Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 3 novembre 2005

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 14 heures 20.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour à tous.

7 Témoin, pourriez-vous s'il vous plaît, vous lever et prononcer la

8 déclaration solennelle qui figure sur la carte qui vous est présentée.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 LE TÉMOIN: P006 [Assermenté]

12 [Le témoin répond par l'interprète]

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie.

14 Monsieur Moore, c'est vous qui aller procéder à l'interrogatoire ?

15 M. MOORE : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, j'essayais de voir qui ce serait.

17 M. MOORE : [interprétation] Voici, le Témoin 006. Certaines questions à

18 évoquer sont confidentielles, et le témoin demande que l'audience commence

19 immédiatement à huis clos partiel. On doit montrer un document au témoin

20 pour confirmer ses coordonnées en ce qui concerne sa date de naissance et

21 son lieu de naissance et son nom.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Allons en audience à huis clos

23 partiel.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes en audience à huis clos

25 partiel, Monsieur le Président.

26 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 M. MOORE : [interprétation]

7 Q. Monsieur le Témoin, parlons des personnes qui, comme vous l'avez vu,

8 ont été emmenées. Vous avez dit que l'une de ces personnes a été remmenée.

9 Qu'en est-il des trois autres personnes que vous avez mentionnées ? Est-ce

10 que vous les avez revues ?

11 R. Je ne les ai plus jamais revues. De nos jours, ils sont considérés

12 comme étant disparus.

13 Q. Lorsque vous avez dit : "Ils les ont emmenés," de qui vouliez-vous

14 parler ?

15 R. Je voulais parler des soldats; des hommes qui portaient des uniformes

16 militaires.

17 Q. Pouvons-nous dire approximativement à quel moment de la journée ils ont

18 été emmenés ?

19 R. Je ne m'en souviens pas au juste. Je dirais que c'était vers le début

20 de la soirée, après 4 heures.

21 Q. Nous savons tous que le Dr Bosanac était à l'hôpital à ce moment-là.

22 N'avez-vous jamais vu le Dr Bosanac dans la journée du 19 ?

23 R. Non.

24 Q. Qu'avez-vous vu d'autre le 19 ?

25 R. Je n'en suis pas très sûr. Il me semble qu'il s'agissait du 19. J'ai vu

26 arriver le fils du Dr Ivankovic. Il portait un uniforme de camouflage, et

27 au bras droit, il avait l'insigne des Aigles blancs. Il s'est adressé à lui

28 pour lui demander si quelqu'un lui avait fait du mal, si quelqu'un l'avait

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1 menacé. Il l'avait demandé dans le sens où cela laissait entendre qu'il

2 allait se venger.

3 Q. Pouvez-vous nous préciser qui a parlé à qui ?

4 R. Oui, je m'excuse. Le fils du Dr Ivankovic est arrivé jusqu'à lui.

5 Q. Avez-vous entendu ce que le Dr Ivankovic lui a répondu ?

6 R. Non, je ne l'ai pas entendu. Il n'a fait que hocher de la tête dans le

7 sens d'une négation.

8 Q. Vous nous avez dit que, selon vous, cela s'est produit le 19.

9 R. Je n'en suis pas certain. Excusez-moi, mais je n'en suis pas tout à

10 fait certain. Je ne sais pas si c'était le 19 ou le 20 au matin.

11 Q. Vous souvenez-vous où cela a eu lieu lorsque vous avez vu cette scène ?

12 R. Oui, cela je m'en souviens. Cela s'est produit devant l'entrée du

13 département de chirurgie, c'est-à-dire, au niveau du QG de crise que nous

14 avions mis en place à l'hôpital.

15 Q. Vous nous avez parlé du 19. Avez-vous vu d'autres officiers de la JNA

16 ayant participé à des conversations ce soir-là ou non ?

17 R. Ce soir-là et cette nuit-là, non.

18 Q. Pouvons-nous à présent parler du 20 ? D'après vos souvenirs, que s'est-

19 il passé dans la matinée du 20 ?

20 R. Au matin du 20, avant l'évacuation, j'ai vu qu'on a emmené le

21 journaliste Sinisa Glavasevic. Il était emmené par deux soldats. Lui aussi,

22 Glavasevic, avait un bandeau sur la tête, probablement en raison de la

23 blessure qu'il a subie lors du pilonnage de la ville. Vers 7 heures,

24 ensuite, j'ai vu arriver un officier. Il s'est adressé au Dr Bosanac et il

25 a dit qu'elle ne gérerait plus l'hôpital mais que c'est lui qui le ferait.

26 Je puis le décrire en disant qu'il était âgé entre 40 ans et 50 ans, assez

27 petit de taille, plutôt corpulent. Il portait un uniforme de la JNA.

28 Q. Merci beaucoup. Je souhaiterais que l'on parle du dénommé Glavasevic.

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1 Qui était-il au juste ? Que faisait-il ?

2 R. C'était un journaliste de profession et il a travaillé à radio Vukovar

3 en qualité de journaliste.

4 Q. Etes-vous en mesure de dire dans quelle mesure il était impliqué à

5 radio Vukovar au mois de novembre ?

6 R. Tous les soirs, il rapportait ce qui se passait dans Vukovar et dans

7 les environs de sa ville.

8 Q. Vous dites avoir vu un officier dans la matinée du 20, vers 7 heures du

9 matin, et vous avez déclaré que cet officier s'était adressé au Dr Bosanac.

10 Connaissez-vous le nom de cet officier ou

11 non ?

12 R. Non.

13 Q. Je souhaiterais que l'on parle de ce qui s'est passé dans la matinée.

14 Vous avez mentionné Glavasevic. Que s'est-il passé ensuite ?

15 R. Ensuite, une fois que cet officier s'était adressé au Dr Bosanac, M.

16 Sljivancanin est arrivé. Par la suite, il s'est présenté. Il a dit que lui

17 et ses soldats étaient venus libérer Vukovar. Il nous a dit que tout le

18 personnel médical devait se diriger vers une salle déterminée. C'était la

19 salle de plâtrage au niveau de la chirurgie.

20 Q. Est-ce que vous considériez que vous faisiez partie du personnel

21 médical à l'époque ?

22 R. Puisque je ramassais tout le temps des blessés, et comme je travaillais

23 à l'hôpital, j'estimais que je faisais partie de ce personnel médical-là.

24 Q. Donc, comme on vous l'a demandé, est-ce que vous êtes allé dans cette

25 salle distincte ?

26 R. Au bout d'un certain temps, lorsque le personnel médical entier est

27 entré dans cette salle de plâtrage, et lorsque les chauffeurs voulaient y

28 accéder, il y avait à la porte d'entrée le

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1 Dr Ivankovic. Il a dit que les chauffeurs ne faisaient pas partie du

2 personnel médical et qu'ils n'avaient qu'à sortir.

3 Q. Etes-vous sorti ?

4 R. Oui, tous les chauffeurs sont sortis.

5 Q. Lorsque vous êtes sortis de cette pièce, qu'avez-vous vu ?

6 R. Une fois qu'on nous a dirigés vers l'extérieur, lorsqu'on est sorti --

7 excusez-moi, je suis quelque peu bouleversé. Lorsque nous sortions de ces

8 locaux situés au sous-sol, j'ai remarqué qu'il y avait là-bas bon nombre de

9 gens, des femmes et des enfants, qui avaient déjà été mis de côté, séparés

10 des hommes. Parce qu'à côté, du côté gauche, les hommes étaient alignés

11 dans une rangée. En sortant donc de ces interventions urgentes du

12 département chirurgical, et en allant vers la gauche en direction de la rue

13 Gunduliceva, certains soldats nous ont dit de nous mettre en rang, nous

14 aussi, ce qui fait que je me suis dirigé vers la rangée qui se trouvait à

15 l'avant. Nous nous sommes mis en rang. Il est venu des soldats jusqu'à

16 nous. Ils nous ont fouillés, ils nous ont confisqué des objets personnels,

17 de l'argent, des bijoux.

18 Pendant que j'étais encore dans cette rangée, j'ai remarqué des

19 camions militaires où on faisait monter des patients blessés qui ne

20 pouvaient pas marcher. C'était des blessés graves. D'abord, on les a

21 poussés, on a roulé leur lit jusqu'à dehors, puis ensuite on les plaçait

22 sur des civières, et avec les civières on les montait à bord de ces

23 camions.

24 Q. Je voudrais simplement que l'on revienne à cette rangée que vous avez

25 mentionnée. Vous avez dit que les femmes et les enfants avaient été séparés

26 des hommes. Je sais qu'il est difficile d'évaluer le nombre de personnes,

27 mais pourriez-vous nous dire, grosso modo, combien d'hommes se trouvaient

28 dans cette rangée ? Est-ce qu'il s'agissait d'une dizaine, d'une vingtaine

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1 ou d'une centaine de personnes. Pouvez-vous me donner une idée ?

2 R. Plus de 200 personnes.

3 Q. Je voudrais vous poser des questions au sujet des personnes que vous

4 avez décrites comme étant des blessés graves. Il arrive souvent que dans un

5 hôpital des personnes recevant des soins importants aient des perfusions à

6 côté de leur lit et d'autre équipement médical pouvant aider à leur

7 guérison. Avez-vous vu de tels équipements accompagnés les personnes que

8 vous avez décrites comme des blessés graves ?

9 R. Je ne peux pas vous le dire. Je n'ai pas pu voir, parce qu'on les a

10 transportés devant moi, mais très rapidement.

11 Q. Avez-vous reconnu l'une quelconque des personnes qui était emmenée et

12 embarquée à bord de camions militaires ?

13 R. Je n'ai reconnu aucun de ces patients blessés.

14 Q. Avez-vous constaté que l'on a utilisé des ambulances de l'armée pour

15 transporter ces blessés graves ?

