Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 28 novembre 2005

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 14 heures 18.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour, Madame. Je souhaiterais que

7 vous nous donniez lecture de la déclaration solennelle qui se trouve sur la

8 carte qui vient de vous être transmise.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 LE TÉMOIN: SARLOTA FORO [Assermentée]

12 [Le témoin répond par l'interprète]

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Veuillez prendre place, je vous prie.

14 Monsieur Agha.

15 M. AGHA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

16 Interrogatoire principal par M. Agha :

17 Q. [interprétation] Madame, pourriez-vous décliner votre identité à la

18 Chambre.

19 R. Je m'appelle Sarlota Foro.

20 Q. Pourriez-vous nous indiquer quel enseignement vous avez suivi,

21 rapidement.

22 R. Je suis née -- non, non, non. Vous m'avez posé une question à propos de

23 mon éducation. J'ai terminé l'enseignement primaire et secondaire et j'ai

24 commencé mes études à l'université à Belgrade, et j'ai obtenu mes diplômes

25 d'universitaires.

26 Q. Où êtes-vous née et où avez-vous été élevée ?

27 R. Je suis née le 4 janvier 1963 à Vukovar. Et lorsque j'avais un an, j'ai

28 déménagé avec mes parents à Belgrade. C'est à Belgrade que j'ai suivi les

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1 cours de l'école primaire et de l'école secondaire, et c'est également à

2 Belgrade que j'ai étudié.

3 Q. Quand êtes-vous retournée à Vukovar ?

4 R. Je me suis mariée en 1986 et c'est à ce moment-là que je suis repartie

5 à Vukovar.

6 Q. Quel âge aviez-vous pendant les événements de Vukovar en 1991 ?

7 R. J'avais 28 ans.

8 Q. Dans quelle mesure est-ce que vous connaissez bien la région de

9 Vukovar ?

10 R. Je suis née à Vukovar, et nous avions une maison familiale à Vukovar,

11 donc je m'y rendais très fréquemment avec mes parents et j'y passais toutes

12 mes vacances scolaires, et ce, pendant toute ma vie. Lorsque je me suis

13 mariée également, j'y ai vécu pendant cinq ans.

14 Q. Lorsque vous êtes rentrée à Vukovar en 1986, quelle était l'atmosphère

15 qui régnait à ce moment-là dans la ville ?

16 R. A Vukovar, les choses se passaient normalement. Je n'ai remarqué aucune

17 tension. Je n'ai remarqué aucun problème ethnique à ce moment-là.

18 Q. Est-ce qu'à un moment donné, les tensions ont commencé à se discerner,

19 et est-ce qu'il y a eu un événement particulier en 1991 qui a abouti à

20 cette intensification des tensions ?

21 R. Les tensions ont commencé à augmenter en 1990, vers la fin de l'année,

22 avec une apogée en mai 1991. Là, nous avons eu l'événement fort connu de

23 Borovo Selo au cours duquel des policiers croates ont été tués.

24 Q. Quel fut l'impact de l'incident de Borovo Selo sur les tensions qui

25 prévalaient dans la zone ?

26 R. Les tensions se sont exacerbées assez considérablement. C'était un

27 sujet de conversation qui était abordé fréquemment. Les médias ont, bien

28 entendu, eu leur rôle à jouer pour ce qui est de l'intensification des

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1 tensions. Puis entre-temps, d'autres événements ont eu lieu, d'autres

2 événements qui ont contribué à exacerber les tensions. J'ai entendu parler

3 d'un autre événement au cours duquel un policier croate fut tué. Cela s'est

4 passé au mois de juin 1991, et c'est à ce moment-là que l'on peut dire que

5 les tensions ont atteint leur apogée.

6 Q. En 1991, dans quel quartier de Vukovar habitiez-vous ?

7 R. La maison de ma famille se trouvait à Mitnica, et c'est là où

8 j'habitais lorsque je suis rentrée à Vukovar en 1986.

9 Q. Au début de l'année 1991, où travailliez-vous ?

10 R. Je travaillais pour une société d'intérêt public qui se trouve

11 également dans le quartier de Mitnica, et j'avais un emploi de secrétaire à

12 toutes fins utiles. Je supervisais le travail qui était effectué à Novo

13 Groblje. Il s'agissait du nouveau cimetière de Vukovar. Il y avait un

14 fleuriste, il y avait également des maisons de pompes funèbres. Il y avait

15 également un bureau que cette société d'intérêt public avait. Il s'agissait

16 d'une filiale ou d'une succursale pour les obsèques de ceux qui étaient

17 morts ou qui avaient été tués.

18 Q. Est-ce que dans le cadre de vos activités professionnelles vous deviez

19 quitter votre bureau souvent ou est-ce que vous restiez essentiellement

20 dans votre bureau ?

21 R. Non. Je devais me rendre fréquemment au nouveau cimetière, qui, comme

22 je vous l'ai dit, se trouvait à Mitnica, à la sortie de la ville, lorsque

23 vous prenez la direction de Sotin.

24 Q. Est-ce qu'il y a eu un moment où vous n'y êtes plus allée, où vous avez

25 arrêté de vous y rendre ? Le cas échéant, quand est-ce que cela s'est

26 passé, approximativement ?

27 R. La dernière fois que je me suis rendue au nouveau cimetière, c'était à

28 la fin du mois d'août 1991. Là, les tensions s'étaient vraiment exacerbées.

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1 Elles avaient atteint un apogée -- ou peut-être pas un apogée, mais c'était

2 le début du conflit armé. C'était le début du conflit dans cette partie de

3 la ville. La situation a été extrêmement difficile. J'ai dû m'enfuir du

4 cimetière parce que des blindés de l'armée yougoslave sont passés par le

5 bois qui se trouvait entre Mitnica et le nouveau cimetière et ils ont

6 bouclé tout ce secteur. Donc, ils ont tiré sur le cimetière. A ce moment-

7 là, il y avait quelque dix civils dans le cimetière. Après avoir passé

8 quelque deux heures dans une petite maison qui se trouvait dans le

9 cimetière, parce que nous avons essayé de trouver refuge et essayé de nous

10 cacher, nous avons décidé de nous enfuir vers la ville.

11 M. AGHA : [interprétation] J'aimerais demander à M. l'Huissier de montrer

12 le numéro 6, le document numéro 6 pour le témoin. Il s'agit d'un document

13 qui porte la cote ERN 04626622, qui correspond à la pièce à conviction 59.

14 Q. Madame, vous allez voir apparaître sur l'écran devant vous une carte.

15 Indiquez-moi quand est-ce que cette carte apparaît.

16 Madame, est-ce que la carte est maintenant affichée ? Non, toujours pas ?

17 R. Oui, oui, je la vois maintenant, la carte.

18 Q. Est-ce que vous pourriez apposer quelques inscriptions, avec le stylo

19 rouge, sur cette carte, avec l'aide de M. l'Huissier, je vous prie.

20 Est-ce que nous pourrions faire un gros plan, je vous prie, pour le témoin.

21 Madame, vous nous avez dit que vous travailliez et viviez dans un quartier

22 qui s'appelle Mitnica. Est-ce que vous pourriez repérer ce quartier sur la

23 carte et apposer la lettre "A" auprès du cercle que vous allez dessiner

24 autour de ce quartier.

25 R. [Le témoin s'exécute]

26 Q. Vous nous avez dit que vous aviez l'habitude de vous rendre au

27 cimetière dans le cadre de votre travail. Est-ce que vous pourriez peut-

28 être faire un cercle autour de ce secteur-là et y apposer la lettre "B".

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1 R. [Le témoin s'exécute]

2 Q. J'aimerais que vous dessiniez une ligne pour montrer l'itinéraire que

3 vous empruntiez pour aller de votre travail à Mitnica, de votre bureau au

4 cimetière. Est-ce que vous pourriez apposer la lettre "C".

5 R. [Le témoin s'exécute]

6 Q. Vous nous avez dit que vous n'avez pu plus vous rendre au travail du

7 fait de l'intervention de la JNA. Est-ce que vous pourriez peut-être, sur

8 cette carte, indiquer ou dessiner une ligne pour nous montrer de quelle

9 direction venaient les blindés de la JNA.

10 R. Les blindés sont passés à travers cette zone. Ils ont emprunté la route

11 qui passe dans les bois, que vous ne pouvez pas voir sur la carte, donc je

12 vais la dessiner approximativement. Puis, ils se sont positionnés en face

13 du cimetière. Je ne sais pas de quelle direction ils venaient. Je suppose

14 qu'ils venaient probablement de Negoslavci, mais je ne peux pas vraiment le

15 dire. Toujours est-il qu'ils ont coupé près des premières maisons et ils

16 ont atteint le cimetière en empruntant la route. Ils se sont positionnés en

17 face du cimetière, et c'est à partir de cet endroit plutôt qu'ils ont tiré.

18 Ils ciblaient le cimetière ainsi que la banlieue de cette zone, Mitnica.

19 Q. Là où vous avez commencé à dessiner une ligne, est-ce que vous pourrez

20 apposer la lettre "D".

21 R. [Le témoin s'exécute]

22 Q. A cette époque-là, où travaillait votre mari ?

23 R. Lorsque nous nous sommes mariés, mon mari travaillait à la poste, au

24 siège de la poste. Il travaillait dans le service des installations

25 téléphoniques et des lignes téléphoniques.

26 Q. Est-ce que vous pourriez, je vous prie, nous indiquer sur la carte où

27 se trouve la poste. Est-ce que vous pourriez faire un cercle, si vous le

28 pouvez. Est-ce que vous pouvez nous indiquer grosso modo où elle se trouve

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1 située.

2 R. La poste se trouvait à l'embouchure de la rivière Vuka, qui se jette

3 dans le Danube. Donc, elle se trouvait tout près des rives du Danube, à peu

4 près là.

5 Q. Est-ce que vous pourriez mettre la lettre "E", je vous prie.

6 R. [Le témoin s'exécute]

7 Q. Alors, j'aimerais que nous conservions cette carte à l'écran, mais

8 j'aimerais vous poser la question suivante : que faisait votre mari à la

9 poste ?

10 R. A la poste, mon mari travaillait avec une équipe de collègues et ils

11 installaient les lignes téléphoniques, ainsi que les installations

12 téléphoniques et tous les branchements qui étaient reliés à la centrale de

13 la poste. Voilà le genre de travail qu'il faisait.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Agha, si vous souhaitez que

15 ces inscriptions soient répertoriées, je pense qu'il faudrait le faire

16 maintenant.

17 M. AGHA : [interprétation] Non, j'allais poser d'autres questions qui vont

18 demander d'autres inscriptions pour ne pas trop perdre de temps.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce que vous pensez que vous

20 arriverez à tout conserver cette fois-ci ?

21 M. AGHA : [interprétation] Je l'espère.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Mais je ne voulais surtout pas que

23 vous ignoriez cela.

24 M. AGHA : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

25 Q. Est-ce qu'à un moment donné, Vukovar ainsi que Mitnica ont fait l'objet

26 d'attaques ?

27 R. Mitnica a été attaqué depuis le début du pilonnage de la ville, et cela

28 a commencé pendant le mois de juillet. Il y avait des tirs sporadiques qui

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1 se sont intensifiés, des attaques sporadiques. Puis, vers la fin du mois

2 d'août, c'est à partir des avions qu'ils bombardaient. En septembre, il y a

3 eu un pilonnage intensif et incessant de la ville de Vukovar, et ce,

4 jusqu'à ce que Vukovar soit occupé.

5 Q. Qui était responsable de ces attaques ?

6 R. La ville était attaquée par l'armée populaire yougoslave.

7 Q. Quelle était la fréquence des pilonnages ? Est-ce que ces pilonnages

8 avaient lieu quotidiennement, hebdomadairement, mensuellement ?

9 R. Pendant le mois de juillet, les attaques étaient sporadiques. Il y

10 avait de temps à autre des obus qui tombaient. Je me souviens de l'attaque

11 à Vukovar contre Becarski Kriz et Vinarija. Cela s'est passé en juillet. En

12 août, la situation était plus ou moins la même, mais à la fin du mois

13 d'août, nous avons eu les événements de Mitnica dont je viens de parler il

14 y a quelques minutes. Puis, il y a également eu une attaque à la fin du

15 mois d'août, une attaque aérienne, et c'est le centre des travailleurs de

16 Vukovar qui avait été ciblé. Puis, à la fin de septembre, les attaques sont

17 devenues de plus en plus fréquentes et elles étaient incessantes.

18 Q. Vous nous avez dit que les attaques étaient incessantes et 24 heures

19 sur 24. Mais quelle était l'intensité de ces attaques ? Est-ce qu'il

20 s'agissait d'une bombe par jour ou -- plus ou moins ?

21 R. Lorsque je dis qu'il y avait un pilonnage 24 heures sur 24, ce que

22 j'entends, c'est qu'il y avait un pilonnage constant et continu de la

23 ville, ce qui signifie que les obus tombaient tout le temps et que par

24 conséquent, les déplacements dans la ville étaient particulièrement

25 limités. On ne pouvait pas quitter nos abris.

26 Q. D'après ce que vous savez de Vukovar, est-ce qu'il y a des bâtiments ou

27 des immeubles normaux qui ont été touchés ?

28 R. Moi-même, je me trouvais dans une cave et je quittais l'abri de la cave

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1 lorsque le pilonnage perdait un peu de son intensité, lorsque cela était

2 possible ou lorsque les pilonnages ne tombaient pas près de chez nous.

3 C'est vrai que les explosions pouvaient être entendues sur toute la ville

4 tout le temps, mais environ une fois par semaine, je quittais mon abri pour

5 me rendre chez moi, pour voir si mes parents étaient encore en vie. Chaque

6 fois que je m'aventurais à l'extérieur de cette cave, à Mitnica, ce que je

7 voyais, c'est que dans un premier temps, tous les toits des maisons

8 familiales, des maisons, avaient été enlevés à la suite des explosions. Il

9 n'y avait pas d'autres bâtiments, il ne s'agissait que d'appartements et

10 des maisons familiales dans ce quartier; c'étaient des civils qui y

11 habitaient. Ensuite, au centre de la ville, il y avait d'autres bâtiments

12 plus importants, si je peux m'exprimer de la sorte. Mais après cela, ce

13 sont les murs qui ont commencé à être détruits, et au début du mois de

14 novembre, il n'y avait plus aucune maison qui restait au-dessus des caves.

15 Tout avait été absolument rasé et détruit.

16 Q. Pour revenir aux mois compris entre juin et août, lorsque vous

17 travailliez au cimetière, est-ce que le nombre de personnes qui ont été

18 enterrées a augmenté, diminué, est-ce qu'il a été plus ou moins le même ?

19 R. A plusieurs reprises, il y avait un grand nombre de personnes

20 enterrées. Lors des attaques sporadiques que j'ai mentionnées, elles

21 étaient très dangereuses parce qu'elles étaient tout à fait imprévisibles.

22 Il y a un grand nombre de personnes qui sont mortes pendant ces attaques.

23 Je me souviens d'une attaque précisément sur le palais du comte d'Eltz, et

24 d'après ce dont je me souviens, je pense qu'une douzaine de civils ont été

25 tués. C'étaient des personnes qui travaillaient dans le palais, des

26 employés du palais, en quelque sorte. Dans le palais, il y avait un musée,

27 le musée de la ville de Vukovar qui se trouvait dans ce palais.

28 Q. Quel était le statut des personnes qui étaient enterrées au cimetière ?

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1 R. Je viens de vous parler des employés du palais, de personnes qui y

2 travaillaient, il s'agissait de civils.

3 Q. Qu'est-ce qui avait provoqué leur décès, dans la mesure où vous le

4 saviez ?

5 R. Ecoutez, je ne suis pas absolument sûre si une bombe est tombée sur le

6 palais ou s'il s'agissait d'obus. Toujours est-il que le palais a été

7 absolument détruit. Il y a toute une partie du palais qui a été rasée, puis

8 sous ces gravats et sous ces débris, les civils dont j'ai parlé avaient

9 trouvé leur mort.

10 L'INTERPRÈTE : L'interprète précise qu'il s'agissait peut-être d'une bombe

11 qui s'appelait Krmaca.

12 M. AGHA : [interprétation]

13 Q. Vous avez mentionné que ce pilonnage était très intensif et fréquent.

14 Comment est-ce que les gens se débouillaient dans leur quotidien ? Où

15 habitaient-ils ?

16 R. Nous vivions dans des abris, dans les sous-sols des bâtiments, dans les

17 caves. Puisqu'il s'agit de la Slavonija, je ne sais pas si vous êtes au

18 courant de cela, mais il s'agit d'un secteur ou d'une région où il y a une

19 tradition d'une école. Il y avait de nombreuses vignes dans cette zone, ce

20 qui fait que tous les foyers disposaient d'une cave pour entreposer le vin.

21 D'aucuns pourraient dire que nous avons résidé dans ces caves. Nous y avons

22 vécu jour et nuit pendant plus de trois mois.

23 Q. Dans quelle mesure est-ce qu'il était dangereux de se déplacer à

24 l'extérieur du fait du pilonnage de cette période entre le mois d'août et

25 le mois de novembre 1991 ?

26 R. C'était extrêmement dangereux de se déplacer. Il n'était possible de se

27 déplacer que de façon très limitée, très contrainte, et à chaque fois que

28 vous vous aventuriez à l'extérieur d'un abri, vous risquiez votre vie et

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1 vous pouviez justement perdre la vie. J'ai vécu ce genre de situation

2 plusieurs fois.

3 Q. Est-ce que les pilonnages étaient précis ?

4 R. Je peux dire que les pilonnages étaient extrêmement précis. Il y avait

5 des bâtiments bien précis qui étaient ciblés tels que, par exemple, les

6 puits d'eau ont fait l'objet de pilonnages. Les gens qui utilisaient cela

7 pour leur adduction en eau n'avaient plus accès. Il faut savoir qu'il n'y

8 avait plus d'eau courante, il n'y avait plus d'électricité à l'époque. Il

9 fallait utiliser les puits. Nous nous sommes débrouillés avec les moyens du

10 bord, et c'est pour cela qu'ensuite, nous allions prendre de l'eau à la

11 source. Nous nous rendions dans les maisons qui disposaient d'une source

12 d'eau, qui avaient des puits. Il y avait des maisons comme cela à Mitnica -

13 j'ai vu trois ou quatre de ces maisons - qui ont été complètement rasés.

14 Q. Hormis les obus que vous avez mentionnés, est-ce qu'il y avait d'autres

15 armes qui ont été utilisées ?

