Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le 25 septembre 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 00.

5 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Bonjour. La Chambre va siéger cette

6 semaine en l'absence du Juge Nosworthy qui a eu l'autorisation, en quelque

7 sorte, de suivre une autre affaire, il s'agit de l'affaire Martic.

8 Monsieur Marcussen.

9 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

10 L'Accusation souhaiterait demander des mesures de protection pour un témoin

11 qui va comparaître bientôt. Je souhaiterais que nous abordions ce point

12 comme premier point ce matin. Monsieur le Président, si vous n'y voyez pas

13 d'inconvénient, nous pourrons passer à huis partiel pour que nous étudiions

14 cette question.

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Il s'agit d'une requête qui a été

16 présentée le 19 septembre. C'est cela ?

17 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous avons notifié la Défense le 19

18 septembre que nous envisagions de présenter une requête. Nous pensions

19 présenter la requête par écrit à ce moment-là, mais nous n'avions pas

20 suffisamment de faits clairs et précis pour présenter une requête écrite,

21 nous avons obtenu les tout derniers renseignements afférents à cette

22 requête hier après-midi. C'est pour cela que je présente cette requête

23 maintenant.

24 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je vous remercie.

25 Maître O'Sullivan, quel est le point de vue de la Défense à ce sujet ?

26 M. O'SULLIVAN : [interprétation] Je veux dire que cette requête nous pose

27 quelques préoccupations, je pense notamment aux éléments de justification

28 qui sont présentés pour justifier cette requête. Si la Chambre pense que se

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1 sont des mesures qui en quelque sorte ont été concoctées, nous avons une

2 objection supplémentaire. Cela porte sur registre, le registre que

3 l'Accusation nous demande. Nous pensons qu'il est un tant soit peu

4 fastidieux et laborieux de devoir consigner dans un registre toutes

5 communications relatives à l'identité de cette personne aux fins d'enquête.

6 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous entendrons ce que M. Marcussen a

7 à nous dire, en sus du courriel qu'il a envoyé à la Chambre de première

8 instance dont je suppose que vous possédez un exemplaire.

9 Si vous voulez bien me donner un petit moment.

10 [La Chambre de première instance et le Juriste se concertent]

11 [La Chambre de première instance se concerte]

12 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, compte tenu des

13 éléments qui sont avancés par cette requête, notamment le risque pour la

14 sécurité du témoin, nous pensons qu'il est tout à fait judicieux d'entendre

15 cette requête à huis clos partiel, nous en avons été convaincus.

16 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

17 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

18 le Président.

19 [Audience à huis clos partiel]

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11 [Audience publique]

12 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous sommes convaincus que le critère

13 objectif permettant d'octroyer les mesures de protection est présent dans

14 cette affaire, notamment lorsque nous pensons à la teneur potentielle de la

15 déposition du témoin prise de façon combinée avec les différents éléments

16 présentés par l'Accusation pour ce qui est du fondement de la crainte du

17 témoin, je pense aux différents éléments qui nous ont été envoyés dans le

18 courriel justificatif de la requête.

19 Donc le témoin sera le témoin qui témoignera sous le pseudonyme K83 et il

20 présentera sa déposition avec déformation de la voix et des traits du

21 visage.

22 Les autres mesures demandées seront également octroyées et feront l'objet

23 d'une décision écrite. Pour ce qui est de notre décision à propos du

24 registre, nous réservons notre décision, car nous souhaitons mettre en

25 parallèle les circonstances de cette situation avec les circonstances

26 d'autres situations pour lesquelles il avait été demandé qu'un registre

27 soit tenu. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous pourrons rendre une décision

28 définitive pour voir si cette décision de caractère exceptionnel est

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1 justifiée et devrais être octroyée. Nous rendrons notre décision dans le

2 courant de la journée.

3 Nous en avons terminé avec cette requête et je suppose, Madame

4 Kravetz, que nous allons maintenant entendre le témoin suivant ?

5 Mme KRAVETZ : [interprétation] Oui, bonjour, Monsieur le Président. Le

6 témoin suivant est Mme Hamide Fondaj. Mme Fondaj est un témoin qui va

7 témoigner au titre de l'article 92 bis (B) ou 92 ter, comme cet article

8 s'appelle maintenant. Les paragraphes de l'acte d'accusation qui sont visés

9 par sa déposition sont les paragraphes 72(b), 73, ainsi que le paragraphe

10 77.

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Vous avez dit (b) ou (d) ?

12 Mme KRAVETZ : [interprétation] (B), (b).

13 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Le 72 (b) ?

14 Mme KRAVETZ : [interprétation] Non. 72(d).

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui.

16 Mme KRAVETZ : [interprétation] Je vois en effet qu'il y avait une erreur

17 dans le compte rendu d'audience.

18 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Donc 72(d) et 73 et 77. Je vous

19 remercie.

20 Je m'excuse, Maître Ackerman ?

21 M. ACKERMAN : [interprétation] Si vous m'y autorisez, j'aimerais présenter

22 officiellement Mme Nadja Zed à la Chambre de première instance. J'ai

23 demandé que toutes les lettres requises soient présentées à la Chambre et

24 elle participera dès ce matin à l'audience.

25 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui. Merci, Maître Ackerman. Comme

26 vous le savez, la Chambre va reconnaître la présence de Mme Zed pendant

27 cette semaine. Je pense qu'il y a un document qui est encore un peu en

28 suspens et M. Boas va vous parler de ce problème dans le courant de la

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1 matinée.

2 [La Chambre de première instance se concerte]

3 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

4 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Bonjour, Madame Fondaj.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

6 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Il faut maintenant que vous fassiez la

7 déclaration solennelle, vous devez pour ce faire lire à haute voix le

8 document qui va que vous être présenté.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 LE TÉMOIN: HAMIDE FONDAJ [Assermentée]

12 [Le témoin répond par l'interprète]

13 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci. Vous pouvez vous asseoir.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Vous devez savoir que nous avons déjà

16 votre déclaration, donc nous savons ce que vous avez à nous dire. Nous

17 l'avons lu et nous avons toutes ces informations en tête. On va vous poser

18 des questions maintenant pour clarifier certains points ou pour vous

19 permettre de réexpliquer autres chose et pour permettre aussi au conseil de

20 la Défense de remettre en cause certains points de votre déposition. Ce qui

21 est important, c'est de vraiment écouter la question et de ne se concentrer

22 que sur la question et de répondre bien à cette question et uniquement à la

23 question.

24 La première personne qui va vous interroger sera Mme Kravetz pour

25 l'Accusation.

26 Madame Kravetz.

27 Interrogatoire principal par Mme Kravetz :

28 Q. [interprétation] Bonjour.

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1 R. Bonjour.

2 Q. Pouvez-vous nous dire quel est votre nom ?

3 R. Oui. Je m'appelle Hamide Fondaj et je viens de Peqan, municipalité de

4 Suhareke.

5 Q. Merci. Vous avez répondu à ma deuxième question déjà.

6 Madame Fondaj, avez-vous donné une déclaration au bureau du Procureur le 9

7 juin 2001 à propos d'expériences que vous auriez vécues ou auxquelles vous

8 auriez assisté au Kosovo en 1999 ?

9 R. Oui.

10 Q. Avez-vous récemment relu votre déclaration ?

11 R. Oui.

12 Q. Lorsque vous avez relu cette déclaration, avez-vous trouvé que le

13 contenu de cette déclaration reflétait bel et bien, au mieux de ce que vous

14 vous souvenez, ce qui s'est véritablement passé lors des événements décrits

15 dans votre déclaration.

16 R. Oui.

17 Q. Merci.

18 Mme KRAVETZ : [interprétation] Je voudrais que l'on verse maintenant la

19 déclaration de ce témoin sous la cote P02283.

20 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

21 Mme KRAVETZ : [interprétation]

22 Q. Madame Fondaj, à la page 3 de votre déclaration, vous décrivez comment

23 le 21 mars 1999 vous avez dû quitter Peqan avec votre famille parce que

24 vous étiez attaqués par les forces serbes. Pourriez-vous nous dire

25 exactement où vous vous êtes rendue à partir de votre village ?

26 R. Le 21 mars 1999, nous sommes partis de Peqan vers Nishor. On est restés

27 à Nishor une semaine. Au cours de cette semaine, on a encore été pilonnés à

28 Nishor, donc on ne pouvait plus rester à Nishor --

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1 Q. Madame Fondaj, je vous arrête, puisque j'aimerais vous demander plutôt

2 de vraiment répondre à mes questions. Vraiment, ne répondez qu'à ma

3 question et n'extrapolez pas, s'il vous plaît.

4 R. Très bien.

5 Q. Vous nous dites que le village de Peqan a été attaqué le 21 mars 1999.

6 Lors de l'attaque, y avait-il présence de l'UCK dans ce village de Peqan ?

7 R. Oui.

8 Q. Où se trouvait la base de l'UCK dans le village, s'il vous plaît ?

9 R. Ils étaient dans le village de Peqan. Il y avait un magasin dans le

10 village où ils se trouvaient.

11 Q. Combien de membres de l'UCK se trouvaient à Peqan à l'époque ? Pouvez-

12 vous nous dire un chiffre à peu près ?

13 R. Non, je ne sais pas. Je ne sais pas du tout combien il y en avait, mais

14 je sais qu'il y avait quelques membres de l'UCK à Peqan.

15 Q. Très bien. A cette époque-là, est-ce qu'un membre de votre famille

16 aurait fait partie de l'UCK ?

17 R. Oui, mon mari.

18 Q. Etait-il avec vous le jour où Peqan a été attaqué ?

19 R. Non. Il était avec l'UCK, avec les membres de l'UCK. J'étais seule à la

20 maison avec mes enfants. J'ai deux enfants.

21 Q. Vous dites que de Peqan vous êtes allée à Nishor. Vous êtes restée à

22 Nishor une semaine ?

23 R. Oui.

24 Q. Avez-vous dû quitter Nishor par la suite ?

25 R. Oui. J'ai dû partir. Nous avons passé toute une nuit au village de

26 Kasterca qui est proche.

27 Q. Pourquoi avez-vous dû quitter Nishor ?

28 R. A cause des bombardements de l'armée serbe.

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1 Q. Quand vous êtes partie de Nishor, êtes-vous partie uniquement avec

2 votre famille ou est-ce que d'autres habitants de Nishor se sont aussi

3 joints à cet exode ?

4 R. Non. Tous les habitants sont partis. Tous les habitants des villages,

5 nous sommes tous partis.

6 Q. Vous dites que vous avez passé la nuit dans le village de Kasterca, je

7 pense que ma prononciation est épouvantable. Mais, où êtes-vous allée

8 après ce jour.

9 R. Nous avons d'abord passé la journée dans les montagnes, à la nuit nous

10 avons quitté la montagne et nous sommes partis en direction de Bellanice.

11 Q. Madame Fondaj, pourquoi vous êtes partie dans la direction de

12 Belanica ? Pourquoi n'avez-vous été pas vers un autre village et n'êtes-

13 vous pas retournée sur Peqan ?

14 R. On ne pouvait pas aller ailleurs puisque toutes les routes étaient

15 bloquées, c'était la seule direction que nous pouvions emprunter.

16 Q. A ce moment-là, étiez-vous seule avec votre famille en route ou est-ce

17 qu'il y avait aussi d'autres personnes du village de Nishor ?

18 R. Toutes les familles de Nishor, Doberdolan, Samadrexha. Ils étaient des

19 milliers.

20 Q. Quand vous êtes arrivée à Bellanice, pouvez-vous estimer à peu près le

21 nombre de personnes qui s'étaient réfugiées à Belanica ?

22 R. Je ne peux pas dire exactement combien nous étions, mais des milliers,

23 des milliers. Nous étions serrés comme des sardines.

24 Q. Où exactement êtes-vous restée à Belanica ?

25 R. Je restais avec la famille Kapexholi. C'était près du corridor de

26 Bellanice, au milieu du village.

27 Q. Pourriez-vous dire combien de personnes il y avait dans cette maison,

28 la maison cette famille Kapexholi ?

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1 R. A peu près 50 ou 60 dans cette maison.

2 Q. Madame Fondaj, toujours à la page 3 de votre déclaration, vous dites

3 que le 1er avril 1999, les forces Serbes ont commencé à tirer sur les

4 maisons à Belanica. Avez-vous assisté de visu à ce tir ?

5 R. Oui. Les tirs sifflaient au-dessus de nos têtes au-dessus des maisons.

6 Q. Dans quelle direction venaient les tirs ?

7 R. Cela venait de l'extrémité de Bellanice. C'était de l'extrémité de

8 Bellanice, vers le centre, vers nous, au-dessus de nos têtes, au-dessus des

9 maisons. Toutes les tuiles des maisons d'ailleurs sont tombées à cause de

10 ces tirs.

11 Q. Quand cette attaque contre Belanica a commencé, aviez-vous connaissance

12 d'une présence éventuelle de l'UCK dans le village ?

13 R. Non, il n'y en avait pas.

14 Q. Y avait-il des tirs dans l'autre sens c'est-à-dire de Belanica vers

15 l'endroit d'où venaient les tirs des Serbes, vers la position serbe ?

16 R. Non.

17 Q. Madame Fondaj, qu'avez-vous fait quand vous êtes rendue compte de ce

18 qui se passait, quand vous êtes rendue compte que les personnes vous

19 tiraient dessus ?

20 R. On s'est tous réfugiés dans la cave de cette maison, on y est restés à

21 peu près deux heures, les 50 à 60 personnes entassées dans la cave.

22 Q. Ensuite, avez-vous décidé de quitter cette maison ?

23 R. Non. Nous avons décidé de nous rendre au centre du village et de rester

24 là debout tous, au centre du village.

25 Q. Quand vous vous êtes retrouvée au centre du village, y avait-il

26 d'autres personnes qui s'y étaient rassemblées ou étiez-vous seulement les

27 50 et 60 qui étaient dans la cave ?

28 R. Toute la population était là, tout le monde était là. On était tous là

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1 debout ou assis, vraiment très serrés comme des sardines.

2 Q. Vous êtes restée combien de temps, à cet endroit ?

3 R. On est restés à peu près une demi-heure et nous avons entendu de la

4 part d'autres personnes que tout le monde devait monter à bord de leurs

5 tracteurs et rester en place. On était dans la cour et on est montés sur

6 les tracteurs, on avait très peur. Nous avions peur que si on restait dans

7 les maisons, ils viendraient nous chercher dans les maisons et qu'on se

8 ferait massacrer, c'est pour cela que nous avons tous décidé d'aller au

9 centre du village, tout le monde, pour au moins être tous ensemble.

10 Q. Mais vous dites que vous avez entendu dire de la part d'autres

11 personnes qu'il fallait se rassembler, monter sur les tracteurs. Qui sont

12 ceux qui vous l'ont dit ?

13 R. C'était du bouche à oreille. Les gens disaient qu'il fallait qu'on

14 monte sur les tracteurs et qu'on reste là tous ensemble, mais il fallait

15 être tous sur les tracteurs.

16 Q. Pendant que vous étiez au centre du village, donc sur cette clairière,

17 sur cette place centrale du village, pendant ce temps-là, les forces qui

18 étaient en train de pilonner le village, les avez-vous vues entrer en

19 ville ?

20 R. C'est quand on était dans la maison là, où nous étions -- quand on est

21 monté sur nos tracteurs, il y avait des gens avec des masques qui passaient

22 de tracteur à tracteur, quand ils sont arrivés sur notre tracteur, ils nous

23 ont demandé 100 marks chacun et si on ne leur donnait pas ces 100 marks,

24 ils allaient nous tuer. Ils étaient en train de rançonner tout le monde, de

25 tracteur à tracteur.

26 Q. Vous dites que vous avez vu des gens qui portaient des masques et

27 qu'ils allaient de tracteur à tracteur, pouvez-vous nous les décrire

28 exactement, nous dire, par exemple, s'ils portaient un uniforme si tant est

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1 qu'ils en portaient un ?

2 R. Les premiers qui sont arrivés avaient des masques noirs, donc on ne

3 voyait que leurs yeux.

4 Q. Mais comment étaient-elles habillées ces personnes qui se sont

5 approchées des tracteurs ?

6 R. Ils étaient en noir.

7 Q. Vous dites que vous êtes restée là pendant plusieurs heures mais à un

8 moment quelconque avez-vous quitté cette clairière au centre du village,

9 enfin, là où vous étiez sur votre tracteur ?

10 R. Non. Nous sommes allés dans la ville, nous sommes allés dans une rue,

11 nous avons resté dans la rue toute la nuit sous la pluie.

12 Q. Pendant que vous avez passé la nuit sous la pluie, y avait-il d'autres

13 personnes qui se seraient approchées de votre tracteur ?

14 R. Cette nuit-là il faisait très sombre, personne n'y est venu de toute la

15 nuit. On est resté sur les tracteurs sous la pluie toute la nuit.

16 Q. Avez-vous pu quitter le village de Belanica le jour suivant au matin ?

17 R. Non, puisque le jour suivant il y encore eu une autre offensive, les

18 policiers sont venus nous voir sur nos tracteurs. Ils portaient des

19 bandanas et ils avaient le visage peint, il y avait toutes sortes de

20 personnes avec toutes sortes d'uniformes qui sont venues dans le village.

21 Q. Donc, vous avez dit que vous avez vu des hommes portant différents

22 types d'uniformes dans le village auprès de votre tracteur. Que se passait-

23 il à ce moment-là ?

24 R. Avant qu'ils viennent nous voir, il y a trois hommes âgés qui sont

25 venus les voir et qui ont demandé ce qu'ils avaient l'intention de faire

26 avec la population ? Ils ont dit : il faut que tout le monde monte sur

27 leurs tracteurs et mettent un panneau blanc sur leur tracteur. Ceux qui ne

28 mettront pas ce panneau blanc sur leur tracteur seront tués.

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1 Q. Ce que vous nous décrivez est arrivé le deuxième jour de l'offensive ?

2 R. Oui, le jour suivant, au matin.

3 Q. Si j'ai bien compris, vous avez passé le deuxième jour à Belanica ?

4 R. Non, on est restés là jusqu'à ce que les forces arrivent. Il était

5 impossible de sortir. On était tous sur nos tracteurs. Ils passaient de

6 tracteur à tracteur jusqu'à ce que ce soit notre tour, le tour de notre

7 tracteur. Cela s'est passé vers 10 heures. Quand ils sont arrivés vers

8 nous, nous avions deux personnes âgées sur le tracteur avec nous, ils les

9 ont rançonnées, ils leur ont demandé de l'argent. Ces deux vieilles

10 personnes leur ont donné à chacun 100 marks, alors ils les ont tabassées

11 parce qu'ils trouvaient que ce n'était pas assez d'argent.

12 Q. Vous dites qu'ils sont arrivés et qu'ils les ont passées à tabac, mais

13 à qui faites-vous référence exactement ?

14 R. Il s'agissait de personnes en uniforme, avec toutes sortes d'uniformes.

15 Il y avait de tout comme uniforme à Bellanice ce jour-là. Certains étaient

16 en noir avec des masques. Ils y en avaient qui étaient des policiers.

17 D'autres qui étaient nus mais qui avaient le corps peint. Ils avaient des

18 couteaux entre les mains et ils nous menaçaient de nous égorger. Il y avait

19 de tout, toutes sortes d'uniformes.

20 Q. Avez-vous pu quitter le village de Belanica à un moment ou à un autre ?

21 R. Après qu'ils aient tabassé ces deux personnes âgées, ils sont arrivés

22 vers moi et ils m'ont menacé avec leur fusil automatique et ils m'ont dit :

23 Est-ce que tu aimes l'OTAN ? Je n'ai rien répondu. Ils m'ont demandé : Est-

24 ce que tu aimes Clinton ? Est-ce que tu aimes Rugova ? Où se trouve l'UCK ?

25 Pourquoi est-ce qu'ils ne vous protègent pas ? Où est ton mari ? Je n'ai

26 rien répondu.

27 Ma fille était sur le tracteur avec moi, elle avait extrêmement peur. Elle

28 a écrasé mon pied à ce moment-là et m'a dit : Maman, donne-leur l'argent

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1 sinon ils vont nous tuer. J'étais toujours au bout de leur fusil et ils me

2 menaçaient vraiment de me tuer si ne je leur donnais pas l'argent, donc je

3 leur ai donné l'argent. Ensuite, ils sont allés vers un autre tracteur.

4 Q. Madame Fondaj, j'ai très bien compris ce que vous avez décrit dans

5 votre déclaration, le fait qu'ils rançonnaient toutes les personnes en

6 allant de tracteur à tracteur. Mais quand même, à un moment ou à un autre,

7 dans votre déclaration, vous dites que vous avez quitté Belanica, n'est-ce

8 pas ?

9 R. Quand on est arrivés au bout du village de Bellanice, à un kilomètre de

10 là où nous étions au début, on a été arrêtés au moins dix fois. En tout, on

11 a donné au moins 10 000 marks. On était arrêtés tout le temps et rançonnés

12 tout le temps, insultés, ils disaient des choses abominables. C'est ainsi

13 que nous avons été escortés hors de Bellanice.

14 Q. Après Belanica, quelle direction avez-vous empruntée ?

15 R. Nous avons quitté Bellanice. Nous voulions aller vers Suhareke. Nous

16 sommes arrivés devant un convoi de l'armé, ils nous ont dit qu'il ne

17 fallait pas aller vers Suhareke, mais qu'il valait mieux aller vers

18 Rahovec, donc nous sommes partis vers Rahovec.

19 Q. Madame Fondaj, en page 4, vous nous décrivez comment vous êtes passée

20 par Malisevo à un moment au cours de cette pérégrination ?

21 R. Oui.

22 Q. Quand vous êtes arrivée à Malisevo, dans votre déclaration, vous dites

23 que votre tracteur tout d'un coup est tombé en panne et quelqu'un vous a

24 donné l'ordre de continuer, sinon vous alliez être détenue derrière des

25 barbelés ?

26 R. Oui. Le tracteur est tombé en panne et il ne voulait plus démarrer.

27 Quelqu'un a voulu nous remorquer mais ils sont arrivés et ils nous ont dit

28 : Si le tracteur ne marche plus, il faut que vous alliez de l'autre côté du

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1 barbelé. Là, il y avait des femmes, des enfants et des vieillards. Fort

2 heureusement le tracteur est reparti et on a réussis à être remorqués par

3 un autre tracteur.

4 Q. Vous nous dites, Madame Fondaj, qu'il y avait des hommes et des femmes

5 derrière ces barbelés, mais où se trouvaient-ils exactement ?

6 R. C'était à Malisheve.

7 Q. Où se trouvait ce barbelé ? Il était le long de la route, ou alors il

8 entourait un bâtiment ?

9 R. Je ne sais pas, cela devait être une école ou quelque chose de ce

10 style. C'était entouré de fils barbelés. Ces personnes restaient là. Je

11 crois qu'on leur avait dit que des autocars allaient arriver pour les

12 emmener à la frontière, mais cela dit nous ne savons pas ce qui leur est

13 arrivé, on ne les a jamais revues.

14 Q. Vous dites qu'il y avait "beaucoup de personnes" qui étaient

15 rassemblées derrière ce barbelé ? On parle de centaines ou de milliers de

16 personnes ?

17 R. Des milliers, je dirais des milliers.

18 Q. Madame Fondaj, vous avez traversé Malisevo, avez-vous finalement réussi

19 à atteindre la frontière ?

20 R. Je voudrais dire quand même qu'avant d'arriver à Malisheve, on nous a

21 obligés --

22 Q. Je vous interromps ici puisque ce n'est pas la question. Tout cela est

23 déjà, de toute façon, versé au dossier. Je vous demande juste si vous avez

24 réussi à atteindre la frontière à un moment ou à un autre, la frontière

25 albanaise.

26 R. Oui. Nous avons traversé Krusha e Madhe, Prizren. Nous sommes arrivés

27 près de Vermica, là nous nous sommes arrêtés un jour et une nuit. Les

28 forces militaires étaient dans le coin et ils ont frappé mon fils avec une

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1 clé anglaise --

2 Q. Je vous arrête à nouveau. Je n'ai qu'une question à vous poser. Lors de

3 ce trajet final jusqu'à la frontière, avez-vous vu des forces de police ou

4 des forces militaires sur la route ?

5 R. Des forces militaires.

6 Q. Vous les voyiez uniquement de temps en temps ou alors y avait-il une

7 présence assez importante et fréquente de ces personnes le long de la

8 route ?

9 R. Pendant toute la route jusqu'à ce qu'on arrive à la frontière, il y

10 avait constamment des forces présentes, des forces militaires.

11 Q. Merci.

12 Mme KRAVETZ : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

13 questions à poser à ce témoin.

14 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

15 Monsieur O'Sullivan.

16 M. O'SULLIVAN : [interprétation] L'ordre sera : général Lazarevic, M.

17 Sainovic, M. Milutinovic, le général Ojdanic, le général Lukic et le

18 général Pavkovic.

19 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Bien, Monsieur Cepic, c'est à

20 vous.

21 M. CEPIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

22 Contre-interrogatoire par M. Cepic :

23 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Fondaj. Je suis Djuro Cepic. Je suis

24 conseil de la Défense et je défends les intérêts du général Lazarevic. J'ai

25 quelques questions à vous poser. Je vais essayer d'être précis et concis.

