Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le mardi 9 mai 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 34 minutes

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je comprends que les conseils ont

6 l'intention d'évoquer certains points.

7 Maître Vasic.

8 M. VASIC : [interprétation] Mais malheureusement --

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Vasic, vos premières phrases

10 n'ont pas été entendues, Maître. Si c'était important et bien répétez-les.

11 Sinon, continuez à partir d'où on est arrêté.

12 M. VASIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Ce

13 n'était pas si important que cela. Nous avons regardé le carnet de notes

14 rapidement parce qu'il y avait une audience consacrée à un jugement dans le

15 prétoire pour une autre affaire. Nous n'avons pas eu beaucoup de temps du

16 point de vue de toutes les équipes de la Défense. Il serait bon d'avoir une

17 photocopie de ce carnet de notes que nous pourrions utiliser ensuite au

18 cours du contre-interrogatoire tout particulièrement en ce qui concerne

19 certaines questions et certaines carences sur certaines questions au point

20 de vue organisation, établissement et certains certaines carences

21 concernant les événements qui ont eu lieu entre le 18 et le 20. Ceci se

22 réfère à certaines dates, nous voudrions demander d'avoir copie de ce

23 carnet de notes et aussi, d'avoir suffisamment de temps jusqu'à la fin de

24 la journée pour pouvoir l'examiner de façon à ce que nous puissions

25 commencer demain matin le contre-interrogatoire.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Vasic, ma première réaction à

27 cela c'est de dire non aux deux demandes. Le deuxième aspect me préoccupe

28 particulièrement. Ce carnet, c'est un petit carnet, les entrées sont

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1 clairement datées et il devrait quand même être possible d'apprécier en

2 quelques minutes s'il y a des mentions écrites qui sont pertinentes à

3 l'égard de la présente affaire. L'idée que vous ayez besoin, premièrement

4 d'une photocopie; deuxièmement du reste de la journée et jusqu'à demain

5 pour vous préparer, pour regarder cet unique document, me semble vraiment

6 excessif.

7 Passons à votre première demande. Certainement, nous pourrions accepter que

8 si vous n'avez pas eu assez de temps hier soir à cause de l'autre audience

9 dans le prétoire, vous puissiez examiner le document, de sorte que nous

10 pourrions avoir une suspension de séance un peu plus longue à la fin du

11 premier volet d'aujourd'hui. Ceci vous donnerait, ainsi qu'aux autres

12 conseils de la Défense, la possibilité de l'examiner en détail. Mais à

13 moins qu'on puisse y repérer quelque chose qui soit directement et

14 nettement pertinent à la présente affaire et qu'il soit vraiment utile

15 d'être photocopié aux fins de la présente affaire, nous ne sommes pas

16 enclins à accepter l'idée que l'ensemble du document soit photocopié. On

17 vous a déjà fourni, nous dit-on, les parties qui pour l'Accusation semble

18 pertinentes. Le point de vue qui serait que vous l'examiniez au cas où

19 l'Accusation aurait manqué de voir certaines parties pertinentes, là où ce

20 qui pense que ce n'est pas le cas, c'est l'unique raison pour laquelle

21 vous-même et les autres conseils de la Défense pouvez examiner le document

22 proprement dit.

23 Pour ces motifs et sans donner la parole à M. Moore, nous allons envisager

24 d'avoir une suspension de séance plus longue que de coutume lors de la

25 première suspension de séance afin que vous puissiez examiner ce document

26 avec les autres conseils de la Défense. S'il y a des questions

27 particulières qui découlent de cet examen, à ce moment-là, elles pourront

28 êtes évoquées lorsqu'on reprendra la séance.

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1 Y a-t-il d'autres questions question que vous souhaitiez évoquer ?

2 Maître Lukic.

3 M. LUKIC : [interprétation] Je voudrais simplement évoquer quelques

4 points. Je comprends votre directive. Cela a beaucoup d'importance parce

5 que je suis le troisième à pouvoir prendre la parole lors du contre-

6 interrogatoire, donc je n'ai pas vraiment besoin que l'on reporte les

7 choses plus longtemps. Mais nous avons regardé ce carnet de notes hier et

8 la partie pertinente fournie par l'Accusation commence à la page 40. Les

9 parties que nous avons regardés très rapidement qui nous semblaient très

10 intéressantes allaient jusqu'à la page 40. Ainsi qu'en ce qui concerne

11 certains noms, certaines questions d'établissement. Je pense que ce serait

12 vraiment très bien si nous pouvions avoir trois copie de toute la partie

13 pertinente du carnet et ce jusqu'au 24 novembre. Le carnet de notes

14 commence au 8 novembre, le jour où il est arrivé sur place, les préparatifs

15 au cours de la formation, il y a certaines données concernant

16 l'installation sur lesquelles le Procureur posait des questions au témoin

17 et sur lesquelles nous avons vraiment besoin d'être informés. Nous avons

18 réagi de façon adéquate pour ce qui est de ce qu'il y a eu jusqu'à janvier

19 et nous présentons la demande à ce sujet.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Sur ce que vient de dire M. Lukic,

21 Monsieur Moore.

22 M. MOORE : [interprétation] Nous allons les aider de toutes les façons que

23 nous pouvons. Je suis resté ici hier soir avec mes confrères. Je pourrais

24 faire procéder aux photocopies si cela est demandé. On ne me l'a pas

25 demandé du tout hier soir. Le problème que je prévoie, c'est un petit

26 problème, c'est un retard. C'est ceci c'est qu'à partir du moment où on

27 prend un document et des photocopies, il faut à ce moment-là qu'il y ait un

28 numéro ERN attribué, qu'il soit marqué avec une cote parce que s'il doit y

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1 avoir contre-interrogatoire sur telle page, il faut qu'on puisse y faire

2 référence. S'il avait été possible de faire cela hier soir, il n'y aurait

3 eu aucun problème. Si le contre-interrogatoire peut être fait sur la base

4 de la page proprement dite ou le numéro de la page qui sera évoquée par

5 rapport à l'original, parce que comme les membres de la Chambre l'on vu, il

6 y a un numéro, nous pouvons, à ce moment-là, aller de l'avant sans aucune

7 difficulté, et je pense que je pourrais faire en sorte que les numéros ERN

8 soient donnés dans le temps qui nous sera imparti. C'est la seule

9 difficulté que je puisse voir. Il n'y a pas de à le photocopier.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Quand serait-il disponible ce document

11 pensez-vous ?

12 M. MOORE : [interprétation] Pour ce qui est de l'interrogatoire principal,

13 essentiellement, je pense que ce matin je peux traiter des questions. En

14 fait, je vais modifier quelque peu mon interrogatoire principal, je vais

15 traiter du document maintenant parce que cela n'est pas considérable. Les

16 points dont j'ai a traité ne sont pas très développés. Si ce document --

17 malheureusement, ce matin notre commis à la présente affaire a dû aller à

18 l'hôpital, donc nous n'avons pas de commis à l'affaire. Je vais obtenir

19 quelqu'un de l'équipe qu'on puisse le porter de façon à ce qu'il puisse

20 être photocopié et recevoir des numéros ERN et il ne devrait pas y avoir de

21 difficultés pour mon confrère pour qu'il puisse voir ce document. En fait,

22 ce n'est pas considérable comme documentation. C'est l'attribution des

23 numéros ERN qui me préoccupait du point de vue temps.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous pouvons nous débrouiller avec les

25 numéros ERN pour un contre-interrogatoire, Monsieur Moore ?

26 M. MOORE : [interprétation] Je ne vois pas de problème du tout. Je vais

27 m'en occuper dès maintenant. Si nous pouvons obtenir ce document du Greffe,

28 je vais m'assurer qu'il soit emporté, photocopié et qu'il soit fourni à mes

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1 confrères dans les vingt minutes qui viennent, je pense.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Lukic, encore une fois, M.

3 Moore se montre très conciliant, plus conciliant que la Chambre.

4 Nous allons entendre le témoin maintenant, Monsieur Moore.

5 M. LUKIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

6 M. MOORE : [interprétation] Oui, si l'on pouvait faire entrer le témoin

7 maintenant, s'il vous plaît ?

8 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour. Vous pouvez vous

10 asseoir. Je dois vous rappeler la déclaration que vous avez faite hier qui

11 reste en vigueur. M. Moore va poursuivre son interrogatoire principal, ses

12 questions.

13 Monsieur Moore.

14 LE TÉMOIN: DRAGAN VEZMAROVIC [Reprise]

15 [Le témoin répond par l'interprète]

16 Interrogatoire principal par M. Moore: [Suite]

17 Q. [interprétation] Si nous pouvons traiter maintenant de ce que

18 j'appellerais l'examen concernant Mitnica, si nous pouvons nous arrêter un

19 instant sur cet aspect. Vous nous avez parlé de Karanfilov, vous nous avez

20 dit que, d'après votre estimation, il y avait environ 60 personnes qui

21 étaient chargées de ce que j'appellerais les prisonniers. Est-il juste de

22 dire et je pense qu'en fait vous avez établi une liste des noms des

23 personnes qui faisaient partie de ce convoi et qui se sont trouvées sous

24 votre garde; c'est bien cela ?

25 R. Oui.

26 Q. Pourquoi avez-vous établi cette liste ?

27 R. L'une des obligations d'un policier militaire ou de la police en

28 général est d'avoir une liste des personnes présentes afin que le jour

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1 suivant, ou lorsqu'on en aura besoin, par rapport à ce qui a été décidé, on

2 pouvait les remettre. De sorte que ce que j'avais à faire c'était d'établir

3 cette liste de personnes que j'avais reçues de façon à voir si cela

4 correspondait bien au nombre de personnes que j'allais moi-même remettre.

5 M. MOORE : [interprétation] Pour aider les membres de la Cour, est-ce que

6 le Greffe pourrait, s'il vous plaît, présenter le même document que ce que

7 nous avions hier à savoir le 0214-7205 et la suite jusqu'au bout. Je

8 voudrais d'abord que l'on traite du numéro 0214-7206.

9 Q. Monsieur Vezmarovic, pourriez-vous regarder à la page 50 de votre

10 carnet, s'il vous plaît ? Nous avons parlé de la page 49, nous avons parlé

11 de la 48, regardons la page 50, qui voit-on, s'il vous plaît ?

12 06, s'il vous plaît, 206 pour le Greffe ? Oui.

13 Avez-vous cette page 50 ?

14 R. Oui.

15 Q. Que représente cette page ? Qu'est-ce que cela nous

16 montre ?

17 R. C'est le sixième officier qui était présent dans ce groupe à qui nous

18 avons parlé, son nom est Jozo Brajcic, fils de Jozo, né en 1955, et on m'a

19 dit qu'il n'avait pas de fonction particulière.

20 Q. Je vous remercie. Vous nous avez dit cela hier. Allons de l'avant,

21 passons à la page 51, c'est-à-dire 207, 208, 209, nous allons jusqu'à 210,

22 211, 212. Pourrions-nous voir cela de façon simultanée afin que les membres

23 de la Chambre puisse avoir une idée précise de ce qui s'est passé. Nous

24 commençons à 207 et nous allons à 208, s'il vous plaît. Puis maintenant à

25 209, 210, 211, s'il vous plaît, et 212. Et on conclut à la page 213, pour

26 le moment. Je vous remercie bien.

27 Vous avez vu cette séquence de noms qui se trouve dans votre carnet. Qui a

28 inscrit ces noms dans votre carnet ?

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1 R. Tous les noms qui sont ici, et qui sont mentionnés dans le carnet ont

2 été écrits personnellement par moi. Si je peux donner des explications, je

3 mets d'abord le nom de famille, puis le nom du père, puis le prénom du

4 soldat. A la fin, j'indique l'année de naissance. Au début, j'écrivais

5 toute l'année, par exemple 1958, au début. Mais plus tard, à cause de la

6 vitesse et du froid qu'il faisait, j'abrégeais, et donc je mettais 19, mais

7 seulement les deux derniers chiffres de l'année, 59, 63 et ainsi de suite.

8 Il y a donc quelques erreurs lorsqu'ils m'ont dit leurs noms dans le

9 mauvais ordre, parce que parfois on me disait leur prénom puis ensuite le

10 nom du parent, alors dans ce cas-là j'ai mis une flèche pour indiquer le

11 bon ordre.

12 Q. Je vous remercie. Maintenant, je vais un peu m'écarter de cela, si vous

13 permettez. Si on regarde la page 213 en haut à droite. C'est un numéro de

14 page normal tout en haut à droite, page 63. Pages 62, 63, on voit que ce

15 qui est écrit, c'est stable. Si nous passons à la page 63, c'est quelque

16 peu infléchi. Mais il y a une entrée là qui commence par la date du 18 du

17 11, 91. Pourriez-vous lire aux membres de la Chambre ce qui est dit là, et

18 ensuite je m'occuperai de cette entrée et de celle qui suit en temps utile.

19 Donc, s'il vous plaît, regardez la page 63; l'avez-vous ?

20 R. Oui.

21 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, lire ce qui est inscrit là ?

22 R. Cela commence par "Reçu le 18 novembre 1991 vers 16 heures, à la ferme

23 dans le village d'Ovcara. Remis à Karanfilov le 19 novembre 1991 à 11

24 heures 30. Les listes données au KP Dom le 19 novembre 1991 à 15 heures 30.

25 Lieutenant-colonel Zivanovic, colonel Zaric - gardes." Le texte est écrit

26 en série unique et les noms sont écrits en alphabet latin parce que c'est

27 plus facile. J'ai commencé à écrire les noms en cyrillique, et je me suis

28 rendu compte qu'il était plus difficile d'écrire les noms croates en

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1 cyrillique, de sorte que je suis passé ensuite à l'alphabet latin.

2 Q. Je voudrais simplement, si vous voulez, traiter de la chose suivante.

3 Vous avez très clairement un certain nombre de noms, des personnes que vous

4 avez prises sous votre garde, donc vous dites que vous les avez reçues vers

5 16 heures le 18 novembre, vous citez le village d'Ovcara, il y une

6 référence qui dit qu'on les a "remises au capitaine Karanfilov" à 11 heures

7 30 le 19 novembre.

8 Je voudrais donc qu'on s'arrête un instant pour revenir à l'horaire auquel

9 les prisonniers de guerre ou les détenus étaient à Ovcara, Vous nous avez

10 dit comment vous avez contrôlé ces prisonniers au cours la nuit, et vous

11 nous avez dit combien de personnes les gardaient. Avez-vous eu des

12 personnes ou des membres qui soient venus à Ovcara pendant la nuit pour

13 poser des questions concernant les prisonniers eux-mêmes ?

14 R. Bien, je dirais que c'était probablement normal qu'ils viennent

15 demander si les prisonniers étaient là. Ils demandaient combien il y en

16 avait, ce qui leur arriverait et ainsi de suite. Donc on pourrait dire que

17 c'était une conversation tout à fait normale avec des personnes en uniforme

18 ou sans uniforme, gradées ou pas gradées, qui venaient, qui sont venues

19 dans le courant de la nuit et qui ont posé des questions à leur sujet. La

20 réponse habituelle était que nous les gardions, que nous ne savions pas ce

21 qui leur arriverait plus tard, bon, et ainsi de suite. On ne savait pas

22 combien de temps ils resteraient là, mais tout était parfaitement contrôlé,

23 tout s'est passé comme il fallait.

24 Q. Je voudrais maintenant que nous parlions des personnes dont vous avez

25 parlé en disant "ils". Qui étaient ces personnes qui sont venues pendant la

26 nuit vous poser des questions concernant les prisonniers ? Pourriez-vous

27 être un peu plus précis ?

28 R. Je ne pouvais pas être sûr parce que je ne sais pas. Ils parlaient

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1 serbe et je suppose que c'était des membres de la Défense territoriale ou

2 des personnes qui vivaient à Vukovar, des gens qui savaient que ce groupe

3 pouvait se trouvait là ou qu'il était vraisemblablement là. Personne n'est

4 venu encore constituer, organiser suivant un ordre ou quelque chose de ce

5 genre. Chacun est venu de son propre mouvement.

6 Q. Est-ce que certains d'entre eux étaient armés ?

7 R. Oui. Je crois que dans cette région, on ne trouvait personne qui n'ait

8 pas d'armes.

9 Q. Est-ce que la réponse à ma question est oui ?

10 R. Oui, oui, oui.

11 Q. Pourrions-nous maintenant parler des uniformes ? Quel genre d'uniformes

12 portaient-ils ? Pouvez-vous nous le dire ?

13 R. C'étaient des uniformes vert olive que nous avions à l'époque. Il y

14 avait également des tenues de camouflage ainsi que des personnes qui se

15 trouvaient porter des vêtements civils ou qui parfois, avaient des effets

16 d'uniforme et parfois simplement des vêtements civils.

17 Q. Seriez-vous en mesure de dire s'ils portaient des insignes sur leurs

18 uniformes ?

19 R. Non. Même si c'était le cas, je n'ai pas vu, je n'ai pas remarqué que

20 quelqu'un ait porté des insignes de grades, qui indiquaient le grade. Les

21 uniformes étaient les mêmes.

22 Q. Si nous parlons des personnes appartenant à la Défense territoriale de

23 Vukovar, combien de fois sont-ils venus au cours de la nuit ? Pouvez-vous

24 nous donner une idée générale ?

25 R. Non, parce qu'ils venaient de temps à autre, de temps en temps.

26 J'établissais la liste. Je suis parti pour Negoslavci pour obtenir des

27 vivres et de l'eau, donc je ne pourrais pas vraiment vous dire combien de

28 fois des gens sont venus, qui est venu. Vraiment, je ne m'en souviens pas.

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1 Q. Je vous remercie. Je voudrais voir si je puis peut-être éclaircir la

2 situation. Lorsque l'on est responsable de personnes qui doivent être

3 évacuées, dans ce rôle qui était le vôtre en tant que membre de la police

4 militaire, serait-il exact ou juste de dire qu'il y a des critères

5 majeurs ? Premièrement, que vous avez à vous occuper, bien entendu au point

6 de vue de l'intérieur, que les personnes que vous détenez ne vont pas

7 s'échapper ou causer des problèmes, et un deuxième critère selon lequel

8 vous devez vous assurer qu'il n'y a pas non plus de problème venant de

9 l'extérieur, à savoir que des personnes essayent de causer des problèmes

10 concernant les individus qui sont détenus. Est-ce que ce serait une bonne

11 analyse de la responsabilité que vous aviez ce soir-là ?

12 R. Oui, c'est ce que vous venez de dire.

13 Q. Et ces critères, ce sont ceux que vous appliquiez lorsque vous aviez à

14 assurer la garde des personnes qui étaient des détenues et qui étaient

15 placées en détention ?

16 R. Oui. Il fallait faire en sorte d'empêcher un détenu ou des prisonniers

17 de s'enfuir, et empêcher qu'ils reçoivent de l'aide de quelqu'un de

18 l'extérieur pour qu'ils s'enfuient. Donc, les deux aspects devaient être

19 pris en charge.

20 Q. Qu'en est-il de la protection des prisonniers ? Qu'en est-il de la

21 tâche de les protéger d'éventuelles blessures infligées par des forces

22 hostiles venues de l'extérieur ? Etait-ce un des facteurs faisant partie de

23 vos tâches lorsque vous deviez assurer la protection des individus ?

24 R. A l'époque, c'était tout à fait normal là-bas. Il fallait les protéger

25 devant les personnes qui éventuellement étaient susceptibles de les

26 attaquer de l'extérieur, c'est pourquoi on avait une protection à

27 l'extérieur, et il fallait empêcher que les prisonniers ne s'enfuient.

28 Q. Pour la journée du 19 novembre, peut-on parler de 11 heures 30 ? Je

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1 voudrais que l'on voie cela à l'écran. Vous avez dit que vous avez remis

2 ces prisonniers à Karanfilov. Vous vous rappelez avoir écrit cela ?

3 R. Oui. Le 19 novembre, ce convoi est arrivé vers 11 heures 30. Encore une

4 fois, il y avait là des autocars ou des autobus, des véhicules militaires.

5 Il y avait des véhicules qui portaient l'insigne de la Croix-Rouge. Un

6 groupe d'officiers supérieurs est descendu de ces véhicules et ils étaient

7 de grades différents. Le capitaine Karanfilov s'est approché de moi et m'a

8 demandé si tout s'était bien passé, si la garde se passait bien. Je l'ai

9 informé de ces arrivées de différents groupes pendant la nuit, mais je lui

10 ai dit que tout se passait bien et que c'était sous contrôle. Je lui ai dit

11 que j'avais dressé une liste dans mon cahier.

12 Puis, il m'a dit qu'en attendant de vérifier quel a été le traitement

13 réservé aux prisonniers avant de placer les prisonniers à bord d'autocars

14 pour les transporter, qu'il fallait que j'aille vite au commandement situé

15 à Negoslavci pour dactylographier cette liste. C'est effectivement ce que

16 j'ai fait.

17 Q. Pourquoi avez-vous dit à Karanfilov ce qui s'était passé pendant la

18 nuit, à savoir, pourquoi lui avez-vous parlé de l'arrivée de la Défense

19 territoriale de Vukovar ?

20 R. C'est un rapport habituel présenté à un officier supérieur. Donc, j'ai

21 fait un rapport à l'officier qui à ce moment-là était mon supérieur, il me

22 commandait. Donc, je lui ai présenté la situation telle qu'elle se

23 présentait à ce moment-là, donc je voulais lui dire, il fallait qu'il sache

24 ce qui s'était passé pendant la nuit pour ce qui est du ravitaillement, de

25 l'eau, la situation des toilettes et le fait qu'il y avait ces personnes

26 qui arrivaient de l'extérieur.

27 Q. Alors pourquoi est-ce qu'il est nécessaire de faire une passation

28 formelle entre les unités qui assument le contrôle ?

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1 R. Pour le dire très simplement, le même nombre de personnes qui ont été

2 prises en charge doit être remis. Ils étaient 181, en l'occurrence, pour la

3 Croix-Rouge. Pour les autres officiers supérieurs, ils avaient la

4 possibilité de dire si on les avait traitées d'après les conventions de

5 Genève correctement ou non. Si les membres de la police militaire ou

6 d'autres membres de la JNA leur avaient réservé de mauvais traitements

7 pendant la nuit. Mais aussi, si éventuellement on avait donné

8 l'autorisation à d'autres militaires de les frapper, ou si plutôt tout

9 s'était bien passé. Donc cette passation, cette remise doit se passer

10 correctement pour pouvoir vérifier si tout s'est passé correctement, et en

11 particulier pour ce qui est du nombre de personnes, pour voir si

12 éventuellement on n'avait pas tué quelqu'un pendant la nuit.

13 Q. Je voudrais que l'on parle maintenant du départ du convoi d'Ovcara. En

14 grandes lignes, vous nous avez dit, me semble-t-il, quelques mots au sujet

15 de la Croix-Rouge, mais je voudrais que vous nous parliez de véhicules qui

16 ont été utilisés pour emmener les détenus. C'était quel type de véhicules ?

17 D'une manière générale, pouvez-vous nous en parler ?

18 R. Les prisonniers ont été transportés à bord d'autobus ou d'autocars, et

19 il y en a eu trois ou quatre, je ne suis pas tout à fait certain. La police

20 militaire était à bord de Puch et à bord de Pinzgauer. C'étaient des

21 véhicules qui faisaient partie de l'escorte. Tous les officiers étaient à

22 bord soit de Puch, soit de Pinzgauer. C'était cela, les véhicules

23 militaires qui se sont trouvés sur le terrain.

24 Q. Monsieur, donc pour autant que vous le sachiez, est-ce qu'il y a eu des

25 problèmes qui se seraient posés, des problèmes de taille à partir du moment

26 où ces prisonniers ont été emmenés à Ovcara jusqu'au moment où ils ont été

27 remis à Karanfilov le 19 et leur départ ? Pour autant que vous le sachiez,

28 est-ce qu'il y a eu des problèmes qui se seraient posés ?

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1 R. Voilà ce que je vais vous dire. Tous les problèmes qui s'étaient posés,

2 ils ont été résolus au fur et à mesure, donc le rapport présenté à

3 Karanfilov et à tous les représentants des organisations internationales a

4 été comme suit : tous les prisonniers étaient présents, personne n'avait à

5 se plaindre, donc pendant la nuit, tout s'était passé d'après le règlement

6 et conformément aux conventions de Genève.

7 Q. Lorsque vous dites que cela s'est passé conformément aux règlements de

8 service, mais quel est le règlement de service qui régissait le contrôle ou

9 la surveillance des personnes faisant l'objet d'évacuation ? Que voulez-

10 vous dire par là ?

11 R. Ecoutez, je vais essayer de vous en dire quelques mots, à savoir, la

12 sécurité elle-même, quel a été le principe observé. Un certain nombre

13 d'hommes a monté la garde, un certain nombre se reposait, et d'autres se

14 préparaient pour monter la garde. La garde était à la fois à l'intérieur et

15 à l'extérieur du hangar. Donc, il y avait deux anneaux de sécurité. Il y

16 avait des officiers qui étaient présents et ils commandaient les unités de

17 plus petite taille à partir du groupe ou section jusqu'aux plus grandes.

18 Tout ce qui était nécessaire a été garanti; les vivres, l'eau et un petit

19 peu de couvertures, pour autant qu'on a pu s'en procurer. Donc tout ce qui

20 devait être fait d'après les règles, on l'a fait.

21 Q. Dans ce cas-là, je vais vous poser des questions au sujet de la liste

22 elle-même. Elle est manuscrite. Il me semble que vous nous avez dit que par

23 la suite, vous êtes allé à Sremska Mitrovica, que vous avez emporté cette

24 liste avec vous. Très brièvement, pouvez-vous nous dire ce que vous avez

25 fait de la liste et comment elle a été rédigée. Enfin, vous nous avez dit

26 comment elle a été rédigée, mais qu'est-il advenu de cette liste à partir

27 du moment où vous avez quitté Ovcara ?

