Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 6 avril 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 9 heures 06.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour, Témoin. Je vais vous demander

7 de vous lever et de donner lecture de la déclaration solennelle qui se

8 trouve sur le carton qui vous est remis.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Témoin. Veuillez

12 vous asseoir.

13 Monsieur Moore, vous avez la parole.

14 M. MOORE : [interprétation] Je remercie les Juges de la Chambre.

15 LE TÉMOIN: TÉMOIN P-021 [Reprise]

16 [Le témoin répond par l'interprète]

17 M. MOORE : [interprétation] Témoin P-021, je m'appelle Moore. Je suppose

18 que vous avez vu Mme Tuma, il y a une certaine différence entre nous, vous

19 vous en rendrez compte.

20 Vous avez été rappelée pour parler de trois documents que

21 l'Accusation a signifiés à la Défense après la fin de votre déposition.

22 Le témoin est à la disposition de la Défense.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie.

24 Maître Vasic, vous avez la parole.

25 M. VASIC : [interprétation] Je vous remercie. Je salue toutes les personnes

26 présentes ainsi que le témoin.

27 Contre-interrogatoire par M. Vasic :

28 Q. [interprétation] Je m'appelle Miroslav Vasic, peut-être ne vous en

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1 souvenez-vous pas depuis notre dernier entretien. Je vais vous demander de

2 faire une pause après avoir entendu ma question, de façon à ce que tous nos

3 propos puissent être interprétés et aussi afin que votre voix ne soit pas

4 entendue par mon micro qui sera encore branché.

5 Dites-moi : le 9 juin 1994, est-ce que vous avez parlé avec des

6 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur de la Croatie à propos des

7 événements qui se sont produits à l'hôpital de Vukovar en 1991 ?

8 R. Oui.

9 Q. Merci. Est-ce que vous vous souvenez que cette fois-là, vous avez parlé

10 à un certain Miroslav Filipcic qui aurait rédigé un rapport officiel suite

11 à cet entretien ?

12 R. Oui, je me souviens qu'un certain monsieur m'a parlé. Je ne me souviens

13 pas de son nom, mais effectivement, j'ai parlé à quelqu'un.

14 Q. Je vous remercie. Le 22 février 1996, est-ce que vous avez également

15 témoigné devant le juge d'instruction du tribunal régional de Zagreb dans

16 un procès intenté à Veljko Kadijevic et consorts ? Est-ce que vous avez

17 signé cette déclaration que vous avez faite au juge d'instruction ?

18 R. Oui, je lui ai bien parlé.

19 Q. Merci. Vous avez parlé à des représentants du ministère de l'Intérieur,

20 et vous avez parlé des événements qui se sont déroulés en novembre 1991,

21 mais vous avez également parlé de documents que vous avez rédigés en

22 novembre 1991; est-ce exact ?

23 R. Oui.

24 Q. Nous allons bientôt examiner ces documents, mais auparavant, j'aimerais

25 vous demander ceci : en 1994, 1996, 1997, est-ce que vous avez aussi parlé

26 à des représentants de l'agence chargée de la Sûreté et de la Sécurité ou

27 du Renseignement du ministère de la Défense croate ?

28 R. Je ne m'en souviens pas.

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1 Q. Merci. Est-ce que cela veut dire que vous ne vous souvenez pas leur

2 avoir parlé ou voulez-vous dire par votre réponse que vous n'avez pas du

3 tout eu ce genre d'entretien ?

4 R. Le ministère de la Défense de la République de Croatie, non. Je n'ai

5 pas parlé à des gens de ce ministère.

6 Q. Merci. Avez-vous parlé des événements de Vukovar avec des représentants

7 des membres de l'agence chargée du Renseignement et de la Sécurité du

8 ministère de l'Intérieur de la République de la Croatie ?

9 R. Je ne sais pas à quoi vous pensez. Si vous parlez du document que vous

10 venez de mentionner, oui. Mais rien à part cela.

11 Q. Je vous remercie.

12 M. VASIC : [interprétation] Madame et Messieurs les Juges, je veux

13 maintenant examiner ce document. Je pense qu'il risque de dévoiler

14 l'identité de ce témoin, et il est peut-être utile de passer à huis clos

15 partiel.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Passons à huis clos partiel.

17 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes désormais à huis clos

18 partiel.

19 [Audience à huis clos partiel]

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10 [Audience publique]

11 M. VASIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

12 Je vous prie de bien vouloir montrer cet extrait. Vous, Madame le Témoin,

13 faites attention à la voix, s'il vous plaît.

14 [Diffusion de la cassette vidéo]

15 M. VASIC : [interprétation] Je m'excuse. Je pense que nous avons un

16 problème avec le son.

17 M. MOORE : [interprétation] Est-ce que vous avez une traduction pour cela,

18 pour nous être utile ?

19 M. VASIC : [interprétation] Malheureusement non, mais les interprètes vont

20 traduire cela, et je vais vous fournir une traduction officielle dès que je

21 l'aurai reçue.

22 M. LE JUGE PARKER : [aucune interprétation]

23 [Diffusion de la cassette vidéo]

24 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

25 "C'est un acte d'accusation qui accuse l'assemblée de la République de

26 Croatie pour la participation des Croates dans les plus grands crimes qui

27 aient jamais été commis dans l'histoire du peuple croate sur le peuple

28 croate, pour la participation dans la décision de mettre en danger la vie

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1 des 10 000 vies des Croates à Vukovar.

2 Je vous accuse, Monsieur, d'avoir permis à ces gens d'avoir faim pendant

3 que vous, vous n'aviez pas faim. Vous, vous aviez chaud, alors qu'eux, ils

4 avaient froid. Vous, vous aviez à boire et vous pouviez boire ce que vous

5 vouliez dans des quantités que vous vouliez, alors que vous les avez

6 condamnés de boire une cuillère de soupe d'eau par jour.

7 Messieurs les députés, vous, vous étiez chez vous dans vos foyers luxueux,

8 dans vos bureaux luxueux, et les habitants de Vukovar devaient habiter dans

9 les sous-sols. Pour vos nuits, vous réchauffiez vos nuits avec des

10 couvertures chaudes et douces, alors qu'eux, ils n'avaient que des

11 couvertures mouillées et puantes.

12 Pensez-vous vraiment que c'est pour cela que ces gens ont voté pour

13 vous ?

14 Pourquoi vous avez condamné nos bébés et nos enfants à avoir des

15 plaies ? Est-ce que toutes les infections du monde étaient réservées

16 uniquement aux enfants de Vukovar ? Je vous accuse, Messieurs les députés,

17 pour toute leur douleur, pour chaque cri, pour chaque larme versée ou non

18 versée.

19 Je vous accuse, Monsieur les députés, pour chaque main coupée à vif,

20 pour chaque jambe coupée à vif, pour chaque plaie traitée sans anesthésie,

21 chaque opération. Je vous accuse à cause de la douleur des blessés qui

22 avaient faim et qui avaient soif. Je vous accuse du désespoir, de la

23 fatigue de nos médecins et du personnel médical. Je vous accuse à cause de

24 la mort provoquée par manque de sang, de plasma et de médicaments.

25 Je vous accuse du désespoir des combattants quand ils ont compris

26 qu'ils n'avaient plus de munitions pour remplir leurs armes. Je vous

27 accuse, Messieurs les députés, pour la surprise quand on a compris, à

28 Vukovar, que la République de Croatie dispose d'hommes et de moyens

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1 nécessaires pour sortir de la ville, pour défendre Vukovar, mais qu'ils ne

2 souhaitent pas utiliser et mettre à la disposition ces hommes aux groupes

3 opératifs chargés de la défense de Vukovar, Vinkovci, Zupanja, et nous

4 avions besoin de ces hommes pour nous défendre.

5 Je vous accuse, Messieurs, pour toute la douleur quand Vukovar a

6 compris qu'entre vous, l'assemblée de la Croatie, le gouvernement croate,

7 le président de la République croate et les Chetniks, qu'il n'y avait

8 aucune différence entre vous tous. Je vous accuse, Messieurs, de cette

9 honte que vous avez infligée au peuple croate en le représentant. Le peuple

10 croate ne vous a pas autorisés à faire cela, et c'est pour cela que je vous

11 accuse de trahison.

12 Je vous accuse parce que vous avez représenté le peuple croate, vous

13 avez représenté nos trois couleurs et vous nous avez trahis, alors que vous

14 ne deviez jamais vous permettre cela. Vous avez trahi notre drapeau, je

15 vous accuse de cela. Je vous accuse parce que vous avez chanté notre bel

16 hymne national par votre bouche traîtresse. Vous avez chanté le même hymne,

17 la même chanson qu'on chantait, les chansons de Trpinja, de Luzac, les

18 héros de Mitnica, de Sajmiste, de Borovo Naslje, de Bogdanovci. Les héros

19 de Vukovar ont chanté cet hymne pendant qu'ils ont défendu la ville,

20 pendant les combats, pendant qu'ils étaient en train de placer dans les

21 tombes, d'enterrer les restes de leurs combattants. Ils l'ont chanté en

22 mourant. Je vous accuse parce que vous vous donnez ces droits. Ce n'est pas

23 permissible que Vukovar meure sous le chant de cet hymne, l'hymne des gens

24 que vous avez condamnés à une mort difficile.

25 Je vous accuse d'avoir participé à ces massacres, les massacres

26 perpétrés contre les habitants et les défenseurs de Vukovar. Je vous accuse

27 pour la mort de Vukovar. Il y a des preuves non contestables de votre

28 culpabilité qui vont être fournies au peuple croate et au monde entier.

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1 Mais ne vous trompez pas, vous allez aussi faire l'objet de ces enquêtes.

2 Vous ne pouvez pas passer à côté de cela. Nous vous garantissons que

3 vous allez entrer dans l'histoire, vous allez être reconnus comme des

4 criminels, comme des traîtres, et vous allez vous coucher tous les jours et

5 vous lever tous les jours avec la mémoire de Vukovar."

6 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

7 M. VASIC : [interprétation]

8 Q. Vous souvenez-vous de cela ? Est-ce que vous avez reconnu cette voix ?

9 R. [aucune interprétation]

10 Q. [aucune interprétation]

11 R. [aucune interprétation]

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Vasic, je voudrais vous

13 signaler que l'interprète a dit qu'il s'agissait d'un texte lu à grande

14 vitesse et qui était assez long, écrit, donc, et que les interprètes

15 avaient du mal à interpréter ce texte.

16 M. VASIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président, et je

17 remercie aussi les interprètes. Je sais que c'était assez difficile de

18 traduire cela.

19 Nous allons fournir une traduction écrite de ces textes, ainsi, en

20 anglais. Nous allons vous la soumette dès que nous l'aurons reçue.

21 M. MOORE : [interprétation] Pour l'instant, nous n'avons pas d'objection à

22 ce que la transcription en B/C/S soit versée au dossier.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous l'acceptons.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce 351.

25 M. VASIC : [interprétation]

26 Q. Les médecins étaient-ils au courant des allées et des venues des

27 patients ? Est-ce qu'ils pouvaient savoir à chaque moment où se trouvaient

28 les patients, chacun des patients ?

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1 R. Il était impossible de savoir à tout moment où se trouvaient ces

2 malades. Vous pouvez dire où vous êtes, vous, mais vous ne pouvez pas dire

3 avec certitude où se trouve une autre personne, même s'il s'agit d'une

4 infirmière qui est votre collègue. Vous ne pouvez pas le conformer à 100 %,

5 24 heures sur 24. Vous êtes la seule personne pour laquelle vous pouvez

6 connaître les allées et les venues, enfin, où elle se trouve à chaque

7 moment.

8 Q. Je suis entièrement d'accord avec vous. Mais on ne pouvait pas, non

9 plus, les médecins ne pouvaient pas dire où se trouvaient les patients,

10 hormis les périodes qu'ils passaient à l'hôpital sous la surveillance des

11 médecins.

12 R. Vous pouvez dire où se trouve quelqu'un à partir du moment où vous êtes

13 avec cette personne-là. Tout le reste reste incertain. L'hôpital, ce n'est

14 pas une prison.

15 Q. Heureusement. Je suis d'accord avec vous. Je vous remercie de vos

16 réponses, je n'ai pas d'autres questions à vous poser, Madame.

17 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai pas d'autres

18 questions pour ce témoin. Je vais demander tout de même à l'Huissier, à qui

19 je dois encore les photocopies de ces notes officielles, de le communiquer,

20 et dès que nous aurons la version électronique de ces documents, nous la

21 fournirons aussi à l'Huissier pour qu'il puisse l'inclure dans le corps de

22 documents électroniques en l'espèce.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce que nous devons conclure que

24 vous ne souhaitez pas les verser au dossier ?

25 M. VASIC : [interprétation] Non, Monsieur le Président. J'ai parlé de la

26 plupart des détails importants. Le témoin a confirmé et expliqué cela, et

27 je ne vois pas de raison de les verser au dossier. Je pense que le compte

28 rendu d'audience est suffisamment clair, au moins du point de vue de ce qui

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1 est important pour la Défense.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci pour cela. Le document sera

3 marqué aux fins d'identification.

4 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira du document marqué aux fins

5 d'identification 352.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic.

7 M. BOROVIC : [interprétation] Je suis désolé, Monsieur le Président, mais

8 je n'ai pas de questions pour ce témoin. Merci.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il ne s'agit pas, Maître Borovic, d'un

10 malheur, ni pour l'un ni pour l'autre.

11 Maître Lukic.

12 M. LUKIC : [interprétation] Peut-être vais-je vous réjouir de mon côté, car

13 j'ai une seule question pour ce témoin.

14 Est-ce que Madame l'Huissière peut présenter un document au témoin ?

15 Contre-interrogatoire par M. Lukic :

16 Q. [interprétation] Bonjour, Madame le Témoin. Je me nomme Novak Lukic et

17 je représente M. Sljivancanin.

18 Je vais vous rappeler ce que vous avez dit, ceci figure au compte

19 rendu d'audience de votre déposition qui a eu lieu le 9 novembre 2005, qui

20 concerne la réunion que vous avez eue avec M. Sljivancanin dans la salle

21 des plâtres.

22 A la page 1 371 du compte rendu d'audience, vous avez dit que la réunion a

23 duré entre une demi-heure et 45 minutes. Ensuite, vous avez dit comme suit

24 : "Et au cours de cette période, il nous a parlé, en général, de la

25 situation politique, de la dissolution de la Yougoslavie, de ce qui avait

26 provoqué cela. Il nous a dit qu'il avait compris que nous étions des

27 membres du personnel médical, qu'il réalisait que nous ne faisions que

28 notre travail et que ceci était tout à fait naturel, et qu'il n'allait pas

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1 nous reprocher cela. Il parlait dans cette veine."