16 R. Oui, toutes sortes d'armes ont été utilisées. Je peux vous donner les

17 noms de toutes ces armes parce qu'on apprend très vite. Même les petits

18 enfants qui se trouvaient dans les abris ont appris très vite à faire la

19 différence entre les différentes armes parce que ces armes pleuvaient sur

20 nous. Il y avait des obus, des projectiles qui venaient d'armes à canons

21 multi jumelés. Il y avait également des bombes qui étaient larguées

22 d'avions. Il y avait des obus et des missiles qui étaient tirés à partir de

23 blindés et qui sont, d'ailleurs, les armes les plus dangereuses qui étaient

24 utilisées et celles qui ont même tué des personnes dans les abris.

25 Q. J'aimerais maintenant que nous abordions un sujet différent; il s'agit

26 de l'hôpital de Vukovar. Entre le mois de septembre et de novembre 1991,

27 est-ce que vous vous êtes fréquemment rendue à l'hôpital à partir de

28 Mitnica ?

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1 R. Non, pas très souvent. Comme je l'ai déjà dit, la liberté de mouvement

2 était restreinte en ville. Je ne suis allée qu'une ou deux fois sous un feu

3 d'artillerie intensif de sorte que c'est plus tard que j'ai complètement

4 abandonné.

5 Q. Pourquoi êtes-vous allée à l'hôpital cette fois-là ?

6 R. Je me souviens qu'une fois, j'y suis allée, je n'avais pas vu mon mari

7 depuis longtemps. Nous pouvions communiquer par le téléphone et nous nous

8 sommes mis d'accord pour nous réunir. J'ai eu la possibilité d'aller avec

9 un des défenseurs de la ville qui allait conduire les blessés à l'hôpital

10 de Vukovar et je l'ai accompagné jusqu'au centre de la ville. Après cela,

11 je suis revenue à pied.

12 Q. Est-ce que vous êtes arrivée jusque devant l'hôpital ?

13 R. Oui. Nous sommes arrivés à l'hôpital, il y avait des obus qui tombaient

14 tout le temps. Il était très difficile de pouvoir circuler dans une voiture

15 dans de telles conditions, d'autant qu'on ne peut rien entendre. Personne

16 n'aime conduire dans des conditions pareilles. A l'époque, c'est la raison

17 pour laquelle j'ai décidé de continuer à pied.

18 Q. Bon, alors si nous pouvons simplement regarder un instant la carte de

19 façon à pouvoir y apposer une dernière marque avant de la faire conserver.

20 Avec l'aide de l'Huissier, pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer, sur la

21 carte, lorsque vous aurez un marqueur l'itinéraire que vous avez emprunté

22 en gros pour aller de Mitnica à l'hôpital ?

23 R. J'ai pris la route principale.

24 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, mettre un "F" pour l'indiquer ?

25 R. Au commencement, voulez-vous dire ?

26 Q. Oui, ce sera très bien.

27 En vous déplaçant le long de cette route pour vous rendre à

28 l'hôpital, quel était l'état du bâtiment ?

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1 R. Dès la mi-septembre, la plupart des immeubles avaient été endommagés.

2 Il y avait des tas d'immeubles sans toit ou des murs qui étaient tombés ou

3 qui étaient endommagés et transpercés. Il n'était plus possible de vivre

4 dans de tels immeubles. Ils ne convenaient plus pour être habités. Ils

5 étaient insalubres. Il n'y avait plus de fenêtres. Les vitres avaient volé

6 en éclats, inutile de le dire. Mais les arbres eux-mêmes avaient disparus.

7 Les routes ou les rues n'étaient plus carrossables. Elles étaient pleines

8 de nids-de-poule.

9 M. AGHA : [interprétation] Pourrais-je demander à la Chambre si cette carte

10 peut être versée au dossier en tant que pièce à conviction ?

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Elle est versée au dossier.

12 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction 119,

13 Monsieur le Président.

14 M. AGHA : [interprétation] Je vous remercie.

15 Q. Maintenant, vous avez dit que vous étiez parvenue à l'extérieur de

16 l'hôpital. Dans quel état était le bâtiment de l'hôpital que vous avez vu ?

17 R. Le bâtiment de l'hôpital avait été fort endommagé. Les fenêtres avaient

18 éclatées. Le toit était endommagé. Il y avait de grands trous dans les murs

19 du bâtiment, causés, à l'évidence, par des projectiles. Il y avait même des

20 cratères à l'intérieur du bâtiment. J'ai aussi remarqué que les étages

21 supérieurs de l'hôpital n'étaient pas utilisés du tout, seul était le rez-

22 de-chaussée. Il n'y avait pas de fenêtres. Il n'y avait pas de toit -- plus

23 exactement, il y avait un toit, mais il était très endommagé.

24 Q. Lorsque vous êtes parvenue à l'hôpital, combien d'armes avez-vous

25 observé sur cet hôpital, qui seraient capables de tirer ?

26 R. Je n'ai vu aucune arme quelle qu'elle soit à l'intérieur de l'hôpital.

27 Je n'ai pas vu d'arme du tout.

28 Q. Qu'est-ce que vous avez vu comme marque ou symbole sur l'hôpital ?

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1 R. L'insigne de la Croix Rouge, signe des hôpitaux internationaux, était

2 visible. Il était montré de façon très visible.

3 Q. Ces marques ou ces signes étaient de quelle dimension ?

4 R. Ils étaient assez grands et clairement visibles.

5 Q. Vous avez mentionné le fait qu'après vous être arrêtée à l'hôpital,

6 vous êtes allée rendre visite à votre mari au bureau de poste.

7 M. AGHA : [interprétation] Maintenant, si l'Huissier voulait bien montrer

8 la dernière pièce à conviction, je crois le 119, simplement pour que les

9 membres de la Chambre puissent voir où se situe l'hôpital par rapport au

10 bureau de poste.

11 Q. En nous rendant à pied depuis l'hôpital jusqu'au bureau de poste qui,

12 je crois, porte la lettre "E," dans quel état étaient les immeubles ?

13 R. Tous les bâtiments sur la route étaient endommagés, détruits et

14 dépourvus de toits. La route était si endommagée qu'il était très

15 difficile, à la fois, d'y circuler en véhicule et d'y marcher. Il y avait

16 des gravats partout sur la route, des troncs d'arbres qui la barraient ou

17 il n'y avait pas du tout d'arbres qu'on puisse voir. Il n'y avait

18 pratiquement personne dans les environs. Il était simplement naturel que la

19 plupart des gens restaient dans leurs abris au cours des tirs.

20 Q. Pourquoi est-ce que vous n'y êtes pas allée en voiture ? Est-ce qu'il

21 aurait été plus sûr d'aller de l'hôpital au bureau de poste dans un

22 véhicule plutôt que de marcher ?

23 R. Non. Cela n'aurait pas été plus sûr, plus prudent. Peut-être plus

24 rapide, mais certainement pas plus prudent. Le pilonnage, les obus

25 tombaient de façon incessante et il fallait que nous écoutions avec soin de

26 façon à savoir quand tel ou tel obus était tiré et à quel endroit, quelle

27 était la proximité de l'endroit où il tomberait de façon à ce qu'on puisse

28 aller s'abriter en temps utile, contre les explosions. Lorsqu'on circule

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1 dans une voiture, on ne peut pas entendre ce genre de choses, on ne peut

2 pas entendre quoi que ce soit de ce genre et les bruits. C'est la raison

3 pour laquelle tout le monde préférait marcher au lieu de circuler en

4 voiture.

5 Q. Qu'est-ce qui a causé toutes ces destructions ?

6 R. C'étaient des explosions incessantes, des projectiles qui explosaient

7 tout le temps, toutes les armes que j'ai mentionnées, des bombes larguées

8 d'avions, des tirs de canons d'artillerie lourde, des lance-roquettes

9 multitubes. Personnellement, j'étais là lorsqu'un avion a survolé le Danube

10 à Mitnica où notre compagnie se trouvait, et il est comme surgi du fleuve,

11 a survolé Mitnica et a tiré sur le voisinage avec une arme lourde.

12 Q. Qui était-ce qui tirait ces roquettes ou ces projectiles, les bombes,

13 et cetera ?

14 R. L'armée populaire yougoslave.

15 Q. Vous dites que votre mari travaillait au bureau de poste, d'après ce

16 que j'ai compris, jusqu'au mois d'octobre et de novembre. Avec tous ces

17 obus qui tombaient et tous ces tirs qui avaient lieu, comment était-il en

18 mesure de travailler au bureau de poste ?

19 R. Tous les services qui étaient encore ouverts à l'époque ne pouvaient

20 pas fonctionner de façon normale. Il ne travaillait pas au même endroit

21 qu'il l'aurait fait normalement. Il travaillait dans un bureau improvisé,

22 un bureau de fortune dans la cave. Une grande partie de l'hôpital a

23 continué ses travaux. Le bureau des vérificateurs des comptes de Vukovar

24 toutefois effectuait leurs tâches quotidiennes à Vukovar, et ils devaient

25 poursuivre leurs activités dans des caves ou dans des abris.

26 Q. En gros, quand est-ce que votre mari a cessé de travailler au bureau de

27 poste ?

28 R. Mon mari a travaillé jusqu'au 12 novembre, date à laquelle toutes les

Page 2405

1 communications sont tombées en panne. Toutes les lignes de téléphone,

2 toutes les communications sans fil qui existaient encore, tout a été

3 interrompu. Le bureau de poste lui-même et l'abri étaient si endommagés à

4 ce stade qu'ils ne pouvaient plus rester là, et la plupart des employés du

5 bureau de poste sont rentrés chez eux, ceux qui ont survécu.

6 Q. Maintenant, vous avez dit que votre mari avait travaillé jusqu'au 12

7 novembre. Qu'a-t-il fait après cela, c'est-à-dire, après la chute de

8 Vukovar ?

9 R. Il est retourné à Mitnica, à notre maison de famille, et il s'est

10 trouvé dans l'abri avec mes parents.

11 Q. A-t-il rejoint la défense de Vukovar ?

12 R. Il a rejoint la protection civile.

13 Q. Si je peux revenir maintenant à la période dans laquelle votre mari

14 travaillait au bureau de poste et où vous viviez à Mitnica. Avec quelle

15 fréquence pouvait-il rentrer à la maison le soir ?

16 R. Non, il ne rentrait pas tous les soirs. Il ne rentrait qu'une fois par

17 semaine ou une fois tous les quinze jours. Cela dépendait de l'intensité

18 des bombardements. En bref, il rentrait quand il pouvait. Il allait au

19 bâtiment de ma société ou, plus exactement, à l'abri de la société, et nous

20 rentrions ensemble pour voir si nos familles étaient bien encore en vie. Il

21 n'y avait pas de communication. Après une journée entière de pilonnage avec

22 un si grand nombre de projectiles qui aient été tirés, d'une certaine

23 façon, on tend à avoir cette idée qu'on est le seul survivant, que personne

24 n'a survécu sauf soi.

25 Q. Donc, il ne rentrait pas chez lui tous les soirs ?

26 R. Je vous ai dit que la liberté de mouvement était restreinte, que

27 c'était dangereux, et que vous n'étiez pas libre d'aller et venir comme

28 vous vouliez. A chaque fois que vous vouliez sortir et aller à pied d'un

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1 endroit à l'autre, d'habitude, cela finissait mal.

2 Lorsque nous avons marché depuis l'abri de ma société jusqu'à notre maison,

3 très souvent, on voyait des cadavres le long de la route qui étaient des

4 personnes qui avaient été déchirées par les obus. Il n'y avait personne

5 pour les enterrer. C'était une scène quasiment quotidienne au cours de ce

6 petit trajet du centre de Mitnica jusqu'à chez moi. J'ai vu beaucoup de

7 choses de ce genre puisque je devais y aller toutes les semaines.

8 Q. Je vais passer maintenant à un sujet différent qui a trait à la caserne

9 de Vukovar. Saviez-vous qu'il y avait une caserne de la JNA à Vukovar ?

10 R. Oui. Elle était dans un quartier connu sous le nom de Sajmiste.

11 Q. A votre connaissance, quand est-ce que cette caserne a été encerclée,

12 Sajmiste ?

13 R. Cela, je ne le sais pas. Je n'ai pas vraiment suivi de très près ce qui

14 se passait là, à Sajmiste. Mais puisqu'à Mitnica nous étions sous une pluie

15 incessante d'obus depuis la caserne et ces positions générales de la JNA

16 jusque tout à fait à la fin, en plus de ces autres positions qui étaient

17 également pilonnées, nous étions pilonnés à partir de la caserne de

18 Vukovar, ce qui veut dire qu'ils disposaient de beaucoup de munitions,

19 d'une façon générale, et qu'ils avaient un niveau satisfaisant

20 d'équipement, de matériel. Ceci ne donnait vraiment pas l'impression qu'ils

21 étaient sous un blocus.

22 Q. Ceci s'est déroulé tout au long de la période qui va de juin à

23 novembre ?

24 R. Oui, jusqu'à ce que Vukovar ait été occupé. Mitnica a été bombardé de

25 façon continue à partir des casernes.

26 Q. Quelle était la fréquence de ces tirs d'obus à partir de la caserne de

27 Mitnica ?

28 R. C'était très précis. Lorsque je vous ai parlé du fait qu'il y avait eu

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1 des tirs d'obus très précis sur les puits d'eau potable, c'était aux

2 casernes de Vukovar que je pensais lorsque je parlais de cela, parce qu'il

3 s'agissait de projectiles et d'obus qui tous venaient de là et qui

4 touchaient des cibles ou des objectifs précis.

5 Q. Là encore, je voudrais passer maintenant à un sujet un peu différent,

6 concernant la société dans les caves de laquelle vous avez vécu pendant le

7 conflit au cours du mois d'août jusqu'au mois de novembre 1991. Ce sous-sol

8 de la société, était-il aussi utilisé comme un quartier général du ZNG ?

9 R. Cette société de service avait de très grandes caves, de veilles caves à

10 vin qui étaient creusées profondément dans le sol et qui étaient très

11 spacieuses. Pour cette raison, après que les autres installations aient été

12 détruites, la ZNG a installé son quartier général dans les caves de notre

13 société.

14 Q. Avec quelle fréquence est-ce que vous vous réunissiez et est-ce que

15 vous vous mélangiez avec des officiers du ZNG dans la cellule de votre

16 compagnie ? Est-ce que c'était fréquent ? Est-ce que c'était quotidien,

17 hebdomadaire ?

18 R. A partir du moment où ils sont venus s'installer dans notre bâtiment,

19 nous avons passé tout le temps avec eux. Il y avait une vingtaine d'entre

20 nous à un moment précis. Mais nous prenions tous nos repas ensemble. Nous

21 étions tous ensemble pendant toute la période, et ce sont des gens, je le

22 sais, des gens de Mitnica. L'atmosphère était normale pour ce qui était de

23 continuer notre existence et de se voir les autres.

24 Q. Alors que vous étiez en train de vous mêler aux défenseurs de Vukovar

25 dans le sous-sol, est-ce que vous avez appris quelle était la quantité de

26 munitions, de vivres, de matériel, et cetera, dont ils disposaient ?

27 R. Non. Nous étions au courant parce que nous étions tous en contact avec

28 nos familles qui se trouvaient chez nous. La plupart d'entre eux étaient

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1 membres de la protection civile. Ils montaient la garde. Ils gardaient

2 leurs propres maisons contre les attaques et les incursions de la JNA. Ceux

3 qui nous effrayaient vraiment, c'étaient les membres de la Défense

4 territoriale, leur Défense territoriale. Il était clair que nos soldats, de

5 notre défense à nous, n'avaient pas suffisamment de munitions ou de pièces

6 d'artillerie, de projectiles, voire même de munitions de carabines qui

7 étaient habituelles à Vukovar à l'époque.

8 Quand ils sont venus au quartier général de Mitnica, je me souviens

9 que l'un des défenseurs de la ville, un membre du ZNG, a dit qu'il avait en

10 sa possession un missile projectile qu'il avait conservé pendant cinq jours

11 en attendant de recevoir plus de munitions ou d'autres munitions en plus de

12 cela.

13 Q. Lorsque vous dites "leur TO," leur Défense territoriale, que voulez-

14 vous dire par "leur Défense territoriale" ?

15 R. Je veux parler des paramilitaires, ces gens qui n'étaient pas membres

16 de l'armée populaire yougoslave régulière à l'époque.

17 Q. Vous semblez vouloir dire qu'il existe une distinction entre la défense

18 civile et le ZNG. En l'occurrence, quelle est cette distinction, s'il y en

19 a une à faire ? Pouvez-vous nous l'expliquer.

20 R. La défense populaire, ce que nous appelons populaire -- ou en

21 l'occurrence, c'était dans les premiers jours de la guerre, et la Croatie

22 venait tout juste de naître, en l'occurrence. Le ZNG, c'étaient des unités

23 régulières établies et constituées par l'armée croate, des unités armées.

24 La protection civile était constituée de civils qui avaient rejoint la

25 défense de la ville. Pour la plus grande partie, cela concernait leurs

26 propres quartiers, leurs propres secteurs où se trouvaient leurs maisons

27 familiales. J'y inclus aussi des services spéciaux tels que la brigade des

28 pompiers, le personnel médical, notre compagnie de services. Nous

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1 appartenions tous à cette entité appelée la protection populaire, et tous,

2 nous participions à la défense de la ville.

3 Q. Vous mentionnez dans votre déposition le fait que Vukovar semble avoir

4 été bombardé fréquemment et avec un bombardement intensif. Quelles étaient

5 vos attentes ? Quelles étaient, en l'occurrence, les attentes de la

6 communauté internationale, si elle pouvait intervenir pour arrêter cela ?

7 R. Dès les premiers jours des affrontements, nos vies étaient en jeu. Bien

8 entendu donc, nous suivions ce qui se passait. Nous suivions les médias et

9 la télévision. Nous suivions les demandes présentées par le gouvernement

10 croate à l'époque, selon lesquelles la communauté internationale devrait

11 faire quelque chose pour protéger les civils à Vukovar. Nous espérions que

12 dans notre Europe de la fin du XXe siècle, une ville toute entière habitée

13 par 15 000 civils ne serait pas détruite, qu'on ne la laisserait pas

14 détruire comme cela.

15 Q. Comment savez-vous que la communauté internationale avait même

16 connaissance de votre situation à Vukovar ?

17 R. Des commentaires étaient faits par l'ONU, des appels étaient lancés.

18 Nous avions nos radios et nos télévisions. Nous savions ce qui se passait

19 dans la région de Vukovar et autour de Vukovar, en Europe, ou dans le monde

20 même.

21 Q. Selon votre estimation, en gros, à cette période en octobre, novembre,

22 combien d'obus tombaient sur Vukovar tous les jours ?