28 R. J'ai été chargé d'aller dactylographier la liste pour qu'elle puisse

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1 servir d'annexe ou de feuille qui allait envoyer les prisonniers vers

2 Sremska Mitrovica. Karanfilov m'a envoyé au commandement. Si je me souviens

3 bien, c'était à partir de Vukovar vers le centre de Negoslavci sur la

4 droite, à mi-chemin entre les premières maisons et l'hôpital. C'est là que

5 je suis entré pour la première fois, un sous-officier m'a dit qu'il n'y

6 avait pas de quoi taper cela, il m'a adressé au commandement voisin, il a

7 dit que le commandant Sljivancanin était sur place, il m'a dit que j'allais

8 trouver une machine à taper là-bas et que j'allais pouvoir faire ce que je

9 devais faire. C'est ce que j'ai fait. C'était une maison, juste devant

10 l'hôpital sur la droite également et c'est là que j'ai pu trouver une

11 machine à taper. On a dactylographié le texte et sous cette forme là, je

12 l'ai porté au lieutenant-colonel Vojnovic qui m'a dit que le convoi était

13 déjà passé et qu'il est parti pour Sremska Mitrovica. Il m'a confié une

14 nouvelle mission, désormais il m'a dit qu'il fallait que j'essaie de

15 rattraper le convoi sinon que c'était à la prison de Mitrovica que je

16 devais remettre la liste des prisonniers que j'avais et c'est ce que j'ai

17 fait.

18 Q. Je vous remercie. Je voudrais m'arrêter ici.

19 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, je ne sais pas si le

20 greffier pourrait nous montrer la page du numéro suivant 0214-7206.

21 J'espère que je lis le numéro correctement puisque je le lis à l'envers,

22 7214, ce serait mieux. Donc, 7214, s'il vous plaît. Je ne sais pas si le

23 greffier peut nous montrer que cela à l'écran et qu'entre-temps on retire

24 le document du témoin et qu'on le photocopie.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que cela devrait être

26 possible.

27 M. MOORE : [interprétation] Donc si vous pouviez prendre le document

28 maintenant, je vous en serais gré.

Page 8419

1 [Le conseil de l'Accusation se concerte]

2 M. MOORE : [interprétation]

3 Q. Je voudrais maintenant parler d'autre chose. Vous nous avez dit que

4 vous êtes parti pour Sremska Mitrovica, vous nous avez dit que vous étiez à

5 Ovcara à ce moment-là. Est-ce que vous y êtes retourné ?

6 R. Une deuxième fois, je suis arrivé à Ovcara à mon retour d'une mission

7 où on m'avait informé dans la compagnie du fait qu'on avait à assurer la

8 sécurité pour un nouveau groupe de prisonniers de guerre, qu'une partie de

9 la compagnie y était déjà, était présente. Je poursuis mon chemin à bord de

10 mon véhicule et en la compagnie des soldats qui étaient avec moi, j'arrive

11 à Ovcara et je trouve sur place une situation chaotique. Je peux

12 poursuivre ou non ?

13 Q. Pas pour le moment. Je voudrais vous poser une ou deux questions. Pour

14 ce qui est de l'évacuation de Mitnica, vous nous avez dit que vous aviez

15 été informé du fait qu'il allait y avoir une évacuation. Pour ce qui est de

16 l'évacuation de l'hôpital de Vukovar, c'est ainsi que ne vais appeler cette

17 évacuation-ci, est-ce que vous avez été informé du fait qu'elle allait se

18 produire ?

19 R. Non. Pendant la matinée, ce jour-là aucune information n'a été fournie.

20 Aucune annonce qu'on allait devoir assurer la sécurité d'un nouveau groupe

21 de prisonniers de guerre. Donc, je suis parti exécuter une autre mission

22 pendant la matinée.

23 Q. Vous nous avez dit, il y a quelques minutes, que lorsque vous êtes

24 arrivé à Ovcara, "que la situation là-bas était chaotique." Lorsque vous

25 dites "chaotique", que vouliez-vous dire très précisément, qu'avez-vous vu,

26 qu'avez-vous entendu là-bas ?

27 R. Dans ce même hangar situé à Ovcara où on avait monté la garde du groupe

28 Mitnica, on les avait sécurisés. Jusqu'à la moitié à peu près du hangar

Page 8420

1 quand on rentre par la porte à gauche comme à droite maintenant, il y avait

2 des groupes divers, des groupes -- comment pourrais-je les appeler, je vais

3 les appeler des prisonniers, mais c'était des gens qui étaient, soit en

4 uniforme, soit partiellement en uniforme, soit en civil, qui avaient soit

5 des membres en pansements, soit des têtes avec des pansements. La plupart

6 avaient des bandages ou des pansements. Il y avait là des policiers

7 militaires et des officiers en uniformes et des gens sans uniforme ou

8 partiellement en uniforme qui circulaient librement parmi eux. Cela avait

9 tout air de, comment dirais-je -- enfin, cela ne ressemblait pas à une

10 situation où on monte la garde de prisonniers. C'était très anarchique.

11 Q. Parlons maintenant du moment où vous êtes arrivé à Ovcara. A cette

12 occasion-là, était-ce de jour, de nuit ou au crépuscule ? Est-ce que vous

13 pouvez nous dire quelle était la luminosité ?

14 R. La nuit était déjà tombée, on ne voyait pas. Je ne sais pas depuis

15 combien de temps la nuit était tombée, mais c'était de nuit.

16 Q. Si on essayait d'évaluer le moment où vous êtes arrivé, est-ce que vous

17 seriez capable de nous donner l'heure à peu près ?

18 R. Non. Je pourrais supposer uniquement, mais cela ne serait vraiment que

19 des spéculations. C'était de nuit, mais depuis combien de temps et quelle

20 heure pouvait-il être ? Non.

21 Q. Parlons de personnes qui avaient des pansements, vous avez dit que

22 "certains n'avaient pas d'uniformes, qu'ils avaient des bras, des jambes,

23 des têtes couverts de pansements." Est-ce que vous pourriez nous estimer le

24 pourcentage de prisonniers, si je puis utiliser ce terme, ou de détenus qui

25 portaient des pansements ou qui étaient blessés ?

26 R. Je dirais au moins 70 %, je ne peux pas vous dire combien de personnes

27 il y avait exactement. Mais quand j'ai rétabli l'ordre dans la mesure du

28 possible, quand ils se sont retrouvés sur la droite par rapport à la porte,

Page 8421

1 quand j'ai réinstallé le cordon, leur densité n'était pas la même que

2 pendant la première fois où on a monté la garde des prisonniers, il y en

3 avait un peu moins. Combien il y en avait sans pansements ? Combien avec ?

4 Cela serait vraiment que des spéculations. Mes soldats m'en ont parlé et

5 ceux qui étaient de passage. Ce n'était pas un système régulier de

6 rapports, mais pendant que je leur disais qu'il fallait qu'ils quittent

7 tous le hangar, qu'ils sortent et que tous les prisonniers doivent être

8 déplacés vers la partie droite par rapport à l'entrée. En passant, ils me

9 disaient que ces prisonniers avaient déjà été répartis d'après la gravité

10 des crimes qu'ils avaient commis contre la population serbe. Un tel en

11 avait tué sept, c'était un groupe. Un autre groupe de gens qui en auraient

12 égorgés trois. Ils étaient tous confus. Pour quelle raison allais-je les

13 regrouper en un seul et même endroit. D'après moi, il fallait qu'ils soient

14 regroupés en un seul lieu pour pouvoir assurer leur protection et monter la

15 garde.

16 Q. Est-ce que vous avez vu des soins médicaux apportés à l'un quelconque

17 de ces prisonniers pendant cette période-là ?

18 R. Non. Ils cherchaient à s'entraider, à s'entraider tous. Même les

19 policiers aidaient ceux qui avaient du mal à se déplacer. Car, si mes

20 souvenirs sont bons, il y en avait avec des béquilles aussi, ils avaient

21 ces béquilles sur eux, ils les aidaient à passer de l'autre côté. Pour ce

22 qui est des prisonniers, personne n'a protesté, ils se sont tous déplacés

23 pour se mettre de l'autre côté facilement. Pour ce qui est des soldats qui

24 étaient là, des policiers militaires, ils sont tous sortis sans problème.

25 Seuls les membres de la Défense territoriale ont rouspété et grogné un

26 petit peu. Pour quelles raisons procédait-on ainsi ? Mais au bout d'un

27 certain temps, ils étaient tous sortis, ils étaient tous dehors. Tout était

28 de nouveau placé sous contrôle plein et entier. Les policiers montaient la

Page 8422

1 garde, les prisonniers étaient sur la droite. Il y avait ce cordon qui

2 était tiré. Les prisonniers étaient devant le hangar. Il y avait la

3 sécurité rétablie pour le premier et le deuxième anneau. C'était revenu à

4 la normale.

5 Q. Vous nous avez parlé de l'évacuation de Mitnica, vous nous avez dit que

6 Karanfilov était en charge, qu'il vous les a remis le 18, qu'il les a

7 repris en charge le 19. C'était lui qui était désigné pour assumer la

8 responsabilité de cette évacuation. Est-ce que vous vous êtes renseigné

9 pour savoir qui était en charge de l'évacuation de l'hôpital de Vukovar ?

10 Pour essayer de comprendre ce qui était en train de se produire ?

11 R. Non, attendez. A ce moment-là, je ne savais pas vraiment d'où était

12 arrivé ce groupe, parce que c'était juste des rumeurs entendues en passant.

13 A ce moment-là, je n'avais de contact avec aucun officier supérieur. Je

14 n'arrêtais pas de chercher un officier supérieur parmi les personnes

15 présentes pour mettre sur pied une garde comme de règle, mais personne ne

16 s'est manifesté parmi les personnes présentes. Aucun officier supérieur. A

17 ce moment-là, j'étais le seul officier présent sur place, le seul à

18 rétablir l'ordre. Même s'il y avait eu d'autres officiers là-bas, personne

19 ne s'est manifesté. Je n'arrêtais pas de chercher quelqu'un avec qui

20 j'aurais pu mener cette mission, que ce soit du coté de la TO, ou de la

21 JNA. Au moment où je mettais sur place la garde, la sécurité, ou je sortais

22 du hangar, toutes les personnes qui n'avaient rien à faire là-bas, qui

23 n'étaient pas habilitées à y rester, personne ne s'est présenté.

24 Q. Cette question va peut-être vous paraître dérisoire ou ridicule, mais

25 il faut que je vous la pose. Pour quelle raison aviez besoin qu'un officier

26 vous aide à ce moment-là ? Pourquoi avez-vous demandé de l'aide ?

27 R. Tout officier commande son unité. Je ne peux pas commander une unité

28 qui est placée sous le commandement de quelqu'un d'autre. Même si ce n'est

Page 8423

1 qu'un groupe, une section. Il faut que ce soit son commandant, son chef qui

2 la commande. C'est pour cela que je cherchais à entrer en contact avec un

3 officier pour qu'on se mette d'accord sur la manière dont on allait

4 commander et qu'on se répartisse les responsabilités entre nous. Nos

5 responsabilités respectives. Je vous dis, j'ai cherché à me mettre en

6 contact avec quelqu'un, cela n'a pas été possible. Je l'ai fait comme j'ai

7 pu jusqu'au moment où le capitaine Karanfilov est apparu.

8 Q. Nous allons en parler plus tard, mais pour le moment, je voudrais vous

9 poser des questions au sujet de quelques points que vous avez mentionnés et

10 que nous n'avons pas encore explorés. Vous avez dit qu'on vous a informé

11 que les différents groupes avaient été catégorisés d'après la gravité des

12 crimes ou délits qu'ils auraient commis ou pas. Comment avez-vous compris

13 cela lorsqu'on vous l'a

14 dit ?

15 R. Ce que j'essaie de vous dire, c'est que personne ne m'a fait rapport

16 officiellement au sujet de cela, c'est quelque chose que j'ai entendu en

17 passant pendant que je donnais des ordres, pendant qu'avec l'aide des

18 policiers militaires j'établissais l'ordre et la discipline dans le hangar

19 et à l'extérieur de celui-ci. Il y avait des injures, des invectives, des

20 commentaires et des objections de la part des membres de la TO de Vukovar.

21 C'était quelque chose qu'on entendait sur place.

22 Q. Qui a réparti les gens en catégorie avant votre arrivée ?

23 R. Non, je ne sais pas qui les a répartis en groupe. C'est ce qu'on m'a

24 dit, mais je ne l'ai pas accepté comme étant quelque chose qui avait

25 réellement été mené à bien. Certains disaient une chose, d'autres en

26 disaient une autre. Aucune de ces histoires ne m'intéressaient. J'étais

27 polarisé sur le fait qu'il fallait que j'assure la garde de ces prisonniers

28 comme je l'avais fait eu égard au groupe de Mitnica. Qu'on l'ait fait ou

Page 8424

1 qu'on ne l'ait pas fait, je n'avais pas à l'estimer à ce moment-là. Il ne

2 m'appartenait pas, à ce moment-là, d'apprécier si l'un quelconque d'entre

3 eux avait commis ou non un crime ou délit. Pour moi ils étaient tous placés

4 sur un pied d'égalité, c'était tous des prisonniers de guerre et il fallait

5 que je les sécurise.

6 Q. Vous nous avez dit que vous avez cherché à identifier des officiers ?

7 Avez-vous réussi à identifier quelqu'un qui semblait exercer le

8 commandement ou qui semblait avoir la responsabilité pour ce que

9 j'appellerais la TO de Vukovar ?

10 R. Personne n'est venu se présenter à moi en me disant qu'il était

11 officier ou commandant d'une unité, que son unité était là pour qu'on

12 continue de collaborer. Mais ce qui est très important, c'est la chose

13 suivante : à chaque fois que je m'adressais aux hommes de la Défense

14 territoriale pour qu'ils se dirigent ou se tournent soit vers la porte soit

15 dans une autre direction, ils finissaient par sortir avec quelques

16 reproches ou objections. D'après ce fait là qu'ils se tournaient vers la

17 porte ou vers quelque part, je me suis dit qu'ils cherchaient du regard

18 quelqu'un qui était important, qui avait de l'autorité, qui était un

19 officier. Cela s'est révélé vrai. Pendant tout le temps, ils se tournaient

20 dans la direction de deux officiers qui, par la suite, m'ont été présentés

21 comme des officiers de la TO Vukovar.

22 Q. Etes-vous en mesure de nous donner le nom de ces deux officiers de la

23 Défense territoriale ?

24 R. On m'a présenté ces deux hommes comme on m'avait présenté Karanfilov

25 avant cela. C'est le capitaine Karanfilov qui m'a présenté ces deux hommes,

26 mais je ne me souviens pas de leurs noms. Je vous ai déjà dit ce que je

27 savais, à savoir que l'un d'entre eux, celui qui était plus petit, se

28 déplaçait beaucoup plus que l'autre homme qui était plus grand. Il avait

Page 8425

1 des cheveux sombres, il portait un manteau sombre, je crois qu'il portait

2 un bouc. Tandis que Mirko, l'autre homme était un peu plus petit que moi.

3 Il était blond et il se déplaçait un peu plus. Il y avait un autre soldat

4 qui l'accompagnait quand il se déplaçait ainsi, il était assez gros. Plus

5 tard, lorsque Karanfilov me les a présentés, il s'est avéré qu'il

6 s'agissait d'officiers. En ce qui concerne Mirko, son prénom et son nom de

7 famille sont indiqués ici. A l'époque, je crois qu'on me l'a présenté comme

8 étant Mirko. Je crois que je l'avais rencontré une fois à Vukovar avant

9 cela et j'ai noté à l'époque qu'il s'agissait de Miroljub Vukovic de la

10 Défense territoriale de Vukovar. Son prénom était Miroljub et non pas

11 Mirko.

12 Q. Je vais revenir sur ce sujet, peut-être qu'il s'agit d'une question de

13 formulation, mais il faudra porter quelques éclaircissements. Pourriez-

14 vous, s'il vous plaît, regarder l'écran que vous avez devant vous en haut à

15 droite, il s'agit d'une copie de votre carnet 2714. Est-ce que vous voyez

16 cela ? Il s'agit d'une copie de votre carnet, pourriez-vous, s'il vous

17 plaît, nous dire de quoi il s'agit et à quel moment vous avez noté cela, ce

18 qui apparaît à l'écran ?

19 R. Ce que j'ai sous les yeux, c'est la page 73, c'est de cela que vous

20 voulez parler ?

21 Q. Oui. Je ne sais pas si vous avez la même copie que moi, mais ma copie

22 est très difficile à lire. Est-ce que vous arrivez à lire ce qui est

23 écrit ?

24 R. Oui. Le numéro 2 est encerclé, Olajnica, bâtiment numéro 6. Momcilo,

25 Miroslav, 1969, Vukovar, Miroljub Vukovic, TO de Vukovar. Peut-être que je

26 peux clarifier les choses davantage si vous le souhaitez.

27 Q. Je souhaiterais simplement que l'on procède par étape. Il y a une

28 entrée avec une étoile, un astérisque. Est-ce que vous voyez cela ?

Page 8426

1 R. Oui.

2 Q. Je souhaiterais que vous lisiez ce qui est indiqué ici et que vous

3 attendiez ma question ?

4 R. A coté de l'astérisque on peut lire Savic Momcilo Miroslav, 11 févier

5 1969, Vukovar Proleterska, le numéro 2 Vukovar. Kom. Miroljub Vujovic, TO

6 Vukovar.

7 Q. Lorsque vous utilisez le terme "kom", qu'est-ce que cela signifie ?

8 Kom. Miroljub Vujovic, qu'est-ce cela veut dire ? Ce "kom" veut dire quoi ?

9 R. Cela signifie commandant de la Défense territoriale, c'est la version

10 abrégée.

11 Q. Pourquoi avez-vous noté cela dans votre carnet ?

12 R. Le prénom et le nom de famille qui sont indiqués à côté de

13 l'astérisque, Savic Momcilo Miroslav, était un homme originaire de Vukovar.

14 A l'époque où j'étais à la caserne de Vukovar, il y a eu un incident qui

15 s'est produit impliquant cet homme. Il a commencé à provoquer des problèmes

16 au sein de l'unité déployée à Vukovar. Il a proféré des menaces, des

17 injures, il a même menacé de faire sauter une bombe pour faire tuer

18 beaucoup de membres de l'unité. Lorsque j'ai rencontré cet homme, j'ai noté

19 des renseignements le concernant et je lui ai posé des questions au sujet

20 de son commandant. Il m'a dit que son commandant s'appelait Miroljub

21 Vujovic. Je suis allé voir ce Miroljub et il m'a dit qu'effectivement

22 c'était un homme qui posait des problèmes parce que ses parents ainsi que

23 sa sur avaient été tués. Il était très nerveux, après quoi Miroljub et moi

24 sommes parvenus à un accord quant à la manière dont nous devions traiter

25 cet homme. Tout s'est bien passé car il n'y pas eu d'autres problèmes avec

26 cet homme.

27 Q. Aviez-vous déjà rencontré ce dénommé Miroljub ?

28 R. Oui. J'ai vu Miroljub ce soir-là à Ovcara. En ce qui concerne Savic, il

Page 8427

1 est venu à deux autres reprises à la caserne à mon bureau et nous avons

2 parlé de la question de la coopération.

3 Q. Je souhaiterais que nous nous intéressions à Ovcara en particulier et à

4 Miroljub.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Avant de faire cela, je tiens à

6 souligner que dans le compte rendu d'audience, page 21, ligne 12, le nom

7 que vous évoquez n'a pas été consigné correctement. On peut lire Vukovar au

8 lieu de Vujovic pour le nom de famille.

9 M. MOORE : [interprétation] Je pensais en traiter plus tard.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Allez-y maintenant vous pouvez évoquer

11 ce que vous souhaitez.

12 M. MOORE : [interprétation] Très bien, merci.

13 Q. Nous allons parler de l'incident d'Ovcara. Vous avez parlé de la

14 Défense territoriale de Vukovar, la TO. Vous avez parlé des personnes qui

15 se trouvaient à cet endroit et vous avez déclaré qu'il y avait des hommes

16 qui étaient responsables de la situation, chargés de s'en occuper. Je

17 souhaiterais que l'on parle à présent, de l'homme plus petit, vous nous

18 avez parlé des deux hommes qui étaient responsable, je souhaiterais que

19 l'on parle de cet homme plus petit. Savez-vous comment il s'appelait ?

20 R. Non. A l'époque je l'ignorais, je pense que l'on s'adressait à lui en

21 l'appelant Mirko, mais je ne suis pas certain que c'était le cas. Peut-être

22 que ma mémoire me joue des tours, mais même aujourd'hui j'ai l'impression

23 qu'il s'appelait Mirko.

24 Q. Quelle est votre taille ?

25 R. Je mesure 1 mètre 74.

26 Q. Etes-vous en mesure de nous dire si ce dénommé Mirko était de votre

27 taille, plus grand que vous ou plus petit que vous ? Inutile de vous livrer

28 à des spéculations.

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1 R. Mirko était un peu plus petit que moi.

2 Q. Parlons de sa corpulence. Etes-vous en mesure de nous dire s'il était

3 mince, de forte corpulence, de corpulence moyenne ? Pouvez-vous nous dire

4 cela ?

5 R. Il était solide. Il n'était pas gros. Je pense qu'il était de

6 corpulence normale, il se déplaçait facilement.

7 Q. Est-ce qu'il portait un uniforme à ce moment-là ?

8 R. Je ne m'en souviens pas.

9 Q. Pourquoi pensiez-vous qu'il était le chef de ce groupe ou qu'il était

10 l'un des chefs de ce groupe ?

11 R. Avant l'arrivée du capitaine Karanfilov, comme je l'ai déjà dit, toutes

12 les personnes du groupe le cherchaient du regard et cherchaient également

13 du regard l'autre homme qui portait un couvre-chef. Après cela, ils

14 faisaient tout ce que je leur disais, mais j'en ai conclu qu'ils

15 demandaient l'autorisation de ces deux hommes pour savoir s'ils devaient

16 obéir ou non à mes instructions. C'est l'impression que j'ai eue à

17 l'époque.

18 Q. Il s'agit du premier homme que vous avez mentionné. Qui était le

19 deuxième homme que vous avez vu ce soir-là et qui, selon vous, était

20 responsable de la situation, qui contrôlait d'une certaine manière la

21 Défense territoriale de Vukovar ou les hommes de la Défense territoriale

22 qui se trouvaient présents à cet endroit-là, à ce moment-là ?

23 R. L'autre homme était un peu plus grand que moi, il portait un couvre-

24 chef de couleur noir assez grand et particulier. Il portait une verste en

25 cuir. D'après mes souvenirs, il était barbu. Il restait essentiellement à

26 un endroit, il ne se déplaçait pas beaucoup. Il n'était pas aussi agile que

27 le dénommé Mirko.

28 Q. Vous nous avez déclaré également que vous aviez vu Vujovic ce soir-là à

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1 Ovcara. Que faisait-il ?

2 R. Il était là avec les autres. Lorsque j'ai donné des ordres en ce sens,

3 ils ont tous quitté le hangar, et il n'y avait plus personne à l'intérieur

4 hormis les policiers militaires. Autour du bâtiment, il y avait de nombreux

5 membres de la Défense territoriale qui criaient, qui proféraient des

6 injures, parce qu'ils voulaient rester là. Pour calmer la situation, je les

7 ai autorisés à rentrer par petits groupes et à se déplacer le long du

8 cordon pour voir qui était là.

9 Après cela, ils devaient sortir à l'extérieur. Ils proféraient des

10 injures, des insultes, ils faisaient des commentaires sur les gens qu'ils

11 avaient reconnus, ceux qu'ils n'avaient pas reconnus. Si un tel avait tué

12 quelqu'un il se racontait des histoires entre eux.

13 Q. Comment décririez-vous l'ambiance à l'intérieur du hangar compte tenu

14 du comportement des membres de la TO de Vukovar ?

15 R. A partir du moment où le contrôle a été rétabli, à l'intérieur, il n'y

16 avait personne qui n'était pas sensé s'y trouver hormis les personnes que

17 nous autorisions à rentrer de temps à autre. La situation à l'extérieur du

18 hangar était la même. Les gens étaient en colère. Lorsqu'ils sortaient du

19 hangar, ils se racontaient des histoires, ils disaient que telle personne

20 était originaire de tel quartier de Vukovar, qu'il y habitait qu'il avait

21 tué un tel. Cela n'a fait que contribué à augmenter la tension entre les

22 membres de la TO de Vukovar, car ils avaient perdu des membres de leur

23 famille ou des proches qui avaient été tués.

24 Q. Vous avez dit qu'ils disaient des choses au sujet de ce qu'il faisait.

25 Que disait-il sur ce qu'ils allaient faire aux personnes qui se trouvaient

26 à l'intérieur ?

27 R. Personne ne s'est adressé directement à moi, personne n'a essayé de me

28 contraindre à faire quoi que ce soit, mais ils parlaient entre eux par

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1 petits groupes et on pouvait entendre ce qu'ils se disaient. Ils parlaient

2 assez fort, ils juraient beaucoup. Ils se racontaient qui ils avaient

3 reconnu à l'intérieur, où un tel se cachait, qui avait fait quoi à qui.

4 Personne ne s'est adressé directement à moi. Personne ne m'a demandé à

5 faire quoi que ce soit, ne m'a contraint à faire quoi que ce soit. Ils

6 parlaient entre eux, c'est tout. Ils ne disaient pas qu'ils voulaient tuer

7 telle ou telle personne, ils juraient tout simplement. Ils s'expliquaient

8 les uns aux autres ce que les prisonniers avaient fait par le passé. Il y a

9 beaucoup de jurons dans la langue serbe.

10 Q. Cela vous surprendra peut-être, mais tout le monde n'est pas si

11 sensible que cela. Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples de

12 jurons que vous avez pu entendre à l'extérieur du hangar d'Ovcara, si cela

13 ne vous dérange pas ?

