Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le mardi 31 janvier 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 24.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je m'excuse pour le retard des Juges

6 de la Chambre aujourd'hui.

7 Monsieur Moore.

8 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Juge, ce n'est pas moi qui ai

9 appuyé ce bouton mais j'ai l'impression que le micro se met en marche tout

10 seul.

11 Avant que de commencer nos travaux d'aujourd'hui, j'aimerais que nous

12 traitions de quelques questions préliminaires. En effet, j'espère que vous

13 avez reçu la liste des témoins que nous pensons ne pas avoir à citer à

14 comparaître. Cette liste devrait commencer par un monsieur qui s'appelle

15 Degin. J'aimerais indiquer que nos confrères et consoeurs ont eu récemment

16 l'occasion de voir cette liste eux-mêmes. J'ai certainement l'intention

17 d'en discuter avec eux.

18 Pour ce qui est des témoins en application du 89(F) comme je l'ai

19 déjà dit jeudi, nous avons, une fois de plus, examiné la liste des témoins

20 et nous en sommes arrivés à la conclusion de dire que vous avez peut-être

21 raison et qu'il vaudrait mieux citer ces témoins à comparaître puisqu'il

22 s'agirait de témoins qui vont témoigner au sujet de Velepromet. Ils ne

23 feront donc pas partie du 89(F); ensuite, nous passerions aux témoins

24 militaires. Par conséquent, nous ne nous attendons pas à ce que le 89(F)

25 soit appliqué aux témoins qui comparaîtront pour Velepromet et Ovcara, et

26 pour ce qui est des témoins militaires, cela dépendra, bien entendu, de la

27 nature du contre-interrogatoire pour savoir s'il y aura doublon et si

28 besoin est, si nous voyons qu'il y aura des répétitions, nous pourrions

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1 tirer au clair la question dès que nous en arriverons à ce groupe de

2 témoins.

3 A l'occasion de ce procès, nous nous proposons d'avoir deux ou trois

4 témoins par semaine. Nous estimons qu'il sera cité à comparaître une

5 trentaine de témoins, ce qui nous fera arriver à la fin avril, date de la

6 fin de la présentation de nos éléments de preuve. Ce sont-là les

7 estimations que nous avons faites.

8 Pour ce qui est des faits admis, nous sommes tombés d'accord sur bon

9 nombre de faits, mais il convient encore de procéder à une finition au

10 niveau de certains points. Nous nous sommes entretenus sur certains points

11 et nous espérons que ces points seront résolus. L'un des problèmes qui est

12 survenu est un problème de nature terminologique, je crois que certains

13 termes ont dû être remplacés par d'autres. J'espère que les avocats de la

14 Défense n'auront rien contre l'utilisation des termes que nous avons

15 convenus.

16 Pour ce qui est d'un autre point, nous allons avoir besoin de l'aide

17 des Juges de la Chambre. La Défense a admis qu'il y a eu un conflit, mais

18 de là à savoir s'il s'agissait d'un conflit interne ou d'un conflit

19 international, à mon avis, le point ne fait pas matière à contestation. Il

20 se peut que la Défense cite à comparaître un témoin expert en matière de

21 questions constitutionnelles et, en l'occurrence, la question risque de

22 devenir contestée.

23 Si c'est le cas, j'aimerais bien qu'on le dise ici dans le prétoire

24 afin que cela soit noté au compte rendu d'audience. Je comprends

25 parfaitement la nécessité pour la Chambre de déterminer certains éléments

26 concernant les compétences. Mais si l'on en vient à la présentation

27 d'arguments de nature constitutionnelle, il faudra que cela soit bien

28 précisé dans les requêtes présentées par la Défense. C'est là un problème

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1 que nous aimerions examiner. Pour ce faire, il faudrait que la Défense nous

2 en informe et qu'elle tire la situation au clair dès à présent.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Vasic, pouvez-vous nous aider

4 sur ce dernier point, je vous prie.

5 M. VASIC : [interprétation] Bonjour à tous et à toutes. Bonjour Mesdames et

6 Messieurs les Juges, il me semble pouvoir vous venir en aide au sujet de

7 cette dernière question.

8 D'après la façon dont la Défense comprend les choses concernant l'acte

9 d'accusation dressé par nos confrères à partir de quoi nous sommes en train

10 d'intervenir ici, il est question d'un conflit qui a existé. Or, la

11 question ne se pose pas concernant la question d'un conflit international

12 parce que là, la Défense n'aurait pas contesté. Nous avons été d'accord

13 pour dire qu'il y a eu conflit.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je crois que vous pouvez considérer

15 que la Chambre ne voit nulle part dans l'acte d'accusation qu'il est fait

16 état d'un conflit armé international à l'acte d'accusation. Cela pourrait

17 peut-être vous être utile.

18 M. VASIC : [interprétation] Justement.

19 C'est la raison pour laquelle nous estimons qu'il s'agit d'un conflit

20 interne. C'est pourquoi la question a été soulevée par mon éminent

21 confrère. Or, dans le cadre de la défense présentée par nos soins, cela ne

22 ferait pas l'objet de l'intervention du témoin expert en matière

23 constitutionnelle. Peut-être d'autres points feront-ils l'objet de la

24 présentation d'éléments de preuve concernant le rôle constitutionnel joué

25 par l'armée populaire yougoslave et les missions qui sont les siennes et

26 qui découlent de la constitution. Il va être question également du rôle

27 constitutionnel de la présidence et du secrétaire fédéral à la Défense

28 nationale. Pour ce qui est du conflit armé, je crois que les choses sont

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1 tout à fait claires et que nous n'en arriverons pas aux problèmes que vient

2 de laisser entrevoir mon éminent confrère.

3 Pour ce qui est maintenant des faits admis ou non admis, la Défense

4 tient à dire aux Juges de la Chambre que nous avons, dès la semaine passée,

5 eu à nous mettre d'accord sur tous les faits qui ne sont pas contestés.

6 C'est plus de la moitié de ce qui a été proposé à l'occasion de la

7 procédure d'harmonisation et, suite à une insistance de la part de nos

8 confrères de l'Accusation, il n'y a qu'un fait qui est resté contesté et la

9 Défense n'a pas été, à ce sujet, disposée à accepter ce fait-là tel que

10 proposé par l'Accusation. Comme mon éminent confrère vient de le préciser,

11 nous sommes sur la voie de l'harmonisation des points de ce fait et nous

12 espérons que dans un délai bref, nous allons présenter des écritures aux

13 Juges de la Chambre signées par les deux parties pour ce qui est des faits

14 admis auxquels ont abouti, ont fini par déboucher les deux parties à

15 l'occasion de leurs travaux et de leur coopération mutuelle.

16 Il y a un autre point que j'aimerais soulever, c'est l'obligation que nous

17 avons prise et nous avons promis aux Juges de la Chambre de nous pencher

18 sur les positions de la Défense concernant les dépositions qui nous ont été

19 communiquées en application du 66(A)(ii) de la part de l'Accusation pour ce

20 qui est des témoins qui ont déjà été entendus devant ce Tribunal. La

21 Défense s'est efforcée quant à elle de défendre les intérêts en premier

22 lieu de ses clients, mais de contribuer également à une gestion économique

23 de l'affaire. C'est la raison pour laquelle ces propositions ne se

24 réduiraient qu'au cas où cela s'avère véritablement indispensable de l'avis

25 de la Défense aux fins de satisfaire aux obligations de la Défense en

26 application de l'article 21 du Statut.

27 Les avocats de la Défense estiment que, vu que Mme Bosanac et M.

28 Njavro doivent de toute manière venir témoigner une fois de plus devant ce

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1 Tribunal, nous aimerions que cette opportunité soit mise à profit pour que

2 la Défense ait la possibilité de contre-interroger ces témoins-là -

3 j'entends là notamment les équipes de la Défense de M. Mrksic et de M.

4 Radic - concernant les circonstances découlant de la nouvelle documentation

5 qui nous a été communiquée. Pour ce qui est de la Défense de M.

6 Sljivancanin, de toute manière, ils n'ont pas procédé au

7 contre-interrogatoire de M. Njavro de toute façon. Ce qui fait que, de

8 notre avis, les équipes de la Défense devraient avoir la possibilité, une

9 fois Mme Bosanac venue, de la contre-interroger concernant les faits

10 mentionnés dans les documents qui nous ont été communiqués ultérieurement.

11 Pour ce qui est de M. Njavro, les équipes de la Défense de MM. Mrksic et

12 Radic voudraient l'interroger concernant les circonstances de la nouvelle

13 documentation et la Défense de M. Sljivancanin le contre-interrogera de

14 toute manière.

15 La Défense a encore deux propositions à formuler et peut-être qu'à cet

16 effet faudrait-il que nous passions à un huis clos partiel, étant donné

17 qu'il s'agit de deux témoins qui se sont vu attribuer des pseudonymes et

18 qui ont déjà témoigné ici, mais à huis clos partiel également.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel.

21 [Audience à huis clos partiel]

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4 [Audience publique]

5 M. VASIC : [interprétation] Je vous remercie. Je ne sais pas si j'ai

6 répondu à toutes les questions soulevées aujourd'hui. J'espère que c'est

7 bien le cas et je n'aurais rien d'autre à ajouter à ce que je viens de

8 dire.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce que je peux être tout à fait

10 clair à ce sujet, Maître Vasic. Est-ce que vous êtes en train de proposer

11 de faire, en sus de Mme Bosanac et du Dr Njavro, citation de témoins à

12 recomparaître, à savoir, les Témoins P-013 et P-021. Est-ce bien ce que

13 vous proposez, Maître Vasic ?

14 M. VASIC : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, c'est bien ce que

15 je propose.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Un grand merci, Monsieur Vasic. Je

17 suppose que vous avez pris la parole au nom des trois équipes de la

18 Défense, n'est-ce pas ?

19 Maître Borovic.

20 M. BOROVIC : [interprétation] Je voudrais soulever deux petits problèmes

21 devant les Juges de la Chambre. Je pense pouvoir être bref.

22 En date du 15 novembre, la Défense a proposé à des fins d'identification un

23 document qui a été versé sous le numéro 67. La raison pour laquelle on l'a

24 fait à des fins d'identification, c'est parce qu'il y avait carence ou

25 défaut d'une traduction vers l'anglais, or cela a été fait. Entre-temps,

26 étant donné que les conditions requises viennent d'être satisfaites,

27 j'aimerais que la pièce à conviction 67, à savoir, le document sous le

28 numéro temporaire de 67 soit versé à présent au dossier pour faire partie

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1 des éléments de preuve.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Borovic, ce document sera

3 admis. Il me semble qu'il n'y a pas eu d'objections à ce sujet.

4 M. BOROVIC : [interprétation] Grand merci, Monsieur le Président.

5 Deuxième problème que j'aimerais demander aux Juges de résoudre, c'est le

6 problème auquel fait face la Défense concernant la déclaration ou le

7 témoignage d'un témoin qui est le Témoin P-22. C'est un témoin très

8 important pour M. Radic. Son statut pourrait même être modifié si la

9 Défense arrive à se débrouiller à l'occasion du témoignage de ce témoin,

10 mais comme nous avons déjà demandé en octobre 2005, auprès du bureau du

11 Procureur, la communication de la déclaration de ce témoin, je tiens à dire

12 que nous l'avons eue qu'à la mi-janvier 2006. Le bureau du Procureur est

13 très correct, nous avons une très bonne coopération avec celui-ci, mais ils

14 savent que ce témoin est, à juste titre, très important, il n'a été prévu

15 qu'une journée, c'est la raison pour laquelle nous avons reçu un CD en

16 combinaison anglais et B/C/S et une transcription en langue anglaise.

17 Conformément aux dispositions de l'article 66(A)(ii) et conformément à

18 l'article 21 du Statut, j'estime que le bureau du Procureur pourrait faire

19 l'effort de nous communiquer la transcription de celui-ci à l'accusé dans

20 une langue que l'accusé est à même de comprendre. Peut-être peut-on estimer

21 que le CD suffira et que l'accusé serait capable de se débrouiller. Or, le

22 CD comporte 11 heures de conversation enregistrée, ce qui veut dire qu'il

23 faudrait deux fois 11 heures pour l'accusé et pour le conseil de la Défense

24 aux fins de se préparer au contre-interrogatoire de ce témoin si important.

25 Pour être plus bref, j'aimerais que les Juges de la Chambre le fassent

26 puisque techniquement cela est faisable, il faudrait demander à

27 l'Accusation de communiquer au conseil de la Défense, et notamment à

28 l'accusé, la version B/C/S de la transcription du témoignage ou des dires

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1 de ce Témoin P-022.

2 Merci.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Je vous remercie, Maître Lukic.

4 Je demanderais à ce que le Greffier d'audience prenne possession du

5 document MFI 67 pour le verser au dossier sous la cote 67. Je crois que

6 c'est déjà fait.

7 Monsieur Moore, peut-être pourrions-nous discuter du dernier des points

8 soulevés par Me Borovic.

9 M. MOORE : [interprétation] J'aimerais peut-être que nous passions à huis

10 clos partiel à cet effet.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

12 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel.

13 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 M. MOORE : [interprétation] Je dois dire que nous sommes en mesure de faire

7 entrer le témoin dans le prétoire. Le témoin se trouve à l'extérieur du

8 prétoire d'ailleurs. Pour aider la Chambre de première instance, je dirais

9 que je va prendre une mesure assez peu commune. Il s'agit de problèmes

10 médicaux de ce témoin et cela est le résultat des années 1991 et 1992. Je

11 souhaiterais, dans un premier temps, aborder cette question.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Que l'on fasse entrer le

13 témoin dans le prétoire.

14 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour Monsieur. Je vous demanderais

16 de bien vouloir vous lever et de prendre le carton qui vous est donné

17 maintenant. Je vous demanderais de lire à haute voix la déclaration

18 solennelle.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

20 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

21 LE TÉMOIN: JOSIP COVIC [Assermenté]

22 [Le témoin répond par l'interprète]

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Veuillez vous

24 asseoir, je vous prie.

25 Monsieur Moore.

26 M. MOORE : [interprétation] Je vous remercie.

27 Interrogatoire principal par M. Moore :

28 Q. [interprétation] Est-ce que vous pourriez nous décliner votre identité,

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1 Monsieur, je vous prie.

2 R. Je m'appelle Josip Covic. (expurgé)

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4 Q. Merci. Quel âge avez-vous ?

5 R. J'ai 67 ans. J'aurai 68 ans dans deux mois.

6 Q. Monsieur Covic, dans quelques minutes, je vais vous poser des questions

7 relatives à la ville de Vukovar en 1991. Dans un premier temps, je

8 souhaiterais que nous parlions de la fin de votre épreuve. Vous vous

9 trouviez, à ce moment-là, dans un camp et vous avez été remis en liberté et

10 vous êtes rentré à Zagreb. J'aimerais, dans un premier temps, que nous

11 abordions cela.

12 A votre retour à Zagreb, dans quel état médical étiez-vous ?

13 R. Lorsque je suis rentré à Zagreb, j'avais de nombreux problèmes

14 médicaux. Je souffrais de pneumonie aiguë, j'avais une mâchoire cassée, mon

15 nez était cassé. J'avais reçu des coups au cerveau et j'avais également des

16 blessures à la colonne vertébrale.

17 Q. Combien de temps êtes-vous resté à l'hôpital à votre retour à Zagreb ?

18 R. Après être rentré à Zagreb, cela a duré pendant toute l'année 1992.

19 J'ai passé cette année dans plusieurs hôpitaux et si cela est nécessaire,

20 je peux vous fournir les noms de ces hôpitaux.

21 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que nous

22 pourrions passer à huis clos partiel car il va y avoir certains éléments

23 confidentiels qui vont être abordés.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Huis clos partiel.

25 [Audience à huis clos partiel]

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11 [Audience publique]

12 M. MOORE : [interprétation] Je vous remercie.

13 Q. Monsieur Covic, je souhaiterais que nous abordions très rapidement la

14 question de votre activité professionnelle avant l'année 1991.

15 R. Avant l'année 1991, je travaillais pour Elektroprivreda. J'étais l'un

16 des directeurs des représentants de commerce. Il s'agissait d'une société

17 de distributions électriques. C'était mon travail.

18 Q. Est-ce qu'avant l'année 1991, on vous aurait décrit comme quelqu'un de

19 politiquement actif ?

20 R. Oui. Dans le domaine politique, j'étais actif. J'étais membre de la

21 Ligue des Communistes avant le début de la guerre.

22 Q. Je souhaiterais maintenant que nous parlions du mois de mai

23 1991. Il est exact de dire qu'il y a eu un incident qui s'est déroulé à

24 Borovo Celo. Le 2 mai pour vous fournir la date précise. Est-ce que vous

25 vous en souvenez ?