16 R. Non. Il s'agissait de camions militaires. Comme j'ai personnellement

17 été chauffeur, moi-même, dans l'ex-JNA, je sais vous dire que c'était le

18 camion appelé, le 110.

19 Q. Je souhaiterais à présent parler de l'homme ou des hommes qui se

20 trouvaient dans cette rangée. Vous avez dit qu'il en avait environ 200. Que

21 leur est-il arrivé ? Qu'est-il advenu d'eux ?

22 R. Bien, voilà. Comme nous étions dans cette espèce de rangée, on nous a

23 dit de nous tourner vers les autocars qui nous attendaient dans la rue

24 Gunduliceva, autrement dit, à l'extérieur de l'enceinte de l'hôpital. On

25 nous a dit que nous allions monter à bord de ces autocars dans le même

26 ordre que celui où nous étions rangés dans cette colonne. C'est ainsi que

27 je suis monté à bord du deuxième autocar. Je me suis installé dans la

28 troisième rangée de sièges, à côté de ce passage entre les sièges.(expurgé)

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8 (expurgé) Nous avons été les seuls à avoir quitté cet autocar. On ne nous a

9 pas dit pourquoi il fallait que nous sortions. On nous a dit de nous mettre

10 à côté de la clôture de l'hôpital à un endroit où il y avait trois de nos

11 collègues déjà. Au bout d'un certain temps, les autocars ont fait demi-tour

12 devant nous et ont pris la route vers le centre ville.

13 Q. Sur les 200 hommes dont vous avez parlé, il s'agit d'un chiffre

14 approximatif, vous l'avez dit, combien environ ont été autorisés à

15 descendre de l'autocar, d'après de que vous avez pu observer ?

16 R. Vous parlez des autres personnes qui possédaient cette espèce de carte

17 d'identité hospitalière ?

18 Q. Je vais reformuler ma question : sur ces 200 hommes, combien sont

19 montés à bord des autocars ?

20 R. Tous sont montés à bord de ces autocars, mis à part nous qui étions

21 cinq.

22 Q. Vous nous avez dit qu'on vous avait demandé d'attendre à côté de la

23 clôture de l'hôpital et que vous avez vu les autocars partir. Lorsqu'ils

24 sont partis, y avait-il uniquement ces cinq autocars ou est-ce que d'autres

25 véhicules les accompagnaient ? Vous en souvenez-vous ?

26 R. Non. Etant donné que les autocars ont fait demi-tour devant nous, je

27 dirais qu'il n'y avait que ces cinq autocars-là. Il n'y avait pas d'autres

28 véhicules.

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1 Q. A bord de ces autocars, y avait-il des membres de la JNA ?

2 R. Non, exception faite des chauffeurs. Pour ce qui est de savoir si les

3 chauffeurs étaient de la JNA ou pas, cela je n'en sais rien.

4 Q. Alors que vous vous teniez près de la clôture, avez-vous rencontré

5 d'autres personnes ? D'autres personnes se sont-elles approchées de vous ?

6 R. Oui. Là, devant la clôture, nous étions cinq debout et nous avons été

7 gardés par des soldats de la JNA. A un moment donné, nous avons été abordés

8 par M. Sljivancanin et il nous a demandé comment nous nous appelions. Il

9 avait entre les mains une liste de noms et il nous a demandé de voir si

10 nous nous trouvions sur cette liste. Nous l'avons fait. Nos noms n'étaient

11 pas sur cette liste, ce qui fait que lui a inscrit nos noms lui-même au bas

12 de la page. Il m'a également demandé si j'ai activement pris part au

13 ramassage des blessés. Je lui ai dit que nous, chauffeurs, nous étions

14 essentiellement chargés du transport des civils blessés, et que les soldats

15 eux se transportaient eux-mêmes, ce qui a été un mensonge, bien évidemment,

16 mais il m'a semblé à ce moment-là que c'était la meilleure des façons

17 possibles de répondre. Il est ensuite allé s'entretenir avec les quatre

18 autres.

19 Q. Pourquoi avez-vous menti à Sljivancanin à ce moment-là s'agissant du

20 ramassage des soldats ?

21 R. J'avais très peur, parce que le jour d'avant, on a déjà emmené des

22 hommes. J'ai eu peur que cela ne m'arrive aussi. C'est la raison pour

23 laquelle j'ai menti.

24 Q. Sur la liste qu'avait Sljivancanin, avez-vous vu des noms ? Etes-vous

25 en mesure de dire combien de noms figuraient dans cette liste ?

26 R. C'était une feuille de papier A4 ou plutôt, deux pages de papier, de

27 feuilles de papier. Lorsqu'il nous demandé de retrouver nos noms, je n'ai

28 regardé qu'après mon nom de famille. Je n'ai pas remarqué les autres noms

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1 et je n'en ai retenu aucun.

2 Q. En ce qui concerne ces noms, sachant que vous n'y avez pas prêté

3 attention, est-ce qu'il s'agissait de feuilles recto verso ? Est-ce que

4 vous pourriez nous donner une idée du nombre de noms qui figurait sur cette

5 liste ?

6 R. Ecoutez, je ne sais pas vous dire le nombre exact, mais la page était

7 tapée de façon assez dense. Les noms étaient les uns sur les autres. Ils

8 étaient nombreux et il y avait recto verso.

9 Q. Qu'avez-vous faite ensuite, après que l'on ait rajouté vos noms sur

10 cette liste ?

11 R. Oui. Lorsqu'il a ajouté ces noms sur sa liste, et lorsqu'il est allé

12 s'entretenir avec les quatre autres, il nous a envoyés, tous les cinq, vers

13 l'hôpital ou plutôt, vers les locaux du sous-sol. Il y avait là-bas encore

14 les femmes et les enfants. Je suis arrivé au département en chirurgie et je

15 me suis assis sur un banc juste devant la salle de plâtrage. A un moment

16 donné, un soldat est arrivé devant moi avec une barbe assez longue et une

17 cocarde sur son couvre-chef pour me demander comment je m'appelais. Il m'a

18 demandé aussi d'où je venais. Quand je lui ai décliné mon identité et

19 lorsque je lui ai dit quelle était ma localité d'origine, il m'a demandé

20 dans quelle partie de la ville j'habitais. Lorsque je lui ai dit que

21 j'étais de Mitnica, il m'a pris par le bras et il a commencé à m'emmener

22 vers l'extérieur et il m'a confisqué la carte que j'avais en main. Lorsque

23 nous avons quitté ces interventions chirurgicales d'urgences pour nous

24 diriger vers la rue Gunduliceva, à un moment donné, il est arrivé à nous

25 une infirmière que je connaissais parce que je travaillais avec elle. Nous

26 étions en très bons termes. Elle s'appelle Vuka Mikanovic [phon], et elle

27 travaille de nos jours encore à l'hôpital. Elle s'est approchée de lui et

28 lui a dit quelque chose, mais je n'ai pas entendu quoi. Je n'ai pas entendu

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1 ce qu'elle a dit.

2 A ce moment, il m'a restitué ma carte et j'ai enlacé cette

3 infirmière. Elle m'a accompagné jusqu'aux autocars qui se trouvaient de

4 l'autre côté de l'hôpital dans la rue Ivo Lola Ribar sur laquelle on

5 débouche lorsqu'on va vers l'entrée principale de l'hôpital.

6 Q. A bord de l'autocar vers lequel vous vous êtes dirigé, combien y avait-

7 il de personnes environ ?

8 R. Je ne sais pas combien d'autocars il y avait devant l'hôpital. Je suis

9 monté à bord de l'un de ces autocars, et une fois monté à bord, j'ai vu

10 qu'il y avait du personnel de l'hôpital, qu'il y avait des femmes et des

11 civils (expurgé)

12 (expurgé). Comme nous n'avions pas de sièges où nous asseoir

13 à bord, nous nous sommes accroupis dans le passage ménagé entre les sièges,

14 parce qu'à ce moment-là, des soldats ont commencé à taper très fort contre

15 les vitres des autocars et voulaient monter à bord. Ils cherchaient à faire

16 sortir les hommes qui se trouvaient à bord. Lorsque nous nous sommes

17 accroupis dans ce passage entre les sièges, les infirmières, les femmes qui

18 se trouvaient à bord de l'autocar ont jeté des blousons, des vestons et des

19 sacs sur nous, ce qui fait que les autres ne nous ont pas aperçus.

20 Q. Vous nous avez dit que votre chef et vous-même étiez les seuls hommes à

21 bord de l'autocar. Pourriez-vous estimer grosso modo le nombre de personnes

22 qui se trouvait à bord de l'autocar, 10, 20, 30, 40 ?

23 R. L'autocar compte 50 sièges. Donc, cela fait 50 personnes avec nous

24 deux, on pourrait dire qu'on était 52.

25 Q. Vous dites que des soldats frappaient contre les vitres de l'autocar en

26 demandant que l'on fasse descendre les hommes. Donc, ils cherchaient des

27 hommes. Quand est-ce que cela a commencé ? Quand est-ce qu'ils ont commencé

28 à frapper contre les vitres en demandant que les hommes sortent de

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1 l'autocar ? A quel endroit cela a eu lieu ?

2 R. C'était là où s'étaient garés les autocars, dans la rue Ivo Lola Ribar,

3 face à l'entrée principale de l'hôpital dans la rue.

4 Q. Puisque nous parlons de l'heure, vous avez dit que c'est vers 7 heures

5 que vous avez vu que l'on emmenait le journaliste. Vers quelle heure

6 environ l'autocar a-t-il quitté l'hôpital ?