14 R. Je ne me souviens pas de tout ce qui a été dit. Il s'agit de gros mots.

15 Nous avons l'habitude, ces jurons sont courants à nos oreilles, rien

16 n'indiquait que quelque chose allait se passer après cela.

17 Q. Combien de soldats se trouvaient à cet endroit à ce moment-là ? Combien

18 de soldats étaient censés assurer la sécurité de ces personnes ?

19 R. Il y avait entre 15 et 20 policiers. Je suis arrivé à bord d'un

20 Pinzgauer, il y avait deux autres policiers avec moi. Au total, nous étions

21 une vingtaine.

22 Q. Vous nous avez dit qu'en ce qui concerne l'évacuation de Mitnica, il y

23 avait une soixantaine de personnes chargées d'assurer la protection. Il

24 s'agissait d'un groupe beaucoup plus important en comparaison ?

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Lukic ?

26 M. LUKIC : [interprétation] Mon confrère essaie de mettre des mots dans la

27 bouche du témoin. Le témoin a déclaré hier que le groupe de Mitnica était

28 protégé à tout moment par 20 soldats et cela a été le cas pendant toute la

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1 nuit, il y avait entre 15 et 20 personnes. On essaie de suggérer maintenant

2 que le nombre de policiers mentionné par le témoin concernait uniquement le

3 groupe de Mitnica.

4 M. MOORE : [interprétation] J'ai un exemplaire du compte rendu d'audience.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Inutile, Monsieur Moore. Le groupe

6 chargé d'assurer la garde la nuit précédente était plus important. Le fait

7 que l'on ait parlé à un moment donné de 15 à 20 personnes importe peu par

8 rapport au nombre de personnes qui étaient présentes à ce moment-là.

9 Poursuivez, Monsieur Moore.

10 M. MOORE : [interprétation]

11 Q. Vous nous avez dit que ce groupe était plus important. Pourriez-vous

12 aider les juges de la Chambre en nous disant, si vous le savez, si

13 quelqu'un a exprimé des préoccupations particulières quant au nombre de

14 soldats sur le terrain ? Quelqu'un s'est-il inquiété de l'insuffisance de

15 soldats sur le terrain, chargés de protéger ce groupe ?

16 R. Comme je l'ai déjà dit, je n'ai pas trouvé d'officiers à ce moment-là à

17 qui j'aurais pu parler. Il y avait entre 15 et 20 policiers à ma

18 disposition, et je devais faire avec les hommes que j'avais. Donc, ils

19 n'étaient pas suffisants pour la deuxième et la troisième équipe. J'ai dû

20 me contenter de ce nombre d'hommes pour le reste de la nuit. Il fallait

21 assurer la sécurité toute la nuit. C'était difficile. Ils devaient

22 s'assurer des prisonniers à l'intérieur du hangar et assurer la sécurité à

23 l'extérieur du hangar également.

24 Q. Avez-vous vu le colonel Vojnovic à quelque moment que ce soit ce jour-

25 là à Ovcara ?

26 R. Non. Entre mon arrivée à Ovcara et le moment où je suis parti, je n'ai

27 pas vu le lieutenant-colonel Vojnovic.

28 Q. Vous nous avez dit que vous aviez Karanfilov ce jour-là un peu plus

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1 tard. Je souhaiterais que l'on parle de cela. Quand avez-vous revu

2 Karanfilov ce jour-là, le 20 ?

3 R. A un moment donné, le capitaine Karanfilov est arrivé au hangar. Je lui

4 ai parlé de la situation que j'avais pu constater. Je lui ai parlé des

5 mesures que j'avais prises et je lui ai fait un rapport comme j'avais fait

6 rapport à mes supérieurs en ce qui concerne le groupe de Mitnica. J'avais

7 assuré la coordination avec cet officier plus tôt. J'étais censé

8 poursuivre. Donc, je l'ai informé de la situation et des mesures qui

9 avaient été prises.

10 Q. Là encore, nous allons essayer d'établir la chronologie des évènements.

11 Vous avez déclaré qu'au moment de votre arrivée, il faisait sombre et qu'il

12 était difficile de dire quelle heure il était. Depuis combien de temps

13 étiez-vous à Ovcara lorsque Karanfilov est arrivé ?

14 R. Je ne peux pas vous donner de réponse précise. Mais entre le moment où

15 je suis arrivé et le moment où je suis parti, il a dû s'écouler tout au

16 plus deux heures. Peut-être que j'ai passé encore une demi-heure avec

17 Karanfilov. Donc, au total, il s'est peut-être écoulé une heure et demie

18 entre le moment où je suis arrivé et le moment où le capitaine Karanfilov

19 est arrivé. Mais je ne fais que deviner.

20 Q. Est-ce que l'on vous a dit que Karanfilov s'était occupé de

21 l'évacuation avant d'arriver à cet endroit ?

22 R. Non. Comme je vous l'ai déjà expliqué, il n'y avait pas d'officier sur

23 place avec qui j'aurais pu m'entretenir et qui aurait pu m'apprendre qu'il

24 y avait des gens de l'hôpital de Vukovar. Lorsque le capitaine

25 Karanfilov est arrivé, il m'a dit que ces gens venaient de l'hôpital, et

26 qu'un genre d'accord avait été conclu entre la JNA et la TO de Vukovar, aux

27 termes duquel la TO de Vukovar devait assurer la sécurité du bâtiment et

28 des prisonniers.

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1 Q. Je vois que la Défense va intervenir. Je poserai ma question ensuite.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Me Vasic, allez-y.

3 M. VASIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

4 Le témoin a déclaré qu'on lui avait dit que les autorités civiles devaient

5 prendre le contrôle de la ville de Vukovar. Je pense que c'est ce que le

6 témoin a dit, mais cela n'a pas été consigné au compte rendu. Peut-être que

7 mon confrère pourrait tirer cela au clair.

8 Excusez-moi. Mes confrères m'ont corrigé. En fait, le témoin a déclaré que

9 c'était la TO qui devait prendre le contrôle de la ville de Vukovar.

10 M. MOORE : [interprétation]

11 Q. Je vais parler de la conversation que vous avez eue avec Karanfilov.

12 Car il semble que la confusion règne à cet égard. Ignorez tout ce que vous

13 avez pu entendre dans votre propre langue, parlez simplement de ce dont

14 vous vous souvenez. Parlons de Karanfilov, tout d'abord. Que vous a dit

15 Karanfilov ?

16 R. Je ne sais pas si je me suis bien exprimé, mais Karanfilov m'a dit

17 qu'il y avait eu une réunion et que la JNA avait conclu un accord avec la

18 TO de Vukovar aux termes duquel la TO devait prendre le contrôle. Ma langue

19 a peut-être fourché la première fois lorsque j'ai parlé de cela. Peut-être

20 que les choses se sont déroulées dans un autre ordre. Mais le capitaine

21 Karanfilov m'a expliqué certaines choses. Il m'a dit que sur la base de

22 l'accord conclu, la TO de Vukovar devait s'assurer de la sécurité des

23 prisonniers. C'est ce qu'il m'a dit.

24 Q. Il me semble que vous nous avez également dit que Karanfilov avait dit

25 que les prisonniers venaient de l'hôpital; est-ce exact ?

26 R. Oui. Pour autant que je m'en souvienne aujourd'hui, j'avais une idée de

27 ce qui s'est passé. On m'a précisé les choses, mais je ne me souviens pas

28 des mots exacts qu'il a utilisés. C'est en substance l'information qu'on

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1 m'a transmise.

2 Q. Vous avez parlé d'un accord conclu entre la JNA et la TO de Vukovar aux

3 termes duquel la TO Vukovar devait s'occuper des prisonniers; est-ce

4 exact ?

5 R. Oui. On m'a dit qu'une réunion avait eu lieu. Je ne sais pas à quel

6 niveau ni à quel endroit. Cela a peut-être été mentionné, mais je ne m'en

7 souviens pas. On m'a dit que la TO de Vukovar devait prendre le contrôle de

8 Vukovar et s'occuper des prisonniers qui se trouvaient sur place.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore.

10 R. Par conséquent, les autorités civiles - excusez-moi, peut-être que je

11 vais réussir à vous préciser les choses. Des autorités civiles ont été

12 mises en place, et elles étaient censées s'occuper des prisonniers.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, j'interviens en raison

14 de la mention faite à la page 28, ligne 9. Est-ce que la conversation avec

15 le capitaine Karanfilov a eu lieu le 19 ou le 20 novembre ?

16 M. MOORE : [interprétation] Je pensais poser une question sur ce point ou

17 je pensais avoir posé une question à la page 28, ligne 8 du compte rendu.

18 J'ai dit que vous aviez vu Karanfilov ce jour-là, plus tard, une deuxième

19 fois. Quand est-ce que vous avez revu Karanfilov le 20. Donc, j'ai

20 mentionné la date.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Mais là, nous sommes revenus à la date

22 du 19. C'est pour cela que je souhaiterais obtenir des éclaircissements.

23 M. MOORE : [interprétation] Nous n'avons jamais parlé du 19, Maintenant, je

24 comprends votre question, Monsieur le Président. Je vais demander au témoin

25 de tirer cela au clair. Car, en fait, il est allé à Ovcara à deux reprises.

26 Je lui demanderai quand il y est allé pour la deuxième fois.Merci.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ensuite, nous ferons la pause.

28 M. MOORE : [interprétation] Très bien. Merci beaucoup.

Page 8436

1 Q. Monsieur, vous nous avez dit être retourné à Ovcara. Savez-vous à

2 quelle date vous y êtes retourné ?

3 R. Non.

4 Q. Pour ce qui est des dates et des moments de la journée, à l'époque,

5 cela ne me paraissait pas important. Ce que je sais, notamment grâce au

6 fait qu'on a ravivé mes souvenirs au moment des entretiens et des enquêtes,

7 ce que je sais, c'est que le groupe de Mitnica était là le 18 et le 19. Là,

8 j'étais en train de parler du 20. Je ne pense pas avoir dit autre chose à

9 propos du 19, si ce n'est certaines choses concernant le transfert des

10 prisonniers de Mitnica ou plutôt leur transport à Sremska Mitrovica.

11 Q. Lorsque vous parlez de cet épisode, que j'appellerais l'épisode

12 concernant l'hôpital de Vukovar, vous parlez de la date du 20, n'est-ce pas

13 ?

14 R. Oui, le 20 au soir.

15 M. MOORE : [interprétation] Je pense que vous voulez peut-être suspendre

16 l'audience.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Où avez-vous passé la soirée du 19 ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je devrais peut-être parler de cela

19 également. A mon retour de Sremska Mitrovica, un meurtre a été commis au

20 sein de notre unité. Je suis allé sur place pour assurer la sécurité des

21 lieux jusqu'à ce qu'on procède à l'enquête sur les lieux du crime. Donc,

22 j'étais à l'extérieur de Negoslavci. Le lendemain matin, j'ai conduit

23 jusqu'à Njemci, et après avoir quitté Njemci, je suis retourné en voiture à

24 Ovcara.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci beaucoup.

26 Nous allons suspendre l'audience et reprendre nos travaux à 11 heures

27 30. Je crois comprendre qu'il y a des photocopies à faire. Elles seront

28 examinées plus tard. L'audience est suspendue.

Page 8437

1 --- L'audience est suspendue à 11 heures 04.

2 --- L'audience est reprise à 11 heures 35.

3 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, veuillez poursuivre.

4 M. MOORE : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

5 Q. Je voudrais maintenant que nous parlions de la soirée du 20.

6 Karanfilov, vous nous avez dit qu'il était arrivé avec plusieurs personnes

7 et que vous aviez eu une conversation avec lui. Est-ce que vous vous

8 attendiez à voir Karanfilov ce soir-là ?

9 R. Je n'avais aucune idée de qui viendrait et même si quelqu'un venait, il

10 était logique de s'attendre pourtant à ce que l'un des officiers soit là

11 pour voir comment fonctionnait la sécurité, le régime de sécurité, de voir

12 si tout se déroulait conformément au plan. Donc d'une certaine façon, vous

13 pouvez dire que je m'attendais à voir l'un des officiers, de le voir

14 arriver, et c'est Karanfilov qui l'a fait.

15 Q. Pourriez-vous nous dire ce qu'il vous a dit, s'il vous plaît ?

16 R. Je lui ai rendu compte, je l'ai informé. J'ai informé le capitaine

17 Karanfilov de tout ce qui s'était passé, de tout ce que j'avais fait et de

18 l'état général de la situation. Il m'a à nouveau dit qu'il y avait eu une

19 réunion entre la JNA et la Défense territoriale de Vukovar. Il a dit qu'on

20 était parvenus à un accord pour que la Défense territoriale de Vukovar

21 prenne en main la ville en tant qu'autorité civile et que les prisonniers

22 seraient remis à la Défense de Vukovar.

23 Q. Est-ce que vous avez remis les prisonniers à Karanfilov quand il vous a

24 dit cela ?

25 R. Non. L'étape suivante, cela s'est passé à l'extérieur du hangar. Il y a

26 eu une autre conversation entre le capitaine Karanfilov, moi-même, l'homme

27 qui portait un grand chapeau et Mirko. Karanfilov m'a présenté aux gens de

28 la Défense territoriale de Vukovar, il me les a présentés et il a dit que

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1 la Défense territoriale de Vukovar prendrait maintenant en charge la

2 sécurité des prisonniers en me disant que je devais retirer mon unité ou la

3 faire partir. Lorsque j'ai demandé aux gens de la Défense territoriale de

4 Vukovar s'ils avaient des effectifs suffisants en hommes pour remplir les

5 tâches de sécurité, la réponse a été affirmative. Nous nous sommes salués,

6 j'ai pris congé et j'ai pris toutes les mesures nécessaires pour préparer

7 mon unité pour un retour à Negoslavci.

8 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Lukic.

9 M. LUKIC : [interprétation] Je ne voulais pas interrompre mon collègue,

10 mais à la page 32, ligne 25, le témoin a déclaré : "Je m'attendais à ce que

11 l'un des officiers, quant à savoir si c'était Karanfilov ou non"

12 L'interprétation a été différente.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore.

14 M. MOORE : [interprétation] Je ne sais pas quoi dire.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Si vous gardez le silence -- enfin,

16 c'est entièrement à vous de décider si vous voulez faire quoi que ce soit.

17 M. MOORE : [interprétation] La seule chose qui me préoccupe, c'est qu'on

18 est en train d'essayer de faire en sorte qu'un témoin fasse sa déposition

19 de façon continue. Il y a des interruptions, je suis sûr, avec les

20 meilleurs motifs possibles, mais il semble qu'il y ait des problèmes

21 d'interprétation qui concernent des problèmes essentiels, et c'est vraiment

22 très injuste et très peu souhaitable. Je ne sais pas ce que je peux dire à

23 ce sujet. Je fais confiance à mes confrères et à leur probité qui, bien

24 sûr, ne fait aucun doute, mais cela me cause des préoccupations. Enfin, je

25 vais poursuivre.

26 Q. Vous dites que vous avez demandé aux gens de la Défense territoriale de

27 Vukovar s'ils avaient des effectifs suffisants en hommes pour accomplir

28 toutes ces tâches de sécurité. Je voudrais que l'on traite de cette

Page 8439

1 question précise. Alors, à Mitnica, vous aviez environ 175 personnes

2 détenues et environ 60 personnes pour les garder, à un titre ou à un autre.

3 Est-ce que vous êtes capable d'apprécier ou est-ce que vous avez été à

4 l'époque capable d'apprécier combien d'hommes auraient été nécessaires pour

5 protéger comme il fallait ces détenus ? Ce cercle extérieur et ce cercle

6 intérieur, qui étaient échelonnés par rapport au temps où ils assuraient

7 cette garde.

8 R. Peut-être devrais-je répéter ce que j'ai fait, ce que j'ai estimé

9 logique de faire pour ce type de régime de sécurité dans un groupe

10 différent, mais dans des conditions analogues dans lesquelles j'ai pu

11 accueillir le groupe de Mitnica. J'attendais environ 60 soldats, ce qui

12 était réaliste. Ils pouvaient prendre des tours de garde, ceci aussi à

13 cause des conditions météorologiques qui existaient à ce moment-là. Je ne

14 voyais pas et je ne savais pas combien d'hommes eux avaient, à l'époque;

15 c'est pour cela que je leur ai demandé s'ils avaient des effectifs

16 suffisant en hommes pour pouvoir mettre en place le régime de sécurité

17 approprié. Je pensais que si c'était nécessaire, la compagnie de police

18 militaire devrait se joindre à eux et se trouver sous leur commandement, et

19 je voulais dire le capitaine Karanfilov et le lieutenant-colonel Vojnovic.

20 C'est pour cela que la question que je leur ai posée a été posée, c'est de

21 cela qu'il s'agissait lorsque je leur ai demandé s'ils avaient des

22 effectifs suffisant en hommes pour mettre en place ce régime de sécurité.

23 Q. Quel nombre d'hommes, pensez-vous, aurait été suffisant pour protéger

24 ce groupe de détenus qui était plus nombreux ?

25 R. Comme je l'ai dit, environ 60 soldats. Ceci aurait constitué un

26 minimum. Plus il y a de soldats, plus c'est facile de mettre en place ce

27 dispositif de sécurité. Mais au lieu de prendre des tours par tiers ou par

28 deux équipes, nous aurions pu avoir une équipe ou deux équipes -- enfin,

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1 nous avions un plus grand nombre d'hommes à notre disposition.

2 Q. Je vous remercie. Par la suite, est-ce que vous avez remis les

3 prisonniers, à la suite des assurances qu'on vous a données ?

4 R. Oui. Une fois que notre conversation était terminée, j'ai confié cette

5 mission qui était de faire en sorte que l'unité soit préparée, que les

6 policiers militaires sortent du hangar et que l'on monte dans nos

7 véhicules, et nous sommes partis en route pour Negoslavci.

8 Q. Lorsque vous êtes partis, qu'est-il arrivé à Karanfilov ? Est-ce qu'il

9 est parti avec vous, ou est-il resté ? Pourriez-vous nous aider, s'il vous

10 plaît ?

11 R. Une fois prêts à partir, les policiers étant montés dans ces véhicules,

12 j'ai pris congé de Karanfilov et des officiers de la Défense territoriale

13 de Vukovar, je suis remonté dans mon véhicule et je suis parti. Eux tous

14 sont restés à côté du hangar.

15 Q. Lorsque vous êtes partis d'Ovcara dans vos véhicules, que pensiez-vous

16 qu'il arriverait aux détenus qui désormais étaient gardés par la Défense

17 territoriale de Vukovar et Karanfilov ?

18 R. Je regrette, mais je ne comprends pas très bien ce que vous me demandez

19 là. Cela dit, on vous donne une mission, votre commandant vous donne un

20 ordre ou une mission, vous l'exécutez ou vous ne l'exécutez pas, puis vous

21 recevez une nouvelle mission; c'est tout à fait normal. J'avais reçu comme

22 mission -- on m'a dit de retirer mon unité parce qu'une autre unité allait

23 prendre la suite du point de vue sécurité, s'occuperait et prendrait en

24 charge la sécurité des prisonniers. Ceci m'a frappé comme étant quelque

25 chose de tout à fait normal. Je ne pensais à ce qui se passerait ensuite.

26 D'une certaine façon, j'étais heureux parce que j'ai pensé que nous ne

27 resterions pas, moi et mes soldats, à geler toute la nuit, mais ce serait

28 d'autres soldats. Du point de vue du froid, en fait, c'était un plaisir de

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1 quitter Ovcara.

2 Q. Vous avez utilisé le mot "mission", ou ordre, ou tâche. Que voulez vous

3 dire par "assignment" ? Mission ? Comment est-ce que ceci en fait se

4 compare avec le mot "ordre", le fait de recevoir un ordre ?

5 R. Un ordre, c'est quelque chose qu'il faut que j'exécute. Une mission,

6 c'est quelque chose qu'il faut que je planifie, que je prépare. Je suis en

7 train d'essayer d'expliquer les choses en dehors du temps, ici, pour ce qui

8 est de la formulation. Mais lorsque l'on vous donne une mission, il faut

9 que j'y réfléchisse, il faut une certaine préparation, des plans. Un ordre

10 est un ordre. Il m'a ordonné d'emmener mon unité ailleurs, je n'ai pas à

11 réfléchir à cela. La compagnie de police militaire partait maintenant et

12 remettait la charge de la sécurité à quelqu'un d'autre, et nous étions

13 censés être sur le chemin du retour à Negoslavci.

14 Q. Lorsque vous êtes retournés à Negoslavci, est-ce que vous avez vu le

15 colonel Vojnovic là-bas, ou pas ?

16 R. Je ne peux plus être certain, pour ce qui est de savoir si je l'ai vu

17 ou non. Il se peut que j'aie juste rendu compte à l'officier de permanence.

18 Je ne suis pas sûr qu'il ait été là ou pas. J'ai rendu compte, je me suis

19 présenté à l'officier de permanence, et ce, pour dire que nous étions

20 maintenant de retour après notre mission précédente, que nous n'étions plus

21 à Ovcara. Que Vojnovic ait été là ou non, c'est vraiment quelque chose que

22 je n'arrive pas à me rappeler.

23 Q. Pouvez-vous vous rappeler la date à laquelle, en fait, vous avez quitté

24 le secteur de Vukovar ?

25 R. Il se peut que j'aie fait une erreur sur les dates ou que je les aie

26 mélangées, mais je pense que c'était le 23. C'est la date de naissance de

27 mes enfants; c'est la raison pour laquelle ceci reste gravé dans ma

28 mémoire. Je pense que c'était le 23 que nous avons eu un ordre de mutation

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1 de Negoslavci pour aller à la caserne de Vukovar ?

2 Q. Combien de temps êtes-vous resté à Vukovar proprement dit, pouvez-vous

3 vous en rappeler, vous en souvenir ?

4 R. En ce qui me concerne personnellement, du 23 novembre, lorsque nous

5 avons fait entrer notre unité dans la caserne, et ceci jusqu'au 15 décembre

6 1991, c'est le 15 décembre que j'ai quitté Vukovar et que je suis retourné

7 à Kragujevac, mais pour autant que je sache, l'unité elle-même est restée

8 jusqu'au 15 janvier 1992.

9 Q. Je vais maintenant traiter de cette question avec un autre témoin, mais

10 je voudrais que nous parlions d'un domaine particulier qui est le suivant :

11 pendant que vous étiez à Vukovar, avez-vous entendu des rumeurs selon

12 lesquelles les prisonniers qui se trouvaient à Ovcara avaient ou ont été

13 maltraités ou tués ?

14 R. Je ne peux pas me souvenir exactement à quel moment, mais il y a eu des

15 rumeurs qui circulaient, toutes sortes de rumeurs selon lesquelles

16 quelqu'un avait été tué, que quelqu'un n'avait pas été tué, que quelqu'un

17 avait été blessé d'un coup de feu, que quelqu'un n'avait pas été blessé,

18 pas seulement en ce qui concerne ce groupe de personnes, mais il y avait

19 toutes sortes d'autres problèmes. Tout ceci, c'était du ouï-dire et des

20 soldats qui racontaient des histoires, mais personne ne prenait tout cela

21 au sérieux. A aucun moment je n'ai reçu de rapport officiel d'un officier

22 quelconque indiquant que tel groupe particulier de prisonniers de guerre

23 avaient été tués ou que des mesures devaient être prises à ce sujet. Je

24 n'ai rien entendu d'officiel.

25 Q. Je voudrais donc que nous parlions de ce sujet, s'il vous plaît. Voilà,

26 vous êtes-là, vous êtes la police militaire, vous vous trouviez dans le

27 secteur de Vukovar jusqu'à, je crois, jusqu'au 15 janvier. Est-ce qu'à un

28 moment quelconque, on vous a jamais demandé de vous renseigner ou de faire

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1 des enquêtes quant à la possibilité que des atrocités aient eu lieu à

2 Ovcara le 20 ?

3 R. Pas jusqu'à la date du 15 janvier; j'étais là jusqu'à la date du 15

4 décembre. Rien n'a été dit officiellement à aucun moment. On n'a jamais dit

5 que quelque chose s'était passé à Ovcara le 20. Personne n'a demandé à la

6 police militaire, à la compagnie de police militaire, de s'occuper de faire

7 des investigations concernant des crimes ou délits, ni d'aider le magistrat

8 militaire qui enquêterait lorsqu'il aurait découvert des crimes ou délits

9 éventuels.

10 Q. Donc ceci, c'est la période qui s'écoule jusqu'au 15 décembre. Puis,

11 vous quittez le secteur, mais il est clair que vous étiez dans une unité

12 qui participait aux évacuations d'Ovcara. Est-ce qu'à un moment quelconque

13 après le 15 décembre, vous auriez reçu une demande de renseignements ou

14 est-ce qu'on vous a demandé de vous renseigner ou de faire enquête

15 concernant des atrocités à Ovcara, et ceci, lorsque vous n'étiez plus à

16 Vukovar, lorsque vous aviez quitté Vukovar ?

17 R. Non. Officiellement, personne ne m'a rien demandé à ce sujet, ni avant

18 1998 environ, lorsque le lieutenant-colonel Jeftic m'a appelé et m'a

19 demandé si j'étais prêt à lui parler, à lui et au général Vasiljevic à ce

20 sujet. Le général est venu à Kragujevac, nous nous sommes retrouvés dans un

21 restaurant et nous avons parlé de la question. C'était la première fois que

22 je parlais à qui que ce soit et ceci était officieux. C'est officieusement

23 que j'ai parlé de la question. Par la suite, j'ai été convoqué par le

24 tribunal militaire pour faire une déclaration. J'ai fait cette déclaration

25 devant le tribunal militaire. Il y a eu des déclarations ultérieures et des

26 procès auxquels j'ai participé, et j'ai fait environ deux déclarations où

27 j'ai, en tous les cas, fait des dépositions deux fois à Belgrade, une fois

28 à Novi Sad et aussi au tribunal des crimes de guerre à Belgrade, et je ne

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1 me rappelle pas très bien si c'était ailleurs. Point n'est besoin de dire

2 que j'ai aussi fait une déclaration à l'enquêteur Vladimir Dzuro.