26 R. Oui, je m'en souviens parfaitement. Il y avait des salariés de Borovo

27 Celo, et nous avons entendu les tirs à l'intérieur du complexe de notre

28 société et les gens qui étaient de Borovo Celo nous ont dit ce qui s'était

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1 passé.

2 Q. Est-ce que vous avez participé à ce que j'appellerais, de façon neutre,

3 la défense de Vukovar ?

4 R. Oui, c'est exact. C'est à ce moment-là que la défense potentielle a

5 commencé à être structurée au cas où il y aurait des attaques contre la

6 ville. On m'a demandé de prêter main-forte puisque j'étais officier de

7 réserve de la JNA.

8 Q. Quel était votre rôle à ce moment-là ?

9 R. Compte tenu de mon âge et compte tenu de ma santé, parce qu'en 1992, il

10 faut savoir que j'ai subi une intervention chirurgicale pulmonaire

11 difficile, donc j'ai plutôt eu un rôle consultatif en quelque sorte, il

12 s'agissait de donner des conseils. Lors de l'attaque contre Vukovar, mon

13 rôle principal consistait à obtenir des aliments pour les défenseurs.

14 Q. Je pense que je peux dire à juste titre que votre fils participait à

15 cela également; est-ce exact ?

16 R. Oui, c'est exact. Il y a participé. J'ai fourni des conseils, des

17 conseils, par exemple, sur les méthodes de défense. Il s'agissait plutôt

18 d'améliorer la protection.

19 Q. Vous nous avez dit que vous étiez officier au sein de la JNA. Si nous

20 prenons la période comprise entre le mois de mai 1991 et le mois de

21 novembre 1991, est-ce que vous pourriez décrire à l'intention de la Chambre

22 de première instance le type d'armes dont disposaient les personnes qui

23 défendaient Vukovar ?

24 R. Au début, les défenseurs avaient des fusils de chasse qui leur avaient

25 été donnés par les chasseurs. Puis, il y avait ici et là un M-48. Je ne

26 sais pas comment ils avaient réussi à les acquérir, à plusieurs sources je

27 suppose, mais je n'en sais rien.

28 Q. Qu'en est-il de ce que j'appelle des armes lourdes ? Est-ce que vous en

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1 avez vu ou est-ce que vous pouvez décrire les armes lourdes dont

2 disposaient les défenseurs croates à Vukovar ?

3 R. Au début, ils n'avaient pas d'armes lourdes. Un peu plus tard, ils en

4 ont eu, mais il y avait très peu de pièces d'artillerie lourde. Il y avait

5 plusieurs pièces d'artillerie, il y avait des fusils, certaines des armes

6 venaient de Borovo. Parce qu'il y avait une usine ou plutôt un service au

7 sein d'une usine qui s'occupait de machinerie et ils ont fabriqué certaines

8 armes pour nos défenseurs. Les défenseurs disaient que ces pièces

9 d'artillerie leur étaient utiles.

10 Q. Quelle est l'analogie ou la comparaison que l'on peut établir entre le

11 nombre de ces armes et les armes lourdes dont disposait l'armée de la JNA ?

12 R. Si je pense aux armes lourdes dont disposait la défense et si je pense

13 également au pilonnage de la part de la JNA contre Vukovar, il est très

14 difficile d'établir une comparaison. La différence était énorme. Lorsque

15 l'attaque a commencé, le pilonnage était intense, il y avait des milliers

16 d'obus qui tombaient chaque jour sur la ville.

17 Q. Est-ce que vous êtes en mesure de nous dire si ces obus que vous venez

18 de décrire ciblaient seulement des cibles militaires ou non ?

19 R. Non, il n'y avait pas de cibles militaires. Il n'y avait que les lignes

20 de la défense, ligne de la défense de la population locale et les

21 défenseurs qui sont venus à notre aide. Ils ont pilonné la ville entière

22 sans prendre en considération les positions des défenseurs. C'est pour cela

23 que de nombreux civils ont été blessés.

24 Q. Puis, en dernier lieu, j'aimerais vous poser une question à propos des

25 uniformes des défenseurs croates. Est-ce que vous pourriez nous dire de

26 quels uniformes ils étaient revêtus ?

27 R. Il y avait très peu d'uniformes, parfois, de temps à autre, il y avait

28 une partie d'uniforme. Les seules personnes qui avaient des uniformes

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1 étaient la police qui faisait également partie des défenseurs. Ils étaient

2 venus à notre aide à partir de Zadar. Eux, ils portaient leur uniforme de

3 policier.

4 Q. Je souhaiterais maintenant que nous parlions de la coordination, de ce

5 que je vais appeler la coordination de la défense de Vukovar. Où est-ce que

6 la coordination était assurée ?

7 R. Pour ce qui est de la coordination de la défense, je dirais que les

8 commandants de la défense envoyaient les personnes vers les lignes de la

9 défense, et ces personnes fournissaient des conseils sur la meilleure façon

10 de défendre la ville. En fait, c'est le rôle que je jouais. J'ai fourni ce

11 genre de conseils aux défenseurs. Je leur ai dit qu'il fallait, par

12 exemple, qu'ils creusent des tranchées beaucoup plus profondes pour qu'ils

13 puissent être mieux protégés lorsqu'il s'agissait de défendre la ville.

14 Q. Où se trouvait situer le QG du ZNG ?

15 R. Le QG des défenseurs de Vukovar se trouvait de l'autre côté de la rue,

16 de l'autre côté du bâtiment municipal. Avant la guerre, ce bâtiment était

17 le bâtiment pour le bureau de recrutement. Il y avait un abri nucléaire

18 dans ce bâtiment et c'est là où se trouvait le QG de la défense.

19 Q. J'aimerais maintenant vous poser une question à propos d'avions. Est-ce

20 que vous avez vu des avions utilisés lors des attaques contre Vukovar ?

21 R. Oui, j'en ai vu. C'était dans notre quartier de la ville. En fait, il

22 s'agissait de la périphérie de Vukovar vers Bogdanovci. Nous avions été

23 pilonnés. Nous étions bombardés. J'ai vu comment nos défenseurs ont abattu

24 un ou deux avions. Ils avaient des lance-missiles. Après cela, il faut

25 savoir qu'il y a eu moins d'avions, mais ils ont plus utilisé les obusiers.

26 Il y a eu plus de tirs, et ils ont augmenté l'utilisation des mortiers.

27 Toutes les armes d'artillerie qu'ils avaient, en fait.

28 Q. Est-ce que vous n'avez jamais vu des navires de la JNA sur le Danube,

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1 navires qui auraient été utilisés ?

2 R. Personnellement, je ne les ai pas vus. Mais les gens qui se trouvaient

3 près du Danube m'ont dit que les gens qui étaient près du collège, à savoir

4 au bas de la colline, et à partir de cet endroit, on pouvait voir Backa.

5 Puis, derrière Vukovar, on pouvait voir Ada. Ils ont vu des bateaux à

6 Dunavac, et à partir de ces bateaux, on tirait sur Vukovar.

7 Q. Est-ce que nous pourrions maintenant parler des forces qui étaient

8 actives contre l'enclave de Vukovar ? Est-ce que vous avez vu des forces

9 paramilitaires qui auraient été utilisées contre vous à ce moment-là ?

10 R. Je n'ai pas vu de forces paramilitaires parce que je ne me trouvais

11 jamais sur la ligne de front ou je ne me trouvais jamais sur la première

12 ligne de défense. Les gens tels que moi-même ou les parents, ce que nous

13 devions faire, c'était fournir des aliments aux défenseurs; ce que nous

14 faisions. Mais ce qui était très difficile, parce qu'il n'y avait plus

15 d'eau, il n'y avait plus d'électricité, il n'y avait plus d'aliments, donc

16 il nous était très difficile d'obtenir ces vivres. Mais c'était quand même

17 notre mission principale. Ce que nous entendions, c'était ce que les

18 défenseurs nous disaient. Ils nous racontaient ce qui s'était passé pendant

19 les différentes journées.

20 Q. Nous avons entendu lors des dépositions, que des haut-parleurs ont été

21 utilisés contre les défenseurs de Vukovar. Est-ce que vous savez cela ou

22 non ?

23 R. Oui, j'en ai entendu parler, je le savais. Un haut-parleur a été

24 utilisé, et on pouvait entendre la voix de Seselj. Seselj, le Chetnik,

25 comme on l'appelait. Il s'appelle Seselj, c'est son nom de famille. Il se

26 déplaçait, et les défenseurs le voyaient et ils nous ont dit : Nous le

27 reconnaissons d'après sa voix. Il se déplaçait entre la caserne et le

28 quartier de la ville qui s'appelle Petrova Gora. Il demandait aux Oustachi

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1 de se rendre. C'est lui qui nous a dit que Blago Zadro avait été tué et

2 que, nous, nous serions également tués si nous ne nous rendions pas.

3 Q. Est-ce que vous vous souvenez d'autre chose que Seselj aurait dit ?

4 R. La seule chose que je sais à son sujet, c'est que lorsqu'il se trouvait

5 dans le secteur, il passait ses nuits chez une personne du cru qui

6 s'appelait Vojnovic, qui était le directeur général de Tehnostan avant la

7 guerre, et il séjournait à son domicile. C'est la seule chose que nous

8 savions, et ce sont les défenseurs qui nous l'avaient dit.

9 M. MOORE : [interprétation] Est-ce que c'est quelque chose qui est plus

10 près de moi ou plus près du témoin ?

11 Monsieur le Président, est-ce que vous avez entendu un commentaire de

12 l'interprète ?

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui. L'interprète vous demande de

14 parler dans le micro, Monsieur Moore.

15 M. MOORE : [interprétation] J'espère qu'ils peuvent m'entendre maintenant.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Moi, je le peux.

17 M. MOORE : [interprétation] Bien.

18 Q. Pourrait-on passer à un autre sujet, je vous prie ? Pourrait-on parler

19 de la chute de Vukovar. Est-il exact de dire qu'à un moment donné, vous

20 étiez dans la région de Sajmiste ?

21 R. Pendant que j'étais dans la région de Sajmiste, j'ai passé toute cette

22 période, comme je l'ai déjà dit, là-bas. Mon devoir principal était,

23 pendant que j'étais là-bas, d'assurer la nourriture pour les défenseurs et

24 de transporter les blessés jusqu'à l'hôpital. C'était la tâche qui était la

25 plus difficile. Il nous fallait passer par une autre route outre la route

26 principale, et il nous était très difficile de transporter les blessés

27 jusqu'à l'hôpital. Vers le 2, le 3 ou le 11 -- nous étions deux ou trois --

28 si je me souviens bien, et ensuite, nous nous sommes dirigés en direction

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1 du stade. Nous sommes allés vers le stade, cette partie-là de Sajmiste,

2 c'est-à-dire, c'est une partie de la ville qui s'appelle Rupa. C'est à

3 l'extérieur de la ville.

4 Q. Le jour où Vukovar est tombée, nous savons que c'était le 18 novembre.

5 Est-ce que vous êtes d'accord pour dire que c'est en cette date-là que

6 Vukovar est tombée ?

7 R. Oui, effectivement. On estime que c'est le 18 que Vukovar est tombée.

8 Mais c'est la partie principale de Vukovar qui est tombée ce jour-là. Alors

9 que Vukovar, en réalité, est tombée le 19, car Borovo Naselje, c'est un

10 quartier et le quartier de Borovo n'était pas encore tombé. C'est une

11 grande partie de la ville qui est occupée par ce quartier-là. Chez nous,

12 nous disons que c'était le 19 que Vukovar est tombée dans son ensemble.

13 Mais les autorités ont néanmoins choisi une date et c'est la date du 18.

14 Q. Où êtes-vous allé lorsque Vukovar est tombée ?

15 R. Lorsque Vukovar est tombée, nous avons passé cette dernière nuit dans

16 l'entreprise où je travaillais, et cette entreprise se trouve très proche

17 de l'hôpital, à 50 mètres de l'hôpital environ. Entre la nuit du 18 et du

18 19, c'est la nuit que nous avons passée dans l'entreprise.

19 Q. Je crois que vous vous êtes rendu à l'hôpital ensuite, n'est-ce pas ?

20 R. Oui. Le 19 dans la matinée, nous sommes allés à l'hôpital. Je faisais

21 partie d'un groupe qui s'était rendu à l'hôpital, et nous souhaitions, tous

22 les civils qui travaillaient, il y avait plusieurs civils qui travaillaient

23 dans notre entreprise, et nous voulions que toute la population soit

24 emmenée dans l'enceinte de l'hôpital ou à l'hôpital parce que nous

25 espérions que si nous nous trouvions dans l'hôpital ou dans l'enceinte de

26 l'hôpital, nous ferions l'objet d'un échange. C'est ainsi que nous

27 pourrions regagner la Croatie plus rapidement.

28 Q. Pourriez-vous décrire aux Juges de la Chambre quelle était l'atmosphère

Page 3432

1 à l'hôpital lorsque vous êtes arrivé ? Décrivez-nous l'hôpital.

2 R. Lorsque nous sommes arrivés, en entrant à l'hôpital la première fois,

3 nous avons demandé à Mme Bosanac, qui était le directeur de l'hôpital, de

4 nous informer de la situation. Elle nous a expliqué que cette partie-là de

5 Vukovar dans laquelle se trouvait l'hôpital était tombée et que les

6 agresseurs se trouvent non loin de l'hôpital. Elle nous a demandé de venir

7 tous dans le complexe hospitalier. C'est ainsi que, personnellement, je me

8 suis rendu à plusieurs reprises à l'entreprise, car je voulais convaincre

9 tous les civils, car il y avait des femmes et des enfants, je voulais les

10 convaincre de passer à l'hôpital. Je suis heureux d'avoir pu convaincre

11 toutes ces personnes de venir à l'hôpital, car elles sont effectivement

12 venues et elles se sont retrouvées dans le complexe hospitalier.

13 Q. Est-ce que vous pourriez nous donner une évaluation quant au nombre de

14 personnes qui s'est trouvé dans le complexe hospitalier dans l'après-midi

15 du 18 novembre ?

16 R. En fait, c'est le 19 novembre, puisque nous avons passé la nuit, comme

17 je l'ai dit, la nuit entre le 18 et le 19. Nous avons pris toute cette nuit

18 pour passer à l'hôpital. Selon une évaluation personnelle, lorsque j'ai

19 compté, c'était sans doute entre 200 et 300, lorsque j'ai regardé toutes

20 ces personnes qui étaient là. Il y avait des personnes qui se trouvaient à

21 l'étage supérieur de l'hôpital, et elles m'avaient dit qu'il y avait

22 environ 500 personnes. Pour moi, il est bien difficile de vous dire

23 exactement combien il y avait de personnes.

24 Q. Vous rappelez-vous de l'arrivée des effectifs de la JNA et des forces

25 de la Défense territoriale à l'hôpital ?

26 R. Ce n'est que dans l'après-midi, tard dans l'après-midi, vers la tombée

27 de la nuit, que nous avons aperçu des personnes, des habitants de l'endroit

28 qui s'appelaient Défense territoriale, aux deux portes de l'hôpital. Il y

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1 avait deux portes d'entrée, et de l'autre côté, là où il y avait le

2 département de psychiatrie, il y avait des soldats. Ensuite, nous avons vu

3 un groupe d'officiers de la JNA.

4 Q. Vous souvenez-vous de ce que disaient les membres de la Défense

5 territoriale à l'époque ?

6 R. C'était sans doute vers 20 heures ou 21 heures que nous avons remarqué

7 la chose suivante. Ce n'était pas moi personnellement, puisqu'il y avait

8 une personne qui se trouvait à la porte d'entrée. On a voulu me tuer. Un

9 collègue m'a dit qu'il fallait que je reste à l'intérieur, et c'est à ce

10 moment-là qu'il m'a dit que l'officier est en train de s'entretenir avec

11 les médecins qui portaient des vêtements blancs, et il ne savait pas si

12 c'étaient des membres de la Nations Unies ou des membres de la Croix-Rouge.

13 M. MOORE : [interprétation] Puis-je vous demander --

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, je vous écoute, Maître Lukic.

15 M. LUKIC : [interprétation] Je ne voulais pas interrompre le témoin, mais

16 je voudrais demander à mon éminent confrère de l'Accusation de ne pas poser

17 des questions qui sont tellement directrices.