2 C'est ainsi que vous avez décrit vos souvenirs de ce qui avait été dit par

3 M. Sljivancanin lors de cette réunion, et vous avez dit également lors de

4 votre contre-interrogatoire que vous ne vous souveniez pas de nombreux

5 détails, car vous étiez un peu dans vos propres pensées.

6 Dans cette note officielle qui reflète la conversation que vous avez eue le

7 9 juin 1994, et ceci a été consigné en troisième personne du singulier, je

8 vais vous lire maintenant une phrase que vous avez dite à l'époque, en

9 1994, à la page 2, paragraphe 3, car je souhaite savoir ce que vous en

10 pensez aujourd'hui.

11 R. Ayez l'amabilité de me traduire la partie que vous avez lue en anglais,

12 car je vois que ceci est écrit en anglais; mais est-ce que vous pourriez me

13 donner la traduction ?

14 Q. Je croyais que vous aviez reçu l'interprétation, non ? D'accord. Je

15 vais répéter.

16 Vous avez dit qu'au cours de cette réunion qui a duré entre une demi-heure

17 et 45 minutes, que M. Sljivancanin vous a parlé de la situation politique

18 en général, de la dissolution de la Yougoslavie, de la manière dont ceci a

19 été provoqué, qu'il comprenait le personnel médical et le fait que vous ne

20 fassiez que faire votre travail et qu'il n'allait pas vous reprocher cela.

21 C'était à peu près ce qu'il disait, d'après vos souvenirs, et c'est ce que

22 vous avez dit. Maintenant, je veux vous lire cette partie-là, et je vous

23 demande de bien vouloir vérifier si je lis correctement cette note

24 officielle de l'année 1994.

25 Je lis : "Le 20 novembre 1991, tôt dans la matinée, Binazija Kolesar,

26 l'infirmière principale, est venue et a dit qu'il fallait que l'on se

27 prépare et que tout le monde allait assister à une réunion dans la salle

28 des opérations. Lorsqu'ils sont arrivés là-bas, ils ont vu un officier de

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1 l'ex-JNA qui s'est présenté en tant que Sljivancanin, qui a dit qu'il était

2 un officier de la JNA, que leur armée était venue les libérer, qu'eux, le

3 personnel de l'hôpital, n'étaient pas considérés par la JNA comme des

4 criminels de guerre, compte tenu du fait qu'eux, en tant que personnel

5 médical, devaient venir en aide à toutes les personnes blessées. Il leur a

6 proposé, par conséquent, de continuer à travailler au centre médical de

7 Vukovar, car il y avait un grand nombre de blessés, pour permettre à

8 l'hôpital de reprendre son fonctionnement. Il a indiqué que les personnes

9 qui ne souhaitaient pas travailler à l'hôpital n'avaient qu'à le dire

10 librement en indiquant où elles souhaitaient être évacuées. Puis, il a dit

11 de dresser des listes des personnes indiquant où certaines personnes

12 souhaitaient partir."

13 Ma question est, par conséquent, très simple. Vous vous souvenez de cette

14 description que vous avez fournie à l'inspecteur de la police ? Est-ce que

15 ceci vous rafraîchit la mémoire quant à la manière dont M. Sljivancanin a

16 dit, lors de cette réunion, que le personnel médical pouvait rester s'il le

17 souhaitait et que ceux qui souhaitaient partir pouvaient dire s'ils

18 souhaitaient partir en Croatie ou en Serbie ? Est-ce exact ?

19 R. Oui. Ceci est un récit portant sur notre conversation, et je ne pense

20 pas que ceci soit différent par rapport à ce que j'avais déjà dit. Je n'ai

21 jamais dit que l'on avait ôté l'opportunité au personnel médical de rester,

22 s'il souhaitait rester ou de partir, s'il le souhaitait. Effectivement,

23 cette opportunité nous a été donnée, et je peux le confirmer.

24 Q. Vous n'aviez pas mentionné cela au cours de votre déposition, et c'est

25 la raison pour laquelle je souhaitais clarifier cela. Merci.

26 M. LUKIC : [interprétation] Merci. Je n'ai plus de questions.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Maître Lukic.

28 Monsieur Moore.

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1 Nouvel interrogatoire par M. Moore :

2 Q. [interprétation] En ce qui concerne 0021, je souhaite vous poser

3 quelques questions au sujet du document auquel Me Lukic a fait référence

4 avec vous. Il a cité un paragraphe se terminant par les mots : "Ils

5 devaient également dresser une liste indiquant qui souhaitaient partir où."

6 Vous l'avez devant vous.

7 R. [aucune interprétation]

8 Q. Veuillez lire le paragraphe suivant pour que les choses soient

9 complètes. Est-ce que je peux simplement lire cela pour voir si ceci

10 correspond ?

11 "Pendant qu'il (Sljivancanin), disait cela,"(expurgé), je lis 0021,

12 "pendant qu'il (Sljivancanin) disait cela, 0021 s'est retourné et a vu que

13 l'on transportait, on portait des personnes blessées à travers le couloir.

14 Comme elle a reconnu certains de ses patients blessés, elle est accourue à

15 eux afin de leur parler et afin de leur demander où ils étaient emmenés.

16 Mais on lui a donné l'ordre de revenir."

17 Maintenant, je lis à partir de la traduction en anglais. La phrase :

18 "Pendant qu'il (Sljivancanin) disait cela," suggère qu'il était sur place

19 lorsque vous avez vu que l'on apportait les patients, que Sljivancanin

20 était présent à ce moment-là.

21 M. LUKIC : [interprétation] Objection.

22 M. MOORE : [interprétation]

23 Q. Est-ce que vous savez si c'est vrai ou pas ?

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Maître Lukic.

25 M. LUKIC : [interprétation] Excusez-moi de cette interruption, mais vous

26 savez, tout ce qui vient d'être lu par le Procureur a fait l'objet de

27 l'interrogatoire principal, et le témoin a parlé de cela, alors que ma

28 question ne portait pas du tout sur ce sujet-là, mais sur ce que M.

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1 Sljivancanin disait lors de cette réunion. Or, M. Moore nous ramène à

2 l'interrogatoire principal, que nous avons entendu dans son intégralité le

3 9 novembre 2005.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore.

5 M. MOORE : [interprétation] La question posée par mon éminent collègue

6 visait à créer une impression selon laquelle M. Sljivancanin était un

7 monsieur qui s'assurait que les gens pouvaient continuer à faire leur

8 travail comme ils le souhaitaient et qui se comportait d'une manière

9 honorable.

10 A notre avis, si une telle affirmation va être avancée de la part de mon

11 éminent collègue, ce qui serait tout à fait raisonnable, dans ce cas-là, la

12 totalité de son comportement devait être présentée à la Chambre pour qu'il

13 y ait un contexte et pour que l'on ne sélectionne pas des éléments isolés.

14 Simplement, je dis que si mon éminent collègue souhaite ouvrir ainsi ce

15 sujet, dans ce cas-là, il faut prendre en considération l'ensemble de la

16 déposition du témoin.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que le témoin n'a pas reçu

18 l'interprétation.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je comprends, mais je n'entends pas la

20 traduction.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui.

22 Votre objection est rejetée, Maître Lukic.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vais répondre, mais je n'ai pas tout

24 compris par rapport au contexte. Est-ce que vous pourriez m'aider ?

25 M. VASIC : [interprétation] Excusez-moi, j'ai l'impression que le témoin ne

26 reçoit pas la traduction en langue B/C/S.

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne reçois pas l'interprétation en croate.

28 Je comprends l'anglais, mais pas tout, et je préfère comprendre le tout

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1 avec précision.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je comprends cela. Est-ce que vous

3 recevez l'interprétation, à présent, de ce que je dis ? Je m'excuse de

4 cela. J'espère qu'à présent, vous pouvez l'entendre. En attendant, j'ai

5 demandé l'expurgation du nom qui avait été mentionné au compte rendu

6 d'audience.

7 M. MOORE : [interprétation] Merci beaucoup.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, Monsieur Moore.

9 M. MOORE : [interprétation]

10 Q. Madame le Témoin, je vais répéter ma question. Me Lukic vous a posé une

11 question au nom de M. Sljivancanin. Il vous a demandé, ou plutôt, il vous a

12 lu un paragraphe de la note officielle qui est devant vous; est-ce exact ?

13 R. [aucune interprétation]

14 Q. Est-ce que je peux vous poser la question suivante ? On vous a demandé

15 ce qui avait été dit par M. Sljivancanin, et je souhaite que l'on traite

16 d'un petit paragraphe de quatre lignes seulement, en anglais. Je vais vous

17 le relire pour voir si vous pouvez le suivre. "Pendant qu'il [Sljivancanin]

18 disait cela, elle s'est retournée et a vu que des personnes blessées

19 étaient portées à travers le couloir. Comme elle a reconnu certains de ses

20 patients blessés, elle a couru vers eux afin de leur parler et de demander

21 où on les emmenait, mais on lui a donné l'ordre de revenir."

22 Ceci fait partie de la note du 9 juin 1994. Voici ma question : d'après la

23 manière dont ce paragraphe a été écrit et compte tenu du fait que l'on

24 disait "pendant qu'il disait cela," vous, vous avez vu quelque chose.

25 Tout d'abord j'ai deux questions : qui vous a donné l'ordre de revenir de

26 vos patients ?

27 R. Lorsque je suis sortie dans le couloir, comme je l'ai déjà dit, j'ai vu

28 des patients qui partaient, escortés par des soldats. Les soldats m'ont dit

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1 de retourner dans la salle.

2 Q. Est-ce que je peux traiter d'une autre question, qui concerne Me Vasic

3 et les questions qu'il vous a posées au sujet de ce même document ? Puis-je

4 vous demander d'examiner ce document. En anglais, il s'agit de 27804, mais

5 il s'agit en fait d'une liste des personnes dont vous avez donné les noms

6 au cours de cet entretien. Je souhaite vous demander d'avoir l'amabilité

7 d'examiner le document intitulé MFI 345. Je vais vous dire la raison, c'est

8 que vous avez dit que vous auriez besoin de voir les dossiers de l'hôpital

9 concernant la gravité des blessures de certaines de ces personnes.

10 R. C'est exact.

11 Q. Ce que je vais essayer de faire, c'est que je vais faire référence aux

12 numéros différents. Tout d'abord, au numéro 2, Vladimir Varga. Il s'agit là

13 d'une liste expurgée de l'hôpital, liste établie à Zagreb. Je vais vous

14 demander d'examiner une page en particulier, et les numéros de pages, vous

15 pouvez les trouver au fond à droite. Si l'on examine le numéro 2, à la page

16 76, et si l'on regarde au milieu de la page -- avez-vous trouvé cela ?

17 Apparemment, c'est le nom de Varga Vladimir. S'agit-il du même Varga

18 Vladimir que celui dont vous avez parlé ? Est-ce que vous pourriez répondre

19 par oui ou non, pour le compte rendu d'audience ?

20 R. Oui.

21 Q. Peut-on examiner le numéro 4, s'il vous plaît ? Le numéro 4, peut-on

22 passer à la page 38 ? Avez-vous trouvé cela ?

23 R. Oui.

24 Q. S'agit-il du même nom que celui qui est mentionné au numéro 4, de la

25 même personne ? Si vous examinez au fond ?

26 R. Oui.

27 Q. Peut-on examiner le numéro 5, à la page 63 ? Encore une fois, nous

28 pouvons voir le fond du dossier médical. S'agit-il de la même personne ?

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1 R. Numéro ?

2 Q. Numéro 5.

3 R. C'est exact.

4 Q. Numéro 6, à la page 61; Dmitar Pucar, au milieu de la page. S'agit-il

5 de la même personne ?

6 R. C'est exact.

7 Q. Merci. A la page 52, le numéro 7, vers la fin de la page.

8 Est-ce que vous pouvez le dire à haute voix à chaque fois, car nous

9 devons utiliser le microphone.

10 R. C'est exact.

11 Q. Le numéro 11 à la page 21, s'il vous plaît ? Robert Gajda, c'est le

12 dernier tiers de la page. Est-ce la même personne ?

13 R. Oui.

14 Q. Numéro 15. Cela devrait être à la page 24.

15 R. C'est exact.

16 Q. Numéro 18, page 29. Est-ce bien la même personne ?

17 R. C'est exact.

18 Q. Le numéro 21, à la page 22 ?

19 R. C'est exact.

20 Q. Cette liste de personnes, je pense que vous avez déjà parlé de cela à

21 la Chambre, il s'agit là des personnes qui ont été blessées et qui étaient

22 dans votre département; est-ce exact ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-ce que vous pouvez confirmer que les personnes que vous avez vues

25 en train d'être emmenées par la JNA ce jour-là incluaient certaines

26 personnes figurant sur cette liste ?

27 R. Oui, je peux.

28 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire approximativement combien de ces

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1 personnes dont je viens de citer les noms vous avez vu de vos yeux en train

2 d'être emmenées le matin du 20 ?

3 R. En ce qui concerne de ma liste, il y en avait deux dont j'ai isolé les

4 noms.

5 Q. Qui étaient ces deux personnes que vous avez vues de vos propres yeux ?

6 R. Les blessés de l'hôpital.

7 Q. Excusez-moi, peut-être nous nous sommes mal compris. Vous nous avez

8 parlé d'une liste de personnes qui étaient blessées et qui étaient dans

9 votre département, et nous avons cette liste. Vous nous avez dit que vous

10 avez vu que l'on emmenait des patients le matin du 20. Je pense qu'il est

11 exact de dire que certains de ces patients que vous avez vus en train

12 d'être emmenés étaient vos patients. Ce que j'essaye de clarifier est si

13 vous avez pu reconnaître l'un quelconque des patients qui ont été emmenés

14 le 20, qu'il s'agisse des personnes dont les noms figurent dans cette liste

15 ou pas.

16 R. Oui.

17 Q. Je vous demande de nous dire approximativement, si possible, s'il

18 s'agissait de tout le monde ou de certains d'entre eux, de combien de

19 personnes approximativement ?

20 R. Je pense que ceci a déjà été dit. Je suis sûr au sujet de deux

21 personnes, car je les ai vues personnellement.