23 R. Quant au nombre d'obus et de projectiles tombant sur Vukovar, je ne

24 crois pas que quelqu'un ait vraiment essayé de compter. Si quelqu'un l'a

25 fait, ce serait plutôt du côté de la JNA qu'il faudrait chercher. Ils

26 seraient en mesure de savoir combien ils ont tiré. Ils savent probablement

27 combien ils ont tiré de projectiles sur la ville et combien de projectiles

28 ils ont utilisés. Il y avait des hypothèses dans les médias à ce sujet, à

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1 savoir que c'était de 1 000 à 1 500 par jour, et ainsi de suite.

2 Ce que je peux vous dire, c'est que lors d'un bref épisode, à un jour

3 précis, nous avons essayé de compter les projectiles qui arrivaient. Nous

4 avons compté jusqu'à 100. Ceci a pris environ 15 à 20 minutes. La fois

5 suivante, nous avons fait de même, et cela nous a pris environ une demi-

6 heure, de sorte que l'intensité variait aussi.

7 Q. Je voudrais maintenant passer à la période au cours de laquelle il a

8 été décidé qu'il n'était pas vraiment pas possible de tenir plus longtemps

9 contre la JNA. En gros, à quelle date est-ce qu'il est devenu apparent aux

10 défenseurs qu'ils ne pourraient plus tenir ?

11 R. C'était de plus en plus apparent au fur et à mesure qu'on se

12 rapprochait de la fin du mois de novembre. Les destructions avaient atteint

13 des proportions telles que ces projectiles qui n'éclataient pas contre les

14 murs ou des toits tombaient dans nos abris, ce qui avait pour résultat de

15 plus en plus de victimes civiles. Il n'y avait pas de munitions. Il n'y

16 avait pas de vivres. Il était difficile de se déplacer, de bouger, et ceci,

17 dès le mois de septembre, c'était difficile. Il n'y avait aucune aide

18 venant de l'extérieur; je veux dire de la communauté internationale. Rien

19 d'important ne se passait qui soit susceptible de modifier notre situation.

20 Il était devenu clair que la ville devrait se rendre et qu'une occupation

21 de Vukovar s'ensuivrait.

22 Q. Quand il est devenu apparent que cette ville allait tomber, pourquoi

23 est-ce que les défenseurs n'ont pas essayé de faire une percée et de

24 s'échapper en Croatie par Mitnica ?

25 R. Je peux parler de Mitnica - de la partie de la ville que je connaissais

26 le mieux - tous les défenseurs qui ont pris part à la défense de la ville,

27 ils vivaient, ils avaient leurs familles dans cette zone-là, ils avaient

28 leurs maisons familiales là-bas, les membres de leurs familles, leurs

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1 enfants, leurs parents qui, à ce moment-là, pour la plupart, résidaient

2 dans les abris. Autrement dit, les membres de la ZNG, les membres armés de

3 la défense de Vukovar, ils ne constituaient pas une armée professionnelle

4 qui serait venue de quelque part pour combattre l'armée populaire

5 yougoslave sur ce territoire. Ils vivaient dans cette région, dans ces

6 quartiers, dans cette zone; leurs maisons, leurs familles se trouvaient là.

7 Bien entendu, ils n'ont pas voulu s'enfuir. Ils ne voulaient pas opérer une

8 percée tout en laissant leurs familles dans une ville assiégée, encerclée.

9 Q. Si la défense de Vukovar est restée et si ses défenseurs sont restés

10 sur place à cause de leurs familles, j'aimerais savoir quelles options ils

11 avaient, quels choix ils avaient ?

12 R. Il fallait trouver une solution, quelque chose qui permettrait, avant

13 tout, que les civils puissent partir vers un lieu sûr. Par conséquent, on a

14 commencé à envisager des négociations sur la reddition de cette partie de

15 la ville. Les conditions de base étaient qu'on évacue les civils vers la

16 partie de la Croatie qui n'était pas un théâtre d'opérations, où il n'y

17 avait pas de guerre et que l'armée se rende avec les armes, c'est-à-dire,

18 que l'armée soit traitée comme prisonniers de guerre, conformément à toutes

19 les dispositions des conventions de Genève et du droit international de la

20 guerre.

21 Q. Lorsque vous avez pris la décision de prendre contact avec la JNA pour

22 négocier cette reddition, de votre côté, qui a pris contact avec la JNA

23 pour prendre les dispositions nécessaires pour ces négociations ?

24 R. Les membres de l'état-major, ceux qui commandaient la Garde nationale,

25 la défense de la ville, dans cette partie de la ville, ils ont choisi trois

26 négociateurs. La veille, c'est par voix de poste radio qu'ils se sont mis

27 en contact avec la JNA et ils se sont mis d'accord pour commencer les

28 négociations.

Page 2412

1 Q. Quels sont les noms de vos trois négociateurs ? Pouvez-vous vous

2 rappeler leurs noms ?

3 R. Matija Mandic, Zdravko Komsic et Filip Karaula. Ils ont tous --

4 excusez-moi.

5 Q. Je vous en prie.

6 R. Ils étaient tous des voisins ou plutôt, mes voisins, je les connaissais

7 bien. Nous avons passé ensemble ces trois mois.

8 Q. Du côté de la JNA, ils se sont adressés à qui pour organiser cette

9 rencontre, afin de négocier ?

10 R. J'ai compris qu'ils allaient voir le commandement de cette partie-là,

11 le commandement de la JNA qui se trouvait dans cette partie-là de Vukovar,

12 qui était stationné à cet endroit-là. D'après ce que j'ai compris, les

13 négociations allaient se dérouler avec des officiers haut placés et j'ai

14 entendu un nom, le nom du commandant Sljivancanin.

15 Q. Avant que les deux parties ne tombent d'accord pour négocier cette

16 reddition, est-ce qu'une condition a été explicitée avant que cette réunion

17 directe n'ait lieu ?

18 R. Les conditions, c'était ce que j'ai déjà mentionné, que dans leur

19 ensemble, les combattants se rendent avec leurs armes et que leurs noms

20 soient enregistrés en la présence des représentants de la Croix Rouge

21 internationale et des observateurs européens, qu'ils soient filmés, qu'on

22 les traite conformément aux dispositions des conventions de Genève, en tant

23 que prisonniers de guerre, et pour ce qui est des civils de Mitnica, qu'ils

24 soient évacués dans la partie de la Croatie qui n'était pas en proie à la

25 guerre.

26 Q. Les défenseurs de Vukovar, pourquoi ont-ils insisté pour que la Croix

27 Rouge, par exemple, soit présente, un observateur neutre, pendant les

28 négociations portant sur la reddition ?

Page 2413

1 R. Mais bien entendu parce qu'ils estimaient qu'ils ne pouvaient pas faire

2 confiance à l'armée populaire yougoslave. Il était clair à l'époque qu'elle

3 collaborait avec la Défense territoriale et qu'elle commandait la Défense

4 territoriale à ce moment-là. C'est la raison pour laquelle on a demandé

5 qu'il y ait présence d'une partie neutre afin de garantir le respect des

6 termes de l'accord.

7 Q. Votre mari travaillait pour la protection civile. Quelles étaient vos

8 impressions à ce moment-là ? Que risquait-il d'arriver à votre mari, si la

9 Croix Rouge n'était pas présente ?

10 R. Ce que j'ai pensé, à ce moment-là, après quatre mois pratiquement

11 passés de la manière dont je vous l'ai décrite, j'ai pensé que si les

12 observateurs internationaux n'allaient pas être présents, s'il n'allait pas

13 y avoir de protagonistes neutres, je pensais que non seulement mon mari,

14 mais personne, absolument personne n'allait survivre, car il était clair

15 quelles étaient leurs intentions. Le pilonnage de la ville était d'une

16 telle intensité et cette forme de destruction et d'anéantissement de la

17 ville ne pouvait avoir aucun autre objectif si ce n'est de détruire tout ce

18 qu'il y avait dans la ville, y compris les civils, l'armée et tout.

19 Q. Si la Chambre m'y autorise, je souhaiterais vous présenter une photo.

20 Il s'agit d'une photo qui constitue un arrêt sur image d'une vidéo. Il

21 s'agit de la pièce 65 ter 311, son numéro ERN est V0000686, mais son ERN

22 actuel est 04652854. Peut-on présenter la photo, s'il vous plaît, 04652854.

23 Est-ce que vous voyez la photo, s'il vous plaît ?

24 R. Oui, je la vois.

25 Q. Si l'Huissier peut m'aider, je vais vous inviter à encercler plusieurs

26 personnes qu'on voit sur cette photo. Est-ce que vous pouvez encercler les

27 personnes que vous reconnaissez ? Tout d'abord, qui reconnaissez-vous ?

28 R. Je reconnais l'un des négociateurs, Filip Karaula, qui a déjà été

Page 2414

1 mentionné. Je peux l'encercler, si vous voulez, maintenant ?

2 Q. Oui. Est-ce que vous pouvez tracer un cercle autour de sa tête et

3 inscrivez un "A." Ce sera tout.

4 R. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Quelqu'un d'autre ?

6 R. Je reconnais le deuxième négociateur, lui aussi, qui tourne le dos à la

7 caméra, ici; c'est Zdravko Komsic. Il est assis juste à côté de Filip

8 Karaula. Mais j'ai vu un cliché meilleur que celui-ci de ces négociations,

9 et c'est la raison pour laquelle je sais qu'ils étaient assis l'un à côté

10 de l'autre. J'ai vu également le commandant Sljivancanin sur l'autre photo,

11 tandis qu'ici, on ne le voit pas.

12 Q. Mais ne parlons que de cette photographie pour le moment. Est-ce que

13 vous pouvez, s'il vous plaît, encercler l'autre négociateur et inscrire un

14 "B."

15 R. C'est Zdravko Komsic.

16 Q. Vous avez dit que vous avez vu une autre photo ou la suite de cette

17 photo avec le commandant Sljivancanin. Mais est-ce qu'on voit une partie du

18 corps du commandant Sljivancanin sur cette photographie ? Est-ce qu'on peut

19 distinguer quelque chose ?

20 R. D'après l'autre photographie que j'ai vue, il était assis en tête de

21 table. Je suppose que ce sont ses mains qu'on voit ici. Bien entendu, je ne

22 peux pas en être certaine. Mais sur l'autre photographie que j'ai vue, on

23 voyait le commandant Sljivancanin qui présidait la table et on voyait les

24 trois négociateurs du côté croate.

25 Q. Est-ce que vous pouvez simplement indiquer l'endroit où vous pensez

26 qu'on voit les mains du commandant Sljivancanin ? Est-ce que vous pouvez

27 inscrire la lettre "C," à côté.

28 R. [Le témoin s'exécute]

Page 2415

1 Q. L'homme qui se trouve sur la gauche, est-ce que vous savez d'où il

2 vient, de quel pays ?

3 R. Je pense que c'est M. Borsinger de la Croix Rouge internationale. Lui

4 aussi, il a été présent pendant ces négociations, sur demande de la partie

5 croate, bien entendu.

6 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer un cercle autour de lui et

7 inscrire un "D."

8 R. [Le témoin s'exécute]

9 Q. Est-ce que vous reconnaissez qui que ce soit d'autre sur cette photo

10 comme ayant fait partie de ces négociations ?

11 R. Non, personne d'autre.

12 Q. Avant de demander le versement de cette photo au dossier, si

13 nécessaire, seriez-vous en mesure de nous figurer l'autre partie de la

14 photo qui, d'après ce que vous nous avez dit, montre le commandant

15 Sljivancanin participant à ces négociations ?

16 R. C'est une photo que j'ai vue après l'échange, quand je suis arrivée à

17 Zagreb et quand j'ai commencé à travailler. J'ai eu l'occasion de voir une

18 photo de ce type, comme c'était quelque chose qui m'était familier,

19 puisqu'il s'agissait de négociations auxquelles j'ai participé d'une

20 certaine manière, dont j'ai fait part d'une certaine manière, comme nous

21 tous de Mitnica. Cette photo, je l'ai vue et je pense qu'elle se trouve

22 dans les archives, dans les documents conservés dans notre bureau. Mais je

23 ne peux pas en être certaine. Je pense que quoi qu'il en soit, je peux la

24 retrouver.

25 Q. Je vous remercie.

26 M. AGHA : [interprétation] Puis-je demander le versement de cette pièce ?

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La pièce sera reçue.

28 M. AGHA : [interprétation] Dans sa version originale.

Page 2416

1 M. LE GREFFIER : [interprétation] La pièce sera versée. L'original portera

2 la cote 120 et la version annotée sera la pièce 121.

3 M. AGHA : [interprétation] Je vous remercie.

4 Q. Madame le Témoin, quelle est la date de ces négociations portant sur la

5 reddition ? A quel moment les parties se sont-elles rencontrées lors de

6 l'entretien ou de leur rencontre qu'on voit sur cette photo ?

7 R. Je pense que c'était le 18 novembre 1991. C'est la veille, dans la

8 soirée, qu'on s'est mis d'accord sur les négociations et le lendemain, nos

9 négociateurs se sont rendus aux négociations conformément à l'accord.

10 C'était dans la matinée.

11 M. AGHA : [interprétation] Monsieur le Président, ce serait peut-être un

12 bon moment pour faire une pause, pour pouvoir parler du contenu de l'accord

13 par la suite ou je peux continuer pendant une minute ou deux.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] D'après ce que vous nous dites,

15 Monsieur Agha, le moment s'y prête bien pour faire une pause.

16 M. AGHA : [interprétation] Effectivement, Monsieur le Président.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Compte tenu du fait que la Chambre

18 doit se pencher sur un point pendant la pause, nous allons prolonger celle-

19 ci. Nous reprendrons à l'heure pleine plus

20 15 minutes.

21 --- L'audience est suspendue à 15 heures 30.

22 --- L'audience est reprise à 16 heures 17.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Malheureusement, Mme le Juge Van den

24 Wyngaert ne peut pas continuer de siéger ici pour le reste de l'après-midi.

25 Conformément à notre règlement de procédure et de preuve, dans l'intérêt de

26 la justice, nous allons poursuivre l'audience. Elle pourra prendre

27 connaissance de la suite grâce à l'enregistrement vidéo et audio des

28 débats. Nous espérons qu'elle pourra être avec nous demain.

Page 2417

1 Je vous en prie, vous avez la parole, Monsieur Agha.

2 M. AGHA : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

3 Q. Madame le Témoin, avant la pause, dans le cadre de votre déposition,

4 vous avez mentionné la date du 18 novembre et vous avez dit que c'est dans

5 la matinée de ce jour-là qu'ont eu lieu les négociations portant sur la

6 reddition. Quelle a été la décision qui a été prise lors de ces

7 négociations concernant les civils ?

8 R. Nous étions tous très impatients de voir la fin des négociations.

9 Lorsque les négociateurs sont revenus, on nous a dit qu'il a été convenu

10 lors des négociations, que tous les civils résidant à Mitnica allaient

11 faire l'objet d'une évacuation dans les parties de la Croatie qui ne sont

12 pas en proie à la guerre, aux combats.

13 Q. Les négociateurs, que vous ont-ils dit au sujet des combattants qui

14 avaient défendu Vukovar ? De quoi a-t-on convenu à leur sujet ?

15 R. Il a été dit que tous les membres de la Garde nationale allaient

16 remettre leurs armes, qu'ils allaient se rendre, et qu'il a été convenu

17 qu'ils allaient être traités comme prisonniers de guerre, que toutes les

18 dispositions des conventions de Genève allaient être respectées à leur

19 égard, que leurs noms allaient être consignés, qu'on allait les filmer à

20 l'endroit de la reddition.

21 Q. Les civils et les défenseurs où se sont-ils rassemblés ?

22 R. Vers midi, les négociateurs sont revenus et ils ont dit qu'il ne nous

23 restait qu'une heure pour amorcer l'évacuation. Il y avait un point de

24 rassemblement qui était prévu; c'est un élargissement à la sortie de la

25 ville, vers le cimetière. Il y avait un poste de vétérinaire à cet endroit,

26 et c'est là qu'il y avait les dernières maisons de la ville. Les civils,

27 l'armée, tout le monde devait venir là pour que l'évacuation ou la

28 reddition commence.

Page 2418

1 Q. Quel a été le nombre approximatif de civils qui s'y sont trouvés ?

2 R. Il est difficile de faire une évaluation. Ces données n'existent pas.

3 On ne l'a pas su exactement à l'époque, entre 2 et

4 4 000.

5 Q. En gros, il y a eu combien de défenseurs qui se sont rendus à la JNA à

6 cet endroit ?

7 R. Les défenseurs, il y en a eu entre 150 et 200. Je pense que le chiffre

8 que j'ai gardé en mémoire, c'est à peu près 180. Il m'est difficile de se

9 rappeler de tout cela. Vraiment, j'ai fait de mon mieux. Je crois qu'il y

10 en a eu environ 180.

11 Q. Physiquement, quel a été l'aspect des personnes qui se sont rassemblées

12 à cet endroit ?

13 R. Vu l'intensité des combats, des événements de guerre, vu qu'ils ont

14 passé trois mois, voire plus, dans les caves, sans eau potable, sans

15 électricité et sans nourriture, vers la fin, tous les civils étaient dans

16 un piètre état. Ils avaient mauvaise mine, ils avaient l'air désespéré. Ils

17 étaient tous tristes parce qu'après tout, malgré tout ce qu'ils avaient

18 enduré, il fallait qu'ils quittent leur ville.

19 Q. Vous vous êtes rassemblés, me semble-t-il, vous avez dit que c'était au

20 niveau du poste vétérinaire. A partir de cet endroit, où êtes-vous parti ?

21 R. Cette partie-là a été encore placée sous le contrôle des nôtres. On

22 s'est rassemblé là. Puis, les civils ont constitué une colonne et en

23 parallèle, l'armée a constitué sa colonne -- quand je dis "l'armée," ce

24 sont les défenseurs de Vukovar, ils avaient leurs armes sur eux. Pendant le

25 déroulement de ces événements, il y a eu des contacts par radio entre nos

26 négociateurs et la JNA. Une fois que tout a été prêt, l'un des négociateurs

27 a pris la voiture pour se rendre de l'autre côté. Quand il est revenu, il a

28 dit que l'évacuation pouvait commencer.

Page 2419

1 Q. Comment vous êtes-vous rendue à l'endroit d'où vous deviez être

2 évacués ?

3 R. Il y avait la colonne de civils et en parallèle, la colonne militaire

4 et les deux en parallèle sont partis vers la ligne de partage. Une fois que

5 la colonne a traversé la distance à pied parce que les gens se déplaçaient

6 à pied, derrière eux, il y a eu aussi une quinzaine ou une vingtaine de

7 voitures. C'est parce que certains étaient partis dans l'évacuation avec

8 leurs véhicules, leurs voitures. Derrière la colonne, il y avait aussi, me

9 semble-t-il, un blindé de la JNA et ce véhicule a suivi la colonne jusqu'au

10 nouveau cimetière. Ma famille est partie à bord d'un des véhicules et mon

11 époux et moi, on a marché en faisant partie de cette colonne et c'est ainsi

12 qu'on a atteint le cimetière.