3 Q. Je vous remercie, beaucoup.

4 M. MOORE : [interprétation] Je n'ai pas d'autres questions à poser.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur Moore.

6 M. MOORE : [interprétation] Monsieur le Président, je vous prie de

7 m'excuser. Je voudrais demander que le journal ou le carnet de ce témoin

8 devienne une pièce à conviction. Mais ceci, pour le moment, ne représentait

9 -- je voudrais présenter une demande concernant le carnet ou le journal

10 dans son ensemble. Il se peut que mes confrères souhaitent une modification

11 de cela, de ce que je demande.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Y a-t-il une objection à ce que

13 l'ensemble du journal soit versé comme élément de preuve ? Il n'y en a pas

14 ? Il est versé au dossier.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agira de la

16 pièce à conviction 432.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Vasic.

18 M. VASIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. La Défense avait

19 présumé que l'ensemble du carnet serait présenté pour versement au dossier,

20 et c'était la raison pour laquelle il était nécessaire pour nous d'obtenir

21 des copies.

22 Contre-interrogatoire par M. Vasic :

23 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin. Pour commencer, je

24 voudrais vous demander quelque chose. Puisque nous utilisons la même

25 langue, veuillez s'il vous plaît faire une brève pause après chacune de mes

26 questions, et ceci avant d'y répondre, afin que les interprètes puissent

27 avoir le temps d'interpréter à la fois ma question et votre réponse de

28 façon à ce que nous puissions disposer d'un compte rendu d'audience précis

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1 de ces débats.

2 Au cours de l'interrogatoire principal, vous avez dit dans votre déposition

3 comment votre unité avait été mobilisée en 1991 et vous avez mentionné le

4 lieutenant-colonel Jeftic, qui était votre supérieur. Quel était son poste

5 ? Quelle était sa position ? Etait-il votre supérieur lorsque vous vous

6 trouviez à Kragujevac aussi ?

7 R. Oui, le lieutenant-colonel Jeftic était un officier de la 80e Brigade

8 motorisée.

9 L'INTERPRÈTE : L'interprète présume brigade motorisée.

10 R. Je ne suis pas très sûr du corps auquel il appartenait, techniquement

11 parlant. Je sais que tout ce qui concerne la constitution de la compagnie

12 de police militaire, du point de vue de ses effectifs, de sa préparation et

13 des exercices que nous avions en 1991, cela a été avec lui, cela a été de

14 son temps. A l'époque du dernier appel à la mobilisation, il était tout le

15 temps avec moi. Il était avec moi à Smederevo, il est venu avec moi à

16 Negoslavci, et après cela, il est reparti. Je ne suis pas sûr techniquement

17 parlant qu'il appartenait à la 80e Brigade motorisée ou au corps, ou peut-

18 être à une unité tierce.

19 Q. Je vous remercie beaucoup. Vous avez mentionné le corps. Précisons les

20 choses. Est-ce que nous sommes en train de parler du 24e Corps, le corps

21 dont faisait partie la 80e Brigade motorisée ?

22 R. Oui, c'est exact.

23 Q. Est-ce que le lieutenant-colonel Jeftic était le chef de la sécurité de

24 la brigade ou du corps ?

25 R. Le lieutenant-colonel Jeftic a travaillé avec moi tout au long. Il

26 était l'organe de sécurité qui était chargé de notre unité. Quant à savoir

27 si du point de vue organigramme ou établissement, il appartenait, ou

28 plutôt, si ses fonctions étaient auprès du corps, cela, j'ai un doute à

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1 cause de l'endroit où se trouvait son bureau, pour savoir s'il faisait

2 officiellement partie du corps ou s'il appartenait seulement à la 80e

3 Brigade motorisée.

4 Q. Je vous remercie. Comme vous l'avez dit, donc il était compétent pour

5 votre unité comme étant une de ses fonctions ou mission de sécurité, mais

6 est-ce qu'il ne traitait que des questions qui avaient trait à la sécurité

7 ou est-ce qu'il travaillait également au contre-espionnage à des tâches de

8 renseignement ? Est-ce qu'il appartenait à ce groupe ?

9 R. J'étais un capitaine de réserve, donc j'étais censé avoir un officier,

10 un supérieur qui me confierait des missions, et c'était le commandant ou

11 quelqu'un d'autre de l'organe de sécurité. Ceci était suffisant pour moi,

12 et tout le reste était --

13 Q. Je vous remercie. Vous avez expliqué votre arrivée dans le secteur de

14 Negoslavci et le fait que début novembre, vous vous étiez présenté au

15 commandement de votre unité et qu'on vous avait attribué un local où vous

16 pourriez être hébergé à Negoslavci. En ce qui concerne les tâches de votre

17 unité en tant que compagnie de police militaire, est-ce que vous avez aussi

18 organisé les choses dans une installation qui devait être utilisée comme

19 centre de Détention de soldats ? Est-ce que cela a été une des tâches qui

20 vous a été confiée ?

21 R. A mon arrivée pendant cet après-midi-là, il y eu une série d'actions.

22 Il fallait enlever les véhicules de la rue, il fallait les camoufler, il

23 fallait préparer des endroits où les soldats pourraient être hébergés, ceux

24 qui n'étaient pas de service. Il fallait mettre sur pied une garde devant,

25 puis une garde pour la nuit. La première tâche a été de sécuriser l'entrée

26 de Negoslavci en provenance de Vukovar, donc on a installé une rampe avec

27 des hommes qui devaient la sécuriser. Puis, il fallait relever les soldats

28 qui depuis plusieurs jours, étaient dans l'escorte du commandant. Donc, je

Page 8447

1 les ai mis en repos et relevés. Pendant cet après-midi-là ou le lendemain

2 matin -- enfin, il faut savoir qu'il y avait une cave dans ce bâtiment où

3 ils se sont trouvés. Je ne sais si c'est ce soir-là qu'on l'a sécurisée et

4 qu'on l'a transformée pour en faire une prison ou un lieu de détention, ou

5 était-ce le lendemain matin, donc, mais c'est ce qu'on a fait. Si je vous

6 énumérais tout ce qu'on a fait, je pense que cela prendrait beaucoup de

7 temps et ce serait peut-être inutile.

8 Q. Non. Je ne vous poserai plus de questions dans ce sens. Mais je vais

9 vous demander autre chose. Vous nous avez dit comment vous vous êtes

10 organisé, arrivé à l'endroit où vous étiez stationnés. Vous aviez votre

11 adjoint et deux chefs de peloton dans votre unité, n'est-ce pas ?

12 R. Oui. Donc, dans mon unité -- enfin, je ne me rappelle plus exactement

13 de noms, qui étaient quoi, mais d'après mes souvenirs, Mika Pavlovic était

14 chef de compagnie, puis il y avait des chefs de section aux pelotons. Ils

15 n'étaient pas tous là dans un premier temps, mais ils sont arrivés les uns

16 après les autres. Donc, si je n'avais pas un officier de réserve sur place

17 pour être chef de peloton, il fallait bien que je nomme quelqu'un à sa

18 place en attendant qu'il n'arrive.

19 Q. Mais vous souvenez-vous qui vous remplaçait à la tête de la compagnie

20 de police militaire ?

21 R. Je n'arrive pas à me souvenir.

22 Q. Merci. Dans cette compagnie de police militaire, vous aviez également

23 un peloton de police chargé de la circulation. Pouvez-vous nous dire

24 quelles étaient ses attributions et combien de véhicules ils avaient ?

25 Quels étaient leurs effectifs ?

26 R. Ce qui a toujours posé problème, c'est que le recomplètement n'a jamais

27 été mené à bien. Un peloton avait été enlevé déjà à Smederevo, et pour

28 autant que je le sache, il a été resubordonné ou rattaché au Groupe

Page 8448

1 opérationnel nord. Pour ce qui est de notre départ pendant qu'on était en

2 mouvement, ce peloton chargé de circulation assurait la sécurité et

3 dirigeait l'unité le long de son itinéraire. Mais à Vukovar même, puisque

4 je n'avais pas suffisamment d'hommes, ces hommes de la circulation, comme

5 on les appelait, je les ai utilisés dans le cadre des missions de la police

6 militaire. Ils n'étaient pas libres quand il ne s'agissait pas de sécuriser

7 les hommes en mouvement, mais ils étaient chargés des missions qui étaient

8 celles de police militaire.

9 Q. Qui était chef de peloton de cette police de la circulation ? Vous vous

10 en souvenez-vous ?

11 R. Non.

12 Q. Merci. Donc, la police chargée de la circulation devrait escorter les

13 colonnes en mouvement dans la zone d'opérations de l'unité à laquelle cette

14 police appartient; c'est cela ?

15 R. A l'entrée à Negoslavci, ils auraient dû gérer l'entrée et la sorite

16 des véhicules. Cependant, ces hommes chargés de la circulation ne se sont

17 pas acquittés de la mission pour laquelle ils avaient été préparés, mais

18 ils devaient exécuter ce que je leur disais. Enfin, c'est un petit peu

19 gênant, parce qu'on perdrait beaucoup de temps, mais je peux vous dire

20 comment je me suis organisé, comment j'ai procédé avec cette compagnie pour

21 pouvoir accomplir les missions qui m'avaient été confiées.

22 Q. Je vous remercie. Peut-être reviendra-t-on à cela, mais on va changer

23 de sujet. C'était le rôle joué par la police chargée de la circulation qui

24 m'intéressait, mais on reviendra peut-être à cette question plus tard.

25 Vous savez sans aucun doute qu'à un moment donné, la 80e Brigade motorisée,

26 dans sa zone d'opérations ou dans sa zone de responsabilité, a dû établir

27 des postes de commandement dans la zone de Jakubovac, Grabovo et Ovcara; le

28 savez-vous ?

Page 8449

1 R. Je ne me souviens pas avoir été informé, moi personnellement, de cela.

2 Q. L'unité de police militaire, dans le cadre du commandement d'une

3 localité, est chargée d'assurer l'ordre, le travail, la discipline, la

4 sécurité à la fois de la prison et du lieu de détention militaire ?

5 R. Oui.

6 Q. Pendant la période qui va du 16 au 20 novembre, de la part du

7 lieutenant-colonel Vojnovic ou de la part de Dragi Vukosavljevic ou de la

8 part du lieutenant-colonel Jeftic, est-ce que vous avez reçu des

9 instructions sur le plan de l'exécution de votre mission, de vos devoirs ?

10 Nous avons des problèmes d'interprétation. Je vais le dire lentement.

11 Pendant la période du 16 novembre au 20 novembre, d'après vos souvenirs,

12 avez-vous reçu des instructions de la part du lieutenant-colonel Vojnovic,

13 de la part du lieutenant-colonel Jeftic ou de la part du capitaine Dragi

14 Vukosavljevic eu égard à l'exécution de ces tâches consistant à mettre sur

15 pied une sécurité, à garantir l'ordre et la discipline, sécuriser le lieu

16 de détention et la prison militaire dans ce secteur qui comprend

17 Negoslavci, Grabovo, Ovcara et Jakubovac ?

18 R. Si je vous ai bien compris, vous voulez savoir si eux m'avaient donné

19 des ordres directement. Je ne m'en souviens pas, mais je me souviens que

20 puisque nous étions en contact par téléphone par estafette, que j'ai eu

21 besoin d'intervenir dans les unités déployées sur le terrain, et ce, pour

22 différentes raisons. Mais ce sont des tâches régulières de la police

23 militaire. Il n'y avait pas de raison pour qu'eux émettent dans ce sens, à

24 mon intention, des ordres spécifiques.

25 Q. Merci. Pendant l'interrogatoire principal, vous avez dit qu'avec le

26 commandant de la 80e Brigade motorisée et avec quelques autres officiers,

27 le 18 novembre 1991, vous êtes parti à la recherche d'un bâtiment approprié

28 pour y placer les prisonniers de guerre. Vous avez été informé par avance

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1 dans votre unité de l'arrivée de ces prisonniers de guerre; c'est cela ?

2 R. Oui.

3 Q. Mis à part le lieutenant-colonel Vojnovic et vous-même, qui ont été les

4 autres officiers qui sont partis chercher ce bâtiment adéquat pour prendre

5 en charge les prisonniers ?

6 R. Non, en fait, qui est parti avec nous exactement, cela, je ne peux pas

7 vous le dire, parce que généralement, c'étaient des officiers supérieurs et

8 des soldats qui étaient libres à ce moment-là qui partaient pour faire ce

9 type de mission, donc ceux qui n'avaient pas une autre mission en même

10 temps. Mais je ne me souviens pas qui c'étaient.

11 Q. Merci. Vous nous avez dit comment vous avez repéré ce bâtiment, comment

12 vous avez donné l'ordre qu'on le prépare pour qu'il soit utilisé. Vous nous

13 avez parlé de l'arrivée de ce premier groupe de prisonniers escorté par la

14 capitaine Karanfilov. De même, vous nous avez expliqué comment vous avez

15 consigné dans votre cahier les noms, les renseignements personnels de ces

16 prisonniers. Page 48, on lit : "Capitaine Karanfilov, école élémentaire de

17 Sid." Vous nous avez dit que le Capitaine Karanfilov vous a dit que c'était

18 là qu'il allait passer la nuit du 18 au 19 et que vous alliez pouvoir le

19 trouver là-bas; est-ce exact ?

20 R. Oui.

21 Q. Cette école primaire dont le nom est Sremski Front, de Sid, est-ce bien

22 l'endroit où était en fait situé le centre de sécurité de la 1ère Région

23 militaire, et également le centre de contre-espionnage pour la Slavonie

24 orientale, la Baranja et le Srijem ?

25 R. Je ne sais pas où c'était situé, je vous dis ce qu'on m'avait dit, à

26 savoir que pendant la nuit, j'allais pouvoir le trouver là-bas. Pour quelle

27 raison était-il là-bas ? Etait-ce de manière permanente qu'il était

28 stationné là-bas ? Je ne le sais pas.

Page 8451

1 Q. Est-ce qu'il vous a donné un numéro de téléphone, à ce moment-là, pour

2 pouvoir le contacter, ou tout simplement il vous a dit où était l'école

3 élémentaire de Sid ?

4 R. Non, je n'ai pas eu un numéro de téléphone. Si je l'avais eu, je

5 l'aurais noté, certainement. Mais il y avait le téléphone de compagne, cela

6 je le sais. Je ne savais pas si je pouvais le contacter par téléphone, mais

7 je pouvais envoyer une estafette.

8 Q. Si j'ai bien compris votre réponse, vous n'avez pas demandé au

9 capitaine Karanfilov, à ce moment-là, quelles étaient ses missions à Sid à

10 ce moment-là puisque c'était l'un des officiers chargé de la sécurité dans

11 le Groupe opérationnel sud ?

12 R. Puis-je répondre ? Je vais vous répondre de manière très précise, je

13 vais tenter de le faire. Quand j'ai vu pour la première fois le capitaine

14 Karanfilov, le lieutenant-colonel Vojnovic était présent. C'est lui qui m'a

15 présenté le capitaine Karanfilov d'une façon proprement militaire, de son

16 nom, prénom, citant sa fonction, sa mission, la mission nouvelle qui lui

17 avait été confiée. Moi aussi, j'ai été présenté en tant que chef de la

18 compagnie de police militaire qui allait exécuter toutes les missions qui

19 allaient m'être confiées de la part du capitaine Karanfilov. Mais je ne me

20 souvenais pas de tout cela, mais uniquement de ce qui m'a intéressé à ce

21 moment-là, à savoir que le capitaine Karanfilov était là et qu'à partir de

22 ce moment-là, il allait être à la tête de toute cette opération.

23 Q. Merci. Mon confrère vous a demandé comment s'est déroulée cette

24 opération pour la journée du 18 et pour la journée du 19 dans la matinée.

25 Il me semble que vous avez dit également que pour monter la garde ou

26 assurer la sécurité de ce groupe de prisonniers, vous avez affecté à ces

27 tâches des relèves de 15 à 20 gardes, mais qu'il y avait aussi une réserve

28 dans votre compagnie et que les gardes se relevaient au bout d'un certain

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1 temps.

2 R. Oui.

3 Q. Merci. Vous avez dit que dans la matinée, le capitaine Karanfilov est

4 arrivé, et après avoir reçu votre rapport, après avoir vérifié la

5 situation, vous avez dit qu'il vous a envoyé taper la liste manuscrite à

6 Negoslavci. Vous nous avez expliqué où vous vous êtes rendu pour le faire.

7 J'aimerais vérifier avec vous ce qui est noté pour la journée du 19

8 novembre dans votre cahier, et cela a à voir avec le lieutenant-colonel

9 Zivanovic, le capitaine Zaric, et il est question de "gardes". Est-ce que

10 quelqu'un était présent au moment où vous avez tapé la liste ?

11 R. Je ne sais pas si je l'ai déjà dit. La liste a été dactylographiée dans

12 ce bâtiment où on m'a dit qu'était basé Sljivancanin et qui se trouve juste

13 devant l'hôpital, un homme qui, si mes souvenirs sont bons, était

14 lieutenant-colonel et qui était chargé de l'information. Parce que pendant

15 qu'on tapait la liste, à plusieurs reprises il a fallu qu'il s'interrompe;

16 le courrier lui arrivait, la presse, et il devait distribuer cela aux

17 unités. Donc si je ne me trompe pas, c'était cela, sa tâche, au

18 commandement. Il était le seul à avoir une machine à écrire qu'on pouvait

19 utiliser, et c'est lui personnellement qui a dactylographié ce texte.

20 Q. Très bien. Ces noms que vous avez mentionnés dans votre cahier, est-ce

21 que vous savez où vous aviez rencontré ces gens, le lieutenant-colonel

22 Zivanovic et le capitaine Zaric ?

23 R. Je n'arrive pas à me rappeler exactement qui ils sont ni comment je les

24 ai rencontrés. Mais cela devait être des hommes qui se sont trouvés à

25 Mitrovica et qui ont escorté les prisonniers, en pratique. Enfin, ce doit

26 être cela l'explication de la note.

27 Q. Merci. Vous nous avez dit que la liste a été dactylographiée, que vous

28 êtes parti pour Sremska Mitrovica, et vous avez dit que c'est là que vous

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1 avez remis la liste. Savez-vous à qui ?

2 R. Non. Quand je suis arrivé là-bas, quelqu'un est sorti. C'était un homme

3 en uniforme. Je ne sais pas qui c'était. On m'a dit que c'était le

4 commandant de la prison, c'est comme cela qu'il m'a été présenté. J'ai

5 demandé si tout le monde était arrivé, si leur nombre correspondait. Il

6 s'attendait à recevoir cette liste, on lui avait dit qu'il allait la

7 recevoir. Donc, je n'avais pas à rester plus longtemps dans cette pièce, à

8 la prison de Sremska Mitrovica, et je n'ai pas vu les prisonniers.

9 Q. Ils avaient déjà été introduits dans les pièces de la prison ?

10 R. Oui, je suppose, puisque je ne les ai pas vus.

11 Q. Et cela a eu lieu vers 15 heures 30, le 19 novembre 1991 ?

12 R. Oui, à peu près.

13 Q. Par la suite, vous êtes revenu à Negoslavci. Vous pouvez nous dire à

14 quel moment à peu près vous êtes arrivé et à qui vous vous êtes présenté ?

15 R. Le moment, l'heure de l'arrivée, je ne m'en souviens pas. Au retour, il

16 n'y avait que le chauffeur et moi-même. Je ne sais pas à quelle heure

17 exactement on est arrivés. Mais pendant la nuit, il y a eu une intervention

18 encore une fois, on était énervés et on se demandait si on allait pouvoir à

19 un moment se reposer; mais je suppose que c'est cela le rôle de la police,

20 elle est constamment en déplacement.

21 Q. Très bien. Quand vous êtes revenu à Negoslavci, l'officier chargé de la

22 sécurité ou l'officier de permanence vous ont-ils informé du fait qu'on

23 avait annoncé à votre unité l'arrivée d'un nouveau groupe de prisonniers,

24 environ 200 prisonniers qui devaient sortir le lendemain de l'enceinte de

25 l'hôpital de Vukovar ?

26 R. Non, personne ne m'a informé de rien au sujet de cette mission. Il

27 aurait fallu assurer la sécurité une nouvelle fois, à nouveau.

28 Q. Est-ce que vous avez eu l'occasion de voir le journal de guerre de la

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1 80e Brigade motorisée ?

2 R. Non.

3 Q. Peut-on vous montrer la pièce à conviction numéro 375 ? Le numéro de la

4 page -- ou plutôt, la page pour le 19 novembre à 18 heures 00. En anglais,

5 page 10; 17664211825, c'est son numéro ERN. Pouvez-vous, s'il vous plaît,

6 retrouver ce qui a été noté pour la journée du 19 novembre à 18 heures ?

7 Merci.

8 Je donnerai lecture de ce texte et je prie de suivre : "Pendant les heures

9 de la matinée, les Oustachi ont été emmenés à la prison de Sremska

10 Mitrovica. Activités de combat dans le secteur de l'hôpital. On s'attend à

11 ce qu'il y ait une reddition des forces qui restent du ZNG et du MUP. Il a

12 donc été donné l'ordre de se tenir prêts pour organiser la sécurité de ces

13 prisonniers." Voyez-vous cette entrée dans le journal de guerre ?

14 R. Oui, oui.

15 Q. Et votre unité de la compagnie de police militaire aurait dû être au

16 courant de l'information lorsqu'elle arrivait au commandement de la

17 brigade ?

18 R. Il appartenait au chef de la sécurité de prendre une telle décision.

19 M. MOORE : [interprétation] Je soulève une objection quant à la formulation

20 de cette question. Je ne conteste pas l'entrée qui figure dans le journal,

21 mais si l'on demande à ce témoin de faire des commentaires au sujet

22 d'informations en relation avec le journal ou sur le journal lui-même, on

23 devrait lui demander tout d'abord s'il a pris part à la rédaction de ce

24 journal, l'insertion de ces informations, ou s'il est au courant de ce qui

25 figure à cette entrée. On lui demande de donner son avis alors qu'il n'est

26 pas en mesure de le faire, selon moi. Ce n'est pas son journal.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Me Vasic, ce qui est consigné au

28 compte rendu comme étant votre dernière question semble plutôt être une

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1 affirmation. M. Moore est d'avis que vous devriez d'abord demander au

2 témoin si lui ou son unité était au courant de cela.

3 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, avant de montrer au

4 témoin cet extrait du journal de guerre, je lui ai demandé s'il était

5 informé de l'arrivée annoncée des prisonniers de guerre. Mais je peux lui

6 reposer la question. Cela ne me pose pas de problème. J'ai posé cette autre

7 question, car il avait déjà dit dans sa réponse précédente qu'il n'en était

8 pas informé.

9 Q. Etiez-vous au courant de l'entrée figurant dans le journal de guerre à

10 la date du 19 novembre 1991, en votre qualité de commandant de la compagnie

11 de la police militaire ?

12 R. Non. Je vous ai déjà dit que je n'étais pas au courant de cela.

13 M. MOORE : [interprétation] Si le témoin répond par la négative, quelle est

14 la pertinence de la question ?

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense que nous avons résolu le

16 problème, et en tout état de cause, il est l'heure de suspendre l'audience.

17 Nous reprendrons nos travaux à 13 heures 30.

18 --- L'audience est suspendue pour le déjeuner à 12 heures 33.

19 --- L'audience est reprise à 13 heures 35.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, si j'ai bien compris,

21 vous voulez soulever une question ?

22 M. MOORE : [interprétation] Oui, c'est un problème mineur. En fait, j'ai

23 informé la Chambre que nous serions d'accord pour poursuivre jusqu'à 16

24 heures 30 avec des modifications peut-être lundi et vendredi. Mais cela

25 pose des problèmes par rapport à nos séances de récolement, car nous avons

26 des témoins qui sont censés arriver à certaines dates. Nous avons un témoin

27 ici, notre prochain témoin. Je vais terminer aujourd'hui et ensuite, je

28 vais procéder à son récolement ce soir. Cela pause des problèmes d'ordre

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1 administratif. Ensuite, je vais essayer de procéder à une nouvelle séance

2 de récolement. J'envisage deux heures pour ce récolement, ce soir. Je

3 demande à ce que l'on suspende l'audience demain plus tôt ou à titre

4 subsidiaire, que le témoin ne soit pas cité à comparaître avant jeudi.

5 Vu l'ancien système, nous pouvions alterner entre le matin et l'après-midi,

6 mais vu le calendrier actuel, je ne peux pas le faire le matin, car je

7 m'occupe d'un témoin qui est en train de témoigner, et dans la soirée, nous

8 avons des problèmes de temps et ce n'est pas possible physiquement, après

9 avoir passé une journée en audience. Donc, j'indique à la Chambre que je

10 vais peut-être demander du temps supplémentaire, premièrement.Ensuite,

11 deuxièmement, nous avons Vojnovic qui arrive vendredi, et je procéderai à

12 son récolement samedi et dimanche de façon à ce qu'il puisse commencer sa

13 déposition lundi. J'espère que cela lui suffira, car s'agissant de ce

14 témoin, Vukosavljevic, je demanderais à bénéficier de temps supplémentaire.

15 [La Chambre de première instance se concerte]

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Lukic, vous brûlez

17 d'intervenir; n'est-ce pas ?

18 M. LUKIC : [interprétation] Je me range à l'avis de mon confrère de

19 l'Accusation, cette fois-ci. Ce serait parfait pour nous. De cette manière,

20 nous pourrions avoir un entretien suffisamment long avec notre client au

21 quartier pénitentiaire demain après-midi, donc ce serait l'occasion

22 parfaite pour consulter un peu plus longtemps notre client demain après-

23 midi.