22 Q. Comment s'appellent ces deux personnes ?

23 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, je ne sais pas s'il faut

24 traiter de cela en audience publique ou à huis clos partiel, compte tenu du

25 fait que l'on mentionne la liste, le service, les patients, et cetera, même

26 les noms.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Je suppose que

28 M. Moore sait ou s'attend à ce que la réponse ne pose pas de problème.

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1 M. MOORE : [interprétation] J'espère que non.

2 Q. Est-ce que cela vous pose problème de mentionner les noms ?

3 R. Je pense que non.

4 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire les noms des deux personnes que vous

5 avez vues personnellement, personnes qui ont été emmenées ce matin-là ?

6 R. M. Milan Grejza et M. Nikica Holjevac.

7 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

8 questions en ce qui concerne ce témoin. Je demanderais que le document

9 présenté par mon éminent collègue, qui a fait l'objet d'un contre-

10 interrogatoire détaillé, soit versé au dossier. Je pense qu'il est exact de

11 dire que ceci établit un lien avec le document qui a déjà été versé au

12 dossier. Je pense qu'il s'agit de la pièce 62, mais je ne suis pas sûr du

13 numéro.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce exact, Monsieur Moore ?

15 M. MOORE : [interprétation] Je pense que oui, que le document avait été

16 marqué aux fins d'identification. Je demande qu'il soit versé au dossier.

17 Je ne m'y oppose pas. Puis, je demanderais également ou je dirais également

18 que ceci se rallie au document qui a déjà été versé au dossier; il s'agit

19 de la pièce à conviction 62, une liste écrite à la main.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce sera versé au dossier.

21 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, parle-t-on du 345, le

23 dossier bleu, ou 352, la note officielle de 1994 ?

24 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, le document auquel je

25 fais référence est la note officielle du 9 juin 1994. Excusez-moi si je

26 vous ai induit en erreur.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous avez donné une longue explication

28 et je pensais que vous souhaitiez verser le dossier bleu. Heureusement que

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1 ce n'était pas le cas, car je l'aurais refusé. Mais vous pouvez verser au

2 dossier la pièce à conviction 352. Je suppose que par précaution nous

3 pourrions placer cela sous pli scellé, c'est ce que l'officier, le

4 représentant du Greffe, propose.

5 M. MOORE : [interprétation] Ceci ne me pose pas de problèmes. Je pense

6 qu'il vaut mieux prendre cette précaution.

7 M. LE GREFFIER : [interprétation] MFI 352 deviendra la pièce 352.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Sous pli scellé.

9 M. LE GREFFIER : [interprétation] Oui.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je souhaite vous remercier d'être venu

11 à La Haye de nouveau et de nous avoir fourni une assistance supplémentaire.

12 Je vous remercie de cela et je vous indique que votre interrogatoire est

13 maintenant terminé. Vous pouvez, par conséquent, rentrer chez vous. Merci

14 beaucoup, vraiment.

15 Nous allons prendre notre première pause, et compte tenu de l'expurgation,

16 nous allons reprendre nos travaux à 11 heures.

17 --- L'audience est suspendue à 10 heures 32.

18 --- L'audience est reprise à 11 heures 10.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour, Monsieur.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vais vous demander de vous lever et

22 de prononcer la déclaration solennelle dont le texte vous est remis par Mme

23 l'Huissière.

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

25 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

26 LE TÉMOIN: SLAVOLJUB KACAREVIC [Assermenté]

27 [Le témoin répond par l'interprète]

28 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Monsieur. Veuillez vous

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1 rasseoir.

2 Monsieur Moore, je veux dire Monsieur Smith, vous avez la parole.

3 M. SMITH : [interprétation] Merci. Je pense que M. Moore est content

4 d'avoir un jour de congé. Merci, Monsieur le Président.

5 Interrogatoire principal par M. Smith :

6 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, veuillez décliner votre identité,

7 nous dire quel âge vous avez et quel est le métier que vous exercez

8 aujourd'hui ?

9 R. Je m'appelle Slavoljub Kacarevic, j'ai 49 ans et je travaille dans le

10 service de marketing d'une entreprise.

11 Q. Vous êtes installé à Belgrade ?

12 R. Oui.

13 Q. Quelle est votre date de naissance et où avez-vous fait l'école ?

14 R. Je suis né en 1956 à Belgrade et j'y ai fait mes classes, et c'est là

15 que j'ai grandi.

16 Q. Après vos classes, je pense que vous avez fait des études de

17 journalisme à l'Université de Belgrade; est-ce exact ?

18 R. Oui.

19 Q. Quand avez-vous terminé vos études à l'université, avec un diplôme de

20 journaliste ?

21 R. En 1985.

22 Q. Auparavant, pourriez-vous en quelques mots nous parler de votre

23 expérience professionnelle ? Tout d'abord, vous avez dirigé une entreprise

24 privée en 1976. Pourriez-vous nous donner des détails à ce propos ?

25 R. Je m'étais inscrit à la faculté, mais pendant environ trois ans, j'ai

26 eu une petite entreprise privée, ceci jusqu'en 1979. A ce moment-là, j'ai

27 commencé à publier mon travail dans un magazine d'étudiants de façon

28 régulière, et depuis, je suis journaliste. Je l'ai été en tout cas jusqu'à

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1 il y a deux ans. D'abord, j'ai travaillé comme journaliste dans ce magazine

2 d'étudiants, et au quotidien Politika, puis dans Intervju et dans un

3 quotidien qui s'appelle Glas Javnosti, voix de l'opinion publique.

4 Q. Vous avez donc travaillé comme journaliste. De 1979 à 1980, vous

5 travailliez pour un magazine d'étudiants.

6 R. Oui. Pendant un peu plus d'un an.

7 Q. A l'époque, vous aviez 23 ans ?

8 R. Oui. Oui, j'avais 23 ans, effectivement.

9 Q. Pourriez-vous dire en quelques mots, aux Juges, ce que vous faisiez

10 dans ce magazine, et aussi quels étaient les gens qui lisaient ce

11 magazine ?

12 R. C'était un journal nationalisé qui était publié par l'organisation

13 estudiantine de Belgrade, par l'Université de Belgrade, donc c'étaient

14 surtout les étudiants qui le lisaient. Mais l'opinion publique le lisait

15 également, parce qu'il y avait des articles exprimés par des libres

16 penseurs, à l'époque, et qu'on pouvait publier dans ce magazine.

17 Q. Donc, est-ce qu'il y avait dans ce magazine aussi une expression

18 politique, un commentaire politique ?

19 R. Oui, au départ, je n'étais pas un journaliste à proprement parler.

20 J'étais un jeune journaliste, mais après, j'ai fait partie de l'équipe de

21 rédaction. J'étais un des rédacteurs.

22 Q. Vous avez aussi travaillé pour le journal Politika. Est-ce que cela

23 s'est passé entre les années 1980 et 1989, donc pendant neuf ans à peu

24 près ?

25 R. Oui, j'ai commencé au cours de l'été 1980 et j'ai terminé mes activités

26 dans ce journal en été 1989.

27 Q. Pourriez-vous nous dire quelle est la tendance de ce journal, ce dont

28 il parlait à l'époque ?

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1 R. A l'époque, Politika, c'était le quotidien le plus prestigieux en

2 Serbie et sans doute dans toute la Yougoslavie. C'était donc un quotidien

3 qui parlait de politique, mais qui abordait d'autres sujets qui pouvaient

4 intéresser la famille. Il y avait des sujets comme le sport, la culture,

5 mais le thème dominant, c'était la politique, et c'était le journal qui, à

6 l'époque, en Serbie, avait le plus d'influence.

7 Q. Quelles étaient vos fonctions précises dans ces années-là, dans ce

8 journal ?

9 R. D'abord, je me suis occupé de l'éditorial consacré à la ville, ce qu'on

10 appelait la rubrique de l'intérieur, et de temps en temps, je remplaçais le

11 rédacteur attitré à cette rubrique.

12 Q. De 1989 à 1995, est-ce que vous avez travaillé pour un magazine qui

13 s'appelait Intervju ?

14 R. Oui, à partir de 1989 jusqu'en 1995.

15 Q. Ce magazine, Intervju, de quoi parlait-il et quel était son lectorat ?

16 R. C'était un magazine qui était publié toutes les deux semaines, qui

17 reprenait des entretiens avec diverses personnalités. Les rédacteurs

18 présentaient les éléments qui étaient les plus intéressants. Il y avait ce

19 genre d'interviews. Mais mis à part les interviews, il y avait des

20 commentaires, des analyses qui s'intéressaient surtout à l'aspect

21 historique et politique, mais de temps à autre, étaient publiés d'autres

22 articles par rapport à la mode, aux sports. A l'époque, ce magazine était

23 un des magazines au tirage le plus important.

24 Q. Quel poste avez-vous occupé au sein de ce magazine ?

25 R. Au début, j'étais stagiaire ou pigiste, et j'ai été l'adjoint du

26 rédacteur en chef. Après cela, je suis redevenu journaliste.

27 Q. En 1991, vous étiez journaliste dans ce magazine ?

28 R. Cette année-là, oui, j'ai travaillé comme journaliste.

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1 Q. Vous avez quitté ce magazine, Intervju, en 1995, et qu'est-ce que vous

2 avez fait après cela ? Pendant combien de temps avez-vous travaillé dans

3 cet autre emploi avant de commencer à travailler pour ce quotidien qui

4 s'appelle Glas Javnosti ?

5 R. J'ai travaillé dans une imprimerie qui imprimait les journaux. J'en ai

6 été le directeur pendant quatre ans, jusqu'en 1999. A partir de 1999,

7 j'étais le rédacteur à Glas Javnosti, et à partir de 1994, j'ai été

8 rédacteur en chef.

9 Q. Cette imprimerie où vous avez travaillé, est-ce qu'elle s'appelait ABC

10 Graphic ?

11 R. Oui.

12 Q. Ce quotidien, Glas Javnosti, qu'est-ce que c'est, comme journal ?

13 R. Lorsque j'y ai travaillé, c'était un quotidien abordant des sujets

14 généraux, coutumiers ou caractéristiques d'un journal destiné à la famille.

15 La politique était l'un des grands sujets, vu les circonstances qui

16 prévalaient dans ce pays à l'époque, mais vous y trouviez aussi les sujets

17 habituels qu'on trouve dans ce genre de quotidien sur la culture,

18 notamment.

19 Q. Il y a peut-être une petite erreur au niveau du compte rendu

20 d'audience, mais faisons la lumière sur ceci. C'est seulement en 1999 que

21 vous avez commencé à travailler à Glas Javnosti, n'est-ce pas ?

22 R. Oui.

23 Q. A partir de 2004, vous avez commencé à travailler là où vous travaillez

24 encore aujourd'hui comme chef du service marketing, dans cette entreprise

25 de techniques de l'information ?

26 R. Oui.

27 Q. Lorsqu'en 1991 vous travailliez pour le magazine Intervju, est-ce que

28 vous avez décidé d'aller à Vukovar le 24 novembre 1991 ?

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1 R. Oui. J'ai pris cette décision parce que les combats s'étaient arrêtés

2 autour de Vukovar, et notre comité de rédaction a décidé d'essayer d'aller

3 interviewer des gens qui, à notre avis, avaient joué un rôle important dans

4 ce qui semblait s'être passé à Vukovar. Nous voulions surtout parler au

5 commandant Sljivancanin, étant donné que plusieurs jours auparavant, on

6 l'avait vu passer sur tous les écrans de télévision, en tout cas, sur

7 beaucoup d'écrans. On le voyait dans des émissions, ou on le voyait en

8 train de se disputer avec un représentant de la Croix-Rouge, et ces images

9 télévisées ont fait de lui l'officier le plus connu de ce qui était alors

10 la JNA. Nous avons dès lors décidé de chercher à l'interviewer.

11 Q. Avant d'arriver ce jour-là à Vukovar, est-ce que vous aviez pris des

12 dispositions avec le commandant Sljivancanin en vue de l'interviewer ?

13 R. Non. C'était impossible de le contacter, de prendre rendez-vous. La

14 chose qu'il nous a été possible de faire, c'est d'établir un contact par

15 l'intermédiaire d'un journaliste qui s'était déjà trouvé à Vukovar et avait

16 écrit des articles pour notre magazine. On a pu organiser -- que quelqu'un

17 nous fasse traverser Vukovar et prenne contact avec le commandant

18 Sljivancanin en vue d'une interview.

19 Q. Comment êtes-vous allé à Vukovar ? Qui a fait ce voyage avec vous ?

20 R. Nous sommes partis en voiture. C'était la voiture d'un de nos

21 journalistes, un journaliste qui avait déjà été à Vukovar. Nous étions

22 quatre. Nous étions trois journalistes et un photographe de presse.

23 A l'entrée de Vukovar, nous avons rencontré un des volontaires qui

24 avait passé beaucoup de temps à Vukovar. L'idée, c'était qu'il allait nous

25 rencontrer à cet endroit pour nous montrer Vukovar. Au vu des informations

26 que nous avions réunies au préalable, nous nous étions dit qu'il serait

27 difficile d'entrer dans la ville, parce que la ville était en ruine et

28 parce que l'armée n'allait pas permettre à des civils, donc aussi, à des

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1 journalistes, de se déplacer dans la ville.

2 Q. Merci. Vous avez passé combien de temps ce jour-là, le 24 novembre, à

3 Vukovar ?

4 R. Nous sommes arrivés le matin, l'avant-midi, et nous sommes restés

5 jusqu'à peu près 5 heures de l'après-midi, pas plus.

6 Q. Pendant votre séjour à Vukovar, vous n'avez pas pu parler avec le

7 commandant Sljivancanin; est-ce exact ?

8 R. Effectivement. Ce jour-là, nous n'avons pas pu lui parler, pas à

9 Vukovar, plutôt, mais nous avons pu lui parler dans la soirée à Belgrade.

10 Q. Vous avez mené cette interview avec lui ce soir-là, interview qui a été

11 publiée quelques jours plus tard dans le magazine; est-ce exact ?

12 R. Oui.

13 Q. Ce jour-là, quand vous étiez à Vukovar, vous avez interviewé quelqu'un

14 d'autre; est-ce exact ?

15 R. Oui. Ce jour-là, j'ai interviewé le capitaine Radic à Vukovar.

16 Q. Est-il exact de dire que cette interview a été publiée dans le même

17 numéro de votre magazine Intervju, donc le même numéro que celui qui a

18 repris l'interview avec le commandant Sljivancanin quelques jours plus

19 tard ?