13 Q. Quand vous avez atteint le cimetière, c'est là que se sont rassemblées

14 toutes les personnes qui allaient faire partie de l'évacuation, est-ce que

15 c'est à cet endroit-là que les combattants ont déposé leurs armes ou était-

16 ce plus tard ?

17 R. Il y avait en parallèle les deux colonnes, la colonne de civils et la

18 colonne de combattants. Les colonnes ont été arrêtées au niveau du nouveau

19 cimetière, et devant le nouveau cimetière, il y a eu lieu la reddition des

20 armes de la part des défenseurs de Vukovar.

21 Q. Durant cette reddition d'armes, pour autant que vous le sachiez, est-ce

22 qu'il y a eu des observateurs internationaux présents ?

23 R. J'ai vu un observateur international et j'ai vu le président de la

24 Croix Rouge internationale. C'est d'après ses vêtements blancs que j'ai

25 reconnu l'observateur international et le président de la Croix Rouge

26 internationale, je pense que je l'ai reconnu parce qu'il portait le symbole

27 de la Croix Rouge très clairement sur son bras.

28 Q. Que faisaient-ils ?

Page 2420

1 R. Ils étaient présents au moment de la reddition des armes de la part de

2 l'armée croate et ils ont consigné les noms des soldats.

3 Q. Vous avez dit qu'il y avait deux colonnes au cimetière, une colonne

4 civile et une colonne militaire. En gros, il y a eu combien de membres de

5 la JNA qui se sont rassemblés devant ce cimetière pour reprendre les

6 armes ?

7 R. Il y en avait peut-être une cinquantaine, pour autant que j'aie pu le

8 voir.

9 Q. Qui commandait la JNA au moment de la reddition ?

10 R. C'est le commandant de l'armée populaire yougoslave, Sljivancanin, qui

11 a commandé, et il était présent au cimetière.

12 Q. Mais comment savez-vous que c'est lui qui commandait ?

13 R. C'est lui qui donnait les ordres, et de toute évidence, les soldats,

14 ses soldats, obéissaient à ses ordres. Ils ont ramassé les armes et ils ont

15 escorté les soldats vers les camions et les autocars et ils s'adressaient

16 au commandant Sljivancanin au sujet de tous les ordres, au sujet de

17 l'exécution des ordres.

18 Q. Pouvez-vous faire une distinction entre les soldats réguliers de la JNA

19 et les membres des unités paramilitaires ?

20 R. Les membres de l'armée régulière dans l'ex-Yougoslavie, tous les jeunes

21 entre 18 ans et 26 ans étaient des conscrits, ils devaient tous faire leur

22 service militaire. On savait tous parfaitement quelles étaient les règles

23 en vigueur dans l'armée.

24 Les membres de l'armée populaire yougoslave portaient les mêmes

25 vêtements, les mêmes uniformes verts olive ou de camouflage, et ils

26 portaient une étoile à cinq branches, soit sur leur bonnet, soit sur leur

27 casque. Quant aux membres de la Défense territoriale, ils n'avaient pas

28 tous le même uniforme et ils n'étaient pas aussi propres et ordonnés comme

Page 2421

1 l'était l'armée populaire yougoslave. Certains avaient des barbes et des

2 cheveux longs. Or, on savait que les membres de l'armée populaire

3 yougoslave n'y avaient pas le droit, ils n'avaient pas le droit de porter

4 une barbe et leurs cheveux devaient être coupés, devaient être courts.

5 Q. Du fait de cette différence ou sur la base de cette différence, combien

6 de combattants paramilitaires avez-vous vu au cimetière lors de la

7 reddition ?

8 R. Je n'ai pas vu de combattants militaires, je n'ai vu que des membres de

9 la JNA.

10 Q. Vous avez dit un peu plus tôt lors de votre déposition, que vous aviez

11 vu des observateurs internationaux, ainsi que des représentants de la Croix

12 Rouge qui étaient présents. Est-ce qu'il y avait également des

13 personnalités de la communauté internationale que vous auriez pu voir lors

14 de la reddition ?

15 R. A une certaine distance, il y avait une voiture noire -- une voiture

16 sombre et il y avait plusieurs personnes qui portaient le costume et qui ne

17 cadraient pas avec le contexte. J'ai regardé d'un peu plus près et j'ai

18 reconnu M. Cyrus Vance.

19 Q. Que faisaient M. Cyrus Vance et les personnes qui étaient avec lui ?

20 R. Ils étaient debout à côté de cette voiture qui était longue et ils

21 observaient la reddition des armes ainsi que le début de l'évacuation des

22 civils.

23 Q. D'après ce que vous nous avez dit, il semblerait qu'au cimetière au

24 moment de la reddition, il y avait des civils dont certains étaient arrivés

25 à pied, d'autres étaient arrivés en voiture, et il y avait également des

26 défenseurs de Vukovar. Quel est le groupe qui a quitté le cimetière en

27 premier lieu ? Est-ce que tous les groupes sont partis ensemble ?

28 R. Les soldats qui avaient rendu leurs armes ont été les premiers à

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1 quitter le cimetière. Puis après, a commencé l'évacuation des civils, des

2 personnes qui étaient arrivées à pied. Mon mari et moi-même avons marché

3 jusqu'au bout de la colonne et nous avons rejoint ma mère et mon père qui

4 se trouvaient dans une voiture.

5 Q. A quelle heure approximative avez-vous quitté le cimetière, et est-ce

6 que vous êtes allée avec vos parents à pied ou en voiture ?

7 R. Après être entrée dans la voiture, nous sommes restés là environ cinq

8 heures. Tout cela se passait vers 14 heures, avant que la nuit ne tombe,

9 c'est-à-dire, vers 17 heures. Je pense que la reddition des armes et

10 l'évacuation des civils a commencé vers

11 15 heures. Nous sommes restés dans la voiture jusqu'à 21 heures ou 22

12 heures. En fait, il n'y avait pas grand-chose qui se passait. Il nous était

13 assez évident que l'évacuation des civils, qui étaient nombreux, prenait un

14 certain temps.

15 Q. Où est-ce que ces civils allaient être emmenés ? Quel avait été

16 l'accord à propos de leur destination ?

17 R. Quelque chose qui avait fait l'objet d'un accord, et ce, de façon

18 explicite pendant les négociations, il avait été dit que tous les civils

19 seraient évacués vers la Croatie ou, en tout cas, vers une région de la

20 Croatie qui n'était pas en proie à la guerre.

21 Q. Lorsque vous êtes partie du cimetière, où vous a-t-on conduite dans un

22 premier temps ?

23 R. Vers 21 heures ou 22 heures, on nous a dit que nous allions suivre dans

24 la colonne un véhicule militaire. Donc, nous, nous avons conduit et nous

25 étions à bord de notre voiture. Nous avons suivi ledit véhicule militaire.

26 Puis derrière nous, il y avait un autre véhicule militaire, et nous avons

27 été escortés jusqu'à Ovcara.

28 Q. Alors, vous vous dirigiez donc vers Ovcara, et avez-vous vu des armes

Page 2423

1 de la JNA ?

2 R. Lorsque vous quittez la route principale qui va de Vukovar à Sotin et

3 que vous empruntez une route locale qui se dirige vers Ovcara, tout le long

4 de cette route, il y avait des armes lourdes. Il y avait des armes

5 d'artillerie de la JNA, et des armes lourdes de la JNA. Nous les avons vues

6 puisque c'est la route que nous avons suivie. Il y avait des armes lourdes

7 le long de la route, et les intervalles entre les armes étaient aussi

8 rapprochés que deux ou trois mètres.

9 Q. Combien d'armes y avait-il de façon approximative, bien entendu ?

10 R. Il m'est difficile de vous le dire, mais ce que je peux vous dire,

11 c'est qu'il s'agit d'une route d'environ deux kilomètres et qu'il y avait

12 des armes placées tous les deux mètres quasiment. Donc, il y avait des

13 lance-missiles, des canons, des lance-missiles à multitubes, des missiles.

14 Nous étions d'ailleurs véritablement étonnés par la quantité d'armes qui se

15 trouvait là. Nous parlions et nous nous sommes dits que cela avait été un

16 miracle de survivre pendant si longtemps à Vukovar au vu du nombre d'armes

17 qui avaient été utilisées contre nous.

18 Q. Vous nous dites avoir quitté le cimetière vers 21 heures ou vers 22

19 heures, donc je suppose que la nuit était tombée. Comment est-ce que vous

20 avez pu voir toutes ces armes qui se trouvaient le long de la route ?

21 R. Les voitures avaient leurs phares, et les phares étaient allumés.

22 Sinon, nous n'aurions pas vu la route. Il y avait environ une vingtaine de

23 voitures dont les phares avaient été allumés. Il y avait également les

24 véhicules militaires. Donc, les armes et les personnes qui s'occupaient de

25 ces armes étaient tout le long de la route.

26 Q. Est-ce que vous avez pu bien voir ces armes, ainsi que les personnes

27 qui se trouvaient à côté de ces armes ?

28 R. Oui. Oui, nous pouvions très bien discerner cela. Ces armes se

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1 trouvaient peut-être à un mètre de la route, pas plus loin.

2 Q. Qui étaient les soldats qui opéraient ces armes d'artillerie ou qui, en

3 tout cas, étaient à côté de ces armes d'artillerie ?

4 R. Nous avons attiré l'attention des soldats qui étaient debout le long de

5 la route près de ces armes, donc ils se rapprochaient de la route et

6 vociféraient des menaces et des insultes. C'est comme cela que je me suis

7 rendue compte qu'il y avait à la fois des soldats de la JNA et des

8 paramilitaires.

9 Q. Quelle était la profession de votre père ?

10 R. Jusqu'à l'année 1999, et pour être plus précise, jusqu'au mois de mai

11 1999, mon père vivait à Belgrade. Il faisait partie de la JNA, et c'est à

12 Belgrade qu'il travaillait. Il est musicien de profession. C'est un

13 enseignant de musique. C'est un professeur de violon, et il travaillait

14 dans l'orchestre militaire de la JNA.

15 Q. Lorsqu'il travaillait au sein de la JNA, quel uniforme portait-il, s'il

16 en portait ? Ou est-ce qu'il portait des habits civils ?

17 R. Lorsque l'orchestre avait des répétitions, en général, il portait des

18 habits civils. Lorsqu'il y avait une commémoration ou une cérémonie ou un

19 concert, lorsqu'il y avait un événement officiel, il portait normalement un

20 uniforme.

21 Q. Pendant combien de temps est-ce que votre père a été au service de la

22 JNA ?

23 R. Lorsqu'il était enfant à Rijeka, il a suivi les cours de l'école

24 militaire de musique. Je devais avoir quelque 10 ou 11 ans lorsqu'il a été

25 envoyé à l'armée. Il a suivi des cours. Il a été formé et est devenu

26 enseignant là-bas. Puis plus tard, il est devenu professeur de musique à

27 l'école miliaire qui se trouvait dans le palais d'Eltz à Vukovar.

28 Lorsque je vous ai dit que j'avais déménagé lorsque j'avais 11 ans,

Page 2425

1 c'est parce que toute l'école de musique militaire a été déménagée à Zemun,

2 tout le personnel et tous les enseignants. Mon père a été muté à Belgrade.

3 Il a dû se rendre à Belgrade, et toute sa famille a dû le suivre.

4 Q. Dans quelle mesure est-ce que vous connaissiez les uniformes de la

5 JNA ?

6 R. Mon père avait toujours un uniforme régulier pour le quotidien. Puis,

7 il avait un uniforme pour les occasions plus festives, pour les occasions

8 plus officielles, et pour cela, il avait besoin de cet uniforme.

9 Q. Est-ce que vous connaissiez bien les uniformes de la JNA, l'apparence

10 qu'avaient les soldats de la JNA ?

11 R. Oui. Je les connaissais assez bien. Je savais à quoi était censé

12 ressembler un soldat de la JNA. Il devait être rasé de près. Il devait

13 avoir un uniforme propre, et il devait également avoir les cheveux courts.

14 Q. Je m'excuse. Je pense qu'il y a une erreur au niveau du compte rendu

15 d'audience. Je pense que là où nous avons 15 -- 16.40.54, il faudrait, au

16 lieu du mois de mai 1999, avoir le mois de mai 1989. Mais je souhaiterais

17 demander cette précision au témoin, si vous me le permettez.

18 Je m'excuse parce que cela a disparu de mon écran. Mais j'aimerais

19 savoir, Madame, quand est-ce que votre père est parti de la JNA ?

20 R. Mon père était censé prendre sa retraite en septembre 1991. Il y avait

21 une règle tacite au sein de l'armée suivant laquelle trois mois avant le

22 départ à la retraite d'un officier, cet officier n'avait plus l'obligation

23 de se présenter au rapport, pour venir travailler, d'être physiquement

24 présent sur les lieux de son travail. Donc, il a arrêté d'aller au travail

25 trois mois avant la date officielle de sa retraite, et c'était habituel

26 pour la JNA à l'époque. C'était une des coutumes. Dès qu'il a pu arrêter de

27 travailler, il est reparti à Vukovar avec ma mère. Ils se sont installés à

28 nouveau dans la maison de famille, et cela s'est passé en mai 1991.

Page 2426

1 Q. Vous avez indiqué que vous étiez en mesure de faire la différence entre

2 un uniforme de la JNA et un uniforme qui ne fait pas partie de la JNA.

3 J'aimerais revenir au cimetière au moment de la reddition. Avec la

4 permission de la Chambre, je souhaiterais vous montrer à nouveau la pièce à

5 conviction 59. Je souhaiterais, Madame, que vous apposiez quelques

6 inscriptions sur ce document pour que la Chambre de première instance

7 puisse se familiariser avec le secteur dont elle parle. Alors, si M.

8 l'Huissier pouvait donner au témoin un stylo, ou plutôt, ce marquer

9 magique.

10 Madame, lorsque cette carte sera affichée sur votre écran, vous me le

11 direz. Ce sera la même carte que la dernière fois, si ce n'est que cette

12 fois-ci, je vais vous demander d'apposer des inscriptions différentes, avec

13 les lettres "A," "B," "C," et cetera. Donc, indiquez-moi juste le moment où

14 cette carte apparaît sur votre écran.

15 R. Je ne vois toujours pas de carte.

16 Q. Moi, non plus d'ailleurs.

17 R. Voilà, je vois maintenant la carte.

18 M. AGHA : [interprétation] Est-ce que nous pouvons faire un gros plan sur

19 cette carte. Non, c'est un peu trop. Voilà, c'est parfait.

20 Q. Madame, est-ce que, je vous prie, vous pourriez, une fois de plus,

21 mettre un cercle autour du quartier de Mitnica et est-ce que vous pourriez

22 inscrire un "A" autour de ce cercle.

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. Je vous demanderais maintenant de nous indiquer où se trouvait le

25 secteur où vous vous êtes rassemblés dans la clinique vétérinaire avant de

26 vous rendre au cimetière ? Est-ce que vous pourrez indiquer où cela se

27 trouve et apposer la lettre "B."

28 R. [Le témoin s'exécute]

Page 2427

1 Q. Est-ce que vous pourriez nous indiquer où se trouvent le cimetière et

2 l'endroit où toutes les personnes qui se rendaient ont dû se rassembler. Je

3 vous demanderais d'inscrire la lettre "C" à côté.

4 R. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Est-ce que vous pourriez dessiner une ligne pour nous montrer la route

6 que vous avez empruntée entre la clinique vétérinaire, où vous avez apposé

7 un "B," et le cimetière où vous avez apposé un "C."

8 R. [Le témoin s'exécute]

9 Q. Est-ce que vous pourriez mettre un "D" le long de cette ligne droite.

10 R. [Le témoin s'exécute]

11 Q. Merci. Est-ce que vous pourriez faire un cercle autour d'Ovcara, et

12 est-ce que vous pourriez inscrire la lettre "D."

13 R. [Le témoin s'exécute]

14 Q. Est-ce que vous pouvez indiquer en rouge l'itinéraire que vous avez

15 emprunté pour arriver à Ovcara -- je m'excuse. Il semblerait que nous ayons

16 deux D. Donc, le deuxième D sera un "E."

17 R. [Le témoin s'exécute]

18 Q. Est-ce que vous pourriez, je vous prie, dessiner la route que vous avez

19 prise du cimetière à Ovcara. Est-ce que vous pourriez peut-être faire une

20 ligne.

21 R. [Le témoin s'exécute]

22 Q. Vous pourriez peut-être mettre un "F" le long de cette ligne.

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. Est-ce que vous pourriez indiquer sur cette carte où se trouvent les

25 endroits où vous avez vu toutes ces pièces d'artillerie lorsque vous étiez

26 en chemin vers Ovcara. Est-ce que vous pourriez mettre des "X" là où se

27 trouvaient ces armes.

28 R. [Le témoin s'exécute]

Page 2428

1 Q. Merci.

2 M. AGHA : [interprétation] J'aimerais que cette carte, avec ces

3 inscriptions, soit versée au dossier.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cette carte sera versée au dossier

5 ainsi.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction 122.

7 M. AGHA : [interprétation] Merci. Nous avons terminé avec cette carte.

8 Q. Madame, j'aimerais savoir à quelle heure vous êtes arrivés à Ovcara ?

9 R. Vous savez, cela ne dure pas très longtemps entre le cimetière et

10 Ovcara. Cela prend quelque 20 minutes. Je pense que nous sommes arrivés à

11 Ovcara vers 22 heures, 22 heures ou 22 heures 30, cela dépend, bien

12 entendu, de l'heure exacte à laquelle nous sommes partis. Mais je ne peux

13 pas être plus précise à propos de l'horaire. Je ne m'en souviens pas.

14 Q. Combien de civils se trouvaient dans votre convoi, environ ?

15 R. Il y avait une vingtaine de voitures. Toutes les voitures étaient

16 pleines, ce qui signifie qu'il y avait quatre à cinq personnes dans chaque

17 véhicule. Ce qui me permet de dégager la conclusion qu'il y avait une

18 centaine de personnes ou peut-être 120.

19 Q. Est-ce qu'il s'agissait d'hommes, de femmes, d'enfants ? Est-ce qu'il

20 s'agissait seulement d'hommes dans ces voitures ou est-ce qu'il s'agissait

21 seulement de femmes ?

22 R. Il y avait des hommes, il y avait des femmes, avec des enfants, puis il

23 y avait également des personnes âgées.