26 J'attends la même chose de vous si possible, pour ce qui est de vos

27 réponses. L'idéal serait d'avoir des réponses qui soient juste oui ou non.

28 Madame Fondaj, vous dites, dans votre déclaration, que jusqu'au 21 mars

Page 3836

1 1999, vous étiez à Pecane, que la plupart des villageois avaient déjà

2 quitté le village ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous dites que vous avez utilisé les bunkers qui se trouvaient devant

5 la maison; c'est bien cela ?

6 R. Oui.

7 Q. C'est votre mari et ses collègues de l'UCK qui avaient creusé le

8 bunker, n'est-ce pas, qui l'avaient construit ?

9 R. Non. C'est mes enfants et moi qui avons construit ce bunker.

10 Q. Très bien. Vous êtes arrivée ensuite à Belanica. Vous savez sans doute

11 que le QG de l'UCK à Belanica se trouvait dans l'école, n'est-ce pas ?

12 R. Non. Il n'y avait pas de membres de l'UCK. Je n'en ai vu aucun.

13 Q. Madame Fondaj, vous dites que votre mari vous a laissé un uniforme et

14 des photos. Est-il parti le matin où les forces serbes sont entrées dans le

15 village ?

16 R. Non. Il les a laissés à la maison, mais je les ai emportés pour qu'il

17 puisse avoir ses vêtements à un moment ou à un autre. Pendant dix jours, je

18 n'ai pas vu mon mari, donc je n'ai pas pu lui donner ses vêtements.

19 Q. A-t-il continué à se déplacer en civil, puisqu'il n'avait pas son

20 uniforme ?

21 R. Non. Il avait déjà son uniforme. Il en avait un autre. Mais il n'était

22 pas là, donc j'ai pris cet uniforme qui était à la maison. J'étais avec

23 tous les autres villageois. J'ai suivi tout le monde. Je les ai suivis

24 jusqu'à l'Albanie et je ne l'ai pas revu à ce moment-là.

25 Q. Je comprends ce que vous dites, Madame Fondaj, mais que portait votre

26 mari lorsqu'il vous a quitté ? Ne portait-il pas des vêtements civils ?

27 R. Mon mari ne m'a pas quittée. Il a rejoint l'UCK. Je ne sais pas où il

28 était. Je ne sais pas où ils sont allés, mais l'uniforme qu'il a laissé à

Page 3837

1 la maison, je l'ai pris avec moi. Je l'ai emmené, parce que je pensais

2 qu'il allait venir nous rejoindre et qu'il voudrait changer d'uniforme.

3 C'est la raison pour laquelle je l'ai conservé avec moi. Mais mon mari

4 n'était pas avec moi.

5 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Vous nous avez dit que vous n'avez pas

6 vu votre mari pendant dix jours. Pouvez-vous nous dire à quelle date ces

7 dix jours ont commencé ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Mon mari a rejoint l'UCK au village et il

9 n'a pas été avec moi du tout pendant tout ce temps-là. J'étais toute seule

10 à la maison avec mes deux enfants et je suis partie avec les autres

11 villageois --

12 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Ma question était très précise. Vous

13 avez dit que vous ne l'avez pas vu pendant dix jours. Pouvez-vous me dire

14 quand ont commencé ces dix jours ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Le 21, lorsque nous sommes partis, je ne l'ai

16 pas vu pendant la semaine où j'étais à Nishor. Je suis restée à Bellanice

17 pendant trois ou quatre jours et pendant toute cette période, je ne l'ai

18 pas vu.

19 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] La dernière fois que vous l'avez vu,

20 le 21, quels vêtements portait-il ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Un uniforme de l'UCK.

22 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Cepic.

23 M. CEPIC : [interprétation] Merci.

24 Q. Pouvons-nous conclure qu'il avait deux uniformes de l'UCK, n'est-ce pas

25 ? Un qu'il portait sur lui et l'autre qu'il vous a laissé ?

26 R. Oui. Il avait un uniforme et un autre. Il y avait également des sous-

27 vêtements à sa disposition.

28 Q. Merci. Vous avez dit que dans le village de Belanica, le convoi avec

Page 3838

1 lequel vous avez quitté le village, dans ce convoi, il y avait surtout des

2 hommes âgés. Est-ce que c'est parce que les autres hommes, les hommes plus

3 jeunes étaient avec l'UCK dans les collines ? Oui ou non.

4 R. Je ne sais pas où étaient les hommes. Où j'étais, il y avait surtout

5 des enfants et des personnes âgées. Je n'ai pas vu beaucoup de jeunes.

6 Q. Très bien. Merci. Vous avez dit dans votre déclaration que vous vous

7 étiez déplacée dans un convoi qui passait par Ostrozub et que vous avez vu

8 que les maisons avaient été incendiées là-bas. Les personnes que vous avez

9 vues à Ostrozub avaient des uniformes. S'agissait-il d'hommes dont les âges

10 allaient de 30 à 40 ans ?

11 R. Je ne sais pas. Je n'ai pas vu quel était leur âge. Il s'agissait de

12 policiers, de personnes qui portaient des uniformes militaires, qui

13 incendiaient les maisons à Ostrozub, alors que nous étions en train de

14 traverser cet endroit.

15 Q. A cause de la distance, vous n'avez pas pu voir les écussons sur ces

16 uniformes militaires, n'est-ce pas ?

17 R. Non, ils étaient proches. Ils se déplaçaient le long de la route et il

18 y avait des militaires des deux côtés de la route. On les voyait en groupe,

19 dans différentes maisons, 15 ou 20, rassemblés en un groupe, qui

20 incendiaient une maison, puis un autre groupe qui incendiait une autre

21 maison. Ostrozub est un grand village.

22 Q. Merci. Ils avaient des bandeaux sur la tête, n'est-ce pas ?

23 R. Non. Non. Pas là-bas.

24 Q. Mais vous n'avez pas pu voir les insignes sur leurs épaules, n'est-ce

25 pas ? Répondez par oui ou non, s'il vous plaît.

26 R. Je n'ai pas vu les écussons, non. Je n'en ai pas eu le temps.

27 Q. Merci, Madame Fondaj.

28 M. CEPIC : [interprétation] Je n'ai pas d'autres questions.

Page 3839

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Fila.

2 M. FILA : [interprétation] Monsieur le Président, simplement une ou deux

3 questions.

4 Contre-interrogatoire par M. Fila :

5 Q. [interprétation] Madame Fondaj, je suis Maître Fila. Je suis avocat et

6 je vais vous poser quelques questions brèves concernant les uniformes.

7 Vous avez dit que vous avez vu votre mari le 21 avril et lorsqu'il est

8 parti, il portait un uniforme. Ensuite, vous avez passé sept jours dans un

9 village et trois jours dans un autre village et ensuite vous avez traversé

10 la frontière. Est-ce que vous pouvez me dire quand est-ce que vous avez

11 revu votre mari ? Le 25 avril et la fois suivante ?

12 R. J'ai vu mon mari le 21 mars, lorsque j'ai quitté le village et je ne

13 l'ai pas vu après cela.

14 Q. Très bien.

15 R. Donc le 21 mars, lorsque j'ai quitté le village, je suis allée dans

16 l'autre village où j'ai passé une semaine. C'est à ce moment-là que je l'ai

17 vu pour la dernière fois.

18 Q. La fois suivante où vous l'avez vu, quand était-ce ? Oui, c'est moi qui

19 me suis trompé. C'est moi qui ai fait une erreur.

20 R. Lorsque je suis rentrée d'Albanie en juin ou juillet, lorsque je suis

21 retournée au Kosovo, c'est là que je l'ai vu.

22 Q. Très bien. Nous avons précisé les choses. Ce n'est pas dix jours, c'est

23 plutôt deux mois plutôt. Pourquoi a-t-il laissé son uniforme à la maison

24 lorsqu'il est parti ? Le 21 mars, pourquoi a-t-il laissé son uniforme à la

25 maison ?

26 R. Le 21 mars, il n'est pas parti. Il était là avec les gradés de l'UCK,

27 mais je me suis enfuie parce que le village était bombardé. J'ai pris

28 l'uniforme de mon mari avec moi. A Bellanice, parce que j'avais peur qu'ils

Page 3840

1 trouvent cet uniforme, je l'ai caché. Ensuite, j'ai traversé la frontière.

2 Q. J'ai très bien compris tout cela. Ce n'est pas la question que je pose.

3 Pourquoi a-t-il laissé cet autre uniforme, pourquoi vous l'a-t-il laissé.

4 Pourquoi ne l'a-t-il pas emmené ? Est-ce que vous comprenez ce que je veux

5 dire ? Il me semble que c'est clair.

6 R. Il était au village, le 21, avec l'UCK. Par exemple, il passait la

7 journée là-bas avec l'UCK et le soir il rentrait à la maison et c'était là

8 que son uniforme était. Son uniforme était chez lui, parce que le soir, il

9 rentrait chez lui, il rentrait voir ses enfants. Le matin, il repartait

10 pour trouver l'UCK dans le village à nouveau.

11 Q. Il laissait son uniforme à la maison ?

12 R. Oui, parce qu'il allait rentrer.

13 Q. Merci. Très bien. Très bien.

14 J'ai une question supplémentaire. Vous avez dit qu'avant que vous

15 n'arriviez à la frontière, vous aviez jeté tout ce que vous aviez, des

16 livres, par exemple, des provisions alimentaires sur lesquelles il était

17 indiqué "USA." De quoi s'agit-il ? De quel type d'aliments s'agissait-il ?

18 Je n'ai jamais vu cela. J'ai bien vu des bombes sur lesquelles il était

19 écrit "USA," mais je n'ai jamais vu des aliments sur lesquels était inscrit

20 "USA," parce que cela, c'est ce qu'ils ont envoyé partout sur Belgrade.

21 R. Nous avions de la farine, de l'huile et pendant la première offensive

22 et pendant la période entre les deux offensives, ils nous ont apporté de la

23 nourriture, de l'aide. Il s'agissait de pâtes, de farine. Il a fallu que

24 nous laissions tout derrière, parce qu'on ne pouvait pas tout emmener.

25 Q. Ma question est : qui vous a apporté cela ? Entre les deux offensives

26 serbes, qui vous ont apporté ces pâtes sur lesquelles il était inscrit

27 "USA" ?

28 R. L'aide alimentaire que nous avons reçue dans le village.

Page 3841

1 Q. Mais de qui cela venait-il ?

2 R. Je ne sais pas. Il y avait un villageois qui distribuait ces aliments,

3 mais je ne sais pas qui a emmené cette nourriture au village. Il y avait

4 une personne de mon village qui les distribuait.

5 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Fila, pouvez-vous répéter

6 votre question, s'il vous plaît. L'interprète ne l'a pas entendue.

7 M. FILA : [interprétation]

8 Q. La question est la suivante : cette nourriture vous a-t-elle été amenée

9 par des Serbes, sur laquelle il était inscrit "USA" ou cette nourriture

10 vous a-t-elle été amenée par l'UCK ?

11 R. Il s'agissait ni des Serbes, ni de l'UCK. Il s'agissait d'aide

12 humanitaire.

13 Q. Mais c'était au moment des offensives serbes. Quel type d'aide

14 humanitaire était distribué à ce moment-là et par qui ? Cela, c'est la

15 période des bombardements.

16 R. En 1998, pendant la première offensive, nous avons reçu cette aide

17 humanitaire également et en 1999, quand nous avons quitté le village, nous

18 avons emmené ces provisions alimentaires avec nous.

19 Q. Madame Fondaj, comme vous avez dit "1998" tout de suite, je ne vous

20 aurais pas posé la question. Je pensais que vous parliez de 1999.

21 M. FILA : [interprétation] Il n'a pas d'autres questions.

22 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maître O'Sullivan.

23 M. O'SULLIVAN : [interprétation] Je n'ai pas de questions.

24 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Sepenuk.

25 M. SEPENUK : [interprétation] Je n'ai pas de questions.

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maître Ivetic.

27 M. IVETIC : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, j'ai des questions

28 à poser.

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1 Contre-interrogatoire par M. Ivetic :

2 Q. [interprétation] Je suis Dan Ivetic. Je représente Sreten Lukic avec

3 certains de mes collègues ici, M. Branko Lukic et M. Ozren Ogrizovic. Je

4 vais vous poser des questions concernant votre témoignage aujourd'hui et

5 votre déclaration au bureau du Procureur. Je vais vous demander d'être très

6 attentive aux questions que je vais vous poser et faire des réponses aussi

7 concises et précises que possible, parce que le temps qui vous est imparti

8 ici est assez court et nous n'avons pas beaucoup de temps.

9 Ma première question concerne votre mari. Dans votre déclaration, vous avez

10 dit qu'il faisait partie du syndicat de la police indépendante. La question

11 que j'aimerais vous poser en premier est de savoir s'il était armé à

12 l'époque où il était membre de ce syndicat ?

13 R. Non. Il n'était pas armé. Il était policier, mais il a arrêté de

14 travailler.

15 Q. D'accord. Nous savons que --

16 R. Il portait des vêtements civils.

17 Q. Pour que les choses soient bien claires, ce syndicat de police

18 indépendant, il s'agissait d'une structure parallèle qui avait été créée

19 par les dirigeants politiques albanais du Kosovo dans la région, de façon à

20 remplacer les institutions d'Etat de la République de Serbie. Cela faisait

21 partie de leur mouvement pro-indépendance, n'est-ce pas ?

22 R. Non. Je ne sais pas. Je sais qu'il faisait partie de ce syndicat, qu'il

23 distribuait de l'aide à d'autres personnes parce que les gens avaient

24 besoin de provisions. On nous donnait de l'aide humanitaire, c'était la

25 Croix-Rouge, Mère Teresa.

26 Q. Nous avons déjà entendu parler de cette aide humanitaire que vous avez

27 reçue, mais il y a d'autres sujets sur lesquels j'aimerais vous poser des

28 questions.

Page 3843

1 Est-il exact de dire que les membres du syndicat de la police

2 indépendante, tels que votre mari, est-il vrai que la plupart d'entre eux

3 sont devenus des combattants armés à l'intérieur de la structure armée de

4 l'UCK à un moment en 1998 ?

5 R. Je ne sais pas pour les autres, mais mon mari a rejoint l'UCK parce

6 qu'il était un ancien prisonnier, également, et qu'il pensait qu'il était

7 indispensable de rejoindre l'UCK.

8 Q. Très bien --

9 R. Pour les autres, je ne sais pas. Mon mari a rejoint l'UCK en 1998.

10 Q. Très bien. Dans votre village de Pecane, en plus de votre mari, est-ce

11 que vous connaissez d'autres personnes, est-ce qu'il y a d'autres hommes

12 qui ont rejoint l'UCK, de votre village de Peqan ?

13 R. A Peqan, tout le monde avait un membre de sa famille qui était un

14 membre de l'UCK.

15 Q. Merci. Est-il exact de dire, comme vous l'avez dit dans votre

16 déclaration, qu'il y avait des combattants actifs de l'UCK dans le village

17 en 1998, est-il exact de dire également que pendant toute la première

18 moitié de 1999, il y avait une présence constante de combattants de l'UCK,

19 qui étaient situés dans votre village natal de Pecane ?

20 R. En 1998 jusqu'au mois d'août, c'est à ce moment-là que l'offensive a eu

21 lieu, que le village a été incendié il n'y avait personne dans le village.

22 Oui, je comprends, mais je voulais relier cela à la période de 1999, le

23 début de 1999. Lorsque nous sommes revenus et que l'UCK s'est réorganisée

24 dans le village de Peqan.

25 Q. Très bien. Ma question portait sur les mois de janvier et de février et

26 la majeure partie du mois de mars 1999, est-ce que l'UCK était constamment

27 présente dans votre village natal de Pecane ?

28 R. Oui, oui. Pendant ces mois, oui.

Page 3844

1 Q. Merci. Est-il exact de dire également que l'UCK avait également une

2 présence importante dans les autres villages avoisinants de votre

3 municipalité de Suva Reka à la fois en 1998 et pendant les trois premiers

4 mois de 1999; cela est-il exact ?

5 R. Je ne sais pas pour les autres villages mais je les ai vus dans mon

6 village. Dans ma déclaration, j'ai dit ce que j'ai vu.

7 Q. Très bien. Dans ces régions avoisinantes, y avait-il des points de

8 contrôle serbes sur les routes, oui ou non, s'il vous plaît ?

9 R. Pas sur les routes de Peqan. Il y en avait à Suhareke, Biraq, et

10 Shiroka

11 Q. Est-ce que d'après ce que vous savez ou d'après ce que votre mari

12 savait, avez-vous appris qu'il y avait eu des attaques de la part de l'UCK

13 contre ces points de contrôle ?

14 R. Non, non, j'étais dans le village.

15 Q. Très bien. Est-il exact de dire que les forces de l'UCK dans la zone se

16 sont battues souvent avec des armes contre les forces serbes, à la fois en

17 1998 et pendant les trois mois de 1999 dans la municipalité de Suva Reka ?

18 R. Non, pas à Peqan. Il n'y avait pas de batailles armées à Peqan. Ils ont

19 bombardé le village. Ils sont entrés avec leurs forces et il a fallu que

20 nous partions, que nous nous enfuyions vers d'autres villages. A Semetisht,

21 il y a eu des combats armés, mais nous étions à Nishor pour cinq ou six

22 jours environ.

23 Q. Nous allons revenir à votre départ de votre village natal un peu plus

24 tard. J'aimerais terminer avec cette série de questions qui concernent 1998

25 et les trois premiers mois de 1999. Pendant cette période, avez-vous eu

26 connaissance du fait que l'UCK kidnappait des civils à la fois d'origine

27 ethnique albanaise et d'origine ethnique serbe dans la municipalité de Suva

28 Reka ?

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1 R. Non, je n'ai jamais entendu dire cela.

2 Q. Vous avez dit que votre mari rentrait pour passer du temps avec sa

3 famille le soir. Lorsque votre mari rentrait le soir pour être avec sa

4 famille, est-ce qu'il était toujours armé ? Est-ce qu'il avait toujours

5 avec lui ses armes ?

6 R. Oui, il avait une arme avec lui.

7 Q. Pendant les moments qu'il passait avec sa famille, est-ce qu'il portait

8 son uniforme ou est-ce qu'il portait des vêtements civils ?

9 R. Il ne restait pas à la maison très longtemps. Il mangeait juste un peu

10 quelque chose et il repartait. Mais il portait son uniforme à ce moment-là.

11 Q. Très bien. Saviez-vous vous-même ou est-ce que vous avez su par votre

12 mari que votre mari ou d'autres soldats de l'UCK, de manière à rester en

13 vie et tromper les forces serbes, changeaient d'uniforme, retiraient leurs

14 uniformes et portaient des vêtements civils de façon à ce qu'ils ne soient

15 pas reconnus comme étant des combattants. Est-ce que vous savez quelque

16 chose à ce sujet ?

17 R. Non, je n'ai jamais entendu dire cela et je n'ai jamais vous cela moi-

18 même.

19 Q. Pouvons-nous nous concentrer à présent sur la période de mars 1999, je

20 pense, me semble-t-il, que dans votre déclaration vous avez parlé du fait

21 que votre mari est venu pour vous emmener de votre village de Pecane à

22 Nishor; cela est-il exact ?

23 R. Oui, c'est exact. Mon mari était à Peqan lorsque les bombardements ont

24 commencé. Il m'a emmenée à Nishor et lui-même est retourné à Peqan. A

25 partir de ce moment-là, je ne l'ai pas vu.

26 Q. J'aimerais vous poser des questions supplémentaires sur le moment où il

27 est venu à Pecane pour vous emmener à Nishor. Est-il exact de dire que

28 pendant cette période, il a également ordonné ou emmené d'autres personnes

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1 du village et qu'il leur a dit de s'enfuir vers Nishor ou d'autres

2 régions ?

3 R. Non. J'étais seule pendant toute la nuit dans le village. Les autres

4 villageois étaient déjà partis avec des tracteurs, lorsqu'il est arrivé, je

5 n'avais aucun moyen d'aller à Nishor moi-même, donc il m'y a emmenée et il

6 est retourné à Peqan.

7 Q. Concentrons-nous sur ces autres villageois dont vous nous avez dit

8 qu'ils étaient déjà partis. Est-il exact de dire qu'ils sont partis sur la

9 base d'instructions ou d'ordres qui leur avaient été donnés par des membres

10 de l'UCK qui étaient présents dans le village ?

11 R. Nous n'avons pas attendu les ordres de l'UCK parce que lorsque le

12 bombardement a commencé, il n'y avait pas d'autres moyens de partir. Il

13 fallait aller dans un village où il n'y avait pas de bombardements. Il

14 n'était pas nécessaire que l'UCK passe de maison en maison et dise aux gens

15 de partir. Chaque chef de famille avait préparé sa famille sur les

16 tracteurs et il était parti.

17 Q. Est-ce que l'UCK a dit aux personnes de votre village de quitter le

18 village à un moment ou à un autre avant cette date, et cela dans le cadre

19 de leur stratégie de bataille ou de leur tactique de bataille ?

20 R. Non, non. Comme je l'ai dit jusqu'au dernier moment, j'étais toute

21 seule à la maison. Je n'avais personne avec qui partir. Je suis restée à la

22 maison, j'avais peur et j'ai attendu que mon mari vienne me chercher. Les

23 autres villageois étaient partis à cause des bombardements.

24 Q. Très bien. Je vais vous poser maintenant une question sur la période

25 allant jusqu'au moment où vous avez quitté Pecane. A un moment ou à un

26 autre avant cela, est-ce que les soldats de l'UCK dans votre village ont

27 tiré sur les forces serbes qui étaient à l'extérieur du village ?

28 R. Non. Parce que s'ils avaient tiré un seul coup de fusil, ils nous

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1 auraient encerclés immédiatement et ils auraient fait ce qui leur semblait

2 bon avec nous.

3 Q. Nous avons parlé de votre mari à plusieurs reprises ici aujourd'hui,

4 mais nous n'avons pas parlé de son vrai rôle à l'intérieur de l'UCK. Madame

5 Fondaj, n'est-il pas exact de dire qu'en mars 1999, votre mari était un

6 officier commandant d'une compagnie entière de combattants à l'intérieur du

7 2e Bataillon de la 123e Brigade de l'UCK ?

8 R. Je ne sais pas, je ne lui ai pas demandé quelles étaient ses fonctions.

9 Je sais qu'il était membre de l'UCK. Je ne lui ai pas demandé et il ne m'a

10 rien dit sur son rôle à l'intérieur de l'UCK. Ce que je sais, c'est qu'il

11 était membre de l'UCK.

12 Q. Savez-vous qu'il était cantonné et responsable des forces de l'UCK dans

13 votre village et dans les village avoisinants ?

14 R. Non. Je ne savais pas cela. Je n'ai jamais même posé la question et il

15 ne me la jamais dit.

16 Q. Est-ce que vous avez appris, à un moment ou à un autre, peut-être au

17 moment que vous êtes retournée au Kosovo-Metohija, que votre mari occupait

18 à ce moment-là un grade d'officier encore plus haut placé que le niveau

19 brigade, à l'intérieur de l'UCK dans la municipalité de Suva Reka ?

20 R. Non. Non. Je ne sais pas, je ne suis pas au courant de ce dont vous

21 parlez. Comme je l'ai dit, je ne lui ai jamais demandé quel était son rôle

22 au sein de l'UCK, ce qu'il faisait, quelle était sa fonction. Tout ce que

23 je sais c'est qu'il était membre de l'UCK.

24 Q. Très bien. Est-ce que vous avez eu l'occasion de voir d'autres membres

25 de l'UCK venir le voir et recevoir des ordres de sa part ?

26 R. Non. Comme je l'ai dit, mon mari venait à la maison pour voir si tout

27 allait bien, pour manger quelque chose, et il repartait à cet endroit où

28 ils étaient cantonnés. Cela ne m'intéressait pas ce qu'il faisait parce

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1 qu'il fallait que je m'occupe de ma maison, de mes enfants. Mais à la

2 maison, je n'ai jamais vu cela.

3 Q. Très bien.

4 M. IVETIC : [interprétation] Très bien. Je pense que le moment est opportun

5 pour faire une pause. J'ai fait à peu près la moitié de mon contre-

6 interrogatoire.

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

8 Madame Fondaj, nous allons prendre une pause d'une demi-heure. Vous allez

9 quitter le prétoire et nous allons nous revoir à 11 heures.

10 [Le témoin se retire]

11 M. LE JUGE BONOMY : [aucune interprétation]

12 --- L'audience est suspendue à 10 heures 30.

13 --- L'audience est reprise à 11 heures 02.

14 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maître Ivetic, poursuivez.

16 M. IVETIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

17 Q. Madame Fondaj, avant la pause vous aviez dit que tous les foyers de

18 votre village avaient un membre de la famille qui faisait partie de l'UCK.

19 J'aimerais savoir combien de foyers il y avait en tout dans votre village,

20 et ce à compter du mois de mars 1999 ?

21 R. Il y avait 200 ou 300 maisons. Je n'en suis pas sûre exactement.

22 Q. Très bien. Est-ce que vous saviez que le bataillon de l'UCK de votre

23 mari était composé d'environ 500 membres armés ? Est-ce que c'est un

24 chiffre qui vous semble exact ?