7 R. Je me souviens très bien du moment où les autocars ont commencé à faire

8 demi-tour puisque nous étions encore entre les sièges, entre ces deux

9 rangées de sièges. Lorsqu'ils ont commencé à défiler ou à passer devant

10 l'hôpital, il était vers midi.

11 Q. Je souhaiterais que nous nous retardions quelque peu sur ces autocars.

12 D'après ce que vous savez, combien y avait-il d'autocars qui emmenaient des

13 personnes de l'hôpital ? Pourriez-vous nous donner une idée de cela ?

14 R. Vous parlez de l'autocar où j'étais ou de l'autocar qui était devant ?

15 Q. Je veux juste parler des autocars. Vous avez mentionné des autocars.

16 Vous vous trouviez à bord d'un autocar, il y en avait d'autres. Combien,

17 selon vous, y en avait-il à ce moment-là ? Combien d'autocars sont partis

18 vers midi ce jour-là ?

19 R. Cinq ou six autocars. Je ne sais pas trop vous le dire, mais ils

20 étaient certainement cinq ou six.

21 Q. Nous savons que ces autocars ont emprunté un certain itinéraire. Si

22 vous le pouvez, essayez de vous souvenir du moment où vous êtes descendu de

23 l'autocar. Vous en souvenez-vous ?

24 R. Quand les autocars ont fait demi-tour devant l'hôpital, nous avons

25 emprunté une rue se dirigeant vers le centre de la ville. Nous sommes

26 passés à côté de la caserne, puis Velepromet, ensuite on est allé vers

27 Negoslavci, Orliolik, Tovornik, Sid, et Sremska Mitrovica. A Sremska

28 Mitrovica, l'autocar s'est arrêté à proximité d'une salle de sport. D'après

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Page 1125

1 ce que j'ai entendu dire de la bouche des autres, mais je ne suis pas

2 sorti. J'avais très peur. J'avais peur de sortir de l'autocar, je me

3 sentais plus en sécurité à l'intérieur.

4 Q. Après Sremska Mitrovica, vers où l'autocar s'est-il dirigé ?

5 R. Cette nuit-là, une fois arrivé à Sremska Mitrovica et arrivé au niveau

6 de la caserne, la nuit entière, nous l'avons passée dans la caserne. Nous

7 avons dormi à bord de l'autocar. Très tôt le matin, je ne sais trop s'il

8 s'agissait de 7 heures passées ou de 8 heures passées, il faisait déjà

9 jour, nous nous sommes dirigées vers Bijelina, vers Bosanski Dvori. C'est

10 là qu'il y a eu l'échange. En termes simples, il était arrivé un autocar

11 vide et celui où nous étions se mettait porte face à porte. Nous passions

12 d'un autocar à l'autre. Au moment où nous avons vidé l'autocar où nous nous

13 trouvions et rempli le deuxième, cet autre autocar a pris la route. Au bout

14 de trois ou quatre kilomètres, il s'est arrêté pour attendre les autres

15 autocars et créé et constitué une sorte de colonne.

16 Q. Pour autant que vous le sachiez, ces cinq ou six autocars étaient-ils

17 organisés en convoi avant l'échange ?

18 R. Depuis la caserne Smreska Mitrovica jusqu'à Bosanski Dvori, nous sommes

19 allés en convoi. Nous avons roulé en convoi.

20 Q. Les personnes qui ont finalement été débarquées de ces autocars,

21 pourriez-vous nous donner une idée du nombre d'hommes et de femmes qui sont

22 descendus de ces autocars, en terme de pourcentage ? Est-ce que vous me

23 suivez ?

24 R. Oui. Lorsqu'au bout d'un certain temps, une fois que cette colonne

25 s'est constituée, nous sommes allés d'abord à Djakovo. C'est là que nous

26 avons eu une première halte, une première pause. Pour l'essentiel, je

27 dirais que 80, 85 % des passagers, c'étaient des femmes et des enfants. Il

28 y avait très peu d'hommes parmi ces personnes.

Page 1126

1 M. MOORE : [interprétation] Merci. Je n'ai plus de questions à poser.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Je pense que le moment est bien

3 choisi pour faire une pause. Nous aurons besoin d'expurger quelque peu le

4 comte rendu d'audience. Il nous faudra vingt minutes ou trente minutes

5 environ pour ce faire. Nous reprendrons nos travaux à 16 heures 10.

6 --- L'audience est suspendue à 15 heures 43.

7 --- L'audience est reprise à 16 heures 13.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous pouvez vous asseoir l'audience

9 est reprise.

10 Maître Vasic.

11 M. VASIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

12 Contre-interrogatoire par M. Vasic :

13 Q. [interprétation] Témoin, pour commencer je souhaite me présenter.

14 Bonjour. Je suis l'avocat Miroslav Vasic. Je suis ici pour le compte de M.

15 Mile Mrksic. Compte tenu des mesures de protection accordées, pourriez-

16 vous, s'il vous plaît, faire une pause après mes questions, de façon à ce

17 que je puisse éteindre mon microphone afin qu'il n'y ait pas de

18 chevauchement entre votre voix et la mienne. Ceci sera également utile du

19 point de vue de l'interprétation.

20 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

21 Juges, pour commencer, peut-être serait-il bon d'aller en audience à huis

22 clos partiel.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Audience à huis clos partiel.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes en audience à huis clos

25 partiel, Monsieur le Président.

26 [Audience à huis clos partiel]

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11 [Audience publique]

12 Contre-interrogatoire par Mme Tapuskovic :

13 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin 006. Je m'appelle Mira

14 Tapuskovic. Je suis co-conseil de Miroslav Radic. Mon confrère vous a

15 demandé de parler lentement afin que les interprètes puissent faire leur

16 travail. En cas de besoin, je vous demanderais peut-être la même chose,

17 mais je constate que tout s'est bien passé jusqu'à présent.

18 Je souhaiterais vous demander autre chose : lorsque vous ressentirez le

19 besoin de mentionner certains noms, réfléchissez-y à deux fois avant de

20 mentionner ces noms. Je vous mettrais en garde également. Je ne

21 souhaiterais pas que les mesures de protection qui ont été accordées soient

22 comprises, je veux parler des mesures de protection qui ont été accordées à

23 d'autres personnes.

24 Je souhaiterais revenir sur certaines questions qui vous ont été posées par

25 Me Vasic, pour le compte de M. Mrksic, étant donné que ces questions

26 présentent une grande pertinence pour la Défense.

27 Après que tant de temps s'est écoulé, êtes-vous en mesure de dire

28 quand vous avez fait votre première déclaration aux enquêteurs de ce

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1 Tribunal ?

2 R. Je ne peux pas vous donner de dates, mais c'était en 1995.

3 Q. Je vous remercie. Comme vous l'avez confirmé à Me Vasic, vous avez

4 témoigné dans l'affaire Dokmanovic. Pouvez-vous nous préciser la date

5 exacte à laquelle vous avez déposé ?

6 R. Non. Malheureusement.

7 Q. Pourriez-vous répéter votre réponse ? Je ne vous ai pas entendu ?

8 R. J'ai dit que je ne pouvais pas vous donner de dates. Je ne m'en

9 souviens pas.

10 Q. Je suppose que dans le cadre de vos préparatifs en vue de votre

11 deuxième déposition devant ce Tribunal, et devant cette Chambre de première

12 instance, vous avez passé une dizaine de jours à La Haye ?

13 R. C'est exact.

14 Q. Au cours de ces dix journées, vous a-t-on présenté la déclaration que

15 vous avez faite aux enquêteurs du bureau du Procureur en 1995 ?

16 R. Oui, on m'a montré cette déclaration.

17 Q. Monsieur, vous souvenez vous incidemment à quelle date le bureau du

18 Procureur vous a initialement demandé de déposer en l'espèce ? Quand est-ce

19 que vous auriez dû commencer votre déposition devant cette Chambre ?

20 M. MOORE : [interprétation] Avec tout le respect que je dois à ma consoeur,

21 comme le sait la Chambre, nous n'avons pas de boule de cristal et nous ne

22 pouvons pas dire exactement aux témoins quand ils vont commencer leurs

23 dépositions. C'est une question injuste car le témoin n'était pas en mesure

24 de le savoir. Seule la Chambre pouvait avoir cette information, et nous

25 avançons au jour le jour.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ceci étant, Monsieur Moore, le témoin

27 peut répondre en disant : "Je ne sais pas."

28 Est-ce là votre position ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que l'objection a ainsi été

3 tranchée.

4 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Tout à fait, Monsieur le Président. Je

5 vous remercie de votre remarque.

6 S'agissant des dix journées que le témoin vient de passer à La Haye, ce

7 dernier se souvient-il si des modifications ont été apportées à la

8 déclaration qui nous a été remise par la suite ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était la semaine dernière, jeudi dernier.

10 C'est la dernière fois que j'ai rencontré M. Moore.

11 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation]

12 Q. Merci. Dans le cadre de votre interrogatoire principal, vous avez

13 évoqué quelque peu la manière dont ces corrections ont été apportées.

14 Pourriez-vous être plus précis ? Est-ce que ces corrections ont été faites

15 à votre demande ou est-ce que M. Moore ou d'autres représentants du bureau

16 du Procureur ont relevé des divergences dans votre déclaration ?

17 R. Non, c'est à ma demande que cela a été fait.

18 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur

19 les Juges, je m'excuse, mais j'aurais besoin d'un casque dont le fil est

20 plus long, de façon à ce que je ne penche pas tout le temps.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cela a l'air beaucoup mieux ainsi.

22 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur le Président.

23 Compte tenu du petit problème que je viens d'avoir, je n'ai pas entendu la

24 dernière réponse du témoin. Si vous m'y autorisé, je souhaiterais qu'il

25 répète sa réponse.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était à ma demande que cela a

27 été fait.