24 [La Chambre de première instance se concerte]

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] En l'occurrence, nous siégerons demain

26 jusqu'a 12 heures 30. Si le témoin actuel finit sa déposition avant cela,

27 nous terminerons encore plutôt. Cela devrait aider les conseils de

28 l'Accusation et de la Défense. Me Lukic ainsi pourra prendre un grand bol

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1 d'air frais et faire un peu d'exercice. Mais nous ne poursuivrons pas

2 toujours de cette manière.

3 Je demande à ce qu'on fasse entrer le témoin dans le prétoire, s'il vous

4 plaît.

5 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur le Témoin, veuillez vous

7 asseoir.

8 Maître Vasic.

9 Allez-y, Maître Vasic.

10 M. VASIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ne tenez pas compte de ce qui vient de

12 se passer.

13 M. VASIC : [interprétation] Je pense que c'est difficile pour nous tous et

14 c'est peut-être symptomatique, mais poursuivons.

15 Q. Monsieur, avant la pause, je vous ai demandé si vous aviez des

16 connaissances au sujet de l'entrée correspondant à la date du 19 novembre à

17 18 heures dans le journal de guerre de la 80e Brigade. Vous nous aviez dit

18 que vous n'aviez pas d'informations à ce sujet. Je souhaiterais vous poser

19 la question suivante : vous étiez commandant de la compagnie de police

20 militaire, donc dans le cadre de vos attributions et de façon générale, en

21 tant que commandant d'une compagnie de police militaire, n'auriez-vous pas

22 dû être informé, le 18, du fait qu'une unité attendait un autre groupe de

23 prisonniers de guerre qui devaient être gardés ?

24 R. Bien, si je ne m'abuse, j'ai essayé de vous répondre sur ce point avant

25 la pause. Cela relève du commandant des services de sécurité. C'est à lui

26 qu'il appartient de prendre une décision à ce sujet.

27 Q. Vous nous avez dit que le 19, vous étiez rentré de Sremska Mitrovica.

28 Je suppose que c'était en fin d'après-midi. Ce que j'aimerais savoir, c'est

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1 la chose suivante. Avez-vous fait rapport au chef de la sécurité à ce

2 moment-là et l'avez-vous informé du fait que vous aviez rempli votre

3 mission à Mitrovica ?

4 R. Dès que j'avais rempli une mission, car mon unité était cantonnée à

5 deux maisons du poste de commandement, si bien que je m'arrêtais toujours

6 au poste de commandement pour voir ce qu'il y avait de nouveau et pour

7 faire rapport sur ce qui s'était passé. Pendant la journée, je m'arrêtais

8 plusieurs fois au poste de commandement. A mon retour, je ne sais pas si je

9 me suis arrêté tout de suite au poste de commandement, ou un peu plus tard.

10 Je ne m'en souviens pas.

11 Q. Merci. Je souhaiterais que nous parlions d'autre chose. Vous avez dit à

12 mon confrère que le 18 novembre, le lieutenant-colonel Vojnovic vous avait

13 présenté le capitaine Karanfilov et vous avez dit quelles étaient ses

14 fonctions, s'agissant des prisonniers de guerre. Avez-vous informé Dragi

15 Vukosavljevic, la personne chargée de la sécurité, de ce fait, ou avez-vous

16 assisté à une réunion avec Vojnovic et Karanfilov ?

17 R. Ce que je sais avec certitude, c'est que nous avons parlé tous les

18 trois et qu'il y avait des officiers et des soldats présents. Je ne sais

19 pas exactement qui était là. Je ne m'en souviens pas. Ce qui était

20 important pour moi, à ce moment-là, c'est qu'on me confiait une mission et

21 que je devais la remplir. C'est ce qu'on attendait de moi.

22 Q. Plus tard, avez-vous informé votre chef chargé de la sécurité que l'on

23 vous avait dit que le capitaine Karanfilov devait prendre en charge les

24 prisonniers de guerre ou en avez-vous informé Jeftic ?

25 R. Dragi Vukosavljevic était là, il était à Ovcara, il savait exactement

26 les mêmes choses que moi.

27 Q. Je vous remercie. En réponse à une question posée par mon éminent

28 confrère, vous avez déclaré que le 19 au soir, vous étiez sorti pour

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1 remplir une mission à cause d'un incident qui s'était produit. Est-ce que

2 vous êtes revenu au poste de commandement, le 19 ou le 20 ? Je veux parler

3 du poste de commandement de la 80e Brigade.

4 R. Je suis rentré pendant la nuit.

5 Q. Où étiez-vous le 20 au matin, et quelle était votre mission à ce

6 moment-là, si vous vous en souvenez ?

7 R. Le 20, outre nos missions habituelles, nous avions reçu une demande

8 selon laquelle nous devions assurer la sécurité, le transport d'un groupe

9 d'officiers qui étaient censé se rendre à Nijemci, entre autres. Comme je

10 ne connaissais pas le terrain et que je ne pouvais pas donner un ordre par

11 lequel je demandais l'envoi d'un chauffeur, je suis allé sur le terrain en

12 compagnie du chauffeur. Nous avions des cartes qui nous permettaient de

13 nous orienter et sur la base desquelles je confiais différentes tâches.

14 Q. Ce groupe d'officiers était-il dirigé par le chef d'état-major, le

15 lieutenant-colonel Danilovic ?

16 R. Si les employés qui s'occupaient de nos relevés de solde relevaient de

17 Danilovic, oui, vous avez raison.

18 Q. Pourrions-nous examiner la pièce à conviction 371 ? Il s'agit du

19 journal de guerre de la 80e Brigade. Ce qui m'intéresse, c'est l'entrée

20 correspondant à la date du 20 novembre, 8 heures du matin.

21 M. VASIC : [interprétation] Cela figure à la page 10 du journal de guerre.

22 M. MOORE : [interprétation] S'agissant de la pièce 371, dans nos dossiers,

23 cela correspond au journal de marche, au journal des opérations.

24 M. VASIC : [interprétation] Oui, en fait, je voulais parler du journal de

25 marche, autrement appelé le journal des opérations. Manifestement, il y a

26 une erreur. C'est une erreur d'interprétation. Merci beaucoup.

27 Q. Voilà l'entrée correspondant au 20 novembre, 8 heures du matin. Il y

28 est indiqué -- c'est le 28 novembre que nous voyons à l'écran. Ce qui

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1 m'intéresse, c'est l'entrée du 20 novembre. Il s'agit d'une écriture

2 quelque peu illisible. Merci beaucoup.

3 Monsieur, vous voyez qu'il est indiqué ici : 8 heures du matin,

4 groupe d'officiers de la Brigade, chef d'état-major, commandant adjoint des

5 opérations chargé de la morale, deux commandants adjoints chargés du moral

6 sont allés à Nemci afin de se rendre compte de la situation au sein de

7 l'unité qui avait participé à la libération de village de Nemci. Est-ce que

8 nous parlons du même groupe avec lequel vous êtes parti le 20 novembre ?

9 R. Je ne suis pas sûr que vous m'ayez bien compris. Le groupe dont je

10 m'occupais avait reçu les soldes des soldats.

11 Q. Merci beaucoup. Quand êtes-vous parti avec ce groupe, grosso modo, à

12 quel moment de la journée ?

13 R. Ce n'était pas si tôt le matin. C'était juste avant midi, peut-être.

14 Q. Lorsque vous êtes parti, qui vous a remplacé en tant que commandant de

15 compagnie à Negoslavci, alors que vous étiez absent ?

16 R. L'officier de permanence de l'unité faisait toujours tout ce qu'il y

17 avait à faire, il savait ce qu'il fallait faire, c'était mon second.

18 Q. Peut-être que je vous en demande trop, mais vous souvenez-vous qui

19 était l'officier de permanence ce jour-là, au sein de l'unité de police

20 militaire ?

21 R. Je ne me souviens pas de son nom, mais mon officier de permanence était

22 toujours le même. Cela étant, je ne me souviens plus de son nom. En fait,

23 ils étaient deux.

24 Q. Ils se relayaient au poste d'officier de permanence, ou est-ce qu'ils

25 étaient officiers de permanence en même temps ?

26 R. Vous m'avez demandé quand la prison avait été mise en place. J'avais

27 arrêté mon récit à ce moment-là, car je ne pensais pas que cela vous

28 intéressait, mais je vais essayer de vous expliquer les choses, maintenant.

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1 Ce bâtiment, cette maison dont nous nous servions était composée de deux

2 pièces où dormaient les soldats, et il y avait une autre pièce qui était

3 une salle à manger; c'est ainsi que je l'appelais. Il y avait un couloir où

4 nous gardions les fusils, et il y avait un sous-sol. Au premier étage, il y

5 avait le poste d'observation de nuit. Dans cette pièce que j'appelais la

6 salle à manger se trouvaient une table et une armoire. Deux soldats

7 devaient garder cette pièce parfaitement propre. Lorsque les soldats

8 rentraient de mission, ils devaient avoir quelque chose à manger, à boire,

9 et des lieux pour se reposer. Il fallait s'assurer que la pièce soit propre

10 et qu'il y ait suffisamment de nourriture. Le chauffage devait marcher

11 bien, également. Ils travaillaient 24 heures de suite. Je n'avais pas

12 d'officiers de permanence particuliers qui se seraient relayés, car ces

13 deux-là s'occupaient uniquement de leurs tâches et de rien d'autre.

14 Q. Merci. Vous dites que vous êtes rentré de Nemci le 20, mais vous ne

15 vous souvenez pas à quel moment de la journée. Faisait-il jour encore ?

16 Est-ce que la nuit était tombée ?

17 R. Il faisait nuit lorsque je suis arrivé à Negoslavci.

18 Q. Une fois arrivé à Negoslavci, où êtes-vous allé, à qui avez-vous fait

19 rapport ?

20 R. J'ai regagné mon unité, l'officier de permanence m'a dit qu'il y avait

21 une autre mission de sécurité pour nous, un certain nombre de policiers

22 étaient partis en direction d'Ovcara. J'ai rejoint ceux qui s'y trouvaient

23 déjà. Nous sommes montés à bord d'un véhicule. Je suis passé par le QG, je

24 leur ai dit que j'étais en route. Je ne me souviens pas qui était là, à ce

25 moment précis. C'était juste à côté de la maison où nous étions, c'est pour

26 cela que je ne m'en souviens pas. Ensuite, nous avons suivi notre route

27 sans interruption jusqu'à Ovcara.

28 Q. Lorsque l'officier de permanence vous a dit que la police militaire

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1 s'était déjà rendue à Ovcara, vous a-t-il dit exactement quel officier

2 accompagnait ce groupe; votre second, le commandant de la compagnie ? Qui

3 était chargé de cette unité ? Qui la dirigeait en votre absence ?

4 R. Il a dit qu'il y avait une nouvelle mission de sécurité pour nous et

5 que certains hommes de notre unité se trouvaient là-bas déjà. Comme je vous

6 l'ai déjà dit, j'avais un problème d'effectifs, il n'y avait pas

7 suffisamment d'officiers. Voilà le problème auquel je devais faire face en

8 temps que commandant de mon unité. Je suis monté à bord de ce véhicule, et

9 j'ai pris la direction d'Ovcara. J'ignorais qui avait accompagné l'unité

10 jusque-là, ni pourquoi. Tout ce que je savais, c'est qu'il y avait une

11 autre mission de sécurité et que certains de nos hommes étaient déjà sur

12 place.

13 Q. Vous parlez de certains hommes de votre unité qui étaient là-bas. Est-

14 ce que cela signifie que le reste de vos hommes avaient regagné le poste de

15 commandement de Negoslavci ?

16 R. Nous avions des missions régulières, courantes, que nous devions

17 remplir. Certains hommes étaient avec moi, mais certains prenaient part à

18 cette autre mission. C'est pour cela que je parle d'un petit groupe

19 d'hommes. Il n'y avait pas une section entière sur place.

20 Q. Vous a-t-on dit si la section de la police de la circulation de votre

21 compagnie avait assuré la sécurité du convoi qui s'était rendu à Ovcara le

22 20 ? Je veux parler donc de la section, de la police de la circulation.

23 R. J'avais peu d'informations. Il y avait une autre mission de sécurité à

24 remplir. Certains éléments de l'unité étaient impliqués. Je devais me

25 rendre à Ovcara. Je ne sais pas si je me suis exprimé clairement. Je

26 n'avais pas suffisamment d'hommes à ma disposition. Je ne faisais pas de

27 distinction entre les auxiliaires médicaux, les chauffeurs, les policiers

28 et les différents soldats, tout simplement parce que tous ceux qui étaient

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1 là, tous ceux qui étaient disponibles devaient remplir leur mission

2 relevant des attributions de la police militaire. Hormis cela, aucun homme

3 de mon unité ne faisait partie des forces de sécurité chargées de ce

4 groupe. Premier groupe ou deuxième groupe. Je suis sûr de ce qu'il en est

5 pour le premier groupe.

6 Q. Merci beaucoup. Lorsque vous êtes partis pour Ovcara, lorsque vous vous

7 êtes mis en route pour rejoindre les policiers militaires qui s'y

8 trouvaient, vous vous êtes arrêtés au poste de commandement. Est-ce que

9 l'officier de permanence vous a dit que les autres officiers de la 80e

10 Brigade se trouvaient à Ovcara ? Est-ce que c'est quelque chose dont vous

11 vous rappelez ?

12 R. Non.

13 Q. Il ne vous a pas dit ou vous ne vous rappelez pas ?

14 R. Je ne me rappelle pas.

15 Q. Je vous remercie. Lorsque vous êtes arrivés à Ovcara le 20 novembre,

16 vous avez décrit ce que vous avez vu sur place, et ce que je voudrais

17 savoir c'est si vous avez vu un officier de la 80e Brigade à l'intérieur du

18 hangar lorsque vous êtes arrivés ?

19 R. Oui. Il y avait un certain nombre de soldats de notre unité à

20 l'intérieur du hangar, notamment un capitaine de la première classe dont le

21 nom était je crois Joca, c'était le propriétaire du café de Kragujevac. Il

22 était là avec une unité. Certains de ses soldats se trouvaient là et il

23 remplissait en quelque sorte les mêmes fonctions que tous les autres.

24 Lorsque je suis arrivé, je leur ai dit à tous de sortir du hangar et il est

25 un de ceux qui sont partis.

26 Q. Vous rappelez-vous ceci : avant -- cette personne dont vous dites qu'il

27 s'appelait Joca Kafic, lorsque cette personne a quitté le café, s'était-il

28 peut-être occupé d'établir une liste des prisonniers qui s'y trouvaient ?

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1 R. Oui. Il y avait un autre soldat qui prenait des notes. On nous a dit

2 qu'une liste était en train d'être établie, mais pour commencer je n'ai pas

3 fait vraiment attention à cela. Je ne me suis pas posé de questions

4 particulières. Ils étaient en train d'établir une liste, apparemment. Cela

5 pouvait leur être utile, je pensais, mais j'avais l'intention de préparer

6 les choses de la même manière que la fois précédente. J'ai pensé que nous

7 devrions établir une liste au cours de la nuit lorsque tout se serait

8 réglé. Je voulais avoir une feuille de papier A-4 et faire des copies en

9 sachant à ce point ce que j'aurais à voir le lendemain matin. Le fait que

10 quelqu'un d'autre a établi une liste n'est pas quelque chose qui m'ait

11 particulièrement attiré le regard à ce moment-là.

12 Q. Je vous remercie. Cet homme, Joca Kafic était-il peut-être un capitaine

13 de première classe de réserve de la première division LAD PVO dont le

14 commandant était Jovan Macka [phon] ?

15 R. Je ne sais pas, il se peut qu'il l'ait été.

16 Q. Au sujet d'une unité particulière de la 80e Brigade motorisée, savez-

17 vous qu'il y avait un commandement local à Ovcara qui était hébergé dans un

18 bâtiment qui se trouvait à 200 ou 300 mètres ?

19 R. Non.

20 Q. Vous ne saviez pas qu'il existait une unité quelconque près de cette

21 ferme, n'est-ce pas ?

22 R. Si j'ai bien compris votre question, vous êtes en train de me dire si

23 j'avais entendu parler d'un poste de commandement d'une autre unité qui

24 aurait été là. Cela je n'étais pas au courant, mais je savais qu'il y avait

25 une unité qui se trouvait là.

26 Q. Je vous remercie d'avoir précisé les choses, Monsieur le Témoin. Quel

27 type de matériel avait vos transmetteurs à Ovcara. Est-ce que votre unité

28 disposait de matériel de communication, de transmission ? Est-ce qu'un

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1 quelconque des commandements des autres unités avait du matériel ?

2 R. Excusez-moi, mais tout ce que nous avions c'étaient des

3 RUP 3, RUP 12 parce que leurs batteries étaient en très mauvais état. Elles

4 ne fonctionnaient pas bien, elles n'étaient pas opérationnelles.

5 Q. Sur la base de ceci, je serai donc enclin à conclure qu'il n'y avait

6 pas de communication entre votre unité et les autres unités. Est-ce que

7 vous savez comment se déroulaient les communications depuis l'unité qui se

8 trouvait proche de leur poste de commandement ?

9 R. Je ne sais pas de quel type de matériel ils disposaient.

10 Q. Je vous remercie. Vous avez dit que vous aviez vu Joca Kafic à

11 l'intérieur du hangar. Est-ce que c'était le seul officier de la 80e

12 Brigade que vous ayez vu sur place à ce moment-là ?

13 R. Pour autant que je puisse m'en souvenir, je l'ai repéré. Je ne me

14 rappelle pas avoir repéré quelqu'un d'autre.

15 Q. N'avez-vous jamais appris que le commandant de la 80e Brigade, le

16 lieutenant-colonel Vojnovic, le 20 novembre 1991, à 16 heures avait ordonné

17 qu'il y ait rotation entre les officiers de permanence de façon à pouvoir

18 surveiller les membres du ZNG et du MUP et qu'il en avait chargé la

19 compagnie de police militaire et les commandant du brigade ?

20 R. Je n'étais pas au courant de cela.

21 Q. Vous ne vous rappelez pas avoir vu des officiers du commandement de la

22 brigade dans le hangar, n'est-ce pas ?

23 R. C'est bien cela.

24 Q. Je vous remercie. Vous rappelez-vous comment était l'éclairage à

25 l'intérieur du hangar ?

26 R. La première fois, lorsque nous avons eu notre première tâche de

27 sécurité, sur place il y avait un générateur et il y avait une poignée

28 d'ampoules électriques à l'intérieur du hangar. L'éclairage était mauvais,

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1 insuffisant. Les deux fois j'ai utilisé de l'éclairage supplémentaire en

2 utilisant les phares des Pinzgauer qui avaient également un projecteur

3 monté, j'ai également utilisé cela.

4 Q. Avec cet éclairage vous avez, en l'occurrence, été finalement à même de

5 voir clairement ce qui se passait à l'intérieur du hangar, n'est-ce pas ?

6 R. Ce qui avait de l'importance pour moi, c'était de pouvoir voir ce qui

7 se passait à l'intérieur du hangar, dans une certaine mesure en tout cas.

8 L'éclairage d'appoint que j'ai utilisé et employé à l'extérieur du hangar

9 n'avait aucun effet sur les conditions d'éclairage à l'intérieur du hangar.

10 C'était loin d'être bon, mais c'était satisfaisant en ces conditions.

11 Disons cela comme cela.

12 Q. Vous avez fait plusieurs déclarations au cours des années qui sont

13 écoulées. Dans votre déposition devant le tribunal spécial de Belgrade,

14 lorsque vous avez déposé au sujet de l'affaire Ovcara en 2004, au mois

15 d'octobre, vous rappelez-vous avoir dit qu'à partir du moment de votre

16 arrivée jusqu'au moment où vous êtes reparti, tout ce qui vous concernait,

17 vous personnellement et votre unité, et qui avait trait au hangar, avait

18 été fait conformément aux règlements et que vous aviez reçu un enseignement

19 professionnel dans différentes écoles y compris celle de Bileca ?

20 M. MOORE : [interprétation] Si on doit présenter au témoin des comptes

21 rendus, il serait juste et correct que le témoin puisse les avoir devant

22 lui.

23 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Vasic, est-ce que vous les

24 avez ?

25 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai effectivement ce

26 compte rendu. Je voulais simplement vérifier auprès du témoin s'il le

27 rappelait avoir dit cela. Dans le cas où il s'en souviendrait, peut-être

28 qu'il ne serait pas nécessaire de se référer au compte rendu. En tout état

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1 de cause, je peux le donner au témoin avec l'aide de l'Huissier. Il s'agit

2 de la page 75 et la date du compte rendu est le 29 octobre 2004, pour le

3 texte B/C/S.

4 Q. Cette partie du texte surlignée, vous vous retrouvez ? Pourriez-vous,

5 s'il vous plaît, en donner lecture ?

6 R. Je cite : "Témoin Dragan Vezmarovic : Je pense qu'à partir du moment de

7 mon arrivée jusqu'au moment où je suis parti, que tout s'est déroulé

8 conformément aux règlements par rapport à ce qui m'avait été enseigné à

9 Bileca, et cetera, lors de différentes autres formations avant que je me

10 retire."

11 Q. Je vous remercie. Est-ce que vous avez déclaré ceci devant la chambre à

12 Belgrade ?

13 L'INTERPRÈTE : Intervention de l'interprète anglais. Les interprètes non

14 pas réussi à saisir la réponse du témoin.

15 M. VASIC : [interprétation]

16 Q. Excusez-moi, pourriez-vous s'il vous plaît, répéter votre réponse

17 précédente.

18 R. Je n'ai aucune raison de douter de ce que je viens de lire.Q. Lors de

19 l'interrogatoire principal vous avez dit qu'une fois que l'ordre avait été

20 établi dans le hangar, vous avez permis à des gens d'entrer par petits

21 groupes pour voir ce qui se trouvait dans le hangar. Est-ce que c'étaient

22 deux à trois personnes, de petits groupes qui sont entrés et qui ont quitté

23 le hangar et il n'y a pas eu d'incidents pendant ce temps-là; est-ce

24 exact ?

25 R. Oui.

26 Q. Vous avez parlé de jurons. Vous avez expliqué que notre langue avait de

27 très nombreux jurons. Ce que je voudrais vous demander, c'est si ces jurons

28 que nous employons pourraient-ils évoquer des craintes en ce qui concerne

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1 la sécurité de quelqu'un ou est-ce que c'est simplement une autre

2 caractéristique de la langue que l'on emploie ?

3 R. Je ne sais pas quoi répondre à cela. Avec tout le respect que je dois

4 aux membres de la Chambre ainsi qu'à vous-même, peut-être que l'on pourrait

5 discuter de cela ailleurs, en ce qui concerne cette réponse précise.

6 Q. Je vous remercie. Après avoir établi l'ordre dans le hangar, est-ce que

7 tout le monde a appliqué vos ordres, et que cette nouvelle situation qui

8 s'est créée, y a-t-il eu des problèmes avant que votre unité ne se retire ?

9 R. Non. Il n'y a eu aucun problème.

10 Q. Aurais-je raison de conclure que vous n'avez été témoin d'aucun mauvais

11 traitement, d'aucun passage à tabac ni de coups portés sur les détenus

12 pendant que vous étiez présent ?

13 R. Vous avez raison.

14 Q. Dans vos réponses à l'interrogatoire principal, vous avez expliqué

15 comment vous êtes reparti d'Ovcara, et vous avez dit que vous étiez

16 retourné à l'immeuble où votre unité était installée; est-ce exact ? Je

17 veux dire à Negoslavci.

18 R. Oui.

19 Q. En ce qui concerne le retrait et le départ de votre unité, est-ce que

20 vous vous êtes présenté à l'organe de sécurité en particulier à Dragi

21 Vukosavljevic, lui avez-vous parlé de cela, est-ce que c'était ce soir-là

22 ou le lendemain matin ?

23 R. Dragi Vukosavljevic, pour autant que je le sachem mais je ne me

24 rappelle plus exactement, était présent sur place.

25 Q. Savez-vous si Dragi Vukosavljevic a rédigé un rapport concernant les

26 événements du 20 novembre à Ovcara et s'il l'a transmis au département de

27 sécurité de la 1ère Région militaire à Sid ou au 24e Corps ?

28 R. Non.

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1 Q. Etiez-vous présent lors d'une réunion présidée par le lieutenant-

2 colonel Vojnovic, le 21 novembre, où certains de ses officiers subordonnés

3 se trouvaient et où l'on a discuté des événements du 20 novembre à Ovcara ?

4 Savez-vous quelque chose concernant cette réunion ?

5 R. Je n'étais pas présent, et je n'ai pas eu connaissance d'une réunion de

6 ce genre. Il y a eu évidemment des réunions.

7 Q. Je vous remercie. Le lendemain matin au sein de la compagnie de police

8 militaire, est-ce que vous avez essayé d'analyser quelles étaient vos

9 tâches le 20 et est-ce que l'un quelconque de vos hommes de votre unité

10 vous a rendu compte de quelque chose concernant cette date ?

11 R. Je n'ai pas procédé à une analyse du 19 ou du 20 ou du 21, en

12 l'occurrence.

13 Q. Je vous remercie. Au sein de la 80e Brigade, avez-vous reçu pour

14 mission, entre autres choses, de vous occuper de l'opération de nettoyage

15 dans la ville de Vukovar pour aider les personnes qui étaient venues pour

16 le compte de la 1ère Région militaire, y compris les représentants

17 militaires chargés d'enquêtes ?