18 A la page 25, première phrase, lorsqu'il a dit, est-ce que vous étiez à

19 Sajmiste, c'était une question directrice. Ensuite, à la page 27, ligne 5,

20 encore une fois, la question est très directrice. A la page 27, ligne 13,

21 encore une fois, j'estime que la question qui a été posée, elle est très

22 directrice. Etant donné qu'il s'agit d'un interrogatoire principal, il

23 faudrait poser les questions de façon différente. Si j'ai raison, je vous

24 demanderais, Monsieur le Juge, d'avertir l'Accusation.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je comprends, Monsieur Moore, que vous

26 voulez guider le témoin vers une ligne de question, mais il est également

27 juste de dire que vous êtes en train d'aborder une zone assez sensible,

28 donc il faudrait peut-être être un plus prudent.

Page 3434

1 M. MOORE : [interprétation] Très bien.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

3 M. MOORE : [interprétation]

4 Q. Je souhaiterais maintenant que l'on parle de l'hôpital de Vukovar,

5 Monsieur Covic. Est-ce que vous avez vu si la Défense territoriale ou la

6 JNA était présente le 19, s'il y avait des membres de ces deux groupes le

7 19 ?

8 M. MOORE : [interprétation] Je vois que mon éminent confrère a soulevé une

9 objection. Avec tout le respect que je vous dois, je souhaiterais vous

10 expliquer que la question n'était pas directrice du tout.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Non, la question n'est pas directrice.

12 C'est une introduction. On a introduit le témoin dans un nouveau sujet,

13 dans une nouvelle sphère de questions, un nouveau domaine.

14 M. MOORE : [interprétation]

15 Q. Monsieur Covic, est-ce que vous pouvez répondre à cette question. Est-

16 ce que vous avez vu des soldats de la Défense territoriale ou des effectifs

17 de la JNA à l'hôpital de Vukovar ce jour-là, oui ou non ?

18 R. Oui, je les ai vus. Il y avait deux membres de la Défense territoriale.

19 Et justement au moment où on nous plaçait à bord des camions pour nous

20 emmener à Velepromet, j'ai vu un groupe d'officiers d'une distance de 30 à

21 40 mètres. Il faisait nuit, mais on pouvait percevoir leurs uniformes, et

22 de par les uniformes, il s'agissait des officiers de la JNA. Je ne sais pas

23 s'il s'agissait des membres des Nations Unies; je ne le savais pas. Mais à

24 l'époque, je pensais que c'étaient des personnes venues de la Croix-Rouge.

25 Q. Est-ce que vous aviez reconnu des membres de la Défense territoriale

26 qui se trouvaient à l'hôpital ?

27 R. Oui. J'ai reconnu deux personnes à l'entrée principale et derrière la

28 rue Ivo Lola Ribar. J'ai vu Ziko. C'est ainsi que l'on appelait, alors que

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1 son nom était Zivojin Jergic. Ce dernier travaillait dans l'entreprise dans

2 laquelle j'étais employé également, et ce Zivko, ce Zivojin Jergic, s'est

3 fait approcher par une personne qui était un habitant de Vukovar, et il

4 espérait nous sauver, car nous travaillions ensemble. Il était allé le

5 voir. Il l'a salué et ensuite, il a demandé de me voir. Il a également

6 demandé mon collègue Nacuk Pero et son fils. Son fils avait 18 ans à

7 l'époque et il nous a dit que nous étions des Oustachi, de grands oustachi

8 et qu'il voulait nous tuer. C'était de l'autre côté de l'entrée de la

9 porte, là où on est sorti par la porte pour aller à Velepromet. J'ai vu une

10 autre personne qui s'appelle Pero Pavlica. Je peux vous citer un autre nom.

11 C'est une personne qui, selon moi, était assez importante. Son surnom était

12 Capalo, alors que son nom de famille était Vojnovic et son prénom, Mirko.

13 Pendant que nous nous trouvions dans le hall d'entrée, devant la porte

14 principale sur l'escalier menant vers l'entrée de l'hôpital, il entrait à

15 l'hôpital. Il nous injuriait. Il injuriait notre mère d'Oustachi. Ensuite,

16 il a dit qu'il descendait dans la cave, et que c'est là qu'il allait tuer

17 les Oustachi. Nous le connaissions. Toute la ville le connaissait, car ce

18 dernier, avant la guerre, n'était qu'un simple criminel. Il ne travaillait

19 jamais et c'était une personne qui se donnait à toute sorte de délits, vols

20 et d'autres activités criminelles.

21 Q. Parlons de Capolo. Vous nous avez dit qu'il s'appelait Vojnovic.

22 Comment était-il habillé ?

23 R. Il portait un uniforme de la JNA, mais cet uniforme était très sale et

24 n'était pas d'un bel aspect. Je ne sais pas du tout comment se fait-il

25 qu'une personne ait pu mettre quelque chose de semblable sur le dos. Cet

26 uniforme ne faisait que rappeler l'uniforme de la JNA.

27 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire s'il était armé pendant qu'il était à

28 l'hôpital ?

Page 3436

1 R. Oui. Il était armé. Il était muni d'un fusil automatique et lorsqu'il

2 passait à côté de moi, j'ai pu apercevoir un pistolet également. J'étais

3 devant la porte d'entrée et je l'ai très bien vu.

4 Q. Vous avez également parlé d'un homme qui s'appelait Jergic. Vous avez

5 dit qu'il voulait vous tuer. De quelle façon était-il vêtu, ce dernier ?

6 R. Lui aussi portait le même genre de vêtements que Capalo. Son collègue

7 est décédé. Il a été tué après avoir été incarcéré. Le collègue Gabrijel,

8 qui était chez lui, a également dit qu'il était vêtu d'un uniforme de la

9 JNA.

10 M. VASIC : [interprétation] Objection. Je crois qu'il y a un problème au

11 compte rendu d'audience. A la page 30, ligne 12, on peut lire : "Il est

12 mort pendant qu'il était en exil, au camp, plus tard." Je demanderais à mon

13 éminent confrère de demander au témoin d'expliciter cette réponse.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Maître Vasic.

15 Monsieur Moore, est-ce que vous avez entendu le commentaire de votre

16 confrère ?

17 M. MOORE : [interprétation] En réalité, non. Désolé. Le compte rendu

18 d'audience --

19 M. VASIC : [interprétation] Je vais venir en aide à mon éminent confrère.

20 C'est la page 30, ligne 12. On peut lire : "Il est mort au cours de".

21 Voilà, c'est la phrase que je souhaiterais contester. Pourrait-on demander

22 à M. Moore de préciser cette question avec le témoin ?

23 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaiterais

24 simplement vérifier quelque chose, si vous pouviez m'accorder quelques

25 instants, je vous prie.

26 Je vais essayer de préciser ce point.

27 Q. Monsieur, en réponse à une de mes questions, vous avez donné une

28 réponse qui n'est pas tout à fait claire. Nous ne savons pas si vos propos

Page 3437

1 ont bien été consignés au compte rendu d'audience. Vous avez parlé d'un

2 homme qui s'appelle Jergic et vous nous avez dit qu'il voulait vous tuer.

3 Vous nous avez également dit qu'il portait le même genre de vêtements que

4 Capolo. Ensuite, vous nous avez dit : Il y a un autre homme que je connais

5 qui est malheureusement décédé. Pourriez-vous nous dire de quelle façon ce

6 dernier a trouvé la mort ? Dans quelles circonstances est-il décédé ?

7 R. Oui. Voilà. Je parle de Mataija Gabrijel. Si j'ai bien compris votre

8 question, cet homme avait été au camp de Sremska Mitrovica et il avait été

9 grièvement blessé. Il avait passé beaucoup de temps dans les hôpitaux et il

10 est mort à la suite de ses blessures. Je ne peux pas vous dire si c'était

11 immédiatement après, mais je crois que c'était en 1993. Je crois que dès

12 1993, il était déjà mort.

13 Q. Je vous remercie, Monsieur.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Le moment est-il opportun, Monsieur

15 Moore, pour prendre la pause ?

16 M. MOORE : [interprétation] Je souhaiterais poser une question, Monsieur le

17 Président. Le moment de la pause va venir après.

18 M. LE JUGE PARKER : Voilà.

19 M. MOORE : [interprétation]

20 Q. Monsieur le Témoin, je souhaiterais vous poser une dernière question

21 avant la pause. Quand avez-vous quitté l'hôpital de Vukovar ? Pouvez-vous

22 nous donner la date, je vous prie ?

23 R. Je suis parti de l'hôpital de Vukovar dans la nuit, mais étant donné

24 que ni moi ni mon épouse n'avions de montre sur nous, je ne peux pas vous

25 donner d'heure précise. C'était environ vers 9 heures ou 10 heures du soir,

26 en réalité, que l'on nous a placés à bord des camions. C'est à cette heure-

27 là que l'on nous a emmenés de l'hôpital, et c'est à ce moment-là que j'ai

28 vu Pero Pavlica à l'entrée de l'hôpital. Nous sommes voisins, même

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1 aujourd'hui. C'était le frère de Milan Pavlica. Il vérifiait les départs.

2 Il vérifiait la façon dont les gens sont placés à bord des camions.

3 Malheureusement, je le dis, indépendamment de tout ce qui s'est passé, lui

4 aussi, il est mort, il y a deux mois. Indépendamment de tous les événements

5 malheureux, étant donné que son frère est une très bonne personne, je suis

6 quand même désolé qu'il soit décédé.

7 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, si vous souhaitez, nous

8 pourrions prendre une pause maintenant et je passerais à un autre sujet

9 après la pause.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Je vous remercie, Monsieur

11 Moore. Nous reprendrons nos travaux à 16 heures 20.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Moi aussi, je serais très, très heureux

13 d'avoir une pause, à ce moment-ci.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Vous allez avoir une pause,

15 Monsieur, et nous reprendrons nos travaux à 16 heures 20.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie.

17 --- L'audience est suspendue à 15 heures 54.

18 --- L'audience est reprise à 16 heures 25.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Moore.

20 M. MOORE : [interprétation]

21 Q. Monsieur Covic, avant la pause, vous nous parliez du moment où l'on

22 vous a placés à bord du camion. Qui s'occupait d'escorter les gens dans le

23 camion ?

24 R. Les personnes qui s'occupaient de vérifier si toutes les personnes sont

25 montées à bord des camions et qui se dirigeaient à Velepromet, c'était fait

26 par les personnes de la Défense territoriale. C'est ainsi qu'on les

27 appelait, les membres de la Défense territoriale. Mais même avant cela,

28 nous avions aperçu un officier qui était venu. Je ne sais pas s'il avait

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1 donné un ordre ou non, mais il est simplement venu et il est reparti. Il

2 s'est présenté sans rien dire, alors que les membres de la Défense

3 territoriale donnaient des ordres. Ce sont eux qui nous donnaient l'ordre

4 de monter à bord des camions. Pour toutes les personnes qui étaient en

5 mesure de le faire seules, nous le faisions seuls. Il était assez difficile

6 de se hisser sur ces camions militaires. Mais ce qui m'avait beaucoup

7 troublé, c'est que ces vieilles personnes qui ne pouvaient pas se hisser

8 toutes seules pour monter dans ces camions étaient lancées comme des

9 espèces de poches de pommes de terre dans ces camions, sans pitié.

10 Q. Pourrait-on parler de l'officier en question ? Dites-nous, je vous

11 prie, qui était cet officier ?

12 R. C'était un officier de la JNA, car je reconnaissais son uniforme. Au

13 cours de mon travail, je me rendais assez souvent à la caserne de la JNA,

14 donc il m'était tout à fait possible de voir les personnes portant des

15 uniformes. Je n'étais pas tout à fait certain si cet homme était un

16 officier. Je n'étais pas encore placé à bord de ce camion, mais j'ai vu

17 tout ceci depuis les marches menant vers l'hôpital. Donc, je l'ai vu venir

18 et repartir.

19 Q. Est-ce que vous avez pu remarquer quel était son grade ?

20 R. Non, je n'ai pas pu voir son grade. Comme je vous ai dit, il faisait

21 nuit et je ne pouvais pas trop voir quel grade il avait, mais j'ai vu un

22 couvre-chef et j'ai vu son uniforme. D'autres personnes m'ont dit qu'il

23 s'agissait bel et bien d'un officier de la JNA. Les personnes qui l'ont vu

24 de près me l'ont dit. C'étaient les personnes avec lesquelles je me suis

25 rendu plus tard à Velepromet.

26 Q. Vous nous avez parlé des personnes âgées. Pourriez-vous nous donner un

27 peu plus de détails sur la façon dont on s'occupait des personnes âgées ?

28 De quelle façon est-ce qu'elles se sont retrouvées à bord de ces camions ?

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1 R. Oui, certainement, je vais vous expliquer. Il s'agissait de camions

2 militaires. Ces camions militaires n'étaient pas munis d'une marche, il

3 était donc très difficile de monter. Les personnes plus jeunes aidaient les

4 autres à monter en les hissant par les bras, alors que les vieilles femmes

5 -- lorsque je parle de vieilles personnes, je parle de personnes qui

6 avaient du mal à se déplacer, à marcher, comme elles ne pouvaient pas se

7 hisser elles-mêmes dans ce camion, les membres de la Défense territoriale

8 les prenaient et les jetaient dans ce camion comme si c'était des poches de

9 patates. C'était très douloureux à regarder.

10 Q. Une fois le camion rempli, qu'arrivait-il ?

11 R. Une fois le camion complètement rempli, et quand je dis rempli, c'était

12 bien tassé, parce que dans une situation normale on pourrait y placer 25

13 personnes. Il y en avait au moins deux fois plus, ce qui fait ce que

14 c'était dur. C'était pénible pour ces personnes âgées qui ont été entassées

15 dedans. Mais, bon, on a été emmenés vers Velepromet ensuite. On ne nous a

16 pas tout de suite emmenés jusqu'à Velepromet, mais de l'autre côté de la

17 route, dans la cour de Vupik.

18 Q. Avant que de passer à ce qui s'est passé dans la cour de Vupik,

19 j'aimerais que nous parlions de la façon dont ces camions ont été entassés

20 de la sorte. Quel est l'effet que cela a eu pour ce qui est des personnes

21 âgées ?

22 R. Les personnes âgées qui avaient du mal à se déplacer ont eu beaucoup de

23 mal. Nous avons essayé autant que faire se pouvait de les aider à s'asseoir

24 et nous autres, on se tassait davantage.

25 Ce que je puis dire, c'est que ce que j'ai trouvé personnellement pénible,

26 c'est sur le chemin, le fait de voir bon nombre de cadavres le long de la

27 route. Au passage routier, j'ai reconnu, compte tenu du haut des vêtements,

28 lorsque nous avions porté des vêtements de travail de la société, j'ai

Page 3441

1 reconnu un collègue de travail qui gisait mort. Il s'appelait Vilner

2 Zvonimir. C'est ce chemin de l'hôpital, jusqu'à cette cour de Vupik, que

3 j'ai trouvé véritablement comme étant la chose la plus pénible. Je vous

4 remercie de m'avoir posé cette question.

5 Q. Vous nous avez parlé de la personne que vous avez vue, et cette

6 personne portait semble-t-il l'uniforme de votre société. Seriez-vous nous

7 dire si cette personne a participé à des activités militaires quelconques ?

8 R. Vous parlez de celui qui se trouvait à la porte d'entrée de l'hôpital ?

9 Est-ce que c'est à cette femme-là que vous faites référence ?

10 Q. Non, vous avez indiqué que vous aviez vu le cadavre d'une personne et

11 que vous aviez reconnu cet homme partant du haut de se qu'il portait. Ce

12 qui m'intéresse, c'est son nom. Puisque vous venez de nous dire que vous le

13 connaissiez, est-ce que c'était quelqu'un qui était impliqué dans des

14 activités militaires à l'occasion des conflits, par exemple, au mois de

15 novembre ?

16 R. J'ai appris ultérieurement qu'il avait été l'un des défenseurs. Sur le

17 haut de son uniforme, il avait cette espèce d'élément vestimentaire du haut

18 que nous avions distribué à tout le personnel. C'est à cela que j'ai su que

19 c'était l'un des nôtres, puis j'ai regardé un peu mieux et j'ai reconnu

20 Vilner Zvonimir.

21 Q. Vous nous avez dit quelque chose au sujet de l'emplacement de Vupik.

22 Dites-nous exactement où se trouve ce site de Vupik ?

23 R. La route passe entre Vupik et Velepromet. Lorsque vous allez dans cette

24 direction-là, d'un côté vous avez Vupik et de l'autre côté, à droite, vous

25 avez Velepromet. Cette société qui s'appelle Velepromet. C'est une très

26 grande entreprise commerciale. C'est une entreprise qui avait des commerces

27 dans toute la ville.

28 Q. J'aimerais que nous parlions maintenant de votre arrivée dans le

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1 secteur de Vupik. Vous comprenez ce que je veux dire ?