28 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation]

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1 Q. Merci. Revenons-en aux événements qui expliquent votre présence

2 dans ce prétoire pour la deuxième fois. En réponse à des questions posées

3 par le Procureur et Me Vasic, vous avez déclaré avoir vécu à Mitnica.

4 Pourriez-vous nous préciser quel était, à l'époque et aujourd'hui encore,

5 la distance séparant Mitnica du Danube à vol d'oiseau ?

6 R. Entre 100 et 150 mètres.

7 Q. Dans votre déposition, vous avez déclaré que Mitnica, le quartier où

8 vous habitiez, était le dernier à faire l'objet d'une attaque. Pourriez-

9 vous peut-être nous expliquer cela ?

10 R. Non, je ne pense pas être en mesure de le faire. Je ne pense pas

11 pouvoir répondre à cette question.

12 Q. Alors que les opérations menées dans les environs de Vukovar

13 approchaient de leurs fins, vous vous trouviez à l'intérieur de l'hôpital,

14 n'est-ce pas ?

15 R. Oui.

16 Q. Après la chute de Vukovar, vous avez continué à y habiter, n'est-ce pas

17 ?

18 R. Non. J'ai rejoint le convoi vers Mitrovica. Nous avons été emmenés de

19 Mitrovica à Djakovo, puis à Zagreb. J'ai passé sept années à Zagreb, mais

20 aujourd'hui, j'habite de nouveau à Vukovar.

21 Q. Dans l'intervalle, avez-vous rencontré d'anciens collègues ou amis de

22 l'hôpital ? Avez-vous eu l'occasion, peut-être, d'évoquer avec eux ces

23 événements ? Avant votre retour à Vukovar, avez-vous partagé vos

24 expériences respectives ?

25 R. Oui, j'ai rencontré certaines personnes.

26 Q. Ne vous paraît-il pas logique d'échanger avec eux vos expériences

27 malheureuses de ces journées, de ces mois ?

28 R. Oui.

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1 Q. Vous avez déclaré que vous aviez fait votre service militaire

2 obligatoire. Quel âge aviez-vous ? 19 ans, 20 ans ?

3 R. Oui, j'ai quitté l'armée en juin 1989.

4 Q. Pouvez-vous nous dire quelle était votre spécialisation au sein de

5 l'armée ?

6 R. Je faisais partie des éclaireurs de la police militaire.

7 Q. En quelque sorte, on peut dire que vous connaissez les grades, les

8 formations des unités qui composaient l'ancienne JNA.

9 R. Oui.

10 Q. Vous saviez à quoi ressemblaient les uniformes des officiers et des

11 sous-officiers de la JNA à l'époque, ainsi que les officiers des membres du

12 Corps de la Garde nationale ?

13 R. C'est exact.

14 Q. A votre retour du service militaire, avez-vous pris part à des

15 activités politiques à Vukovar ou en Croatie ?

16 R. Jamais.

17 Q. Je vous remercie. Vous avez déclaré que vous vous êtes installé à

18 l'hôpital après avoir conduit vos parents à Vinkovci, si je me souviens

19 bien. Après cela, vos parents ont continué leur trajet vers Zagreb sans

20 vous, n'est-ce pas ?

21 R. Oui.

22 Q. Par la suite, vous vous êtes installé à l'hôpital où vous dormiez dans

23 le service des urgences qui faisait partie de l'hôpital, n'est-ce pas ?

24 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] J'ai prévenu le témoin qu'il devait

25 parler lentement, mais je remarque que c'est moi qui parle trop vite. Je

26 remercie mes collègues de m'avoir signalé cela.

27 Q. Dans la déclaration que vous avez faite et qui nous a été transmise par

28 le bureau du Procureur, vous déclarez qu'en août 1991, l'hôpital était

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1 souvent pris pour cible. Qu'entendez-vous par "souvent", et quels types de

2 dommages ont été occasionnés ?

3 R. L'hôpital était pilonné. Pour ce qui est des dommages précis, les obus

4 atterrissaient sur le toit, dans la cour et dans les abords de l'hôpital.

5 Q. Mon confrère, M. Vasic, vous a demandé comment vous aviez obtenu ce

6 poste à l'hôpital. Vous avez répondu qu'à l'époque, il arrivait souvent que

7 des Serbes quittent leurs fonctions. Pourriez-vous expliquer aux Juges de

8 la Chambre de première instance si les Serbes quittaient leur fonction à

9 l'hôpital seulement à Vukovar ou dans toute la région ?

10 R. Je ne pense pas être en mesure de répondre à cette question. Lorsque

11 les Serbes ont commencé à quitter l'hôpital, je n'y travaillais pas encore;

12 je travaillais pour une société privée. Je ne sais absolument pas.

13 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur

14 les Juges, pourrait-on passer brièvement à huis clos partiel ? Je vous

15 remercie.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

17 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, nous sommes à huis

18 clos partiel.

19 [Audience à huis clos partiel]

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19 [Audience publique]

20 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci.

21 Q. Mon collègue, Me Vasic, le conseil de la Défense de l'accusé

22 Mrksic, vous a posé plusieurs questions au sujet des dates qui ont été

23 mentionnées dans votre déposition devant les enquêteurs et dans votre

24 témoignage aujourd'hui devant ces Juges de la Chambre. Sont des dates qui

25 se suivent, à savoir, le 18, le 19 et le 20. Je me propose de revenir pour

26 ma part à la question relative au journaliste dénommé, Glavasevic. Il y a

27 eu bon nombre de questions de posées par mon collègue à son sujet. J'en

28 aurais pour ma part quelques-unes. Dans la description que vous avez

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1 fournie des événements pour ce qui est de la journée du 20, vous avez

2 mentionné bon nombre de choses qui se sont produites, d'après la déposition

3 qui est en notre possession. Alors, est-ce que vous pourriez en quelques

4 mots nous reprendre la suite des événements de la journée du 20 ?

5 R. Le 20 novembre ?

6 Q. Oui.

7 Q. Le matin, avant l'évacuation, donc avant 7 heures, j'ai vu deux soldats

8 emmener le journaliste Glavasevic. Il avait un pansement sur la tête.

9 Probablement, cela a-t-il été le fait ou le résultat de pilonnage de la

10 ville pendant les journées précédentes. Ensuite, à 7 heures, j'ai vu un

11 homme s'adresser à la Dr Vesna Bosanac, et il lui a dit qu'elle ne gérait

12 plus l'hôpital, mais que ce serait lui qui le ferait. J'ai dit que c'était

13 un homme âgé de 40 à 50 ans.

14 Q. Vous n'avez pas à repasser par tous ces détails, juste la séquence des

15 événements, s'il vous plaît. Vous avez donc vu vers 7 heures emmener ce

16 journaliste ?

17 R. Non, non pas à 7 heures, avant l'évacuation, avant 7 heures.

18 Q. Excusez-moi de vous interrompre, mais j'aimerais que nous revenions à

19 la page 20 du compte rendu d'audience d'aujourd'hui, ligne 18, lorsque vous

20 avez répondu aux questions posées par mon éminent confrère, M. Moore. Vous

21 avez indiqué que c'était le

22 20 novembre à 7 heures du matin. Alors comment savez-vous nous dire

23 maintenant que cela s'est produit avant 7 heures du matin ?

24 R. Non. J'ai indiqué même à ce moment-là que c'était avant l'évacuation.

25 L'évacuation, elle, a commencé à 7 heures. Donc, si cela s'est produit

26 avant, cela s'est par conséquent produit avant

27 7 heures.

28 Q. Je vais vous poser des questions sur ces détails, Monsieur, parce qu'à

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1 certains moments au bout de dix ans et quelque, vous vous souvenez de

2 l'heure exacte, et sur des points cruciaux, au bout de ces mêmes dix années

3 et quelque, vous n'arrivez pas à vous souvenir des dates. Alors, seriez-

4 vous nous dire ce qui s'est passé par la suite ?

5 R. Après, cet homme qui est venu s'adresser au Dr Bosanac, il est arrivé

6 un M. Sljivancanin. Nous nous sommes sortis. J'ai vu une colonne. J'ai vu

7 des femmes et des enfants. J'ai vu cette colonne, cet alignement d'hommes.

8 J'ai vu des patients blessés, emportés et montés à bord de camions, puis

9 j'ai vu à l'entrée la fouille de ceux qui étaient dans cette colonne ou

10 l'autre. Puis nous sommes montés à bord des autocars, puis nous sommes

11 sortis de ces autocars, puis il y a eu de nouveau, M. Sljivancanin, puis je

12 suis revenu à l'hôpital. Il y a eu cet homme qui nous a mis de côté, puis

13 l'infirmière Vuka, qui m'a accompagné jusqu'à l'autocar. Je suis monté dans

14 l'autocar et il y a eu ce voyage vers Sremska Mitrovica.

15 Q. Merci. Ce départ s'est situé, comme vous nous l'avez dit, vers midi ?

16 R. Oui. Vers midi.

17 Q. Vous avez, en présence de notre confrère, M. Moore, à la date du 27

18 octobre, et j'imagine qu'il y a dû y avoir un ou deux enquêteurs, vous avez

19 fait une déposition où vous avez procédé à des rectifications de la

20 déposition que vous avez faite en 1995. Mon éminent confrère, M. Vasic,

21 vous a posé certaines questions à ce sujet, mais je me propose de vous en

22 poser aussi parce que j'aimerais que tout soit bien clair.

23 Il y a deux paragraphes de votre déposition qui ont été rectifiés.

24 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Madame et Messieurs les Juges, j'aimerais

25 que la version B/C/S soit placée sur rétroprojecteur afin que le témoin

26 nous en donne lecture pour ne pas que j'interprète moi-même ce que lui a

27 déclaré.