18 R. A partir de mon arrivée à Vukovar et jusqu'au moment où j'en suis

19 reparti, tout ce que mon unité pouvait faire a été fait, à commencer par le

20 fait de retirer, d'enlever les bombes et les explosifs que nous avons

21 trouvés. Souvent, nous avons eu l'aide d'une unité du Génie, aussi. Nous

22 avons eu pour tâche d'assurer la sécurité de l'école, avec le matériel qui

23 s'y trouvait. Nous avons également dû assurer la sécurité d'une maison qui

24 se trouvait proche de l'école et qui contenait de grandes quantités

25 d'explosifs dans sa cave. Il nous a fallu également nous occuper de la

26 sécurité de l'église. Nous avons dû intervenir lorsqu'un incendie s'est

27 déclaré dans l'église, et nous nous sommes efforcés de sauver, de préserver

28 la bibliothèque de l'église catholique. Nous avons dû intervenir chaque

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1 fois qu'on nous a dit, par exemple, qu'on avait trouvé un cadavre. Nous

2 avons dû sécuriser les lieux jusqu'à ce que les personnes qui pouvaient les

3 nettoyer soient arrivées. J'essaie de me rappeler quelles étaient les

4 autres tâches qu'on nous a confiées, mais ceci était très général,

5 comprenait beaucoup de choses.

6 Q. Je vous remercie. Parmi les devoirs de votre unité, il y avait donc le

7 plan de nettoyage, indépendamment de ce qu'avaient à faire les organes

8 militaires d'investigation, y avait-il aussi des organes civils,

9 d'investigation ? J'ai à l'esprit le magistrat civil, des tribunaux civils.

10 R. J'ai aidé l'unité de police pour qu'elle puisse se former lorsqu'elle a

11 passé quelques jours à la caserne, et ils ont été cantonnés ailleurs. Nous

12 avons coopéré avec les autorités civiles. J'ai coopéré aussi avec le

13 commandement de la Défense territoriale ainsi qu'avec la police civile

14 chaque fois que c'était nécessaire.

15 Q. Je vous remercie. Puisque vous étiez au sein d'une compagnie de police

16 militaire, savez-vous que le 22 novembre, la 80e Brigade a pris en main la

17 zone de responsabilité qui appartenait avant cela au Groupe opérationnel

18 sud ?

19 R. Non. Ce genre de question n'avait pas d'importance pour moi. Je n'avais

20 pas besoin de savoir si c'était le Groupe opérationnel sud ou le

21 commandement de la 80e Brigade, ou quelqu'un d'autre, en l'occurrence.

22 Q. Par conséquent, vous n'avez aucune connaissance, vous ne savez rien de

23 cela ?

24 R. Non.

25 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous, s'il vous plaît, prendre votre carnet

26 de notes officiel ? Peut-être que nous pourrions préciser ou éclaircir un

27 certain nombre de choses. A la page 64, il y a comme date le 20 novembre

28 1991; c'est bien cela ?

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1 R. Oui.

2 Q. Pourriez-vous me dire ce qui est écrit juste en dessous de la date ?

3 Parce que je n'arrive pas à le lire.

4 R. "Patrouille tout le long du chemin jusqu'à Sotin." Est-ce que vous

5 voulez que je continue ?

6 Q. Oui, s'il vous plaît.

7 R. "Dans [inaudible] l'organe de sécurité, l'organe chargé du moral et de

8 la sécurité, Tovarnik et --"

9 Q. Est-ce que ceci constitue une interprétation pour ce qui est du 20

10 novembre 1991 ?

11 R. Oui.

12 Q. Est-ce que vous vous souvenez de ce que veut dire cette entrée ?

13 R. "Patrouille jusqu'à Sotin," ceci veut dire que j'ai envoyé l'une de mes

14 patrouilles en lui disant d'aller jusqu'à Sotin. Pour le reste, je ne sais

15 pas, cela n'a pas de sens.

16 Q. Je vous remercie. A la page 65, qui est la page suivante, elle contient

17 certains noms. Est-ce que ces noms se rapportent au 20 novembre ? Est-ce

18 qu'ils veulent dire quelque chose pour vous ?

19 R. Non, c'est d'ailleurs l'écriture de quelqu'un d'autre. Ceci veut dire

20 que quelqu'un d'autre a pris cette note, a inscrit cela; il faut croire que

21 j'ai passé le carnet de notes à quelqu'un d'autre qui a inscrit cette

22 mention. Ce n'est pas mon écriture.

23 Q. Si vous voulez maintenant vous reporter à la page 66. Tout en haut de

24 la page figure un nom : Nicola Plavsic. Est-ce que ceci évoque quelque

25 chose pour vous ? Est-ce que c'est votre écriture ? Vous rappelez-vous

26 quand cela a été écrit ?

27 R. Non.

28 Q. Et ce qui est inscrit en dessous, pourriez-vous en donner lecture ?

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1 R. "Le centre de rassemblement pour le logement de civils et des biens. Le

2 capitaine de première classe Antic Kresojevic et Stojanovic."

3 Q. Correction pour le compte rendu. Pourriez-vous, s'il vous plaît, lire

4 ces noms lentement ?

5 R. Aucune de ces deux mentions ne veut dire quoi que ce soit pour moi. La

6 première se lit comme suit : "Nikola Plavsic, fils de Nikola, Vukovar,

7 numéro 10 de la rue Vukovar." En dessous de la ligne, il y a ce centre

8 d'hébergement des civils et le fait de s'occuper, de prendre soin des biens

9 matériels. En dessous de cela, commandant Ljubinko Stojanovic, le capitaine

10 de première classe, commandant de l'unité de l'arrière, Antic Kresojevic.

11 Q. Merci. Vous dites donc que ces notes ne représentent rien pour vous ?

12 R. Non.

13 Q. Je vous remercie. A la page 68, si vous continuez en voyant ce qui est

14 écrit en passant de la page 67 à la page 68, ceci a trait au 24 novembre,

15 n'est-ce pas ?

16 R. Non, pas nécessairement, parce que les mentions concernant le 24 sont

17 là, et ceci n'est pas ma signature, donc j'ai dû confier le carnet à

18 quelqu'un pour qu'il écrive, qu'il note quelque chose. Est-ce que je

19 devrais donner lecture de ce qui est dit à la page 68 ?

20 Q. Non, je vous remercie. Je vais vous poser des questions concernant

21 certaines entrées, et tout ce que je vous demandais c'était : lorsque vous

22 confiez votre carnet pour que quelqu'un y écrive quelque chose, ceci bien

23 entendu est dans le cadre du service, mais qu'est-ce que cela veut dire,

24 lorsque vous remettez votre carnet à quelqu'un ?

25 R. Cela veut dire que probablement, je l'ai remis à l'un de mes soldats de

26 façon à ce que je puisse faire quelque chose d'autre à ce moment-là. Je

27 pouvais demander à l'un d'entre eux peut-être de noter quelque chose pour

28 moi.

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1 Q. Pouvez-vous nous donner lecture de ce qui figure en page 68. Pouvez-

2 vous déterminer la date ?

3 R. Zavisic, chef du poste de police --

4 M. MOORE : [interprétation] Avant que mon éminent confrère ne poursuive,

5 avec tous mes respects, peut-on tout d'abord rétablir si le témoin est bien

6 l'auteur de ce qui figure sur chacune des pages et s'il était au courant du

7 contenu et peut-être que ce serait une étape préliminaire à faire avant

8 qu'il ne poursuive sa lecture.

9 M. VASIC : [interprétation] Mais je pense, Monsieur le Président, que le

10 témoin nous a dit à chaque fois ce qu'il en était. Je pense que le témoin

11 avait déjà répondu à chacune de ces objections de mon confrère. Il a dit à

12 quel moment il était l'auteur de quelque chose, à quel moment il ne l'était

13 pas.

14 Q. Etes-vous l'auteur de ce qui figure en page 68 ?

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Juste pour simplifier les choses, si

16 ceci ne vous dérange pas, s'il vous plaît, lorsqu'on vous demande de nous

17 donner lecture de quelque chose qui a été consigné dans le journal,

18 pourriez-vous tout simplement nous préciser lorsque vous n'êtes pas la

19 personne qui écrit cela ? Merci.

20 Maître Vasic, allez-y.

21 M. VASIC : [interprétation] Oui.

22 Q. Je vous en prie.

23 R. Donc page 68, on lit : "Zavisic, puis avec une étoile, chef du poste de

24 police, Vukovar; Zavisic Miodrag." En dessous : "SO Slavonie, Baranja et

25 Srem occidentale; Djukic Dragan, chef du poste; Obradovic Branko, chef de

26 la police; Bogunovic, ministre des Affaires intérieures." C'est moi qui ai

27 écrit cela, et c'est une date dont je ne me souviens pas, mais c'est

28 probablement proche du 27. Je vous ai dit qu'à ce moment-là, on a mis sur

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1 pied une police civile, donc je suppose que c'est cela, la composition de

2 cette police civile d'après leurs fonctions.

3 Q. Merci.

4 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

5 questions pour ce témoin. Merci.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic.

7 M. BOROVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

8 Contre-interrogatoire par M. Borovic :

9 Q. [interprétation] Bonjour. Je suis Me Borovic, je représente ici M.

10 Radic.

11 Je voudrais savoir tout d'abord combien vous aviez d'hommes dans

12 votre compagnie quand vous êtes arrivé à Vukovar. Etait-ce les 60 parmi

13 lesquels vous comptez également les chauffeurs, les officiers, le personnel

14 médical et le personnel auxiliaire; c'est bien cela ?

15 R. Non. A Smederevo, où je me suis trouvé avec un certain nombre de

16 policiers, on m'a enlevé un peloton. Donc, je suis arrivé à Negoslavci avec

17 25 à 30, peut-être, policiers militaires. Je peux vérifier cela dans le

18 cahier, si vous voulez.

19 Q. Merci. A ce moment là, dans cette compagnie là, est-ce que vous aviez

20 du personnel auxiliaire, des chauffeurs, du personnel médical ?

21 R. Ceux qui ont accepté la mobilisation, ils étaient présents d'après la

22 structure. Je ne sais pas si je peux vous ventiler cela par groupe.

23 Q. Vous aviez combien d'hommes en tout et pour tout dans votre compagnie ?

24 R. A Negoslavci, par exemple, une trentaine.

25 Q. Merci. Quand il a fallu que vous vous assuriez la sécurité du premier

26 groupe à Ovcara, vous aviez combien d'hommes pour faire cela ?

27 R. Une vingtaine de policiers militaires.

28 Q. Merci. La deuxième fois, quand il a fallu que vous assuriez la sécurité

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1 le 20 novembre à Ovcara, vous aviez combien d'officiers militaires ?

2 R. C'était à peu près le même nombre, entre 15 et 20.

3 Q. Merci. La première fois, les hommes que vous aviez vous ont suffit pour

4 le groupe de Mitnica ? Est-ce que cela a été suffisant pour remplir votre

5 mission ?

6 R. Non. Dans le premier groupe, j'avais en tout à peu près 60 hommes

7 chargés de la sécurité, 60 soldats. Je ne vous parle là que de policiers.

8 Q. Mais d'où viennent maintenant ces 60 policiers. C'est la première fois

9 qu'on entend parler de 60 -- enfin, la première fois vous en avez 60; le

10 lendemain, vous ne les avez plus, pourquoi ? Où sont-ils disparus ?

11 M. MOORE : [interprétation] Ce n'est pas ce que le témoin a dit, il a n'a

12 pas dit qu'il avait 60 policiers, il a dit qu'il avait 60 hommes. Et il

13 l'avait déjà dit; il a dit qu'il avait 20 policiers militaires.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, ce n'est pas la

15 distinction que j'ai remarquée ou que j'aurais faite. J'avais entendu la

16 même chose que Me Borovic.

17 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

18 R. Peut-être ne suis-je pas suffisamment précis.

19 Q. On reprend. La première fois, vous êtes chargé du groupe de Mitnica.

20 Vous avez 20 policiers militaires. Mais qui commandiez-vous, quel groupe

21 qui garantissait la sécurité du groupe de Mitnica également ?

22 R. Mais il me semble que je l'ai déjà dit, mais enfin, je vais le répéter.

23 En plus des policiers dans la sécurité du premier groupe, il y avait des

24 officiers de la 80e Brigade motorisée et un certain nombre de soldats venus

25 d'autres unités que le commandant Vojnovic a orientés ici pour assurer la

26 sécurité.

27 Q. Etait-ce des soldats de la 80e Brigade motorisée de Kragujevac ?

28 R. Oui.

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1 Q. Merci. Le 20 novembre, les 20 policiers militaires que vous aviez à

2 votre disposition ont été suffisants pour que vous remplissiez pleinement

3 la mission qui vous a été confiée ? Ce nombre vous a-t-il suffit ?

4 R. Le 20, j'ai établi l'ordre avec ces hommes-là. Mais pour assurer la

5 sécurité pendant toute la nuit, alors là --

6 Q. Attendez, c'est une autre question.

7 M. MOORE : [interprétation] Objection. Une question a été posée, M. Borovic

8 n'a pas reçu la réponse qu'il voulait et il interrompu le témoin à cause de

9 cela. Si Me Borovic n'apprécie pas les réponses, il faut bien qu'il les

10 accepte.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Moore, je pense qu'il faut

12 que l'on fasse preuve de calme.

13 M. MOORE : [aucune interprétation]

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cela suffit, Monsieur Moore.

15 M. MOORE : [interprétation] Oui, merci.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, donnez la possibilité

17 de répondre à la question. Merci.

18 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

19 Q. Ma question a été la suivante : les 20 policiers militaires étaient-ils

20 suffisants pour établir l'ordre, pour remplir la mission qui était celle de

21 s'asseoir là ?

22 R. J'ai tenté de vous répondre. Avec ce nombre d'hommes, j'ai pu établir

23 l'ordre. Mais travailler toute la nuit avec ce nombre, c'était trop

24 fatiguant, et la question est de savoir si c'était faisable et si cela

25 permettrait de remplir la mission dans tous ses volets.

26 Q. Mais avez-vous entrepris quelque chose, avez-vous tenté quelque chose

27 afin d'informer Vojnovic du fait qu'il fallait qu'il vous assigne des

28 soldats qui allaient travailler par relève comme la première fois pour

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1 garder les hommes placés en détention. Oui ou non, l'avez-vous fait ?

2 R. Si vous m'y autorisez, je ne peux pas vous répondre par un oui ou un

3 non. La raison est la suivante : je ne cesse d'essayer de vous expliquer

4 qu'au moment où je suis arrivé, j'ai établi l'ordre. Les choses ont

5 commencé à se dérouler normalement et à ce moment-là, l'ordre est venu pour

6 que je me retire, que je me replie. Je n'avais pas pu entreprendre des

7 mesures prévues.

8 Q. Je vous remercie. Ce que vous dites ne me convainc pas et je vais vous

9 dire pourquoi : vous n'êtes pas resté là-bas pendant un quart d'heure.

10 Essayons de voir progressivement combien de temps vous avez passé sur place

11 et ma première question sera la suivante, pour tirer au clair les

12 circonstances : il vous a fallu combien de temps pour arriver de Sremska

13 Mitrovica à Negoslavci en voiture ?

14 R. Je ne sais pas. Non.

15 Q. Deuxième question : il y a combien de kilomètres entre Sremska

16 Mitrovica et Negoslavci, d'après vous ? Que ce soit à l'époque ou

17 aujourd'hui, vous devriez le savoir.

18 R. Je l'ignorais à l'époque, je ne le sais toujours pas.

19 Q. Merci. Ma troisième question : si je vous dis que c'est moins de 50

20 kilomètres, seriez-vous d'accord avec moi ?

21 R. Je n'ai aucune raison de ne pas vous croire ?

22 Q. Il faut combien pour qu'une voiture traverse 50 kilomètres ? D'après

23 vous, il faut combien de temps ?

24 R. Disons une heure.

25 Q. Vous conduisez aussi lentement, 50 kilomètres, sur une autoroute ?

26 R. Attendez quelle autoroute ?

27 Q. Merci, merci. J'accepte votre réponse. Une heure. 50 kilomètres.

28 R. Voire même plus.

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1 Q. Lorsque vous avez répondu aux enquêteurs de ce Procureur, page 9, avez-

2 vous cette déclaration ? Si vous ne l'avez pas, je vais vous la remettre.

3 Vous avez commencé page 9, et page 10, premier paragraphe vous avez terminé

4 votre récit. Vous dites que vous avez quitté Sremska Mitrovica, et la

5 phrase suivante dit la chose suivante : "Quand je suis revenu, on m'a

6 informé du fait que certains de mes policiers militaires avaient été

7 renvoyés à Ovcara pour sécuriser le deuxième groupe de prisonnier. Je suis

8 parti là-bas immédiatement, et je souligne "immédiatement." Est-ce que bien

9 ce que vous avez dit aux enquêteurs du Procureur ?

10 R. Est-ce que ce que vous avez lu figure dans ce paragraphe ?

11 Q. Oui.

12 R. Je ne comprends pas ce qui n'est pas clair.

13 Q. Est-ce que vous confirmez ce que vous avez déclaré ?

14 R. Oui.

15 Q. Si je vous dis que la dernière phrase page 9 dit que vous êtes revenu

16 de Sremska Mitrovica vers 16 heures, excusez-moi, non, que vous avez quitté

17 Sremska Mitrovica vers 16 heures; est-ce exact ?

18 R. Probablement, enfin non, oui, c'est exact.

19 Q. Auriez-vous la gentillesse de nous dire combien de kilomètres séparent

20 Negoslavci d'Ovcara, à peu près ?

21 R. Disons trois.

22 M. BOROVIC : [interprétation] Excusez-moi, Monsieur le Président. Ligne 74,

23 page 74, ligne 7, on lit probablement, alors que le témoin a dit

24 "certainement".

25 Q. Lorsque je vous ai posé la question pour Sremska Mitrovica --

26 R. J'ai accepté ce que vous aviez lu.

27 Q. Merci.

28 R. Mais c'est vrai que j'ai prononcé le mot "probablement".

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1 Q. Très bien. Excusez-moi, je n'ai pas suivi, vous avez dit qu'il y avait

2 quelle distance entre Negoslavci et Ovcara ?

3 R. Disons trois kilomètres.

4 Q. Merci. A bord d'un Pinzgauer, il faut combien de temps pour franchir

5 ces distances de trois kilomètres ?

6 R. Disons une dizaine de minutes.

7 Q. Merci. Nous venons de constater que vous avez quitté Sremska Mitrovica

8 à 16 heures. Alors à 15 heures et 10 minutes, vous étiez nécessairement à

9 Ovcara n'est-ce pas, d'après le calcul que nous venons de poser ?

10 M. BOROVIC : [interprétation] Excusez-moi, une erreur de nouveau dans le

11 transcript. 17 heures et non pas 15 comme on le lit dans le transcript.

12 Q. Etes-vous d'accord avec moi pour dire que c'était nécessairement à 17

13 heures 15 ?

14 R. Non.

15 Q. Pouvez-vous me l'expliquer ?

16 R. Vous êtes parti d'une hypothèse théorique. Vous êtes parti de l'idée

17 que je ne me suis pas arrêté, que j'ai roulé directement de Sremska

18 Mitrovica à Negoslavci et que je m'y suis arrêté une minute avant de

19 poursuivre. Cela c'est la théorie mais cela ne correspond pas à ce qui

20 m'est arrivé en route. Il y a une probabilité que je me sois trouvé une

21 heure et demie plus tard à Ovcara, mais en réalité j'aurais pu y être plus

22 tard.

23 Q. Merci.

24 R. Donc je ne me souviens vraiment pas à quel moment je suis allé à

25 Ovcara.

26 Q. Imaginons que ce soit une heure et demie depuis Sremska Mitrovica. Cela

27 nous amène à 17 heures 30 tout au plus. C'est le mois de novembre, c'est

28 l'hiver, la nuit tombe plus tôt, n'est-ce pas ? A 17 heures 30, au plus

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1 tard, vous êtes à Ovcara. La nuit tombe plus tôt, n'est-ce pas ?

2 R. Oui.

3 Q. Dans le journal de guerre de la 80e Brigade de Kragujevac, il est dit

4 qu'à 22 heures 30 vous vous êtes retiré. Vous avez passé combien d'heures à

5 Ovcara en menant à bien votre mission de policier militaire ? Pouvez-vous

6 faire ce calcul maintenant, s'il vous plaît ?

7 R. Je ne sais pas ce qui est écrit dans le journal de guerre.

8 Q. Si je vous dis que dans le journal de guerre, et pour être tout à fait

9 correct, je vous dis que c'est 22 heures 30. Est-ce que cela veut dire que

10 vous y avez passé quatre heures ?

11 R. Il est dit que je me suis retiré à 22 heures ?

12 Q. La compagnie de police militaire.

13 R. Que je me suis retiré à 22 heures ?

14 Q. 22 heures 30.

15 R. A 22 heures 30. Je suis en train de réfléchir à haute voix parce que je

16 ne sais pas. Je sais que je suis arrivé, que j'y ai passé un certain temps

17 et que je me suis retiré.

18 Q. Monsieur, nous allons bientôt épuiser ce sujet. J'ai essayé de procéder

19 dans l'ordre, question par question pour montrer que vous y avez passé à

20 peu près quatre heures, et que vous ne vous êtes pas arrêté simplement une

21 minute. Nous allons essayer d'évaluer cela grâce à la déposition d'autres

22 témoins et aussi sur la base de ce que venez de dire. Je vais maintenant

23 poursuivre.

24 Votre remplaçant, il était originaire d'où, puisque vous chercher à éviter

25 de prononcer son nom. Aviez-vous plusieurs remplaçant ou un seul ? Et pour

26 quelle raison ?

27 R. Je ne sais vraiment pas si, d'après l'organigramme, l'homme qui aurait

28 dû être mon remplaçant a été mobilisé.

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1 Q. Je vais vous reposer la question autrement. Lorsque vous êtes absent,

2 lorsque vous vous rendez quelque part, qui commande votre compagnie ?

3 R. Je vous ai dit tout est entrepris par l'officier de permanence de cette

4 compagnie.

5 Q. Merci. Qui commandait votre compagnie, la partie de cette compagnie qui

6 se trouvait à Ovcara ? Pendant que vous êtes allé à Sremska Mitrovica, qui

7 vous a remis de nouveau la compagnie lorsque vous êtes revenu de nouveau à

8 16 heures 30 ?

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Cette dernière partie de la question,

10 de toute évidence, ne correspond pas à l'heure évoquée par le témoin,

11 Maître Borovic.

12 M. BOROVIC : [interprétation] La Défense estime que c'est cela l'heure.

13 Excusez-moi, 17 heures 30, c'est mon erreur. Je vous présente mes excuses.

14 A 17 heures 30.

15 Q. Quelle est la réponse que vous m'apportez ?

16 R. Je vais commencer par la fin. Je ne sais pas à quelle heure je suis

17 arrivé. Cela est une première chose. Une deuxième chose, je ne sais pas qui

18 a commandé l'unité pendant que je n'étais pas là. Je n'étais pas là.

19 Q. Mais quand vous êtes arrivé à Ovcara, qui avait commandé votre unité

20 avant vous ?

21 R. Encore une fois, je vous dis qu'il n'y avait pas de commandement là-

22 bas.

23 Q. Merci. La pièce 256, s'il vous plaît, peut-on la voir à l'écran en page

24 22. Page 22. Merci.

25 Je demande au témoin si ce que l'on voit sur cette photographie vous dit

26 quelque chose.

27 R. Oui.

28 Q. De quoi s'agit-il ?

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1 R. C'est Ovcara.

2 Q. Merci. Pourriez-vous prendre un crayon, l'Huissier vous aidera, et

3 pourriez-vous nous montrer quel est le hangar où vous avez établi l'ordre

4 le 20 novembre. Pouvez-vous inscrire le chiffre 1, à cet endroit et pouvez-

5 vous l'encercler ?

6 R. [Le témoin s'exécute]

7 Q. Merci. Pouvez-vous inscrire le chiffre 2, là où les gardes se sont

8 trouvés dans la salle de repos. Ce deuxième groupe qui attendait pour mener

9 à bien les tâches de sécurité.

10 R. Est-ce que je peux ajouter un commentaire ?

11 Q. Inscrivez d'abord et commentez par la suite.

12 R. [Le témoin s'exécute]

13 Q. Allez-y.

14 R. On s'est dit que c'était là qu'on allait pouvoir placer les hommes qui

15 allaient être l'équipe de réserve mais il faisait très froid là. Ce n'était

16 pas possible et je les ai introduits à l'intérieur.

17 Q. Très bien. Dites-nous où était l'anneau externe de sécurité, comme vous

18 l'avez appelé ? Est-ce que vous pouvez tracer la ligne de ce deuxième

19 anneau de sécurité et inscrivez le chiffre 3 ?

20 R. [Le témoin s'exécute]

21 Q. Merci. D'où les Pinzgauer éclairaient-ils le hangar ? Où étaient-ils

22 garés ? Pouvez-vous nous le montrer et inscrivez le chiffre 4 ?

23 R. Cela va se chevaucher parce que j'avais déjà inscrit quelque chose mais

24 je peux dessiner une flèche.

25 Q. Dessinez une flèche.

26 R. [Le témoin s'exécute]

27 Q. Merci. Est-ce que vous pouvez nous montrer où se situe la maison jaune

28 depuis le hangar ? La maison que vous avez mentionnée ?

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1 R. Depuis le hangar, par ici. [Le témoin s'exécute]

2 Q. Je vous remercie.

3 M. BOROVIC : [interprétation] Je voudrais demander le versement de cette

4 photographie.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] J'ai besoin de préciser une chose,

6 Maître Borovic ? Peut-être que le témoin pourrait m'aider ?

7 Le 3, qui correspond à l'anneau externe semble signaler un seul endroit.

8 Aviez-vous des gardes répartis autour du hangar à l'extérieur ou uniquement

9 étaient-ils positionnés à un seul endroit vers la porte, vers laquelle

10 pointe la flèche ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Ils n'étaient pas répartis autour du hangar,

12 uniquement à partir de la porte sur la droite si on efface la porte. C'est

13 comme cela que se déplaçaient les gardes. Vers la maison jaune, disons.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous n'aviez personne à l'extérieur à

15 l'arrière ou à l'extrémité du hangar ? Et vous aviez combien de gardes à

16 l'extérieur ? D'après vos hochements de tête, j'ai compris que votre

17 réponse était négative, vous n'aviez pas de gardes. Hormis près de la

18 porte, combien de gardes avez-vous déployé à l'extérieur ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] D'après mon estimation, les gardes devaient

20 suivre l'arrivée des véhicules depuis la maison jaune. J'ai estimé que

21 personne ne pouvait s'approcher à bord de véhicules et qu'aucune menace ne

22 pesait pour ce qui est de l'arrivée à pied. C'est la raison pour laquelle

23 j'ai placé le garde devant la porte et il circulait vers l'extrémité à

24 droite, enfin à gauche d'après la manière dont on regarde. Si j'avais une

25 visite, il y avait deux gardes. Si j'en n'avais pas, il y en avait un.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie.