24 Q. Quelles armes avaient ces personnes avec elles ?

25 R. Aucune arme.

26 Q. Que s'est-il passé lorsque vous êtes arrivés à Ovcara ?

27 R. Lorsque nous sommes arrivés à Ovcara, on nous a indiqué qu'il fallait

28 que nous nous garions sur le plateau, près de l'espace ouvert, près du

Page 2429

1 hangar. L'endroit était très sombre. Il n'y avait pas de lumière. On nous a

2 intimé de quitter nos véhicules et de laisser les clefs des voitures sur le

3 siège avant.

4 Q. Combien y avait-il environ de soldats de la JNA à Ovcara ? Combien en

5 avez-vous vu ?

6 R. J'ai observé qu'il y avait des soldats de la JNA ainsi que des membres

7 de la Défense territoriale ou des membres paramilitaires.

8 Cela, c'était en chemin. Une fois que nous sommes arrivés à notre

9 destination, il n'y avait pas de lumière et je n'ai vu que les personnes

10 qui étaient debout dans cet espace ouvert. Je n'ai pas vu les personnes qui

11 se trouvaient dans la pénombre. Pour ce qui est des personnes que j'avais

12 vues le long de la route, je pense en avoir vu plus d'une centaine.

13 Q. Lorsque vous parlez de "ces personnes," est-ce qu'il s'agit de membres

14 de la JNA ou de paramilitaires ou des deux ?

15 R. Les deux. Ils étaient ensemble.

16 Q. Pour parler d'Ovcara maintenant, est-ce que vous y avez vu à la fois

17 des soldats de la JNA et des paramilitaires ?

18 R. Oui, j'ai vu des membres de la JNA. J'ai vu le commandant Sljivancanin

19 qui s'est présenté. Il était accompagné de deux paramilitaires. Il

20 s'agissait manifestement de paramilitaires parce qu'ils avaient, tous les

21 deux, les cheveux longs et une barbe.

22 Q. Qui dirigeait la JNA et les paramilitaires à Ovcara ?

23 R. Il était assez évident qu'un officier de la JNA était responsable,

24 s'occupait des opérations et donnait des ordres. Il s'agissait du

25 commandant Sljivancanin. C'est celui qui nous a parlé, qui s'est présenté

26 et il a fait un discours.

27 Q. Qu'a-t-il dit, grosso modo ?

28 R. Je vais essayer de vous présenter l'essentiel de son discours. Il a

Page 2430

1 d'abord commencé par dire que nous, les citoyens de Vukovar, devrions

2 savoir exactement pourquoi nous nous trouvions à cet endroit-là. Il nous a

3 dit qu'ils avaient libéré Vukovar et que nous étions ceux qui avaient tué

4 des jeunes garçons, ces hommes imberbes.

5 Q. Comment est-ce que vous vous sentiez ? Est-ce que vous aviez

6 l'impression qu'il y avait eu une libération ?

7 R. Non, je n'ai jamais ressenti le besoin d'être libérée pendant la guerre

8 à Vukovar. J'étais dans ma ville, j'étais chez moi et point n'était besoin

9 que quelqu'un vienne pour me libérer.

10 Q. Les gens qui étaient avec vous à Ovcara étaient de Mitnica. Quelle

11 était, de façon approximative, la composition ethnique de Mitnica pendant

12 la bataille ?

13 R. En règle générale, il faut bien savoir que Mitnica faisait partie de

14 Vukovar, et qu'à Vukovar, il y avait une population qui était Croate à 99

15 %. Ce quartier de Vukovar était essentiellement habité par des Croates, ce

16 qui fait que la plupart des personnes qui ont été évacuées de Mitnica

17 étaient également Croates.

18 Q. Est-ce que les combats entre les défenseurs de Vukovar et la JNA

19 avaient été particulièrement intenses autour de Mitnica ?

20 R. Je me souviens encore de plusieurs moments où la JNA a arrêté de

21 pilonner et a essayé de faire des incursions le long des lignes en

22 utilisant leur infanterie. Je me souviens que nos soldats ont fait

23 véritablement preuve d'une bravoure extraordinaire en essayant de repousser

24 un ennemi qui était visiblement supérieur. Je me souviens que d'après ce

25 que disaient les défenseurs de Vukovar, la JNA a essuyé un certain nombre

26 de victimes à ces occasions, tout comme qu'en Croatie, d'ailleurs.

27 Q. Pour parler du discours du commandant Sljivancanin à Ovcara - je

28 suppose que l'obscurité régnait - comment est-ce que vous avez pu voir le

Page 2431

1 commandant Sljivancanin ?

2 R. Ce n'était pas un groupe important. Nous étions une centaine, tout au

3 plus - je ne sais pas exactement le chiffre - nous nous trouvions tous sur

4 un petit plateau et pas très loin de nous, juste à quelques mètres de nous,

5 se trouvait le commandant Sljivancanin ainsi que deux membres des unités

6 paramilitaires dont j'ai parlé.

7 Q. Vous avez également mentionné le fait qu'il y avait des femmes âgées et

8 des enfants qui se trouvaient dans votre groupe. Qu'est-il arrivé à cette

9 partie de votre groupe ?

10 R. Le commandant Sljivancanin, à la fin, a conclu, après un discours

11 relativement long, que l'évacuation aurait lieu, l'évacuation de tous,

12 comme ceci avait été convenu au cours des négociations, et que les

13 personnes qui partiraient en premier seraient les personnes âgées, les

14 femmes et les enfants. Elles étaient mises de côté et sont montées en

15 premier dans les cars et les cars sont partis.

16 Q. Où est-ce qu'elles étaient censées être emmenées ? Pourriez-vous, s'il

17 vous plaît, rappeler cela aux membres de la Chambre, d'après M.

18 Sljivancanin et les négociations concernant la reddition ?

19 R. A la fois sur la base des négociations conclues et sur la base de ce

20 qu'a dit également le commandant Sljivancanin, ces gens devaient être

21 emmenés dans une partie de la Croatie qui n'était pas en guerre.

22 Q. Où les a-t-on emmenés ?

23 R. Une partie d'entre eux ont été évidemment emmenés en Croatie, tandis

24 que d'autres ont été emmenés à Sremska Mitrovica.

25 Q. Comment savez-vous qu'une autre partie de ce groupe a été emmenée à

26 Sremska Mitrovica ?

27 R. Parce que je les y ai vus puisque moi-même, après l'évacuation dans la

28 partie libre de la Croatie, j'ai fini par me retrouver à Sremska Mitrovica,

Page 2432

1 dans la prison et Sremska Mitrovica est en Serbie.

2 Q. Après que les femmes âgées et les enfants étaient partis, qu'est-ce

3 qu'on a dit concernant les personnes qui restaient encore sur place ?

4 R. Le commandant Sljivancanin a dit que les hommes devaient être séparés

5 des femmes, comme étape suivante, que nous partions tous dans la même

6 direction, mais qu'il était nécessaire que nous soyons séparés. Les femmes

7 ont refusé et elles sont restées debout.

8 Q. Après que les hommes et les femmes aient refusé d'être séparés, comment

9 est-ce que le commandant Sljivancanin a réagi ? Que s'est-il ensuite

10 passé ?

11 R. Après cela, il y a eu beaucoup de discussions. Ils se sont mis de côté

12 par rapport à nous, les civils, qui nous trouvions là, et il est évident

13 qu'il y a eu une discussion très vive entre le commandant Sljivancanin et

14 les membres des formations paramilitaires. Je pense qu'il y avait les

15 membres de l'armée régulière, également de la JNA. Ils ont eu ces

16 discussions, et après cela, le commandant Sljivancanin a quitté le groupe,

17 est revenu vers notre groupe et a dit que nous devions tous monter dans les

18 cars.

19 Q. Où étiez-vous censé être emmenés ?

20 R. D'après ce qui a été dit, nous étions censés aller en Croatie.

21 Q. Alors que vous étiez en train de monter dans les cars à Ovcara pour

22 partir, est-ce qu'un soldat, un paramilitaire a dit quelque chose à votre

23 mari ?

24 R. Les membres des unités paramilitaires, les deux membres dont j'ai parlé

25 et qui se trouvaient avec le commandant Sljivancanin à Ovcara, alors qu'il

26 était en train de faire son discours, se trouvaient à l'entrée des cars sur

27 lesquels nous étions censés monter. Au moment où nous passions devant eux,

28 l'un d'entre eux, celui qui se trouvait à l'entrée s'est adressé à mon mari

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1 et lui a parlé.

2 Q. Que lui a-t-il dit à votre mari ?

3 R. Lorsque nous sommes montés dans le car, je lui ai demandé ce que le

4 soldat lui avait dit et il m'a répondu qu'il l'avait reconnu lorsqu'il

5 avait parlé et quand il l'a vu de près parce qu'il est passé juste devant

6 lui. Il l'a reconnu comme étant un homme du nom de Pero dont le surnom

7 était Limun, "lemon," cela veut dire citron - à Mitnica qui travaillait

8 dans un magasin, là et qui a dit qu'on était censé nous relâcher, mais que

9 cela allait finir d'une façon différente.

10 Q. Selon vous, qu'est-ce qu'il voulait dire par là ?

11 R. Je pense que ce commentaire ne pouvait se comprendre que d'une seule

12 manière. Si, effectivement, il allait nous relâcher et si les choses

13 devaient se terminer différemment, cela voulait dire qu'ils n'étaient pas

14 censés nous relâcher et que nous étions censés resté à Ovcara. Si nous

15 étions évacués vivants, si nous survivions, si les choses auraient dû finir

16 différemment, cela voulait dire qu'on n'aurait pas dû nous laisser en vie.

17 Q. Vous avez dit un peu plus tôt qu'il y avait eu des combats très

18 violents dans le secteur de Mitnica et que la JNA avait subi de lourdes

19 pertes, en l'occurrence, des deux côtés. Quelle était l'attitude des

20 paramilitaires à Ovcara à votre égard ?

21 R. Très hostile. Tandis que la colonne de véhicules passait, ils leur

22 criaient des choses, ils proféraient des menaces, des jurons, et alors que

23 nous étions en train de monter dans les cars, il était évident qu'ils

24 étaient hostiles, ils avaient un comportement hostile; ils étaient

25 extrêmement en colère.

26 Q. D'après votre déposition, on était censé vous emmener dans une partie

27 de la Croatie où il n'y avait pas de combats, mais en réalité, où est-ce

28 qu'on vous a emmené depuis Ovcara ?

Page 2434

1 R. Vers 2 heures du matin ou très tôt, le lendemain matin, nous sommes

2 arrivés à la prison de Sremska Mitrovica. C'est une prison qui est située

3 en Serbie.

4 Q. Qui vous escortait jusque-là ?

5 R. Nous étions dans les cars, et dans les cars se trouvaient aussi des

6 membres de l'armée populaire yougoslave qui étaient armés ainsi que le

7 chauffeur qui était en civil.

8 Q. Alors que vous étiez en route depuis Ovcara vers Sremska Mitrovica,

9 est-ce que vous vous rappelez la région par laquelle vous êtes passés, les

10 villages que vous avez traversés ?

11 R. Nous sommes passés via Negoslavci et Oriolik, cela, je peux m'en

12 souvenir. Nous sommes arrivés à la grand-route où nous nous sommes arrêtés,

13 et à ce moment-là, on nous a séparés de force et obligés à monter dans des

14 cars différents et on a séparé les hommes des femmes.

15 Q. Les autres cars, ils sont partis dans quelle direction ?

16 R. Ils sont allés au même endroit. Donc, je n'étais pas très sûre de la

17 logique de cette séparation, ni du pourquoi de cette séparation, pourquoi

18 nous avions été séparées des hommes, pourquoi les hommes avaient été

19 séparés des femmes, alors que nous allions au même endroit.

20 Q. Revenons au village que vous avez traversé tel que Negoslavci, est-ce

21 que ces villages étaient essentiellement serbes, du point de vue ethnique,

22 ou croates du point de vue ethnique ? Quelle était leur composition

23 majoritaire ?

24 R. Negoslavci est un village qui était habité essentiellement par des

25 Serbes, et en route, nous faisions des observations, nous disions que ces

26 lieux étaient restés tout à fait indemnes. Rien n'était endommagé en aucune

27 manière. Les maisons étaient là tout à fait normalement, comme s'il n'y

28 avait eu aucune guerre dans ce secteur, alors que cela se trouvait juste à

Page 2435

1 quelques kilomètres de Vukovar.

2 Q. Vous dites que vous avez fini par arriver à Sremska Mitrovica, en

3 Serbie. Dans quel endroit avez-vous été emmenés ?

4 R. Sremska Mitrovica, c'est une prison dans laquelle dans l'ex-

5 Yougoslavie, des criminels, des tueurs purgeaient leurs peines, tous ceux

6 qui avaient été reconnus coupables de crimes.

7 M. AGHA : [interprétation] Avec l'aide de l'Huissier de la Chambre et avec

8 la permission des membres de la Chambre, je souhaiterais qu'on montre

9 maintenant au témoin la pièce à conviction numéro 103 qui est la carte

10 portant le numéro ERN 0462-6620.

11 Q. Lorsque vous verrez cette carte au rétroprojecteur, Témoin, est-ce que

12 vous pourriez, s'il vous plaît, me le dire et à ce moment-là, je vous

13 demanderai d'y apporter certaines marques à l'intention des membres de la

14 Chambre.

15 R. Oui, je vois la carte.

16 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer un cercle sur la carte autour de

17 Vukovar et ajouter la lettre "A," quand on vous aura donné un marqueur.

18 M. AGHA : [interprétation] Est-ce qu'on pourrait, s'il vous plaît, faire un

19 gros plan sur l'image ?

20 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

21 M. AGHA : [interprétation]

22 Q. Pourriez-vous mettre la lettre "B" pour Negoslavci ?

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. Pourriez-vous, là où il y a Sremska Mitrovica, l'endroit où on a fini

25 par vous emmener, pourriez-vous mettre la lettre "C ?"

26 R. [Le témoin s'exécute]

27 Q. Je vous remercie.

28 M. AGHA : [interprétation] Pourrais-je prier la Chambre de bien vouloir

Page 2436

1 accepter comme pièce à conviction cette carte avec les marques qui y sont

2 apposées ?

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cette pièce est versée au dossier.

4 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction

5 numéro 123, Monsieur le Président.

6 M. AGHA : [interprétation]

7 Q. Maintenant, Témoin, d'après ce que vous avez compris, selon l'accord de

8 reddition et selon ce qui vous a été dit par le commandant Sljivancanin,

9 c'était que vous deviez aller en Croatie. Quelle explication est-ce que les

10 membres de la JNA vous ont donné pour vous avoir emmenés à la prison de

11 Sremska Mitrovica ?

12 R. La JNA ne nous a donné aucune explication. Ce que le commandant

13 Sljivancanin a dit était différent de ce qu'il a fait. Nous ne pouvons pas

14 dire que c'est une explication. En ce qui nous concernait, nous étions en

15 route, nous sommes arrivés à Mitrovica, personne ne nous a parlé.

16 Q. En gros, combien de jours êtes-vous restée dans cette prison ?

17 R. Je suis restée 18 jours dans cette prison, et j'ai fait l'objet d'un

18 échange au début de décembre en 1991, le 5 décembre pour être précise.

19 Q. Pourriez-vous expliquer à la Chambre très brièvement ce qu'étaient les

20 conditions dans la prison de Sremska Mitrovica ?

21 R. Nous étions environ 90 femmes, et il y avait deux enfants. On nous a

22 mis dans une seule pièce qui était fermée à clé. On nous a enfermés dans

23 cette pièce. Nous dormions par terre. Nous avions deux toilettes et deux ou

24 trois lavabos. La nourriture était très mauvaise, et sans doute ce fut une

25 période très difficile. La personne la plus âgée avait 90 ans, c'était une

26 vieille femme de 90 ans. Et l'enfant le plus jeune avait tout juste 2 ans.

27 Q. Combien d'autres membres de famille se trouvaient là avec vous dans la

28 prison ?

Page 2437

1 R. Mon mari se trouvait dans la prison de Sremska Mitrovica, de même que

2 mon père. Il se trouvait à la prison de Sremska Mitrovica pour commencer,

3 puis, il a été à Nis et il a été ramené à Sremska Mitrovica. Ma mère, et ma

4 belle-mère, et sa tante se trouvaient avec moi dans la même pièce à Sremska

5 Mitrovica. Nous y étions tous ensembles.

6 Q. Vous avez dit que votre père était musicien dans la JNA. Quel rôle a-t-

7 il joué pour la défense de Mitnica ?

8 R. Mon père a rejoint la protection civile et est allé dans cette partie

9 de la ville pour organiser la défense de la ville, cette partie qui

10 appartenait à la défense populaire. En principe, leurs membres ne portaient

11 pas d'uniformes. Ils montaient simplement la garde devant leurs propres

12 maisons ou des positions se trouvant près de leurs maisons.

13 Q. En gros, quel âge avait-il à l'époque ?

14 R. Mon père était né en 1935, ce qui fait qu'il avait -- je ne suis pas

15 très forte en arithmétique. Je vais calculer. Il avait donc 56 ans, si j'ai

16 bien calculé. Je ne suis pas suffisamment concentrée aujourd'hui.

17 Q. Quelles accusations, quelles charges ont été formulées contre lui alors

18 qu'il se trouvait dans la prison de Sremska Mitrovica ?

19 R. Un acte d'accusation a été porté contre lui, et on l'accusait de

20 trahison.

21 Q. Est-ce qu'il a été jugé ?

22 R. Il a reçu l'acte d'accusation, mais le procès n'a pas commencé parce

23 qu'avant cela, il a été échangé, avant d'en venir au procès.

24 Q. Donc, il n'a jamais été jugé dans ce procès ?

25 R. Non, il n'a jamais été jugé.

26 Q. Lorsque vous vous trouviez en prison pendant 18 jours, est-ce que vous

27 avez fait l'objet d'interrogatoires ?

28 R. Oui. J'ai été interrogée par un officer, un officier de haut grade de

Page 2438

1 l'armée populaire yougoslave. Je ne sais pas exactement quel était son

2 grade.

3 Q. Combien de déclarations avez-vous faites ?

4 R. Je crois que j'en ai fait trois. Je ne me souviens pas exactement. Je

5 crois trois, mais je ne me rappelle pas exactement, parce qu'on nous a

6 appelés pour nous interroger, pas seulement moi seule, mais la plupart des

7 prisonniers. J'ai été essentiellement interrogée sur ce qui se passait à

8 Vukovar à ce moment-là. C'était entre le mois de mai et le mois de

9 novembre, le cinquième mois et le onzième mois, vers la fin de novembre

10 1991.