25 R. Je n'en sais rien.

26 Q. Madame Fondaj, voilà ce que j'avance. A un moment donné avant votre

27 départ du village de Pecane, quelqu'un de l'UCK a dit aux villageois de

28 quitter le village, cela faisait partie du plan de bataille de l'UCK pour

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1 cette région. Est-ce que cela est exact ?

2 R. Non, ce n'est pas exact.

3 Q. Très bien. Madame Fondaj, votre mari, Ylmet Fondaj, a donné au bureau

4 du Procureur une déclaration, comme vous l'avez fait, à propos des

5 événements qui se sont déroulés dans votre village ainsi que dans la

6 municipalité de Suva Reka. C'est exact, n'est-ce pas ?

7 R. Oui, c'est exact.

8 M. IVETIC : [interprétation] J'aimerais, Monsieur le Président, demander à

9 M. le Greffier d'afficher sur le e-court la pièce à conviction 6D76. Il

10 s'agit de l'extrait de la déclaration en version anglaise de Ylmet Fondaj.

11 Nous n'avons pas de version albanaise, parce que je ne pense pas que le

12 Procureur nous ait communiqué la version albanaise de cette déclaration. Il

13 y a deux éléments de cette déclaration qui m'intéressent, deux extraits.

14 J'espère que l'on pourra traduire ce que je vais dire au témoin pour

15 qu'elle puisse ainsi faire des observations à propos de la déposition sous

16 serment de son époux.

17 J'aimerais vous demander de prendre la deuxième page dans le système e-

18 court, deuxième page de cet extrait.

19 Q. Premièrement, Madame, cette déclaration qui porte la date du 28 août

20 2001 est la déclaration de Ylmet, Y-l-m-e-t, Fondaj, le nom de son père est

21 Selim et il est né en 1957, à Pecane, dans la municipalité de Suva Reka.

22 Est-ce que ces coordonnées correspondent à celles de votre mari ?

23 R. Oui.

24 Q. Comme je l'ai dit, je n'ai pas une version albanaise de cette

25 déclaration, donc je vais vous donner lecture de l'extrait de cette

26 déclaration, je vais vous demander si cela vous rafraîchit la mémoire.

27 Premièrement, sur la première page, il est dit : "Je me suis marié en

28 1978, nous avons trois enfants, deux fils et une fille. Après avoir été

Page 3851

1 libéré de la prison, j'ai travaillé avec mon frère comme maçon afin de

2 survivre. Afin d'assurer la sécurité de ma famille et ma sécurité, je me

3 suis rallié aux rangs de l'UCK en février 1998 et j'ai servi au sein de ces

4 forces jusqu'à la fin de la guerre. J'ai été commandant de la compagnie au

5 sein de la 123e Brigade au début. Par la suite, je suis devenu officier,

6 j'ai été promu en tant qu'officier, j'ai été en fait officier appelé S2 au

7 niveau de la Brigade".

8 Madame, est-ce que cela vous rafraîchit la mémoire maintenant à

9 propos de la situation de votre mari au sein de l'UCK ?

10 R. Je n'ai pas demandé à mon mari quel était son grade au sein de l'UCK.

11 J'avais bien vu qu'il avait un uniforme de l'UCK, mais comme je l'ai déjà

12 dit, je n'ai jamais demandé à mon époux ce qu'il y faisait.

13 Q. Oui, peut-être vous pouvez essayer de parler davantage dans le micro

14 pour que les interprètes puissent suivre vos propos.

15 R. Oui.

16 M. IVETIC : [interprétation] Page suivante. Je souhaiterais que la page

17 suivante soit affichée à l'écran.

18 Q. En attendant que cela soit affiché, j'aimerais vous poser la question

19 suivante : je pense aux tactiques et aux activités de l'UCK, d'après ce que

20 vous nous avez dit, je suppose que votre mari connaissait bien mieux que

21 vous la stratégie et la tactique ainsi que les opérations menées à bien par

22 l'UCK ?

23 R. Bien sûr. Bien sûr qu'il le sait mieux que moi.

24 Q. Très bien. Je vais à nouveau donner lecture de cet extrait qui

25 m'intéresse, extrait de la déclaration de votre mari en anglais, afin que

26 vous puissiez suivre la traduction, puis j'aimerais vous poser une ou deux

27 questions à ce sujet.

28 A la page 4 de sa déclaration, il s'agit de la deuxième page pour le

Page 3852

1 e-court, vous avez le paragraphe à l'écran, voilà ce qui est dit : "Je

2 dirais que lors de la seconde offensive, nous, l'UCK, avons changé de

3 tactique. Nous avons dit aux villageois de partir, de fuir et nous sommes

4 restés dans nos positions dans les villages, dans les caves, dans les sous-

5 sols et dans des tranchées, lorsque les forces terrestres serbes sont

6 arrivées, nous leur avons opposé une résistance parce qu'ils ont pénétré

7 dans le village. Très souvent les forces Serges ont dû se retirer. Je

8 mentionnerais que cette tactique a été particulièrement couronnée de succès

9 dans le village Pecane. Après le pilonnage, les forces ont essayé d'entrer

10 dans le village" et cetera, et cetera.

11 Madame Fondaj, est-ce que cela vous rafraîchit la mémoire pour ce qui

12 est de votre départ de Pecane en mars 1999, votre départ et le départ des

13 villageois également, cela était le résultat direct de l'ordre tactique ou

14 des instructions qui ont été données par votre mari en tant que commandant

15 de l'UCK affecté à cette zone afin que lui et ses combattants puissent se

16 battre contre les Serbes ?

17 R. Personne ne m'a donné d'ordre. Comme je vous l'ai déjà dit, les

18 villageois sont partis le soir à cause du pilonnage qui était effectué par

19 les forces. Ils sont partis, j'étais seule avec mes enfants. Lorsque mon

20 mari a vu que tous les villageois étaient partis, il est venu et il m'a

21 conduit, il m'a amenée là où se trouvaient les autres villageois. Comme je

22 l'ai déjà dit, je n'ai pas reçu d'ordre. Je ne sais pas ce qui en est des

23 autres.

24 Q. Oui, mais votre mari semble indiquer dans sa déclaration que ce fut une

25 tactique utilisée par l'UCK pour que les gens partent et cette tactique a

26 été couronnée de succès dans le village de Pecane. Est-ce que vous êtes en

27 train d'essayer de nous dire que les incidents dont il est question dans sa

28 déclaration n'ont rien à voir avec votre départ de Pecane en mars 1999 ?

Page 3853

1 R. Je dis la vérité. Je n'en sais rien, je ne sais rien d'ordres qui

2 auraient été donnés pour quitter les villages. Je ne sais pas ce dont ils

3 ont parlé entre eux.

4 Q. Pour bien nous assurer de parler du même incident, je vais poursuivre

5 avec la déclaration de votre mari à la fin de cette page et au début de la

6 page suivante, c'est une phrase un peu plus bas pour cette page et la page

7 suivante.

8 "Après le pilonnage, les forces terrestres ont essayé de pénétrer

9 dans le village, mais nous avons défendu le village pendant deux jours.

10 Après deux jours, les Serbes ont renforcé leur position avec des chars et

11 des armes lourdes et nous avons dû nous déplacer vers d'autres positions

12 dans le village de Semetisht. Dans ce village, nous avons réussi à résister

13 pendant huit jours. Cela s'est passé le 25 mars 1999 et ce, jusqu'au 6

14 avril 1999."

15 Madame, est-ce que cela semblait être la période à propos de laquelle

16 vous avez témoigné aujourd'hui, ainsi vous ne pensez pas qu'il s'agisse des

17 événements précis à propos desquels vous avez témoigné lorsque vous avez

18 dit que vous-mêmes et les villageois aviez quitté Pecane ?

19 R. A quelle date pensez-vous ?

20 Q. A la fin du mois de mars 1999 et au début d'avril 1999.

21 R. Je suis partie du village le 21 mars.

22 Q. Est-ce que vous reconnaissez la signature de votre mari ?

23 R. Oui.

24 Q. J'aimerais attirer votre attention sur l'écran qui se trouve en face de

25 vous. Je pense à gauche, il y a une signature et sur la droite, il y a deux

26 signatures. Est-ce que vous reconnaissez l'un ou l'autre de ces signatures,

27 comme étant la signature de votre mari ?

28 R. Oui, il y a en une qui est la signature de mon mari.

Page 3854

1 Q. Très bien. Vous ne connaissez aucune raison qui aurait poussé votre

2 mari à mentir à propos de la raison évoquée pour que les villageois

3 quittent le village de Pecane, n'est pas ?

4 R. Non. Il ne ment pas. Mais j'étais à Nishor à partir du 21. Alors ce

5 qu'a fait l'armée, leur combat, et cetera, comment est-ce que j'aurais pu

6 en être informée ? Nous étions ailleurs, je ne savais pas ce qu'ils

7 faisaient.

8 Q. Est-il possible que votre mari et les autres membres de l'UCK aient

9 donné un ordre ou des ordres aux autres villageois de Pecane, puisqu'il

10 était question de 200 ou 300 maisons dans Pecane sans que vous vous en

11 soyez informée ?

12 R. C'est possible, mais personne ne m'a donné d'ordre. C'est mon mari qui

13 est arrivé et m'a amenée à la maison. Les autres étaient partis, comme je

14 vous l'ai dit, mais je ne sais pas si c'était à la suite d'un ordre ou non.

15 Q. Très bien. Nous allons nous concentrer sur la période qui a suivi votre

16 départ du village alors que vous vous trouviez à Nishor. D'après votre

17 déclaration, nous avons des éléments qui corroborent cela dans la

18 déclaration de votre mari. Il semblerait que l'UCK s'est engagée dans une

19 bataille avec les forces serbes, bataille qui a duré huit jours. D'abord,

20 j'aimerais savoir quelle était la constance des combats pendant cette

21 période de huit jours ?

22 R. Je vous ai déjà dit que je n'étais à Semetisht. J'étais dans un autre

23 village pendant cette période. J'étais à Nishor, et à Nishor nous pouvions

24 entendre le pilonnage, et nous avons fait l'objet de pilonnage à Nishor à

25 maintes reprises, mais je ne sais pas ce qui se passait ailleurs.

26 Q. Je crois que lorsque j'ai posé la question, je parlais de la période où

27 vous vous trouviez à Nishor. Pendant cette période, qu'elle était la

28 constance des combats entre l'UCK et les forces serbes, si vous le savez ?

Page 3855

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Avant d'obtenir une réponse à cette

2 question, Maître Ivetic, je pense qu'il va falloir que vous établissiez

3 qu'elle ait été informée des combats avec l'UCK.

4 M. IVETIC : [interprétation] Je pense qu'elle y a répondu mais je peux lui

5 poser la question.

6 Q. Madame, avez-vous --

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Où est la réponse à cette question ?

8 M. IVETIC : [interprétation] Elle a dit -- un petit moment, je vous prie.

9 Dans la déclaration, Monsieur le Président, je pense que cela a été déclaré

10 comme admissible.

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui.

12 M. IVETIC : [interprétation] Elle a dit, je cite : "Je suis restée à Nishor

13 pendant une semaine, et pendant ce temps il y avait un pilonnage continu à

14 cause de la résistance du village de Semetisht où ils étaient déployés,

15 l'armée serbe n'a pas été en mesure d'entrer dans Nishor."

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien. Je vous remercie. Cela

17 répond à ma question.

18 M. IVETIC : [interprétation]

19 Q. Madame, pendant la période où vous étiez à Nishor, et pour autant que

20 vous le sachiez bien entendu, quelle fut la fréquence des combats entre

21 l'UCK et les forces serbes ? Je comprends très bien que vous n'étiez pas

22 vous-même constamment sur la ligne de front pendant cette période de huit

23 jours.

24 R. Je suis restée à Nishor pendant sept jours, ensuite je suis allée à

25 Bellanice parce que c'était continu. Je ne sais pas quand est-ce qu'ils se

26 sont retirés, mais il y avait des pilonnages quotidiennement à Nishor.

27 Nous, nous étions dans la cave parce qu'il n'y avait aucun autre endroit où

28 aller. Ensuite, nous sommes allés à Bellanice après cela.

Page 3856

1 Q. Pour qu'il n'y ait aucune confusion qui règne, Madame, vous êtes en

2 train de nous dire que les combats entre l'UCK et les forces serbes se sont

3 déroulés constamment et ce, quotidiennement pendant toute la semaine où

4 vous étiez à Nishor ?

5 R. Oui, il y avait des pilonnages quotidiens à Nishor.

6 Q. Qu'en est-il des activités des combattants de l'UCK, est-ce que ces

7 activités étaient quotidiennes également ?

8 R. Je n'en sais rien. Je n'ai pas vu l'UCK. Je ne sais pas s'ils luttaient

9 contre l'UCK ou s'ils pilonnaient tout simplement le village où nous nous

10 trouvions. Je ne sais pas. Je n'étais pas là.

11 Q. Très bien.

12 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Un petit moment, je vous prie.

13 Madame Fondaj, dans votre déclaration voilà ce que vous dites : "A cause de

14 la résistance de l'UCK à partir du village de Semetisht où ils étaient

15 déployés, l'armée serbe n'a pas pu entrer dans Nishor."

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

17 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maintenant, vous nous avez dit que

18 vous n'avez pas vu l'UCK et que vous ne savez s'ils combattaient. Qu'en

19 est-il exactement ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Bien, l'armée était présente. Pour ce qui est

21 de savoir s'ils livraient bataille tous les jours ou pour ce qui est de

22 savoir comment ils livraient bataille, je n'en sais rien. Je peux vous

23 parler seulement du pilonnage de Nishor. Ce que je peux vous dire, c'est

24 que l'UCK a été pendant huit ou neuf jours dans Semetisht. Nous, nous

25 étions à Nishor qui était pilonnée.

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je vous remercie.

27 Maître Ivetic.

28 M. IVETIC : [interprétation] Merci.

Page 3857

1 Q. D'après votre déposition aujourd'hui, je crois comprendre qu'il y a eu

2 des combats supplémentaires pendant trois jours lorsque vous êtes partie de

3 Nishor pour aller à Belanica; est-ce que cela est exact ?

4 R. Nous sommes allés à Bellanice. Je ne sais pas s'il y avait des combats.

5 J'ai été à Bellanice entre le 28 et le 1er.

6 Q. Très bien. Lorsque vous êtes allée à Belanica, pendant cette période

7 que vous avez passé à Belanica, est-ce que vous avez vu des membres de

8 l'UCK soit à Belanica, ou qui seraient passés par Belanica pendant cette

9 période ?

10 R. Non. Je n'en ai vu aucun. J'étais à l'intérieur de la maison. Je n'ai

11 vu personne.

12 Q. Vous n'avez pas quitté la maison. J'aimerais maintenant que nous

13 parlions du 1er avril, date à laquelle les forces serbes sont entrées dans

14 le village. J'aimerais vous demander d'être aussi précise que possible.

15 Dans votre déclaration, vous dites qu'ils sont arrivés dans le village

16 entre 13 heures et 14 heures. Est-ce que vous pourriez confirmer cet

17 horaire ou est-ce que vous pouvez nous donner de plus en plus de précisions

18 à ce sujet ?

19 R. Non. L'horaire est exact.

20 Q. Très bien. Aujourd'hui, vous avez parlé de la nuit que vous avez passée

21 avec d'autres à Belanica alors que vous attendiez de partir de ce village

22 lorsque les forces serbes sont arrivées. J'aimerais vous parler d'autre

23 chose que vous avez mentionné dans votre déclaration. Dans votre

24 déclaration, vous mentionnez que pendant ce soir-là vous pouviez voir les

25 flammes des bombes de l'OTAN au moment de l'impact par rapport à leurs

26 cibles dans la zone avoisinante. Voilà ce que je voulais vous demander :

27 est-ce que vous avez vu cela de vos propres yeux, ces flammes ?

28 R. Oui, oui. Je les ai vues de mes propres yeux. J'ai vu les flammes. Nous

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1 pouvions voir la déflagration et les flammes. Oui.

2 Q. Combien d'attaques de l'OTAN avez-vous vues ? Est-ce qu'il s'agissait

3 d'une seule attaque ou d'attaques multiples que vous avez vues ?

4 R. J'en ai vue une seulement vers trois heures du matin. C'était à deux ou

5 trois heures du matin. Il y a eu cette lueur. Les flammes ont incendié le

6 ciel.

7 Q. Est-ce que vous pourriez nous dire, de façon approximative, bien

8 entendu, quelle était la distance entre l'endroit où vous vous trouviez et

9 la cible qui a été touchée par l'attaque de l'OTAN ?

10 R. Je ne sais pas quelle était la distance, si cela était proche. Tout ce

11 que je sais c'est que le ciel a été illuminé par les flammes mais je ne

12 pourrais pas vous dire où cela s'est passé exactement.

13 Q. Très bien. Est-ce que cette attaque de l'OTAN a suscité la crainte

14 parmi les gens de Belanica ?

15 R. Non. Non, cela n'a suscité aucune crainte.

16 Q. Très bien. J'aimerais vous poser une question à propos de ce que vous

17 avez relaté à propos du matin suivant. Vous avez dit qu'il y a certaines

18 personnes qui sont venues près de votre tracteur et qui, dans un premier

19 temps, demandaient de l'argent aux personnes qui se trouvaient dans les

20 tracteurs. Dans votre déclaration, vous décrivez que ces personnes étaient

21 des officiers de police serbe alors qu'aujourd'hui vous avez décrit toute

22 une gamme d'uniformes différents. J'aimerais vous poser une question à

23 propos des 20 personnes qui se sont rapprochées de votre tracteur et

24 j'aimerais savoir quels étaient les uniformes portés par ces personnes ?

25 Est-ce que vous pourriez me décrire ces uniformes ?

26 R. Ceux qui se sont rapprochés de notre tracteur avaient des cagoules. Il

27 y en avait qu'un qui ne portait pas de cagoule. Les autres étaient masqués,

28 ils avaient de la peinture, ils portaient des bandanas, ils avaient des

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1 couteaux qu'ils brandissaient en direction du tracteur.

2 Q. Est-ce que vous avez vu des insignes sur ces uniformes ?

3 R. Non. Non, je n'en ai pas vu.

4 Q. Est-ce que vous avez vu des écussons sur ces uniformes ?

5 R. Non, non. Je n'en ai pas vu. Vous savez, je n'accordais pas

6 véritablement beaucoup d'attention à ces insignes, mais je sais qu'ils

7 étaient masqués.

8 Q. Bien. Si vous n'accordiez pas tellement d'attention à ces personnes,

9 comment se fait-il que vous ayez pu les identifier comme étant des

10 officiers de police serbe ?

11 R. Je n'ai pas dit qu'ils étaient des officiers. Ils portaient différents

12 types d'uniformes. Je ne sais pas qui étaient parmi eux les officiers. Je

13 n'ai jamais fait partie de l'armée, donc ce n'est des choses que je sais,

14 mais il y avait des policiers parmi eux, parce qu'ils avaient le signe

15 "police" que je pouvais voir écrit. Pour ce qui est des autres insignes, je

16 n'en sais rien.

17 Q. Ces hommes qui se sont approchés de votre tracteur pour demander de

18 l'argent, est-ce qu'ils avaient cette inscription de "police" sur leur

19 uniforme ?

20 R. Il y avait des policiers parmi eux, mais ceux qui sont venus près de

21 mon tracteur étaient masqués. Il y avait des policiers partout mais ceux

22 qui sont venus près de mon tracteur étaient masqués. Il y en avait juste un

23 qui ne portait pas de cagoule, ils nous ont demandé de l'argent. Ils

24 passaient d'un tracteur à l'autre, comme je l'ai déjà expliqué.

25 Q. Je pense que vous avez dit qu'il y avait quelqu'un qui était nu; c'est

26 cela que vous avez dit ? Ou est-ce que c'est quelque chose que nous avons

27 entendu du fait de la traduction ?

28 R. Ils étaient torse nu et ils s'étaient peints le torse. Ils portaient

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1 des bandanas et ils avaient des couteaux.

2 Q. Quel temps faisait-il ce jour-là ? Est-ce qu'il ne faisait pas assez

3 froid ?

4 R. C'était au mois d'avril. Je ne sais pas s'ils sentaient le froid ou

5 pas.

6 Q. Je vais vérifier un petit peu le compte rendu.

7 J'ai juste une question encore à vous poser à propos de Belanica.

8 Quand je vous ai demandé si les gens qui étaient venus près de votre

9 tracteur avaient le mot "police" sur leur uniforme, vous avez répondu,

10 n'est-ce pas ? Vous avez déjà dit qu'ils avaient des masques, cela on le

11 sait. Je vous pose une question à propos des uniformes. J'aimerais savoir

12 si cet insigne, que vous avez décrit, était bien sur ces uniformes?

13 R. Je n'ai pas vraiment bien vu parce que j'avais peur. J'ai vu qu'ils

14 portaient des masques.

15 Q. Très bien. Passons maintenant à votre arrivée à la frontière.

16 Quand vous êtes arrivée à la frontière, vous avez dit que la police à

17 la frontière a été tout à fait cordiale, ils ont juste vérifié vos papiers

18 d'identité, ensuite ils vous ont laissée traverser la frontière. Quel type

19 d'uniforme portaient-ils ?

20 R. Il s'agissait de policiers.

21 Q. Oui, mais ces personnes-là avaient-ils cet insigne sur leur uniforme,

22 insigne sur lequel il était écrit "police" ?

23 R. Oui, dans le dans le dos de leur uniforme, c'était écrit en gros.

24 Q. Très bien. Lorsque vous étiez à la frontière, vous n'avez vu personne

25 se faire confisquer ses papiers d'identité ?

26 R. Non. En tout cas, ils n'ont pas confisqué nos propres papiers

27 d'identité en ce qui concerne notre tracteur. Il était deux heures du matin

28 et il faisait nuit. Le conducteur est arrivé à leur hauteur et leur a dit :

Page 3861

1 nous sommes en règle. Il a dit : très bien vous pouvez y aller.

2 Q. Dans votre déclaration, vous avez mentionné un incident dont vous avez

3 entendu parler qui serait intervenu deux heures plus tard au poste-

4 frontière. Cela dit, j'aimerais que vous me confirmiez que vous n'étiez

5 toujours pas à la frontière à ce moment-là, donc vous n'avez pas vu cet

6 incident de vos propres yeux ?

7 R. On l'a vu. Après avoir traversé la frontière et être arrivés en

8 Albanie, on nous a donné de la nourriture, on nous a aidés et le tracteur

9 qui était juste derrière nous, eux, ils se sont faits tabasser, même les

10 vieux se sont faits tabasser. Je les ai vus puisqu'on était de l'autre côté

11 de la frontière. On attendait en Albanie et là on recevait de l'assistance

12 avant de poursuivre notre route.

13 Q. Il faisait encore nuit, cela dit ?

14 R. Oui, il était à peu près trois heures du matin. Nous nous sommes

15 retrouvés à la frontière à deux heures du matin et on y est restés une

16 heure.

17 Q. Très bien.

18 M. IVETIC : [interprétation] Monsieur le Président, il faut que je regarde

19 juste mes notes rapidement mais je pense que j'en ai presque terminé avec

20 ce contre-interrogatoire.

21 [Le conseil de la Défence se concerte]

22 M. IVETIC : [interprétation] En effet, Monsieur le Président, j'ai terminé

23 mon contre-interrogatoire.

24 Q. Je vous remercie, Madame.

25 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

26 Madame Zed, c'est à vous.

27 Mme ZED : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président.

28 Contre-interrogatoire par Mme Zed :

Page 3862

1 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Fondaj. Je suis Nadia Zed, avec M.

2 Aleksic et M. Ackerman, je défends les intérêts de M. Pavkovic. J'aurais

3 quelques questions à vous poser.

4 Vous avez dit qu'il y a eu huit jours de combat entre les forces serbes et

5 l'UCK, vous avez écrit cela dans votre déclaration. Vous dites qu'après ces

6 huit jours de combat, l'UCK a dû se retirer dans la montagne au-dessus de

7 Belanica. J'imagine que cette montagne se trouve très près du village;

8 c'est bien cela ?

9 R. Je ne sais pas où ils sont allés. Nous étions à Bellanice. Il n'y avait

10 pas de présence de l'UCK à Bellanice. C'est vrai qu'il y avait des combats,

11 mais je ne sais pas où se passaient ces combats. J'étais à Nishor, j'y suis

12 restée sept jours. Il y avait du pilonnage tous les jours. L'UCK était à

13 Semetisht.

14 Pour ce qui est de la montagne au-dessus de Bellanice, je ne sais pas du

15 tout ce qui s'y est passé, je n'y ai jamais été, je ne connais pas les

16 villages qui se trouvent dans cette zone.

17 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Fondaj, dans votre déclaration,

18 il est écrit : "Après huit jours de combats, l'UCK a dû se retirer dans les

19 montagnes au-dessus de Bellanice."

20 Vous l'avez quand même dit, vous l'avez bien dit au Procureur ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, je l'ai dit dans ma déclaration.

22 Mais je ne sais pas exactement dans quelle montagne ils sont allés. C'était

23 une montagne, mais je ne sais pas où dans la montagne ils se sont réfugiés.