2 R. Oui.

3 Q. Merci. Lorsque vous êtes arrivé dans ce secteur de Vupik, pouvez-vous

4 nous indiquer en mètres la distance entre Vupik et l'entrée principale de

5 Velepromet ?

6 R. Cela devait faire au plus 30 mètres, pas plus de 30 mètres en tout cas.

7 Q. A quelle distance de l'endroit où vous vous êtes arrêté auprès de Vupik

8 -- quelle est la distance entre ce secteur Vupik et la caserne de la JNA ?

9 R. Nous sommes passés à côté de la caserne, cela se trouve à gauche de la

10 route, tout comme Vupik. Je dirais que la distance entre la caserne et

11 Vupik fait quelque 300 ou 400 mètres.

12 Q. Je voudrais que nous parlions à présent de la descente des camions

13 arrivés de l'hôpital. Vous comprenez ce que je veux dire ?

14 R. Oui.

15 Q. J'aimerais que nous en parlions à présent, si vous n'y voyez pas

16 d'inconvénients. Dites-moi comment a-t-on fait descendre les gens ?

17 R. Il n'y a pas eu de violence, on a juste donné l'ordre à tout le monde

18 de descendre des camions. Nous qui avons pu sauter, nous avons sauté tout

19 de suite. Ensuite, nous avons aidé les personnes âgées qui ne pouvaient pas

20 descendre, nous leur donnions un coup de main. Malheureusement, là, je dois

21 vous dire aussi qu'il y avait parmi nous des enfants aussi. On les a tous

22 fait descendre, c'est tout ce que je pourrais vous dire au sujet de ce

23 déchargement des camions.

24 Q. Qui est-ce qui a été chargé de faire descendre les gens des camions ?

25 R. Les membres de la Défense territoriale sont arrivés jusqu'aux camions

26 et ils ont crié : Sortez tous. Voilà. Comme je viens de vous le dire, nous

27 qui pouvions le faire sommes sortis aussitôt et nous avons aidé les autres

28 à descendre. Ce qui fait que les civils ont tous fait partie d'un groupe.

Page 3443

1 Q. Est-ce que vous êtes resté au sein de ce groupe ?

2 R. Lorsque ces gens sont descendus et lorsque nous avons aidé tout un

3 chacun, un officier a fait son apparition. Nous l'avons tous vu et il a

4 donné l'ordre de procéder à une séparation. Cela a tout de suite été fait.

5 On a séparé les femmes et les enfants, les personnes véritablement âgées,

6 ceux-là ont été mis de côté. Les défenseurs et les autres civils, les

7 hommes, eux ont été placés d'un autre côté.

8 Q. Vous nous avez dit à l'instant que vous avez vu un officier. Etes-vous

9 capable de nous dire son grade ou de quelle unité il faisait partie ?

10 R. Je suis certain qu'il s'agissait d'un officier de la JNA. Pour ce qui

11 est du grade, je vous dis qu'il faisait très sombre, il faisait nuit. Il

12 était difficile de distinguer s'il avait deux ou trois étoiles pour

13 déterminer son grade. Probablement, du moins je le suppose, qu'il devait

14 s'agir d'un lieutenant ou d'un capitaine.

15 Q. Vous nous avez indiqué que l'on a procédé à la séparation des femmes et

16 enfants d'un côté et défenseurs et autres hommes de l'autre côté.

17 J'aimerais que nous parlions maintenant de ces défenseurs et autres hommes.

18 Dites-nous sont-ils restés à faire partie d'un seul et même groupe ou pas ?

19 R. Oui, ils sont restés tous au sein du même groupe. Ensuite, une fois

20 l'officier parti, nous n'avons pas entendu un ordre donné aux membres de la

21 Défense territoriale, mais ces derniers ont commencé à ce moment-là à

22 prélever des gens et ils ont prélevé une cinquantaine d'hommes,

23 cinquantaine dont je faisais également partie.

24 Q. Quand vous dites une cinquantaine de personnes, est-ce que vous parlez

25 d'hommes et de femmes ou est-ce que vous ne parlez que d'un seul et même

26 sexe ?

27 R. Je ne parle que des hommes. Les femmes, les personnes très âgées, les

28 vieillards et les enfants avaient déjà été emmenés vers la caserne de la

Page 3444

1 JNA. Ils se trouvaient à quelque 100 mètres de nous. On a pu les voir là-

2 bas, debout.

3 Q. Aurez-vous reconnu quiconque parmi ces membres de la TO qui s'était

4 occupé de vous ?

5 R. Oui. J'en ai reconnu un de suite. Il répondait au nom de Darko Fot.

6 Q. Comment était-il vêtu ?

7 R. Il ne portait que le haut de son uniforme de la TO. Les gens de la TO

8 avaient rarement l'uniforme entier. Ils avaient, soit le pantalon, soit le

9 haut, et lui, il avait le haut de l'uniforme. Etant donné que je le

10 connaissais fort bien avant la guerre, je l'ai aperçu aussitôt et je l'ai

11 tout de suite reconnu.

12 Q. Vous a-t-il dit quoi que ce soit ?

13 R. Hélas, sur cette cinquantaine de personnes de mises de côté, il est

14 venu à moi et il a dit de le suivre à cinq ou six mètres vers l'avant par

15 rapport à ce groupe d'hommes. Il a commencé à proférer des insultes, des

16 menaces. Physiquement, il ne m'a rien fait, mais il a proféré des menaces

17 et je puis même étoffer mon propos, si besoin est.

18 Q. Se trouvait-il en possession d'une arme ?

19 R. Oui. Il avait une arme. Il avait sur le devant de son corps une arme

20 automatique et lorsqu'il m'a demandé d'indiquer mon nom, j'ai été surpris.

21 Je lui ai dit : "Mais écoute, Darko, pourquoi me poses-tu cette question

22 puisqu'on se connaît ?" Alors, il a placé une balle dans le canon de son

23 pistolet et il a dit de parler à voix haute et de dire mon nom et non pas

24 de chuchoter. Alors, je lui ai dit : "Bon, écoute, je m'appelle Josip

25 Covic," il n'était pas content du fait que j'aie murmuré mon nom. Il avait

26 placé une balle dans le canon de son pistolet, ce qui constituait en soi

27 une menace.

28 Q. Pendant que ceci se produisait, avez-vous pu voir le comportement à

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1 l'égard des autres membres du groupe ?

2 R. Oui. J'ai pu le voir. Les autres membres du groupe étaient debout et

3 étaient en train d'observer ce qui se passait. Personne ne touchait à eux.

4 Ils ne faisaient que regarder et prêter une oreille attentive à l'attitude

5 qu'avait adopté Darko Fot à mon égard.

6 Q. Est-ce que le dénommé Darko Fot a quitté, à un moment donné, votre

7 groupe ?

8 R. Ce que je puis encore dire au sujet de Darko Fot pour ce qui est de son

9 attitude à mon égard, après m'avoir demandé mon nom, il m'a demandé ce que

10 j'avais dans mes poches. Je lui ai dit que j'avais des médicaments, étant

11 donné qu'un an avant cela, j'avais été opéré des poumons en 1990. Je lui ai

12 dit que j'avais des médicaments parce que j'étais encore sous thérapeutique

13 et il m'a obligé à sortir ces médicaments de mes poches et à les jeter.

14 J'ai dû le faire. A ce moment-là, un officier de la JNA a fait son

15 apparition, je puis continuer mon récit si nécessaire, si vous le voulez.

16 Q. Bien, parlons justement de cet officier de la JNA qui arrivait. Qu'a-t-

17 il fait ?

18 R. Une fois arrivé, il se trouvait à une dizaine de mètres de là. Nous

19 avons pu tous entendre lorsqu'il a dit qu'il fallait tous nous faire

20 traverser la route pour qu'on se dirige vers Velepromet. A ce moment-là,

21 lorsque cet officier-là a donné l'ordre en question et lorsqu'il est

22 reparti - cela, je m'en souviens - Darko Fot, lui, s'est adressé à son

23 équipe de la TO et leur a dit : Il faut que nous nous rassemblions à un

24 endroit. Il a dû indiquer l'emplacement parce qu'il nous faut encore

25 accomplir une tâche à Ovcara. Je ne savais pas de quelle tâche il était en

26 train de parler. Nous avons commencé à traverser la route et parmi ces gens

27 qui ont traversé la route, il y avait moi-même.

28 Q. Passons, je vous prie, à présent au moment où on vous a transféré vers

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1 les installations de Velepromet. D'accord ?

2 R. D'accord.

3 Q. Vous nous avez dit qu'on avait mis de côté un groupe d'hommes. Dites-

4 nous ce qu'il est advenu de ce groupe d'hommes au sein duquel vous vous

5 trouviez vous-même.

6 R. Ce groupe qu'on a mis de côté et dont je faisais partie, une fois qu'on

7 ait traversé, ils nous ont donné l'ordre de nous placer en colonne devant

8 le hangar alors que les autres entraient dans ce hangar. Nous, pendant tout

9 ce temps-là jusqu'à notre embarquement vers les camps, nous étions restés

10 debout devant le hangar.

11 Q. Afin que tout soit clair, dites-nous si vous vous trouviez devant ou à

12 l'intérieur du hangar. Vous en souvenez-vous ?

13 R. Je le sais très bien. J'étais devant le hangar. Je ne suis pas entré.

14 J'ai été mis de côté avec ce groupe de l'autre côté de la route. Nous avons

15 constitué une colonne, et les civils de la localité, les autochtones ont

16 passé par là, ils montraient certaines personnes du doigt et ils emmenaient

17 ces personnes derrière le hangar à une cinquantaine de mètres de là vers

18 l'endroit appelé Ciglana et c'est à cet endroit-là qu'ils ont tué, qu'ils

19 ont exécuté ces personnes.

20 Q. Avant que d'en arriver à cet élément-là, dites-nous si vous avez eu la

21 possibilité de vous faire une idée de la personne qui avait exercé la

22 responsabilité de ce qui passait à Velepromet, à ce moment.

23 R. A ce moment, c'était la TO qui était chargée de tout cela. Nous avons

24 reconnu la plupart d'entre eux. Des civils ont montré les gens du doigt et

25 ensuite, ils ont appelé les hommes à Seselj pour que ceux-ci les emmènent

26 derrière le hangar vers Ciglana et nous autres, nous n'avons pu, par la

27 suite, entendre que des coups de feu étouffés, très probablement ont-ils

28 utilisé des silencieux, je l'ai appris par la suite, pour exécuter les

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1 personnes en question.

2 Q. J'aimerais à présent parler de l'endroit où vous vous trouviez à

3 l'extérieur des hangars. Est-ce qu'il y avait quelqu'un pour vous

4 gardienner, pour vous garder à ce moment-là ?

5 R. Il n'y avait personne pour assurer le gardiennage au sens strict du

6 terme, ils venaient et partaient des gens de la TO. Ils prenaient certaines

7 personnes avec. Mais ils ne prenaient pas seulement des gens parmi le

8 groupe où je me trouvais, mais aussi des personnes qui se trouvaient dans

9 le hangar. Il y avait un bureau et c'est vers ce bureau qu'on emmenait

10 constamment deux ou trois personnes à la fois. La plupart de ces personnes

11 ont été emmenées pour être exécutées par la suite. Certaines des personnes

12 ont été ramenées vers le hangar. Ces personnes ont été peu nombreuses.

13 Q. Mais comment savez-vous que c'étaient des gens qu'on a exécutés et non

14 pas juste emmenés quelque part ?

15 R. Je le sais parce que j'ai personnellement vu le fils de ma sur, Ivica

16 Kopf; c'était son nom de famille. Je l'ai vu lorsqu'ils l'ont emmené.

17 J'étais effaré lorsque j'ai vu mon neveu emmené. Lorsqu'on a fait la route

18 avec les gens qui travaillaient avec moi, on me disait : M. Josip, on a vu

19 ton neveu, on l'a emmené, on l'a tué. Oui, j'ai vu et j'en suis malade.

20 Q. Avez-vous pu reconnaître l'un quelconque de ces membres de la TO à

21 l'époque ?

22 R. Je n'ai pas vu les cadavres des morts. Nous ne sommes pas allés là-bas.

23 C'était à 50 mètres de là -- ou 150 mètres de là, derrière le hangar. Ce

24 n'est qu'ensuite, dans le campement, qu'on l'a su. Mais je vais vous

25 expliquer que mon neveu a été emmené là-bas et il n'a pas été tué.

26 Parce que lorsqu'on devait l'exécuter, un camarade de classe, membre

27 de la TO était venu. Ils étaient assis dans le même banc de l'école. Et

28 c'est lui qui l'a pris par la main et il a dit : "Non, non, c'est mon

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1 camarade de classe, c'est un brave gars." C'est en fait lui qui l'a sauvé.

2 On l'a acheminé vers le camp où je me trouvais, et c'est comme si j'avais

3 pris naissance une fois de plus quand je l'ai vu. C'est lui qui m'a raconté

4 au sujet des exécutions.

5 Q. C'est clairement de ma faute. La question que je vous avais posée se

6 rapportait aux membres de la TO qui étaient en train de monter la garde au

7 niveau du camp. Permettez-moi de terminer. Auriez-vous reconnu l'un

8 quelconque des membres de la TO ?

9 R. Oui, fort bien. Je ne vous ai pas très bien compris. Je m'en excuse. Je

10 n'ai pas bien compris la question. En effet, j'ai reconnu des gens. J'ai

11 reconnu Mile Macesic. C'était quelqu'un de ma cité qui habitait à quelques

12 maisons de la mienne. Il est allé à l'école avec mon fils. Il voulait

13 commettre un crime à mon égard.

14 Je dirais qu'avant cela, un autre crime avait été perpétré. Parce

15 qu'un homme a montré à un jeune homme. Il avait dit qu'il s'appelait Kemo,

16 un surnom de ce genre. Je n'en suis pas tout à fait certain. Cet homme a

17 fait venir deux Chetniks, et ceux-ci sont venus et ils ont égorgé ce jeune

18 homme devant nous.

19 Q. Puis-je vous demander de vous arrêter là un instant. Je voudrais

20 revenir à un autre aspect, puis nous reviendrons à Kemo.

21 R. Fort bien.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Lukic.

23 M. LUKIC : [interprétation] Je m'excuse d'interrompre, Monsieur le

24 Président, mais je voudrais vous faire remarquer, et vous allez me dire si

25 j'ai raison de réagir ou pas.

26 Je vois que le témoin a un papier et des notes. Je ne sais pas s'il

27 s'en sert et je ne sais pas si les Juges de la Chambre tolèrent cette façon

28 d'agir. Je ne sais pas s'il a besoin d'un aide-mémoire et s'il a le droit

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1 de s'en servir, donc j'aimerais que les Juges de la Chambre nous

2 fournissent des instructions à ce sujet.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, pouvez-vous nous

4 expliquer de quoi il s'agit ?

5 M. MOORE : [interprétation] Très certainement, oui.

6 Q. Monsieur Covic, il vient d'être avancé que vous avez des notes en face

7 de vous sur le bureau; est-ce que c'est exact ou non ?

8 R. Je peux tout à fait vous fournir une explication sans aucun problème.

9 Vukovar est tombée il y a 14 ans. Tous ces crimes se sont passés il y a 14

10 ans. Il serait très difficile à tout un chacun de se souvenir de tous les

11 noms. Alors, tout ce que j'ai, c'est ce papier avec le nom de toutes les

12 personnes que j'ai vues à l'hôpital ainsi qu'à Velepromet. Je ne sais pas

13 si cela est autorisé et je peux tout à fait ne pas avoir ce document, bien

14 que je ne serais pas en mesure de bien comprendre.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous demanderais de mettre de côté

16 la liste de noms et d'essayer de vous souvenir au mieux pour répondre aux

17 questions.

18 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que je pourrais

19 voir ce document, puisque je ne l'ai jamais vu auparavant.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, je vous en prie. D'ailleurs, je

22 préférerais que vous consultiez ce document.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il se peut que Me Lukic souhaite

24 consulter cela également.

25 Je vous remercie, Maître Lukic.

26 M. LUKIC : [interprétation] C'était une supposition que j'ai évoquée compte

27 tenu de ce que je voyais. Je ne veux surtout pas créer de problème, mais je

28 pense qu'il appartient véritablement au Président de la Chambre d'en

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1 décider.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous continuerons sans cette liste.

3 Poursuivez, Monsieur Moore.

4 M. MOORE : [interprétation] Merci beaucoup.

5 Q. J'aimerais vous demander de réfléchir à nouveau à ce groupe d'hommes.

6 Vous nous avez dit qu'il y avait un groupe d'hommes qui avaient été choisis

7 et qu'ensuite ce groupe d'hommes avait été placé à l'extérieur du hangar.