11 Q. Est-ce qu'il y a quelque chose de précis ou particulier que vous auriez

12 oublié de votre déclaration concernant cette période ?

13 R. Nous étions en prison. C'est un lieu où on est enfermé si on est

14 délinquant ou criminel, si on est considéré comme étant délinquant ou

15 criminel, et on est interrogé. Il y a des interrogatoires. Voilà le type

16 d'endroit que c'est. Nous étions forcés de faire des déclarations, d'un

17 genre ou d'un autre, et dans ces déclarations, j'ai pour l'essentiel dit la

18 vérité, compte tenu du fait que l'officier m'a interrogée sur le nombre de

19 morts et les faits et chiffres de ce genre, les questions concernant la

20 reddition à Mitnica, et ainsi de suite. Donc, pour l'essentiel, j'ai dit la

21 vérité.

22 La seule chose que je n'ai pas dite dans cette déclaration et où je

23 les ai, en fait, induits en erreur, c'était que pendant la guerre, je me

24 trouvais dans une cave, dans un abri qui appartenait à ma société, à ma

25 compagnie, et qui était le quartier général de la Garde nationale croate

26 pour ce secteur. Je n'ai pas estimé qu'il était de mon intérêt de leur dire

27 cela.

28 Q. Passons maintenant à une autre partie de votre incarcération dans

Page 2439

1 cette prison. Est-ce que vous avez vu ou rencontré des membres du personnel

2 de l'hôpital de Vukovar ?

3 R. Le Dr Vesna Bosanac se trouvait dans la pièce avec moi. Elle est

4 arrivée un peu plus tard, deux ou trois jours après notre arrivée. Tout au

5 long de la période, elle s'est trouvée dans cette pièce, jusqu'au moment où

6 j'ai fait l'objet d'un échange et jusqu'au jour où j'ai quitté la prison.

7 Q. Est-ce que vous avez vu d'autres médecins, d'autres docteurs de

8 l'hôpital ?

9 R. J'ai vu le Dr Njavro et aussi d'autres membres du personnel médical,

10 des infirmières qui travaillaient à l'hôpital de Vukovar.

11 Q. Est-ce qu'à un moment donné, le Dr Bosanac vous a demandé de faire

12 quelque chose de particulier pour elle ?

13 R. Un jour avant l'échange, les représentants de l'armée populaire

14 yougoslave sont venus et sont entrés dans cette pièce, en l'occurrence, les

15 officiers qui avaient organisé l'échange de prisonniers. Ils ont fait

16 l'appel à des noms des personnes qui étaient censées faire l'objet d'un

17 échange le lendemain, et sur cette liste, figurait mon nom. Le Dr Bosanac

18 m'a demandé lorsque je serais parvenue en Croatie, de me mettre en rapport

19 avec le ministre de la Santé, le Pr Andrija Hebrang, et de lui dire que les

20 médecins et le personnel de l'hôpital de Vukovar étaient gardés prisonniers

21 dans la prison de Sremska Mitrovica et qu'ils ne savaient pas où on avait

22 emmené les blessés, ainsi que les civils de l'hôpital de Vukovar.

23 Q. Donc, lorsque vous avez été relâchée, qu'est-ce que vous avez fait ?

24 Est-ce que vous avez essayé de faire ce que vous avait demandé le Dr

25 Bosanac ?

26 R. Dès que je suis arrivée à Zagreb, je me suis mise en rapport,

27 effectivement, avec le bureau du ministre, et sa secrétaire m'a pris un

28 rendez-vous pour que je puisse rencontrer le ministre le jour même.

Page 2440

1 Q. Qu'avez-vous communiqué au ministre ?

2 R. Je lui ai dit tout ce que le Dr Bosanac m'avait demandé de lui dire.

3 J'ai dit que les médecins et le personnel médical de l'hôpital de Vukovar

4 étaient incarcérés à la prison de Sremska Mitrovica, et j'ai dit que le Dr

5 Bosanac devait envoyer un message et qu'elle ne savait pas où les blessés

6 qui étaient en mesure de se mouvoir ou des personnes qui ne pouvaient pas

7 marcher, avaient été emmenées de l'hôpital, ainsi que les civils. Je lui ai

8 également dit quelles étaient les conditions en prison, et tout le reste.

9 Ceci intéressait le ministre, tout ce qui pouvait l'intéresser.

10 Q. Quelle a été la réponse ou la réaction du ministre ?

11 R. Le ministre a réagi en contactant tous ceux qui avaient été engagés

12 dans les négociations et dans le programme d'échange de prisonniers. Et

13 plusieurs jours plus tard, les médecins et le personnel médical de

14 l'hôpital de Vukovar ont été relâchés.

15 Q. Après avoir vu le ministre, qu'est-ce que vous avez pris à ce moment-là

16 comme travail ou comme tâche ?

17 R. Alors que je parlais à la secrétaire et qu'on était en train de

18 préparer ce rendez-vous avec le ministre Hebrang, elle m'a donné le nom

19 d'un professeur, Pr Kostovic, qui était le doyen de la faculté de médecine

20 à l'époque, et c'était la personne chargée de réunir tous les

21 renseignements liés au sort des individus de Vukovar. Elle m'a mise en

22 rapport avec lui, et il a été inclus dans les négociations. Je suis allée

23 voir le Pr Kostovic. Je lui ai dit ce qui s'était passé, et dans l'après-

24 midi, j'ai eu une réunion avec le ministre. Après cela, le Pr Kostovic m'a

25 demandé si je souhaitais travailler pour son service, son département, qui

26 était rattaché au ministère de la Santé. C'était le service ou le

27 département de l'information du ministère de la Santé.

28 Q. Est-ce que, par la suite, votre chef est allé prendre des fonctions

Page 2441

1 éminentes en Croatie ?

2 R. Oui. Plus tard, je ne sais pas exactement quand c'était, mais il s'est

3 retrouvé vice-premier, et sa mission comportait également les questions et

4 les problèmes humanitaires. C'était le genre de questions dont il avait à

5 traiter et qu'il traitait depuis le tout début de la guerre.

6 Q. Quand, initialement, avez-vous parlé à M. Hebrang ? Quand est-ce que

7 vous avez commencé à travailler pour cet emploi particulier ?

8 R. J'ai parlé au Pr Hebrang immédiatement après mon arrivée. Je pense que

9 c'était le 6. Je crois que nous avons fait l'objet d'un échange le 5.

10 C'était tard dans la nuit. Nous sommes arrivés à Zagreb dans le courant de

11 la nuit, et le jour suivant, j'ai fait ce que j'avais promis au Dr Bosanac

12 de faire.

13 Q. Après cela, est-ce que vous avez accepté un poste dans ce bureau ?

14 R. Oui. J'ai commencé à travailler dans ce bureau. C'était un bureau qui

15 était attaché au département médical, au service médical. Le personnel

16 médical s'occupait de recueillir des renseignements concernant toutes les

17 personnes incarcérées et les personnes disparues, pas seulement de Vukovar,

18 mais pour l'ensemble de la Croatie aussi.

19 Q. Avec qui est-ce que votre chef a négocié côté JNA ?

20 R. Il y avait plusieurs négociateurs. Je me rappelle l'un des plus

21 importants du côté de l'armée yougoslave, c'était le général Raseta.

22 Q. Le Pr Kostovic, votre chef, pour autant que vous le sachiez, n'a-t-il

23 jamais soulevé la question des patients de l'hôpital portés disparus lors

24 des réunions avec le général Raseta et la JNA ?

25 R. C'est la question qui a été posée absolument à chaque fois qu'il y a eu

26 des négociations, et cela a toujours été la première question qu'on posait.

27 Q. Et la JNA, comment répondait-elle ?

28 R. A chaque fois, à l'issue des négociations, puisque nous préparions les

Page 2442

1 documents, les listes de personnes portées disparues, des prisonniers, et

2 cetera, toujours le professeur nous rendait compte de la manière dont les

3 négociations s'étaient déroulées, parce que cela nous intéressait. Il nous

4 disait qu'à chaque fois, à la seule mention des patients de l'hôpital de

5 Vukovar, donc il suffisait de les mentionner, qu'il y avait pratiquement

6 l'arrêt des négociations de l'autre côté, donc les représentants de la JNA

7 ne souhaitaient pas en parler. Ils ne voulaient pas non plus fournir une

8 information, quelle qu'elle soit, à ce sujet.

9 Q. Votre bureau recherchait les personnes portées disparues. Alors,

10 d'après ce que vous avez appris, il y a eu combien de patients qui ont été

11 portés disparus alors qu'ils avaient été hospitalisés à l'hôpital de

12 Vukovar ? Quel a été le nombre approximatif des personnes portées disparues

13 après l'évacuation du 20 novembre ?

14 R. Je tiens à dire une chose. A l'époque en Croatie, compte tenu de la

15 situation générale qui se présentait, telle qu'elle se présentait à

16 Vukovar, il y a eu le chaos. Parce que pour certains, les gens ont fait un

17 voyage de 36 heures pendant l'évacuation, et tout le monde recherchait des

18 proches. Comme nous n'avions pas de liste - et là je vous parle de la

19 période où je travaillais dans ce bureau - nous n'avions pas la liste des

20 personnes qui avaient été emmenées de l'hôpital de Vukovar. Cette liste

21 n'était accessible, et ce, à titre exclusif, qu'à des membres de la JNA qui

22 les avaient emmenées et qui avaient consigné leurs noms. Nous, nous avons

23 dressé une liste en nous fondant sur les informations fournies par les

24 proches des personnes portées disparues, donc en nous fondant sur ceux qui

25 sont venus déclarer, les membres des familles. Ils sont venus nous dire

26 qu'un tel ou un tel a été emmené de l'hôpital de Vukovar. Il s'agissait

27 d'une liste d'environ 300 noms, et cette liste s'est réduite puisque, par

28 la suite, on a appris le sort de certains d'entre eux.

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1 Q. Où ont été trouvés ces gens-là ?

2 R. Je ne vous ai pas compris.

3 Q. Le reste de ces personnes, est-ce qu'elles ont été retrouvées ? Où est-

4 ce que vous les avez retrouvées ?

5 R. Environ 200 corps, des personnes emmenées de l'hôpital de Vukovar, donc

6 des patients, des civils, ont été retrouvés dans une fosse commune d'Ovcara

7 en 1993.

8 Q. Quel a été leur sort ?

9 R. D'après les informations que j'ai eues à l'époque, puisque je

10 travaillais dans un bureau qui coopérait avec des représentants de la

11 communauté internationale, des personnes qui ont repéré la fosse commune,

12 parce qu'elles se sont trouvées sur le terrain, je parle de Clyde Snow

13 maintenant, ces personnes ont été fusillées à cet endroit.

14 M. AGHA : [interprétation] Monsieur le Président, je vous remercie. Je n'ai

15 plus de questions à poser à ce témoin. J'en ai terminé avec mon

16 interrogatoire principal.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur Agha.

18 Maître Lukic.

19 M. LUKIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

20 Je supposais que vous alliez annoncer la pause, mais avant cela, aux fins

21 du compte rendu d'audience, je souhaite soulever une objection très ferme

22 pour ce qui est d'une série de questions posées par le Procureur et qui

23 concernent le séjour de ce témoin à Sremska Mitrovica, à savoir, c'est la

24 première fois, pendant la déposition que nous venons d'entendre, que nous

25 avons appris que ce témoin s'était trouvée en prison de Sremska Mitrovica,

26 qu'elle a été interrogée, qu'elle a fait des déclarations qui ont été

27 consignées par écrit et qu'elle y a séjourné avec Vesna Bosanac.

28 De toute évidence, mon confrère du bureau du Procureur était au courant de

Page 2444

1 cela, compte tenu de la manière dont il a posé ses questions. La seule

2 déclaration que nous avons reçue, déclaration de ce témoin, date de 1995 et

3 on y mentionne le fait qu'elle s'est trouvée à Sremska Mitrovica. Il y a

4 quelques jours, nous avons reçu un complément qui porte sur certains faits

5 et ceci aurait pu nous permettre de procéder à des vérifications. Il s'agit

6 d'un fait tout à fait nouveau pour nous.

7 Nous n'avons pu faire aucune vérification, conformément à l'Article

8 21 du Statut de ce Tribunal, et je précise encore une fois, il s'agit du

9 séjour du témoin à Sremska Mitrovica. Nous aurions dû recevoir ces données

10 qui étaient connues du Procureur. Nous aurions dû les connaître par avance.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Agha.

12 M. AGHA : [interprétation] Monsieur le Président, la déclaration

13 donnée en 1995 par le témoin dit très clairement que le

14 19 novembre, elle a été emmenée à Sremska Mitrovica et qu'elle y est restée

15 pendant 11 jours [comme interprété] et que le 5 décembre, elle a fait

16 l'objet d'un échange. C'est uniquement quand elle est venue ici pour le

17 récolement qu'elle nous a dit qu'elle avait rencontré, à cet endroit, le Dr

18 Vesna Bosanac. Nous n'avions aucune connaissance des déclarations qu'elle

19 aurait données là-bas ou de l'interrogatoire qu'elle aurait subi.

20 D'ailleurs, le bureau du Procureur n'a retrouvé aucune de ces déclarations,

21 et je suppose qu'elles sont toujours en la possession de la JNA qui l'a

22 interrogée à cet endroit. Mais sur la base de la déposition du témoin, nous

23 estimons que puisque ceci ne constitue la partie prépondérante de sa

24 déposition, que mon confrère n'a pas fait l'objet d'un traitement

25 inéquitable, et que de toute évidence, il peut contre-interroger le témoin

26 sur chacun de ces points.

27 Encore une fois, la difficulté consiste à savoir combien d'éléments

28 d'information on communiquera dans l'annexe sur la base des informations

Page 2445

1 qui découlent du récolement, et nous avons fourni les éléments qui, à notre

2 avis, étaient substantiels.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Agha, Me Lukic ainsi

4 que les autres conseils de la Défense ne savent pas ce qu'il y a dans ces

5 déclarations fournies par le témoin.

6 M. AGHA : [interprétation] Mais, Monsieur le Président, nous n'avons

7 pas ces déclarations. Si nous avions reçu ces déclarations, nous les

8 aurions communiquées, mais nous avons appris très récemment, il y a

9 quelques jours, que le témoin a fait ces déclarations. Nous lui avons

10 demandé si elle en avait des exemplaires et elle nous a dit qu'elle n'en

11 avait pas. Nous avons re-vérifié dans notre système pour voir si nous

12 avions ces exemplaires ici, mais nous ne les avons pas; nous n'avons pas pu

13 les communiquer à la Défense. Nous pensons que ce sont les autorités qui

14 les ont prises, recueillies, à l'époque, à la prison de Sremska Mitrovica,

15 qui les ont. Si nous les avions eues, nous les aurions certainement

16 communiquées à la Défense.

17 [La Chambre de première instance se concerte]

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Lukic, compte tenu de la

19 situation, il semblerait que le Procureur a respecté son obligation de

20 communication des pièces puisque les déclarations qui vous posent problème

21 ne se trouvent pas en la possession de l'Accusation. Compte tenu de cela,

22 la Chambre estime qu'il convient que le conseil de la Défense contre-

23 interroge le témoin. Toutefois, si, au cours du procès, vous arrivez par

24 vos propres moyens, lors de votre propre enquête, vous arrivez à identifier

25 ces déclarations, si vous vous rendez compte qu'il y a des éléments qui

26 vous intéressent là-dedans, vous pouvez vous adresser à la Chambre pour

27 demander que le témoin revienne.

28 Est-ce que ceci vous semble suffisamment clair ?

Page 2446

1 M. LUKIC : [interprétation] C'est parfaitement clair. Tel a été notre

2 intention, d'ailleurs. Nous n'avions pas l'intention de demander le report

3 du contre-interrogatoire.

4 Mais permettez-moi d'ajouter que le Procureur n'est pas obligé seulement de

5 nous communiquer les pièces qu'il a, il est obligé également de nous

6 communiquer des informations pour que nous puissions procéder à des

7 vérifications pour notre part. Merci.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La question qui est de savoir ce qu'on

9 doit raisonnablement considérer comme étant des documents, c'est une

10 question d'appréciation, et là, c'est vraiment un cas limite. Comme vous

11 l'avez entendu de la part de la Chambre, dans l'intérêt de l'équité, nous

12 avons tendance à estimer que nous vous avons traité équitablement et il y a

13 un risque qu'on se prononce contre votre souhait, si on continue à débattre

14 là-dessus.

15 Nous allons lever l'audience et nous allons reprendre dans

16 20 minutes.

17 --- L'audience est suspendue à 17 heures 42.

18 --- L'audience est reprise à 18 heures 06.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Domazet.

20 M. DOMAZET : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Me Domazet va vous poser quelques

22 questions.

23 M. DOMAZET : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

24 Contre-interrogatoire par M. Domazet :

25 Q. [interprétation] Je vais me présenter. Je suis Maître Domazet, le co-

26 conseil de M. Mrksic et je vous poserai quelques questions au sujet de la

27 déclaration que vous avez faite aujourd'hui pendant l'interrogatoire

28 principal. Puisque nous parlons une langue que nous comprenons tous les

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1 deux et que nos propos doivent être interprétés dans d'autres langues, je

2 vais vous demander de ménager une pause entre la question et la réponse

3 pour faciliter la tâche aux interprètes.

4 A en juger d'après ce que vous dites dans la déclaration que vous

5 avez donnée au bureau du Procureur, et aussi en se fondant sur ce que vous

6 avez dit aujourd'hui dans le cadre de votre déposition, vous avez dit que

7 vous avez passé pratiquement toute votre vie jusqu'à la fin de vos études

8 universitaires à Belgrade ?

9 R. Oui. Jusqu'à mes 24 ans, j'ai vécu à Belgrade.

10 Q. Vous avez dit aujourd'hui que très souvent, vous vous rendiez à Vukovar

11 parce que vos parents avaient une maison à Vukovar et que vous passiez vos

12 vacances là-bas. Il me semble avoir compris aujourd'hui dans vos réponses

13 que votre époux, lui aussi, l'homme que vous avez épousé, qu'il est

14 originaire de Vukovar ou est-ce que je me trompe ?

15 R. Oui, il est né à Vukovar. Il a été scolarisé, pendant son école

16 secondaire et ses études universitaires, à Zagreb. Après, il est revenu à

17 Vukovar.

18 Q. Vous avez dit aujourd'hui que c'était vers 1986 que vous êtes partie de

19 Vukovar ou pour Vukovar. Est-ce que cela veut dire que vous vous êtes

20 mariée en cette année-là ?

21 R. Je l'ai épousé en 1986, et c'est à ce moment-là que j'ai déménagé et

22 que je suis venue de Belgrade m'installer à Vukovar.