24 On ne les voyait pas. On a juste entendu dire que l'UCK s'était retirée et

25 qu'il y avait toutes ces forces dans Bellanice. Il n'y avait plus présence

26 de l'UCK.

27 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien. Madame Zed.

28 Mme ZED : [interprétation] Je vous remercie.

Page 3863

1 Q. Vous avez aussi dit dans votre déclaration que vous saviez que les

2 forces serbes allaient arriver dans Belanica. Pourquoi avez-vous dit cela ?

3 R. On a entendu à la radio que les villages autour de Prizren, Krushevo,

4 Krusha e Madhe, et cetera, on savait que là tous les gens avaient été

5 expulsés de ces villages et que la population avait été ordonnée de se

6 rendre en Albanie, on se disait que cela allait nous arriver aussi. C'est

7 pour cela que je l'ai dit.

8 Q. Pensiez-vous aussi qu'étant donné que les forces serbes recherchaient

9 l'UCK, qui se trouvaient dans les environs de Belanica, dans les montagnes,

10 vous ne pensiez pas que ceci pourrait peut-être attirer les forces serbes

11 dans Belanica ?

12 R. Non. Ils avaient expulsé les autres avant nous. Les forces serbes

13 allaient nous expulser. C'était notre tour. Il n'y avait pas présence de

14 l'UCK sur place. On était rassemblés à cet endroit-là. Comme on ne voulait

15 pas aller dans les montagnes, on s'est rassemblés en nombre dans Bellanice.

16 Ensuite, ils sont arrivés et ils nous ont dit de partir vers l'Albanie.

17 Q. Dans votre déclaration, Madame Fondaj, vous dites que le 2 avril, alors

18 que vous vous prépariez à partir, vous étiez de très mauvaise humeur. Vous

19 trouviez que c'était de la faute de votre mari si vous vous retrouviez dans

20 cette situation. Pourquoi étiez-vous dans cet état d'esprit ?

21 R. Sur le moment, j'ai pensé que c'était de sa faute, quand ils m'ont visé

22 au bout de leur fusil automatique. Il était policier auparavant et je me

23 disais : ils doivent le connaître, ils doivent le savoir. Ils pourraient

24 très bien massacrer mes enfants de ce fait. Je lui en voulais parce qu'il

25 n'était pas là aussi. Il n'était pas là à mes côtés ni aux côtés de mes

26 enfants, alors que les temps étaient si difficiles.

27 Q. Maintenant, très rapidement, Madame Fondaj, êtes-vous retournée au

28 Kosovo ?

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1 R. Oui. En juillet. Je ne sais pas exactement quel jour, mais c'était en

2 juillet 1999.

3 Q. Pour en terminer, dans votre dernier paragraphe de cette déclaration,

4 vous dites : "Nous avons quitté le Kosovo à cause de la menace serbe et non

5 pas à cause des bombardements de l'OTAN."

6 M. Ekdahl, c'est la personne qui, en juin 2001, a pris cela dans

7 votre déclaration et vous a dit qu'il s'agissait de quelque chose

8 d'important, n'est-ce pas ?

9 R. Non. Il ne nous a pas dit que c'était important de le dire. Je l'ai dit

10 volontairement, délibérément. Nous sommes partis à cause des forces serbes

11 et non pas à cause des bombardements de l'OTAN. C'est quelque chose que

12 j'ai dit spontanément.

13 Q. Merci.

14 M. IVETIC : [interprétation] J'en ai terminé avec mes questions.

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

16 Madame Kravetz ?

17 Mme KRAVETZ : [interprétation] J'ai quelques questions.

18 Nouvel interrogatoire par Mme Kravetz :

19 Q. [interprétation] Madame Fondaj, vous nous dites que lorsque vous étiez

20 à Nishor, le village était pilonné cette semaine-là. Y avait-il des tirs

21 qui venaient de Nishor en direction des positions tenues par les Serbes ?

22 R. Non. Pas de Nishor vers les positions serbes. A Nishor, il n'y avait

23 que la population de mon village et des villages avoisinants. Je n'ai pas

24 vu de membres de l'UCK à Nishor, mais on entendait dire qu'on avait vu des

25 membres de l'UCK à Semetisht.

26 Q. Vous dites que l'UCK opposait une certaine résistance à Semetisht.

27 Quelle est la distance entre Semetisht et Nishor, approximativement, s'il

28 vous plaît ?

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1 R. Je ne sais pas exactement. Cinq à six kilomètres.

2 Q. Merci.

3 Mme KRAVETZ : [interprétation] Monsieur le Président, j'en ai fini avec mes

4 questions.

5 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

6 Madame Fondaj, nous avons terminé avec votre déposition.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

8 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous vous remercions d'être venue ici

9 à La Haye pour déposer. Vous pouvez maintenant rentrer chez vous.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

11 [Le témoin se retire]

12 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Kravetz, qui sera notre

13 prochain témoin ? Monsieur Marcussen plutôt.

14 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il s'agit maintenant de Shyrete Berisha,

15 nous devons nous réorganiser ici, du côté de l'Accusation.

16 Mme KRAVETZ : [interprétation] Monsieur le Président, avant que le témoin

17 suivant soit amené dans le prétoire, j'aimerais soulever une objection à

18 propos du versement de la déclaration de Mme Fondaj. Je pense que si la

19 Défense voulait que cette déclaration leur serve de pièce, il conviendrait

20 qu'ils citent eux-mêmes le témoin, qui a bel et bien donné cette

21 déclaration et ce, dans ce but.

22 M. IVETIC : [interprétation] Si je puis répondre, il me semble d'abord que

23 cette objection n'est pas opportune. Nous parlons bel et bien de la

24 déclaration de Mme Fondaj. Je vois que cela a été corrigé.

25 Nous limitons la pièce que nous avons présentée aux passages au sujet

26 desquels nous avons posé des questions lors du contre-interrogatoire du

27 témoin. Il me semble que la procédure est tout à fait correcte, que

28 l'information qui a été obtenue de la part de ce témoin, est extrêmement

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1 utile en l'espèce.

2 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui, comme cela a été toujours le cas,

3 cette déclaration qui est partie des preuves et fait aussi partie du compte

4 rendu, jusqu'à présent n'a été utilisée que pour remettre en contexte des

5 questions qui ont été posées au témoin lors du contre-interrogatoire. Les

6 passages de la déclaration auxquels il a été fait référence sont des

7 éléments qu'il conviendra de prendre en considération en temps et heure.

8 Sous réserve d'autres arguments qui pourraient être avancés plus tard, en

9 ce qui concerne ce qui convient de prendre en compte ou non, pour l'instant

10 cette déclaration continuera à faire partie du compte rendu en l'espèce,

11 étant donné qu'il y a été fait référence.

12 Mme KRAVETZ : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président

13 [La Chambre de première instance se concerte]

14 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, quels sont les

15 paragraphes de l'acte d'accusation qui sont concernés ?

16 M. MARCUSSEN : [interprétation] Les paragraphes de l'acte d'accusation sont

17 le 72(d), le 75(d), le tableau D et le paragraphe 77. Je crois que sur le

18 préavis concernant le témoin, nous avons ajouté le 77(d), en fait, c'est

19 plutôt le 77(a) et le 77(b), voire le paragraphe 77 en général.

20 Tout d'abord, je tiens à vous dire que ce témoin est l'un des témoins qui a

21 fait une déclaration à l'OSCE. Il y a eu un problème à propos du contexte

22 de votre décision, quant à savoir s'il était possible d'évaluer la

23 fiabilité des éléments de preuve sous-jacents à ce rapport. Je mentionne

24 ceci parce qu'il s'agit d'un des témoins pour lequel il est possible de

25 comparer les informations sous-jacentes qui ont été faites par l'OSCE avec

26 le témoignage même de ce témoin. Nous n'allons pas verser le rapport

27 informatif en ce moment, mais j'aimerais quand même attirer l'attention de

28 Monsieur et Madame les Juges sur cette pièce qui porte la cote P2289.

Page 3868

1 Merci.

2 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Vous n'avez pas l'intention de poser

3 des questions pour savoir s'il y a bien cohérence entre les deux

4 déclarations ?

5 M. MARCUSSEN : [interprétation] Non, pas à ce moment-ci. Nous voulons juste

6 interroger le témoin.

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Il faudrait déjà le faire venir.

8 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je voulais juste aborder cela, vous le

9 faire savoir au cas où cela vous aurait intéressé, au cas où vous auriez

10 voulu explorer cet état de fait. Je ne sais pas dans quelle mesure vous

11 avez déjà pu étudier ce type de rapport. Je voulais juste que vous sachiez

12 qu'il existe, étant donné que nous pourrions à l'avenir présenter certains

13 arguments à ce propos.

14 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

15 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Bonjour, Madame Berisha.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

18 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Pourriez-vous maintenant faire la

19 déclaration solennelle en lisant la déclaration qui est devant vous, en

20 lisant à haute voix.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

22 Je déclare solennellement que je dirai la vérité, toute la vérité et

23 rien que la vérité.

24 LE TÉMOIN: SHYRETE BERISHA [Assermentée]

25 [Le témoin répond par l'interprète]

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci. Vous pouvez vous asseoir.

27 Monsieur Marcussen, vous avez la parole.

28 Interrogatoire principal par M. Marcussen :

Page 3869

1 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Berisha.

2 R. Bonjour.

3 Q. Madame Berisha, pourriez-vous nous dire à quelle communauté ethnique

4 vous appartenez ?

5 R. Je suis Albanaise.

6 Q. Parlez-vous le serbe ?

7 R. Oui, je parle le serbe.

8 Q. Parlez-vous d'autres langues ?

9 R. Non.

10 Q. D'accord.

11 M. MARCUSSEN : [interprétation] Pourrions-nous --

12 Q. Bien sûr, vous parlez albanais ?

13 R. Oui, évidemment. Je parle ma propre langue, l'albanais.

14 M. MARCUSSEN : [interprétation] Pourrions-nous afficher la pièce P117, à la

15 page 8, s'il vous plaît. Je pense qu'il y a deux clichés sur cette pièce,

16 celui qui nous intéresse, c'est le cliché qui est en haut de la page.

17 Pourrions-nous zoomer sur la photo du haut ? Merci.

18 Q. Madame Berisha, est-ce que vous reconnaissez cette maison ?

19 R. Oui. C'est la maison où j'habitais avec mon mari et le neveu de mon

20 mari, Faton.

21 Q. Dans quelle partie de la maison habitiez-vous ?

22 R. J'habitais avec mon mari et mes quatre enfants sur la gauche de la

23 maison, alors que Faton, le neveu de mon mari, ainsi que sa femme et ses

24 deux enfants, sa mère et sa sur, habitaient, eux, du côté droit de la

25 maison.

26 Q. Madame Berisha, beaucoup de noms vont être prononcés au cours de votre

27 témoignage. Avant de poursuivre, j'aimerais vous demander si au cours des

28 réunions avec l'Accusation, donc avant que vous ne témoigniez aujourd'hui,

Page 3870

1 j'aimerais savoir si on vous a montré un arbre généalogique qui explique un

2 peu les relations de parenté entre les différents membres de la famille

3 Berisha.

4 R. Oui, je l'ai vu.

5 Q. Sur cet arbre généalogique, j'aimerais savoir si tout d'abord vous avez

6 vérifié les noms pour voir s'ils étaient bien corrects, ainsi que les

7 relations de parenté ?

8 R. Oui.

9 Q. Avez-vous bien dit que dans cet arbre généalogique, il y avait des

10 personnes dont vous connaissiez le nom et d'autres, en revanche, dont vous

11 ne connaissiez pas le nom ?

12 R. Oui, je l'ai dit.

13 Q. Ensuite, avec l'un des enquêteurs du bureau du Procureur, avez-vous

14 annoté, sur un exemplaire de cet arbre généalogique, les noms des personnes

15 que vous connaissiez ?

16 R. Oui.

17 Q. Vous a-t-on aussi demandé de marquer quelles personnes, dans cet arbre

18 généalogique, étaient avec vous dans la cafétéria le jour dont nous allons

19 parler ?

20 R. Oui.

21 Q. Ceci a-t-il été aussi marqué sur cet exemplaire de l'arbre

22 généalogique, marqué par l'enquêteur ?

23 R. Oui.

24 Q. Avez-vous aussi indiqué sur l'arbre généalogique, quels membres de la

25 famille que vous connaissiez avaient été tués à Suva Reka ?

26 R. Oui.

27 Q. Ensuite, Madame Berisha, vous a-t-on ensuite montré un autre exemplaire

28 de cet arbre généalogique qui avait repris toutes ces informations que vous

Page 3871

1 aviez données à l'enquêteur du bureau du Procureur ?

2 R. Oui.

3 Q. Avez-vous signé et daté cet exemplaire de votre main ?

4 R. Oui.

5 Q. Madame Berisha, je voudrais vous montrer un exemplaire de cet arbre

6 généalogique.

7 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il me faudrait l'aide de l'huissier pour ce

8 faire.

9 Monsieur et Madame les Juges, l'exemplaire de cet arbre généalogique

10 se trouve dans le système informatique et nous allons demander à ce qu'il

11 soit versé au dossier. Etant donné sa taille, cela dit, je ne vais pas

12 essayer de le faire afficher sur l'écran et la cote de cette pièce sera le

13 P2346.

14 Q. Madame Berisha, est-ce bien une copie de l'arbre généalogique que vous

15 avez signée ?

16 R. Oui.

17 Q. Il s'agit bien de votre signature en bas à droite ?

18 R. Oui.

19 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais maintenant verser la pièce P2346

20 au dossier, s'il vous plaît.

21 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

22 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il conviendrait de donner à la Défense un

23 exemplaire de cette pièce et je pense que les Juges de la Chambre ont, eux

24 aussi, reçu leur copie.

25 Q. Madame Berisha, maintenant --

26 M. MARCUSSEN : [interprétation] Pourrions-nous revenir à la pièce P117,

27 page 8, celle que nous avions à l'écran ? Pourrions-nous la réafficher à

28 nouveau ?

Page 3872

1 Q. Madame Berisha, vous dites que vous habitiez avec votre mari et vos

2 quatre enfants sur la gauche de la maison qui est à l'écran. Pourriez-vous

3 nous donner le nom de votre --

4 R. Oui.

5 Q. Pourriez-vous nous donner le nom de votre mari et de vos enfants ?

6 R. Mon mari s'appelait Nexhat Berisha. Ma fille aînée s'appelait Majlinda,

7 elle avait 16 ans. Ensuite, il y avait Herolinda, ma deuxième fille qui

8 avait 13 ans. Altin, qui avait 11 ans et le petit Redon qui n'avait que 18

9 mois.

10 Q. A droite de la maison, qui habitait là ?

11 R. C'était ma belle-sur, qui avait 48 ans. Elle s'appelait Fatime

12 Berisha. Le neveu de mon mari, Faton qui avait 28 ans, Faton Berisha. Sa

13 femme, Sebahate qui avait 25 ans. La soeur de Faton, Sherine qui avait 17

14 ans et les deux fils de Faton, Ismet qui avait trois ans et Eron qui

15 n'avait que dix mois.

16 Q. Quant à votre belle-mère ainsi que Faton et la famille de Sebahate, on

17 les voit aussi sur cet arbre généalogique ?

18 R. Oui.

19 Q. Ils sont à gauche. Ils sont sur la partie supérieure gauche de l'arbre

20 généalogique. Il y a aussi un dénommé Arben Berisha. Habitait-il dans la

21 maison ?

22 R. Non, il était en Suisse à ce moment-là. Il n'était pas dans la maison.

23 C'est le frère de Faton.

24 Q. Ismet était-il dans la maison à l'époque dont nous parlions ?

25 R. Ismet est le mari de Fatime. Il est mort dix ans avant la guerre alors

26 que le petit Ismet, le jeune Ismet était le fils de Faton. Il portait le

27 nom du père de Faton. Ismet, le plus âgé des Ismet, était déjà mort depuis

28 longtemps. Il était mort dix ans auparavant.

Page 3873

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Pour clarifier un peu les choses,

2 quelle est la signification des carrés et des ronds ?

3 M. MARCUSSEN : [interprétation] Les personnes de sexe masculin sont

4 entourées d'un carré et les personnes de sexe féminin sont entourées d'un

5 rond.

6 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Comment pouvons-nous savoir ceux qui

7 seraient morts avant la date qui nous intéresse, par exemple cet Ismet dont

8 on vient de parler ?

9 M. MARCUSSEN : [interprétation] Les personnes dont le nom est écrit en bleu

10 et en rouge sont toutes impliquées dans l'incident dont nous allons parler.

11 Tous ceux qui dont le nom est en couleur sont morts mis à part le témoin et

12 deux autres personnes qui se trouvent sur cet arbre généalogique. Je

13 m'assurais que le compte rendu soit très clair en ce qui concerne ceci.

14 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Mais quelle est la signification des

15 noms qui sont écrits en noir ?

16 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il s'agit des noms des membres de la

17 famille que le témoin connaît mais qui n'étaient pas présents au café ce

18 jour-là et qui n'ont pas été tués plus tôt ce jour-là.

19 La raison pour laquelle nous avons fait cela c'est parce que ceux qui ne

20 sont pas dans un encadré en gras, ce sont des personnes qui sont membres de

21 la famille, que le témoin connaît, mais elle ne sait pas exactement où ils

22 se retrouvent dans l'arbre généalogique.

23 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Les noms qui sont en noir sont des

24 personnes qui sont mortes avant les événements ?

25 M. MARCUSSEN : [interprétation] Certains sont peut-être morts mais il y a

26 aussi une autre personne dont le nom est en noir qui serait peut-être morte

27 ce jour-là, mais le témoin n'a pas pu identifier ces noms précisément.

28 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien. Merci.

Page 3874

1 M. MARCUSSEN : [interprétation] Peut-on faire défiler la photo vers le bas,

2 s'il vous plaît ?

3 Q. Madame Berisha, pouvez-vous reconnaître ce que montre cette photo ?

4 R. Il s'agit de l'arrière de la maison, de l'entrée arrière de l'autre

5 côté.

6 Q. Merci. Lorsque l'OSCE est arrivée à Suva Reka, savez-vous où leur

7 bureau était situé à l'époque au moment où ils sont arrivés à Suva Reka ?

8 R. Lorsqu'ils sont arrivés à Suhareke, leur bureau était à l'hôtel Boss à

9 Shiroka de Suhareke. Le nom du propriétaire était Miskovic.

10 Q. Connaissez-vous le prénom de ce Miskovic ?

11 R. Non. Je ne connais pas son prénom. Je sais simplement qu'on l'appelait

12 toujours Miskovic.

13 Q. Est-ce que l'OSCE a emménagé par la suite dans votre maison ?

14 R. Oui. A la fin de 1998, l'OSCE a emménagé dans notre maison, mais je ne

15 me souviens pas de la date exacte.

16 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je vais demander que la photo soit déplacée

17 vers le haut, s'il vous plaît ?

18 Q. Comment l'OSCE a utilisé la maison que nous voyons sur la photo ?

19 Comment utilisaient-ils la partie gauche de la maison, votre partie, celle

20 dans laquelle vous habitiez ?

21 R. L'OSCE se servait de notre maison comme de bureaux; alors que l'autre

22 partie, le côté de Faton, ils y vivaient et ils s'en servaient pour dormir.

23 Q. Est-ce que vous savez si des membres de l'OSCE dormaient dans d'autres

24 maisons de Suva Reka ?

25 R. Oui, il y avait des gens de l'OSCE qui dormaient dans d'autres maisons,

26 mais la seule maison qu'ils utilisaient comme bureau c'était la nôtre.

27 Q. Où êtes-vous partie habiter à partir du moment où l'OSCE a emménagé

28 dans votre maison ?

Page 3875

1 R. Lorsque l'OSCE a emménagée dans ma maison, je suis partie vivre chez

2 mes parents dans le village de Mushtisht qui est à environ neuf kilomètres

3 de Suva Reka.

4 Q. La famille de Faton qu'a-t-elle fait ?

5 R. La famille de Faton est allée vivre avec son grand-père, dont la maison

6 était à quelque distance de là, à l'entrée de Suhareke.

7 Q. Pendant que l'OSCE utilisait votre maison, est-ce que vous vous rendiez

8 dans votre maison de temps à autre ?

9 R. Oui.

10 Deux ou trois fois par semaine. Il fallait que nous fassions le ménage dans

11 la maison.

12 Q. [aucune interprétation]

13 R. Mais mon mari, lui, il y était tous les jours.

14 Q. Est-ce que vous connaissiez les gens qui travaillaient là-bas ? Ma

15 question porte sur les autres personnes qui assuraient la sécurité pour la

16 mission de l'OSCE.

17 R. Oui, je connaissais beaucoup d'entre eux. Je ne me souviens pas de

18 leurs noms à l'heure actuelle.

19 Q. D'accord.

20 R. Je sais simplement que le chef s'appelait Rufus. Je connaissais le nom

21 de certains autres mais je ne m'en souviens plus.

22 Q. Merci. Très bien. Quand l'OSCE est-elle partie ?

23 R. L'OSCE a quitté la maison en mars, mais je ne me souviens pas de la

24 date exacte. Je ne sais pas si c'était avant le 20 mars ou le 20 mars, j'ai

25 oublié, mais c'était en mars.

26 Q. Merci. Est-ce que vous avez réemménagée dans votre maison par la

27 suite à ce moment-là ?

28 R. Oui. Après qu'ils soient partis, je suis retournée chez moi, pas dans

Page 3876

1 ma propre maison. Je suis allée dans la maison de Fatime, celle de ma

2 belle-sur qui était de l'autre côté de la maison. C'est là que nous

3 vivions.

4 Q. Est-ce que la famille de Fatime et de Faton avait déjà réemménagée à ce

5 moment-là ?

6 R. Oui, ils étaient revenus plus tôt parce que les gens qui dormaient là-

7 bas étaient déjà partis, étaient partis plus tôt et étaient partis habiter

8 ailleurs. Donc Fatime et Faton ont pu rentrer chez eux plus tôt.

9 Q. Lorsque l'OSCE est partie, est-ce que l'OSCE a laissé du matériel dans

10 votre maison ?

11 R. Oui.

12 Q. Lorsque vous êtes revenue, est-ce qui avait encore des personnes

13 travaillant pour la sécurité de l'OSCE à ce moment-là ?

14 R. Oui.

15 Q. Est-ce que vous leur avez parlé ?

16 R. Oui. Je suis allée les voir, je suis allée dans la maison parce que je

17 savais qu'ils étaient partis et je voulais nettoyer la maison. Alors je me

18 suis rendue à la maison mais il y avait un garde, c'était un Rom, son nom

19 était Zeqa, il est de Suhareke, il m'a dit : Femme de Nexhat, si la police

20 serbe vient n'aie pas peur parce qu'ils sont déjà venus deux fois.

21 Q. Est-ce qu'il a dit pourquoi la police était venue ?

22 R. Il a dit que la police serbe était venue pour voir si nous étions

23 harcelés par l'UCK.

24 Q. Est-ce que vous pensez que c'était la vraie raison ?

25 R. Non. Ce n'était pas là la vraie raison parce qu'il n'y avait pas d'UCK

26 là-bas. Je n'ai jamais vu l'UCK là-bas. Mon impression c'est qu'ils étaient

27 venus pour savoir si nous nous étions revenus dans la maison.

28 Q. Est-ce que vous savez si la police s'est rendue sur d'autres lieux où

Page 3877

1 des membres de l'OSCE avaient séjourné à Suva Reka ?

2 R. Oui, je ne sais pas quel jour, mais mon mari m'a dit que la police

3 serbe était rentrée dans la maison Murat Suka où l'OSCE dormait à un

4 moment. Il avait entendu dire que la police serbe était rentrée et avait

5 tout pillé, qu'ils avaient pris tout ce qu'ils avaient trouvé.

6 Q. Le jour où les bombardements de l'OTAN ont commencé, est-ce que vous

7 vous en souvenez ?

8 R. Je ne me souviens pas de la date au moment présent.

9 Q. Est-ce que vous vous souvenez d'un mouvement de troupes particulier, ce

10 jour-là ?

11 R. Oui. Il y a eu beaucoup de mouvements ce jour-là de l'armée et de la

12 police. Les rues étaient pleines de chars, de tanks, de policiers et de

13 soldats.

14 Q. Ces personnes que vous décrivez comme étant des soldats, pouvez-vous

15 nous dire quel type de vêtement elles portaient ?

16 R. Autant que je m'en souvienne, il y avait beaucoup de bus, et ces

17 personnes portaient des uniformes. Ils criaient. Il y avait d'autres bus où

18 les gens semblaient être plus sérieux. Ils portaient aussi des uniformes,

19 ils avaient l'air plus sérieux. Il y en avait d'autres, par contre, qui

20 criaient, qui hurlaient, qui tiraient des coups de fusil qui avant des

21 bandanas sur le front. Mon fils, Altin, qui a 11 ans, m'a dit, je me

22 souviens très bien qu'il m'ait dit : maman, on dirait des "ninjas".

23 Q. Est-ce que vous vous souvenez la couleur des vêtements de ces personnes

24 qui hurlaient, qui criaient et qui tiraient des coups de feu en l'air ?