20 R. C'est exact. Les deux interviews ont été publiées dans le même numéro.

21 Q. Je vais maintenant vous poser quelques questions de détails sur la

22 façon dont ces interviews ont été menées. Auparavant, cependant, pourriez-

23 vous dire aux Juges ce que vous avez fait, une fois que vous êtes arrivé ce

24 jour-là à Vukovar, depuis le moment de votre arrivée jusqu'à votre départ,

25 afin que nous ayons une idée générale du contexte. Prenez le temps qu'il

26 vous faut.

27 R. Nous sommes arrivés le matin à Vukovar. Aux abords de la ville, nous

28 avons rencontré ce volontaire qui a conduit notre voiture, et en suivant

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1 l'itinéraire qu'il connaissait, il nous a emmenés au centre de Vukovar.

2 Nous lui avons demandé d'arriver au centre même, parce que nous pensions

3 que c'était sans doute la zone la plus intéressante, celle qui se trouvait

4 autour de l'hôpital de Vukovar. On connaissait bien cette zone parce qu'il

5 y avait eu beaucoup de reportages sur cette partie.

6 Il nous a emmenés à proximité de l'hôpital. Nous n'avons pas osé nous

7 approcher de l'hôpital même, parce que de l'avis de cet homme, il y avait

8 des soldats qui allaient nous empêcher de voir l'hôpital. Il pensait que ce

9 ne serait pas bon qu'ils nous voient, qu'il était sans doute préférable de

10 sortir du véhicule et d'inspecter les environs.

11 Nous étions à proximité de l'hôpital. Nous avions garé notre voiture et

12 nous étions à peine sortis de la voiture qu'un groupe d'officiers est

13 arrivé dans une voiture qui s'est arrêtée tout près de nous. Ils ont été

14 très surpris de voir que nous étions là en tant que journalistes, en tant

15 que civils. Ils nous ont demandé de déguerpir aussitôt. Ils nous ont

16 expliqué notamment que c'était une zone dangereuse pour nous parce qu'on

17 essayait encore de déminer ce terrain, et ils ne voulaient pas prendre de

18 responsabilité s'il nous arrivait quelque chose.

19 Quand même, nous avons réussi à nous mettre d'accord pour que nous

20 puissions rester un peu en promettant de ne pas nous éloigner de l'endroit

21 où ils nous avaient trouvés et nous avons dit que nous allions bientôt

22 quitter Vukovar. Nous avons donc pu avoir un certain temps pour voir les

23 abords de l'hôpital.

24 De l'autre côté de l'endroit où nous étions, nous avons vu une scène

25 terrifiante. Il y avait une cour, il y avait des hommes en uniforme qui se

26 trouvaient là et ils enlevaient des cadavres. Ils nous ont dit que c'était

27 là l'infirmerie de l'hôpital. Dans la cour de cette infirmerie, il y avait

28 plusieurs dizaines de cadavres. Nous avons pris des photos, photos qui ont

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1 été publiées dans ce même numéro de notre magazine, numéro où vous aviez

2 aussi les interviews avec ces officiers. Nous avons fait une petite visite,

3 après quoi nous nous sommes éloignés de cet endroit.

4 Radak, notre guide, nous a fait cette proposition d'aller voir d'autres

5 parties de Vukovar. Nous sommes allés vers une colline, une maison qui se

6 trouvait sur une colline un peu excentrée par rapport au centre de Vukovar,

7 et ils nous ont dit que cela avait été le QG de la Défense territoriale,

8 c'est là que s'étaient trouvés les commandants de la Défense territoriale.

9 La maison était à moitié détruite; pourtant, il y avait encore plusieurs

10 personnes qui se trouvaient à l'intérieur. On nous a présentés. Nous, nous

11 avons expliqué la raison de notre présence et nous leur avons demandé de

12 nous aider à contacter des représentants de l'armée afin de pouvoir parler

13 au commandant Sljivancanin. Cependant, ce n'était pas possible. Ils n'ont

14 pas réussi à le trouver. Ils nous ont dit qu'il serait peut-être bien de

15 parler avec le capitaine Radic, qui était lui aussi un officier de la JNA,

16 ils l'attendaient dans cette maison. Ils l'attendaient à chaque matin, mais

17 à un moment donné, ils ne savaient plus s'il allait venir ni quand il

18 allait venir. Donc, j'ai décidé d'attendre là-bas pour voir si ce capitaine

19 allait venir pour essayer de l'interviewer.

20 Effectivement, au bout d'un certain temps, ce capitaine, le capitaine

21 Radic est arrivé. Je me suis présenté et je lui ai proposé de lui poser

22 quelques questions au sujet de ce qui se passait à Vukovar et quelles

23 étaient ses impressions. Au début il a refusé, mais finalement il a

24 accepté. Il a fini par l'accepter et dans la cuisine de cette maison, nous

25 avons eu cette interview, cet entretien, et le contenu de cet entretien a

26 été publié dans le numéro Intervju qui allait être publié après.

27 Mes collègues et d'autres personnes, qui étaient là autour de nous,

28 m'ont dit qu'ils ont réussi à parler avec le représentant de l'armée. Ils

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1 m'ont dit qu'on leur a promis qu'on pouvait essayer de parler avec le

2 commandant Sljivancanin, mais pas à Vukovar même, mais peut-être à Belgrade

3 après le retrait de l'armée de Vukovar, et c'était prévu justement pour ce

4 jour-là et qui était en cours en réalité.

5 Nous nous sommes dirigés vers Belgrade. Nous sommes arrivés à Belgrade au

6 cours de la soirée. Nous avons appelé les numéros de téléphone qu'on nous a

7 donnés, et nous avons pu parler avec le commandant Sljivancanin. Il nous a

8 reçus vers 10 heures du soir dans le bureau de la brigade de la Garde. Nous

9 avons pu effectuer cette interview qui a été publiée quelques jours plus

10 tard dans le numéro suivant de ce magazine.

11 Q. Merci. Il y a juste un point que je voudrais éclaircir : dans la

12 déclaration préalable que vous avez fournie au bureau du Procureur en 1993

13 [comme interprété], vous avez dit que vous avez vu le commandant

14 Sljivancanin à Vukovar. Est-ce exact, oui ou non ? Parce que d'après ce que

15 vous venez de dire, vous ne l'avez pas vu pendant que vous étiez à Vukovar.

16 Vous ne l'avez vu que plus tard.

17 R. J'ai rencontré le commandant le 24 au soir, lors de cette interview.

18 Avant cela, je ne l'ai pas vu. Je n'ai pas fait sa connaissance. Cependant,

19 je l'ai vu dans des émissions de télévision au cours de quelques jours

20 précédents. On a vu à plusieurs reprises le commandant Sljivancanin dans

21 les cadres de reportages, mais je me souviens bien de cela. Mais c'est vrai

22 que je ne l'ai vu pour la première fois, je ne l'ai rencontré que le 24

23 novembre dans la soirée à Belgrade.

24 Q. Est-ce que vous pourriez nous dire dans quel contexte vous l'avez vu à

25 la télévision avant de le rencontrer ? Dans quel cadre ?

26 R. C'était une émission filmée devant l'hôpital de Vukovar ou tout près de

27 l'hôpital. Le commandant Sljivancanin discutait avec un représentant de la

28 Croix-Rouge en lui expliquant que c'était lui qui prenait les décisions là-

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1 bas, que les organisations internationales, la Croix-Rouge, et cetera, ne

2 pouvaient pas décider à sa place ce qu'on allait faire, comment, et cetera.

3 C'est à peu près ce qu'on disait dans cette émission.

4 Q. Merci. Nous allons peut-être parler de quelques moments de cette

5 journée à Vukovar. Vous avez dit que le chauffeur vous a fait faire un tour

6 de Vukovar, ensuite il vous a emmené au QG de la Défense territoriale. Vous

7 avez dit qu'il se nommait Radak, n'est-ce pas ?

8 R. Oui. Sasa Radak.

9 Q. Vous a-t-il dit quel était son surnom ?

10 R. Oui. C'était soit Cetinje, soit Cetina, son surnom.

11 Q. Pourriez-vous le décrire ? Etait-ce un civil, un militaire ? Il

12 appartenait à quel groupe éventuellement ?

13 R. Si mes souvenirs sont bons, j'avais l'impression qu'il ne faisait pas

14 partie de l'armée régulière parce qu'il était barbu. Il n'était pas bien

15 propre sur lui. Enfin, il n'avait pas vraiment les cheveux rangés, et

16 cetera. Lui-même, il m'a dit d'ailleurs, je pense, qu'il était volontaire,

17 qu'il était venu à Vukovar pour cela.

18 Q. Est-ce qu'il vous a dit quelle était l'unité dont il faisait partie ?

19 Le cas échéant, quelle était cette unité ?

20 R. Non, je ne pense pas qu'il ne l'a pas dit. Je n'ai pas vraiment

21 beaucoup parlé avec lui, mais un collègue à moi, qui était avec moi sur

22 place, a fait une interview de cette personne. Il l'a interviewée et il a

23 dit qu'il faisait partie d'une unité que l'on appelait le peloton de la

24 mort.

25 Q. Quand vous êtes arrivé au QG de la Défense territoriale, vous avez dit

26 qu'il y avait des gens à l'intérieur. Pourriez-vous les décrire ? Est-ce

27 qu'il y avait quoi que ce soit à voir avec les militaires ? Est-ce qu'il y

28 avait des liens entre ces gens-là et les militaires ?

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1 R. Bien que je sache, ce n'était que des civils qui avaient quelques

2 morceaux d'uniformes militaires. Je suppose qu'ils étaient peut-être

3 membres de la Défense territoriale de Vukovar, mais ils ne faisaient pas

4 partie de l'armée régulière; cela, j'en suis sûr.

5 Q. Vous êtes resté pendant combien de temps au QG avant que le capitaine

6 Radic ne vienne ?

7 R. Une heure, pas plus.

8 Q. Avant qu'il n'arrive, est-ce qu'il y avait des gens qui faisaient

9 partie de la Défense territoriale ou au sujet duquel vous pensez qu'ils

10 faisaient éventuellement partie de la Défense territoriale, est-ce qu'ils

11 vous ont parlé du capitaine Radic ? Et le cas échéant, qu'est-ce qu'ils ont

12 dit ?

13 R. Je ne me souviens pas de ce qu'ils ont dit exactement. Mais j'avais

14 quand même l'impression qu'il était fort apprécié par l'armée, que c'était

15 vraiment une personne qu'il fallait interviewer, qu'il fallait publier

16 cette interview ou qu'il fallait parler de son expérience, de ce qu'il a à

17 dire. C'est pour cela justement que nous avons décidé de l'interviewer.

18 Q. Quand il est arrivé au QG, que s'est-il passé avant le début de

19 l'interview ?

20 R. Il a salué un certain nombre de personnes qui se trouvaient là-bas, et

21 puisque l'armée partait ce jour-là, il était venu justement pour saluer les

22 membres de la Défense territoriale. Après cela, je me suis présenté et je

23 lui ai demandé de m'accorder une interview.

24 Q. Vous vous êtes présenté. Vous avez donné probablement votre nom et le

25 nom de la publication pour laquelle vous travaillez.

26 R. Oui, bien sûr.

27 Q. Je pense que vous avez dit qu'il hésitait à vous accorder cette

28 interview, mais que finalement il a accepté, il a accepté de le faire ?

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1 R. C'est exact. Au début, il a refusé. Les gens qui étaient là ont insisté

2 et nous avons réussi à le convaincre de faire cette interview. Il a dit

3 qu'il avait du travail, qu'il fallait évacuer l'armée, et comme nous lui

4 avons promis que cela n'allait pas durer longtemps, il a accepté.

5 Q. Vous l'avez peut-être déjà dit, mais pourriez-vous le répéter, s'il

6 vous plaît. Où exactement dans la maison vous avez fait cette interview ?

7 R. Si mes souvenirs sont exacts, c'était quelque part dans la cuisine.

8 Q. Qui était là, à part vous-même et le capitaine Radic ?

9 R. Nous étions tous les deux, en général. De temps en temps, quelqu'un

10 entrait et sortaient, mais nous étions seuls pour la plupart du temps, ce

11 qui nous a permis de terminer cette interview assez rapidement.

12 Q. Maintenant, je vais vous poser quelques questions au sujet de la façon

13 dont vous avez enregistré cette interview, et ensuite nous allons parler du

14 contenu. Est-ce que vous avez pris des notes pendant l'interview ?

15 R. Oui.

16 Q. Comment les avez-vous prises ?

17 R. Je posais des questions et je notais les réponses dans mon bloc-notes à

18 la main.

19 Q. Quand est-ce que vous les avez dactylographiées ou est-ce que quelqu'un

20 d'autre l'a fait pour vous ?

21 R. Je pense que nous l'avons fait le lendemain. Puisqu'il s'agissait de

22 mes notes, c'est moi qui les ai retapées, puisque je les comprenais le

23 mieux. Je pense que nous l'avons fait le lendemain, lundi.

24 Q. Cette interview a été publiée plus tard au cours de la semaine, n'est-

25 ce pas ?

26 R. Oui, c'est exact.

27 Q. Est-ce que cette interview a été véridique, enfin, correspondait à ce

28 que le capitaine Radic vous avait dit ?

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1 R. Je pense que oui. Oui, je pense que oui.

2 Q. Je voudrais vous donner une photocopie de cette interview qui a été

3 publiée dans cette publication. C'est Mme l'Huissière qui va vous le

4 donner. Il s'agit d'un document qui comporte le numéro 36, en vertu de

5 l'article 65 ter. Le numéro en B/C/S c'est 0119-2172 allant jusqu'au numéro

6 73. En anglais, il s'agit du numéro 0059-3899 [comme interprété].

7 Je vais vous poser un certain nombre de questions. Le document, est-ce bien

8 l'interview qui a été publiée, l'interview du capitaine Radic ?

9 R. Oui. Oui.

10 Q. Dans cette interview vous avez demandé au capitaine Radic : "A quoi

11 ressemblaient les combats auxquels vous avez participé ?"

12 Il a dit : "J'ai perdu trois chars le premier jour. Il y en a un qui

13 a été brûlé complètement, les deux autres ont été endommagés, mais ils ont

14 pu être réparés, pourtant."

15 Est-ce que vous pouvez voir cela ?

16 R. Oui.

17 Q. Est-ce que vous avez vu des chars brûlés près du QG de la Défense

18 territoriale quand vous êtes arrivé ?

19 R. Oui, nous les avons vus. On nous a dit que ces chars ont été mis hors

20 service lors de l'action.

21 Q. Je ne vais pas vous demander de nous donner lecture de l'interview,

22 mais je vais encore soulever quelques points avec vous.