8 Vous nous avez dit qu'il s'agissait d'un groupe d'une cinquantaine d'hommes

9 et que pendant cette période, certains avaient été sortis du groupe. Est-ce

10 que vous suivez ce que je suis en train de dire ?

11 R. Oui.

12 Q. Voilà la question que je souhaiterais vous poser : sur ces 50

13 personnes, combien de personnes ont été enlevées au groupe ?

14 R. Sur ces 50 hommes qui faisaient partie de cette colonne au moment où

15 nous avons commencé à nous diriger vers les camions et où nous étions sur

16 le point d'être conduits au camp, il n'y avait plus que la moitié des

17 personnes qui se trouvaient là au début, ce qui signifie que la moitié

18 avait été sortie du groupe pour être tuées.

19 Q. J'aimerais vous posez cette question : parmi les 25 personnes qui ont

20 été sorties de ce groupe, combien de personnes avez-vous revues ?

21 R. Je ne les ai pas vues. J'ai vu qu'on les sortait du groupe, qu'on les

22 emmenait dans un premier temps derrière le hangar, puis ensuite, en

23 direction de la briqueterie.

24 Q. C'est peut-être la façon dont je formule mes questions. Je vais vous

25 reposer la question.

26 Vous nous aviez dit que 25 personnes ont été sorties de ce groupe.

27 Vous nous avez dit, par exemple, que votre neveu avait fini par revenir.

28 Est-ce que vous avez vu d'autres personnes qui sont revenues ? Est-ce que

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1 vous avez vu ces personnes, par exemple, au camp ou est-ce que vous les

2 auriez revues après ? Est-ce que vous comprenez la question que je

3 formule ?

4 R. Oui, je comprends. Non, je ne les ai plus jamais revues. Mon neveu ne

5 faisait pas partie de ces 50 hommes. Il était dans le hangar. Il a été

6 sorti de ce même hangar. Cette partie du hangar donnait de l'autre côté, ce

7 qui fait qu'il est passé devant nous, il est passé par le hangar et vers la

8 briqueterie.

9 Q. Est-ce que vous savez ce qui est advenu de ces 25 personnes qui ont été

10 prises ? Est-ce que vous le savez ou est-ce qu'on vous l'aurait peut-être

11 relaté ?

12 R. Je suis certain de ce que j'avance. Dans le camp et après, après notre

13 départ du camp, il y a des gens qui m'ont dit que les meurtres s'étaient

14 poursuivis pendant toute la nuit près de la briqueterie. Il y a des

15 personnes qui indiquent, et d'ailleurs je fais partie de ces personnes,

16 qu'au moins deux fois plus de personnes ont été tuées à Velepromet qu'à

17 Ovcara.

18 Q. Lorsque ces gens ont été emmenés, vous nous avez dit qu'un silencieux

19 avait été utilisé. Lorsque ces personnes ont été emmenées, est-ce que vous

20 avez entendu, à un moment donné, des coups de feu, des tirs qui venaient de

21 l'endroit où ces personnes avaient été emmenées ?

22 R. Oui, j'ai entendu des tirs. Ces tirs ont continué tout le temps.

23 Parfois, il y avait une accalmie qui durait deux ou trois minutes. Ensuite,

24 les tirs reprenaient. Cela s'est poursuivi pendant tout le temps où je me

25 suis trouvé à Velepromet. Nous savons également qu'il y a des gens qui

26 avaient été emmenés au camp, mais il y a des personnes qui sont restées à

27 Velepromet, qui a été ensuite transformé en une sorte de camp.

28 Q. J'aimerais maintenant que nous abordions la partie de votre déposition

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1 qui concerne cette personne surnommée Kemo. Vous vous souvenez de ce que

2 vous avez dit à ce sujet ?

3 R. J'ai dit à cette personne appelée Kemo qu'un civil était arrivé. J'ai

4 reconnu trois civils. Il y avait un civil qui a choisi un jeune homme. Je

5 ne le connaissais pas. C'est une femme en fait qui a montré du doigt ce

6 jeune homme. A ce moment-là, un homme de la TO est arrivé. Il est allé

7 jusqu'à ce jeune homme, et il a appelé deux Chetniks, deux hommes de Seselj

8 qui étaient revêtus de tout l'attirail des Chetniks. Ils avaient des toques

9 en fourrure. L'un d'eux avait une longue barbe. Il avait une bouteille qui

10 contenait une boisson. La bouteille sortait de sa poche. Il avait des

11 couteaux également. Il avait un fusil automatique. Ils ont tranché la gorge

12 du jeune homme juste devant nous. Ce jeune homme donc gisait, et cela a

13 duré pendant à peu près un quart d'heure. Il gisait dans son propre sang,

14 puis ensuite son corps a été emporté.

15 Q. Quelle était la distance qui vous séparait de ce jeune homme Kemo à qui

16 on a tranché la gorge ?

17 R. A ma grande tristesse, je vous dirais que cela s'est passé à moins de

18 trois mètres de l'endroit où je me trouvais. Un Chetnik l'a empoigné par le

19 bras supérieur, puis l'a maintenu pendant que l'autre plongeait son couteau

20 dans sa gorge. Ensuite, ils ont juste laissé tomber le corps par terre.

21 J'ai vu qu'il a eu une ou deux fois quelques convulsions, puis ensuite il

22 est mort. Il y avait une énorme flaque de sang sous son corps. Je pense

23 qu'il était probablement mort à ce moment-là.

24 Q. Avez-vous vu des soldats ou des membres de la TO qui auraient essayé

25 d'arrêter ce qui se passait cette nuit-là à Velepromet ?

26 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Maître Vasic.

28 M. VASIC : [interprétation] Une petite minute, Monsieur. J'ai une

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1 objection, car je pense que mon estimé confrère aurait d'abord dû demander

2 s'il y avait des officiers de la JNA. Ensuite, la deuxième question aurait

3 dû être : est-ce que ces officiers ont pris des mesures pour essayer

4 d'empêcher cela. Je pense que la question a été posée de façon tout à fait

5 orientée.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, je pense que c'est une

7 intervention tout à fait valable, car vous avez posé cette question en

8 supposant qu'il y avait la présence de certaines personnes à des moments

9 pertinents.

10 M. MOORE : [interprétation] Alors, je vais reformuler ma question.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous en remercie.

12 M. MOORE : [interprétation]

13 Q. Lorsque vous avez vu cet homme que l'on a égorgé, est-ce que vous

14 auriez vu quiconque essayant d'empêcher cela ?

15 R. Non. Personne n'est venu pour mettre un terme à cela. C'est Mile

16 Macesic qui est arrivé après. Il m'a montré du doigt, puis il a essayé de

17 faire en sorte que les Chetniks me réservent le même sort qu'à ce jeune

18 homme. Si vous le souhaitez, je peux vous raconter ce qui s'est passé et ce

19 qui m'est arrivé.

20 Q. Qui était Mile Macesic ? Est-ce que vous pourriez le dire à la

21 Chambre ?

22 R. Mile Macesic venait de mon quartier. Il vivait à trois maisons de chez

23 moi. C'était un camarade d'école de mon fils. Lorsqu'il est arrivé et

24 lorsqu'il m'a vu, il a crié : "Voilà le vieux Oustachi. Il a un fils, et

25 son fils c'est un pur Oustachi. Il s'appelle Drazen. Il était président du

26 club des jeunes de la ZNG," ce qui n'est pas vrai, parce que mon fils ne

27 l'était pas, même pas pendant la guerre. Ces deux Chetniks qui se

28 trouvaient à une certaine distance de nous -- en fait, il a dit : "Tiens,

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1 occupe-toi de celui-ci, s'il te plaît." Puis, il est venu près de moi il a

2 commencé à me donner des coups de poing.

3 A ce moment-là, et ce fut ma grande chance, un autre officier de la

4 JNA est apparu, venu de je ne sais où. Il a appelé ces deux hommes et il

5 leur a demandé de venir avec lui pour faire quelque chose. Au moment où ils

6 sont partis, ils ont dit : "Nous reviendrons et de toute façon, nous te

7 réglerons ton sort." Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question, mais

8 n'hésitez pas à me demander de plus amples précisions.

9 Q. Je vais vous demander de plus amples précisions. Vous nous avez dit que

10 vous avez reçu des coups de poing et que ces deux hommes vous ont passé à

11 tabac et ce sont ces deux hommes qui avaient assassiné Kemo. Vous en

12 souvenez ? Vous avez décrit l'arrivée d'un officier de la JNA. Vous nous

13 avez dit que l'officier de la JNA a parlé à ces deux hommes. Est-ce que

14 vous vous souvenez avoir dit cela ?

15 R. Je ne sais pas. Je ne pense pas que j'ai dit qu'il leur a parlé. Il les

16 a juste appelés et il leur a donné un ordre. Il leur a donné l'ordre de

17 venir avec lui parce qu'il y avait un travail qui devait être fait. Voilà

18 le mot qu'il a utilisé exactement. Alors, je ne sais pas d'ailleurs de quel

19 travail il s'agissait.

20 Q. Lorsqu'il les a appelés, qu'est-ce qu'ils faisaient ?

21 R. Ils l'ont immédiatement suivi. Mais au moment où ils étaient juste sur

22 le point de partir, il y en a un qui s'est retourné vers moi et qui m'a dit

23 : "Nous serons de retour et nous allons tout régler ton sort."

24 Q. Je vous demanderais d'écouter cette question avec beaucoup d'attention.

25 Lorsqu'un officier de la JNA leur a parlé ou les a appelés, qu'es-ce qu'ils

26 faisaient ? Qu'est-ce qu'ils étaient en train de faire ? Je ne veux pas

27 savoir ce qu'ils faisaient. Je voudrais savoir ce qu'ils étaient en train

28 de faire au moment où il les a appelés.

Page 3455

1 R. Lorsqu'il les a appelés, ils se sont dirigés vers moi. Je me suis

2 reculé un peu et ils ont commencé à me donner des coups de poing. J'ai reçu

3 deux ou trois coups de poing. J'avais décidé que j'allais me défendre,

4 j'allais donner des coups de pied, j'allais crier et que je leur

5 demanderais de me tirer une balle dans la tête pour ne pas avoir la gorge

6 tranchée. Et à ma grande -- enfin, ce fut le coup du destin et c'est une

7 grande chance pour moi qu'un officier de la JNA est arrivé à ce moment-là

8 pour les appeler parce qu'ils avaient un travail à faire. C'est cela le

9 destin, et c'est justement grâce à ces circonstances très fortuites que

10 j'ai eu la vie sauve.

11 Q. Alors, je vais vous poser la question à nouveau. Lorsque l'officier de

12 la JNA les appelait, qu'étaient en train ces deux soldats de la TO, à ce

13 moment-là ?

14 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Maître Vasic.

16 M. VASIC : [interprétation] Un petit moment, je vous prie, Monsieur.

17 Premièrement, pour ce qui est de la page 48, de la ligne 16 du compte rendu

18 d'audience, vous voyez, il est question de deux soldats de la TO. Il ne

19 s'agit pas de soldats de la TO, il s'agit de deux Chetniks. Cela, c'est une

20 première chose. Puis deuxièmement, je pense que le témoin a, deux fois pour

21 ne pas dire trois fois, répondu de la même façon à la question qui est

22 posée. C'est la troisième fois qu'on lui pose cette question. Je pense

23 qu'on est en train d'orienter le témoin pour qu'il modifie sa déposition,

24 car à la même page, il a déjà répondu, fourni d'ailleurs une parfaite

25 explication de ce que faisaient ces deux hommes.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que la remarque à propos de

27 la TO est exacte, Monsieur Moore. Je ne vois pas, ceci étant dit -- je ne

28 pense pas qu'il y ait de questions orientées. Est-ce que vous n'avez pas

Page 3456

1 déjà obtenu votre réponse ?

2 M. MOORE : [interprétation] Je pense que oui. Bien entendu que j'ai entendu

3 une réponse. Mais j'ai posé une question qui était très, très précise.

4 Voilà ce que j'avance. Je pense que le témoin n'a pas entièrement compris

5 la nature même de ma question, parce que la réponse qu'il donne ne

6 correspond pas exactement à la question.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Non. Je pense que cela correspond à la

8 question, mais il en ajoute. Il ajoute des choses.

9 M. MOORE : [interprétation] Je ne sais pas. Mais est-ce que vous

10 m'autorisez à poser la question une fois de plus ? Il se peut qu'il y ait

11 un problème de traduction ou il se peut que le témoin ne comprenne pas.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je ne pense pas. Mais bon, je vous

13 donne encore la possibilité de poser une dernière fois cette question, puis

14 sinon, Me Vasic aura raison.

15 M. MOORE : [interprétation]

16 Q. Monsieur Covic, vous nous avez déjà dit que vous étiez passé à tabac,

17 et qu'un officier de la JNA est arrivé et a appelé ces deux hommes. Vous

18 vous souvenez nous avoir dit cela ?

19 R. C'est exact.

20 Q. Au moment où il a appelé ces deux hommes, que faisaient ces deux

21 hommes ? Qu'est-ce qu'ils étaient en train de faire ?

22 R. Ils étaient sur le point de partir. Ils partaient lorsque cet officier

23 les a appelés. Je pense que la question est bien formulée, mais je ne suis

24 pas d'accord avec l'objection qui a été soulevée. Ce sont des questions qui

25 sont bien posées, et tout ce que je dis, c'est la vérité.

26 M. MOORE : [interprétation] Je vais poursuivre, si vous m'y autorisez.

27 Q. Lorsque ces deux Chetniks ont dit qu'ils seraient de retour, quelle

28 était la distance qui séparait ces deux personnes de l'officier de la JNA

Page 3457

1 quand elles ont dit cela ou quand l'une d'entre elles a dit cela ?

2 R. Je suppose qu'il devait y avoir une distance d'une dizaine de mètres.

3 Il n'est pas allé jusqu'à eux. Il les avait appelés, et il les a appelés et

4 il leur a dit qu'ils avaient un travail à faire. Ils sont partis

5 immédiatement. Au moment où ils partaient, l'un d'entre eux s'est retourné

6 et m'a menacé. C'est la même réponse que celle que j'ai apportée tout à

7 l'heure. Vos questions ne me posent aucun problème. Ce que j'essaie de dire

8 c'est la vérité, rien que la vérité. S'il y a quelque chose qui n'est pas

9 tout à fait exact, je vous le dirais.

10 Q. Je vous remercie. Lorsque le Chetnik vous a dit qu'il vous règlerait

11 votre compte plus tard, où vous trouviez-vous à ce moment-là ?

12 R. A ce moment-là, j'étais toujours debout, à l'extérieur du hangar.

13 J'étais au même endroit qu'auparavant. Tout ce que je peux faire, c'est de

14 remercier ma bonne étoile.

15 Après, il y a un autre officier qui est arrivé d'un autre endroit, je

16 pouvais voir qu'il s'agissait d'un commandant. Il nous a donné l'ordre de

17 monter dans les camions qui, finalement, nous ont conduits jusqu'au camp.

18 Donc, j'ai eu beaucoup de chance de survivre.

19 Q. Et c'était un commandant dans quelle armée ? Est-ce que vous pouvez

20 nous le dire ?

21 R. C'était un commandant de la JNA. Cela, je l'ai vu très, très

22 clairement. Je l'ai vu de très près. Il s'est rapproché de nous. Il a donné

23 ses instructions. Il nous a dit ce que nous devions faire, que nous devions

24 marcher deux par deux, que nous devions nous tenir la main. Il y avait des

25 gens qui quittaient déjà le hangar, et nous avons suivi exactement ses

26 instructions et nous nous sommes dirigés vers les autobus.

27 Q. Alors, est-ce que vous pourriez maintenant nous raconter comment cela

28 s'est passé lorsque vous êtes montés dans ces autobus ? Quand est-ce que

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1 cela s'est passé ?

2 R. Cela s'est passé plus tard pendant la nuit. Je pense qu'il devait être

3 5 heures de matin. C'était le mois de novembre. Il faisait encore nuit. Il

4 se peut que c'était à 4 heures du matin ou peut-être 5 heures du matin.

5 Mais toujours est-il qu'il faisait encore nuit lorsque nous avons commencé

6 à monter dans les autobus. Je m'excuse parce que j'ai parlé de camions,

7 mais il s'agissait d'autobus.

8 Q. Où vous a-t-on conduit ?

9 R. Ils nous ont conduits jusqu'à Sremska Mitrovica où ils ont garé tous

10 les autobus. Pas à l'intérieur du camp, mais juste à l'extérieur.