28 J'aimerais demander à M. l'Huissier de m'aider.

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1 Merci, Monsieur l'Huissier.

2 Je me propose pour ma part de prendre la version anglaise.

3 Madame et Messieurs les Juges, étant donné que nous avons le texte sur le

4 rétroprojecteur, j'imagine que vous comprendrez facilement ce dont le

5 témoin va parler. Il s'agit de paragraphes. Il importe davantage à ce que

6 le témoin aille dire que ce que nous allons pouvoir lire sur cette page.

7 Q. Alors, page 3, paragraphe numéro 5. Vous mentionnez l'événement avec le

8 journaliste Glavasevic, et vous le situez à la date du 20 novembre 1991.

9 C'est bien ce que vous avez signé ?

10 R. Oui.

11 Q. Je vous remercie. Le paragraphe suivant, dans cette même partie, se

12 rapporte à la page 3, une fois de plus, paragraphe 5, et vous reprenez vos

13 dires et vous répétez l'affirmation qui est celle de dire que l'incident

14 Glavasevic s'est produit le 20 novembre ?

15 R. Oui.

16 Q. A l'occasion de votre témoignage dans l'affaire Dokmanovic, au mois de

17 février, la date est exactement celle du 3 février 1998, page 532, à deux

18 reprises en répondant à des questions du conseil de l'accusé Dokmanovic,

19 vous avez déclaré que l'événement relatif au journaliste Glavasevic s'est

20 produit en date du 18, dans les heures de la soirée.

21 Seriez-vous nous expliquer cette divergence de deux jours, et qui

22 plus est, ces différences entre la matinée dans un des cas, et la soirée

23 dans l'autre ?

24 R. Je ne sais pas vous expliquer. Je ne me souviens pas d'avoir déclaré

25 qu'il s'agissait du 18 novembre. Pour ce qui est de cette déposition qu'on

26 m'a donnée, j'ai précisé que M. Glavasevic a été emmené le 19, puis j'ai

27 demandé à ce que l'on rectifie la chose, parce que cela ne s'était pas

28 produit le 19, mais le 20.

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1 Q. Pourriez-vous nous dire exactement aujourd'hui quand est-ce que

2 l'incident Glavasevic est survenu ? Parce que nous avons trois déclarations

3 différentes de votre part concernant les mêmes circonstances ?

4 R. Cela s'est produit le 20 novembre, avant l'évacuation, avant 7 heures

5 du matin.

6 Q. Vous pouvez l'affirmer de façon catégorique, 14 ans après l'événement

7 en tant que tel ?

8 R. Oui à 100 %.

9 Q. Je voudrais vous poser quelques autres questions, maintenant,

10 concernant le Dr Ivankovic. Vous avez connu son fils, n'est-ce pas ?

11 R. Oui. Ils habitaient non loin de la cité, non loin de ma rue.

12 Q. L'avez-vous fréquenté ?

13 R. Oui, mais pas de façon assidue. De temps à autres.

14 Q. Jusqu'à quand est-ce que vous l'avez fréquenté ?

15 R. Jusqu'à son déménagement, jusqu'à son départ de cette cité.

16 Q. Quand vous l'avez vu s'entretenir avec son père, pouvez-vous nous

17 indiquer à quelle distance vous vous trouviez du

18 Dr Ivankovic et de son fils ?

19 R. A quelque trois ou quatre mètres d'eux.

20 Q. Etiez-vous entouré d'autres personnes ?

21 R. Oui.

22 Q. Vous avez clairement entendu la question posée par le fils du Dr

23 Ivankovic ?

24 R. Oui, parce que je regardais vers eux.

25 Q. Pouvez-vous nous décrire comment le fils du Dr Ivankovic était vêtu ?

26 R. Il portait un uniforme de camouflage, et des insignes sur la manche

27 droite. Il avait l'insigne des Aigles blancs.

28 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Je n'aurais plus qu'une question pour ce

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1 témoin, Madame et Messieurs les Juges.

2 Q. Pourriez-vous nous dire exactement à quel moment, dans la journée du 20

3 novembre, le premier des groupes des gens de l'hôpital est parti ? Ce sont

4 les hommes qu'on a fait monter à bord des camions. Est-ce que vous sauriez

5 nous donner l'heure exacte ?

6 R. Je ne peux pas vous donner l'heure exacte. Mais est-ce que vous voulez

7 bien que je vous donne une heure approximative ?

8 Q. Non.

9 Mme TAPUSKOVIC : [interprétation] Merci, Madame et Messieurs les Juges. Je

10 n'ai plus de questions pour ce témoin.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Madame Tapuskovic.

12 Monsieur Lukic ? Peut-être, pourrions-nous faire la pause maintenant, si

13 vous le préférez, et nous allons reprendre à 5 heures 50.

14 M. MOORE : [interprétation] Mais avant que de lever l'audience, je dirais

15 que nous avons la possibilité de citer un autre témoin ce soir. Cela ne

16 fait pas l'ombre d'un doute. Il appartiendra aux Juges de la Chambre de le

17 faire.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Juste une petite pause, Monsieur

19 Moore.

20 Est-ce que vous savez nous dire, Maître Lukic, quel est le temps dont

21 vous avez besoin ?

22 M. LUKIC : [interprétation] Je crois que mes confrères ont réduit la

23 quantité de questions que je voulais poser. Je voudrais dire une demi-

24 heure, mais je ne saurais le garantir. Il se peut qu'un autre sujet vienne

25 à s'ouvrir, mais c'est à peu près le temps qu'il me faudra.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Une demi-heure. Cela va nous amener à

27 6 heures 20. Est-ce qu'il vous faut beaucoup de temps pour les questions

28 complémentaires ?

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1 M. MOORE : [interprétation] Je n'ai qu'un sujet à traiter en ce moment-ci.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bien. Je crois que peut-être l'autre

3 témoin devrait être en attente.

4 M. MOORE : [interprétation] Merci beaucoup.

5 --- L'audience est suspendue à 17 heures 30.

6 --- L'audience est reprise à 17 heures 52.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Lukic.

8 Contre-interrogatoire par M. Lukic :

9 Q. [interprétation] Bonjour. Je me présente, je m'appelle Novak Lukic et

10 je suis le conseil de la Défense de M. Veselin Sljivancanin. Je me propose

11 de poursuivre à vous poser des questions, ou plutôt continuer à vous poser

12 des questions sur certains sujets, notamment au sujet de ce que vous avez

13 dit concernant mon client. M. LUKIC : [interprétation] Nous sommes bien en

14 audience publique, n'est-ce pas ?

15 Q. Veuillez m'indiquer si vous avez des informations pour me dire jusqu'à

16 quand le village de Bogdanovci a été placé sous le contrôle des forces

17 croates ?

18 R. Tout ce que je puis vous dire, c'est que le village de Bogdanovci est

19 tombé vers le début du mois d'octobre, au moment où on nous a coupé la

20 route pour ce qui est de sortir les blessés graves de la ville de Vukovar.

21 Q. Vous ne savez pas nous dire si ce village ainsi que la route menant

22 vers Vinkovci a été placée sous le contrôle des forces croates, mis à part

23 cette section qui a été coupée ?

24 R. Cela n'a pas été le cas.

25 Q. Ceci jusqu'à la fin du mois de novembre ?

26 R. Cela, je ne sais pas vous le dire. Ce que je sais, c'est que vers le

27 début du mois d'octobre, Bogdanovci est tombé, et nous n'avons plus pu

28 quitter Vukovar.

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1 Q. Je me propose de vous poser plusieurs questions au sujet d'un certain

2 nombre d'individus. Je crois que cela ne risquera pas de révéler votre

3 identité. Donc, nous pouvons rester en audience publique, de mon avis,

4 encore quelque temps.

5 Avez-vous entendu parler de la maison du Dr Crevar ?

6 R. Non.

7 Q. Avez-vous entendu parler de Duvnjak Zeljko et Zeljka ?

8 R. Non.

9 Q. Avez-vous entendu parler du nom de Mandic Slobodan ? Est-ce que cela

10 vous dit quelque chose ?

11 R. Non.

12 Q. Il était chauffeur dans Velika Godina [phon] ?

13 R. Je ne le connais pas.

14 Q. Covic Domagoj, avez-vous entendu parler de lui ?

15 R. Je ne le connais pas.

16 Q. Boskovic Ivica, avez-vous entendu parler de lui ?

17 R. Non, non.

18 Q. Avez-vous entendu parler des frères Kasalo; Ivica, Niko et Drago ?

19 R. Ces noms me disent quelque chose.

20 Q. Sont-ce des gens que vous avez connus personnellement ou est-ce que

21 c'est des gens dont vous avez entendu parler ?

22 R. Je ne les connaissais pas mais j'ai entendu parler d'eux.

23 Q. Saviez-vous que c'étaient des membres des ZNG ?

24 R. Je ne sais pas vous répondre à cette question.

25 Q. Matkovic Ivica, en avez-vous entendu parler ?

26 R. Le nom de famille ne me dit rien.

27 Q. Bien. Je voudrais que vous me disiez plus en détail si vous avez

28 entendu la conversation entre l'officier et Vesna Bosanac à l'hôpital. Est-

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1 ce que vous étiez sur place lorsque cela s'est produit ou est-ce qu'on vous

2 relaté la teneur de cette conversation ?