25 R. Oui. Ils portaient tous des uniformes. Certains d'entre eux portaient

26 des uniformes de camouflage --

27 Q. [aucune interprétation]

28 R. Des uniformes verts unis. Mais la plupart d'entre eux portaient des

Page 3878

1 uniformes verts.

2 Q. Vous avez également dit que vous avez vu beaucoup de mouvements de

3 polices, quel uniforme portaient-ils ces personnes dont vous estimez qu'il

4 s'agissait de la police ?

5 R. Oui, des uniformes bleus de camouflage, je dirais bleu foncé.

6 Q. Vous avez dit que vous avez vu des personnes dans des bus qui étaient

7 très agitées et des personnes qui avaient l'air plus calmes. Pouvez-vous

8 nous les décrire ? Que portaient-ils, ces personnes qui étaient plus

9 calmes ?

10 R. Eux aussi portaient des uniformes. Les couvre-chefs qu'ils portaient et

11 les uniformes avaient le même motif, étaient les mêmes.

12 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais que la pièce 189 soit affichée,

13 s'il vous plaît.

14 Q. Madame Berisha, est-ce que vous reconnaissez cet endroit ?

15 R. Oui.

16 Q. Il y a un certain nombre d'annotations et de chiffres qui apparaissent

17 sur cette pièce, s'agit-il d'annotations qui ont été faites par les

18 enquêteurs du bureau du Procureur avec qui vous vous êtes entretenue ?

19 R. Oui.

20 Q. Est-il exact que le numéro 1 correspond à votre maison ?

21 R. Oui.

22 Q. Les personnes et les bus que vous venez de décrire, pouvez-vous nous

23 dire approximativement où ils sont sur cette carte ?

24 R. C'est ici dans la rue, sur la route pour Pristina. Sur la route ici.

25 Q. S'agit-il de la route la plus basse, il semblerait qu'il y ait deux

26 routes, une qui passe devant la maison, puis une qui passe plus bas. Vous

27 nous parlez de celle du bas, n'est-ce pas ?

28 R. Oui. C'est la route qui passe devant le poste de police et qui va vers

Page 3879

1 Pristina.

2 Q. Merci.

3 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il s'agit de la route dans la partie

4 inférieure de la photo de façon à ce que le compte rendu de l'audience soit

5 bien clair.

6 Q. Madame Berisha, le jour suivant, le lendemain du début du bombardement

7 de l'OTAN, est-ce que la police s'est rendue dans votre maison ? Sont-ils

8 venus chez vous ?

9 R. Les policiers sont venus dans notre maison, le 25 mars, le matin.

10 Q. Qui a ouvert la porte à la police ?

11 R. Ils ont poussé la porte. Ils ont frappé très fort sur la porte, il

12 était très tôt le matin. Je ne sais pas s'il était 5 heures du matin, je ne

13 suis pas sûre de l'heure, mais c'est moi qui ai ouvert la porte.

14 Q. Combien de policiers avez-vous vus ?

15 R. Trois.

16 Q. Est-ce que vous pouvez nous les décrire. Mais pour commencer, pouvez-

17 vous nous s'ils portaient un uniforme ?

18 R. Je ne suis pas sûre de me souvenir précisément, mais il me semble

19 qu'ils portaient des uniformes de camouflage verts et l'un d'entre eux

20 portait ce brassard blanc sur le bras.

21 Q. Vous avez dit qu'il s'agissait de la police, qu'est-ce qui vous fait

22 penser qu'il s'agissait de la police ?

23 R. C'est ce que j'ai pensé. Ils avaient un uniforme.

24 Q. Est-ce qu'ils ont dit pourquoi ils venaient ?

25 R. Quand j'ai ouvert la porte, il y avait ce policier, très grand, les

26 deux autres étaient plus petits. Le grand a pointé son arme automatique

27 vers ma poitrine et a demandé mon mari.

28 Q. Est-ce que votre mari est venu ?

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1 R. Oui. J'ai appelé mon mari. Il est descendu. Ils ont emmené mon mari et

2 ils se sont rendus dans la partie gauche de la maison, notre maison, où

3 l'OSCE avait ses bureaux.

4 Q. Lorsqu'ils étaient dans votre partie de votre maison, savez-vous où ils

5 sont allés exactement ?

6 R. Je ne les ai pas vus, parce que je suis restée à l'intérieur. Ils ne

7 m'ont pas permis de sortir. Ils m'ont dit de rester à l'intérieur. Ils ont

8 simplement emmené mon mari là-bas, et mon mari m'a dit ce qui s'était

9 passé. Ils ont emmené mon mari. Ils lui ont posé des questions sur l'OSCE.

10 Lorsque la police a trouvé des photos des villages incendiés pris par

11 l'OSCE, ils ont commencé à frapper mon mari avec des chaises, avec des

12 crosses de fusil. Ils lui ont donné des coups de pied.

13 Q. Votre mari vous a-t-il dit si la police a pénétré dans l'une quelconque

14 des pièces qui avaient été utilisées par l'OSCE ?

15 R. Pendant que les policiers fouillaient dans les placards, dans les

16 commodes, il y avait deux pièces qui étaient verrouillées et ils ont forcé

17 l'entrée. Puis, ils ont menacé mon mari et ils lui ont dit : Où sont vos

18 Américains ? Vous leur avez demandé de venir vous aider. Où est votre papa

19 Clinton ? Ils l'ont insulté, ont proféré d'autres insultes encore, c'est à

20 ce moment-là, d'après ce qu'il m'a dit, qu'ils ont commencé à le frapper

21 avec les chaises.

22 Q. En dehors des photographies, la police a-t-elle trouvé autre chose ?

23 R. Il m'a dit que lorsque les policiers ont forcé la porte, ils ont trouvé

24 un casque et des gilets pare-balles de l'OSCE. Mon mari m'a dit : C'est là

25 qu'ils m'ont frappé le plus.

26 Q. Est-ce que la police est également venue du côté de la maison où vous

27 vous trouviez ?

28 R. J'étais à l'intérieur de la maison lorsqu'ils ont emmené mon mari,

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1 entre-temps, un policier est venu. Il était jeune. Il est venu me voir. En

2 haut, au premier étage, tout le monde était là, les enfants, Faton, la

3 femme de Faton, Fatoni. Il a commencé à fouiller dans les placards, je lui

4 ai dit : Il n'y a rien. Ce ne sont que les vêtements des enfants. Au moment

5 où il partait, il a trouvé un petit sac. Il s'agissait du sac de Sebahate.

6 Il a pris le sac, il a regardé à l'intérieur et il a dit qu'il n'y avait

7 rien dans ce sac, donc il l'a jeté. Il n'avait trouvé que des médicaments.

8 Puis, il m'a fait un signe et il m'a dit : Viens à la cave. Quand je suis

9 allée à la cave, il a fait ce geste : Est-ce que vous avez de l'argent,

10 parce que votre mari est en danger ?

11 Je suis remontée. J'ai pris 1 000 marks que m'a donnés Sebahate, je suis

12 retournée à la cave et je lui ai donnés. Puis, il m'a dit : Ce n'est pas

13 assez pour la vie de votre mari. Il faut me donner plus. Je lui ai dit :

14 C'est tout ce que j'ai. Donc il est sorti. Je suis restée dans le vestibule

15 de la maison.

16 Entre-temps, j'essayais de voir ce qui se passait dans la cour. Un policier

17 est arrivé. Il avait plusieurs couteaux sur la poitrine. Il était plus

18 vieux et il avait un visage très agressif. Il a commencé à courir vers moi

19 et il m'a dit : Je veux regarder cette femme. Je veux voir à quel point

20 elle est belle. Il a dit cela de manière très provocante, j'avais peur.

21 J'avais très peur de lui. Il était torse nu, sa chemise était ouverte et il

22 avait ses couteaux, ses poignards sur la poitrine.

23 Le policier à qui j'avais donné les 1 000 marks a commencé à courir vers

24 lui et il a dit : Zarko, Zarko, attends. S'il avait été plus près de

25 quelques pas, de deux pas, il aurait pu m'attraper.

26 Q. Qu'avez-vous fait après cela ?

27 R. Il a emmené ce policier. Je me suis assise. J'avais très peur. Je ne

28 sais pas comment j'ai fait pour ne pas m'évanouir. Ensuite, les trois

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1 policiers qui avaient emmené mon mari, donc ces trois policiers qui avaient

2 emmené mon mari l'ont ramené. Quand ils sont arrivés à la porte, ils l'ont

3 frappé, ils l'ont insulté, ils l'ont injurié et ils lui ont dit : Les

4 Américains, vos Américains à qui vous avez demandé de l'aide.

5 Q. Est-ce que vous avez vu votre mari être frappé ?

6 R. Oui. Oui. C'était juste devant moi.

7 Q. Il s'agit de policiers, des personnes que vous avez décrites comme

8 étant des policiers, qui étaient en train de le frapper ?

9 R. Oui, celui qui avait des gants noirs, il a frappé, il lui a donné des

10 coups de pied, là, juste sur le perron.

11 Q. Est-ce que vous avez remarqué si des choses ont été prises de votre

12 côté de la maison ? Est-ce que vous avez vu quelque chose à ce moment-là ?

13 R. Oui. Pendant que j'attendais mon mari, j'ai vu qu'il y avait un camion

14 devant la maison, qu'ils l'avaient rempli de téléviseurs, des radiateurs,

15 du matériel, des ordinateurs, tout ce qu'ils avaient pu trouver. Ce n'était

16 pas un gros camion.

17 Q. Ce matériel, d'où venait-il ? S'agissait-il de votre matériel ?

18 Appartenait-il à l'OSCE ? De quoi s'agissait-il ?

19 R. Certaines choses étaient à nous, comme les radiateurs, par exemple.

20 Mais les autres, c'étaient des affaires de l'OSCE, comme les ordinateurs,

21 par exemple.

22 M. MARCUSSEN : [interprétation] Monsieur le Président, je pourrais

23 commencer à entamer la série d'événements suivants, mais peut-être nous

24 pourrions faire une pause à présent, même si nous sommes un petit peu en

25 avance. Je ne sais pas ce que vous préférez, Monsieur le Président.

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

27 Madame Berisha, il faut que nous nous interrompions pour le déjeuner,

28 nous allons reprendre à 14 heures. Vous pouvez quitter le prétoire, je vous

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1 demande de bien vouloir revenir à 14 heures.

2 M. MARCUSSEN : [interprétation] Monsieur le Président, devrions-nous

3 rappeler au témoin que pendant la pause elle ne peut pas s'adresser à

4 d'autres personnes. Je ne sais si on lui a déjà dit.

5 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous en reparlerons tout à l'heure,

6 Monsieur Marcussen si le besoin s'en fait sentir.

7 [Le témoin se retire]

8 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] La séance reprendra à 14 heures.

9 --- L'audience est levée pour le déjeuner à 12 heures 28.

10 --- L'audience est reprise à 14 heures 01.

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous allons reprendre pour ce qui est

12 du témoin K83. La Chambre de la première instance a décidé que suite aux

13 circonstances particulières portant sur ce témoin, le registre va

14 s'appliquer et ceci sera incorporé dans l'ordonnance écrite qui va être

15 rédigée aussi rapidement que possible.

16 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

17 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] On vient de m'expliquer que pour des

18 raisons indépendantes de la volonté de votre témoin, celle-ci vient juste

19 de revenir dans le bâtiment, c'est pour cette raison que nous devons

20 attendre. Le témoin va arriver.

21 [La Chambre de première instance se concerte]

22 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

23 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Berisha, nous allons continuer

24 avec votre déposition.

25 Monsieur Marcussen, vous avez la parole.

26 M. MARCUSSEN : [interprétation]

27 Q. Bon après-midi, Madame Berisha.

28 R. Bon après-midi, à vous.

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1 Q. Je suis désolé qu'on ait dû vous ramener ainsi dans le prétoire. Il me

2 semble qu'il y ait eu une erreur. Nous en sommes vraiment désolés.

3 Madame Berisha, nous avons parlé du 25 mars 1999, c'est là que nous étions

4 lorsque nous nous sommes arrêtés pour la pause. Vous nous avez expliqué que

5 vous avez donné environ mille deutsche marks à l'un des policiers qui

6 s'était rendu dans votre maison ce jour-là. Est-ce que d'autres personnes,

7 ce jour-là, ont eux aussi donné de l'argent à la police ?

8 R. Oui. Plus tard, je lui ai encore donné de l'argent. J'en avais un peu

9 sur ma poitrine parce qu'ils ont dit à mon mari : donnez-nous de l'argent

10 ou alors regarde le char qui est devant votre maison. On va faire sauter la

11 maison.

12 Q. Mais à part vous-même, y a-t-il d'autres personnes qui ont dû donner de

13 l'argent à la police ?

14 R. Oui. Quand mon mari m'a dit qu'ils étaient en train de demander de

15 l'argent, je leur ai donné l'argent que j'avais et ma belle-sur aussi

16 avait un peu d'argent sur elle. Elle a aussi donné cet argent pour être

17 tranquille. Mais alors qu'elle essayait de sortir l'argent, le policier est

18 venu vers elle et s'est servi lui-même de l'argent qui était sur sa

19 poitrine.

20 Q. De quel policier parlez-vous ?

21 R. Il s'agissait du policier qui avait les gants noirs.

22 Q. Vous avez ensuite dit que l'on vous avait menacée de pilonner votre

23 maison à l'aide d'un char ?

24 R. Oui.

25 Q. Vous aviez vu un char près de la maison ce jour-là ?

26 R. Oui. Je l'avais déjà vu quand ils étaient venus pour emmener mon mari,

27 quand le policier qui avait les couteaux a couru dans ma direction. C'est

28 là que je l'ai vu. C'était un char qui était juste en face de la maison

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1 d'Agron Berisha.

2 M. MARCUSSEN : [interprétation] Pourrions-nous, s'il vous plaît, afficher

3 la pièce P189 à l'écran, page 1.

4 Q. En attendant que cela s'affiche, pourriez-vous me décrire ce char, me

5 dire par exemple de quelle couleur il était ?

6 R. Je ne le sais pas vraiment. Il était vert gris ou gris vert plutôt.

7 Q. Pourquoi dites-vous que c'était un char ? Pourriez-vous nous décrire ce

8 véhicule, à quoi ressemblait-il ?

9 R. C'était une structure métallique avec de gros pneus en caoutchouc,

10 peut-être un peu plus petit quand même que les pneus qui équipent les gros

11 chars. Il y avait bien sûr un canon sur le devant. Je ne sais pas

12 exactement comment cela s'appelle, peut-être que c'est un Pinzgauer. Je ne

13 sais pas si c'est vraiment un tank. Je ne sais pas.

14 Q. Mais vous avez vu cela avait des roues ?

15 R. Oui, il y avait des roues.

16 Q. L'image à l'écran, est-ce que sur cette image à l'écran vous pouvez

17 voir l'endroit où était situé ce que vous avez appelé un char ?

18 R. Le char se trouvait à peu près ici près de notre maison juste devant la

19 maison d'Agron.

20 Q. L'huissier va vous donner un stylet.

21 R. C'est approximativement ici.

22 Q. C'était sur la route devant votre maison, là où vous avez mis un point

23 sur l'écran ?

24 R. Oui, sur la route qui était devant ma maison, devant la maison d'Agron

25 en fait, donc le char se trouvait à peu près ici.

26 Q. Pourriez-vous noter ce point avec un A, un A comme alpha, afin que nous

27 puissions ensuite identifier cet endroit sur cette photo.

28 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Merci.

2 D'après vous combien de temps la police est-elle restée chez vous en

3 tout au cours de cette journée ?

4 R. Je ne sais pas exactement. Ils sont restés mais ils ne sont pas restés

5 très longtemps.

6 Q. Après leur départ, êtes-vous restée dans cette maison --dans votre

7 maison ?

8 R. Non. On était très effrayés, donc nous nous sommes rendus dans la

9 maison de l'oncle de mon mari, Vesel Berisha, maison qui se trouve juste

10 derrière la nôtre.

11 Q. Est-ce la maison qui est marquée d'un 2 sur le fichier qui est à

12 l'écran?

13 R. Oui.

14 Q. La maison où habitait votre oncle, le numéro 2 de la carte -- de la

15 photo. Pouvez-vous nous dire qui y habitait ?

16 R. C'était Sedat et sa famille qui habitaient là avec sa femme et ses

17 trois enfants, ensuite son mari Bujar avec sa femme et leurs trois enfants,

18 son autre frère Nexhmedin avec sa femme et son père et sa mère.

19 Q. Si on reprend l'arbre généalogique, est-ce que cela correspondrait aux

20 personnes qui sont en haut à droite sur cet arbre généalogique.

21 R. Oui.

22 Q. Vous avez passé la nuit dans la maison de Vesel, chez Vesel ?

23 R. Oui. Toute ma famille ainsi que la famille de l'oncle de Vesel ont

24 passé la nuit là, en tout nous étions 25.

25 Q. Ce sont les gens dont les noms sont en couleur et qui sont sur la

26 partie supérieure de l'arbre généalogique qui ont passé cette nuit dans la

27 maison de Vesel, donc mis à part Arben, Faik, Bahrije et Vesel lui-même.

28 Tous les gens dont le nom sont en couleur en rouge ou en bleu ?

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1 R. Oui. Ceux dont les noms sont en rouge ou en bleu.

2 Q. Passons maintenant au jour suivant, au 26 mars 1999. Au matin du 26

3 mars, avez-vous vu des équipements lourds qui appartiendraient soit à la

4 police soit aux forces militaires aux environs de votre maison ?

5 R. Oui.

6 Q. [aucune interprétation]

7 R. Pendant toute la journée, on pouvait voir des véhicules, des policiers.

8 On voulait s'échapper, mais on ne pouvait pas à cause de tous ces

9 mouvements. Derrière la maison, il y avait deux chars, deux gros chars qui

10 étaient juste au-dessus de nos maisons.

11 Q. On va s'occuper de situer ces chars. Sur la photographie qui est à

12 l'écran, pourriez-vous nous dire exactement si les chars se trouvaient dans

13 le cadre ou s'ils étaient à l'extérieur du cadre ?

14 R. Non. On ne le voit pas ici. C'est à l'extérieur du cadre, c'était plus

15 loin derrière.

16 Q. Vous nous dites que s'est situé, par exemple, plutôt au-delà où il y a

17 les chiffres ?

18 R. Oui, derrière les numéros 1 et 2. Ils sont hors cadre, ils seraient à

19 cet endroit-là.

20 Q. Approximativement, pourriez-vous nous dire ce quelle était la distance

21 à laquelle se trouvait ses chars, quand vous les avez vus ?

22 R. Je ne sais pas exactement quelle était la distance. En tout cas, il n'y

23 avait plus de maisons. C'est plutôt comme un bois, il n'y a pas de maison

24 dans cet endroit-là.

25 Q. Le terrain est-il plat où est-ce que c'est un terrain escarpé, qui

26 monte et qui descend, ce terrain qui se trouve derrière les maisons ?

27 R. Le terrain derrière les maisons est en pente, un peu comme une colline,

28 ensuite cela devient de plus en plus escarpé comme une montagne. C'est une

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1 forêt.

2 Q. Donc ces chars se trouvaient sur la colline, à une certaine distance

3 des maisons, derrière les maisons ?

4 R. Oui.

5 Q. Maintenant vous nous dites que ce sont des chars. De quelle couleur

6 étaient-ils, si vous vous en souvenez ?

7 R. Si je me souviens bien, ils étaient gris vert.

8 Q. Vous avez décrit ces véhicules comme étant des chars, vous nous dites

9 qu'ils étaient de grande taille, très grands. Est-ce qu'ils étaient

10 différents de celui que vous aviez vu la veille ?

11 R. Oui. Celui qui était devant la maison avait des pneus, alors que ceux-

12 ci étaient [inaudible], beaucoup plus grands.

13 Q. Je pense que la traduction n'a pas saisi exactement ce qu'ils avaient à

14 la place des roues. Pouvez-vous nous le redire ?

15 R. Oui. Bien sûr. Ils n'avaient pas de roues avec des pneus mais ils

16 avaient des chenillettes.

17 Q. Très bien. Merci. Avaient-ils un canon ?

18 R. Oui.

19 Q. Dans quelle direction pointaient ces canons ?

20 R. Vers nous, vers nos maisons.

21 Q. Pouvez-vous nous dire approximativement quand cela se passait, quand

22 vous les avez vus pour la première fois, le matin, à midi, le soir ?

23 R. Je les ai vus vers 10 heures, 10 heures et demi du matin. Quand, avec

24 mon plus jeune fils, nous sommes allés depuis la maison de Sedat à la

25 maison de la mère d'Agron.

26 Q. La police est-elle revenue à votre maison ce jour-là ?

27 R. Les policiers sont arrivés à la maison de Sedat, la maison où nous

28 restions avec notre famille.

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1 Q. A quelle heure sont-ils arrivés ?

2 R. Vers midi, midi vingt.

3 Q. Les avez-vous vus arriver ?

4 R. Oui. J'étais dans le séjour avec les autres. Ils sont arrivés depuis le

5 poste de police que l'on voit d'ailleurs de la maison, qui est dans la

6 direction de la maison. Quand ils sont sortis du poste de police, ils

7 courraient. Ils étaient très nombreux, ils étaient en uniforme et ils

8 portaient des fusils automatiques. Ils sont d'abord allés dans la maison

9 d'Ismet Kuci, ensuite, de là, ils sont venus dans la maison où nous étions.

10 Q. La maison d'Ismet se trouve-t-elle sur la photo ?

11 R. Oui, c'est celle-ci.

12 Q. A-t-elle été marquée à l'aide d'un chiffre ?

13 R. Non. La maison qui est numérotée, c'est celle d'Ahmet Berisha.

14 Q. Le numéro trois ?

15 R. On ne voit pas toute la maison sur cette photographie. On en voit qu'un

16 morceau.

17 Q. D'après vous, combien y avait-il de policiers ? Combien en avez-vous

18 vu ?

19 R. Je ne m'en souviens pas, mais il y en avait beaucoup. Beaucoup trop.

20 Q. Vous dites qu'ils étaient en uniforme. Portaient-ils tous le même

21 uniforme ou avaient-ils des uniformes différents ?

22 R. Ils n'étaient pas tous du même uniforme. Je ne m'en souviens pas très

23 clairement à l'heure actuelle. Mais je me souviens qu'ils avaient des

24 uniformes.

25 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, quelle est la

26 maison que nous a indiquée le témoin qui aurait été la maison d'Ismet

27 Kuci ?

28 M. MARCUSSEN : [interprétation] Elle n'a pas été marquée ?

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1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui, c'est visiblement une maison qui

2 doit être au bord du cadre de cette photo.

3 M. MARCUSSEN : [interprétation]

4 Q. S'il vous plaît, pourriez-vous, à l'aide du stylet, marquer la maison

5 en question.

6 R. C'est sur la droite, à droite de ma maison.

7 Q. Pourriez-vous mettre un B sur la maison d'Ismet ?

8 R. C'est approximativement ici.

9 Q. C'est juste sur le cadre de la photo ?

10 R. Oui.

11 Q. Vous avez vu la police. Ils arrivaient en courrant. Il y en avait

12 beaucoup, ils venaient vers la maison en courant. Parmi les personnes qui

13 sont venues, y avait-il aussi des personnes qui n'étaient pas en uniforme ?

14 R. Oui, mais ils n'étaient pas nombreux. Il y avait un certain nombre de

15 civils qui ne portaient pas d'uniformes.

16 Q. Ces civils étaient-ils armés ? Est-ce que vous vous souvenez d'avoir vu

17 cela ?

18 R. Oui. Oui, ils étaient armés et ils courraient tous.

19 Q. Comment avez-vous réagi quand vous avez vu cela ?

20 R. J'avais très peur. Tout le monde avait peur.

21 Q. Est-ce que quelqu'un vous a donné quelque chose pour vous calmer ?

22 R. J'étais bouleversée, mais même le soir d'avant, lorsque les policiers

23 avaient emmené mon mari et l'avaient frappé, ils l'avaient passé à tabac,

24 je me suis pratiquement évanouie. J'avais l'impression que j'allais

25 m'évanouir. Sedat m'a donné un tranquillisant, parce qu'il s'en est rendu

26 compte.

27 Q. Est-ce que vous vous souvenez, ce tranquillisant, de quoi il

28 s'agissait ?

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1 R. Non. Tout ce que je sais, c'est qu'il me l'a donné et qu'il m'a donné

2 un verre d'eau et il m'a dit : Bois cela. C'est tout. Il faut que tu te

3 calmes.

4 Q. Est-ce que cela vous a aidée ?

5 R. Je ne sais pas. J'avais très peur.

6 Q. La police qui est venue, est-ce qu'ils cherchaient -- est-ce qu'ils ont

7 demandé quelqu'un en particulier ?

8 R. Au moment où ils sont arrivés, l'un d'entre eux a appelé Bujar en

9 albanais. Cette personne, c'est Zoran. Il parlait très bien albanais, il a

10 grandi avec des Albanais, il mangeait avec les Albanais. Tout le monde le

11 connaissait à Suhareke, donc il a appelé Bujar en albanais et il lançait

12 des invectives en albanais tant qu'il pouvait.