11 Q. Qui dirigeait le convoi ?

12 R. Dans chaque autobus, il y avait deux soldats de la JNA. A en juger par

13 leur apparence physique, il s'agissait d'hommes jeunes, d'hommes qui

14 avaient une vingtaine d'années et qui faisaient vraisemblablement leur

15 service militaire. Les soldats étaient debout à l'avant de l'autobus près

16 du conducteur. Tout ce que je peux dire, c'est qu'ils n'ont passé à tabac

17 personne. C'étaient des types bien.

18 Q. Il y a une question que j'aurais dû vous poser, et je m'excuse car j'ai

19 omis de la poser. Vous nous avez dit qu'il y avait 25 personnes sur 50 à

20 l'extérieur du hangar qui ont été emmenées ailleurs. Est-ce que vous avez

21 vu d'autres personnes hormis les 25 personnes de ce groupe ? Est-ce que

22 vous avez vu d'autres personnes qui auraient été emmenées de la sorte à

23 Velepromet ?

24 R. Oui, oui, oui, je l'ai vu. Il y en avait beaucoup de l'autre côté, mais

25 nous ne l'avons pas vu parce qu'il y a un bâtiment qui coupe cela en deux.

26 Il s'agissait du bâtiment administratif qui se trouvait à l'intérieur du

27 complexe de Velepromet. Il y avait beaucoup de civils de l'autre côté

28 également. Alors qu'ils les emmenaient avec eux, ils devaient passer près

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1 de ce bâtiment, près du hangar, puis, nous avons vu qu'ils étaient emmenés

2 vers la briqueterie. Nous avons vu que ces personnes étaient également

3 emmenées vers la briqueterie pour y être tuées.

4 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire combien de fois vous avez vu des gens

5 qui étaient dirigés vers la briqueterie ou est-ce que vous pouvez nous dire

6 combien de personnes vous avez vues être emmenées près de la briqueterie ?

7 R. Cela s'est passé pendant tout ce temps-là. Il m'est difficile de

8 répondre de façon précise. Ultérieurement, j'ai entendu parler des

9 personnes qui étaient restées dans le hangar, qui y étaient restées en tant

10 que prisonniers. Comme je l'ai déjà dit, je pense que deux fois plus

11 d'hommes ont été tués à Velepromet qu'à Ovcara. Malheureusement, il faut le

12 dire.

13 Q. Qui les emmenait de l'autre côté vers la briqueterie pour les tuer ?

14 R. C'étaient les hommes de Seselj, des Chetniks qui les emmenaient.

15 Q. Je sais qu'il est très difficile d'estimer le passage du temps. Pendant

16 combien de temps est-ce que des gens ont été emmenés, soit du hangar, soit

17 de l'autre partie pour être tués ? Est-ce que vous êtes en mesure de nous

18 donner une idée approximative de la durée ?

19 R. Cela a duré toute la nuit, ensuite, on m'a placé à bord d'un autobus

20 avec les autres. Pendant tout ce temps-là, il y avait des gens qui étaient

21 emmenés. Les gens d'ailleurs qui sont restés me l'ont confirmé, ont

22 confirmé que la tuerie s'est poursuivie pendant toute la nuit. Il est très

23 difficile de donner des chiffres exacts. Mais toutefois, ultérieurement,

24 lorsque nous avons appris combien de personnes avaient été tuées, et

25 lorsque les charniers ont été exhumés, nous savions tout simplement que

26 beaucoup plus de personnes ont été tuées à Velepromet qu'à Ovcara.

27 Q. Est-ce que vous avez entendu à un moment donné que l'on aurait arrêté

28 les Chetniks, qu'on les aurait empêchés de tuer des gens pendant cette

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1 période ou que quelqu'un aurait essayé d'arrêter les meurtres de ces

2 personnes ?

3 R. Non, jamais. Je n'ai jamais entendu parler d'une telle tentative.

4 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, je ne sais pas si

5 l'heure est opportun pour prendre la pause. Le témoin aurait peut-être

6 besoin de se reposer quelque peu.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien, Monsieur Moore. Nous allons

8 prendre une pause.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui. Il est temps. Il est temps de

10 prendre la pause. J'ai besoin d'une pause.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Nous reprendrons nos

12 travaux à 17 heures 55.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Justement, j'allais vous le demander, Monsieur

14 le Président. Merci beaucoup.

15 --- L'audience est suspendue à 17 heures 31.

16 --- L'audience est reprise à 18 heures 00.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous écoute, Monsieur Moore.

18 M. MOORE : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Je

19 souhaiterais indiquer aux Juges de la Chambre que j'ai parlé avec mes

20 confrères concernant la dernière partie du témoignage de ce témoin qui a

21 trait à son retour et à son séjour au camp. Mes éminents confrères de la

22 Défense m'ont permis de poser des questions directrices concernant cette

23 série de questions. Donc simplement pour vous informer que l'on m'informe

24 que j'ai le droit de poser des questions directrices.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien, Monsieur Moore, je vous

26 remercie et je remercie vos confrères de la Défense d'avoir acquiescé à

27 cette demande.

28 M. MOORE : [interprétation]

Page 3461

1 Q. Monsieur Covic, pourrait-on parler du transfert de Velepromet jusqu'à

2 Sremska Mitrovica ? Je crois que je peux dire que vous avez été emmené à

3 cet endroit à bord d'autocars; est-ce exact ?

4 R. Oui, tout à fait. C'est tout à fait exact. C'était en autocars.

5 Q. Ces autocars étaient escortés par des soldats de la JNA; est-ce exact ?

6 R. Oui, c'est tout à fait exact. C'était de jeunes soldats de la JNA et

7 c'est ainsi que j'ai conclu que c'était de jeunes soldats qui faisaient

8 leur service militaire obligatoire.

9 Q. Je vous remercie, Monsieur.

10 Maintenant, pourrais-je vous poser une autre question qui n'est pas

11 directrice. De quelle façon vous a-t-on traité ? Quelle était la façon dont

12 les gens se sont comportés envers vous, alors que vous étiez emmenés à

13 Sremska Mitrovica ?

14 R. Le traitement était très bon. J'ai été très satisfait. Ils nous ont

15 simplement instruits de la façon dont nous devrions nous asseoir. Ils nous

16 ont demandé d'être assis de cette façon-là. Ils n'ont pas passé personne à

17 tabac, j'ai été ainsi satisfait de la façon dont ils exécutaient leur

18 tâche, tâche qui leur a sûrement été donné par leur supérieur.

19 Q. De quelle façon les habitants se sont comportés envers vous alors que

20 vous passiez par plusieurs villages et régions ?

21 R. Nous ne nous sommes pas arrêtés en cours de route. Nous nous sommes

22 simplement immobilisés à côté du camp à Mitrovica, et il y avait un

23 officier qui est entré dans l'autobus, en fait, il avait fait son tour d'un

24 autobus à l'autre et il nous a donné l'ordre à nous et aux autres personnes

25 sans doute à bord d'autres autobus de ne pas sortir de ces autobus. A

26 chaque fois qu'il nous a fallu faire nos besoins, il nous a fallu faire nos

27 besoins également dans l'autobus, chose qui nous a été assez pénible. Les

28 soldats qui nous accompagnaient étaient corrects, alors que les civils qui

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1 passaient par là, les habitants, frappaient sur la vitre et nous

2 menaçaient. Dans la partie de l'autobus dans lequel je me trouvais, je peux

3 vous dire que là j'ai vu deux personnes entrer, elles ont frappé quelques

4 personnes, ensuite ces deux soldats les ont fait sortir et ils ne leur ont

5 pas permis d'entrer dans l'autobus de nouveau.

6 Q. Ces habitants, que vous ont-ils dit lorsqu'ils vous ont menacés ?

7 R. Ils nous injuriaient et ils nous disaient qu'il fallait tous nous

8 massacrer. Ils nous traitaient de toutes sortes de noms. Ils nous

9 appelaient Oustachi. Voilà, ils nous menaçaient de cette façon-là. Je me

10 souviens très bien. Je garde cela en mémoire, lorsque les soldats ont fait

11 sortir les deux hommes, les deux soldats qui sont entrés et quand ils ont

12 frappé ces personnes qui se trouvaient au tout début de l'autobus. J'étais

13 tout à fait certain qu'on n'allait pas laisser entrer d'autres personnes

14 pour nous passer à tabac, nous qui étions dans l'autobus. Donc, je me suis

15 dit, ils peuvent crier et nous menacer tant qu'ils veulent, pour autant

16 qu'ils ne soient pas admis dans l'autobus.

17 Q. Très bien. Maintenant, je souhaiterais vous poser une question quant à

18 votre arrivée au camp qui se trouve tout près de la frontière roumaine. Je

19 crois que ce camp, on l'appelle Stajicevo, si je ne m'abuse ?

20 R. Oui, c'est Stajicevo, effectivement.

21 Q. Pourriez-vous nous dire, je vous prie, lorsque vous êtes arrivé quelle

22 était la procédure que vous avez dû suivre pour entrer dans le camp ?

23 R. On nous a dit de sortir d'abord de l'autobus, de descendre des

24 autocars. Ensuite, ce n'étaient plus les soldats, à ce moment-là, qui nous

25 ont donné ces instructions. Mais selon nous, c'étaient tous des Chetniks.

26 Ils nous ont donné plusieurs ordres. Nous avons vu une centaine de

27 personnes qui étaient alignées de part et d'autre, et il nous a fallu

28 marcher entre ces deux rangées d'hommes pour nous rendre au camp. Le camp,

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1 c'était en fait une étable réservée aux vaches.

2 Q. Pourriez-vous nous dire quel type de passages à tabac est-ce que vous

3 avez dû supporter ? Que vous est-il arrivé exactement ?

4 R. Oui, certainement. Lorsque je voulais entrer, puisqu'il nous a fallu

5 passer entre ces deux rangées d'une centaine de personnes - il y avait 50

6 personnes d'un côté et 50 personnes de l'autre - chacun d'entre eux

7 tenaient entre leurs mains des bâtons et différents objets pour nous

8 frapper. Ils nous frappaient alors qu'on passait. Ceux qui étaient devant

9 disaient : "Ne vous effondrez pas," car si la personne s'effondrait, à ce

10 moment-là, la personne se faisait donner des coups de pied. J'ai reçu

11 plusieurs coups, mais tant bien que mal, j'ai réussi à entrer dans le camp

12 sans m'effondrer.

13 Je peux vous dire que je suis passé à tabac plus tard. Alors, si vous

14 voulez que je vous parle de cette deuxième question que vous m'avez posée,

15 c'est quelque chose qui s'est passé ultérieurement.

16 Q. Si je puis, je souhaiterais simplement que vous nous répondiez pour

17 vous-même. Parlez-moi de vos blessures. Vous nous avez dit que votre

18 mâchoire avait été cassée. De quelle façon a-t-on cassé votre mâchoire ?

19 R. Lorsque je me dirigeais pour aller aux toilettes - ce n'étaient pas de

20 vraies toilettes, mais c'était une espace de surface réservée à ces fins-

21 là, devant l'étable. Lorsque l'on revenait, il y avait encore une fois

22 cette espèce de haie d'hommes par laquelle il fallait passer. Donc, j'étais

23 allé aux toilettes et lorsque je suis retourné, ils ont commencé à me

24 frapper. Je suis tombé. Etant donné qu'ils portaient des bottes, ils m'ont

25 donné des coups de pied partout, à la tête, à la mâchoire, et c'est ainsi

26 qu'ils ont cassé complètement presque toutes mes dents et ma mâchoire. Ils

27 ont cassé mon nez. Mon nez était émietté en mille et un morceaux.

28 Finalement, lorsqu'ils m'ont laissé tranquille et lorsque j'ai pu

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1 ramper de peine et de misère jusqu'à l'endroit où je voulais aller, juste à

2 côté de moi, il y avait un vétérinaire. Il était également un prisonnier

3 détenu au camp. Il m'a examiné et il m'a dit : "Regarde, tu as la mâchoire

4 cassée et tu as plusieurs cassures, alors crache le sang." Alors, j'ai

5 craché du sang pendant trois jours, et c'est après que j'ai fait l'objet

6 d'un échange.

7 Q. Est-ce que l'on vous a interrogé dans ce camp ?

8 R. A deux reprises, oui. J'ai fait l'objet d'un interrogatoire deux fois.

9 Q. Pendant cet interrogatoire, est-ce que l'on vous a asséné des coups ?

10 R. Au cours de l'interrogatoire, on m'a frappé une fois; c'était pendant

11 le premier interrogatoire. Au cours du deuxième interrogatoire, non. On ne

12 m'a pas frappé. Dans le cadre de cet échange, de cette conversation, il y

13 avait des officiers de la JNA qui posaient des questions, et j'ai dit à un

14 officier que je trouvais cela très malheureux d'avoir vécu tout ce que

15 j'avais vécu, car j'avais un collègue, un ami qui s'appelle Cuk, et ce

16 collègue ami était colonel. Il a vérifié. Il a peut-être vérifié quelque

17 part, je ne sais pas où, et il a noté le nom. Et après l'interrogatoire

18 mené par cet officier, il m'a fait sortir à l'extérieur de cette pièce dans

19 laquelle l'interrogatoire se faisait et il a dit aux hommes de Seselj de ne

20 pas donner des coups, de ne pas me battre, de ne pas me passer à tabac. Il

21 leur a ordonné de me laisser m'asseoir et me reposer.

22 Q. Est-ce que l'on vous a fait des reproches ? Est-ce qu'on a allégué

23 quelque chose à votre endroit ?

24 R. Ces officiers ne m'ont pas accusé de quoi que ce soit. Je leur ai dit

25 que j'avais été un officier de réserve et que très souvent, on m'appelait

26 de venir à l'armée, et que je recevais à chaque fois des grades de plus en

27 plus élevés, et c'est ainsi qu'ils pensaient sans doute que j'avais été

28 directement impliqué dans les opérations de combat. Alors que je leur ai

Page 3465

1 dit que tout ce que j'avais fait, c'est simplement conseiller nos

2 défenseurs de sauver leurs vies. Je leur donne des conseils de comment

3 survivre, comment ne pas se faire tuer, comment ne pas se faire blesser non

4 plus au cours des opérations de combat.

5 Q. Dans quel type de lieu vous a-t-on enfermé dans ce camp ? Où étiez-vous

6 exactement ? Dans quelle pièce ?

7 R. C'était une énorme étable de très grande taille destinée aux vaches.

8 Par terre, il y avait du béton, et nous étions sur ce béton. Nous devions

9 nous coucher. Nous étions assis à même le béton, alors que dehors il

10 faisait très froid. Il faisait de moins dix à moins 15. Une dizaine de

11 jours plus tard, on a mis un peu de paille par terre. C'était effrayant.

12 Jusqu'à la fin de mon séjour au camp, avant qu'ils ne ferment le camp, un

13 très grand nombre de personnes s'étaient trouvées très malades. Ces

14 températures étaient très basses. Les personnes souffraient énormément de

15 pneumonie. Moi-même, j'avais contracté la pneumonie, et je crois que si le

16 camp n'avait pas fermé dans les 30 jours, beaucoup plus de personnes

17 auraient trouvé la mort. On a fait quelques échanges de quelques personnes

18 et certaines autres personnes sont allées à Mitrovica, heureusement.

19 Q. Vous nous avez également parlé des coups qui vous ont été donnés à la

20 tête, au crâne, et que cela avait une influence sur votre mémoire. Comment

21 était-ce arrivé ?

22 R. J'ai déjà expliqué de quelle façon j'ai été passé à tabac et j'ai déjà

23 parlé de mes blessures. Après mon retour du camp, on a examiné ma tête. On

24 a pris des radiographies de mon crâne, et alors que je me faisais soigner,

25 on m'a dit qu'une partie de mon cerveau avait été affectée. Ils m'ont

26 expliqué que c'était la partie qui était responsable de la mémoire. Je leur

27 ai dit que je connaissais beaucoup de chants et de chansons par cur et que

28 j'aimais beaucoup chanter, et ils m'ont dit que j'avais eu des blessures au

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1 cerveau, plus particulièrement la partie qui était réservée à la mémoire,

2 et ils m'ont aussi expliqué qu'ils ne pouvaient rien faire pour restaurer

3 ma mémoire.

4 Q. Vous nous avez parlé de ce qui vous était arrivé. Vous nous avez parlé

5 des coups que vous aviez reçus. Est-ce que vous avez vu si d'autres

6 personnes se sont également fait passer à tabac, d'autres personnes outre

7 que vous-même, alors que vous vous trouviez au camp ?