23 Q. Il ressort de vos réponses apportées aujourd'hui que les parents de

24 votre époux, eux aussi, vivaient à Vukovar, qu'ils y étaient en 1991 et

25 qu'ils avaient leur maison à Vukovar ?

26 R. Oui, c'est exact. Ils vivaient aussi à Vukovar -- sa mère, plutôt,

27 puisque son père est décédé avant la guerre.

28 Q. Quel est le nom de votre époux ? Parce que nous n'avions pas cette

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1 information dans votre déclaration.

2 R. Il s'appelle Josip Foro. C'est clairement dit dans ma déclaration.

3 Q. Vous avez dit qu'il a fait ses études à Zagreb. Quelles études a-t-il

4 fait ?

5 R. Il est allé dans un lycée spécialisé en électricité. Après, il a fait

6 des études universitaires, l'académie technique et militaire, mais il n'a

7 jamais eu son diplôme.

8 Q. Est-ce que cela veut dire qu'il a travaillé au sein de la JNA ou non ?

9 R. Non.

10 Q. A-t-il fait son service militaire obligatoire dans les rangs de la JNA

11 ?

12 R. Oui, il l'a fait.

13 Q. Vous avez dit aujourd'hui qu'en 1991, pendant la période qui nous

14 intéresse, il a travaillé à la poste de Vukovar et qu'il travaillait sur

15 les installations téléphoniques, les lignes téléphoniques. Est-ce que c'est

16 ce qu'il faisait avant 1991 déjà ?

17 R. Oui, depuis le moment où il a eu un travail, un poste à la poste et il

18 l'a eu peu après notre mariage.

19 Q. Vous viviez ensemble dans la maison qui appartenait à vos parents à

20 Mitnica, c'est bien cela, et ce n'était pas la maison de ses parents à

21 lui ?

22 R. Oui, c'est exact.

23 Q. Vous avez dit également que vous avez trouvé un poste à la voirie de

24 Vukovar. Mais vous avez dit que c'était à peu près en 1991. Pouvez-vous le

25 préciser ?

26 R. J'y ai travaillé à partir du milieu de l'année 1990. J'y étais déjà

27 depuis un an à peu près, au moment où la guerre a commencé.

28 Q. C'était votre premier emploi ?

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1 R. Oui.

2 Q. Mais vous avez dit dans votre déclaration préalable, et aussi

3 aujourd'hui pendant l'interrogatoire principal, qu'après avoir eu votre

4 baccalauréat à Belgrade, en 1981, que vous vous êtes inscrite en études de

5 pharmacologie et que vous avez pratiquement terminé vos études, qu'il vous

6 restait cinq examens à l'Université de Belgrade au moment où vous avez

7 abandonné l'université. C'est exact ?

8 R. Oui.

9 Q. Vous parlez de la période qui va jusqu'à 1986 ou au-delà de cela

10 jusqu'à votre départ de Belgrade ?

11 R. Excusez-moi. Je n'ai pas compris votre question.

12 Q. Ces cinq examens, ce sont les examens que vous n'aviez pas encore

13 passés en 1986 quand vous avez quitté Belgrade ou un peu plus tard ?

14 R. Non, c'est cela, à ce moment-là.

15 Q. Pouvez-vous nous dire ce que cela signifie ? En quelle année d'étude

16 étiez-vous inscrite à ce moment-là ?

17 R. A ce moment-là, j'avais suivi toutes les conférences, fait tous les

18 travaux dirigés et réussi tous les examens qui relevaient des années

19 passées, et il ne me restait plus que cinq examens à passer, à réussir pour

20 avoir mon diplôme.

21 Q. Je vous remercie. Mais vous avez dit également dans votre déclaration

22 que vous avez poursuivi vos études par la suite à Zagreb, des études de

23 pharmacologie. Est-ce que cela veut dire que vous les avez terminées à un

24 moment donné ?

25 R. Quand je suis arrivée à Zagreb, pendant les deux premières années, j'ai

26 été très occupée parce que je travaillais sur ces questions humanitaires,

27 la recherche des personnes portées disparues, l'échange des prisonniers et

28 ainsi de suite. A la fin de l'année 1993 et au début de l'année 1994, j'ai

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1 essayé d'obtenir les documents me concernant de l'Université de Belgrade.

2 Je n'ai pas réussi à les avoir pendant trois ans.

3 Q. En fin de compte, les avez-vous reçus ? Avez-vous pu continuer vos

4 études à Zagreb, les études de pharmacologie ?

5 R. Oui, j'ai reçu mes documents et j'ai tenté de poursuivre mes études. Je

6 n'ai pas de diplôme de la faculté de pharmacologie. Je n'ai pas terminé mes

7 études.

8 Q. D'après ce que j'ai compris aujourd'hui, vous avez fait autre chose à

9 Vukovar. En fait, vous n'avez pas travaillé dans le domaine de vos études.

10 Vous avez dit que vous étiez secrétaire, qui à l'époque des faits, où le

11 conflit a commencé à Vukovar, que vous étiez en charge du cimetière. Est-ce

12 que cela était la première tâche que vous avez eue à partir du moment où

13 vous avez trouvé cet emploi ?

14 R. C'est ce que j'ai fait depuis le début.

15 Q. Une question de plus qui concerne votre emploi et votre travail. Vous

16 avez dit que, souvent, vous quittiez le siège de votre entreprise pour vous

17 rendre au cimetière, jusqu'à l'événement que vous avez décrit, l'événement

18 qui se situe vers le mois d'août, à peu près.

19 R. C'était à la fin du mois d'août 1991.

20 Q. Après cet événement, vous ne vous êtes plus rendue au cimetière dans le

21 cadre de votre travail, d'après ce que j'ai compris aujourd'hui.

22 R. On ne pouvait plus y arriver.

23 Q. Est-ce que cela veut dire qu'il n'y avait plus d'enterrements à ce

24 cimetière à partir de ce moment-là, qu'on a arrêté d'enterrer les gens là-

25 bas ?

26 R. A partir de cet incident, plus personne n'a été enterré au nouveau

27 cimetière de Vukovar. Il y a eu plusieurs endroits où on a enterré les gens

28 à partir de ce moment-là.

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1 Q. Pourriez-vous me dire en quoi a consisté votre travail à partir de là,

2 à partir de la fin août jusqu'au 18 novembre ?

3 R. Dans mon entreprise, je devais faire ce que me demandaient de faire mes

4 supérieurs. Cette entreprise d'intérêt public est importante dans la ville,

5 comme dans toutes les villes. Donc, notre directeur nous demandait d'être

6 présents au travail pendant ces événements, tout comme les sapeurs-

7 pompiers, par exemple, ou d'autres services municipaux qui sont

8 d'importance pour la ville.

9 Q. Oui, j'ai compris cela, mais je vous ai entendue dire aujourd'hui que

10 pendant cette période-là, donc littéralement jour et nuit, mis à part

11 quelques sorties une fois pour semaine, voire moins souvent, que vous étiez

12 dans cette cave de la voirie de Vukovar. Est-ce que cela faisait partie de

13 votre affectation de vous trouver là-bas ?

14 R. C'était une cave qui constituait l'abri de mon entreprise, et on y est

15 resté jusqu'à ce que le commandement de la Garde nationale ne s'y installe.

16 Donc, pour ce qui est de mes sorties, j'aurais été ravie de pouvoir quitter

17 mon entreprise tous les jours à la fin des heures ouvrables pour me rendre

18 chez moi.

19 Q. Oui, mais ma question était autre. Est-ce que cela était votre poste de

20 travail ? Qu'est-ce qu'on vous a demandé concrètement de faire dans le

21 cadre de votre travail, si ce n'est de passer votre temps dans cette cave ?

22 R. Très concrètement, dans le cadre de mon travail, si possible, on devait

23 entrer en contact avec l'hôpital. On devait dresser les listes des

24 personnes tuées; et nos employés enterraient les personnes qui étaient

25 tuées à Vukovar, donc s'occupaient de les enterrer à différents endroits de

26 Vukovar, à partir du moment où on ne pouvait plus accéder au nouveau

27 cimetière.

28 Q. Madame, vous avez dit que le QG de la Garde nationale est venu

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1 s'installer dans cette cave et qu'il y est resté jusqu'au 18 novembre.

2 Enfin, il y a été installé à un moment donné en arrivant d'un autre

3 endroit. Pouvez-vous nous dire ce qui est arrivé pour que ce QG vienne

4 s'installer chez vous dans votre entreprise ?

5 R. Bien entendu, je ne peux pas me rappeler la date exacte. C'était vers

6 la mi-septembre, je pense, 1991.

7 Q. Pouvez-vous nous dire quel a été l'emplacement précédent de ce QG,

8 avant qu'il ne vienne s'installer là-bas ?

9 R. Je ne sais pas.

10 Q. Vous avez dit de même que vous, les employés de cette entreprise, que

11 vous entreteniez de très bonnes relations avec les personnes qui

12 représentaient ce QG. Donc, je me suis dit que peut-être vous en avez parlé

13 de cela, de l'emplacement précédent du QG, que ceci n'était pas un secret.

14 Mais enfin, je ne vais pas insister là-dessus.

15 Vous avez dit qu'en tout, vous étiez une vingtaine. Donc, en comptant

16 à la fois les membres du QG et vous, les employés, pouvez-vous, s'il vous

17 plaît, me préciser combien dans ce groupe il y avait d'employés, de vous,

18 donc employés de l'entreprise, et d'autre part, membres du QG ?

19 R. On était entre 12 et 15 dans la cave, dans l'abri de notre entreprise

20 de voirie, les employés de l'entreprise. Les autres étaient des membres du

21 QG de la Garde nationale de Mitnica.

22 Q. A présent, Madame Foro, je voudrais changer de sujet. Je voudrais que

23 l'on parle de Vukovar, avant que les conflits n'éclatent, donc avant l'été

24 1991. Mon éminent confrère, M. Khan, vous a demandé, si j'ai bien compris,

25 que d'après vous, les relations entre les différents groupes ethniques

26 étaient tout à fait bonnes à Vukovar jusqu'en 1990. Vukovar est, par

27 ailleurs, une ville multiethnique où il y avait des Serbes, et leur

28 pourcentage là-bas, compte tendu de la situation dans toute la

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1 municipalité, était proche de celui des Croates, n'est-ce pas ? Puis, il y

2 avait aussi des membres d'autres groupes ethniques qui vivaient en Croatie

3 et dans la Yougoslavie de l'époque, n'est-ce pas ?

4 R. Je pense que ce que vous venez de dire est exact.

5 Q. Vous avez mentionné l'année 1990 en disant que c'est là qu'il y a eu un

6 changement. A votre avis, qu'est-ce qui a fait que les relations se

7 dégradent par la suite à Vukovar, les relations entre les différents

8 groupes ethniques ?

9 R. Pour autant que je m'en souvienne, lorsque je suis revenue de mes

10 vacances au bord de la mer en 1990, et je suis rentrée le 18 août par Knin,

11 lorsque je suis arrivée à Vukovar, j'ai entendu dire que des barricades

12 avaient été érigées, et cela donc en 1990. A partir de ce moment-là, il y a

13 eu plusieurs incidents qui ont éclaté. Les membres serbes de la région

14 avaient établi des barricades juste après notre passage. Je sais que ma

15 famille, par exemple, était extrêmement soucieuse. Ils étaient très

16 préoccupés parce qu'ils avaient entendu parler de ces barricades et ils

17 savaient que nous étions censés revenir chez nous en passant par Knin.

18 Q. Oui, je comprends fort bien cela. Mais ma question portait sur Vukovar

19 et sur la région avoisinante, si c'est ce que vous entendiez lorsque vous

20 nous avez dit que jusqu'en 1990, les relations interethniques étaient

21 bonnes. Donc, la région dont vous parlez est une région un peu différente.

22 Mais je vous parlais de Vukovar et de la région avoisinante à Vukovar,

23 pendant l'année que vous avez mentionnée, l'année 1990, et vous nous avez

24 dit que les relations étaient normales; c'est exact ? Ensuite, les

25 relations se sont détériorées; est-ce exact ?

26 R. Vous ne pouvez pas considérer Vukovar comme un environnement absolument

27 isolé. Nous vivions tous en Croatie à l'époque. Nous savions ce qui se

28 passait. Nous voyions ce qui se passait à la télévision. On entendait

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1 parler à la radio. Donc, Vukovar ne vivait pas dans une bulle en verre.

2 Tout ce qui se passait dans l'ancienne Yougoslavie trouvait un écho à

3 Vukovar.

4 Q. Oui, je comprends ce que vous nous dites et je comprends les

5 explications que vous nous fournissez, mais j'aimerais, une fois de plus,

6 vous poser cette question : quand est-ce que les tensions ont commencé à

7 voir le jour à Vukovar ? Vous avez mentionné deux événements aujourd'hui.

8 Vous avez mentionné l'événement à Borovo Selo le 6 mai 1991, et vous avez

9 également mentionné le décès d'un policier croate. Est-ce que, pour vous,

10 cela représente le début de la détérioration des relations ou est-ce que

11 quelque chose d'autre a provoqué cela ?

12 R. Ce que je peux vous dire, c'est que les tensions ont augmenté et que

13 lorsque les événements ont commencé à se produire sur le territoire de

14 Croatie, les gens ont été de plus en plus inquiets. A Vukovar, à proprement

15 parler, je me souviens que c'était le 2 mai, lorsqu'il y a eu l'incident à

16 Borovo Selo ainsi que quelques autres incidents, bien que je doive vous

17 dire qu'à l'époque, je ne m'occupais absolument pas de politique, dans tous

18 les détails relatifs aux événements à proprement parler, et en règle

19 générale, ces tensions interethniques ne m'intéressaient pas tellement. Je

20 ne m'intéressais pas aux détails de la situation.

21 Q. Madame, je ne vous posais pas de questions à propos des détails. Je

22 vous ai posé une question à propos d'événements qui ont été très importants

23 pour la vie de toutes les personnes qui vivaient à Vukovar ainsi que dans

24 les régions avoisinantes. Je suis sûr que vous serez d'accord avec moi

25 lorsque je dis que certains villages autour de Vukovar avaient une

26 population mixte et qu'il y avait un groupe ethnique qui était beaucoup

27 plus nombreux que l'autre. Je vous pose ma question à propos de ces

28 localités, de ces villages. Est-ce que vous pourriez me dire si avant ces

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1 événements, il y eu une détérioration des relations ?

2 R. Je n'ai pas entendu parler d'incidents s'étant déroulés avant

3 l'incident plus important qui s'est produit à Borovo Selo.

4 Q. Je vous remercie. Je suis sûr que vous vous souviendrez qu'en 1990 ont

5 eu lieu les premières élections multipartites dans de nombreuses

6 républiques de l'ex-Yougoslavie, notamment dans la République de Croatie;

7 c'est exact, n'est-ce pas ?

8 R. Oui, oui, je m'en souviens.

9 Q. Ai-je raison lorsque j'avance que lors des élections en Croatie, la

10 majorité des voix exprimées ont été exprimées pour la communauté croate

11 démocratique dirigée par Franjo Tudjman ?

12 R. Oui, vous avez raison. La communauté démocratique de Croatie dirigée

13 par Franjo Tudjman a remporté les élections.

14 Q. Conviendrez-vous avec moi que ce parti était un parti extrêmement

15 nationaliste qui avait un programme à forte connotation nationaliste ? Est-

16 ce que cela est exact ?

17 R. Non, je ne peux pas marquer mon accord avec ceci.

18 Q. Qu'est-ce que vous considérez comme inexact dans ce que j'avance ?

19 R. Je vous ai déjà dit que je ne m'intéressais pas à la politique à

20 l'époque et que je n'ai pas étudié les programmes des différents partis.

21 Toutefois, je pense que le programme et ce qui était présenté comme étant

22 le programme de la communauté démocratique croate à ce moment-là était un

23 programme qui était beaucoup moins nationaliste que ce que j'avais entendu

24 plusieurs années auparavant, cela à Belgrade.

25 Q. Est-ce que le parti a préconisé l'indépendance de l'Etat de la Croatie,

26 de la République de Croatie, et la sécession par rapport à la Yougoslavie ?

27 Et ce dont vous avez parlé à Belgrade, est-ce qu'il s'agissait du même

28 processus, avec sécession de la Serbie ou est-ce que qu'il s'agissait

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1 plutôt de maintenir et de préserver la Yougoslavie ? Est-ce que vous

2 pourriez répondre à cette question pour moi ?

3 R. A Belgrade, j'ai entendu des discours prononcés par M. Slobodan

4 Milosevic. Il commençait en faisant référence à ses "frères serbes." A

5 partir de ce jour-là, je ne me suis plus considérée comme chez moi à

6 Belgrade. Je n'ai plus considéré Belgrade comme ma ville à partir de ce

7 jour-là. Puis après, je me suis mariée -- plutôt, je pourrais dire que ces

8 discours avaient une très forte dimension nationaliste. Je n'ai jamais

9 entendu quiconque de la communauté démocratique de Croatie proférer de tels

10 discours. Mais je ne suis pas membre du HDZ. Je ne suis membre d'aucun

11 parti d'ailleurs en Croatie. J'aimerais insister sur ce fait.

12 Q. Je ne vous demandais pas quelles étaient vos affiliations politiques,

13 Madame. C'est tout à fait votre droit, et je ne voulais pas non plus savoir

14 pour qui vous aviez voté. Cela vous regarde. Mais je vous demandais cela

15 parce que nous parlions de ces relations. J'aimerais vous poser une

16 question à nouveau : est-ce que vous avez entendu, avant 1986, alors que

17 vous vous trouviez à Belgrade, est-ce que vous n'avez jamais entendu

18 Slobodan Milosevic commencer ses discours par "frères serbes" ? D'ailleurs,

19 croyez-moi, mais je peux vous assurer que je n'ai jamais été un partisan de

20 M. Milosevic. Je ne le suis pas et je ne l'ai jamais été.

21 R. J'ai entendu ce genre de discours, et ils m'ont profondément marquée

22 parce que j'étais Croate et je vivais là-bas. Il commençait ses discours en

23 s'adressant à ses frères serbes, et ce genre de discours étaient des

24 discours publics. Ils étaient diffusés à la télévision. Ce n'est pas la

25 peine de nous lancer dans cette polémique. Peut-être que vous, vous n'avez

26 pas été profondément marqué par ces discours parce que vous n'avez pas la

27 même appartenance ethnique que moi.

28 Q. Bien, je ne pense pas que nous devions poursuivre l'examen de cette

Page 2457

1 question. Il y a, de toute façon, des éléments de preuve qui peuvent être

2 établis à ce sujet. Mais j'aimerais toutefois vous poser quelques autres

3 questions. Je suis sûr que vous savez qu'après ces élections, des élections

4 locales ont été organisées à Vukovar. Savez-vous quel est le parti qui a

5 remporté les élections locales et qui a obtenu la majorité à cette époque-

6 là ?