13 Q. Où est-ce que vous et votre famille étiez, à ce moment-là ?

14 R. Nous étions tous ensemble dans le salon, au premier étage.

15 Q. Lorsque Zoran a appelé Bujar, est-ce que Bujar est sorti ?

16 R. Non. Hava, la mère de Bujar, est sortie et lui a dit : Qu'est-ce que tu

17 veux ? Il lui a crié dessus, il lui a dit de retourner dans la maison.

18 Laisse sortir Bujar, lui a-t-il dit.

19 Q. Est-ce que vous et votre famille êtes restés dans le salon ou est-ce

20 que vous êtes allés ailleurs ?

21 R. Non. Non, non, nous étions tous là, à l'intérieur.

22 Q. Est-ce que vous êtes restés dans le salon ou est-ce que vous êtes allés

23 dans une autre partie de la maison ?

24 R. Non, non. On est resté là, dans cette pièce.

25 Q. Ensuite, que s'est-il passé ?

26 R. Hava est sortie. Zoran a hurlé. Il lui a dit de retourner à l'intérieur

27 de la maison et il a demandé que Bujar sorte. Il a dit qu'ils allaient

28 éliminer tous les Albanais, qu'ils allaient tuer tous les Albanais. Lorsque

Page 3893

1 Bujar est sorti, dès qu'ils l'ont vu, ils l'ont injurié en albanais et j'ai

2 entendu des coups de feu. Puis --

3 Q. Donc Bujar est sorti de la maison et vous avez entendu un coup de feu.

4 Où étiez-vous quand vous avez entendu le coup de feu ?

5 R. A l'intérieur. Nous étions dans le salon. Au moment où Bujar est allé

6 vers les escaliers, il est allé vers l'autre entrée parce qu'il y avait

7 deux entrées dans la maison. Il y avait cette pièce de séjour et ce salon -

8 - ce séjour avait une entrée, Bujar a traversé le couloir qui allait vers

9 les escaliers et est sorti de ce côté-là de la maison.

10 Q. Est-ce que vous et les autres êtes restés dans la maison ou l'avez-vous

11 quittée ?

12 R. Dès que nous avons entendu les coups de feu, quand Bujar est sorti,

13 tout le monde s'est mis à crier, les enfants, les hommes, les femmes et

14 nous avons commencé à courir. Certains étaient pieds nus, certains avaient

15 leurs chaussures. Nous avons quitté la maison. Nous sommes sortis dans la

16 cour. J'ai entendu le fils de Bujar qui disait à sa mère : Maman, ils ont

17 tué notre père. Bujar était couché par terre sur le balcon.

18 Q. Je vais vous attendre un instant. Il semblerait que la version annotée

19 --

20 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Oui. Nous sommes en train de nous en

21 occuper. Si vous avez besoin d'y retourner, nous prendrons les mesures qui

22 conviennent à ce moment-là.

23 M. MARCUSSEN : [interprétation] Est-il possible d'en faire une pièce du

24 prétoire, une pièce à conviction dans le prétoire à un autre moment et

25 peut-être continuer avec une version propre, si c'est plus facile.

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Une copie peut en être faite pour les

27 archives, ensuite la remplacer. Est-ce que vous allez rajouter des

28 annotations sur cette pièce ?

Page 3894

1 M. MARCUSSEN : [interprétation] Peut-être. Cela dépend de ce qui arrive,

2 mais j'aurais voulu uniquement garder le (A) et le (B).

3 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous sommes en train de nous organiser

4 pour qu'une copie -- une photographie de celle qui a disparue et on lui

5 attribuera une cote IC une fois que les dispositions auront été prises.

6 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Attendez qu'elle soit disponible. Ne

8 donnez pas de chiffre concernant des pièces qui n'existent pas. Attendons

9 qu'elles soient disponibles et ensuite nous lui attribuerons une cote.

10 En attendant continuez, Monsieur Marcussen.

11 M. MARCUSSEN : [interprétation] Merci.

12 Q. Désolé de l'interruption. Vous étiez tous en train de quitter le

13 bâtiment. Est-ce que vous avez vu Bujar, vous-même, après qu'on lui ait

14 tiré dessus ?

15 R. Non.

16 Q. Vous étiez en train de sortir de la maison, est-ce que vous avez

17 reconnu quelqu'un parmi les policiers ?

18 R. Le policier que j'ai reconnu c'était Zoran. J'ai reconnu Zoran à ce

19 moment-là.

20 Q. Par la suite, avez-vous reconnu qui que ce soit d'autre ?

21 R. Pendant que nous étions en train de courir vers notre maison, nous

22 sommes passés à côté de la maison d'Agron et lorsque nous sommes arrivés

23 devant la maison, je me suis arrêtée avec mes enfants et avec la fille de

24 Sedat aussi, Dafina. La première personne que j'ai reconnue c'était

25 Miskovic. Il portait un uniforme civil.

26 Q. Est-ce que je peux vous demander de reprendre le stylet. La maison

27 d'Agron, est-ce que vous pouvez la montrer sur cette photographie, s'il

28 vous plaît ?

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1 R. Celle-ci ici, c'est la maison d'Agron.

2 Q. C'est celle sur laquelle il y a un numéro 5, n'est-ce pas ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous avez dit que vous êtes arrêtée avec votre fille -- que vous vous

5 êtes arrêtée et que vous avez vu cet homme que vous appelez Miskovic. Où

6 cela s'est-il passé sur la photo ?

7 R. Voilà, c'est là que je me suis arrêtée avec mes quatre enfants et avec

8 Dafina, la fille de Sedat. C'est à cet endroit-là que nous étions alors que

9 Miskovic, lui, était ici. Je me souviens que c'est là que Miskovic avait

10 emmené mon mari. En même temps, quelqu'un d'autre a emmené Faton, mais je

11 ne sais pas qui c'était.

12 Q. Il faut que nous fassions une annotation lorsque nous y reviendrons

13 tout à l'heure. L'endroit où vous vous êtes arrêtée, je vais vous demander

14 de noter la lettre A à côté de l'endroit où vous vous êtes arrêtée, juste

15 en dessous ou juste à côté.

16 R. [Le témoin s'exécute]

17 Q. Très bien. Il s'agit d'un A et là où vous avez vu Miskovic, est-ce que

18 vous pouvez faire un B, s'il vous plaît ?

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. Vous avez dit que Miskovic était avec votre mari; cela est-il exact ?

21 R. Oui. J'entendais très bien au moment où il criait à mon mari. Il lui

22 disait : Lève les mains, lève les mains. Et il lui a tiré dessus. Il l'a

23 injurié et il lui a tiré dessus.

24 Q. Vous avez dit que vous avez vu quelqu'un mettre la main sur Faton,

25 s'emparer de lui. Est-ce que c'était plus ou moins au même endroit ?

26 R. Oui, oui. Un autre policier a pris Faton, mais à ce moment-là, la mère

27 de Faton était avec Faton, elle a attrapé la main de son fils et elle lui a

28 dit : Ne prenez pas mon fils, je viendrai à sa place. Au même moment, il y

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1 avait plusieurs autres policiers de ce côté et des civils également et eux

2 aussi, ils étaient en train d'hurler.

3 Q. Bien. Je pense qu'on peut s'arrêter là avec les annotations pour

4 l'instant. Est-ce que vous avez également vu Nexhmedin et Sedat ?

5 R. Je me souviens de Sedat. C'est à cet endroit-là que le policier l'a

6 emmené. Sedat essayait d'aller vers la maison d'Agron. Je crois qu'il

7 essayait de s'enfuir. Je m'en souviens très bien au moment où un homme de

8 la police l'a attrapé et il lui a dit : Mais où vas-tu ? Il a dit : Je

9 vais voir Bujar, je veux le voir. A partir de ce moment-là, je n'ai pas

10 revu Sedat.

11 Q. Vous étiez à l'endroit que vous avez marqué d'un A. Les personnes qui

12 étaient sorties de la maison, si j'ai bien compris, étaient en train de

13 courir. Dans quelle direction se dirigeaient-elles ?

14 R. Les gens qui quittaient la maison, je n'arrive pas à me souvenir. Je

15 n'ai vu personne. Je me souviens de mes enfants et de Dafina et lorsque le

16 policier a tiré sur Nexhat, ma fille a hurlé. Elle a hurlé tellement fort

17 que je pense que tout Suhareke a pu l'entendre. Je n'ai pas entendu les

18 autres personnes. Je n'ai pas vu vers où ils partaient en courant.

19 Q. Est-ce que vos enfants sont partis en courant ?

20 R. A ce moment-là, Nexhmedin et Lirije se tenaient par la main. Lirije,

21 c'est la femme de Nexhmedin. Elle était enceinte. Elle était à deux

22 semaines de son accouchement. Ils se tenaient par la main et on les a

23 entendus crier : Tirez-leur dessus, tirez-leur dessus. Je n'ai pas revu

24 Nexhmedin après avec Lirije. Lorsque j'ai vu qu'il était tombé, j'ai dit à

25 mes enfants : Partez, fuyez parce qu'ils vont tous nous tuer. C'était

26 Altin, mon fils, je tenais sa main alors que Majlinda et Redon, le plus

27 jeune, Majlinda le tenait par la main. Herolinda partait dans une autre

28 direction, alors j'ai couru après elle. Nous nous sommes divisés en deux

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1 groupes, moi et mes enfants.

2 Q. Donc les enfants qui ne sont pas restés avec vous, dans quelle

3 direction sont-ils partis ?

4 R. Mes enfants, je sais qu'ils sont allés dans cette direction alors que

5 moi et ma fille, nous sommes allées vers la station d'autobus, le poste de

6 police, alors que mon autre fille avec mes deux fils et Dafina sont partis

7 de l'autre côté.

8 Q. Vos enfants sont partis dans la direction du chiffre 6 ?

9 R. Oui.

10 Q. Vous-même vous êtes partie dans la direction des flèches qui vont vers

11 le bas, vers le bas devant les bus puis horizontalement sur la carte ?

12 R. Oui.

13 Q. Merci.

14 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous allons verser cette pièce au dossier.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agit de la pièce IC45.

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Est-ce que vous en avez une autre de

17 disponible ?

18 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

19 M. MARCUSSEN : [interprétation] Pouvons-nous voir la page 3 de la même

20 pièce, s'il vous plaît.

21 C'est intéressant. Il me semble qu'il y a des annotations qui sont

22 restées de la dernière fois que nous nous sommes servis de cette pièce.

23 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maintenant elles sont parties, vous

24 pouvez continuer.

25 M. MARCUSSEN : [interprétation] Très bien.

26 Q. Madame Berisha, est-ce que vous pourriez noter le chiffre 1 dans la

27 partie supérieure droite ? De quoi s'agit-il ? Quel est ce bâtiment ?

28 R. Je ne vois que le numéro 2. Oui, oui, désolée. Maintenant je vois le

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1 chiffre 1 également. Le numéro 2, c'est le poste de police. Non, excusez-

2 moi. Il s'agit du numéro 1.

3 Q. Le numéro 1, c'est le poste de police. Merci.

4 R. Oui, oui.

5 Q. Lorsque vous avez commencé à courir et que vous êtes passée devant la

6 gare des bus, vers où vous êtes-vous dirigée ?

7 R. A partir de la gare des bus, nous avons pris la direction de la

8 station-service, à la station-service, Jashar Berisha m'a dit : Quel est le

9 problème ? Qu'est-ce qui se passe, femme de Nexhat ? Je lui ai dit : Oncle

10 Jashar, tous les hommes ont été tués. J'étais en train de courir aussi vite

11 que je le pouvais. Quand je suis arrivée dans cette direction, j'ai vu ma

12 fille Herolinda, elle était devant moi, et j'ai vu que toute la famille

13 s'était rassemblée à cet endroit.

14 Q. Où la famille s'était-elle rassemblée ?

15 R. La famille s'était rassemblée devant un café ici, à peu près à cet

16 endroit-là.

17 Q. Le café, est-ce qu'il y a une ligne droite allant vers le bas, montrant

18 approximativement l'endroit où le café était situé, auquel est attaché un

19 chiffre sur cette photo ?

20 R. Oui. Le chiffre numéro 2.

21 Q. Est-ce que vous avez parlé à qui que ce soit de votre famille lorsque

22 vous êtes arrivée devant le café ?

23 R. Oui, bien sûr. J'ai parlé avec eux.

24 Q. Qui est la première personne avec laquelle vous avez parlé ?

25 R. Tout d'abord, j'ai parlé avec Avdija, Avdi Berisha et je lui ai demandé

26 : Pourquoi êtes-vous ici ? Pourquoi vous êtes-vous arrêtés ? Il m'a dit que

27 la police leur avait dit de rester là. Il n'a rien dit d'autre. Il a

28 continué à baisser la tête.

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1 Q. Est-ce que vous avez vu des policiers à ce moment-là ?

2 R. Non. Lorsque je suis arrivée là, à cet endroit où toute la famille

3 était, il n'y avait pas de policiers au début. Majlinda est arrivée plus

4 tard avec Altin et Dafina. Altin était très pâle et il m'a dit : Maman,

5 j'ai été blessé. J'ai été blessé à la main.

6 C'est à ce moment-là que Lirije est arrivée, la femme de Nexhmedin et

7 elle m'a dit: Viens, s'il te plaît, viens, parce qu'oncle Nexhat est blessé

8 et il veut que tu viennes l'aider. Elle a dit la même chose à Hava, sa

9 belle-mère : Viens, viens, parce que Nexhmedin est en train de mourir et il

10 faut que nous les aidions.

11 Hava et Lirije sont allés ensemble. J'ai dit à Lirije : Je ne peux

12 pas. Je ne veux pas qu'ils me tuent. Je ne veux pas que mes enfants soient

13 sans mère en plus d'être sans père, donc je ne suis pas allée.

14 Q. Est-ce que vous êtes rentrée à l'intérieur du café ?

15 R. Oui. A ce moment-là, au moment où j'étais en train de parler avec

16 Lirije, beaucoup de policiers sont arrivés et ils nous ont ordonné de

17 rentrer dans le café.

18 Q. En plus de la partie de la famille Berisha dont vous faisiez partie et

19 la famille de Vesel, y avait-il d'autres branches de la famille Berisha qui

20 étaient dans le café à ce moment-là ?

21 R. Oui. Il y en avait d'autres dont le nom de famille est Berisha.

22 Q. Par exemple, les familles de Vesel et Sofije Berisha, n'est-ce pas,

23 celles que vous avez indiquées sur l'arbre généalogique ?

24 R. Oui, oui. La famille de Vesel et Sofije. La famille d'Avdi, la famille

25 de Musli et la famille de Hamdi.

26 Q. Vous avez indiqué sur l'arbre généalogique, en bleu, ceux des membres

27 de la famille dont vous vous souvenez les avoir vus dans le café, n'est-ce

28 pas ? Ils sont vers le bas, sur l'arbre généalogique.

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1 R. Oui.

2 Q. Vous avez parlé d'Avdi. Y avait-il des membres de sa famille avec lui ?

3 R. Oui.

4 Q. Qui --

5 R. Sa femme, son fils, ses frères.

6 Q. Vous étiez à l'intérieur du café. Que s'est-il passé, après ?

7 R. Lorsqu'on nous a ordonné d'y rentrer, on nous a dit de nous asseoir.

8 Nous nous sommes assis et ils ont commencé à tirer.

9 Q. Est-ce que vous avez pu voir qui tiraient ?

10 R. Les policiers serbes tiraient.

11 Q. De l'endroit où vous étiez, étiez-vous en mesure de les voir ou est-ce

12 qu'il s'agit de quelque chose dont vous déduisez, d'après les gens que vous

13 avez vus avant aux alentours et vous en déduisez qu'il s'agissait de la

14 police ?

15 R. J'ai vu la police lorsqu'ils nous ont ordonné de rentrer à l'intérieur.

16 Lorsque nous sommes rentrés à l'intérieur, ils ont commencé à tirer.

17 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous pouvons passer en revue les événements

18 plus en détail, si vous pensez qu'il est nécessaire d'avoir plus d'éléments

19 de preuve sur qui étaient dans le café, sur ce qui s'est passé, mais le

20 témoin a accepté cette pièce. Peut-être que nous pouvons passer à autre

21 chose, sans rentrer dans le détail. Je crois que c'est difficile pour le

22 témoin. Je vous demande votre avis, Monsieur le Président.

23 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] D'après son expérience sur ce qui

24 s'est passée, est-ce que cela s'est limité à ces tirs ?

25 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je puis éclaircir les choses avec le

26 témoin. J'ai compris qu'il y avait également eu des grenades qui avaient

27 été jetées.

28 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je ne fais que regarder le résumé que

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1 vous nous avez donné. Est-ce qu'il est important d'établir quelles armes

2 ont été utilisées ? Ce n'est pas du tout la même chose que de parler du

3 détail des conséquences ?

4 M. MARCUSSEN : [interprétation] Vous avez raison. Passons à cela.

5 Q. En dehors des coups de feu qu'ils ont tirés, est-ce que vous avez

6 entendu de quelconques explosifs dans le café ?

7 R. Oui. Ils ont également jeté quelque chose qui explosait, puis les gens

8 mouraient. Après avoir tiré avec leurs armes automatiques, ils jetaient

9 quelque chose, mais je ne sais pas ce que c'était. C'était juste quelque

10 chose qui explosait.

11 Q. Est-ce qu'ils l'ont fait juste une fois ou plusieurs fois?

12 R. Deux. A chaque fois qu'ils voyaient que quelqu'un était encore vivant,

13 ils jetaient ces choses-là.

14 Q. Entre les moments où ils jetaient ces choses-là, est-ce qu'ils tiraient

15 également encore avec leurs fusils ?

16 R. Oui. Je crois que c'étaient des grenades qu'ils jetaient parce que les

17 fragments des grenades qu'ils ont jetées, ont été retirés de mon abdomen

18 pendant que j'étais à l'hôpital mais je ne suis pas sûre exactement de quel

19 type d'explosif il s'agissait.

20 Q. Si vous pouvez nous décrire ces tirs, pouvez-vous nous dire s'il

21 s'agissait d'armes automatiques ? Etes-vous en mesure de décrire le type de

22 tir que vous avez entendu ?

23 R. Au début, ils tiraient avec des armes automatiques. Je ne sais pas ce

24 que c'est comme arme, mais je sais que la deuxième fois lorsqu'ils ont vu

25 que j'étais vivante, ils m'ont tiré dessus à nouveau. La balle est rentrée

26 dans mon épaule et j'ai eu de la chance de rester en vie.

27 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen. Combien de

28 survivants y a-t-il eu ?

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1 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il y a eu ce témoin et deux autres.

2 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Bien. Vous voulez éviter d'aborder les

3 détails relatifs aux victimes. Ce n'est pas la peine de le faire.

4 M. MARCUSSEN : [interprétation] Oui. C'est ce que j'avais l'intention de

5 faire, je pense que c'est déjà assez pénible cette scène et les enfants du

6 témoin étaient tout près d'elle ainsi que des membres de sa famille très

7 proche d'ailleurs. C'est assez difficile d'en parler, nous préférerions ne

8 pas trop entrer dans ces détails.

9 Madame Berisha, lorsque les tirs ont cessé finalement, est-ce que quelqu'un

10 est entré dans le café ?

11 R. Oui. Les gens qui sont entrés parlaient en serbe. Ils ont dit nous

12 devons charger ces gens sur les camions -- sur le camion. On n'a pas besoin

13 d'avoir ces gens ici.

14 Q. Est-ce que vous avez vu les gens qui sont entrés dans le café, ou est-

15 ce que vous ne les avez pas regardés ?

16 R. Non. Je ne les ai pas vus. J'étais allongée sur le ventre. Je faisais

17 semblant d'être morte parce que lorsqu'ils pensaient que quelqu'un était en

18 vie lorsqu'ils soulevaient les gens et qu'ils pensaient qu'ils étaient

19 encore vivants, ils leur tiraient dessus. Même mon fils lorsqu'ils l'ont

20 soulevé, ils ont vu qu'il était encore en vie, et ils lui ont tiré dessus.

21 Il n'y a que pour Gramoz qu'ils n'ont pas vu qu'il était en vie, c'était

22 son destin que de rester en vie. Pour moi-même et pour Vjollca, ils n'ont

23 pas vu que nous étions en vie. Donc, pour Vjollca et moi-même.

24 M. MARCUSSEN : [interprétation] Voilà. Vjollca et Gramoz sont les noms des

25 autres deux survivants hormis le témoin. Ils font partie -- ils se trouvent

26 d'ailleurs dans l'arbre généalogique puisqu'ils font partie de la famille

27 Berisha, c'est la famille de Vesel et Hava qui se trouvent en haut à droite

28 de la pièce de conviction P2346.

Page 3904

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je vous remercie.

2 M. MARCUSSEN : [interprétation]

3 Q. Les corps qui ont été sortis du café, où est-ce qu'ils les ont

4 emmenés ?

5 R. On nous a chargés sur le camion et le camion a pris la direction de

6 Prizren.

7 Parce que je parlais -- parce qu'en fait c'est Vjollca qui s'est rendue

8 compte que j'étais en vie, elle m'a parlé, elle m'a

9 dit : Il n'y a que Gramoz qui a survécu. A ce moment-là, je pensais encore

10 pouvoir retrouver mon mari en vie, j'ai dit à Vjollca : Si on sautait ?

11 Parce que nous devons raconter ce qu'on fait à notre famille ces policiers

12 serbes tout simplement parce qu'on était Albanais. J'ai sauté la première,

13 ensuite Vjollca a sauté. Puis, il y a quelqu'un qui était sur la route et

14 qui m'a ramassée.

15 Q. [aucune interprétation]

16 R. Je ne sais pas après où est allé le camion.

17 M. MARCUSSEN : [interprétation] Un petit moment, je vous prie.

18 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

19 Q. Est-ce que vous savez ce qu'il est advenu de Gramoz ? Est-ce qu'il a

20 sauté également, est-ce que vous le savez ?

21 R. Oui, il a sauté. Après moi, c'est Vjollca et Gramoz qui ont sauté.

22 Parce que nous sommes les trois seuls survivants et nous ne savons même pas

23 où sont les dépouilles des autres, nous ne le savons pas, à l'exception des

24 hommes et de Fatime.

25 Q. Je n'ai plus beaucoup de questions à vous poser, Madame. Avant

26 d'aborder ce qui vous est arrivé une fois que vous avez sauté du camion.

27 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais que soit affichée la pièce de

28 conviction 2344, je vous prie.

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1 Q. En attendant que cela soit affiché, j'aimerais vous poser la question

2 suivante : Madame Berisha, vous avez fait une déclaration au bureau du

3 Procureur en mars 2006 et lorsque vous étiez ici, on vous a montré un

4 certain nombre de photographies de différentes personnes et on vous a

5 demandé si vous connaissiez les gens qui se trouvaient sur ces

6 photographies. Est-ce que vous vous souvenez de cela ?

7 R. Oui. Il s'agit des membres de la famille Berisha, mais je ne connais

8 pas tous leurs noms.

9 Q. Un enquêteur avait consigné si vous connaissiez le nom de la personne

10 qui se trouvait sur la photographie et si vous vous souveniez d'avoir vu

11 cette personne dans le café. Est-ce que cela est exact ?

12 R. Oui.

13 Q. Vous avez déjà dit que cette personne dont vous n'êtes pas sûre du nom,

14 mais vous savez que cette personne fait partie de la famille Berisha; c'est

15 exact, n'est-ce pas ?

16 R. Oui.

17 Q. Mais de quelle branche de la famille Berisha est-ce qu'il s'agissait ?

18 R. Là, il s'agit de la famille d'Avdi Berisha, c'est cette partie de la

19 famille Berisha. C'est les frères d'Avdi.

20 Q. Il s'agit de quelqu'un qui se trouve au niveau de l'arbre généalogique

21 de la famille au milieu ? Avdi --

22 R. Oui. C'est l'arbre généalogique de Saiti et Hanumsha.

23 Q. La petite fille que nous voyons sur cette photo, est-ce que vous vous

24 souvenez l'avoir vue dans le café ?

25 R. Oui.

26 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais que nous ayons la Q. Est-ce

27 vous savez de qui il s'agit ?

28 R. Oui. C'est la mère d'Avdi.

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1 Q. La mère d'Avdi, bon. Est-ce qu'elle présente. Est-ce qu'elle était dans

2 le café ?

3 R. Oui.

4 M. MARCUSSEN : [interprétation] Est-ce que nous pouvons passer à la

5 photographie suivante ?

6 Q. La jeune fille que nous voyons sur cette photographie, est-ce qu'elle

7 faisait partie de la famille Berisha à votre connaissance ?

8 R. Oui. C'est la fille de l'un des fils de la femme âgée, de l'un de ses

9 fils.

10 Q. Est-ce que vous vous souvenez, est-ce qu'elle était dans le café ?

11 R. Oui.

12 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais que nous voyons la toute

13 dernière photo de cette pièce à conviction ?

14 Q. Est-ce que vous savez qui est cet homme ?

15 R. Oui, oui. Il s'agit du frère d'Avdi, de son frère aîné Musli Berisha.

16 Q. Est-ce que vous vous souvenez l'avoir vu dans le café ?

17 R. Oui.

18 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'aimerais également que l'on affiche la

19 pièce à conviction 117 et la première page ?