23 Vous lui avez demandé qui étaient ses soldats ?

24 Il a répondu qu'ils étaient ces gens dont il était le commandant.

25 Est-ce que vous avez ce paragraphe ?

26 R. La question : "Qui étaient vos soldats ?"

27 La réponse : "A un moment donné dans la compagnie, dans ma compagnie,

28 il y avait à peu près 500 personnes appartenant à différents groupes

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1 ethniques et ayant des différentes convictions politiques. Il y avait des

2 soldats d'active, des volontaires ou des soldats de la réserve, des

3 Chetniks et des volontaires serbes. Il a fallu que je les unisse tous sous

4 un même commandement pour assurer le succès. Nous avons pu aboutir à cela

5 grâce à un travail assidu jour et nuit. Il est arrivé que les commandants

6 viennent me voir à une heure ou deux heures du matin demandant de l'aide.

7 Si un officier supérieur n'aide pas ses hommes dans une telle situation, il

8 perd toute son autorité. Je me sentais responsable, et je devais le faire

9 aussi bien pour eux que pour moi-même."

10 Q. Vous lui avez demandé, dans la prochaine ligne, la prochaine question,

11 vous lui demandez : "Quand vous analysez le cours qu'a pris la bataille de

12 Vukovar, il semble que la ligne de confrontation n'a pas bougé pendant des

13 semaines. Que s'est-il passé exactement quand Vukovar est tombée ?"

14 Et il répond dans différentes questions. A peu près à la moitié du

15 paragraphe, il commence à parler du commandement, de l'exercice de

16 commandement sur différents groupes qui étaient placés sous sa

17 responsabilité. J'ai souligné ce paragraphe. Pourriez-vous le lire, s'il

18 vous plaît ?

19 R. "A ce moment-là, j'ai dit de façon très claire à tous les soldats,

20 réservistes, volontaires et membres de la TO de Vukovar de quelle façon ils

21 peuvent se battre. Eux, les réservistes et les soldats d'active qui étaient

22 venus avec moi de Belgrade, parce que le sort en a décidé ainsi, et il

23 fallait qu'ils restent avec moi pour se battre parce que c'était la

24 circonstance qui était au-delà de leur contrôle. Je n'ai pas laissé aux

25 membres de la TO la possibilité de décider s'ils souhaitaient se battre ou

26 non. C'étaient leurs villes et ils devaient se battre. Les volontaires qui

27 étaient venus de la Serbie et du Monténégro dans le feu de la guerre, il y

28 en avait parmi eux qui étaient des pilleurs, des voleurs. Il y en a qui

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1 voulaient tout simplement agir en tant que patriotes, mais ils ont compris

2 que ce n'était pas leur guerre et ils voulaient rentrer chez eux. C'est

3 pour cela que je leur ai laissé le choix. Ceux qui voulaient travailler

4 avec moi, rester avec moi, il fallait qu'ils me respectent et qu'ils

5 acceptent mes règles de jeu, et ceux qui ne voulaient pas rester pouvaient

6 partir sans toute explication."

7 Q. Ensuite, vous lui dites, vous lui posez la question : "Aujourd'hui, en

8 quittant Vukovar, quelle est la leçon la plus importante que vous ayez

9 appris au cours de combats ?"

10 Est-ce que vous pourriez nous lire les deux premiers paragraphes ?

11 R. "Ceux qui ne savent pas ce qu'est guerre, ils doivent venir à Vukovar

12 pour voir combien il a fallu d'efforts, combien il a fallu de destruction

13 en l'espace de deux mois. Vukovar, en l'espace de deux mois, est devenue

14 une ville fantôme. Avant, je n'avais jamais eu la possibilité de voir un

15 homme tué, et ici, à Vukovar, je suis devenu un homme de pierre. Pour moi,

16 je ne vois 100, 200, 500 morts, ou un hommeÖ Je veux dire, celui qui a

17 survécu la guerre à Vukovar ne peut pas quitter Vukovar la conscience

18 claire, mais il ne peut pas rester dans le même état d'esprit. Les gens

19 vont avoir des traumatismes psychologiques très, très difficiles qui vont

20 les hanter pendant longtemps encore. A l'époque, je ne pouvais même pas

21 voir un animal tué, et maintenant, je me suis habitué à tout."

22 Q. Nous en avons terminé de cette interview.

23 M. SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, je voudrais demander le

24 versement au dossier de cette interview. Les numéros ERN, je les ai lus à

25 haute voix, j'ai lu aussi le numéro en B/C/S de ces numéros. Il s'agit d'un

26 document qui porte la cote 36, versé en vertu de l'article 65 ter.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce document sera admis.

28 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, ce document

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1 portera la cote 353.

2 M. SMITH : [interprétation] Je vous remercie.

3 Q. Monsieur le Témoin, cette interview a duré combien de temps à peu

4 près ?

5 R. A peu près une demi-heure. Je ne me souviens pas exactement, mais une

6 demi-heure au maximum.

7 Q. Après la fin de l'interview, vous êtes restés combien de temps au QG

8 avant de partir ?

9 R. Nous ne sommes pas restés longtemps. Après, nous nous sommes préparés

10 pour partir. Je pense que nous sommes partis très rapidement après cela.

11 Q. Le capitaine Radic était-il toujours là au moment où vous êtes parti ou

12 est-ce qu'il est parti plus tôt ?

13 R. Je n'en suis pas sûr. Je pense qu'il est parti plus tôt.

14 Q. Aussi, un autre article a été publié à Intervju, en plus de l'interview

15 de Sljivancanin, du capitaine Radic et Sasa Radak. Il y avait un article au

16 sujet d'un soldat de Vukovar, Spasoje Petkovic. Est-ce que vous l'avez

17 rencontré ce jour-là ?

18 R. Je ne l'ai pas rencontré. Ce n'est pas moi qui ai parlé avec lui. Si

19 mes souvenirs sont exacts, c'est un de mes collègues qui a parlé avec lui,

20 simultanément à mon entretien avec le capitaine Radic. Je ne sais pas si

21 ceci a été fait devant la maison où j'ai été avec Radic ou à proximité de

22 la maison, mais cela a eu lieu à peu près en même temps.

23 Q. Avez-vous vu Petkovic ce jour-là ou est-ce qu'il s'agit uniquement des

24 informations transmises par votre collègue, d'après ce qu'il vous a dit ?

25 R. Je ne suis pas sûr l'avoir vu ce jour-là, peut-être que je l'ai vu plus

26 tard. Ensuite, il venait de temps en temps dans notre rédaction, quand il

27 n'était plus soldat. Je dirais même que je l'ai vu à Vukovar, mais je n'en

28 suis pas sûr.

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1 Q. De toute façon, vous avez été informé par votre collègue de cette

2 interview, l'interview qu'il a faite avec Petkovic, et cela a eu lieu,

3 donc, au niveau du même QG.

4 R. Oui, c'était simultanément, une interview qui a eu lieu simultanément à

5 mon entretien avec Radic.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Borovic.

7 M. BOROVIC : [interprétation] Peut-être que j'ai pris un peu de retard pour

8 réagir, mais il n'a pas dit que cet entretien a eu lieu dans le QG, il a

9 dit que c'était à proximité du QG. Je voudrais demander à Me Smith de faire

10 plus attention et d'être plus précis dans ses questions.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

12 M. SMITH : [interprétation] Oui, effectivement, c'est exact, c'est exact.

13 Mon éminent a eu tout à fait raison de me corriger. Le témoin a dit que

14 cette interview a eu lieu quelque part à proximité, à l'intérieur ou à

15 l'extérieur, peu importe.

16 Q. Monsieur le Témoin, quand vous êtes revenu à Belgrade, vous avez dit

17 que vous avez interviewé le commandant Sljivancanin; c'est exact ?

18 R. Oui, ce soir-là, de notre retour à Belgrade de Vukovar.

19 Q. Vous l'avez interviewé où, à quel endroit ?

20 R. Au commandement de la Brigade de la Garde, dans un des bureaux de ce

21 commandement. Je pense que c'était le bureau du commandant Sljivancanin.

22 Q. Est-ce que vous avez enregistré l'interview de la même façon que vous

23 avez enregistré l'interview avec le capitaine Radic ou est-ce que vous avez

24 procédé différemment cette fois-ci ?

25 R. Il est sûr que j'ai pris des notes, mais je pense que cette interview a

26 été aussi enregistrée, mais je n'en suis pas sûr.

27 Q. Lorsque vous dites "nous", est-ce que quelqu'un d'autre a assisté à cet

28 entretien, mis à part vous-même ?

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1 R. Oui, il y avait un collègue, et il y avait un photographe, aussi. On

2 était au total trois.

3 Q. Quand est-ce que les notes prises lors de l'entretien ont été

4 dactylographiées ?

5 R. Le lendemain, lundi.

6 Q. Et l'interview qui était publiée dans la revue Intervju le 29 novembre

7 1991, est-ce que ceci reflète de manière exacte les réponses de M.

8 Sljivancanin à vos questions ?

9 R. J'espère que oui, car nous essayons de transmettre de manière exacte ce

10 qui a été dit, et je pense que ceci reflète de manière exacte ce qu'il

11 avait dit.

12 Q. Est-ce qu'il est exact de dire que vous avez rencontré le commandant

13 Sljivancanin à plusieurs reprises après cet entretien, au cours des 15

14 dernières années ?

15 R. Oui.

16 Q. Combien de fois l'avez-vous rencontré, approximativement, et dans quel

17 contexte ?

18 R. Environ dix fois dans des circonstances différentes. Parfois, c'était

19 parce que nous nous adressions au commandant Sljivancanin en tant que

20 rédaction afin d'obtenir certaines informations. Parmi les informations les

21 plus intéressantes qu'il a fournies à la rédaction ou les points les plus

22 importants, c'est qu'il nous a permis de nous rendre au Palais Blanc. Je ne

23 sais pas exactement en quelle année, mais jusqu'à ce moment-là, c'était un

24 immeuble résidentiel qui n'était pas ouvert au public, alors que celui-ci

25 s'y intéressait fortement. Grâce au commandant Sljivancanin, nous avons pu

26 nous rendre sur place et montrer au public à quoi le Palais Blanc

27 ressemblait de l'intérieur. C'était la résidence présidentielle. Parfois,

28 on se rencontrait sans raison particulière, simplement afin de se saluer.

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1 Q. Est-ce qu'il est exact de dire que le rapport que vous avez établi avec

2 le commandant Sljivancanin lors de cette interview a été suivi d'une bonne

3 coopération entre vous deux ?

4 R. Oui, je pense que oui.

5 Q. Peut-être nous pourrions maintenant examiner brièvement, le fond de

6 certaines des réponses fournies par le commandant Sljivancanin. Nous

7 n'allons pas lire l'interview, mais je souhaite que l'on se penche sur

8 certaines parties.

9 Je fais référence, pour compte rendu d'audience, au numéro 36 sur la

10 liste 65 ter, et en anglais, il s'agit de 0059-3890 à 95 le B/C/S c'est

11 0119-2169 jusqu'à 71, à la fin.

12 Si vous avez terminé l'intercalaire 2, Monsieur le Témoin, vous allez

13 voir la transcription de votre interview avec le commandant Sljivancanin.

14 Et je viens d'être informé du fait que la version en anglais de

15 l'interview existe en Sanction, alors que le témoin dispose de la version

16 en B/C/S.

17 Est-ce que vous avez un exemplaire de l'interview dans votre langue

18 devant vous ?

19 R. Oui.

20 Q. Avant d'aborder la première question, après l'introduction et

21 l'interview, vous dites qu'au cours des combats à Vukovar, le dernier jour

22 était le plus difficile pour vous. Pourquoi ? Est-ce que vous voyez cette

23 question ?

24 R. Oui, je vois.

25 Q. Est-ce que vous pourriez nous lire la partie surlignée qui vient

26 immédiatement après cette question ?

27 R. "Je vais dire d'abord une autre chose. Il y avait de tels héros entre

28 les soldats à Vukovar, des jeunes garçons de 18 ans que j'admirais, et je

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1 suis fier de souligner que parmi eux, il y avait des Madédoniens, des

2 Croates, des Musulmans, des gens toutes origines ethniques. C'était une

3 guerre qui était une expérience nouvelle, à la fois pour moi et mes

4 soldats. Pendant que l'on menait la guerre, on réfléchissait à ce que l'on

5 devait faire au cours de la journée et de la nuit.

6 "Parfois pendant la nuit, après avoir confié les tâches, je conduisais avec

7 mon chauffeur. Au début, c'était le Feu Slobodan Popovic, et plus tard,

8 Rajko Tomic. On avait une carte de Vukovar et on savait exactement qui

9 était dans quelle maison à tout moment. On traversait les champs et on

10 passait la plupart du temps là ou se déroulaient les combats principaux.

11 Nous allions même à nos postes d'observation pour voir les officiers qui

12 nous aidaient, afin d'ajuster la distance jusqu'aux cibles pendant le

13 pilonnage.

14 "En journée, on tuait tous les Oustachi que l'on rencontrait sur notre

15 chemin. Vous savez, nous n'avions pas d'autre choix. Ils tiraient sur nous

16 et on ripostait, et que le meilleur gagne. C'était la guerre, après tout."

17 Q. Merci. Est-ce que vous pouvez voir la réponse qui vient un peu plus

18 loin dans l'interview, lorsque vous lui posez la question suivante : "Que

19 souhaitait exactement le représentant de la Croix-Rouge internationale de

20 vous ?"

21 Vous aviez déjà parlé de cette séquence vidéo que vous aviez vue

22 avant d'être allé à Vukovar et vous lui avez posé des questions à ce sujet.

23 Mais en particulier, qu'est-ce qu'il vous a répondu en réponse à cette

24 question, la question suivante : "Qu'a souhaité exactement le représentant

25 de la Croix-Rouge internationale ?"

26 R. Oui. On souhaitait clarifier ces séquences infâmes, et il a dit ses

27 plans, car il devait attendre pendant longtemps. Moi aussi, je devais

28 attendre longtemps, et je devais mener les combats. Si je dois attendre,

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1 toi tu dois attendre aussi, et si nécessaire, jusqu'au lendemain.

2 Probablement, tout ceci était un coup monté.

3 Q. Cela, c'est la dernière partie du paragraphe, mais je pense que pour le

4 moment, nous pouvons laisser de côté la partie précédente.

5 Je souhaite vous poser une autre question, une dernière question au

6 sujet de cette interview. Dans la question suivante, après cette réponse,

7 vous lui avez demandé : "Est-ce que vous étiez au courant de l'accord

8 secret passé entre les autorités croates et la Croix-Rouge

9 internationale ?"