8 R. Oui, tout à fait.

9 Q. Pourriez-vous nous dire de quoi il s'agit ?

10 R. Oui, tout à fait. Il y avait plusieurs personnes dans l'étable même qui

11 s'étaient fait passer à tabac. Il y avait une partie de cette étable -- il

12 y avait un espace vide quatre mètres par quatre mètres, et c'est là que

13 certaines jeunes personnes se faisaient passer à tabac jusqu'à ce qu'elles

14 ne rendent l'âme. D'entre ces personnes que l'on avait passées à tabac et

15 qui ont péri à cet endroit-là, l'un s'appelle Kemal Ivica [phon], alors que

16 l'autre portait le nom de famille de Koh. Je ne connaissais pas son prénom,

17 mais je sais que c'était un gars en construction.

18 Q. Comment étaient-ils tués ?

19 M. LUKIC : [interprétation] Objection, Monsieur le Président.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous écoute, Maître Lukic.

21 M. LUKIC : [interprétation] Je voulais formuler une objection quant à cette

22 ligne de questions. Si j'ai bien compris, on allait poser des questions

23 directrices quant à son séjour à Stajicevo et quant aux événements qu'il a

24 vécus lui-même. Mais il me semble qu'ici on entre en détail. On parle des

25 événements qui ne sont pas couverts par l'acte d'accusation. Donc, je ne

26 crois pas qu'il est nécessaire d'écouter ce genre de propos, alors que j'ai

27 bien nettement l'impression que ce sujet n'est pas couvert par l'acte

28 d'accusation.

Page 3467

1 M. MOORE : [interprétation] Oui, je l'accepte tout à fait. C'est tout à

2 fait exact, Monsieur le Président. Mais le témoin nous a expliqué qu'il

3 souffrait du stress post-traumatique. C'est à la Chambre d'évaluer sa

4 crédibilité. C'est aux Juges de la Chambre d'évaluer s'il a effectivement

5 vécu ce qu'il a vécu. C'est la raison pour laquelle je voulais simplement

6 tester sa crédibilité de cette façon-là. Car il va nous parler de Vukovar,

7 et c'est la raison pour laquelle je voulais savoir si les réponses qu'il

8 nous a données sont influencées par sa perte de mémoire. C'est la raison

9 pour laquelle je voulais lui poser cette question.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous pouvez continuer, Monsieur Moore,

11 mais gardez-vous-en à cette indication que vous nous avez donnée. C'est-à-

12 dire, si effectivement vous voulez poser ce genre de questions pour établir

13 ce que vous venez de nous expliquer, à ce moment-là, votre question est

14 permise.

15 M. MOORE : [interprétation] Très bien. Merci, Monsieur le Président.

16 Q. Monsieur, est-ce que vous pourriez nous dire de quelle façon ces jeunes

17 personnes avaient été tuées ? Vous nous avez dit qu'il y avait deux jeunes

18 hommes qui se sont fait tuer. Est-ce que vous avez vu ce qui s'était

19 passé ?

20 R. Oui, tout à fait. Ces deux jeunes hommes que je connaissais, on les a

21 d'abord frappés avec différents objets jusqu'à ce qu'ils ne s'effondrent

22 par terre. Ensuite, lorsqu'ils se sont effondrés par terre, ils leur ont

23 donné des coups de pied et ils sautaient sur leur torse et leur tête

24 jusqu'à ce que la personne donne des signes de vie. L'homme que j'ai

25 mentionné, Ivica Kamel, je le connaissais très bien. C'était un jeune homme

26 marié, très, très grand de taille. Il était très beau aussi, une belle

27 personne. Lorsque nous sommes sortis, lorsque nous passions à côté de lui,

28 on ne pouvait plus du tout voir ni son nez, ni sa bouche, ni ses yeux.

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1 C'était simplement une balle, si vous voulez, une balle brisée, voilà. Sa

2 tête était complètement cassée par ces coups. C'est ce que j'ai vu et c'est

3 la vérité. Je peux vous dire qu'en vous racontant cet événement, c'est

4 comme si je le revoyais maintenant.

5 Q. Quel genre d'effet est-ce que cela a eu sur vous ? Quelle impression

6 cette scène a laissé sur vous ?

7 R. Cette scène a eu une influence énorme. Plus tard, en 1992, lorsqu'on

8 m'a prodigué des soins à l'hôpital, je me rappelle très bien que c'était le

9 Dr Kudro [phon], c'était le chef des médecins, il m'a dit que toutes ces

10 blessures peuvent être traitées. Il m'a dit que pendant cinq ans, j'aurais

11 des problèmes psychologiques très difficiles, car j'ai vécu des choses

12 difficiles. Il m'a expliqué que je souffrirais du syndrome post-traumatique

13 et il m'a aussi expliqué qu'il est bien difficile de guérir de ce stress

14 post-traumatique.

15 M. MOORE : [interprétation] Je n'ai plus d'autres questions pour ce témoin.

16 Je vous remercie, Monsieur le Président.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Monsieur Moore.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je voudrais remercier --

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] C'est maintenant Me Vasic qui

20 souhaiterait vous poser un certain nombre de questions.

21 Je vous écoute, Maître Vasic, c'est à vous.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je suis prêt à répondre aux questions.

23 M. VASIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Ce

24 sera Me Domazet qui posera les questions. Nous avons besoin de quelques

25 minutes seulement, car nous voulons préparer les documents et le pupitre.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. Merci.

27 Contre-interrogatoire par M. Domazet :

28 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Covic. Je m'appelle Vladimir Domazet

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1 et je suis le conseil de M. Mrksic. Je vais vous poser un certain nombre de

2 questions et je vous demanderais de ménager des pauses entre mes questions

3 et vos réponses étant donné que nous parlons la même langue. C'est ainsi

4 que le compte rendu d'audience sera plus clair, et les interprètes pourront

5 également interpréter nos propos. Merci.

6 Vous avez parlé de certains détails personnels aujourd'hui. Vous avez

7 également fait un certain nombre de déclarations, et selon ce que vous nous

8 avez dit sur vous-même, il semblerait que vous ayez passé la majeure partie

9 de votre vie à Vukovar.

10 R. Oui, c'est tout à fait exact. J'ai vécu la plus grande partie de ma vie

11 à Vukovar.

12 Q. Vous êtes né tout près de Vukovar ?

13 R. Je suis né à Bogdanovic, le village le plus rapproché de Vukovar. Mais

14 après l'école secondaire, j'ai déménagé à Vukovar, et c'est là que j'ai

15 passé toute ma vie, à l'exception d'une période de dix ans qui a suivi mon

16 incarcération dans le camp, c'est-à-dire après les événements dont je

17 parle.

18 Q. Vous nous avez dit que vous avez terminé votre école secondaire à

19 l'extérieur de Vukovar.

20 R. Non, non, c'était à Vukovar.

21 Q. Est-ce que vous avez fait des études supérieures ?

22 R. Oui. J'ai fait des études à l'école d'économie supérieure, mais je n'ai

23 pas obtenu de diplôme de premier cycle, car j'avais beaucoup de

24 responsabilités dans le cadre de mon travail à l'entreprise dans laquelle

25 je travaillais. Ils ne m'ont pas demandé non plus d'obtenir ce diplôme,

26 donc ce n'était pas nécessaire.

27 Q. Si je peux vous comprendre, vous étiez employé, en tant qu'employé

28 ayant complété l'école secondaire. Après cela, vous vous êtes inscrit à

Page 3470

1 l'école supérieure et vous avez commencé à travailler, est-ce que c'est

2 exact ?

3 R. Oui, c'est exact.

4 (expurgé)

5 (expurgé)

6 (expurgé)

7 (expurgé)

8 (expurgé)

9 (expurgé)

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 (expurgé)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 (expurgé)

16 Q. Est-ce que cette maison familiale ou ce quartier, est-ce que cela se

17 trouve près d'une région que vous avez appelé Sajmiste ?

18 R. Sajmiste se trouve sans doute à un kilomètre et demi de cet

19 endroit-là, mais cette partie de la ville en direction de Bogdanovci, ce

20 quartier-là de la ville entre cet endroit-là et Mitnica, s'appelait

21 Sajmiste ou on l'appelait également ligne de défense. Mais la rue

22 s'appelait Sajmiste, entre la caserne et la ville. En partant de la caserne

23 et en allant vers la ville, cette rue s'appelait Sajmiste. Mais simplement

24 parce que cette rue s'étendait en ligne droite, on l'appelait ligne de

25 défense.

26 Q. Vous m'avez donné une réponse assez longue. Pour être tout à fait clair

27 et pour éviter toute confusion, vous ai-je bien compris, est-ce que vous

28 nous avez dit que votre maison était assez près de la ligne de front ou

Page 3471

1 Sajmiste ?

2 R. Oui, ma maison est située près de la ligne de front.

3 Q. Merci. Revenons maintenant à la période qui a précédé tous ces

4 événements. Je vous demanderais de répondre à un certain nombre de

5 questions concernant Vukovar, sur des événements qui se sont déroulés avant

6 les combats, avant les activités de guerre. Mon éminent confrère vous a

7 posé un certain nombre de questions sur le sujet, mais simplement pour être

8 tout à fait clair, vous nous avez dit que vous aviez été un membre actif de

9 la Ligue des Communistes avant la guerre, n'est-ce pas ?

10 R. Oui, c'est tout à fait exact.

11 Q. Dites-moi, à Vukovar même, dans les alentours de Vukovar, jusqu'aux

12 premières élections multipartites, quels étaient les liens multinationaux,

13 de quelle façon les gens s'entendaient-ils dans votre petite ville ?

14 R. Avant les élections multipartites, les relations entre les différentes

15 nations n'étaient pas particulièrement bonnes. La plupart des habitants en

16 Croatie avaient, à la suite de discours faits par votre président Milosevic

17 -- enfin pas votre Milosevic à vous, mais le président des Serbes, et de

18 par ce qu'il disait, on entendait des menaces, et nous nous attendions à ce

19 que cela n'aille pas très bien.

20 Q. Vous êtes en train de parler de la période précédant les premières

21 élections pluripartites ?

22 R. Oui.

23 Q. Si je puis bien comprendre, il s'agissait d'une manifestation de

24 défiance entre les gens de groupes ethniques différents ?

25 R. Oui. Nous avons ressenti cela, partant des discours bien connus de

26 Slobodan Milosevic. Nous avons identifié des menaces et nous nous doutions

27 bien qu'il arriverait quelque chose suite à cela, et qu'il avait déjà

28 probablement préparé quelque chose. D'abord, ce sont les Slovènes qui ont

Page 3472

1 réagi à ses discours et ensuite, bien sûr, les gens de Croatie.

2 Q. Je ne me propose pas de m'attarder sur ces questions, mais je voudrais

3 vous demander si ce Slobodan Milosevic dont vous parlez, c'était également

4 un membre de la Ligue des Communistes, qui était le seul parti politique en

5 place en Yougoslavie, n'est-ce pas ?

6 R. Oui.

7 Q. Que s'est-il passé après ces élections pluripartites ? Au sein même de

8 la Croatie, c'est le HDZ qui a obtenu la majorité, n'est-ce pas ?

9 R. Oui. Le HDZ a eu la majorité des votes. Après cela, nous nous

10 attendions à ce que l'ex-Yougoslavie voit arriver ce qui s'est passé

11 exactement entre la Slovaquie et la Tchécoslovaquie, et qu'il y ait des

12 négociations d'homme à homme pour la création d'état, comme celle qu'il y a

13 aujourd'hui, comme cela est d'ailleurs arrivé en Union Soviétique.

14 Malheureusement, ce n'est pas ce qui est arrivé. Je regrette beaucoup que

15 tous ces problèmes aient eu ce type de solutions.

16 Q. Ma question était celle de savoir, et vous êtes allé un peu plus loin,

17 vous avez parlé quelque peu d'autre chose; je vous demanderais de revenir à

18 ce que j'ai demandé. Pour ce qui est des élections, j'aimerais savoir quels

19 ont été les résultats des élections à Vukovar, notamment s'agissant des

20 élections locales ?

21 R. Les élections se sont faites de façon tout à fait normale, tout à fait

22 correcte. Déjà, à ce moment-là, les Serbes à Vukovar, s'agissant de leurs

23 épouses et de leurs enfants, ils les ont envoyé de l'autre côté, vers la

24 Backa. Ils les ont transportés là-bas. Je dirais même que des gens de mon

25 entreprise, je leur ai demandé pourquoi est-ce que vous envoyez vos femmes

26 et vos enfants là-bas, dites-le-nous aussi, pour que nous aussi nous

27 mettions les nôtres à l'abri si cela tourne mal. Mais ils n'ont pas voulu

28 nous répondre.

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1 Q. Mais Monsieur Covic, vous n'avez pas répondu à la question que j'ai

2 posée. Quels ont été les résultats des élections locales à Vukovar ?

3 R. Je dirais que la majorité des votes ont été en faveur du parti HDZ. Les

4 autres partis ont obtenu moins de voies, mais tout s'est fait de façon

5 normale. Non, attendez, à Vukovar pour être concret, ce n'est pas le HDZ,

6 je m'excuse, c'est le SDP qui l'a emporté, et nous étions très contents de

7 le constater. Cela avait été la décision des électeurs. Il n'y a pas eu

8 d'autres problèmes du tout.

9 Ce que je dois dire, c'est que les Serbes ont déjà envoyé leurs

10 épouses et leurs enfants à l'extérieur, hors de Vukovar. Nous avons trouvé

11 cela très étrange. Nous avons demandé pourquoi, parce que les élections

12 s'étaient passées somme toute très bien.

13 Q. Vous avez quand même répondu à côté de la question. Mais puisque vous

14 venez de mentionner ce fait, je vais vous demander autre chose. Est-ce

15 qu'il y avait une appréhension de justifier si ces gens-là envoyaient les

16 leurs hors de leur foyer ? On le fait certainement parce que l'on ressent

17 une appréhension.

18 R. C'est votre opinion, ce n'est pas la mienne. A partir du moment où ils

19 n'ont pas voulu nous le dire, ceux qui ont travaillé dans ma société à moi,

20 ils ont travaillé avec moi pendant une vingtaine d'années et ils n'ont pas

21 voulu me donner les raisons pour lesquelles ils le faisaient. Alors ils

22 savaient certainement pourquoi ils le faisaient et pour quelles raisons

23 donc, ils ne devaient pas me le dire à moi.

24 Q. Bien, Monsieur Covic. Je vais essayer d'en revenir aux questions qui

25 sont les miennes et essayez de me répondre. Je n'ai plus que quelques

26 questions à vous poser sur ce sujet-là.

27 Qui a été le premier maire d'élu ?

28 R. Je vais vous dire, justement en raison des séquelles que j'ai subies et

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1 des blessures au cerveau, je sais que c'était un Serbe originaire de

2 Trpinje, mais il résidait à Vukovar, et c'est lui qui a été élu aux

3 fonctions de maire de la ville. Vous devez certainement le savoir vous

4 aussi. Il a été jugé devant ce Tribunal et il s'est suicidé.

5 Q. Oui. Cela vous vous en rappelez de façon excellente. Il s'agit de M.

6 Slavko Dokmanovic, n'est-ce pas ?

7 R. Oui. Vous venez de le dire. J'ai un problème. J'ai une lésion du

8 cerveau et je connais, par exemple, les gens mais je n'arrive pas à me

9 souvenir de leurs noms. Vous avez bien fait de dire son nom, c'est en effet

10 Slavko Dokmanovic.

11 Q. Monsieur Covic, savez-vous nous dire jusqu'à quel moment il a exercé

12 ses fonctions de maire, de président de l'assemblée municipale et qui est-

13 ce qui l'a remplacé ?

14 R. Je ne sais pas vous le dire exactement à présent. Mais lorsqu'il y a eu

15 les événements de Borovo Selo et lorsque des hommes à Seselj, des Chetniks

16 venaient là-bas, des électriciens travaillant chez nous m'ont dit, vers le

17 mois de mars ou avril 1991, qu'en passant par Borovo Selo pour y réparer

18 les installations électriques, ils me disaient qu'à Borovo Selo, ils

19 avaient vu des Chetniks. Je ne les croyais pas, et ils m'ont même dit :

20 "Montez avec nous à bord de notre véhicule, et vous verrez bien en

21 passant." C'est là qu'il a cessé d'exercer ses fonctions et il a quitté

22 Vukovar.

23 Q. Dois-je comprendre par là que Dokmanovic a cessé d'être le maire après

24 ce qui s'est passé à Borovo Selo, donc après le 2 mai 1991 ?

25 R. Je ne peux pas l'affirmer, je ne sais pas vous dire si cela coïncide

26 avec cette date, mais c'est à peu près vers cette période, un mois de plus

27 ou un mois de moins. Je ne sais pas vous le dire au juste. Il a quitté ses

28 fonctions et c'est quelqu'un d'autre qui a accompli ses fonctions à titre

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1 temporaire.

