a répondu

7 qu'il l'avait "toujours connu comme Celiku, de toute façon." Cela

8 correspond à une différence importante, et c'est important puisqu'ici -

9 c'est important parce qu'il y a une différence entre ce qu'il a dit à la

10 défense, ce qu'il a dit à la presse à propos de ce surnom. Le nom de

11 "oncle" n'avait jamais été présenté auparavant. Dans l'entretien accordé à

12 la Défense, il affirme que le seul surnom qu'il connaissait pour Fatmir

13 Limaj est Celiku. Il s'agit, en fait, de quelque chose qui a été consigné

14 que je peux tout à fait présenté à la Chambre.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je subodore qu'il faudrait que vous le

16 fassiez demain, Monsieur Nicholls, au vu de l'heure. Car comme vous le

17 savez, nous ne pouvons pas dépasser 19 heures, sinon, il y aura des

18 difficultés pour que les accusés puissent repartir au quartier

19 pénitentiaire. Donc, je vous demanderais de mettre un terme à ce que vous

20 disiez pour le moment, je vous inviterais à examiner la façon dont vous

21 allez nous présenter ces documents.

22 Maître Khan, je suis parfaitement conscient, ce n'est pas que je vous

23 ignorais, mais je pensais, en fait, qu'il fallait régler une question de

24 façon directe. J'aimerais maintenant savoir si vous avez, si vous souhaitez

25 intervenir en sus de ce que je viens de dire à Monsieur Nicholls ?

Page 2110

1 M. KHAN : [interprétation] Je peux tout à fait répondre une fois que mon

2 ami aura présenté tous ces documents.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ne pensez pas que je fasse preuve

4 d'impolitesse, mais j'essayais tout simplement de régler un problème au vu

5 du temps imparti.

6 M. KHAN : [interprétation] Non, tout à fait, Monsieur le Président. Je vous

7 suis très reconnaissant.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il va falloir que nous levions

9 l'audience. Il faudra ramener le témoin dans le prétoire pendant un petit

10 moment, et nous reprendrons cette requête lorsque nous reprendrons

11 l'audience demain.

12 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Général, du fait des dispositions

14 matérielles qui sont prises, nous devons terminer à 19 heures, et il est

15 maintenant 19 heures. Des requêtes vont être présentées pas le Procureur à

16 la Chambre de première instance. Cela sera présenté à nouveau demain.

17 Lorsque la question a été réglée, votre déposition se poursuivra. Je

18 m'excuse de cette interruption, mais je dois maintenant vous demander de

19 revenir demain pour poursuivre votre déposition. Nous reprendrons à 14

20 heures 15 demain après-midi.

21 Nous allons maintenant lever l'audience.

22 --- L'audience est levée à 19 heures 01 et reprendra le mardi 18 janvier

23 2005, à 14 heures 15.

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