27 Maître Borovic, je vous ai interrompu.

28 M. BOROVIC : [interprétation] Je vous remercie. Vous m'avez grandement aidé

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1 mais terminons-en.

2 Q. Il y a combien de portes, combien d'entrées sur ce hangar ?

3 R. D'après mes souvenirs, il y a la porte par laquelle on entrait et à

4 l'arrière, il y a une entrée. Comment dirais-je, à l'extrémité de la

5 diagonale il y en a une entrée.

6 Q. Très bien. Y avait-il quelqu'un à cette entrée ou sortie auxiliaire ?

7 R. Non. J'ai essayé de vous répondre donc j'ai estimé qu'aucun danger ne

8 pouvait me menacer de ce côté-là.

9 Q. Une seule question, et après j'en aurai terminé avec ce groupe de

10 questions et je vois aussi que le moment de la suspension s'approche.

11 Cette entrée principale n'était gardée que par vos hommes de la compagnie

12 de police militaire. Etaient-ils exclusivement des membres de votre

13 compagnie ?

14 R. A aucun moment la sécurité n'était garantie uniquement par la compagnie

15 de police militaire. C'était aussi des hommes de la 80e Brigade motorisée.

16 Ils se relayaient.

17 Q. Merci. Quel était le nombre de ces hommes de la 80e Brigade motorisée

18 le 20 novembre, en plus de vos hommes de la compagnie de la police

19 militaire ? Vous dites qu'ils se relayaient avec les hommes de la 80e

20 Brigade motorisée.

21 R. Si je vous ai bien compris, dans votre introduction, c'était le 18 et

22 le 19 qui vous intéressaient.

23 Q. Non. Je ne vous ai absolument pas posé la question pour le 18 et le 19.

24 R. Tout ce que je vous ai dit, c'était pour le 18 et le 19.

25 Q. Non. Attendez un instant. Disons que le témoin ait vraiment compris que

26 toutes les questions que je lui ai posées concernaient la journée du 18

27 novembre. Après la pause, je lui poserai des questions au sujet du 20.

28 M. BOROVIC : [interprétation] Mais il faudra suspendre l'audience

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1 maintenant et je demande le versement de cette pièce comme étant une pièce

2 qui représente la situation le 18 novembre.

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Voulez-vous que j'inscrive une flèche ?

4 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La pièce sera reçue au dossier.

5 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce 433, Monsieur le

6 Président.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Et après la pause si vous aimeriez

8 préciser la situation pour la journée du 20 novembre ?

9 Très bien, nous allons reprendre à 15 heures 20.

10 --- L'audience est suspendue à 15 heures 01.

11 --- L'audience est reprise à 15 heures 25.

12 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, vous pouvez

13 poursuivre.

14 M. BOROVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

15 Q. Le 18 novembre, -- merci. Est-ce qu'on peut poursuivre ?

16 R. Oui.

17 Q. Le 18 novembre, Vojnovic et vous-même avez choisi Ovcara comme lieu de

18 détention; est-ce exact ?

19 R. Oui.

20 Q. Est-ce qu'il s'agissait d'un lieu de détention pour tous les

21 prisonniers qui, à l'avenir, se trouveraient dans la région d'Ovcara ?

22 R. Notre mission consistait à trouver un bâtiment qui remplissait toutes

23 les conditions requises pour garder des prisonniers de guerre. Telle était

24 notre mission et c'est ce que nous avons fait. Pour ce qui est d'éventuels

25 prisonniers futurs, je n'avais aucune information à ce sujet à l'époque. Si

26 vous me demandez si cela allait devenir un lieu de détention permanent, je

27 ne sais pas.

28 Q. Est-ce que cela aurait été possible ?

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1 R. Si la guerre s'était poursuivie pendant trois ans encore, oui, cela

2 aurait pu être le cas.

3 Q. Soyons tout à fait précis et sérieux. Le 18 novembre, est-ce que vous

4 construisiez un lieu de détention permanent qui devait servir pendant tout

5 votre séjour à Vukovar, sans savoir, à l'époque, combien de temps vous

6 resteriez à Vukovar ?

7 R. Vous voulez parler de Negoslavci, oui, ce n'était pas à Vukovar,

8 c'était à Negoslavci.

9 Q. Merci. Est-ce que cela signifie que le 19 et le 20 novembre vous

10 disposiez d'un lieu de détention à Negoslavci, oui ou non ?

11 R. Oui.

12 Q. Dans le cadre de votre déposition, vous avez expliqué quelle était la

13 situation à Ovcara le 18 novembre. Pourrait-on voir la pièce à conviction

14 256, page 22, est-ce que l'on pourrait afficher cela de nouveau à l'écran,

15 s'il vous plaît ? Page 22, très bien, merci.

16 Monsieur, parlons maintenant du 20 novembre 1991. Pourriez-vous indiquer

17 l'endroit où se trouvait l'anneau extérieur de sécurité dont vous avez

18 parlé un peu plus tôt. Vous avez dit que cet anneau extérieur de sécurité

19 existait le 20 novembre. Pourriez-vous indiquer cet endroit à l'aide du

20 chiffre 1.

21 R. Les gardes se trouvaient à l'extérieur de la porte le 20 novembre, à

22 cet endroit. [Le témoin s'exécute]

23 Q. Est-ce que cela signifie qu'il n'y avait pas d'anneau externe ? Il y

24 avait un seul garde ?

25 R. Je me suis contenté d'établir l'ordre. J'ai commencé à remplir ma

26 mission de sécurité. Je ne l'ai pas véritablement terminée à proprement

27 parler. La situation était réglée quand je suis arrivé. A l'exception des

28 policiers militaires et des détenus, il n'y avait personne d'autre à

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1 l'intérieur du hangar. Le cordon a été retiré, il y avait un garde, un

2 policier militaire qui se tenait à l'extérieur de la porte.

3 Q. Nous en avons entendu parler, merci. Est-ce que vous pourriez indiquer

4 l'endroit où se trouvait les Pinzgauer et combien il y en avait à

5 l'extérieur du hangar. Est-ce que vous pourriez nous indiquer cela, s'il

6 vous plaît ?

7 R. Je ne me souviens pas précisément de l'endroit où ils se trouvaient.

8 Q. Vous nous avez déclaré, n'est-ce pas, que vous vous étiez servi des

9 phares de ces véhicules pour éclairer l'intérieur du hangar. Où se

10 trouvaient ces véhicules ?

11 R. Je me suis servi d'un Pinzgauer qui était garé juste à l'extérieur de

12 la porte.

13 Q. Est-ce que vous pourriez indiquer cet endroit, s'il vous plaît. Vous

14 voyez bien que vous êtes en mesure de le faire.

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. Merci beaucoup. Combien y avait-il de soldats, de policiers militaires

17 de votre compagnie à l'intérieur, à ce moment-là ?

18 R. Entre 15 et 20, d'après mes souvenirs. Plutôt 15.

19 Q. Qu'en est-il de Joca Kafic ? A combien de ces soldats avez-vous donné

20 l'ordre de quitter le hangar à votre arrivée ?

21 R. Je ne me souviens pas.

22 Q. Où ces hommes sont-ils allés ensuite ?

23 R. Je ne sais pas où ils sont allés après.

24 M. BOROVIC : [interprétation] Je demande le versement au dossier de ce

25 document, étant précisé que le témoin l'a annoté pour ce qui est du 18

26 novembre. Je ne pense pas que nous en ayons encore besoin.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce document est versé au dossier.

28 M. LE GREFFIER : [interprétation] Pièce à conviction 434.

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1 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

2 Q. Joca Kafic commandait son propre groupe d'hommes, et vous leur avez

3 demandé de partir. Comment saviez-vous qu'il commandait un groupe ? Le

4 saviez-vous avant votre arrivée ou vous en êtes-vous rendu compte sur place

5 ?

6 R. Joca était un capitaine de première classe. Il y avait plusieurs de ses

7 soldats à cet endroit. A un moment donné, j'ai dit que tous ceux qui

8 n'étaient pas des policiers militaires devaient sortir et ils ont obéi. Ils

9 sont partis.

10 Q. Etaient-ils 10 ou plus de 10 ?

11 R. Je ne sais pas du tout.

12 Q. Merci. Revenons à la question que je vous ai posée plus tôt à laquelle

13 vous n'avez pas répondu. S'il avait été nécessaire de rester jusqu'au

14 lendemain, est-ce qu'il vous aurait suffit d'appeler Vojnovic et de lui

15 demander d'envoyer ses hommes qui se seraient relayés pour garder le

16 hangar pendant toute la nuit ? Est-ce que vous auriez pu agir ainsi ?

17 R. Ce dont je suis sûr c'est que si j'avais poursuivi cette mission de

18 sécurité, j'aurais obtenu plus d'hommes pour aider pendant la nuit comme la

19 première fois.

20 Q. Merci beaucoup. Vous avez installé ce cordon la première fois le 18

21 novembre. La deuxième fois, ce que vous avez fait également c'est

22 constituer une liste. La deuxième fois, le 20 novembre, vous avez suivi

23 plus ou moins la même procédure, vous avez installé ce cordon vers le

24 milieu du hangar, vous avez gardé les prisonniers et qu'avez-vous fait

25 ensuite ? Avez-vous commencé à établir une liste ou est-ce que vous n'avez

26 pas du tout pensé à établir une liste à ce moment-là ? Ou plutôt est-il

27 possible que Joca Kafic, dont le vrai nom était Jovan Novakovic, ait déjà

28 établi une liste ?

Page 8491

1 R. Oui.

2 (expurgé)

3 (expurgé)

4 R. Vous voulez que je commence à partir de la fin ? Joca faisait

5 effectivement une liste avec les soldats. Je ne sais pas ce qu'il est

6 advenu de cette liste. Quant à ce que j'ai fait, c'est la chose suivante :

7 une fois que l'ordre a été établi et que les soldats se tenaient à droite

8 de la porte, le cordon se trouvait à droite de la porte et non pas au

9 milieu du hangar. Lorsqu'il ne restait plus que les policiers militaires à

10 l'intérieur du hangar, en plus dans prisonniers bien sûr, j'ai commencé à

11 donner l'autorisation à un certain nombre de personnes d'entrer dans le

12 bâtiment. Ceux qui voulaient se déplacer le long du cordon pour voir qui se

13 trouvait à l'intérieur. Ces gens entraient puis sortaient. Il était crucial

14 à mes yeux de faire cela, étant donné que la situation jusque-là était

15 complètement chaotique et que cette situation était finalement redevenue

16 plutôt calme. La police militaire contrôlait la situation, mais je songeais

17 à demander des renforts. Il nous fallait obtenir plus de soldats, des

18 renforts. Je pensais qu'il fallait également obtenir plus de nourriture,

19 plus d'eau.

20 Q. Merci, nous en avons déjà parlé. Quel règlement militaire prévoit que

21 vous autorisiez des membres de la Défense territoriale à pénétrer à

22 l'intérieur du hangar gardé par vos policiers militaires, sachant que ces

23 hommes allaient maltraiter les prisonniers, une fois à l'intérieur ? Alors

24 que d'autre part, vous avez fait partir des soldats qui appartenaient au

25 commandement local d'Ovcara, et qui étaient là jusqu'à votre arrivée ? Ne

26 pensiez-vous pas qu'en agissant ainsi vous avez peut-être enfreint les

27 règlements régissant le comportement d'un commandant de la police

28 militaire, lorsque vous avez autorisé ses personnes à jeter un coup d'il à

Page 8492

1 l'intérieur du hangar ? Pourquoi pensiez-vous que cela était nécessaire ?

2 R. Vous m'avez posé trois questions au total, si je vous ai bien suivi. Je

3 voudrais reprendre ces trois questions. Premièrement, ces gens qui sont

4 entrés à l'intérieur du hangar n'ont pas maltraité qui que ce soit. Ils

5 n'ont agressé aucun prisonnier.

6 Deuxièmement, d'après mon estimation en ma qualité de commandant, il

7 était dans l'intérêt, des prisonniers et de la mission de sécurité,

8 d'autoriser les hommes de la Défense territoriale à pénétrer à l'intérieur

9 du bâtiment pour jeter un coup d'il sur les personnes qui s'y trouvaient.

10 Troisièmement, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris votre

11 troisième question. J'ai un peu perdu le fil. Non, je m'en souviens. En

12 vertu de quel règlement aurais-je pu agir ainsi ? Il s'agissait de mon

13 appréciation personnelle. Je pensais que c'était l'option la plus sûre

14 compte tenu de la mission qui nous avait été confiée.

15 Q. Merci. Je pense que vous avez déjà plus ou moins répondu à cette

16 question. Est-ce que cela signifie que vous contrôliez pleinement et

17 entièrement le lieu de détention ? Par contrôle, j'ai à l'esprit la

18 sécurité des prisonniers. Il s'agissait de garder à distance en quelque

19 sorte les hommes de la Défense territoriale. Est-ce que c'était le cas ?

20 R. J'attends la fin de l'interprétation avant de vous répondre. Je suis

21 sûr que j'avais le contrôle plein et entier de la sécurité des prisonniers

22 à ce moment-là.

23 (expurgé)

24 (expurgé)

25 (expurgé). Ma question

26 est la suivante : vous étiez là avec le commandant de la brigade, Vojnovic,

27 vous êtes à la recherche d'un endroit permettant d'accueillir un nombre

28 important de personnes. Vous a-t-il expliqué quelle unité se trouvait à cet

Page 8493

1 endroit ? C'est ma première question ?

2 R. Le lieutenant-colonel Vojnovic a dû me parler de l'unité ou des unités

3 voisines. Je ne suis pas sûr exactement de ce qu'il m'a dit, mais vous

4 m'avez demandé trois choses. Vous avez dit que j'avais fait partir ces

5 soldats, que je leur avais demandé de partir. Ces soldats qui, comme vous

6 l'avez dit, tenaient ce secteur. C'est eux qui étaient chargés de la

7 sécurité à cet endroit. Si tel était le cas, je ne le savais pas à

8 l'époque.

9 (expurgé)

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 (expurgé)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 (expurgé)

16 M. BOROVIC : [interprétation] Ce qui est fait est fait, mais je ne pensais

17 pas que le témoin saurait cela.

18 R. Effectivement, je ne le savais pas.

19 M. BOROVIC : [interprétation] Mes propos ont été mal interprétés. Je n'ai

20 pas mentionné le nom de ce témoin, d'autant plus que ce témoin bénéficie de

21 mesures de protection. De cette façon, le témoin que j'interroge ne

22 l'aurait pas su. Mais tout va bien, finalement. Ce n'est pas si important

23 que je vous demande d'adapter votre décision à mes propres souhaits.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci. Le compte rendu d'audience sera

25 expurgé.

26 M. BOROVIC : [interprétation]

27 Q. Lorsque vous êtes allé de Mitrovica à Negoslavci, nous en avons déjà un

28 peu parlé, vous avez déclaré qu'ils vous avaient informé que votre

Page 8494

1 compagnie se trouvait à Ovcara et qu'elle était en train de garder un

2 nouveau groupe. Ma question est la suivante : est-ce que l'un quelconque de

3 vos officiers était présent à ce moment-là à Negoslavci, lorsque vous avez

4 reçu ces informations ?

5 R. Je pense que je me répète. Je ne pense pas que je sois allé au

6 commandement. J'y suis allé probablement, mais je ne me souviens pas qui

7 j'ai vu là-bas.

8 Q. Qui aurait pu donner l'ordre à votre compagnie en votre absence de se

9 charger de cette mission de sécurité à Ovcara le 20 novembre 1991 ?

10 R. Le commandant a tous les droits. C'est lui qui donne les ordres et qui

11 confie les missions.

12 Q. Excusez-moi, de quel commandant voulez-vous parler ?

13 R. Il n'y en a qu'un seul : le lieutenant-colonel Vojnovic. Quant à savoir

14 s'il l'a fait ou non, je ne peux pas vous le dire.

15 Q. Est-ce qu'il y avait d'autres personnes, hormis Vojnovic, qui auraient

16 pu donner l'ordre aux membres de votre compagnie de se charger de cette

17 mission de sécurité à Ovcara ?

18 R. Je ne sais pas.

19 Q. Merci. Dans la déclaration que vous avez faite aux représentants du

20 Procureur, page 9 en anglais, paragraphe 3 -j'indique cela à l'intention de

21 mes confrères de l'Accusation - lorsque vous êtes arrivé à Ovcara, les

22 réservistes de la JNA se sont retirés dans la maison jaune. De quels

23 soldats parlez-vous ici, étant donné que vous avez dit un peu plus tôt que

24 vous ne saviez pas où Joca Kafic et ses soldats étaient allés ? Qui sont

25 ces soldats qui se rendent maintenant dans la maison jaune ?

26 R. Les seuls soldats qui auraient pu se retirer dans la maison jaune

27 étaient les soldats de Joca Kafic. Bien que --

28 Q. Bien que quoi ?

Page 8495

1 R. Est-ce que je l'ai dit à l'époque ? Maintenant, je ne m'en souviens

2 plus. Voilà.

3 Q. Merci. Etes-vous jamais allé personnellement dans la maison jaune ?

4 R. Non, je ne suis pas entré à l'intérieur.

5 Q. Où êtes-vous allé si vous n'êtes pas entré à l'intérieur ?

6 R. J'étais à l'extérieur de la maison. Je suis passé devant à plusieurs

7 reprises.

8 Q. Merci. Qu'est-ce qui se trouvait dans cette maison, puisque vous avez

9 passé à plusieurs reprises en allant vaquer à vos occupations ?

10 R. Je ne suis pas entré à l'intérieur de la maison. Je l'ai déjà dit.

11 Q. Mais pourquoi avez-vous remarqué cette maison jaune, alors ?

12 R. Si je ne m'abuse, il y a une partie de la route à partir de Negoslavci

13 en direction de Sotin, sur la partie gauche, en fait, il y a un secteur

14 plat, le terrain est plat, et c'est la seule maison qui est située à

15 l'extérieur de la forêt, si je ne m'abuse.

16 Q. Est-ce que nous pourrions revoir cette photographie, s'il vous plaît;

17 pièce à conviction 236, page 22, 256, voilà. Maintenant, tout va bien. Est-

18 ce que vous voyez la photo ?

19 R. Oui. C'est de nouveau le hangar.

20 Q. Inutile de noter quoi que ce soit. Où se trouve la maison jaune sur

21 cette photo ? Vous avez indiqué la direction générale, mais il y a beaucoup

22 de bâtiments. Est-ce que c'était près des bâtiments qui se trouvent à

23 droite de la photo ?

24 Excusez-moi. Nous avons besoin de la photo numéro 20. Nous devons

25 faire un gros plan. Est-ce que l'on pourrait agrandir la partie gauche de

26 la photo ? Voilà.

27 Monsieur, est-ce que vous voyez la maison jaune sur cette photo ?

28 Est-ce que l'on pourrait voir la première photo, s'il vous plaît ? Voilà.

Page 8496

1 Merci.

2 Est-ce que vous pourriez nous montrer la maison, oui ou non ?

3 R. Est-ce que vous pouvez m'accorder quelques instants pour que je me

4 repère ? Cela ressemble beaucoup à la maison, mais il faut que je me

5 repère.

6 Q. Donc vous auriez besoin d'un stylo, finalement.

7 R. Oui, mais je ne vois pas le hangar. Si je voyais le hangar, cela serait

8 peut-être plus facile, au moins pour ce qui est de la route.

9 Q. Revoyons la première photo, s'il vous plaît, numéro 20. Qu'en est-il de

10 cette perspective ? Est-ce que vous voyez la maison jaune, ici ?

11 R. Est-ce que je peux --

12 Q. Veuillez apposer le chiffre 1.

13 R. [Le témoin s'exécute]

14 Q. Pourquoi vous souvenez-vous de cette maison en particulier, quand nous

15 voyons qu'il y a de nombreux bâtiments dans la région ?

16 R. Je ne suis pas sûr que vous m'ayez bien compris. A partir de Negoslavci

17 en direction de Sotin, voilà le terrain à plat qui se trouve à gauche.

18 C'est ce que j'ai dit.

19 Q. C'est votre explication ?

20 R. Oui. Nous voyons la direction du terrain plat, ensuite il y a quelque

21 chose à gauche.

22 Q. Inutile de verser cela au dossier. Je pense qu'il est suffisant que les

23 juges de la Chambre aient entendu la déposition du témoin, s'agissant des

24 raisons pour lesquelles il se souvient de cette maison en particulier.

25 Question suivante : lorsque vous êtes parti pour aller à Ovcara, est-ce que

26 vous aviez des équipements radio à votre disposition à ce moment-là ?

27 R. Non.

28 Q. Merci. Savez-vous si Vojnovic a eu des communications téléphoniques

Page 8497

1 avec la maison ?

2 R. Non. Je ne sais pas.

3 Q. Merci. Qui vous a accompagné jusqu'à Ovcara le 20 novembre ? Est-ce que

4 Jovica Trifunovic, un soldat, vous accompagnait ?

5 R. Oui.

6 Q. Qui d'autre ?

7 R. Il y avait moi-même, le chauffeur, Trifunovic, Sapic et peut-être

8 d'autres soldats qui n'étaient pas de service.

9 Q. Merci. Est-ce que vous portiez tous des armes automatiques ?

10 R. Oui.

11 Q. Merci. Est-ce que tous vos militaires à l'intérieur du hangar portaient

12 des armes automatiques ?

13 R. Oui.

14 Q. Merci. Après avoir sécurisé le hangar le 20, avez-vous sécurisé

15 d'autres lieux à Vukovar ?

16 R. Oui.

17 Q. Comme par exemple, quoi en particulier ?

18 R. Nous avons sécurisé l'hôpital, l'école primaire, la maison à

19 l'intérieur de laquelle se trouvaient tous ces engins explosifs.

20 Q. Merci. Avez-vous également sécurisé le coffre de l'institut des

21 paiements à Vukovar ?

22 R. Non.

23 Q. Si vous lisez la déclaration que vous avez fournie, dans l'affaire

24 Ovcara, Belgrade, page 62 en B/C/S, page 61 de la version en anglais; page

25 62. Donc, je précise à l'intention de mes confrères de l'Accusation que

26 c'est la page 61.

27 Vous avez déclaré la chose suivante. En réponse à une question posée par le

28 Président de la Chambre, vous avez parlé de Kameni, et ensuite vous avez

Page 8498

1 dit --

2 L'INTERPRÈTE : Les interprètes demandent à Me Borovic de lire lentement.

3 M. BOROVIC : [interprétation] Je vais faire de mon mieux.

4 Q. "Lorsque nous sécurisions le coffre de ce qui était à l'époque

5 l'institut des paiements," et cetera. C'est bien ce que l'on peut lire dans

6 le témoignage que vous avez fait à Belgrade dans l'affaire Ovcara ?

7 R. Oui.

8 Q. Mais c'est un peu différent de ce que vous avez dit.

9 R. Peut-être que je peux préciser les choses. Le coffre en question

10 n'était pas sécurisé au moment où il y avait de l'argent à l'intérieur,

11 donc on a forcé la porte, l'argent a été sorti, nous avons essayé de

12 protéger tout ce qui restait à l'intérieur du coffre. Donc, nous n'avons

13 pas vraiment assuré la sécurité, mais je ne sais pas comment appeler cela,

14 en fait. Nous étions là, nous avons assuré la garde pendant la nuit, et

15 j'ai pris part à l'un des tours de garde, et c'est la raison pour laquelle

16 j'affirme que nous ne sécurisions pas le coffre, car nous n'avons fait cela

17 qu'une seule nuit.

18 Q. Donc vous avez assuré la sécurité de ce coffre pendant cette nuit-là

19 seulement ?

20 R. Oui.

21 Q. Mon confrère, Me Vasic, vous a demandé si vous connaissiez Aleksandar

22 Vasiljevic.

23 R. S'il s'agit du général, oui, je l'ai rencontré.

24 Q. Merci. Quand l'avez-vous vous rencontré ?

25 R. Pour la première fois à Kragujevac, lorsqu'il m'a été présenté par le

26 lieutenant-colonel Jeftic.

27 Q. Merci. Savez-vous qu'il était né également à Kragujevac ?

28 R. Non.

Page 8499

1 Q. Saviez-vous que des poursuites ont été engagées contre lui devant les

2 organes militaires à propos du coffre qui a été cambriolé ?

3 R. Non.

4 Q. Nous allons revenir sur certaines questions importantes pour la défense

5 de mon client. Dans la période qui nous intéresse ici, c'est-à-dire, entre

6 17 heures 30 et 22 heures, des meurtres ont-ils été commis au hangar ?

7 Soyez précis, s'il vous plaît.

8 R. Non.

9 Q. Y a-t-il eu des meurtres devant le hangar ?

10 R. Non.

11 Q. A ce moment-là, y avait-il des engins agricoles devant le hangar, des

12 tracteurs ou d'autres types d'engins ? Je veux parler du 20 novembre.

13 R. Sauf les engins qui se trouvaient derrière le hangar, donc à

14 l'exception de ces engins pour les lesquels nous pensions que les soldats

15 pouvaient s'y reposer, il n'y avait pas d'engins devant, au niveau de

16 l'entrée.