7 R. Non.

8 Q. Après les élections locales, savez-vous qui était le maire ou le

9 président de l'assemblée municipale de Vukovar, comme elle est appelée ?

10 Qui est devenu maire ?

11 R. Je ne sais pas si j'ai raison, mais je pense que c'était Dokmanovic.

12 Q. Mais oui, c'est exact, Slavko Dokmanovic. Je suppose, d'après la

13 réponse que vous avez apportée auparavant, que vous ne savez pas à quel

14 parti il appartenait et je suppose que vous ne savez pas non plus quel

15 parti il représentait lors des élections ?

16 R. Je sais qu'il se présentait au nom du Parti national serbe, ou -- je ne

17 sais plus en fait comment s'appelle ce parti.

18 Q. Si je devais vous dire que lors de ces élections, il n'y avait pas de

19 parti politique qui avait dans son titre le mot "serbe". Ce genre de parti

20 n'a pas participé aux élections. Si je vous disais qu'il représentait le

21 SDP du président Ivica Ravcanin [comme interprété], est-ce que cela vous

22 rafraîchit la mémoire ? Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ?

23 R. Non.

24 Q. Savez-vous, par hasard, que M. Dokmanovic a été président de

25 l'assemblée municipale pendant cette époque, à savoir, en mai 1991 ?

26 R. Je me souviens qu'à un moment donné le président de la municipalité ou

27 le maire de la ville était Marin Vidic, Bili. Je ne sais pas quand est-ce

28 que cela s'est passé. Je ne sais pas à quel moment il l'a été. Mais ce que

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1 je sais, c'est que pendant la guerre, c'était une personne qui était

2 responsable de la ville, ou plutôt, c'était le maire de la ville.

3 Q. Vous souvenez-vous des élections au cours desquelles il a été élu

4 maire ?

5 R. Non.

6 Q. Conviendrez-vous avec moi -- ou peut-être que je vais essayer de

7 rafraîchir votre mémoire en disant que le gouvernement de la Croatie a

8 remplacé M. Dokmanovic et a nommé en tant que commissaire à son poste,

9 l'homme que vous venez de mentionner, Marin Vidic, Bili, et il a été nommé

10 par Zagreb, et comme vous l'avez dit, il a été nommé maire de la ville --

11 ou plutôt, commissaire pour cette région et président de la municipalité,

12 et que l'assemblée qui avait été légalement élue lors des élections locales

13 a été dissoute ?

14 R. Non, je ne me souviens pas de ceci. Comme je vous l'ai dit, je ne

15 m'occupais absolument pas de politique à l'époque, et tout cela

16 véritablement appartient au domaine de la politique.

17 Q. Merci. Vous avez dit que vous ne suiviez pas tous ces événements, et

18 que ce n'est qu'après mai et l'incident de Borovo Selo que vous vous êtes

19 rendue compte qu'il y avait quand même quelque chose qui se passait.

20 J'aimerais vous poser une question : est-ce que quelque chose s'est passé

21 juste avant cette période ? Est-ce que des maisons, par exemple, ont

22 explosé à Vukovar ? Est-ce que des menaces ont été proférées à l'intention

23 de certaines personnes ? Est-ce que des gens, plus précisément des Serbes,

24 ont commencé à quitter certains quartiers de Vukovar ?

25 R. Je n'étais absolument pas au courant de ce genre de chose.

26 Q. Vous avez peut-être entendu, entre autres choses, qu'un kiosque à

27 journaux de Borba a fait l'objet d'une explosion à Vukovar à cette époque-

28 là ?

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1 R. Non, je n'en ai pas entendu parler.

2 Q. Auriez-vous peut-être entendu dire ou saviez-vous qu'après que le

3 commissaire a pris ses fonctions à Vukovar, il y a de nombreux directeurs

4 de sociétés et d'institutions à Vukovar qui ont été remplacés ou qui ont

5 été licenciés ?

6 R. Il était de notoriété publique que tous les directeurs et tous les

7 gestionnaires des sociétés importantes de Vukovar étaient des Serbes. Pour

8 ce qui est de savoir s'ils ont été licenciés, comme vous l'avez dit, ou

9 non, je ne peux pas en parler. Je n'en sais rien.

10 Q. Est-ce que cela signifie que vous n'avez pas entendu parler d'un seul

11 licenciement, mais vous acceptez la possibilité que les Serbes puissent

12 avoir été congédiés ?

13 R. Non, ce n'est pas ainsi qu'il faut entendre ce que j'ai dit. Je n'en

14 sais rien. Je n'ai absolument pas entendu parler de ce genre de chose.

15 Q. Vukovar avait sa propre station de radio à l'époque, n'est-ce pas ?

16 R. Oui. Vukovar avait une station de radio qui s'appelait Radio Vukovar.

17 Q. Précisément. C'est comme cela que cette station s'appelait à l'époque.

18 Mais vous savez qu'à la même époque, son nom a été changé, et le directeur

19 de cette station a été remplacé. Le directeur serbe a été remplacé par un

20 Croate, et cela s'est passé en mai, n'est-ce pas ?

21 R. Est-ce que vous me demandez si j'en avais entendu parler ?

22 Q. Est-ce que vous savez qu'à l'époque, non seulement le directeur de la

23 station radio, mais également son nom ont été changés ?

24 R. Oui. C'est devenu la Radio croate de Vukovar.

25 Q. C'est exact. Peut-être que nous pourrions convenir que dans une

26 communauté multiethnique telle que celle-ci, ce genre de changement

27 risquait de provoquer des perturbations chez les Serbes locaux ?

28 R. Oui, il y avait déjà certaines appréhensions. Je peux marquer mon

Page 2460

1 accord avec cela, et ce sont des appréhensions, des problèmes, qui ont

2 commencé à voir le jour dès 1990.

3 Q. Sur la base d'une réponse que vous m'aviez fournie il y a quelques

4 minutes, je ne pouvais pas m'attendre à ce que vous parliez de ces

5 appréhensions ou de ces problèmes, comme vous le suggérez maintenant. Vous

6 m'avez dit que jusqu'en mai 1991, il n'y avait pas eu ce genre de problème,

7 si j'ai bien compris ce que vous avez dit jusqu'à présent.

8 R. Je vous ai dit qu'il n'y avait pas d'incidents jusqu'à cette époque-là,

9 pour autant que je le sache. J'ai mentionné le mois d'août 1990, mois au

10 cours duquel des barricades ont été érigées à Knin, et à la suite de cela,

11 la route qui passait par cette zone n'était plus ouverte.

12 Q. A propos de barricades, est-ce que des barricades ont commencé à être

13 érigées à Vukovar et dans les endroits environnants ? Est-ce que vous le

14 savez ?

15 R. Personnellement, je n'ai vu aucune barricade ou barrage jusqu'aux

16 premiers affrontements.

17 Q. A votre avis, quelle est la date à laquelle les affrontements ont

18 commencé ? Quelle est la date qui marque ces débuts ? Ce serait un point de

19 référence utile pour moi dans mes questions.

20 R. Vous voulez dire pour ce qui est de mon existence à Vukovar ? Dans ce

21 cas, je dirais que le char qui avait coupé la route entre Mitnica et le

22 nouveau cimetière et qui a ouvert le feu sur les maisons avoisinantes et

23 sur le cimetière et les gens, les civils qui se trouvaient là, cela marque

24 le début des affrontements à Vukovar.

25 Q. Si je vous ai bien compris, vous diriez que les affrontements ont

26 éclaté à la fin du mois d'août lorsque le char se trouvait au cimetière,

27 comme vous l'avez décrit et a commencé à tirer. C'est bien cela ?

28 R. Ce n'était pas le commencement des affrontements. C'était le

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1 commencement des combats. Je dois me corriger sur ce point.

2 Q. Je vous remercie. Je vous ai posé une question concernant les barrages

3 ou barricades. A partir de ce point que nous avons indiqué dans le temps,

4 est-ce que des barrages ou des barricades ont été élevés ou est-ce que vous

5 savez quelque chose ? Vous ne savez rien au sujet du barrage de

6 barricades ?

7 R. Ce jour-là, je me suis rendue, en partant de la société des services

8 publics dans le centre de Mitnica pour aller en direction du nouveau

9 cimetière, je circulais en voiture et il n'y avait aucun barrage sur la

10 route.

11 Q. Savez-vous qu'il y avait des barrages à Borovo Naselje, une zone à

12 prédominance croate ou un village essentiellement croate ?

13 R. Malheureusement, je ne connaissais pas bien la situation qui existait à

14 Borovo Naselje. C'est assez loin, c'est loin de Mitnica et je n'avais

15 aucune nécessité de m'y rendre.

16 Q. Quand vous parlez du moment où les combats ont éclaté, ont commencé,

17 comme vous nous l'avez décrit, mon confrère vous a posé une question

18 concernant les casernes de Vukovar. Il avait demandé si elles avaient été

19 encerclées, bloquées et vous avez donné une réponse en disant que oui,

20 elles avaient été encerclées; mais en revanche, vous avez fait un

21 commentaire en disant que non, ce n'était pas le cas, vous avez conclu sur

22 la base de la quantité de munitions dont ils disposaient. Serait-il exact

23 de dire cela ou est-ce que vous pouvez nous donner une autre explication,

24 explication différente ?

25 R. Non. Je pense que j'ai dit que leur point de vue et leur suggestion,

26 c'est qu'ils étaient encerclés ou qu'ils étaient assiégés, mais aucun des

27 civils présents à Vukovar, à l'époque, ne pensait que la caserne était

28 assiégée. C'est cela que j'ai dit. Je n'ai pas dit oui, du premier coup et

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1 je me suis reprise en expliquant que non, elle n'était pas encerclée.

2 Q. Est-ce que je dois considérer que vous voulez dire que vous ne savez

3 pas si elles étaient bloquées ou non ou bloquées du tout ?

4 R. Dans les médias, on a dit qu'il y avait une puissante armée croate qui

5 assiégeait la caserne de Vukovar; c'est cela que j'ai entendu dire. Mais

6 personne ne l'a cru, toutefois. Aucun d'entre nous n'a cru que cette

7 histoire était vraie parce que nous savions quelle était la force de

8 l'armée croate et quelle était celle de la JNA et quelles étaient leurs

9 puissances respectives. Nous n'avons pas cru cela puisque nous étions à

10 Vukovar même à ce moment-là et que nous savions quelle était vraiment la

11 situation.

12 Q. Peut-être avez-vous entendu dire que pendant que Vukovar avait encore

13 de l'électricité, de l'eau courante, avant que les combats n'éclatent, que

14 l'eau et l'électricité pour la caserne avaient été coupées, elles étaient

15 interrompues. Est-ce que vous ne considéreriez pas que ceci corresponde à

16 assiéger ?

17 R. Non, je ne suis pas au courant de cela.

18 Q. Bien que parlant d'une façon générale, vous avez dit que vous n'aviez

19 pas connaissance d'incidents à ce sujet, il faut que je vous parle d'un

20 incident très particulier qui s'est produit au bureau de poste où

21 travaillait votre mari. Il s'agissait de trois soldats qui faisaient leur

22 service militaire normal. C'était avant que les combats n'éclatent. Ces

23 trois soldats ont été attaqués au bureau de poste. Est-ce que ceci vous

24 rappelle quelque chose ? Est-ce que c'est quelque chose que votre mari ou

25 quelqu'un d'autre pourrait avoir évoqué ?

26 R. Pourriez-vous, s'il vous plaît, préciser l'époque parce que je n'arrive

27 pas à comprendre de quelle période vous voulez parler.

28 Q. C'était avant l'incident du char que vous avez défini comme étant le

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1 début des combats à Vukovar.

2 R. Non. Je n'ai pas connaissance de cela. C'est la toute première fois que

3 j'en entends parler.

4 Q. Saviez-vous qu'en gros, au moment où cet incident s'est produit à

5 Borovo Selo, un grand nombre de Serbes ont cessé d'aller au travail à

6 Vukovar, et plus particulièrement, il s'agissait de l'hôpital ?

7 R. Oui, je sais que ce genre de chose s'est produit et pour moi, c'est

8 logique. Mais je ne suis pas sûre de comprendre ce que vous voulez dire par

9 cette question, si vous permettez que je vous le dise.

10 Q. Une chose, c'est qu'ils ne pouvaient pas atteindre Vukovar à cause des

11 barrages et une autre, c'était la crainte que quelque chose ne leur arrive.

12 Est-ce que c'était l'un des deux ou les deux à la fois ?

13 R. Normalement, il fallait aller à son travail. Je n'ai aucune idée des

14 motifs pour lesquels ils éprouvaient des craintes après cet incident du 2

15 mai. S'ils n'allaient plus au travail, bien évidemment, c'était leur

16 décision, n'est-ce pas ? Cela dépendait d'eux.

17 Q. Vous devez sûrement être au courant de ce que pouvait représenter un

18 travail pour chacun dans l'ex-Yougoslavie et probablement, en Croatie et ce

19 que cela voulait dire de perdre son travail et quelles étaient les

20 conséquences avec les implications que cela pouvait avoir. Est-ce que

21 quelqu'un sain d'esprit pourrait renoncer à quelque chose comme cela, sans

22 une bonne raison ?

23 R. Oui. Mais peut-être qu'ils avaient une alternative, ils avaient une

24 autre possibilité à l'esprit.

25 Q. Est-ce que vous savez qui était Tomislav Mercep ?

26 R. J'en ai entendu parler, mais je ne sais pas précisément qui c'est.

27 Q. Je ne vous ai pas demandé de précisions, de détails. Je ne suis pas sûr

28 de ce que vous voulez dire en parlant de détails ou de précisions. Je vous

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1 demande simplement si vous avez entendu parler de Tomislav Mercep et si

2 vous savez quel était son rôle à l'époque ?

3 R. Je connais son nom, mais je ne sais pas quel était son poste ou ses

4 fonctions. Ce nom me rappelle quelque chose, mais je ne sais rien de plus.

5 Q. Lorsque vous avez parlé de la JNA il y a un moment et des soldats

6 croates, lorsque vous avez parlé du matériel militaire, il y a une chose

7 que je voudrais vous demander : qu'est-ce que représentait le Corps de la

8 Garde nationale ?

9 R. Le Corps de la Garde nationale, c'était l'armée croate, les forces

10 armées croates, le début de l'armée croate, si vous voulez.

11 Q. D'après la constitution yougoslave qui était en vigueur, était-il

12 possible d'organiser ou de constituer une force armée différente de la JNA,

13 en plus de la JNA ?

14 R. Je ne suis pas experte en matière de constitution et je ne pense pas

15 que je puisse répondre à votre question.

16 Q. Savez-vous si la JNA a essayé de désarmer ces unités qui se sont

17 créées, le Corps de la Garde nationale et autres unités de ce genre qui

18 sont apparues en Croatie à l'époque ?

19 R. Ce qui me semblait très clair, c'est qu'ils ont essayé de désarmer les

20 unités croates, mais ils n'ont certainement fait aucune tentative pour

21 désarmer la Défense territoriale serbe, les unités de Défense territoriale

22 serbe et celles-là aussi étaient armées.

23 Q. Lorsque vous parlez des unités serbes, desquelles voulez-vous parler,

24 lesquelles voulez-vous dire ? Pourriez-vous préciser, s'il vous plaît ?

25 R. Oui, je peux. Je veux dire des membres de la Défense territoriale,

26 précisément, ces Serbes qui, comme vous l'avez dit plus tôt, n'allaient

27 plus travailler parce qu'ils avaient peur et au lieu de cela, ils ont

28 constitué des unités de Défense territoriale armées et ils ont travaillé et

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1 coopéré avec la JNA.

2 Q. Voilà toute une série de renseignements qui nous viennent du ciel

3 brusquement, alors que jusqu'à maintenant, vous m'aviez dit que vous ne

4 saviez rien de rien en ce qui concernait ce qui se passait à l'époque,

5 tandis que maintenant, je vous entends me parler du fait que les Serbes

6 s'étaient armés et avaient constitué des unités de Défense territoriale.

7 Est-ce que vous êtes en train de suggérer que la JNA n'a fait aucune

8 tentative pour désarmer ces unités, mais, plutôt, a fait des tentatives

9 pour désarmer le Corps de la Garde nationale ?

10 R. Cela est devenu évident très vite et très évident. Je pense que ma

11 déposition le confirme.

12 Q. Quand vous nous avez parlé de votre père, vous nous avez dit, pour la

13 première fois, qu'il était un officier de la JNA. Même à ce moment-là, c'en

14 était un, non ?

15 R. Il a reçu une décision selon laquelle à partir du

16 1er décembre 1991, il partait à la retraite. Officiellement parlant, lorsque

17 les affrontements ont éclaté, lorsque la guerre a éclaté, il n'avait pas

18 encore pris sa retraite.

19 Q. Quel était son nom de famille ? Nous savons son nom de famille, Horvat,

20 mais quel est son nom ?

21 R. Vladimir.

22 Q. Vous dites qu'il a été accusé au pénal et qu'il a été mis fin à ces

23 poursuites parce qu'il a finalement fait l'objet d'un échange. Est-ce

24 exact ?

25 R. Je sais seulement ce qu'il m'a dit. Il m'a dit qu'il avait, d'abord,

26 été à la prison Sremska Mitrovica et qu'ensuite, il avait été envoyé à la

27 prison de Nis et qu'ensuite, il était revenu à la prison de Sremska

28 Mitrovica où un acte d'accusation pour trahison lui a été présenté.

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1 Q. Est-ce que cela voulait dire qu'ils le traitaient encore comme un

2 officier de la JNA qui avait pris part dans ce qui était qualifié de

3 rébellion armée et est-ce qu'il avait à faire face à des accusations devant

4 un tribunal pour cela ?

5 R. Oui, c'est comme cela que la JNA a défini les choses, rébellion armée

6 et des poursuites ont été exercées contre des gens pour cela.

7 Q. Je n'ai pas d'autres questions en ce qui concerne ce sujet, mais je

8 voudrais maintenant passer à quelque chose d'entièrement différent.

9 M. DOMAZET : [interprétation] Monsieur le Président, je me demande si ce ne

10 serait pas un bon moment pourů

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Domazet -- oui, je vous

12 remercie. Nous avons, d'ailleurs, atteint l'heure qui fait que nous devons

13 lever la séance pour ce soir.

14 Nous reprendrons demain matin, à 9 heures, si vous voulez bien être

15 là un peu avant.

16 Je lève maintenant la séance.

17 --- L'audience est levée à 19 heures 00 et reprendra le mardi 29 novembre

18 2005, à 9 heures 00.

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