2 Q. Est-ce qu'on pouvait aller entre les différentes localités, vous venez

3 de parler de Trpinje, vous parliez tout à l'heure de Trpnje, lieu d'origine

4 de M. Dokmanovic et les autres localités, notamment Vukovar ?

5 R. Après les crimes graves qui ont été commis à Borovo Selo où 22

6 policiers ont été tués, dans les villages autour de Vukovar où il y avait

7 majorité de la population serbe, il a été posé des barrages routiers et il

8 était très difficile de passer par ces localités, d'aller, par exemple, de

9 Vukovar à Osijek.

10 Q. Ces barrages routiers ont-ils existé même avant le 2 mai 1991, avant

11 l'incident de Borovo Selo ?

12 R. Non, non. C'est après l'incident qu'on a commencé à poser des barrages

13 routiers à Brsadin, à Trpinje, à Negoslavci et en somme dans ces localités-

14 là. Je dirais même qu'un Serbe originaire de Brsadin, qui était et qui est

15 toujours de nos jours encore un homme bon, avait du mal à venir de Brsadin

16 au travail. Il se plaignait auprès de nous le pauvre. Il demandait de

17 l'aide pour qu'il puisse venir au travail. Il a eu beaucoup de mal et il

18 s'est constamment plaint des difficultés qu'il avait à passer. Or, lui

19 était Serbe et c'était à l'époque un homme droit. Et c'est de nos jours

20 encore un homme droit.

21 Q. Bon. Nous nous félicitons de voir qu'il y avait un homme serbe et

22 droit.

23 Mais nous voudrions savoir si les Croates avaient également posé des

24 barrages routiers, et est-ce que c'est là qu'il y a eu des problèmes ?

25 R. A Brsadin, il n'y a que très peu de Croates. Ils ne pouvaient pas le

26 faire, parce qu'à Brsadin la majorité de la population est Serbe. Ce sont

27 les Serbes qui ont placé ces barrages routiers, ils laissaient passer qui

28 ils voulaient et ne laissaient pas passer qui ils ne voulaient pas.

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1 Q. Je n'ai pas voulu dire que c'est à Brsadin qu'il y avait eu des

2 barrages routiers, il est certain qu'en sa qualité de résident de Brsadin

3 il pouvait passer. Mais à Borovo Naselje, par exemple, qui était habitée

4 par une majorité croate, y avait-il là des barrages routiers, et pouvait-il

5 passer lui, ou quelqu'un d'autre par Borovo Naselje ?

6 R. Par Borovo Naselje, il pouvait librement passer, il arrivait

7 normalement à Borovo Naselje. C'est de Borovo Selo, après ce crime de

8 commis, qu'on ne pouvait plus passer par là-bas. Lui a eu des problèmes en

9 quittant, par exemple, sa localité de Brsadin, là, on le laissait passer,

10 bien sûr. Il nous disait qu'ils l'injuriaient, qu'ils lui lançaient toutes

11 sortes d'offenses parce qu'il travaillait là où il travaillait à Vukovar.

12 Q. A Borovo Naselje, savez-vous où se trouvaient les cafés Slon et

13 Zurich ? Slon voulant dire éléphant.

14 R. Je suis très peu allé dans les cafés et restaurants. Ce n'est pas pour

15 me vanter, mais je n'avais vraiment pas coutume d'y aller.

16 Q. Nous avons des renseignements disant que c'était là que se trouvaient

17 des barrages routiers dressés par les habitants de Borovo Naselje. Je

18 voulais, de la sorte, essayer de rafraîchir votre mémoire, mais soit, je ne

19 vais plus vous poser de question à ce sujet-là.

20 Dites-moi, je vous prie, à l'époque qui a précédé ce que vous venez de

21 raconter au sujet de Borovo Selo, saviez-vous que dans les villages à

22 majorité croate ou à population exclusivement croate, il s'était formé ou

23 constitué des détachements non armés et que ce sont notamment les hommes

24 politiques du groupe ethnique croate qui y ont pris part à ces activités ?

25 En avez-vous eu vent ?

26 R. Ce que j'ai appris c'est que dans mon village natal de Bogdanovci, cela

27 a été le cas. Dans les autres villages il n'y en avait pas, mais dans mon

28 village à Bogdanovci, à l'époque, je ne sais plus vous donner la date

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1 exacte, en tout cas c'était peu de temps après le crime de Borovo Selo. Un

2 jour, sur l'axe en provenance de Bogdanovci, une colonne de chars voulait

3 passer pour se rendre à Vukovar. Alors toute la population civile est allée

4 empêcher leur passage. Sans arme, sans quoi que ce soit. Ils sont mis sur

5 la route, et un grand nombre d'entre eux s'étaient couchés sur la route en

6 criant : "Vous pouvez passer par-dessus nous." C'est ainsi qu'ils ont

7 stoppé cette colonne de chars et dont l'intention était de se rendre à

8 Vukovar.

9 Q. Saviez-vous qui se trouvait être Tomislav Mercep ?

10 R. Oui. C'est lui qui a été nommé ce machin militaire dont je n'arrive

11 plus à me rappeler le nom. Cela, c'est encore une autre séquelle que j'ai

12 au cerveau. Il a été nommé à ces fonctions dans un bureau militaire et

13 veillait aux convocations des jeunes gens sous les drapeaux. Je ne sais

14 plus comment on appelait cela, vraiment.

15 Q. C'était quelqu'un, si je ne m'abuse, qui est originaire de Bogdanovci ?

16 R. Non, non. Il n'était pas originaire de Bogdanovci. Quelques années

17 avant la guerre, il a construit une maison à Bogdanovci mais jusque-là à

18 Borovo Naselje et c'est là qu'il travaillait. Ce n'est que quelques années

19 avant la guerre que lui et ses deux frères avaient acheté des terrains à

20 construire et ont construit là. Ils n'ont vécu qu'un an ou deux à peine,

21 là.

22 Q. Vous venez de le décrire à juste titre en sa qualité de responsable du

23 département militaire ?

24 R. Oui. C'est cela le mot. C'est le département militaire. C'est à ces

25 fonctions-là qu'il a été nommé. Il en a été le responsable.

26 Q. Mais quand il y a eu ce refroidissement des relations et suite à ces

27 incidents notamment, est-ce qu'il a joué un rôle autre, un rôle plus

28 important que celui de responsable du département militaire ?

Page 3478

1 R. Oui. Il a eu des fonctions au niveau du parti. Il était président de

2 l'organisation du HDZ à Vukovar. C'était son rôle second.

3 Q. Saviez-vous que c'est précisément lui qui a organisé une revue à

4 Bogdanovci en 1991, de ces forces du HDZ ?

5 R. Oui. Je sais qu'il a convié bon nombre de personnes et qu'il a dit à

6 tout à chacun qu'après Borovo Selo et après tous ces barrages routiers

7 qu'il allait certainement y avoir des événements plus graves encore. C'est

8 la raison pour laquelle, il en a appelé aux jeunes gens pour qu'ils soient

9 prêts au cas où Vukovar viendrait à être attaquée pour faire en sorte que

10 Vukovar se défende.

11 Q. Est-ce qu'en l'occurrence, il y a eu véritablement un passage en revue

12 avec des responsables des groupes ou responsables des sections, voire

13 unités, parce qu'à l'époque, c'étaient des unités non armées ?

14 R. Ils étaient tous sans armes à l'époque. Il n'y avait pas encore de

15 responsables ou de chefs véritables. Il a juste demandé aux gens de venir

16 pour les prévenir pour le cas d'une attaque éventuelle afin que tous, dans

17 ce cas-là, viennent à la rescousse. Bon nombre de jeunes gars m'ont raconté

18 pourquoi ils sont allés là-bas et ils ont dit qu'au cas où Vukovar

19 viendrait à être attaquée, ils en seraient tous les défenseurs.

20 Q. Avez-vous appris de leur part ou de façon autre comment ils comptaient

21 se défendre ? Est-ce qu'ils auraient commencé déjà à se procurer des armes,

22 notamment, des Kalachnikovs ?

23 R. Malheureusement, c'est là que les approvisionnements ont commencé et la

24 première livraison, je l'ai vue en personne. C'était à 90 % des fusils de

25 chasse et rares sont ceux qui avaient un vrai fusil M-48. Quand je voyais

26 quelqu'un avec une Kalachnikov, c'était une surprise des plus grandes. Une

27 fois Vukovar attaquée, il y a plus d'armes de ce type en effet. Ils

28 s'étaient approvisionnés davantage et c'est la raison pour laquelle ils ont

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1 si longuement pu défendre Vukovar.

2 Q. Nous sommes en train de parler de la période qui a précédé les

3 conflits. Je vous parle de l'époque où il y a eu ces passages en revue et

4 de l'armement qui s'est fait, à ce moment-là. Est-ce qu'il y a eu des

5 approvisionnements, des ventes d'armes de façon illégale, parce que vous

6 serez d'accord avec moi pour dire qu'acheter une Kalachnikov, ce n'était

7 pas légal ni à l'époque et cela ne l'est pas de nos jours, non plus ?

8 R. Je vais dire une chose, une vérité vraie. Peut-être me direz-vous que

9 vous ne le saviez pas. Ce sera probablement une surprise pour vous, du

10 reste. Une très grande quantité de Kalachnikovs ont été achetées par les

11 nôtres chez les Serbes. Je le sais. Enfin, j'avais ri à ce moment parce que

12 j'en ai vu d'entre eux -- enfin, certains d'entre eux vendre à des nôtres

13 ces armes-là.

14 Q. Merci de cette information. Rien ne saurait me surprendre. Cette

15 information, je n'en ai pas eu vent du tout. Donc c'est ainsi également que

16 des personnes s'étaient procurées des armes ?

17 R. Oui. C'était l'une des filières.

18 Est-ce que je peux poser une question ?

19 Q. Pas à moi, mais peut-être aux Juges de la Chambre.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Je voudrais demander si nous allons faire une

21 pause encore ou si nous allons conduire jusqu'à la fin ou alors, si cela ne

22 risque pas de durer trop longtemps, on pourrait continuer, sinon,

23 j'aimerais une petite pause ?

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous sommes censés terminer dans huit

25 minutes, mais si vous ne vous sentez pas bien, nous pouvons finir dès à

26 présent. Est-ce que vous pouvez continuer pendant huit minutes ou pas ?

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je peux continuer huit minutes. Merci.

28 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous en remercie.

Page 3480

1 Monsieur Domazet, vous pouvez continuer.

2 M. DOMAZET : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

3 Q. A plusieurs reprises aujourd'hui, vous nous avez précisé que vous étiez

4 officier de réserve dans la JNA. Ma question est celle de savoir quelle est

5 l'école des officiers de réserve que vous avez faite et quand ?

6 R. L'école des officiers de réserve, je l'ai terminée à Zadar en 1961.

7 Cela s'est fait dans le cadre de mon service militaire. Je dois le dire,

8 j'ai été l'un des bons élèves à l'école et c'est la raison pour laquelle

9 j'ai été envoyé là-bas. Donc, pendant six mois, j'étais à l'école militaire

10 à Zadar, et une fois cette école terminée, étant donné que j'avais des

11 notes qui étaient parmi les meilleures, j'ai été envoyé dans la garde

12 rapprochée de Tito et j'y ai passé encore six mois. Cela a été mon service

13 militaire.

14 Ensuite, quand j'ai terminé cela, ils m'ont très souvent convié à

15 venir dans les rangs de la réserve et ils le faisaient, deux, trois fois

16 par an. Cela a créé des difficultés à mon entreprise aussi, mais j'ai dû

17 aller faire ces stages de réserve et j'ai été promu. J'en suis arrivé à un

18 grade de capitaine de première classe. C'est un grade que j'ai obtenu après

19 1968, après l'attaque contre la Tchécoslovaquie. On s'attendait à ce que

20 les Russes s'attaquent à la Croatie. J'ai été nommé commandant d'une

21 compagnie d'artillerie à la frontière hongroise. Voilà l'avancement que

22 j'ai réalisé, mais qui m'a causé pas mal de difficultés au travail. C'est

23 ce que je dirais en guise de réponse à votre question.

24 Q. Si je vous ai bien compris, vous nous avez dit que cette école des

25 officiers de réserve, vous l'avez fréquentée, entre autres, parce que vous

26 étiez un bon élevé jusque là ?

27 R. Oui.

28 Q. Je vais vous demander, et j'espère que vous allez répondre, est-ce que

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1 cela a été dû aussi au fait que vous étiez membre de la Ligue des

2 Communistes ?

3 R. Non. A l'école, là où je me trouvais, nous étions entre 30 et 40 élèves

4 dans chacune des classes. Ils ont tout de suite dit que les deux meilleurs,

5 ceux à avoir les meilleures notes, les deux premiers, seraient récompensés

6 dans la garde rapprochée de Tito, et j'étais deuxième dans le classement.

7 Q. Vous parlez de l'école des officiers de réserve ou de l'école

8 précédente ?

9 R. Je parle de l'école des officiers de réserve à Zadar.

10 Q. Oui, certes. Ce que j'avais à l'esprit, c'était le fait d'être envoyé à

11 cette école-là. Est-ce que vos options politiques y ont contribué et est-ce

12 qu'à l'époque, cela constituait un avantage certain, étant donné que vous

13 aviez fait des études secondaires ? Est-ce que c'est la raison pour

14 laquelle vous n'avez fait qu'un an ? Parce que si vous aviez fait votre

15 service normal, cela aurait duré 18 mois; ai-je tort ?

16 R. Non, c'est tout à fait exact. Normalement, c'est la raison, et mon

17 service aurait duré 18 mois.

18 Q. Il nous reste encore quelques minutes, mais pour ce qui est de Vukovar

19 et des événements qui ont précédé les conflits, savez-vous nous dire s'il y

20 a eu des explosions, des incendies, des explosions de magasins, de

21 kiosques ?

22 R. Oui, j'ai eu vent de cela. Il y a eu plusieurs kiosques et des

23 cafétérias. Ce qui m'a surpris, c'est ce que cela s'est toujours produit

24 lorsqu'il n'y avait personne, juste avant l'aube ou que sais-je. Je sentais

25 que c'était probablement du cinéma, pour laisser entendre que c'était

26 quelqu'un d'autre qui en était à l'origine. Mais Dieu merci, dans ces

27 explosions dans les cafétérias, il n'y a pas eu ni de morts, ni de blessés.

28 Q. Dois-je comprendre votre réponse de la sorte : vous aviez des doutes,

Page 3482

1 en somme, pour dire que c'étaient peut-être les propriétaires eux-mêmes qui

2 l'avaient fait ?

3 R. Oui. Par exemple, à proximité, dans la rue Bogdanovacka, qui s'appelait

4 Gornje Brdo [phon]. Le propriétaire a ultérieurement été parmi les

5 attaquants de Vukovar. Il a fait partie de ce qui était convenu d'appeler

6 la Défense territoriale, et il y a plusieurs explosions dans ce restaurant,

7 dans sa cafétéria. Il n'y avait pas eu de victimes, mais il avait un peu

8 réparé et a continué à fonctionner pendant quelques jours. Puis, il y avait

9 une nouvelle explosion, et ainsi de suite. Enfin, Dieu merci, personne n'a

10 péri. Je m'étais dit, à partir du moment où personne n'avait péri, que

11 c'était lui qui avait voulu laisser entendre que c'était quelqu'un d'autre

12 qui avait fait sauter cela.

13 Q. Dois-je bien comprendre que ce propriétaire et les autres propriétaires

14 l'avaient fait eux-mêmes et c'étaient des nationalistes serbes ?

15 R. Oui, c'étaient des nationalistes serbes. Enfin, pour ceux que je

16 connais. Je ne peux pas dire cela pour tout un chacun à Vukovar. Ce n'était

17 pas une ville si petite. Et lorsque ces choses se sont produites, j'étais

18 soit chez moi ou j'avais beaucoup de travail dans l'entreprise. Je ne

19 pouvais pas savoir pour la ville entière. Je pouvais le savoir pour

20 certaines parties de la ville.

21 Q. Encore une petite question et j'en finis pour aujourd'hui. Est-ce qu'à

22 l'époque, un kiosque de l'entreprise de presse Borba avait sauté,

23 entreprise Borba dont le siège principal se trouve à Belgrade ?

24 R. Je ne m'en souviens pas.

25 M. DOMAZET : [interprétation] Je pense, Monsieur le Président, que l'heure

26 serait venue pour nous d'en finir pour aujourd'hui.

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je pense aussi que ce serait une bonne

28 chose que d'en finir aujourd'hui.

Page 3483

1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Monsieur Domazet. Nous allons

2 lever l'audience ce soir et nous allons continuer demain à 14 h 15.

3 --- L'audience est levée à 19 heures 01 et reprendra le mercredi 1er

4 février 2006, à 14 heures 15.

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