3 R. Je ne l'ai pas entendue et personne ne me l'a pas relatée non plus.

4 J'étais à peu près à la même distance que tout à l'heure, d'eux, à trois ou

5 quatre mètres d'eux, comme je l'ai dit auparavant. J'allais et venais comme

6 je vous l'ai indiqué pour voir ce qui se passait. Le matin, à 7 heures, cet

7 officier s'est adressé au Dr Bosanac pour lui dire que ce n'était pas elle

8 qui gérerait l'hôpital mais lui à l'avenir. Cela se trouvait à l'entrée du

9 sous-sol de l'hôpital, où il y avait cette cellule de Crise et plusieurs

10 pièces du département ou salles de département de la chirurgie. C'était là

11 que se trouvait le bureau du docteur.

12 Q. Ce bureau du docteur se trouve-t-il à proximité immédiate de la pièce

13 où l'on mettait les plâtres au rez-de-chaussée ?

14 R. Oui.

15 Q. Vous nous avez décrit la façon dont a fait son apparition mon client,

16 M. Sljivancanin. L'avez-vous, en personne, entendu dire qu'il fallait aller

17 à une réunion dans la salle de plâtrage ou l'a-t-il dit à quelqu'un

18 d'autre, et où est-ce que cela s'est produit ?

19 R. Cela s'est produit juste après l'arrivée de cet officier de la JNA, et

20 M. Sljivancanin est arrivé juste après. J'étais encore là. C'est au même

21 endroit que cela s'est passé, donc entre le bureau du Dr Bosanac et cette

22 salle de plâtrage.

23 Q. Vous avez entendu vous-même les propos tenus par

24 M. Sljivancanin concernant la réunion dans cette salle de plâtrage ?

25 R. Oui.

26 M. LUKIC : [interprétation] J'aimerais que nous passions maintenant à huis

27 clos partiel.

28 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

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1 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel,

2 Messieurs et Madame les Juges.

3 [Audience à huis clos partiel]

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25 [Audience publique]

26 M. LUKIC : [interprétation]

27 Q. Je vais peut-être me répéter mais le timing est très important. Je

28 m'excuse si vous avez déjà répondu à certaines de ces questions. Pouvez-

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1 vous m'indiquer quand est-ce que vous êtes sortis de cet autocar qui était

2 rangé dans la rue Gunduliceva ? Savez-vous nous donner l'heure ?

3 R. Il devait être vers 9 heures, 10 heures.

4 Q. Pouvez-vous me dire combien de temps encore les autocars sont restés là

5 avant que de quitter la rue Gunduliceva ?

6 R. Très peu de temps. Ils sont peut-être restés cinq minutes encore. Là,

7 sous nos yeux, ils ont fait demi-tour, et se sont dirigés vers le centre.

8 Q. Combien de temps s'est-il passé entre le moment où vous vous êtes

9 placés là à côté de la clôture et le moment où vous avez été abordés par

10 Sljivancanin, et le moment où vous avez été emmenés vers Sljivancanin ? Je

11 ne sais pas si cela s'est passé là ou si vous avez été ramenés au bâtiment

12 de l'hôpital.

13 R. Au bout d'une heure à peu près, M. Sljivancanin s'est approché de nous.

14 Q. Entre le moment où vous l'avez-vous vu le matin à 7 heures et ce

15 moment-là, il ne s'est pas adressé à vous entre-temps ?

16 R. Non. Il ne s'est pas adressé à nous et je ne l'ai pas vu non plus.

17 Q. Vous avez déjà décrit à l'intention de M. le Procureur,

18 M. Moore, cet événement lié à M. Sljivancanin. Est-ce que, à l'intention

19 des cinq hommes, tout comme à l'intention de vous-même, il a vérifié votre

20 identité, il a vérifié si vos noms figuraient sur cette liste ? Est-ce que

21 vous avez pu voir s'il a marqué tous les noms sur cette liste ?

22 R. J'ai pu le voir, parce que, pratiquement tous les cinq, nous étions

23 autour de M. Sljivancanin pour regarder. Lui, il tenait la liste dans sa

24 main, et il nous a demandé si nous étions sur la liste. Nous cinq, on était

25 autour de lui, et on regardait cette liste. Enfin, j'ai dit que je n'y

26 étais pas, et le deuxième, le troisième et les autres ont dit de même. M.

27 Sljivancanin a personnellement rajouté nos noms au bas de cette page.

28 Q. Est-ce que vous vous souvenez peut-être - non, non, je ne vais pas vous

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1 poser cette question. Après le moment où vous avez été portés sur cette

2 liste, avez-vous été escortés par des soldats, ou est-ce que vous pouviez

3 vous déplacer librement dans l'enceinte de l'hôpital ?

4 R. Nous avons, une fois de plus, été envoyés vers les locaux souterrains

5 de l'hôpital, ou plutôt les deux soldats de la JNA nous ont raccompagnés

6 jusqu'au sous-sol de l'hôpital.

7 Q. C'est là que vous êtes restés jusqu'au moment où on vous a envoyés vers

8 les autocars qui étaient garés dans la rue Ivo Lola Ribar ?

9 R. Oui, entre-temps, il s'est passé ce que j'ai dit.

10 Q. Est-ce que vous êtes restés tout le temps au sous-sol du bâtiment

11 jusqu'à votre départ vers --

12 R. Oui, oui.

13 Q. Une ou deux questions encore pour vous. Ce sera bref. Lorsque vous avez

14 quitté le sous-sol pour être évacués - je vais me servir de ce terme - pour

15 aller vers les autocars qui vous ont transportés jusqu'à Mitrovica. Est-ce

16 que vous êtes restés dans la cour quelque temps ou est-ce qu'on vous a fait

17 aller directement vers les autocars ?

18 R. Non. Avec le soldat qui m'avait de côté et lorsque l'infirmière Vuka

19 est arrivée, à ce moment-là, je me suis dirigé vers l'extérieur. Parce

20 qu'il n'y avait plus les femmes et les enfants, les civils; ils étaient

21 déjà à bord des autocars. Lorsque j'ai enlacé Vuka, je ne me suis pas

22 arrêté avant que d'arriver à l'autocar ou avant que de monter à bord.

23 Q. Avez-vous pu remarquer des observateurs européens ou des membres de la

24 Croix Rouge internationale quelque part à proximité de là ?

25 R. Je ne m'en souviens pas.

26 Q. Vous avez décrit ce qui s'est produit au moment où vous êtes monté à

27 bord de l'autocar. J'ai cru comprendre que les autocars se trouvaient à

28 l'extérieur de l'enceinte de l'hôpital, dans la rue Lola Ribar ?

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1 R. C'est vrai.

2 Q. Ces gens qui, comme vous l'avez dit, ont frappé contre les vitres et

3 qui proféraient des menaces, pouvez-vous les décrire comme étant des

4 soldats réguliers ou comme des membres de la Défense territoriale ou des

5 volontaires ?

6 R. Je serais porté à les qualifier ou les ranger dans la catégorie de

7 membres de la TO, de la Défense territoriale.

8 M. LUKIC : [interprétation] Ceci met un terme à mon contre-interrogatoire,

9 Madame et Messieurs les Juges.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Maître Lukic.

11 A vous, Monsieur Moore ?

12 M. MOORE : [interprétation] Je n'ai pas de questions supplémentaires à

13 poser, Monsieur le Président.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

15 Témoin, je voudrais vous remercier d'être venu ici et d'avoir déposé

16 devant la Chambre. Ceci met fin à votre déposition. Vous serez heureux de

17 savoir que vous êtes maintenant libre de repartir et on va vous aider pour

18 votre retour. Je vous remercie beaucoup au nom de la Chambre.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci beaucoup.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous allez être accompagné par

21 l'Huissier, qui doit d'abord descendre les stores.

22 [Le témoin se retire]

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Moore ?

24 M. MOORE : [interprétation] Le témoin suivant que nous souhaitons

25 faire entendre est un témoin que nous appellerons le numéro P013. Je crois

26 que Mme Tuma doit être juste à l'extérieur de la salle et c'est elle qui

27 doit procéder à l'interrogatoire principal de ce témoin.

28 En ce qui concerne les mesures de protection, il y aura déformation

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1 de la voix, altération des traits du visage et pseudonyme.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-il nécessaire que ces écrans

3 soient placés et que ces stores soient descendus lorsque le témoin

4 entrera ? Je crois que la réponse est affirmative, donc il vaut mieux

5 redescendre les stores et replacer les écrans.

6 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonsoir.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonsoir.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Pourriez-vous, s'il vous plaît, lire à

10 haute voix l'engagement solennel qui figure sur la carte qui vous est

11 présentée par l'Huissier.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

13 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

14 LE TÉMOIN: TÉMOIN P013 [Assermenté]

15 [Le témoin répond par l'interprète]

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Veuillez vous asseoir.

17 Oui, Madame Tuma.

18 Mme TUMA : [interprétation] Microphone, s'il vous plaît.

19 Merci, Monsieur le Président.

20 Monsieur le Président, Madame et Monsieur les Juges, je demande que

21 la séance soit à huis clos partiel, parce que nous avons affaire à un

22 témoin protégé et de façon à avoir confirmation par le témoin de certains

23 éléments le concernant.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui. Donc, huis clos partiel.

25 Mme TUMA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

26 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel,

27 Monsieur le Président.

28 [Audience à huis clos partiel]

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22 [Audience publique]

23 Mme TUMA : [interprétation] Merci.

24 Q. En août 1991, vous viviez alors à Vukovar ?

25 R. Oui.

26 Q. Est-ce que vous viviez chez vous, à votre domicile ? Je parle du mois

27 d'août 1991 ?

28 R. Je vivais dans ma maison, oui.

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1 Q. Avez-vous pu y rester par la suite ?

2 R. J'y ai vécu jusqu'à la mi-septembre, jusqu'à la fin de septembre. A ce

3 moment-là, j'ai dû partir parce que des obus continuaient de tomber tous

4 les jours dans ce quartier, en fait, dans toute la ville et, en

5 particulier, dans ce quartier, y compris sur ma maison.