10 Et il explique, il répond à cela. Mais j'ai surligné certaines

11 parties qui se trouvent à la fin de cette réponse, et veuillez les lire à

12 la Chambre, s'il vous plaît.

13 R. "Quelles que soient leurs discussions, je faisais mon travail, tout

14 comme mes soldats et mes officiers. Nous essayions d'assister chaque

15 citoyen en danger et d'effectuer toutes nos tâches de manière précise, même

16 si nous avions perdu beaucoup de soldats, d'officiers et de volontaires.

17 Aucun des soldats de la Défense territoriale placés sous mon commandement

18 n'a essayé de se venger sur les autres. Ils ont fait preuve de beaucoup de

19 dignité, d'héroïsme et de chevalerie. Cela, c'était une chose capitale.

20 Lorsque mon caporal Popovic a été tué, je sentais qu'il fallait que je tue

21 un millier d'Oustachi afin de venger la mort de cette jeune personne. Il a

22 été tué alors qu'il n'était coupable de rien, car en tant que caporal de ce

23 pays, il ne pouvait pas se déplacer librement à travers le pays, et on lui

24 a tiré dessus. Cependant, lorsque j'ai vu tous ces prisonniers par la

25 suite, je n'ai même pas eu l'idée de les tuer tous."

26 Q. Merci. Après que cette interview a été terminée et lorsque vous avez

27 revu Sljivancanin par la suite, puisque vos relations se sont développées,

28 est-ce qu'il ne s'est jamais plaint au sujet de l'interview qui avait été

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1 publiée ? Est-ce qu'il n'a jamais dit que ceci était inexact ?

2 R. Pour autant que je le sache, non.

3 Q. Après votre interview avec le capitaine Radic, est-ce que vous ne

4 l'avez jamais revu, est-ce que vous ne lui avez jamais parlé de nouveau ?

5 R. Non, nous ne nous sommes pas vus, plus jamais.

6 Q. Merci. Maintenant, je souhaite que vous expliquiez

7 M. SMITH : [interprétation] Le substitut d'audience me rappelle qu'il faut

8 que je demande le versement au dossier de ce document. J'ai indiqué les

9 numéros ERN sur la liste 65 ter; il s'agit du document 36. Je propose le

10 versement au dossier de l'interview avec le commandant Sljivancanin.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce sera admis.

12 Oui, Maître Lukic.

13 M. LUKIC : [interprétation] Je n'oppose pas le versement au dossier de ce

14 document, mais simplement un point.

15 J'ai vérifié la traduction en anglais de certaines parties de ce texte,

16 enfin, de l'ensemble, et les parties importantes, de mon point de vue,

17 étaient acceptables. Cependant, maintenant, lorsque l'on vient de lire une

18 partie de la transcription, je pense que la traduction en anglais ne

19 correspondait pas tout à fait à ce qui était dit en B/C/S, particulièrement

20 parlant, lorsque le témoin lisait la première partie de l'interview et il a

21 été dit en anglais : "Arrive ce qui arrive, c'est la guerre," alors qu'en

22 anglais, il était dit : "Que le meilleur gagne, May the best man win."

23 Peut-être vous avez l'impression que je tenaille là, mais je vous demande

24 de me permettre de vérifier tout cela d'ici demain et que l'on marque pour

25 le moment le document aux fins d'identification. Si je ne trouve pas de

26 grandes différences entre le B/C/S et l'anglais, je ne vais pas m'y

27 opposer. Cela dit, nous avons reçu la traduction en anglais seulement ce

28 matin. Je ne pouvais pas comparer cela avant.

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1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] C'est du langage familier en anglais,

2 c'est sûr, mais je vais bien sûr demander que les employés du Tribunal

3 procèdent à la vérification de la traduction et de l'interprétation, M.

4 Lukic.

5 M. LUKIC : [interprétation] Merci.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction 354.

7 M. SMITH : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

8 Pour le compte rendu d'audience, une traduction non révisée a été fournie à

9 la Défense il y a longtemps, alors que cette traduction en anglais a été

10 fournie hier. Car apparemment elle a subi une révision.

11 Q. Monsieur le Témoin, nous allons parler maintenant de votre arrivée à

12 Vukovar. Vous avez dit que vous êtes allé dans une clinique où un endroit

13 où vous avez vu un nombre de cadavres, et que cet endroit était près de

14 l'hôpital; est-ce exact ?

15 R. Oui.

16 Q. Pourriez-vous décrire cet endroit par rapport à l'hôpital ? A quelle

17 distance est-ce que ceci se trouvait ?

18 R. Approximativement à quelques centaines de mètres de l'hôpital. D'après

19 ce qu'on nous a dit à l'époque, c'était un dispensaire et les cadavres

20 étaient dans la cour de ce dispensaire, et les cadavres qui y étaient, à

21 notre avis et de l'avis de tous ceux qui s'y trouvaient, tous ces gens

22 étaient des cadavres de civils serbes.

23 Q. Qui vous a dit cela ?

24 R. Certains des soldats ou des hommes en uniforme qui étaient en train

25 d'exhumer les cadavres de cette cour au moment où nous sommes arrivés sur

26 place.

27 Q. Je vais vous montrer maintenant une autre séquence vidéo en Sanction.

28 Il s'agit de la pièce 136. Le temps sera deux minutes 58 à trois minutes

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1 25, ce qui fait partie d'une séquence plus longue de six minutes et 15

2 secondes. Je souhaite que vous examiniez maintenant cela et nous dire si

3 vous reconnaissez cela.

4 [Diffusion de la cassette vidéo]

5 M. SMITH : [interprétation]

6 Q. Si vous examinez cette séquence, Monsieur le Témoin, est-ce que vous

7 pouvez nous dire s'il s'agit du même endroit que celui où vous êtes allé

8 lorsque vous êtes arrivé à Vukovar, celui dont vous venez de parler, ou

9 non ?

10 R. J'ai l'impression que oui. Cela ressemble fortement à cet endroit et

11 cela ressemble aux photos que nous avons publiées, photos de cet endroit.

12 M. SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, cette pièce a déjà été

13 versée au dossier, donc inutile de redemander le versement.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Quel est le numéro de la pièce à

15 conviction ?

16 M. SMITH : [interprétation] 136. Deux minutes 58 à trois minutes 25.

17 Q. Monsieur le Témoin, tout d'abord, est-ce que vous êtes allé au centre-

18 ville lorsque Sasa Radak vous faisait visiter les alentours ?

19 R. Oui. Nous étions plus ou moins près du centre-ville. Nous sommes

20 arrivés jusqu'à la proximité de l'hôpital, puis ensuite nous avons marché

21 pendant plusieurs centaines de mètres. Nous avons évalué où nous pouvions

22 nous déplacer de manière sûre. Il y avait des soldats là-bas et on ne

23 souhaitait pas attirer leur attention. Il s'agissait là de scènes que nous

24 avons vus sur place à Vukovar, et ensuite nous sommes rentrés à l'hôtel à

25 pied.

26 Q. Quels sont certains des bâtiments que vous avez vus dans le centre-

27 ville pendant que vous y marchiez, d'après vos souvenirs ?

28 R. L'hôtel est l'un des bâtiments dont je me souviens le mieux,

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1 certainement, mais je me souviens aussi d'autres ruines. Je me souviens du

2 bâtiment de l'hôpital, par exemple.

3 Q. Après votre départ de Vukovar le 24 novembre, est-ce que vous n'êtes

4 jamais retourné à Vukovar ? Si oui, à combien de reprises ?

5 R. Oui, j'y ai été. Par la suite aussi, deux ou trois fois au cours des

6 deux à trois ans à venir.

7 Q. Il n'est pas tout à fait clair d'après le transcript, Monsieur le

8 Témoin, combien de fois vous êtes rentré à Vukovar. Combien de temps est-ce

9 que vous êtes rentré à Vukovar ?

10 R. Après cette visite en 1991, j'ai été à Vukovar encore deux à trois fois

11 au cours des deux ou trois ans à venir, jusqu'en 1994.

12 Q. Quel a été le but dans lequel vous y êtes rentré ?

13 R. J'étais à la tête des délégations de journalistes étrangers et de

14 représentants des différentes institutions politiques étrangères afin de

15 leur montrer ce à quoi ressemblaient les résultats de la guerre. Puis, eux-

16 mêmes, ils souhaitaient voir Vukovar à cette époque-là. Vukovar est devenu

17 le symbole du conflit dans notre pays.

18 Q. Lorsque vous êtes revenu lors de ces occasions, est-ce que vous les

19 avez emmenés au centre-ville ?

20 R. Oui.

21 Q. Est-ce que vous pouvez nous décrire les destructions que vous avez vues

22 à Vukovar lorsque vous y êtes allé le 24 novembre et en particulier dans le

23 centre-ville et en général à d'autres endroits ?

24 R. Ce dont je me souviens c'est que nous n'avons pas vu une seule maison

25 qui n'ait pas été détruite. La ville était fortement détruite et les rues

26 étaient très souvent impraticables. Par conséquent, il nous avait été très

27 difficile de frayer le chemin jusqu'à l'hôpital. Je ne sais pas quoi dire

28 de plus. La ville était totalement ruinée, dévastée.

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1 Q. Tout à l'heure, je vais vous montrer une autre séquence vidéo et je

2 vais vous demander si vous pouvez reconnaître quoi que ce soit qui est au

3 contenu.

4 M. SMITH : [interprétation] Mais peu de temps après, puisque je pense qu'il

5 faut un peu de temps pour préparer des choses par de manière électronique

6 lorsqu'il s'agit d'une carte, je vais annoncer que je souhaite que l'on

7 présente la carte de Vukovar, 0468-7703, si possible.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Probablement la pièce 156 sera

9 suffisante.

10 M. SMITH : [interprétation] Non, malheureusement --

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous voulez dire que vous voulez une

12 carte à haute densité ?

13 M. SMITH : [interprétation] Non plus. Nous sommes en train de mettre à jour

14 la carte. Nous ne l'avions pas, malheureusement, dans cette affaire, avec

15 les noms de rue présentés aussi précisément que l'on souhaite. Les noms de

16 rue concernent l'année 1991. Cette nouvelle carte peut nous aider à établir

17 certains liens dans cette affaire.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Très bien. J'essayais simplement

19 d'aider le Greffe, mais je vais me taire à partir de maintenant.

20 M. SMITH : [interprétation] Merci beaucoup.

21 Est-ce que l'on peut montrer maintenant la vidéo. C'est le numéro 310

22 sur la liste 65 ter. Cela commence à 1 heure 28 et 30 secondes jusqu'à 1

23 heure 29 et 50 secondes.

24 [Diffusion de la cassette vidéo]

25 M. SMITH : [interprétation]

26 Q. Monsieur le Témoin, avez-vous pu voir cette séquence vidéo à l'écran ?

27 R. Oui.

28 Q. Avez-vous pu reconnaître de quoi il s'agissait dans cette vidéo ?

Page 7306

1 R. Il s'agit des bâtiments que l'on reconnaît, des bâtiments de Vukovar.

2 Il s'agit des alentours de l'hôtel, plus ou moins.

3 Q. De quel hôtel parlez-vous ?

4 R. C'est un hôtel à Vukovar, à la rive. C'est l'un des symboles, un hôtel

5 détruit qui s'appelait le Danube, je crois, Dunav.

6 Q. Est-ce qu'il y a une différence entre cette séquence vidéo et ce que

7 vous avez vu lorsque vous y êtes arrivé le 24 novembre, en ce qui concerne

8 l'aspect de la ville dans le centre-ville, pour ce qui est des dégâts, des

9 endommagements ?

10 R. Il n'y a pas de grande différence, non, c'est à peu près la même chose.

11 M. SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, je demanderais le

12 versement au dossier de cette séquence vidéo que nous avons reçue d'une

13 organisation appelée Filmske Novosti. Il s'agit d'une société d'archives

14 des films en Serbie-et-Monténégro, et ils nous ont fourni cette vidéo en

15 2002. La vidéo était enregistrée en tant que vidéo qui a été faite après la

16 chute de Vukovar. Peu de temps juste avant, d'après la séquence, je ne suis

17 pas sûr, mais nous souhaitons demander le versement au dossier de cette

18 séquence vidéo.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce sera admis.

20 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction

21 numéro 355.

22 M. SMITH : [interprétation] Merci. Je redemanderais que l'on présente la

23 carte de la ville de Vukovar, la nouvelle carte avec les noms de rue, 0468-

24 7703.

25 Q. Témoin, est-ce que vous voyez la carte à l'écran ?

26 R. Oui, je vois.

27 M. SMITH : [interprétation] Puis-je demander au Greffier d'audience

28 d'élargir, disons, le centre de la ville de Vukovar un peu plus loin.

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1 Merci.

2 Q. Monsieur le Témoin, sur cette carte, est-ce que vous voyez

3 l'emplacement de l'hôpital ? Vous avez une légende à gauche, mais je pense

4 que vous l'avez déjà vue. Est-ce que vous voyez l'hôpital sur cette carte ?

5 R. Oui, je pense que oui.

6 Q. Puis-je vous demander de marquer cet emplacement en apposant une lettre

7 A en majuscule, s'il vous plaît.

8 R. Je dois d'abord comprendre comment faire cela.

9 Q. Merci. Et le quartier général de la Défense territoriale dans lequel

10 vous avez interviewé le capitaine Radic, est-ce que vous pouvez marquer

11 l'emplacement approximatif, si possible ?

12 R. Je pourrais le faire seulement approximativement. Je suppose que

13 c'était dans la partie appelée Petrova Gora. Je pense que cela se trouve

14 approximativement ici.

15 Q. Pourquoi pensez-vous que le quartier général était à Petrova Gora,

16 brièvement, s'il vous plaît ?

17 R. Parce que dans l'un des textes que nous avions publiés dans ce numéro,

18 mon collègue, dans son entretien avec, je pense, le soldat Petkovic, il dit

19 qu'il l'a trouvé dans le quartier appelé Petrova Gora. Je pense que c'est

20 là que j'étais et que c'est là que j'ai parlé avec le capitaine Radic. Je

21 me souviens que nous avons monté une colline à partir de l'hôpital en

22 direction de cette maison où nous avons interviewé Radic. C'est ce que je

23 peux vous dire. Je ne saurais vous dire où nous étions exactement.