20 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Berisha, est-ce que la femme

21 âgée que l'on a vue sur la photographie était Hanumsha ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Je pense qu'il s'agit d'Hanumsha. Je ne

23 connais pas son nom. Enfin, je ne suis pas sûre de son prénom.

24 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je devrais vous expliquer peut-être que ces

25 photographies sont en train d'être imprimées et scannées pour pouvoir les

26 voir afficher l'une après l'autre. Nous avons une autre version de ces

27 photographies dans le système e-court qui seront montrées à un autre témoin

28 plus tard. Ce sont les mêmes photographies, c'est évident. Mais vous voyez

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1 que la qualité des photographies dans le système e-court est loin d'être

2 idéale.

3 Est-ce que nous pourrions peut-être passer à la deuxième page. Est-ce que

4 nous pouvons agrandir la photographie qui se trouve dans la partie

5 inférieure.

6 Q. Est-ce que vous reconnaissez cet endroit ?

7 R. Oui. Il s'agit du café, du café où la police serbe nous a intimé

8 d'entrer.

9 M. MARCUSSEN : [interprétation] Est-ce que nous pouvons agrandir l'autre

10 photographie ?

11 Q. Là de quoi s'agit-il ?

12 R. Oui. C'est là où se trouvait Dafina. C'est là ou se trouvait ma

13 deuxième fille. C'est là où se trouvait ma fille aînée ainsi qu'Avdi et sa

14 femme Lirije. Dafina c'était la fille de Vjollca.

15 Q. Je vous remercie. Je ne pense pas qu'il soit utile d'apposer quoi que

16 ce soit sur la photographie.

17 M. MARCUSSEN : [interprétation] Manifestement, le témoin a indiqué où se

18 trouvait les différentes personnes.

19 Q. Nous allons reprendre le fil de votre récit. Vous étiez en train de

20 nous dire que vous avez sauté du camion. Est-ce que vous connaissez le nom

21 de la localité où vous avez sauté du camion ?

22 R. Non, pas au moment où j'ai sauté. Je ne le savais pas, mais les gens

23 qui m'ont ramassé m'ont appris que j'avais sauté au village de Malasia e Re

24 qui se trouve sur la route de Prizren.

25 Q. Oui, mais la route qui relie Prizren à quoi ?

26 R. La route qui relie Suhareke à Prizren.

27 Q. Merci. Je pense qu'ensuite nous allons faire un grand bon dans la

28 chronologie. J'aimerais savoir si vous avez reçu ou fait l'objet de soins

Page 3908

1 pour vos blessures après que vous ayez quitté le camion ?

2 R. Oui. Oui, on m'a emmené au village de Grejkoc, mais ils n'avaient pas

3 beaucoup de médicaments pour me traiter. Ils m'ont mis une intraveineuse.

4 Ils m'ont recousue, j'avais des points de suture au niveau du bras. Ils

5 l'ont fait avec du fil ordinaire, ils m'ont dit qu'il fallait qu'ils le

6 fassent.

7 Q. Combien de blessures avez-vous reçues en quelque sorte ? Vous nous avez

8 déjà dit que vous aviez été touchée à l'épaule et que vous aviez un

9 fragment d'obus au niveau de l'abdomen. Est-ce que vous avez également eu

10 d'autres blessures ?

11 R. Oui. Il y a la balle qui m'a transpercé l'épaule. Egalement au niveau

12 de la jambe, la balle a transpercé ma jambe, elle est rentrée par le côté

13 droit de la jambe la balle et elle est ressortie par l'autre côté de la

14 jambe. Puis j'avais le dos truffé de débris d'obus, des débris de grenades,

15 il y en avait au niveau de mon estomac. J'avais des blessures sur tout le

16 corps.

17 Q. Est-ce que vous êtes en train de nous dire que ces fragments sont

18 toujours là, qu'ils n'ont pas été enlevés ?

19 R. Oui, oui.

20 Q. Combien de temps êtes-vous restée au Kosovo après cela ?

21 R. Un mois. Je suis restée un mois au Kosovo dans les montagnes, j'étais

22 blessée et là j'ai vu tant de choses. Je ne pense pas que des livres ou des

23 ordinateurs pourraient mémoriser tout ce que moi j'ai vu de mes propres

24 yeux, tout ce que j'ai vécu. J'ai vu des enfants mourir, des jeunes filles

25 mourir, j'ai vu ma cousine, la fille de mon oncle, qui a perdu la tête et

26 qui est devenu folle, et j'ai vu beaucoup d'autres choses.

27 Q. Est-ce que nous pouvons parler du jour de votre départ du Kosovo. Quand

28 avec-vous quitté le Kosovo environ ?

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1 R. Je m'en souviens très bien. Je pense que c'était le 6 mai. A partir du

2 village de Vraniq, nous sommes allés dans le village de Sopija. Là, il y

3 avait un Serbe, un Serbe différent qui portait l'uniforme. Il a arrêté mon

4 père et il lui a dit : Où est-ce que vous allez parce que nous étions tous

5 dans des tracteurs. Mon père a répondu en levant les mains en l'air, il a

6 dit : Je ne le sais pas. Il a dit à mon père : Si vous revenez, on vous

7 tuera.

8 Q. L'homme qui portait cet uniforme, quel uniforme portait-il ? Quelle

9 était la couleur de cet uniforme, si vous vous en souvenez ?

10 R. Je ne m'en souviens pas maintenant. Ce n'était pas un jeune homme.

11 C'était un homme d'un certain âge qui avait environ 55 ans. Il portait un

12 uniforme, cela je le sais, mais je ne sais pas quelle était la couleur de

13 l'uniforme.

14 Q. Est-ce qu'on vous a demandé ou est-ce qu'on a demandé à certains de

15 payer, de donner de l'argent ?

16 R. Lorsque nous sommes arrivés à l'école de Bukoshi, à partir de Vraniq,

17 là il y a eu des problèmes également parce que j'étais dans un très mauvais

18 état. Il y avait beaucoup de Serbes, dont certains portaient l'uniforme,

19 d'autres non. Ils ont arrêtés nos tracteurs. Ils ont séparé les femmes et

20 les ont placées dans un bâtiment scolaire. Puis les femmes nous ont dit

21 qu'ils leur avaient pris tous leurs biens les plus précieux. Ils ont pris

22 les hommes et ils ne sont jamais revenus. Ils ont pris mon oncle, par

23 exemple, et des personnes âgées et après quelques heures, ils ont remis en

24 liberté les personnes âgées, mais pas les hommes.

25 Q. Où est-ce que vous avez franchi la frontière pour passer en Albanie ?

26 Est-ce que vous connaissez le nom de cet endroit ?

27 R. C'était à Kukes.

28 Q. Très bien. Avant que vous ne quittiez pour l'Albanie, est-ce qu'on vous

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1 a pris quelque chose à vous et aux autres personnes du convoi ?

2 R. La même chose s'est passée lorsque nous sommes arrivés à la frontière.

3 Il y avait des policiers qui avaient des fusils automatiques dirigés vers

4 nous et qui nous ont demandé de l'argent et de l'or. Ils nous ont dit :

5 Nous avons nos fusils automatiques qui sont prêts à vous tirer dessus. Les

6 femmes ont donné tout ce qu'elles avaient, tous les objets précieux. Là,

7 ils nous ont autorisées à franchir la frontière et à passer en Albanie.

8 Q. Vous avez décrit les personnes qui avaient fait cela comme étant des

9 policiers. Pourquoi ?

10 R. Parce qu'ils portaient un uniforme. Ils étaient tous en uniforme à la

11 frontière.

12 Q. Est-ce que vous vous souvenez de l'uniforme porté par ces hommes ou

13 est-ce que vous vous souvenez tout simplement qu'ils avaient un uniforme ?

14 R. Je ne me souviens plus de la couleur de ces uniformes. Il y a de

15 nombreuses années qui se sont écoulées depuis. Je n'ai plus la même mémoire

16 qu'auparavant. Ce dont je me souviens, c'est qu'ils avaient des uniformes

17 et qu'ils portaient des fusils automatiques et qu'ils étaient très

18 agressifs.

19 Q. Qu'en est-il de vos papiers d'identité, est-ce que vous avez pu les

20 prendre avec vous en Albanie ?

21 R. Oui. Ils nous ont demandé nos papiers d'identité. Je n'avais rien avec

22 moi. Mais oui, certes, ils ont demandé des papiers d'identité. Les

23 personnes qui les avaient sur eux ont donné ces papiers à la police.

24 Q. Est-ce qu'on leur a redonné leurs papiers d'identité ou non ?

25 R. Non, jamais. Vous prenez la vie, à plus forte raison des papiers

26 d'identité.

27 Q. Après ces événements, vous êtes restée un certain temps en Albanie,

28 d'après ce que je comprends ?

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1 R. Oui.

2 Q. Est-ce que vous avez été interviewée par l'OSCE ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous avez également été interviewée par des représentants du bureau du

5 Procureur de ce Tribunal. Est-ce qu'à un moment donné, vous avez donné un

6 échantillon de votre sang ?

7 R. Oui.

8 Q. A qui avez-vous donné ce sang, si vous vous en souvenez ?

9 R. Au Tribunal de La Haye. Lorsque je suis allée me faire opérer en

10 Albanie pour que ces fragments d'obus soient enlevés, puisque je les avais

11 au niveau de l'estomac, je sais qu'ils m'ont pris du sang. Je sais

12 qu'ensuite, il y a un échantillon de sang qui a été prélevé par le Tribunal

13 de La Haye.

14 Q. Merci.

15 M. MARCUSSEN : [interprétation] Monsieur le Président, j'en ai terminé pour

16 les questions que je souhaitais poser.

17 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je vous remercie.

18 Maître O'Sullivan.

19 M. O'SULLIVAN : [interprétation] L'ordre sera comme suit, Monsieur le

20 Président. Le général Lukic, le général Pavkovic, le général Ojdanic, le

21 général Lazarevic, M. Sainovic et M. Milutinovic.

22 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maître Lukic.

23 Contre-interrogatoire par M. Lukic :

24 Q. [interprétation] Madame Berisha, je m'appelle Branko Lukic. J'aimerais

25 vous demander de reprendre vos esprits afin que nous puissions élucider

26 certains éléments. Je vais vous poser des questions et je vais passer d'un

27 sujet à un autre. Je ne vais pas suivre le fil de votre récit comme l'a

28 fait le Procureur. Je vais vous mentionner certaines dates à propos

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1 desquelles j'aurai des questions à poser.

2 Lorsque vous avez mentionné le fait que l'OSCE est arrivée à Suva

3 Reka en 1998 et a séjourné à l'hôtel Boss à Shiroko, est-ce que le

4 propriétaire de cet hôtel répondait au nom de Miskovic ? Est-ce qu'il

5 s'agissait du même homme que celui qui, plus tard, a participé à

6 l'assassinat de votre famille ?

7 R. Oui.

8 Q. Est-ce que vous savez que de ce fait les gens de l'OSCE ont déménagé

9 chez vous ? Est-ce que c'est à cause du fait qu'ils ont quitté l'hôtel pour

10 aller séjourner chez vous que cet homme en voulait à votre famille ?

11 R. L'OSCE est arrivée et a emménagé chez nous de leur propre gré. Ils ne

12 sont pas venus chez nous pour nous protéger.

13 Q. Je vois qu'il y a un certain malentendu. C'est peut-être moi qui ai mal

14 formulé ma question. Est-ce que vous savez que le propriétaire de l'hôtel

15 Boss avait eu maille à partir avec votre famille ou avait attaqué votre

16 mari ou des membres de votre famille parce que le personnel de l'OSCE avait

17 quitté son hôtel pour séjourner chez vous ?

18 R. Je n'en sais rien. Posez-lui la question à lui, il devrait le savoir.

19 Mon mari ne m'a rien dit à ce sujet, mais il doit savoir lui.

20 Q. Merci. Déjà le 24 mars 1999, les pillages ont commencé à Suva Reka. Par

21 exemple, la maison de Murat Suka a été pillée. Est-ce que cela est bien

22 exact, n'est-ce pas ?

23 R. Oui, c'est ce que j'avais entendu. Personnellement, je ne l'ai pas vue.

24 Q. A ce moment-là, est-ce que Murat Suka était chez lui; est-ce que vous

25 le savez ?

26 R. Je n'en sais rien.

27 Q. Merci.

28 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Maître Lukic, est-ce que c'est un bon

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1 moment pour vous interrompre, Maître Lukic ?

2 M. LUKIC : [interprétation] Oui.

3 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Berisha, nous allons avoir une

4 autre pause d'une demi-heure. Je vous demanderais de bien vouloir quitter

5 le prétoire et nous vous retrouverons à 16 heures.

6 [Le témoin se retire]

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Nous allons lever l'audience jusqu'à

8 16 heures.

9 --- L'audience est suspendue à 15 heures 29.

10 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Lukic.

12 M. LUKIC : [interprétation] Merci.

13 Q. Madame Berisha, pouvons-nous poursuivre ?

14 R. Oui.

15 Q. Merci. Je vous ai posé des questions à propos du pillage de la maison

16 de Murat Suka. Vous n'avez pas assisté à ce pillage, mais savez-vous si ce

17 sont des biens de l'OSCE qui ont été volés ou s'il s'agissait des biens

18 appartenant à Murat Suka ?

19 R. Je ne sais pas. Je ne sais que ce que l'on m'a dit, que des gens sont

20 rentrés dans sa maison par infraction et ont volé toutes sortes de choses

21 de sa maison.

22 Q. Merci. Quand on vous a dit que certaines personnes avaient posé des

23 questions -- plutôt que, l'ancien garde de l'OSCE avait posé des questions

24 à propos de son photocopieur, cela vous a paru quand même assez suspect,

25 n'est-ce pas ?

26 R. Je ne comprends pas. Qu'est-ce qui était suspect ?

27 Q. Aviez-vous peur que vous aussi, votre maison soit pillée pour que les

28 biens appartenants à l'OSCE, qui étaient dans votre maison, soient aussi

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1 pillés ?

2 R. Nous n'avons pas posé de questions à propos du photocopieur. C'est à

3 mon mari qu'ils ont posé la question. Le garde, le frère de Miskovic, a

4 posé des questions à mon mari à ce propos. Il n'e m'a pas posé de questions

5 à moi.

6 Q. Dans votre déclaration vous dites que cela vous avait paru suspect.

7 C'est pour cela que j'ai posé cette question. Est-ce que cela vous a paru

8 suspect parce que vous avez eu peur que votre maison aussi fasse l'objet

9 d'un pillage ou est-ce pour une autre raison ?

10 R. Comme je vous l'ai dit, ce n'est pas à moi qu'il a posé la question,

11 c'est à mon mari. Bien sûr, on avait peur. Quand on entendait parler

12 d'infractions, on avait peur.

13 Q. Merci. Maintenant, revenons-en à cette personne, Miskovic, dont on a

14 parlé précédemment. Savez-vous que sa maison avait été touchée un mois

15 avant ces événements et touchée à partir d'un lance-roquettes manuel ?

16 R. Non, je ne le savais pas.

17 Q. Très bien. Pour ce qui est du 25 mars 1999, dans votre déclaration,

18 vous dites que vous n'avez reconnu aucune personne. Vous avez dit que vous

19 ne pensiez pas qu'il s'agissait de policiers de Suva Reka. Au paragraphe 3,

20 page 4 de la version anglaise; au paragraphe 2 de la page 5 en albanais; et

21 au paragraphe 4 de la page 4 en B/C/S, vous nous dites cela. Vous n'avez

22 pas reconnu aucun de ces policiers, n'est-ce pas ? Vous n'en avez reconnu

23 aucun ?

24 R. En effet. Ce jour-là, quand les policiers sont arrivés plus tôt le

25 matin, je n'en ai reconnu aucun. Néanmoins, un peu plus tard, ma fille, qui

26 était en haut dans la sale de séjour, m'a dit : Maman, c'est le policier

27 dont j'ai parlé à mon grand-père. Elle parlait toujours à mon père de ce

28 policier qui montait à bord de l'autocar et qui voyageait de Mushtisht à

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1 Suhareke. C'est ce que ma fille m'a dit. Cela dit personnellement, je ne

2 l'ai pas reconnu.

3 Q. Très bien. Vous-même, vous ne savez pas à quelle unité ces hommes

4 pouvaient appartenir ?

5 R. Non, je n'en sais rien. Pour ce qui est de ce policier dont je vous ai

6 parlé, je n'en n'ai entendu parler qu'au travers de ma fille quand elle a

7 dit que c'était le même policier que celui de Mushtisht. Je ne le

8 connaissais pas personnellement, mon père le connaissait.

9 Q. Merci. Dans votre déclaration à la page 7 de la version anglaise,

10 paragraphe 1; page 9, paragraphe 1 de la version albanaise; et page 7,

11 paragraphe 2 de la version en B/C/S, vous nous dites que vous vouliez

12 quitter la maison de Vesel Berisha mais que vous n'avez pas pu le faire à

13 cause des tirs. Est-il vrai que cette nuit-là, il y a eu des tirs toute la

14 nuit -- enfin, il y a eu des combats dans les collines entourant la ville

15 entre les forces serbes et les forces de l'UCK, plus précisément en

16 direction de Rastane et de Pecane ?

17 R. Non, je n'ai pas mentionné ni l'UCK, ni Rashtane [phon], ni Peqan. J'ai

18 dit la vérité. On a entendu des tirs toute la nuit. Cela n'a rien à voir

19 avec l'UCK.

20 Q. Madame, savez-vous - si vous ne le savez pas vous n'avez qu'à le dire -

21 savez-vous qu'il y a eu des combats le 25 mars 1999 à Rastane entre l'UCK

22 et les forces serbes ?

23 R. Non, je ne le savais pas. J'étais chez moi avec ma famille.

24 Q. Merci. Dans votre déclaration page 7, paragraphe 5 de la version

25 anglaise; page 9, dernier paragraphe de la version albanaise; et page 7,

26 dernier paragraphe de la version B/C/S, vous décrivez Zoran. Vous dites

27 qu'il parlait l'albanais couramment et qu'il était le chauffeur d'un

28 autocar albanais. Saviez-vous qu'il travaillait à la station-service et que

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1 par la suite, il a été remplacé à ce poste par Jashar Berisha ?

2 R. Non, je ne le sais pas.

3 Q. Quand vous nous avez parlé de cet incident où il y avait des gens qui

4 couraient vers votre maison, dans votre déclaration il s'agit de la page 9,

5 paragraphe 3 de la version albanaise; et la page 7, du paragraphe 3 pour la

6 version anglaise --

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Lukic, je vous arrête parce

8 qu'on n'utilise pas la déclaration avec ce témoin. Ce serait beaucoup plus

9 facile si vous lui posiez tout juste des questions.

10 M. LUKIC : [interprétation] Très bien.

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Vous pouvez utiliser la déclaration si

12 vous voulez contester un certain point auprès du témoin sinon, cela ne sert

13 à rien. Vous êtes juste en train de perdre du temps.

14 M. LUKIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

15 Q. Vous avez entendu le fils de Sedat, Drilon, dire à son père : Regarde,

16 il y a Zoran dans ce groupe. C'est le gros. Est-ce exact ?

17 R. Oui.

18 Q. Sedat a regardé par la fenêtre et a dit et je cite : "Ils sont de Suva

19 Reka. Zoran est là avec son frère."

20 C'est bien cela ?

21 R. Oui.

22 Q. Vous savez de ce fait qu'il y a eu un incident quand des femmes serbes

23 étaient en train de protester et qu'un véhicule de l'OSCE a touché Vera

24 Petrovic; est-ce exact ?

25 R. Je ne me suis --

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Madame Berisha, il faut laisser M.

27 Marcussen qui a soulevé une objection à propos de cette question.

28 M. MARCUSSEN : [interprétation] Tout à fait. On n'a pas posé de questions à

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1 ce propos lors de l'interrogatoire principal et mon collègue n'a pas

2 précisé qu'il utilisait la déclaration. Je pense qu'on va un petit peu trop

3 loin en ce qui concerne ce contre-interrogatoire puisqu'on n'est plus dans

4 le cadre des questions qui ont été posées lors de l'interrogatoire

5 principal et on n'a pas averti le témoin qu'on était en train d'utiliser sa

6 déclaration.

7 Merci.

8 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Cela dit, le contre-interrogatoire

9 n'est pas confiné uniquement aux incidents qui ont été soulevés lors de

10 l'interrogatoire principal. Je ne pense pas, en tout cas, à ce moment qu'il

11 faille absolument faire référence à la déclaration pour ce qui est de cette

12 question. Je ne pense pas que M. Lukic ait fait référence à la déclaration.

13 Il est en train d'avancer un point qu'il connaît pour avoir les

14 informations que le témoin peut fournir à ce propos, que cela aide ou non

15 en l'espèce, c'est à lui de voir. Il peut poser des questions de ce type.

16 Vous pouvez poursuivre, Monsieur Lukic.

17 M. LUKIC : [interprétation] Merci.

18 Q. Madame Berisha, êtes-vous au courant de l'incident où un véhicule de

19 l'OSCE a blessé Vera Petrovic qui était la mère dudit Zoran dont nous

20 venons de parler ?

21 R. Oui, j'en ai entendu parler. Je ne l'ai pas vu de mes propres yeux,

22 mais j'en ai entendu parler.

23 Q. Très bien. N'est-il pas vrai que Miskovic et Zoran étaient les chefs

24 lors de cet assaut qui a été lancé contre votre famille où tous les gens

25 ont été tués ?

26 R. Oui. Je pouvais entendre les hurlements et j'entendais surtout la voix

27 de Zoran. J'entendais tout le temps Zoran, peut-être parce que je le

28 connaissais. Je savais que c'était Zoran. Je ne sais pas. Je ne sais pas

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1 comment décrire cette scène et comment décrire ce moment.

2 Q. Je ne voulais vous poser qu'une seule autre question. Quand vous étiez

3 sur le camion, le camion s'est arrêté et une femme à l'extérieur de ce

4 camion a posé cette question : Gamin, évidemment tu finis le boulot ? Vous

5 avez entendu ces mots-là n'est-ce pas ?

6 R. Oui, j'ai entendu ces mots.

7 Q. Une voix d'homme a répondu : Oui.

8 R. Oui.

9 Q. La voix de femme a dit : Bon voyage.

10 R. Oui. C'est cela.

11 Q. Cette voix vous paraissait connue et à ce moment-là, vous vous vous

12 êtes dit que c'était la femme de Laza, c'était la voix de Vera, la mère de

13 Zoran ?

14 R. Oui, j'ai cru entendre cela. C'est ce que j'ai cru. Je ne l'ai pas vue

15 mais j'ai entendu cette voix.

16 Q. Vjollca aussi a reconnu la voix puisqu'elle vous a dit : Tu as entendu,

17 c'était Vera, la femme de Laza ?

18 R. Vjollca le sait mieux que moi.

19 Q. On peut en conclure que toutes les deux vous avez reconnues la voix de

20 Vera, à ce moment-là, n'est-ce pas ?

21 R. Oui. Oui. Il me semble que c'était la voix de Vera. La voix de la mère

22 de Zoran.

23 Q. Est-ce que cela veut dire que Vera savait à l'avance ce qu'il allait

24 arriver à votre famille ?

25 R. C'est elle qui le sait, vous pouvez lui poser la question.

26 Ce serait elle qui pourrait vous dire si oui ou non, elle savait ce qu'il

27 allait se passer ou pas.

28 M. LUKIC : [interprétation] Un moment, s'il vous plaît.

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1 [Le conseil de la Défense se concerte]

2 M. LUKIC : [interprétation]

3 Q. Quand ils étaient en train de traîner votre corps quand vous étiez

4 blessée, quelqu'un a dit : Dépêche-toi, dépêche-toi, il faut qu'on nettoie

5 tout ?

6 R. Oui. C'est ce qu'ils ont dit en serbe.

7 Q. On peut en conclure que quelqu'un voulait étouffer l'affaire ?

8 Q. Vous pouvez leur poser la question à ces Serbes. Posez-leur la question

9 maintenant. Ils savent ce qu'ils ont fait, ils ont commis le crime, ils ont

10 étouffé l'affaire et même aujourd'hui, sept ans après, ils sont toujours en

11 train d'étouffer ce qu'ils ont fait. Posez-leur la question.

12 Q. Merci. J'aimerais seulement vous poser une dernière question : quand

13 votre maison était encerclée --

14 R. Posez-moi toutes les questions que vous voulez.

15 Q. Je n'ai qu'une question à vous poser, une dernière question. Quand

16 votre maison a été encerclée, ce groupe d'hommes comprenait des civils et

17 des tsiganes, des Rom; c'est exact ?

18 R. Oui. Il y en avait quelques-uns.

19 Q. Les Rom étaient-ils aussi en civil ?

20 R. Oui, il y en avait. Il y en avait quelques-uns. Il y avait quelques Rom

21 et des Serbes.

22 Q. Merci.

23 M. LUKIC : [interprétation] Je n'ai plus de questions à vous poser.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

25 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Aleksic, non, ce sera plutôt

26 à M. Ackerman.

27 M. ACKERMAN : [interprétation] Madame Berisha, tout d'abord, je tiens à

28 vous exprimer toutes nos condoléances, pour ce qui vous est arrivé à vous

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1 et à votre famille. Je n'ai aucune question à vous poser.