6 Q. Y avait-il d'autres quartiers qui recevaient des obus ? Le savez-vous ?

7 R. Toute la ville recevait des obus.

8 Q. Y avait-il d'autres quartiers ou secteurs à l'extérieur de la ville ?

9 R. Je ne suis pas sortie de la ville.

10 Q. Avez-vous entendu d'autres personnes parler de cela, de savoir s'il y

11 avait d'autre quartier en dehors de la ville qui était bombardé à

12 l'époque ?

13 R. J'ai entendu d'autres personnes dire que tous les villages habités par

14 des Croates étaient bombardés.

15 Q. Vous avez dit ici que vous ne pouviez plus rester dans votre maison à

16 partir de mi-septembre. Qu'avez-vous fait alors ?

17 R. Je suis allée à l'hôpital de Vukovar parce que nous croyions tous que

18 l'hôpital serait épargné, ne serait pas pris pour cible par les obus et que

19 nous serions davantage en sécurité là-bas. (expurgé)

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21 (expurgé)

22 Q. Bien. Je vous remercie. Je voudrais rappeler maintenant au témoin que

23 nous sommes en audience publique. Lorsque vous répondrez à la question, ne

24 révélez pas votre identité.

25 Comment étaient les conditions à l'hôpital de votre point de vue,

26 disons, à partir du moment où vous êtes arrivée à la mi-septembre jusqu'à

27 la mi-novembre ? Pourriez-vous nous donner un tableau de ce qui se

28 passait ? Comment vous voyez les choses ? Comment c'était pour vous et les

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1 autres personnels de l'hôpital ?

2 R. La situation était très difficile. Il n'y avait pas d'eau, pas

3 d'électricité. Il y avait un grand nombre de blessés. Quiconque vivait à

4 Vukovar et restait, lorsqu'ils voulaient aller chercher de l'eau pour eux-

5 mêmes, étaient tués par les obus. Tous les jours, un très grand nombre de

6 personnes ont été tuées, et les blessés étaient transportés et emmenés à

7 l'hôpital.

8 Q. Nous sommes encore en audience publique pour le moment. Vous avez parlé

9 de l'eau. Y avait-il des difficultés particulières pour se procurer de

10 l'eau ?

11 R. Il y avait des personnes qui s'en occupaient. Il y avait les pompiers

12 qui avaient des camions citernes pour aller chercher de l'eau. Ils allaient

13 remplir leurs citernes et, en plus de cela, nous avions également des puits

14 autour de Vukovar. Chaque fois qu'elles allaient chercher de l'eau,

15 quelqu'un le disait, et tous ceux qui allaient chercher de l'eau étaient

16 tués par un obus.

17 Q. Y avait-il des rumeurs ou des explications pour lesquelles c'était

18 ainsi que ceux qui allaient chercher de l'eau étaient tués, et notamment

19 les pompiers ?

20 R. Je ne sais pas comment répondre à votre question. Tout simplement,

21 l'armée yougoslave croyait qu'à Vukovar, dans la ville proprement dite, il

22 n'y avait que les Oustachi, et qu'il fallait tous les tuer.

23 Q. Y a-t-il eu des tentatives faites de la part de l'hôpital pour essayer

24 de faire cesser les bombardements ?

25 R. Le Dr Bosanac a envoyé, lancé des appels à la radio. Je ne sais pas où.

26 Par ailleurs, je ne les ai pas entendus moi-même, mais j'ai entendu dire

27 que les appels avaient été lancés à la radio pour faire cesser le

28 bombardement, le pilonnage. Quant à savoir si elle avait négocié avec qui

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1 que ce soit pour essayer de faire arrêter ce bombardement, cela je ne le

2 sais pas parce que je n'ai rien entendu à ce sujet. Toutefois, nous l'avons

3 entendu parler à la radio. Nous avons entendu lancer un appel pour que le

4 bombardement cesse, en disant qu'il y avait de nombreux blessés, infirmes

5 en ville, des femmes, des enfants.

6 Q. Merci. Pourriez-vous, s'il vous plaît, juste décrire l'intensité du

7 bombardement de l'hôpital ? Nous parlons maintenant de la période qui va

8 partir de la mi-septembre jusqu'à la mi-novembre.

9 R. Des avions ont survolé l'hôpital. Personnellement, j'étais présente

10 lorsque les bombes sont tombées. Ils ont dit que la bombe que j'ai vue

11 s'appelait Krmaca. C'est une énorme bombe qui, heureusement, n'a pas

12 explosé. Elle est tombée sur un patient, mais entre ses jambes alors qu'il

13 était étendu sur un lit. La bombe a atterri entre ses jambes écartées.

14 L'hôpital recevait des obus tous les jours ainsi que le secteur autour de

15 l'hôpital.

16 Q. Pourriez-vous décrire ce bombardement, ces obus ? Vous dites qu'il

17 recevait les obus tous les jours. Quelle était l'intensité de ces tirs ?

18 Est-ce que c'était une fois ou plusieurs fois par jour ?

19 R. C'était si épouvantable, qu'on ne pouvait pas sortir. On ne pouvait pas

20 sortir du sous-sol. Quiconque sortait, était tué.

21 Q. Que voulez-vous dire par sortir, aller à l'extérieur ? Vous voulez dire

22 à l'extérieur du bâtiment de l'hôpital ou à l'extérieur de la cour de

23 l'hôpital ?

24 R. Je veux dire du sous-sol. Nous étions dans l'abri atomique sous le rez-

25 de-chaussée.

26 Q. Pendant combien de temps est-ce que ceci s'est poursuivi, à savoir que

27 vous ne pouviez plus sortir à l'extérieur ou sortir de l'abri atomique ?

28 R. Pendant tout le mois d'octobre, jusqu'à la chute de Vukovar.

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1 Q. Merci. Pouvez-vous nous décrire ce qui s'est passé à l'hôpital à cause

2 de ces pilonnages ? Y a-t-il eu des dégâts ? Que s'est-il passé ?

3 R. L'hôpital a été endommagé. Il n'y avait plus de toit. Le deuxième étage

4 était détruit. Tout était détruit. Les gens se sont installés dans l'abri

5 antiatomique, sous-sol. Tout le monde était là; les patients, les blessés,

6 les médecins, les infirmières. Tout le monde vivait au sous-sol.

7 Q. Qu'en est-il des autres étages ?

8 R. Tout ce qui se situait au-dessus avait été détruit par des obus. Nous

9 ne pouvions pas nous installer. Il n'y avait ni porte ni fenêtre, ni toit.

10 Q. Alors que vous travailliez à l'hôpital, est-ce que vous pouviez vous

11 rendre dans les parties de l'hôpital qui étaient accessibles, pour ainsi

12 dire ?

13 R. Pendant quelque temps, nous pouvions aller dans l'ancienne cuisine, la

14 véritable cuisine de l'hôpital. Par la suite, ils n'ont cessé de tirer.

15 Tout a été détruit. Il y avait des éclats de verre partout. Puis, nous

16 sommes allés dans l'abri antiatomique, comme je vous l'ai dit. Pendant

17 toute cette période, je n'ai pas quitté l'hôpital; je ne suis pas sortie de

18 cet abri antiatomique.

19 Mme TUMA : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaiterais passer à

20 huis clos partiel pour une question.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

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3 [Audience publique]

4 Mme TUMA : [interprétation] Merci.

5 Q. Qu'en est-il des autres patients de l'hôpital ? Etaient-ils

6 d'appartenance ethnique différente ? Est-ce que vous pourriez nous décrire

7 les différentes catégories de patients qui se trouvaient à l'hôpital ?

8 R. Les obus qui tombaient sur Vukovar ne choisissaient pas leurs cibles,

9 ne faisaient pas la différence entre les Serbes, les Croates, les gitans,

10 et ainsi de suite. Les obus frappaient tout le monde. Nous avions des

11 patients d'origines ethniques différentes. Tous ont été blessés dans leur

12 propre ville par des obus et des éclats d'obus.

13 Q. Je vous remercie. Y avait-il des soldats blessés à l'hôpital ? Et le

14 cas échéant, quels types de soldats ?

15 R. Je ne sais pas. Les combats faisaient rage. Des soldats ont été

16 conduits à l'hôpital, mais je ne saurais pas vous dire à quelle formation

17 ils appartenaient.

18 Q. N'avez-vous jamais vu des armes à l'hôpital ?

19 R. Personnellement, non.

20 Q. Merci. L'hôpital était-il identifié comme tel par un symbole ou autre ?

21 R. Il y avait une espèce de tissu, de drapeau en tissu blanc, qui portait

22 une croix rouge. C'était peut-être un drap de lit, mais je n'en suis pas

23 sûre. Il y avait quelque chose, en tous cas.

24 Q. Vous souvenez-vous incidemment où cela se trouvait ?

25 R. Quand on entre par l'entrée principale de l'hôpital, sur la gauche, il

26 y avait un service chargé des maladies infectieuses. C'est à cet endroit

27 que se trouvait le drapeau. Outre cela, il y avait dans la cour, deux

28 énormes draps étendus par terre, dans la cour de l'hôpital.

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1 Q. Fort bien, Merci. Vous vous occupiez de toutes sortes de choses à

2 l'intérieur de l'hôpital. Savez-vous comment les patients qui se trouvaient

3 à l'hôpital étaient soignés ?

4 R. Dans la mesure où j'ai pu le constater, n'étant pas infirmière ou

5 médecin, ils étaient soignés au mieux. Il y avait les fournitures médicales

6 qui circulaient. Nous en avions peu, mais toutes ces fournitures, ces

7 médicaments, ces équipements médicaux étaient distribués. Tout le monde a

8 été aidé. Je connaissais plusieurs personnes appartenant à des groupes

9 ethniques différents. Ils gisaient là, leurs blessures étaient pansées. Je

10 peux affirmer que tout le monde a reçu le même traitement. C'est ce que

11 j'ai vu.