17 Q. Merci. Lorsque vous étiez là-bas, lorsque vos soldats étaient sur

18 place, ceux qui étaient arrivés, en fait, avant vous, avez-vous vu une

19 excavatrice, juste à côté de l'entrée du hangar ?

20 R. Non.

21 Q. Savez-vous pendant combien de temps vos soldats ont assuré la sécurité

22 avant votre arrivée à 17 heures 30 ?

23 R. Non.

24 Q. Merci. Si je vous disais que nous disposons d'informations selon

25 lesquelles certaines personnes affirment que pendant la période où vos

26 soldats se trouvaient sur place et vous-même vous vous trouviez sur place,

27 c'est-à-dire à partir de 16 heures 30, un tracteur était là.

28 M. BOROVIC : [interprétation] Cela figure à la page 5 004, ligne 1. Page

Page 8500

1 5 005, ligne 19, s'agissant de la période qui a suivi 16 heures 30, donc

2 après 16 heures 30, une heure après, certaines personnes ont affirmé que la

3 police militaire avait quitté le hangar et Ovcara. Donc une heure plus

4 tard, aux environs de 17 heures, voilà quelle était la situation.

5 Conviendrez-vous avec moi que ces informations sont erronées ? Vous avez

6 déclaré ici que vous étiez parti à 22 heures et que vous aviez assuré la

7 sécurité des prisonniers pendant toute la période qui précédait votre

8 départ, comme vous l'avez défini. Mais nous sommes peut-être en désaccord

9 pour ce qui est des heures exactes ?

10 R. Je n'ai pas très bien compris votre question; 16 heures 30, 17 heures,

11 à quoi pensez-vous ?

12 Q. A partir du moment où vos soldats sont arrivés et pendant la période

13 que vous avez passée sur place jusqu'à 22 heures, heure à laquelle vous

14 êtes parti. Voilà les périodes que j'ai à l'esprit. La déclaration que je

15 vous ai citée, déclaration qui se trouve à la page 5005, est-elle erronée ?

16 Je vous parle de la déclaration selon laquelle la police militaire a quitté

17 Ovcara dès 17 heures. Donc, d'après cette déclaration, il n'y avait pas de

18 policiers militaires entre 17 heures et 22 heures; est-ce exact ou non ?

19 R. Je n'étais pas à Ovcara à 17 heures. Pour ce qui est de 22 heures, il

20 faisait nuit. Donc, si je dis une heure et demie ou de deux heures, j'étais

21 là pendant cette période. Est-ce que c'était entre 17 heures et 19 heures

22 ou 22 heures ? Je ne sais pas si j'ai bien compris votre question.

23 Q. Je vais vous poser la question de manière très précise. Est-il inexact

24 d'affirmer, et c'est une affirmation que connaissent la Défense et

25 l'Accusation, l'affirmation disant qu'à partir de 17 heures, il n'y avait

26 plus de police militaire à Ovcara ?

27 R. Vous voulez que je confirme qu'à partir de 17 heures, il y avait encore

28 la police militaire à Ovcara ?

Page 8501

1 Q. Et jusqu'à quelle heure ?

2 R. Ecoutez, je ne sais pas exactement à quelle je suis arrivé ni à quelle

3 heure je suis parti. Il faisait noir à ce moment-là.

4 Q. Encore une fois, s'il est écrit dans le journal d'opérations que la

5 police militaire, à savoir, votre compagnie de police militaire s'est

6 retirée à 22 heures 30, si c'est ce qui est écrit dans le journal

7 d'opérations de la 80e Brigade, est-ce que vous acceptez que cette

8 affirmation est exacte ?

9 R. Oui.

10 Q. Revenons maintenant à Aleksandar Vasiljevic. En 199 --

11 M. BOROVIC : [interprétation] Page 96, ligne 12, la réponse du témoin a été

12 "absolument." Or, la réponse qui figure ici est "non." Tout à fait le

13 contraire de ce qu'il a dit.

14 Q. Par conséquent, ma constatation est-elle exacte lorsque je vous ai

15 demandé si la police militaire était sur place, la police militaire de la

16 80e Brigade était là jusqu'à 22 heures 30 - vous me l'avez confirmé - et je

17 vous ai demandé si dans le journal d'opérations de la 80e Brigade de

18 Kragujevac, il est écrit que la compagnie de police militaire s'est retirée

19 à 22 heures 30; est-ce exact ? Que me répondez-vous ?

20 R. Encore une fois je tenterai de vous répondre.

21 Q. Est-ce qu'on peut être d'accord pour confirmer cela ?

22 R. Je ne sais pas à quelle heure il y a eu le départ. Mais vous m'avez

23 demandé si j'étais d'accord avec ce qui était écrit là. Si quelqu'un a

24 écrit que je me suis retiré à 22 heures, je pense que c'est exact. Et j'ai

25 été d'accord avec vous, pour dire qu'à 17 heures, la police militaire

26 n'avait pas été retirée d'Ovcara. Je suis arrivé plus tard, et elle était

27 sur place. Là, on est d'accord.

28 M. BOROVIC : [interprétation] Je pense que nous avons corrigé. J'ai obtenu

Page 8502

1 la réponse que j'avais demandée.

2 Q. Dans cet entretien que vous avez eu avec Milovan Jeftic et Aleksandar

3 Vasiljevic, que vous a-t-on demandé de faire ?

4 R. A peu près tout ce que j'ai déjà raconté au sujet du groupe de Mitnica

5 et au sujet de ce deuxième groupe qu'on appelait groupe de l'hôpital. J'ai

6 déjà relaté tout cela bien plus brièvement. Je ne sais pas exactement

7 combien de temps nous avons passé ensemble dans ce restaurant.

8 Q. Très bien.

9 M. MOORE : [interprétation] Excusez-moi de vous interrompre, c'est erreur

10 qui vient de moi. J'essaie de suivre cette série de questions qui va de

11 96/13 jusqu'à 97/1. Le témoin aurait dit "absolument." Mais ce n'était pas

12 la manière dont nous avons compris ce qui avait été dit.

13 Un deuxième point. Vu comment a été formulée la question, c'était de savoir

14 si l'entrée était exacte ou si cela reflétait ce qui s'était réellement

15 passé. Avec tous mes respects, il y a là une petite conclusion. Est-ce que

16 l'entrée parle de 22 heures 30, oui, c'est possible. Mais la question était

17 de savoir s'il était d'accord sur le fait qu'il était parti à 22 heures 30,

18 oui ou non. Je voudrais que l'on réécoute l'enregistrement pour voir s'il a

19 utilisé le mot "absolument." Mais de toute évidence, il y avait une

20 confusion.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous avons, pour le moment, la

22 dernière question qui est claire. Je suis certain que vous allez pouvoir

23 poser des questions supplémentaires là-dessus. Ceci vous intéressera pour

24 les questions supplémentaires. Jusqu'à cette dernière réponse, tout ce que

25 vous dites est tout à fait valable, mais je pense que la dernière question

26 a précisé les choses. S'il y toujours quelque chose qui prête à confusion,

27 vous aurez la possibilité de poser des questions supplémentaires.

28 Allez-y, Maître Borovic.

Page 8503

1 M. BOROVIC : [interprétation] C'est page 97 que le témoin a précisé. Pour

2 ne pas avoir réécouté l'enregistrement, je peux vous dire que je suis

3 absolument certain que le témoin a dit "absolument". Mais enfin, allons de

4 l'avant.

5 Q. Vous a-t-on demandé d'enregistrer secrètement, à l'aide d'un

6 enregistreur, la conversation avec Joca Kafic ? Est-ce qu'on vous demandé

7 cela pendant cette réunion ?

8 R. Non.

9 Q. Le leur avez-vous proposé de leur fournir cette liste pour laquelle

10 vous saviez que Joka Kafic l'avait, donc la liste des détenus en date du 20

11 novembre ?

12 R. Si je vous ai bien compris, vous avez dit que je savais que Joca Kafic

13 l'avait, mais je ne le savais pas. D'ailleurs, j'ai proposé à tout le

14 monde mon assistance, mon aide, pour tirer au clair les événements

15 d'Ovcara. Et je peux dire, en mon nom personnel, que je souhaite apporter

16 de l'assistance pour que ces événements soient élucidés. Je ne peux pas le

17 dire pour quelqu'un d'autre.

18 Q. Merci. Quand vous êtes revenu de Sremska Mitrovica, puis vous êtes

19 parti pour Negoslavci, vous avez entendu dire qu'une partie de votre

20 compagnie de police militaire était déployée à Ovcara. Ensuite, vous êtes

21 parti et vous avez fait tout ce que vous nous avez relaté aujourd'hui, puis

22 vous vous êtes retiré. Je vais vous demander la chose suivante : pendant

23 toute cette période, tout ce temps, vous et votre compagnie de police

24 militaire, donc eux tout seuls, et ensuite, vous avec eux, est-ce qu'ils

25 ont sécurisé le hangar ? Est-ce qu'ils se sont éloignés de là avant d'être

26 retirés de manière définitive ?

27 R. Au début de votre question, vous avez mentionné Mitrovica. Mais il ne

28 s'agit pas de cela; il s'agit de la journée du 20. Si j'ai bien compris la

Page 8504

1 deuxième partie de votre question, vous me demandez si à partir du moment

2 où j'ai rejoint mon unité, si je suis resté tout le temps en leur compagnie

3 jusqu'à ce que je ne quitte Ovcara. Je vous répondrai par un oui, mais il

4 faut tenir compte du fait qu'il m'est arrivé de rentrer dans le hangar, de

5 ressortir du hangar, et cetera. Mais j'étais avec mon unité.

6 Q. Je vous remercie. Concrètement, vous entrez, vous sortez, le Pinzgauer

7 a ses projecteurs ou ses phares allumés, il est devant le hangar. A gauche,

8 il y un garde. Devant, il y a le chemin ou une route, en face de l'entrée,

9 enfin derrière cette route ou ce chemin, le 20 novembre, y avait-il un

10 grand trou face à un hangar ? Est-ce que vous avez jamais vu les gens

11 sortir du hangar pour les fusiller à cet endroit ? Avez-vous vu des

12 cadavres ? Est-ce qu'il y avait, de manière générale, un trou là-bas ? J'ai

13 parlé du 20 novembre, et la date ne figure pas au compte rendu d'audience.

14 R. Je n'ai vu aucun trou, je n'ai vu aucun cadavre. Personne n'a été tué

15 pendant que j'ai été à Ovcara.

16 Q. Merci. Je ne sais pas si on vous a déjà posé cette question. Savez-vous

17 qu'Ovcara s'est trouvée exclusivement dans la zone de responsabilité de la

18 80e Brigade de Kragujevac le

19 20 novembre ?

20 R. De la 80e motorisée ?

21 Q. Oui.

22 R. Qu'avez-vous dit, dans cette zone de responsabilité, c'est cela ? La

23 80e motorisée faisait partie du Groupe opérationnel sud.

24 Q. Non, je vous parle de la zone de responsabilité de la

25 80e Brigade de Kragujevac.

26 R. Non, non.

27 Q. Très bien. Dans la matinée du 21 novembre, avez-vous reçu de la part de

28 qui que ce soit une liste comportant des noms des personnes détenues dans

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1 le hangar ?

2 R. Ni le 21 ni plus tard je n'ai eu aucune conversation avec personne.

3 Personne ne m'a posé de questions, je n'ai répondu aux questions de

4 personne au sujet de la sécurité rassurée pour le groupe de prisonniers de

5 l'hôpital. Je n'ai eu aucune conversation à ce sujet avec personne.

6 Q. En quittant le hangar, vous êtes parti où avec votre compagnie ?

7 R. A Negoslavci. On était stationnés là-bas.

8 Q. Ce soir-là, avez-vous vu le lieutenant-colonel Vojnovic ?

9 R. Je ne m'en souviens pas.

10 Q. Merci. Les membres de votre compagnie, ce soir-là, sont-ils revenus

11 encore une fois à Ovcara pour garder la maison jaune ?

12 R. Ils ne l'ont pas fait sur mon ordre.

13 Q. Savez-vous si ceci s'est tout de même produit indépendamment de vos

14 ordres ?

15 R. J'ai eu un entretien avec Novica Trifunovic. Il m'a dit qu'il a reçu

16 pour mission d'y aller, lui et Sapic, d'assurer la sécurité. Je ne sais pas

17 qui leur a confié cette mission et je ne sais pas pour quelle raison.

18 Q. Merci. Si je vous disais directement, franchement, que d'après

19 certaines affirmations, le 21 novembre 1991, pendant la période pendant

20 laquelle vous étiez, vous, l'individu surnommé Stuka qui a effectué des

21 liquidations des personnes en face du hangar, comment est-ce que vous

22 commenter ce commentaire ?

23 R. Vous dites que j'étais surnommé Stuka ?

24 Q. Non. Non pas vous, avez-vous entendu parler d'une personne surnommée

25 Stuka ?

26 R. Non.

27 Q. Le soir où vous assuriez le contrôle du hangar, on n'a mentionné

28 personne surnommé Stuka ?

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1 R. Je ne l'ai pas entendu.

2 Q. Est-ce que cela veut dire qu'aucune personne surnommée Stuka, pendant

3 cette période critique du 20 novembre, n'aurait pu procéder à des

4 liquidations devant le hangar, devant l'entrée du hangar ?

5 R. Encore une fois, si j'ai bien compris votre question - car j'ai

6 l'impression que vos questions sont toujours ambiguës - je vous dis tout

7 d'abord que pendant la période où j'étais là, il n'y a pas eu de

8 liquidation, pas de mauvais traitement de prisonniers. Il y a eu une

9 attitude correcte à leur égard.

10 Q. Très bien. Avez-vous entendu parler d'un surnommé Jovan Dulovic ?

11 R. Non.

12 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai terminé mon

13 contre-interrogatoire.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Maître Borovic.

15 Maître Lukic.

16 M. VASIC : [interprétation] Monsieur le Président.

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Vasic.

18 M. VASIC : [interprétation] Page 100, ligne 20, il y a quelque chose qui

19 est dénué de logique. Je pense que le témoin en a parlé autrement. Il

20 s'agit de la mission de garder ou de sécuriser le "groupe de Sapic." Je

21 pense que le témoin a parlé de la maison jaune.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Borovic.

23 M. BOROVIC : [interprétation] Je vais aider.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Oui.

25 M. BOROVIC : [interprétation] L'intervention est exacte. En fait, c'était

26 Sapic qui devait sécuriser la maison jaune.

27 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Le témoin pourrait

28 peut-être m'aider en m'expliquant ce qu'est Sapic.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est un policier militaire lui aussi. Il

2 avait pour mission de se trouver à Ovcara. C'est le nom d'un soldat. C'est

3 quelque chose que je ne sais pas, mais j'ai entendu dire -- on m'a dit que

4 ces deux hommes sont revenus pour monter la garde devant cette maison jaune

5 pour sécuriser la maison jaune. Je ne sais pas sur ordre de qui ni

6 pourquoi.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Je pense que ceci

8 répond à la question de M. Vasic.

9 Maître Lukic.

10 M. LUKIC : [interprétation] Bonjour à toutes les personnes présentes.

11 Contre-interrogatoire par M. Lukic :

12 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Vezmarovic. Je suis Maître Lukic. Je

13 représente ici M. Sljivancanin. J'ai des questions à vous poser. Je pense

14 que vous avez déjà compris que vous avez besoin d'attendre un petit peu

15 avant de répondre. Comme on dirait, nous, dans notre terminologie, votre

16 rythme est bon. Je voudrais que l'on tire au clair, à la fin de cette

17 audience d'aujourd'hui, quelques points de principe.

18 M. LUKIC : [interprétation] Et je voudrais remettre au témoin ce jeu de

19 documents dont nous aurons besoin même si nous allons pouvoir suivre à

20 l'écran également.

21 Q. Monsieur Vezmarovic, vous avez dit plusieurs fois que vous avez fait à

22 plusieurs reprises des déclarations à des organes différents. Nous allons

23 parcourir vos différentes déclarations. Maintenant, je vais vous demander

24 la chose suivante : souvenez-vous, qu'en réalité, vous avez fait une

25 première déclaration portant sur Ovcara devant le tribunal militaire de

26 Belgrade le 8 février 1999. Vous ne vous rappelez peut-être pas la date du

27 compte rendu d'audience, mais est-ce bien la première déclaration que vous

28 avez faite en tant que témoin devant le tribunal de Belgrade ?

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1 R. Pour autant que je m'en souvienne, il est exact que c'était devant le

2 tribunal militaire de Belgrade que j'ai fait ma première déclaration.

3 Q. Merci. Dans la chronologie, la déclaration suivante, c'est que vous

4 avez déposé dans l'affaire qu'on appelle Ovcara de Belgrade contre Vujovic

5 Miroljub et consorts. C'est devant le juge d'instruction, Miroslav Alimpic,

6 que le 24 juin 2004, vous avez fait votre déclaration.

7 R. Si je ne me trompe pas, entre-temps, j'avais fait une déclaration à ce

8 Tribunal-ci, et c'était parti pour Novi Sad.

9 Q. Oui, vous avez fait une déclaration aux enquêteurs du bureau du

10 Procureur du Tribunal de La Haye les 13 et

11 18 décembre 2001; c'est bien cela ? Il suffit de confirmer pour le compte

12 rendu d'audience.

13 R. Oui, oui.

14 Q. Il ne suffit pas de hocher la tête.

15 R. J'ai compris.

16 Q. Enfin, vous étiez témoin pendant le procès au fond dans l'affaire

17 Ovcara, affaire contre Miroljub Vujovic et consorts le

18 29 octobre 2004, devant la chambre spéciale du tribunal de district de

19 Belgrade; c'est bien cela ?

20 R. Oui. Entre-temps, il y avait aussi une autre déclaration. Je ne sais

21 pas si vous l'avez, si vous étiez au courant.

22 L'INTERPRÈTE : L'interprète n'a pas compris où a été faite cette

23 déclaration.

24 M. LUKIC : [interprétation]

25 Q. Pour en terminer avec ces déclarations publiques, officielles, vous

26 êtes venu déposé encore une fois dans l'affaire Ovcara II, dans l'affaire

27 contre Radak Sasa, et c'était la même chambre en 2005; c'est bien cela ?

28 R. Oui.

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1 Q. J'ai vu que vous êtes également venu faire une déclaration à la police

2 pendant l'opération épée "sablja". Nous n'avons pas reçu ces déclarations

3 même si nous en avons fait la demande.

4 Justement, lorsque nous employons le terme épée "sablja," qu'est-ce

5 qui a été appelé opération "sablja", c'était pendant quelle période en

6 Serbie-et-Monténégro ?

7 R. Pour être tout à fait bref, après l'assassinat du premier ministre,

8 Dzindzic, un état d'urgence a été déclaré en Serbie, qui a duré à peu près

9 trois mois, je crois. A un moment, on m'a fait venir à Belgrade pour faire

10 ma déclaration. C'est cela.

11 Q. C'était pendant cette situation d'exception, d'urgence ?

12 R. Oui.

13 Q. Vous pouvez répondre brièvement aux questions que je vais vous poser

14 maintenant. Ce sont des questions factuelles au sujet des événements de

15 Vukovar. A l'époque, vous étiez capitaine de réserve à Vukovar; c'est cela

16 ?

17 R. Oui.

18 Q. Vous avez dit ici, tout comme à Belgrade pendant le procès, que vous

19 êtes sorti de l'école des officiers de réserve de Bileca; c'est bien cela ?

20 R. Oui.

21 Q. Seriez-vous d'accord avec moi pour dire que cette école de Bileca est

22 une des écoles d'élite pour les officiers de réserve de l'infanterie, par

23 rapport à la situation qui régnait à l'époque dans la JNA ?

24 R. Si je ne cherchais pas à faire preuve de modestie, je dirais que

25 c'était même mieux que cela.

26 Q. Est-ce qu'il y avait des critères spécifiques pour sélectionner les

27 hommes qui seraient envoyés pour être formés à l'école des officiers de

28 réserve à Bileca ?

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1 R. Oui.

2 Q. Peut-être qu'on trouvera dans le compte rendu d'audience à quel moment

3 vous avez fait votre service militaire et à quel moment avez-vous terminé

4 cette école de Bileca.

5 R. C'est en 1977 que je suis parti. Je suis revenu en 1978. Pendant les

6 six premiers mois, je suis resté à Bileca.

7 Q. On a également entendu qu'après cette formation, pour être officier de

8 réserve dans l'infanterie, immédiatement on vous a envoyé pour que vous

9 vous formiez pour devenir policier militaire à Pancevo. C'était dans le

10 cadre de votre service militaire régulier; c'est bien cela ?

11 R. Oui.

12 Q. D'après ce que j'ai compris, une fois votre service militaire terminé

13 pour pouvoir avoir la mission qui était la vôtre à Vukovar, donc pour

14 pouvoir être chef de compagnie, vous avez suivi d'autres stages, et je

15 suppose que c'était à Pancevo. Pouvez-vous nous dire combien de fois et

16 pendant quelle période, par rapport à l'année 1991 ?

17 R. Par deux fois, je suis reparti à Pancevo pour être formé pour devenir

18 chef de compagnie à partir du chef de peloton que j'étais avant, donc chef

19 de compagnie de police militaire. Je ne me souviens pas exactement d'une

20 date, mais vous pouvez le voir dans mon livret. Toujours est-il que c'était

21 avant 1991 et que j'y suis allé deux fois.

22 Q. Ces stages, ces formations durent plusieurs mois, et à la fin, on passe

23 des examens; c'est bien cela ?

24 R. Oui.

25 Q. Savez-vous à partir de quel moment vous avez le grade de capitaine ?

26 Vous en souvenez-vous ?

27 R. Je peux vérifier dans mon livret, c'est écrit à partir de quel moment

28 je détiens ce grade.

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1 Q. Ces questions factuelles générales comportent aussi cette précision-ci.

2 Pour ce qui est de la structure de la 80e Brigade motorisée, cette

3 compagnie de police militaire, elle était rattachée à l'état-major ?

4 R. Il s'agit de la 80e Brigade motorisée et non pas de Kragujevac. Vous

5 dites que c'était une compagnie rattachée à l'état-major. C'était une

6 compagnie indépendante. Je ne sais pas de quelle manière vous dites qu'elle

7 était rattachée à l'état-major.

8 Q. D'après la fonction même de la police militaire, le rôle principal de

9 cette compagnie est de sécuriser le commandement ?

10 R. Le commandement, qu'il soit fixe ou en déplacement est --

11 Q. Tout le commandement ?

12 R. Oui, tout le commandement.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Me Lukic, je vais vous interrompre

14 pour préciser quelque chose. Page 107, ligne 1, c'est le début d'une

15 réponse où le témoin dit : "Non pas à Kragujevac, mais la Brigade

16 motorisée."

17 Est-ce que vous voulez dire qu'il y a deux brigades distinctes, ou c'est

18 juste l'appellation exacte que vous vouliez donner ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Si je me souviens bien, on a parlé de la

20 80e Brigade de Kragujevac. J'ai corrigé uniquement pour dire qu'il faut

21 parler de la 80e Brigade motorisée et qu'il ne faut pas, dans le cadre

22 d'une même appellation, parler de 80e et de celle de Kragujevac. Mais

23 c'était une seule et même entité.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie.

25 M. LUKIC : [interprétation] Mon client exige que je vous pose des questions

26 de manière très professionnelle et c'est lui qui le conteste lorsque

27 j'utilise des termes plus familiers.

28 Alors maintenant, je vais vous demander de consulter la pièce 432.

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1 C'est votre cahier. Je ne sais pas si on peut le voir à l'écran, mais pour

2 l'instant, on va pouvoir examiner tout de même la page 19.

3 Q. Monsieur Vezmarovic, vous avez parlé des officiers de votre compagnie.

4 Vous avez dit qui étaient ces hommes qui ont été envoyés sur le champ de

5 bataille de Vukovar. Est-ce que je comprends bien que de fait, ce qu'on

6 lit, page 19 -- enfin, dites-nous ce que représentent ces noms, page 19.

7 R. On a ici une liste qui comporte une partie de la compagnie de police

8 militaire Krstic, sous-lieutenant, Radomir Stankovic, sous-lieutenant -- et

9 cetera. Non, ce sont juste des officiers. Pavlovic Mikan, sergent,

10 Stankovic, Radomir, sergent de première classe, les deux. Je ne me souviens

11 pas qui étaient présents à quel moment à Vukovar même. Je suis certain que

12 Pavlovic Mikan était là parce qu'il était officier supérieur dans ma

13 compagnie. Quant aux autres, à quel moment ils sont partis pour faire autre

14 chose, à quel moment ils étaient présents ? Je ne sais pas. Il y avait des

15 officiers qui se sont trouvés dans l'autre groupe qu'on m'a enlevé dès

16 Smederevo.

17 Q. Novica Trifunovic, c'est bien celui que vous venez de mentionner à

18 l'instant ?

19 R. Oui.

20 Q. Et Sapic, il s'appelle Predrag, mais il ne figure pas sur cette liste;

21 il était juste policier militaire ordinaire ?

22 R. Oui.

23 Q. En fait, tous les noms sur cette liste jusqu'à 22 ont un grade de sous-

24 officier ou d'officier ?

25 R. Oui.

26 M. LUKIC : [interprétation] Monsieur le Président, je suis heureux parce

27 que demain, je n'aurai pas à vérifier l'heure à tout moment. Je pourrai

28 reprendre mon contre-interrogatoire plus librement. Maintenant, nous

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1 pourrions nous interrompre.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Dans la matinée, vous aurez une grande

3 marge de manuvre, Me Lukic.

4 Nous allons terminer maintenant. Nous reprendrons demain matin à 9 heures

5 30.

6 --- L'audience est levée à 16 heures 30 et reprendra le mercredi 10

7 mai 2006, à 9 heures 30.

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