2 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Sepenuk.

3 M. SEPENUK : [interprétation] Pas de questions.

4 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

5 Monsieur Bakrac.

6 M. BAKRAC : [interprétation] Pas de questions, Monsieur le Juge.

7 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

8 Monsieur Petrovic.

9 M. PETROVIC : [interprétation] Pas de questions.

10 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

11 Monsieur O'Sullivan.

12 M. O'SULLIVAN : [interprétation] Pas de questions non plus.

13 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

14 Monsieur Marcussen.

15 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je n'ai qu'une petite question à

16 poser sur un point.

17 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Dans ce cas-là, vous avez le

18 dernier mot.

19 Nouvel interrogatoire par M. Marcussen :

20 Q. [interprétation] Madame Berisha, M. Lukic vous a posé une

21 question à propos du policier, au sujet duquel lors de l'interrogatoire

22 principal, vous avez dit que vous ne le connaissiez pas et aussi à propos

23 du policier que vous connaissiez. Pour ce qui est des policiers qui sont

24 arrivés chez vous le 25, en connaissiez-vous aucun ?

25 R. Non. Le 25, je n'en ai reconnu aucun mais ma fille m'a dit que ce

26 policier était de Mushtisht. Je ne le connaissais pas, mais au cours des

27 trois derniers mois, elle faisait le voyage Mushtisht- Suhareke et elle l'a

28 reconnu. C'est elle qui me l'a dit. Elle m'a dit que c'était le policier

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1 de Mushtisht.

2 Q. Mais le 26, les gens qui sont venus chez vous ce jour-là, parmi ces

3 gens qui sont venus chez vous, il y avait des gens que vous connaissiez,

4 qui étaient de Suva Reka. C'est ce que vous avez dit ?

5 R. Il y avait des gens que j'ai reconnus mais je ne connaissais pas leurs

6 noms. Je connaissais le nom Miskovic. Il était en civil. Il n'était pas en

7 tenue de policier. Il était tout en noir. Il y avait aussi Zoran et le

8 frère de Miskovic, celui qui auparavant était garde dans notre maison.

9 Q. Merci.

10 M. MARCUSSEN : [aucune interprétation]

11 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Avant de poursuivre.

12 Vous avez dit, Madame Berisha, que Miskovic était en civil mais qu'il

13 était en noir. Est-ce que vous voulez dire qu'il avait des habits civils

14 noirs ?

15 R. Oui. Des habits civils noirs.

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

17 Monsieur Marcussen.

18 M. MARCUSSEN : [interprétation] J'ai cru comprendre qu'on n'a pas pu

19 retrouver la pièce qui s'est perdue dans le cyberespace mais on va peut-

20 être la recréer tout simplement. Cela ne devrait pas être très compliqué.

21 Pourrions-nous, s'il vous plaît, afficher la page 1 de la pièce 189.

22 Q. Madame Berisha, vous vous souviendrez sans doute que je vous ai demandé

23 de marquer sur cette photo l'endroit où vous avez vu le véhicule que vous

24 nous avez décrit comme étant un char; le véhicule que vous avez vu le 25

25 mars et vous avez noté la photo avec un A. Malheureusement on a perdu ce

26 cliché, pourriez-vous reprendre l'exercice et remarquer sur cette photo

27 l'endroit où vous avez vu le char, le 25 ?

28 R. C'est là.

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1 Q. Merci. Sur la même photographie vous aviez indiqué une maison, qui

2 était la maison d'Ismet et vous l'aviez marquée avec un B. Pourriez-vous,

3 s'il vous plaît, reprendre cela.

4 R. On n'arrive pas à voir la maison d'Ismet ici. Elle est de ce côté-ci,

5 mais elle est à l'extérieur du cadre. Cela, c'est la maison du cousin de

6 mon mari mais elle ne peut pas être vue.

7 Q. Vous pourriez peut-être nous faire une petite flèche pour montrer la

8 direction empruntée pour arriver à cette maison ?

9 R. C'est à peu près dans cette direction-ci.

10 M. MARCUSSEN : [interprétation] Voilà, cela suffit. Il y a un point marqué

11 tout en haut à droite de l'image qui montre la direction empruntée pour se

12 rendre à la maison dont il est question. Je pense que cela suffit comme

13 exercice. Il faudrait maintenant attribuer une cote à cette pièce.

14 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Tout à fait.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Cela serait la pièce IC46.

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

17 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous en avons fini avec les questions

18 supplémentaires. Nous n'avons plus de questions à poser à ce témoin.

19 [La Chambre de première instance se concerte]

20 Questions de la Cour :

21 M. LE JUGE CHOWHAN : [interprétation] Je vous prie de m'excuser. J'ai une

22 question. Je suis un des Juges.

23 Je voulais comprendre quelque chose. Quelle était votre relation avec

24 M. Miskovic, qui était le propriétaire de l'hôtel Boss. Est-ce qu'il y

25 avait une inimitié profonde entre eux et vous, la famille Berisha,

26 principalement parce que vous aviez demandé à l'OSCE de déplacer son QG de

27 chez lui à chez vous, et cela vous apportait un certain revenu ? Est-ce

28 qu'il s'agissait là de la cause principale qui avait exacerbé l'inimitié

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1 entre vous, votre famille et Miskovic ? Je vous prie de bien vouloir

2 m'excuser si je prononce mal ce nom.

3 R. Non, au contraire. Le frère aîné de mon mari était ami avec Miskovic et

4 le frère de Miskovic. Bien au contraire, comme je l'ai dit. Nous n'avons

5 jamais eu de problèmes. Nous n'avions jamais eu aucun problème avec un

6 quelconque Serbe de là-bas. Nos hommes n'avaient pas de conflit ou quelque

7 problème que ce soit.

8 M. LE JUGE CHOWHAN : [interprétation] Après que le bureau de l'OSCE se soit

9 déplacé chez vous, ce qui a dû, bien sûr, engendrer une perte pour lui, la

10 relation n'a pas été plus tendue, n'est-ce

11 pas ?

12 R. Non. Il n'y avait pas de problèmes entre nous, pas de problèmes du

13 tout. Je ne sais pas. En tous les cas, je ne suis pas au courant de quoi

14 que ce soit de ce genre.

15 [La Chambre de première instance se concerte]

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, est-ce que cela va

17 vous poser un problème de demander au témoin où elle habite actuellement ou

18 est-ce que c'est quelque chose de confidentiel ?

19 M. MARCUSSEN : [interprétation] Non, je ne crois pas que ce soit un

20 problème. Le témoin n'habite pas dans la région.

21 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien.

22 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous pourrons demander au témoin si c'est

23 un problème ou pas, mais je ne crois pas.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'aimerais pas le dire. Ce n'est pas

25 quelque chose que je souhaite communiquer. Je peux vous le donner, je peux

26 vous dire où j'habite, mais je ne veux pas que les accusés sachent où je

27 vis actuellement.

28 [La Chambre de première instance se concerte]

Page 3925

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Ce ne sera pas indispensable. Je vous

2 remercie.

3 Madame Berisha, ceci amène votre témoignage à son terme. La Chambre de

4 première instance reconnaît votre courage, le courage que cela a dû

5 représenter pour vous de venir nous raconter ces événements violents. Nous

6 vous remercions d'être venue faire ce témoignage et nous vous confirmons

7 que vous êtes à présent libre de quitter le Tribunal.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

9 [Le témoin se retire]

10 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, le témoin suivant,

11 qui est-ce ?

12 M. MARCUSSEN : [interprétation] Monsieur le Président, le témoin suivant

13 est K83. Je ne suis pas sûr -- oui. Je vois que la cabine audio va avoir

14 besoin de 20 minutes pour pouvoir nous préparer pour ce témoin.

15 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Très bien. Nous allons faire une pause

16 à présent et nous reprendrons à 5 heures moins 5.

17 --- L'audience est suspendue à 16 heures 34.

18 --- L'audience est reprise à 16 heures 57.

19 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je pense qu'il faudrait baisser les

20 stores pour que le témoin puisse entrer. Donc baissons les stores et

21 j'aimerais préciser quelque chose concernant un problème que nous avons

22 déjà rencontré avant. C'est que certains de ces écrans se voient de la

23 galerie du public.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

25 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Est-ce que c'est un problème

26 uniquement pour M. O'Sullivan ?

27 M. O'SULLIVAN : [interprétation] Oui, si c'est le cas, nous ne passerons

28 pas la vidéo sur cet écran.

Page 3926

1 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Est-ce que vous pouvez vous assurer

2 que vous n'utilisez pas la partie vidéo de l'écran et que tous les autres

3 écrans soient tournés de façon à ce qu'ils ne soient pas visibles de la

4 galerie du public.

5 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

6 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Huis clos.

7 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos, Monsieur le

8 Président.

9 [Audience à huis clos]

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 (expurgé)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 [Audience publique]

16 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci. Bonjour, Monsieur.

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

18 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Le prétoire a été préparé de manière à

19 ce que votre voix et votre apparence physique ne peuvent pas être reconnues

20 par le public. Ce sera le cas tout au long de votre témoignage. Je vous

21 demande à présent de faire la déclaration solennelle, selon laquelle vous

22 allez dire la vérité, d'après le document qui vous est présenté.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

24 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

25 LE TÉMOIN: TÉMOIN K83 [Assermenté]

26 [Le témoin répond par l'interprète]

27 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci. Je vous en prie. Asseyez-vous.

28 Monsieur Marcussen.

Page 3927

1 Interrogatoire principal par M. Marcussen :

2 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur.

3 M. MARCUSSEN : [interprétation] L'Huissier peut-il montrer ce document au

4 témoin ?

5 Q. Monsieur, cette feuille de papier contient-elle une description de

6 votre identité ? Je vous demande de répondre par oui ou non.

7 R. Oui.

8 Q. Vous pouvez rendre le papier à l'huissier qui va le donner au Juge.

9 M. MARCUSSEN : [interprétation] Il y a une version électronique de ce

10 document qui a été téléchargée sur le système électronique du Tribunal,

11 dont la cote est P2352.

12 Monsieur, après avoir terminé l'école primaire ainsi que l'école

13 secondaire, avez-vous fait votre service militaire ?

14 R. Oui.

15 Q. Après cela, avez-vous commencé à travailler dans une usine dans la

16 ville dans laquelle vous viviez ?

17 R. Oui.

18 Q. Est-ce qu'à un moment quelconque, on vous a demandé de faire partie de

19 la police ?

20 R. Oui.

21 Q. Quand cela a-t-il eu lieu, approximativement ?

22 R. C'était en 1993, après que j'aie terminé mon service militaire.

23 M. MARCUSSEN : [interprétation] Je vous prie de bien vouloir m'excuser de

24 vous interrompre, mais j'aurais dû demander bien évidemment que la pièce

25 P2352 soit placée sous pli scellé.

26 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Cela sera fait.

27 M. MARCUSSEN : [interprétation] Merci.

28 Q. En quelle qualité avez-vous rejoint les rangs de la police ? En tant

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1 que policier de réserve ou en tant que policier d'active ?

2 R. En tant qu'officier de police de réserve.

3 Q. Est-ce que l'on vous a remis un uniforme ?

4 R. Oui.

5 Q. Est-ce que vous pouvez décrire cet uniforme pour les Juges ? Quelle en

6 était la couleur ?

7 R. Un uniforme de travail camouflage bleu.

8 Q. Vous a-t-on également remis une arme ?

9 R. Oui, on m'a remis une arme.

10 Q. Au départ, combien de fois étiez-vous appelé pour effectuer un tour de

11 garde de service en tant qu'officier de police ?

12 R. Deux ou trois mois. Cela dépendait de la situation. Cela dépendait des

13 fois ?

14 Q. Est-ce que cela veut dire que c'était tous les deux ou trois mois ?

15 R. Je travaillais pendant six mois ou trois mois. Cela dépendait.

16 Q. Est-ce que vous aviez plus de tours de garde de service, à partir de

17 1998 ?

18 R. En 1998, toute l'année jusqu'à la fin de la guerre en 1999.

19 Q. Est-ce que vous travailliez à temps plein pendant cette période ?

20 R. Oui.

21 Q. Pourquoi votre charge, votre tour de garde de service que vous faisiez

22 en tant que policier a augmenté ?

23 R. Parce qu'il y avait un manque de main-d'uvre, si je peux utiliser ce

24 terme, dans le sens de police.

25 Q. A quoi était due cette pénurie de main-d'uvre ?

26 R. Parce que les policiers d'active quittaient leurs emplois. Pour la

27 plupart, ils ne voulaient plus travailler.

28 Q. Savez-vous pourquoi ils partaient ?

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1 R. Car ils avaient peur d'être tués pendant la guerre.

2 Q. Pouvez-vous nous décrire quelles étaient vos missions lorsque vous

3 travailliez en tant qu'officier de police ?

4 R. Quand j'étais dans les forces de police, nous avions un tour de garde à

5 faire devant le bâtiment du SUP. Puis, on nous demandait d'apporter de

6 l'eau, de la nourriture, des munitions pour les patrouilles et ce genre de

7 choses.

8 Q. Lorsque vous étiez en patrouille, est-ce que vous patrouilliez le

9 village de Suva Reka ?

10 R. Suva Reka et les villages avoisinants de la municipalité de Suva Reka.

11 Q. Quand vous étiez dans la ville de Suva Reka lorsqu'on vous a envoyé là-

12 bas, est-ce qu'il y avait des conflits armés ? Est-ce qu'il y avait des

13 batailles ?

14 R. Oui.

15 Q. Dans la ville de Suva Reka, ou ailleurs dans la municipalité ?

16 R. Dans la ville elle-même et dans les zones avoisinantes.

17 Q. La bataille dans la ville de Suva Reka, quand a-t-elle eu lieu ?

18 R. A partir du bâtiment du SUP qui est sur la route qui va à Rastane,

19 c'est à trois kilomètres de Suva Reka.

20 Q. A quelle distance du bâtiment du SUP ces batailles ont-elles eu lieu ?

21 R. Trois à cinq kilomètres.

22 Q. Est-il exact de dire qu'il n'y a pas eu de batailles à l'intérieur de

23 la ville de Suva Reka elle-même, dans la zone de la poste, du bâtiment

24 municipal, le marché dans ce coin-là ?

25 R. Non.

26 Q. Je vous prie de bien vouloir m'excuser. Est-ce que vous voulez dire que

27 ce n'est pas exact ou est-ce que vous voulez dire qu'il n'y a pas eu de

28 batailles dans ce coin-là ?

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1 R. Pas de batailles. Pas de batailles dans le centre-ville.

2 Q. Dans quelles zones en dehors de Suva Reka avez-vous été envoyé en

3 patrouille en 1998 et en 1999 ?

4 R. Les villages de Movljane, Samodreza, Musutiste et les villages

5 avoisinants, mais je ne me souviens pas des noms.

6 Q. Y a-t-il eu des incidents, des attaques de terroristes sur des

7 personnes sur les routes à l'extérieur de Suva Reka ?

8 R. Je n'ai pas compris la question.

9 Q. En dehors de la ville de Suva Reka elle-même, y a-t-il eu des incidents

10 au cours desquels des attaques terroristes ont été perpétrées contre des

11 personnes qui se déplaçaient sur les routes ?

12 R. Oui, oui.

13 Q. La police avait installé des points de contrôle sur les routes afin de

14 tenter de contrôler la situation ?

15 R. Oui. Il y avait des points de contrôle.

16 Q. Vous avez dit plus tôt que vous apportiez des provisions aux unités qui

17 étaient à l'extérieur de Suva Reka, que vous leur apportiez des provisions

18 alimentaires, d'autres types de denrées. Quel était le type d'endroits ?

19 S'agissait-il du type d'endroits dans lesquels vous alliez pour remettre

20 ces provisions, ces denrées ?

21 R. Oui.

22 Q. En 1998 et 1999, les forces de police à Suva Reka ont-elles été

23 renforcées au moyen de forces de police venant de l'extérieur ?

24 R. Oui. Oui. Des renforts sont arrivés d'autres villes en Serbie.

25 Q. Savez-vous quelles sont les unités qui sont venues dans votre région ?

26 R. Des forces de police sont venues et de l'armée.

27 Q. Etaient-elles cantonnées dans la ville de Suva Reka, ou ailleurs ?

28 R. Certains d'entre eux étaient en ville et les autres étaient dans les

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1 villages avoisinants, les villages autour de Suva Reka.

2 Q. Merci. Je vais vous poser maintenant des questions concernant le SUP à

3 Suva Reka. Qui était à la tête du SUP à Suva Reka ?

4 R. A la tête du SUP à Suva Reka, il s'agissait de Radojko Repanovic, le

5 commandant.

6 Q. Qui était le commandant de la police ?

7 R. Le commandant de la police était Radojko Repanovic.

8 Q. Quel était son adjoint ?

9 R. Dragan Borisavljevic.

10 Q. Y avait-il un officier dont le nom était Vitosevic ?

11 R. Vitosevic était le chef du SUP.

12 Q. Au poste du SUP, y avait-il également des officiers de la Sûreté

13 d'Etat ?

14 R. Oui.

15 Q. Pouvez-vous nous donner les noms de ces officiers, si vous les

16 connaissez ?

17 R. Misko Nisevic et Milan Jablanovic.

18 Q. Y avait-il également un Albanais qui travaillait là-bas ?

19 R. Il y avait un Albanais, Iljaz, mais je ne me souviens pas de son nom de

20 famille.

21 Q. [aucune interprétation]

22 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Monsieur Marcussen, nous avons deux

23 chefs, ou est-ce que je me trompe ? On a Repanovic, puis on a Vitosevic

24 aussi, ou Vitosevic.

25 M. MARCUSSEN : [interprétation] Nous allons demander des éclaircissements

26 au témoin avant de continuer.

27 Q. Vitosevic, pourriez-vous nous décrire ses fonctions ?

28 R. Vitosevic était le chef du SUP, il était à la tête du SUP, c'est-à-dire

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1 qu'il était chargé des civils qui travaillaient sur les documents

2 d'identité, les passeports, la circulation, les autorisations, les permis

3 de conduire, l'enregistrement des véhicules, et cetera. Le commandant,

4 c'était simplement pour la police. C'étaient ceux qui étaient en uniforme,

5 la police qui portait un uniforme.

6 Q. Est-il exact de dire que Vitosevic était le chef, il était à la tête de

7 l'ensemble du poste de police et que Repanovic était à la tête des forces

8 de police en tant que telles ?

9 R. Oui, c'est exact.

10 Q. Monsieur, vous avez parlé de M. Misko Nisevic. En dehors de --

11 R. Oui.

12 Q. Est-ce qu'il possédait également un hôtel en ville ?

13 R. Oui. Il avait un hôtel.

14 Q. Quel était le nom de cet hôtel ?

15 R. L'hôtel Boss.

16 Q. Merci. Je vais vous poser une question supplémentaire. Quel était le

17 nom de votre commandant, de votre supérieur hiérarchique direct, en

18 d'autres termes ?

19 R. Nenad Jovanovic.

20 Q. Je vais maintenant vous demander de parler de certains événements qui

21 ont eu lieu après le début des bombardements de l'OTAN. C'est le 26 mars.

22 Vous souvenez-vous de ce jour-là ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-ce que vous étiez de garde ? Est-ce que vous travailliez ce jour-

25 là ?

26 R. Oui.

27 Q. Où étiez-vous le matin ?

28 R. Le matin, cinq d'entre nous étions à l'extérieur, sur le terrain où

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1 nous voulions apporter de l'eau, de la nourriture, des munitions à ceux de

2 nos forces de police qui étaient sur le terrain, c'est-à-dire --

3 Q. Donc, vous êtes parti sur le terrain. Où êtes-vous allé ?

4 R. Djinovci, c'est le nom de l'endroit.

5 Q. Merci. Qui était avec vous pendant cette patrouille ?

6 R. Nenad Jovanovic, le commandant adjoint, Radovan Tanovic, Sladjan

7 Cukaric, Miki Petkovic et moi-même.

8 Q. A peu près à quelle heure êtes-vous revenu de cette patrouille, êtes-

9 vous rentré ?

10 R. Disons à peu près une demi-heure ou une heure.

11 Q. Quelle heure était-il ? Est-ce que c'était le matin, l'après-midi, ou

12 est-ce que c'était aux alentours de midi ?

13 Q. Le matin, c'était le matin.

14 Q. Lorsque vous êtes revenu, lorsque vous êtes rentré, est-ce que vous

15 avez vu des unités de police qui normalement n'étaient pas à Suva Reka ?

16 R. Je ne vous ai pas compris.

17 Q. Lorsque vous êtes rentré de votre patrouille, est-ce que vous avez vu

18 quelque chose de particulier à l'extérieur du SUP ?

19 R. Oui.

20 Q. Quoi ?

21 R. Il y avait deux camions là-bas. En fait, les policiers sortaient. Il

22 s'agissait de camions blindés et les policiers sortaient de ces camions.

23 Q. Ces véhicules, ces camions, est-ce qu'ils étaient normalement

24 stationnés à Suva Reka ?

25 R. Oui.

26 Q. Est-ce que vous savez à quelle unité appartenaient ces policiers ? Est-

27 ce que vous savez d'où venaient ces policiers ?

28 R. Tout ce que je sais, c'est que leur code, c'était Cegar. Je ne sais

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1 pas.

2 Q. Lorsque vous dites "Cegar, c'était leur code" -- que leur code était

3 Cegar, c'est comme cela que vous les appeliez à la radio ?

4 R. Oui. Oui. C'est cela.

5 Q. Est-ce que vous savez quel était ce signe de reconnaissance

6 Cegar ? Est-ce que l'officier qui semblait mener, que vous avez vu --

7 R. Cegar 1, Cegar Jedan.

8 Q. Est-ce que vous connaissiez son nom à l'époque ?

9 R. Je ne m'en souviens pas maintenant.

10 Q. Est-ce que vous avez su son nom plus tard ?

11 R. Oui.

12 Q. Quel est son nom ?

13 R. Mitrovic.

14 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous avez appris que son nom

15 était Mitrovic ?

16 R. Par des collègues qui travaillaient avec lui.

17 Q. Est-ce qu'on vous a déjà montré une photo de lui ?

18 R. Oui.

19 Q. Quand était-ce ?

20 R. C'était en 1997 -- non, ce n'est pas cela, excusez-moi.

21 Q. Qui vous a montré la photo ? Je ne suis pas si intéressé que cela par

22 la date, désolé.

23 R. L'homme de la police, l'homme de la Sûreté d'Etat.

24 Q. Est-ce que l'on vous a demandé d'identifier Cegar 1 sur une série de

25 photos ?

26 R. Oui.

27 Q. Combien y avait-il de photos ? Combien de photos vous a-t-on

28 montrées lorsqu'on vous a demandé de le montrer sur les photos ?

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1 R. Il y en avait cinq.

2 Q. Est-ce que vous l'avez vu sur une de ces cinq photos ?

3 R. Oui.

4 Q. Lorsque vous avez vu Cegar 1, est-ce que c'est à ce moment-là qu'on

5 vous a dit son nom ? C'est à ce moment-là qu'on vous a dit son nom ?

6 R. Non.

7 Q. Approximativement, combien y avait-il d'officiers de police qui étaient

8 avec Cegar 1, ce jour-là ?

9 R. Ils étaient environ 40. Je pense qu'il y en avait 40.

10 Q. Est-ce qu'ils portaient le même uniforme que vous ou est-ce qu'ils

11 portaient un uniforme différent ?

12 R. Ils avaient des uniformes de camouflage, mais des uniformes de

13 camouflage militaires. Ils avaient également des gilets de camouflage

14 militaires. C'était écrit "police" dans le dos, "policija."

15 Q. Est-ce que, si vous vous souvenez, vous pouvez nous dire la couleur de

16 l'uniforme lui-même ?

17 R. Vert.

18 Q. Merci.

19 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] S'agit-il d'un moment opportun pour

20 vous interrompre ?

21 M. MARCUSSEN : [interprétation] Oui, je vous remercie, Monsieur le

22 Président.

23 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Merci.

24 Monsieur, il nous faut lever l'audience pour ce soir. Nous allons

25 vous demander de revenir demain pour continuer votre déposition. Nous

26 reprendrons à 9 heures. Nous vous demandons d'être à l'heure pour pouvoir

27 continuer votre témoignage à 9 heures.

28 En attendant, il est extrêmement important que vous n'abordiez une

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1 quelconque partie de votre témoignage avec une quelconque personne que ce

2 soit. J'entends, soit concernant le témoignage que vous venez de faire, que

3 vous avez déjà fait, ou le témoignage que vous allez peut-être faire à

4 l'avenir. Vous pouvez parler de tout, d'autres sujets, mais il vous est

5 absolument interdit d'aborder le témoignage d'une manière ou d'une autre.

6 Me comprenez-vous bien.

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous comprends.

8 M. LE JUGE BONOMY : [interprétation] Je vous remercie. Je vais vous

9 demander de rester assis où vous êtes pour l'instant et les mesures

10 adéquates seront prises de façon à ce que vous puissiez quitter le prétoire

11 de la manière dans laquelle vous y êtes entré.

12 La séance reprendra demain à 9 heures.

13 --- L'audience est levée à 17 heures 31 et reprendra le mardi 26

14 septembre 2006, à 9 heures 00.

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