12 Q. Merci. Combien de temps le pilonnage de l'hôpital a-t-il duré ? Quand

13 a-t-il cessé ?

14 R. Le pilonnage a cessé lorsque le pilonnage de la ville a cessé. Je ne

15 peux pas vous dire exactement si c'était le 17 ou le 18. C'était peut-être

16 le 19. L'une de ces dates, en tout cas. Le pilonnage a cessé à ce moment-

17 là. La partie adverse prétendait déjà avoir libéré Vukovar. On a annoncé

18 que tous les habitants de la ville devaient se rendre. Cela a commencé le

19 17, et s'est poursuivi pendant les journées des 18 et 19.

20 Q. Lorsque la ville est tombée, cela a-t-il eu une incidence sur l'hôpital

21 lui-même ?

22 R. Cela a eu des conséquences considérables pour l'hôpital. Tout le monde

23 a été amené. Et les gens qui ont été emmenés n'ont jamais réapparu.

24 Q. Vous trouviez-vous à l'hôpital lorsque la ville est tombée ?

25 R. Oui.

26 Q. Si je vous disais que la ville est tombée le 18 novembre, diriez-vous

27 que c'est exact ?

28 R. Oui, c'est exact.

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1 Q. Avez-vous vu quiconque entrer dans l'hôpital ce jour-là ?

2 R. Une foule de gens est arrivée à l'hôpital ce jour-là. Lorsque la ville

3 est tombée, les gens étaient apeurés, car l'armée qui nous avait pilonnés,

4 qui avait fait tant de victimes au cours des trois mois passés, arrivait.

5 Les gens pensaient qu'arrivés à l'hôpital, ils seraient en lieu sûr.

6 Q. Avez-vous vu ces gens entrer dans l'hôpital ?

7 R. Oui.

8 Q. Pouvez-vous nous donner une estimation du nombre de personnes qui sont

9 arrivées à l'hôpital ce premier jour, à savoir, le 18 novembre ?

10 R. Il y avait beaucoup de gens, 3 000 ou 4 000 personnes; des milliers de

11 personnes. La cour de l'hôpital était pleine de monde.

12 Q. C'est comme cela que vous avez pu vous rendre compte qu'il y avait tant

13 de gens qui arrivaient ce jour-là, n'est-ce pas ?

14 R. En regardant par la fenêtre, où que je me tourne, il y avait des gens

15 partout, à l'intérieur de l'enceinte de l'hôpital, des femmes, des enfants.

16 Toute la population de Vukovar était là.

17 Q. Compte tenu du fait que tant de personnes sont arrivées à l'hôpital ce

18 jour-là, quelles ont été les conditions à l'intérieur de l'hôpital ?

19 R. La panique et la peur régnaient, car nous ne savions pas ce qui nous

20 attendait. Nous étions véritablement effrayés.

21 Q. Pourquoi ces gens sont-ils venus à l'hôpital ? Le savez-vous ?

22 R. Pourquoi la JNA est venue ?

23 Q. Non, excusez-moi. Les civils qui arrivaient en masse à l'hôpital,

24 pourquoi sont-ils venus à cet endroit ?

25 R. Les civils vivaient habituellement dans les caves de leurs maisons.

26 Lorsque l'on a annoncé que Vukovar était tombée, les civils ont eu peur que

27 l'armée les emmène quelque part. Si bien, qu'ils ont couru vers l'hôpital

28 pour se trouver en lieu sûr, car ils pensaient que l'armée ne viendrait

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1 chercher personne à l'hôpital pour les tuer.

2 Q. Je vous remercie. Parlons toujours du 18 novembre. Avez-vous entendu

3 parler d'un accord portant sur l'évacuation ce jour-là ?

4 R. Ce jour-là, j'étais à l'intérieur de l'hôpital. Je regardais par la

5 fenêtre. Des camions sont arrivés dans la cour de l'hôpital. Des gens ont

6 été embarqués à bord de ces camions et emmenés quelque part, mais je ne

7 sais pas où on les emmenés au juste.

8 Q. Je souhaiterais que l'on parle de la journée suivante, à savoir, la

9 journée du 19 novembre. Vous souvenez-vous ce qui s'est passé ce jour-là,

10 c'est-à-dire, le lendemain de la chute de Vukovar ?

11 Je vous rappelle que nous sommes en audience publique. Donc, ne mentionnez

12 aucun nom qui permettrait de divulguer votre identité.

13 R. Le 19 au matin - j'ai oublié de dire, qu'en réalité, c'est dans la

14 soirée du 18 que l'armée est arrivée et a encerclé l'hôpital. Ils y ont

15 passé la nuit.

16 Q. De quelle armée voulez-vous parler ?

17 R. De la JNA.

18 Q. Comment le savez-vous ?

19 R. Que c'était la JNA ? Je le sais, parce qu'ils étaient armés, qu'ils

20 sont arrivés à l'hôpital et qu'ils se sont installés tout autour.

21 Q. Est-ce que vous l'avez vue ?

22 R. Oui.

23 Q. A quel endroit vous trouviez-vous ?

24 R. Je l'ai vue en regardant par la fenêtre.

25 Q. Vous avez mentionné plusieurs fois que vous regardiez par la fenêtre. A

26 quel endroit précis de l'hôpital vous trouviez-vous lorsque vous avez

27 observé ce que vous nous avez décrit ?

28 R. Lorsque l'armée nous a encerclés le 18, le pilonnage avait déjà cessé.

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1 Nous ne vivions plus au sous-sol. Nous pouvions aller jusqu'au premier

2 étage. Nous pouvions nous déplacer à l'intérieur de l'hôpital, car nous ne

3 courions plus le risque d'être tués à ce moment-là. C'est là que j'ai vu

4 tous ces soldats armés qui se tenaient dans la cour de l'hôpital.

5 Q. Lorsque vous parlez de la cour de l'hôpital, pourriez-vous nous

6 expliquer plus en détail où se trouve cette cour par rapport au bâtiment de

7 l'hôpital ?

8 R. Bien, il y a un bâtiment, une cage d'escalier, et vous arrivez dans la

9 cour. C'est dans l'enceinte de l'hôpital.

10 Q. Y avait-il plus d'un bâtiment dans l'enceinte de l'hôpital ?

11 R. Oui. Il y avait le nouveau bâtiment et un autre bâtiment de

12 construction ancienne. Ces bâtiments sont tous situés à proximité les uns

13 des autres.

14 Q. Par rapport aux deux bâtiments que vous venez de nous décrire, où se

15 trouvait la cour ?

16 R. Entre les deux bâtiments il y a une espèce de chemin, quelque chose

17 comme cela.

18 Q. D'accord. Je vous remercie. L'armée se trouvait dans la cour de

19 l'hôpital dans la soirée du 18, si je vous ai bien compris ?

20 R. Oui.

21 Q. Où passiez-vous vos nuits jusqu'au 19 novembre ?

22 R. Vous voulez savoir où j'ai passé la nuit du 18 au 19 ? Bien, dans la

23 mesure où j'ai pu dormir, car, en réalité, j'ai à peine pu fermer l'il.

24 Dans la matinée du 19, il devait être entre 6 heures et demie et 7 heures

25 du matin, nous avons dû quitter le bâtiment de l'hôpital, nous avons dû

26 tous sortir du bâtiment.

27 Q. Qu'en est-il des patients de l'hôpital ? Y avait-il des patients à ce

28 moment-là ? Je veux parler des civils qui étaient arrivés à l'hôpital. Est-

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1 ce qu'il y avait des patients à ce moment-là ?

2 R. Il y avait des patients, et on avait donné l'ordre que tous ceux qui

3 étaient en mesure de marcher et qui étaient légèrement blessés devaient

4 quitter l'hôpital. Les blessés graves pouvaient rester dans leur lit.

5 Q. Je souhaiterais que l'on revienne à la journée du 19 novembre. Vous

6 souvenez-vous de ce qui s'est passé le 19 novembre ou lors d'une autre

7 journée que vous avez mentionnée ?

8 R. Dans la matinée du 19 novembre, entre 6 heures et demi et 7 heures du

9 matin, nous dormions encore lorsque l'ordre a été donné qu'on quitte le

10 bâtiment de l'hôpital.

11 Mme TUMA : [interprétation] Monsieur le Président, ceci est -- LE TÉMOIN :

12 [interprétation] Non, non. En fait, ce n'était pas le 19. Excusez-moi.

13 Non, non. Je me suis trompée dans les dates. C'était dans la matinée du 20.

14 Mme TUMA : [interprétation]

15 Q. Je souhaiterais qu'on reparle du 19 novembre, c'est-à-dire, la

16 veille du 20 novembre. Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé ce jour-

17 là ? Avez-vous des souvenirs particuliers de cette journée-là ?

18 R. Nous étions tous effrayés. Nous nous trouvions à l'intérieur. Il y

19 avait beaucoup de remue-ménage, beaucoup de blessés, de civils partout, et

20 plus personne ne savait ce qu'ils devaient faire. Nous avions tous très

21 peur le 19, si c'était là l'objet de votre question.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Madame Tuma, pensez-vous que le moment

23 est bien venu de lever l'audience ?

24 Mme TUMA : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous allons lever l'audience et nous

26 reprendrons nos travaux lundi à 14 heures 15.

27 S'agissant du reste de la semaine, nous siégerons dans la matinée, mais

28 lundi nous siégerons à partir de 14 heures 15.

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1 --- L'audience est levée à 19 heures 01 et reprendra le

2 7 novembre 2005, à 14 heures 15.

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