24 Q. Merci.

25 M. SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, je vais demander le

26 versement de cette carte, de ce plan annoté et de la carte aussi, et nous

27 avons aussi la légende en langue anglaise. Je voudrais aussi que cette

28 légende accompagnée de la carte soient versées. Donc, ces trois pièces,

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1 s'il vous plaît. Je pense que la version en langue anglaise et la version

2 en B/C/S, c'est de la même pièce, doivent être versées sur le même numéro

3 de cote.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui, très bien. Cette carte annotée va

5 être versée au dossier.

6 M. LE GREFFIER : [interprétation] En tant que pièce 356, Monsieur le

7 Président.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Et la carte elle-même ?

9 M. LE GREFFIER : [interprétation] Oui, elle est versée en tant que pièce

10 357.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Les légendes seront aussi versées au

12 dossier.

13 [La Chambre de première instance et le Greffier se concertent]

14 M. SMITH : [interprétation] Monsieur le Président, c'est peut-être moi qui

15 ai semé la confusion. Nous avons en effet une carte qui comporte au niveau

16 de la carte la légende en anglais. Ensuite, nous avons deux versions de la

17 même carte.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cette légende va être admise comme un

19 document faisant partie de la pièce 357.

20 M. SMITH : [interprétation] Merci. Pour le compte rendu d'audience, je

21 souhaite de dire que nous avons reçu cette carte du musée de Vukovar. Nous

22 l'avons reçu plus tôt ce mois-ci, et nous avons fourni immédiatement une

23 photocopie à la Défense. Il s'agit d'une carte, d'un plan de la ville en

24 date de 1984, donc les noms des rues correspondent aux noms tels qu'ils

25 étaient en 1991.

26 J'ai besoin d'encore quelques instants avec ce témoin.

27 Q. Monsieur le Témoin, vous avez peut-être dit déjà cela, mais est-ce que

28 vous avez fait votre service militaire en Croatie en 1982, votre service

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1 militaire qui a duré 12 mois ?

2 R. Oui.

3 M. SMITH : [interprétation] Je n'ai pas d'autres questions, Monsieur le

4 Président.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Monsieur Smith.

6 Vu l'heure, nous allons prendre la pause à présent et nous allons reprendre

7 à 12 heure 55.

8 --- L'audience est suspendue à 12 heures 34.

9 --- L'audience est reprise à 13 heures 01.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui. Maître Domazet, vous avez la

11 parole.

12 M. DOMAZET : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

13 Bonjour, je salue tout le monde.

14 Contre-interrogatoire par M. Domazet :

15 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin.

16 R. Bonjour.

17 Q. Bonjour. Je me présente, Vladimir Domazet, un des conseils chargés de

18 la Défense de M. Mrksic.

19 D'emblée, je voudrais vous demander de tenir compte du fait que nous

20 parlons la même langue et qu'il est donc nécessaire de ménager une pause

21 entre la question que je vous pose et la réponse que vous donnez, afin que

22 tout ceci soit bien interprété.

23 Monsieur Kacarevic, en réponse aux questions qui vous ont été posées au

24 cours de l'interrogatoire principal, vous nous avez décrit votre parcours

25 personnel, et apparemment, vous avez passé le plus clair de votre carrière

26 dans des activités de journaliste, mais que vous n'êtes plus journaliste

27 aujourd'hui.

28 R. Exact.

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1 Q. Quand avez-vous cessé d'être journaliste ?

2 R. J'ai cessé mes activités de journaliste il y a deux ans, début 2004.

3 Q. Vous avez dit que vous étiez employé dans le service de marketing d'une

4 entreprise. Je ne sais pas si ceci vous pose problème; vous pourriez peut-

5 être nous dire pour quelle entreprise vous travaillez ?

6 R. Est-ce que c'est nécessaire ? Je travaille pour l'entreprise

7 Informatika A.D. à Belgrade.

8 Q. Monsieur Kacarevic, si j'ai bien compris, il semblerait que vous ayez

9 terminé vos études à l'âge de 28 ou 29 ans, mais qu'auparavant, vous

10 travailliez déjà comme journaliste, d'abord pour un magazine qui s'appelait

11 Student.

12 R. Oui, j'ai d'abord travaillé pour le magazine Student, et pour Politika.

13 Q. Lorsque vous avez répondu aux questions de mon estimé confrère, vous

14 avez parlé de Student, de l'influence que ce magazine a eu à un moment

15 donné. J'aimerais vous demander ceci : je ne me souviens pas exactement,

16 même si j'ai lu ce magazine pendant un certain temps; est-ce que vous y

17 avez travaillé lorsqu'il y a eu souvent des décisions prises par des

18 tribunaux interdisant les activités de ce magazine à cause des écritures, à

19 cause des articles qu'il avait publiés ?

20 R. Oui. C'était à l'époque où il y avait en général des problèmes avec les

21 autorités. Lorsque j'y ai travaillé, il n'y a pas eu d'interdictions

22 prononcées par un tribunal, mais il y a eu des modifications au niveau de

23 la rédaction de ce magazine.

24 Q. Lorsque vous êtes passé de Student à Politika, cela a été une promotion

25 dans votre carrière. Vous avez dit que Politika était un journal qui avait

26 beaucoup d'influence, et c'était vrai aussi de la maison d'édition pour

27 laquelle vous avez travaillé.

28 R. C'est exact.

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1 Q. Vous avez dit de Politika que c'était un quotidien important, avec

2 beaucoup d'influence, j'en conviens. Parce que je pense que c'est un des

3 plus anciens quotidiens, pas seulement de Serbie, mais aussi de l'Europe.

4 Lorsque vous avez travaillé à Politika, est-ce qu'il y a eu un moment où,

5 aux yeux de beaucoup en Serbie, Politika n'a plus été à la hauteur de la

6 réputation que ce journal avait auparavant, surtout pour ce qui est des

7 articles politiques, des articles portant sur la politique nationale ?

8 R. Cela dépend de votre optique. Lorsque j'ai commencé à travailler à

9 Politika, ce n'était pas l'âge d'or de ce journal, mais par la suite, il a

10 retrouvé l'influence qu'il avait eue auparavant. Tout est fonction des

11 rapports qui existent entre la classe politique et le quotidien. Parfois,

12 il y a un des côtés qui a plus d'importance que l'autre.

13 Q. Oui, je pense que cette période n'a pas été la plus glorieuse pour

14 Politika. Je pense que c'est à cette époque qu'il y a eu cette

15 confrontation de triste réputation entre Feu Milosevic et feu Stambolic.

16 Politika a été utilisé comme un moyen pour eux deux de lutter l'un contre

17 l'autre.

18 R. Je suis arrivé à Politika juste après le décès de Josip Broz Tito. A

19 l'époque, le rôle que jouait Politika était beaucoup plus simple. Il n'y

20 avait pas de courant opposé dans la vie politique de la Serbie. Plus tard,

21 après 1984 et 1985, certaines factions ont commencé à émerger, mais cela

22 s'est passé peu de temps après mon départ de Politika.

23 Q. Oui, c'est précisément cette période à laquelle je pensais, celle de

24 1988 et de 1989, au moment où vous avez quitté Politika. C'est à cette

25 période-là que je pensais.

26 R. Oui.

27 Q. Vous êtes passé à ce magazine qui s'appelait Intervju en 1991, et vous

28 avez décrit le type d'activités que vous avez menées à ce moment-là.

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1 Lorsque vous étiez parti à Vukovar, vous étiez journaliste à Intervju ?

2 Vous n'aviez pas un poste supérieur, n'est-ce pas ?

3 R. Oui, cela, c'était avant plusieurs mois après mon arrivée à Intervju.

4 J'ai été rédacteur adjoint, et j'ai eu un poste un peu inférieur à celui-

5 là, j'ai été journaliste et membre du comité de rédaction de l'époque à

6 laquelle ces interviews ont été effectuées.

7 Q. Lorsque vous avez travaillé à Intervju, est-ce que vous avez eu des

8 problèmes, quels qu'ils soient ? Est-ce que vous avez quitté cet organe de

9 presse parce que vous auriez eu des problèmes -- non, d'abord, vous n'êtes

10 pas passé directement à Glas Javnosti, vous avez d'abord travaillé dans

11 cette maison d'édition.

12 R. Oui, d'abord, il n'y a pas eu de problèmes lorsque j'ai commencé à

13 travailler à Intervju, mais après, la direction a été limogée. Nous avons

14 tous, disons, perdu un rang dans la hiérarchie. Il est devenu de plus en

15 plus difficile de travailler à Intervju. C'est à ce moment-là que cela

16 s'est terminé par ma démission, et j'ai cherché un nouvel emploi.

17 Q. Dois-je comprendre qu'il y a eu des pressions politiques qui ont été

18 exercées ou est-ce que votre travail, le travail de vos collègues, n'était

19 pas satisfaisant ?

20 R. Les raisons étaient surtout d'ordre politique.

21 Q. Vous avez parlé et vous avez travaillé pour une imprimerie, vous n'y

22 avez pas travaillé, cela c'est certain, en tant que journaliste, mais mes

23 questions ne vont pas porter là-dessus. Vous avez dit que vous avez

24 commencé à travailler en 1989 pour Glas Javnosti. Je ne me souviens pas

25 exactement, mais je pense que ce journal a été créé parce qu'il y avait eu

26 un conflit; il y avait un journal qui s'appelait Blic, autre quotidien

27 réputé, il y a eu une certaine scission de certains journalistes qui ont

28 quitté ce journal, et on a créé Glas Javnosti. Est-ce que c'est à ce

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1 moment-là que vous avez travaillé ?

2 R. Un peu plus tard, l'année suivante. Glas Javnosti a été créé en 1988,

3 et j'ai commencé à travailler un an plus tard, en 1999.

4 Q. Quand avez-vous commencé en 1999 ?

5 R. En janvier. J'ai été directeur de janvier à juillet, et je suis devenu

6 rédacteur en chef au mois d'août.

7 Q. Vous avez parlé de la période que vous avez passée à Intervju, des

8 problèmes qui avaient débouché sur votre départ. Est-ce que ce sont des

9 raisons analogues qui vous ont poussé à quitter Glas Javnosti ? Est-ce que

10 c'étaient des raisons similaires ou différentes ?

11 R. J'ai eu d'autres problèmes. Ce n'était pas les mêmes problèmes que

12 j'avais rencontrés lorsque je travaillais à Intervju.

13 Q. Parlons d'un autre sujet, de votre déplacement à Vukovar le 24

14 novembre. Je pense que vous avez dit que vous étiez quatre, cette fois-là.

15 Vous étiez trois journalistes et un photographe de presse. Comment

16 s'appelaient les collègues avec qui vous êtes allé à Vukovar ?

17 R. Il y avait Dragan Vlahovic, Bosko Sajkovic et Slavenko Bojovic. Lui, il

18 était le photographe.

19 Q. Des photos ont été prises à Vukovar, et c'est ce photographe qui les a

20 prises ?

21 R. Je ne suis pas sûr. Nous avons eu aussi des appareils amateurs. Le

22 photographe s'est servi de son matériel, mais nous, les trois journalistes,

23 nous avons pris des photos quand cela nous semblait important.

24 Q. A ce sujet, je voudrais vous demander ceci : vous avez sous les yeux ce

25 numéro du magazine dans lequel ont été publiées ces interviews, notamment

26 celles du soldat Petkovic. On voit sa photo et on dit que Zeljko Sinobad

27 est celui qui a pris cette photo. Comment lui a-t-il participé à ce

28 reportage ? Comment se fait-il que sa photo ait été reprise, s'il n'était

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1 pas dans votre équipe qui est allée à Vukovar ?

2 R. Je ne peux vous présenter que des hypothèses. Aujourd'hui, Zeljko

3 Sinobad travaille pour Ilustrovana Politika, qui se trouvait dans le même

4 bâtiment qu'Intervju. Je pense que nous avons emprunté cette photo à

5 Zeljko.

6 Il se fait que lui avait passé beaucoup de temps à Vukovar. Sans doute

7 avait-il une photo de Petkovic, et nous avons emprunté cette photo. Bien

8 sûr, nous avons indiqué qui était l'auteur de la photo même si la photo

9 n'avait pas été prise par notre personnel.

10 Q. Je vous remercie. Vous avez évoqué des problèmes que vous avez pu avoir

11 au centre de Vukovar quand ils ont compris que vous étiez des journalistes.

12 Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous avez résolu tous ces

13 problèmes ? Est-ce qu'il fallait avoir des laissez-passer, des permis

14 particuliers pour arriver et passer par Vukovar pendant cette période-là ?

15 Et là, je parle du voyage entre Belgrade et Vukovar.

16 R. Oui, oui, il fallait avoir des laissez-passer. Nous en avions un qu'il

17 a fallu montrer au niveau d'un point de contrôle derrière Sid. Ensuite,

18 nous nous sommes dit que par la suite, il fallait trouver un autre moyen,

19 parce qu'on nous a dit que ces laissez-passer n'étaient pas en vigueur par

20 la suite, donc nous avons essayé de trouver quelqu'un pour nous assurer que

21 nous n'allions pas être arrêtés à un nouveau au point de contrôle. Un

22 collègue à nous est entré en contact avec Sasa Radak, et il nous a assuré

23 que nous allions pouvoir passer. D'ailleurs il nous a escortés jusqu'à

24 l'endroit où nous voulions aller à Vukovar.

25 Q. Donc si je vous ai bien compris, vous avez été contrôlés au niveau de

26 Sid, et ensuite, vous n'avez plus été contrôlés ?

27 R. Oui, que je me souvienne, oui.

28 Q. Vous souvenez-vous de la personne qui vous a donné ce laissez-passer ?

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1 Pas comment, mais qui vous a donné cela ?

2 R. Qui nous avait donné cela ? Ecoutez, je n'en sais rien. Je ne m'en

3 souviens pas pour l'instant. Je pensais que c'étaient des militaires. Je ne

4 sais pas où est-ce qu'on n'a pu vraiment se procurer cela. Je pense que

5 c'est le secrétariat de notre rédaction qui s'en est occupé, et je n'ai pas

6 vraiment participé à cela.

7 Q. Cette personne ou plutôt, Sasa Radak, qui était votre officier de

8 liaison en quelque sorte, qu'il devait vous faciliter le voyage et le

9 séjour à Vukovar, est-ce qu'il vous a emmenés jusque devant la ville ou

10 est-ce qu'il vous a emmenés dans le centre-ville de Vukovar ?

11 R. Je pense qu'il nous a emmenés jusqu'à l'entrée dans la ville.

12 Q. Mais vous n'avez pas été arrêtés par la suite, ni pendant que vous

13 étiez avec lui, ni par la suite, par les officiers de la JNA, et cetera ?

14 R. Non, personne.

15 Q. Vous avez dit qu'un de vos collègues est entré en contact avec Sasa

16 Radak. Est-ce que vous savez s'il les connaissait d'avant -- enfin, comment

17 ils se sont rencontrés, et cetera ? Parce que j'imagine qu'il n'est pas

18 venu à Belgrade pendant toute cette période.

19 R. Je ne sais pas de quelle manière nous sommes entrés exactement en

20 contact avec Sasa Radak. Je sais que nous savions dès le départ qu'un homme

21 allait nous accueillir, quelqu'un qui connaissait bien la situation sur le

22 terrain, qui connaissait bien la situation à Vukovar et qui allait nous

23 aider. Mais comme ce n'est pas moi qui ai organisé tout cela, je ne sais

24 pas comment cela s'est fait.

25 Q. Toutes ces interviews, tous ces articles ont été publiés dans le numéro

26 du 29 novembre. Est-ce qu'avant, vous ou votre journal, votre magazine,

27 est-ce que vous avez fait des reportages, des articles sur Vukovar ?

28 R. Oui. On a publié les histoires venant du théâtre des opérations de

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1 Vukovar, mais pas moi. Je n'ai rien écrit à ce sujet.

2 Q. Est-ce que vous pourriez nous dire quelle était l'ambiance avant la

3 chute de Vukovar, donc au cours des mois qui ont précédé la chute ? Est-ce

4 qu'il existait une campagne médiatique ? Est-ce qu'on racontait les crimes

5 commis par l'autre côté, le côté croate, et cetera ? Est-ce que vous pouvez

6 nous dire comment on parlait de tout cela dans les médias ?

7 R. L'ambiance était telle que les conflits à Vukovar étaient décrits comme

8 une espèce de guerre civile. On s'attendait à ce que l'armée arrive à

9 mettre une fin à ce conflit. Quand les combats pour Vukovar se sont

10 terminés dans les médias, pour le public, on avait l'impression que c'était

11 la cavalerie américaine qui arrivait à la fin d'un western. Les officiers

12 de l'armée étaient extrêmement populaires, et surtout le commandant

13 Sljivancanin, qui a fait l'objet d'un reportage à la télé, alors qu'avant,

14 on n'a pas vraiment vu de personnalités de l'armée yougoslave, on n'a pas

15 vu de représentants.

16 On parlait du conflit à Vukovar et autour de Vukovar sans pour autant que

17 l'armée prenne connaissance des particuliers et des officiers. Tout cela

18 était un peu dans le flou. Il y avait une armée, mais on n'arrivait pas à

19 mettre le nom sur les personnages, les responsables. Quand le commandant

20 Sljivancanin est apparu à la télé, c'était la première fois que l'on voyait

21 quelqu'un qui symbolisait l'armée yougoslave. Pour le public, c'était un

22 soulagement, la fin d'une guerre terrible qui apportait des nouvelles

23 terrifiantes concernant les événements qui se produisaient à l'intérieur de

24 Vukovar contrôlé par des groupes armés au nom d'une armée croate en cours

25 de formation. On avait l'impression que l'armée venait là-bas pour mettre

26 fin à tout ce chaos, à cette guerre non contrôlée. C'est un peu

27 l'impression qu'on a eue à la fin de la bataille pour Vukovar.

28 Q. Justement, je voudrais parler de ce que vous venez de dire. Vous, en

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1 tant que journaliste, vous avez appris l'existence que des atrocités ont

2 été commises à Vukovar, surtout et avant tout par l'autre côté. Est-ce que

3 vous pouvez nous dire qu'elle était la nature de ces ragots, ces rumeurs ?

4 R. Je ne me souviens pas des détails, vraiment. Je peux vous dire quelles

5 étaient mes impressions de l'époque.

6 Il y avait une conviction qui était assez répandue dans le public,

7 qui se répandait par des rumeurs finalement, par des médias, et cetera. Il

8 y avait des réfugiés qui arrivaient à Belgrade, donc on croyait qu'à

9 Vukovar, contrôlé par des forces armées croates, qu'il y avait des crimes

10 terribles commis sur des civils serbes à Vukovar, qu'il y avait des espèces

11 de prisons privées dans des maisons, dans des sous-sols des maisons, que

12 les gens y étaient détenus, des Serbes, et qu'il fallait les libérer à tout

13 prix. C'était une conviction assez répandue à Vukovar à l'époque.

14 Q. Est-ce que vous parlez de ce que l'on publiait dans les médias ou est-

15 ce que vous parlez uniquement des rumeurs ou des deux ? Il s'agissait d'une

16 information qui circulait et qui était monnaie courante à Belgrade à

17 l'époque, n'est-ce pas ?

18 R. Je ne saurais être précis en répondant à cette question. Je parle des

19 impressions qu'on a pu avoir dans les médias, en lisant les médias, en

20 circulant et en vivant là-bas. Quel était le rôle des médias et quelle

21 était la part de rumeurs dans tout cela, je ne saurais faire la différence.

22 Q. Pour boucler un peu ce thème, même si je pouvais vous poser encore des

23 questions à ce sujet, d'après votre meilleur souvenir en tant que

24 journaliste et quelqu'un qui y vivait à l'époque, on s'attendait à ce que

25 la paix soit rétablie à Vukovar une fois ces groupes armés désarmés. C'est

26 ce qu'on pensait qu'il allait ce passer à Belgrade, n'est-ce pas ?

27 R. Oui.

28 Q. Est-ce que vous vous souvenez des affaires qui ont secoué l'opinion

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1 publique à l'époque, surtout en Croatie ? Est-ce que vous vous souvenez de

2 cette affaire assez connue où on parlait d'opéra et de Labrador ?

3 R. Oui, je m'en souviens.

4 Q. Il s'agissait en réalité de l'arrestation d'un grand groupe de Croates

5 accusés de la coopération avec la JNA, du contre-renseignement pour le

6 compte de la JNA et de la Yougoslavie.

7 R. Oui, je me souviens de cela.

8 Q. En tant que journaliste, est-ce que vous disposez de quelque

9 information que ce soit à ce sujet ?

10 R. Non. Je n'ai pas écrit là-dessus. A l'époque, j'ai essayé d'avoir plus

11 d'informations à ce sujet, mais je n'ai pas réussi. C'est vrai que c'était

12 un thème très intéressant à l'époque, et les médias ont tenté d'écrire là-

13 dessus. Il y a eu beaucoup de versions différentes qui circulaient. Ce

14 n'était pas vraiment sûr où se trouvait la vérité. C'est vrai qu'il y a eu

15 des arrestations. On a parlé de différentes opérations secrètes qui

16 portaient ces numéros de code. Des gens ont été arrêtés dans le cadre de

17 ces opérations, mais c'est tout ce que je peux vous en dire, ce que je peux

18 vous dire à ce sujet.

19 Q. Est-ce que vous vous souvenez de ce qui s'est passé avec ce groupe

20 d'officiers qui ont été arrêtés en Croatie ? Est-ce qu'ils ont été jugés en

21 Croatie ou est-ce qu'ils ont eu un autre sort ?

22 R. Je ne m'en souviens pas, à présent.

23 Q. Je vais essayer de rafraîchir votre mémoire. Vous souvenez-vous d'un

24 échange de taille entre la Croatie et Serbie ou entre la Croatie et la JNA,

25 qui a eu lieu après la chute de Vukovar, donc un échange des gens qui se

26 trouvaient en Croatie et des gens qui étaient emprisonnés en Serbie ? Est-

27 ce que vous vous souvenez de cela ?

28 R. Oui. Oui, je me souviens qu'il y a eu plusieurs échanges de

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1 prisonniers. Je sais que tous les prisonniers de Vukovar, pas tous, mais la

2 plupart d'entre eux, étaient emprisonnés à Sremska Mitrovica, et c'est de

3 là qu'ils ont fait l'objet d'un échange contre eux, ils ont été échangés

4 contre les gens venant de la Croatie. Je suis au courant de l'événement,

5 mais je ne suis pas au courant de tous les détails.

6 Q. Est-ce que vous vous souvenez si cet échange avait quoi que ce soit

7 avec ce groupe qui a été arrêté dans le cadre des opérations Labrador et

8 opéra ?

9 R. Vous avez tout à fait raison.

10 Q. Est-ce que vous vous souvenez, parmi les événements qui ont marqué cet

11 époque, est-ce que vous vous souvenez, est-ce que vous avez peut-être écrit

12 là-dessus aussi, avez-vous des informations au sujet de Gospic et de ce qui

13 s'y est passé en septembre 1991 ? Est-ce que vous connaissez les événements

14 importants qui s'y sont déroulés et qui ont eu, éventuellement, des

15 répercussions sur ce qui s'est passé à Vukovar ?

16 R. Je n'ai pas écrit à ce sujet, mais je sais qu'il y avait un reportage

17 dans les médias. Des civils ont été tués à Gospic, il y a eu des combats

18 dans la région, à l'époque, mais je ne me souviens pas des détails. Je sais

19 qu'effectivement, Gospic était couvert par les médias à l'époque.

20 Q. Monsieur Kacarevic, lorsque vous avez parlé de l'une de ces personnes

21 qui figurent dans votre récit, du soldat Petcovic, vous avez dit qu'il

22 venait plusieurs fois dans votre journal, à la rédaction. Est-ce que vous

23 pouvez me dire pour quelle raison il se rendait à la rédaction ? Est-ce

24 qu'il souhaitait devenir célèbre ou s'agissait-il d'autre chose ?

25 R. Si mes souvenirs sont bons, il n'est venu qu'une seule fois. Par la

26 suite, il n'est pas vraiment resté en contact avec moi, mais il est venu à

27 la rédaction, car c'était la fin de son service militaire. Il est venu à la

28 rédaction pour dire au revoir, et cetera. Je ne sais pas quelles étaient

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1 ses raisons, je ne sais pas s'il souhaitait gagner encore plus de publicité

2 ou autre chose, je ne m'en souviens pas.

3 Q. Merci, je souhaite revenir maintenant de manière plus précise à ce qui

4 a été dit au sujet de Gospic. Vous avez dit que des civils ont été tués,

5 mais est-ce que vous pouvez nous dire de quelle appartenance ethnique

6 étaient ces civils tués ?

7 R. C'étaient des civils serbes.

8 Q. Est-ce Gospic se trouvait en Croatie, dans une région peuplée

9 majoritairement par les Serbes avant la guerre ?

10 R. Oui, je me souviens qu'il y avait des Serbes à Gospic, mais je ne me

11 souviens pas s'ils étaient majoritaires ou minoritaires. Je ne me souviens

12 pas de cela.

13 Q. Merci. Est-ce que vous pourriez nous dire, dans les interviews qui ont

14 été publiées, en ce qui concerne le titre, qui déterminait le titre ? Vous

15 ou quelqu'un d'autre dans la rédaction ?

16 R. En ce qui concerne mes propres articles, c'est moi qui donnais les

17 titres, et en ce qui concerne les autres articles, je suppose que c'était

18 l'éditeur qui le décidait. C'est pareil pour la première page; c'est

19 l'éditeur en chef qui prend la décision.

20 Q. Compte tenu que vous étiez journaliste pendant de longues années, et

21 comme vous l'avez dit, y compris pendant des années de guerre, les guerres

22 qui ont eu lieu après la mort de Tito et au cours de la période après la

23 mort de Tito, après l'arrivée de Milosevic, ma question est de savoir à

24 quoi ressemblait la pression exercée par ceux qui étaient au sommet du

25 pouvoir sur les journalistes, si une telle pression existait, et si oui,

26 comment elle se manifestait.

27 R. Je vais répondre brièvement.

28 Les pressions existaient et se manifestaient surtout à travers la

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1 sélection des personnes principales dans les rédactions. Les politiques

2 exerçaient leur pression par le biais des éditeurs, des rédacteurs en chef.

3 Bien sûr, parfois, il y avait des accrochages, parfois, les rédacteurs en

4 chef échappaient au contrôle, et c'est ainsi que l'on obtenait un certain

5 niveau de la liberté de presse, si c'était possible.

6 Q. Est-ce que dans votre expérience au cours de ces périodes-là, les

7 services de Sécurité influençaient également le choix des rédacteurs en

8 chef, et est-ce qu'ils essayaient d'infiltrer leurs propres gens dans la

9 rédaction afin d'influencer la politique éditoriale ?

10 R. L'influence des services secrets, le service de Sécurité sur des

11 journaux différents, sur la direction, sur les rédactions, fait l'objet de

12 beaucoup de débats encore aujourd'hui, mais peu de preuves peuvent être

13 trouvées. Il a été dit qu'une telle influence existait effectivement, et

14 c'était flagrant, mais il n'était pas possible de trouver des éléments de

15 preuve afin de corroborer de telles impressions.

16 Q. Merci, Monsieur Kacarevic. Je n'ai plus de questions pour vous. Je vous

17 remercie de vos réponses.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci beaucoup, Maître Domazet.

19 Maître Borovic.

20 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai l'impression que

21 peut-être, même si l'heure de la pause n'est toujours pas arrivée, il

22 serait bien de commencer demain en continuité, puisque nous n'avons pas de

23 nouveau témoin demain. Je peux vous dire que Me Lukic et moi, nous aurons

24 certainement terminé demain, donc si cela vous convient, je préfère que

25 l'on commence demain. Mais je peux commencer aujourd'hui, aussi, je suis

26 prêt, mais j'ai l'impression que je serai obligé de terminer dès le début.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Smith, est-ce qu'il est vrai

28 qu'il n'y a pas d'autre témoin, demain ?

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1 M. SMITH : [interprétation] Oui, je crois que tel est le cas. Je pense que

2 nous croyions que ceux qui allaient être rappelés allaient être contre-

3 interrogés pendant plus longtemps. Nous avons mal calculé.

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense qu'à l'avenir, vous devrez

5 tenir compte de la rapidité de plus en plus grande des conseils de la

6 Défense de traiter des questions importantes.

7 M. SMITH : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que vu la situation, plutôt

9 que de passer huit minutes là-dessus maintenant pour continuer demain, nous

10 allons lever l'audience maintenant.

11 Les conseils se souviennent peut-être que nous avons déjà dit que demain

12 matin, deux nouveaux Juges vont prêter serment, donc nous n'allons pas

13 pouvoir commencer avant, je crois, 9 heures 45.

14 Nous allons lever l'audience jusqu'à demain matin.

15 --- L'audience est levée à 13 heures 38 et reprendra le vendredi 7 avril

16 2006, à 9 heures 45.

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