Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 9 octobre 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 20.

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour. Je suis content de voir que

6 vous êtes de nouveau parmi nous, Monsieur Mrksic.

7 Maître Borovic, nous sommes prêts à poursuivre la présentation de vos

8 moyens, est-ce exact ?

9 Maître Lukic, je vous donne la parole.

10 M. LUKIC : [interprétation] Sachant ce qui nous attend, à savoir la

11 déposition de M. Radic, nous avons enfin M. Weiner parmi nous. Avant le

12 début de l'audition du témoin, je voulais discuter de la proposition en vue

13 du versement de la pièce provisoire 576. C'est le sujet qui est encore en

14 souffrance et pour lequel il faut la présence de M. Weiner. Il serait utile

15 d'en discuter en premier lieu. Voici ce que je propose s'agissant de

16 l'interrogatoire de Goran Hadzic, la pièce 576 --

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Est-ce que cela vous dérange, Maître

18 Borovic, si vous devez attendre quelques minutes ?

19 M. BOROVIC : [interprétation] Non, pas du tout.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Poursuivez, Maître Lukic.

21 M. LUKIC : [interprétation] Je remercie mon confrère, Me Borovic.

22 Je maintiens ma proposition précédente. Il y a cette interview donnée

23 à la télévision par M. Goran Hadzic qui porte la cote provisoire MFI 576,

24 je voudrais que cette pièce ainsi que la transcription d'une interview par

25 téléphone soient versées au dossier. Il y a d'abord une cote, la cote

26 3D00021, cela c'est l'interview donnée à la télévision. Puis, nous avons

27 une transcription B/C/S, la pièce 3D000214, en anglais c'est la pièce

28 3D000215. J'aimerais voir s'il y a contestation quant au versement de ce

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1 document et j'aimerais ajouter quelque chose à ma requête.

2 Vendredi dernier, j'ai reçu des écritures du bureau du Procureur. Il

3 y était évoqué la possibilité de verser certaines pièces Mrksic, la date

4 était celle du 6 octobre. Au paragraphe 5 de la requête, on fait référence

5 à la décision Delalic, je l'accepte et c'est précisément la raison pour

6 laquelle je pense qu'aujourd'hui on sait parfaitement pourquoi cette pièce

7 est pertinente. Il n'y a pas d'obstacle à ce que la pièce 576 soit versée

8 au dossier. Mais je voudrais donner l'occasion à M. Weiner de réagir à ce

9 que je viens de dire.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci.

11 Est-ce que Maître Domazet ou Maître Borovic veulent ajouter quelque

12 chose ? Non ?

13 Vous avez la parole dans ce cas.

14 M. WEINER : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame et

15 Messieurs les Juges.

16 C'est la deuxième fois qu'on essaie de verser ce document par le

17 truchement d'un témoin. La première fois que ceci s'est passé c'était par

18 le truchement du Témoin 002, page 10 636 jusqu'à 10 638 du compte rendu

19 d'audience. Vous y verrez les remarques de la Chambre qui expliquaient

20 pourquoi elle refusait ce versement. Dans cette situation-ci ce témoin

21 s'est vu poser une question à propos de l'interview qu'il n'avait jamais

22 vue. Il n'était pas présent au moment de l'interview. Il n'a pas pu en

23 discuter et cela n'a pas été versé en raison d'une objection.

24 On a, une fois de plus, essayés de verser cette pièce par le

25 truchement de Dusan Jaksic, page 11 962 à 11 964. Si nous regardons cette

26 situation de plus près, elle est parfaitement identique. Jamais ce témoin

27 n'avait vu cette interview, pas avant de venir ici, pas avant qu'on ne la

28 lui diffuse, il n'était pas présent. Il n'avait aucune information quant à

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1 la teneur de cette information. Il n'y a aucune différence entre le premier

2 cas de figure où on a refusé le versement de ces éléments et le deuxième.

3 Nous le savons, la Chambre a déclaré recevables certaines vidéos; en

4 général, ce sont soit des vidéos qui montrent des activités, des

5 pilonnages, des batailles ou la situation post-affrontement où l'on voit ce

6 qui s'est passé. Le deuxième cas où ceci a été déclaré recevable, c'est

7 lorsque nous avons des séquences vidéo qui montrent les dires d'un témoin.

8 Dans les deux cas, ont été recevables les dires d'une personne, où

9 l'observation de certaines activités, nous avons un témoin qui peut vous en

10 parler. Or ici, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. La Défense essaie

11 ici de verser au dossier une déclaration non pas en application du 92 bis,

12 mais par le truchement d'une séquence vidéo. Ils n'ont pas de témoins, ils

13 n'ont trouvé jusqu'à présent aucun témoin qui serait un fugitif, qui serait

14 un criminel. Nous demandons que ceci ne soit pas versé tant qu'on n'a pas

15 un témoin qui soit en mesure de venir ici sur place et pour nous dire ce

16 qu'il en est de cette vidéo, pour lui donner ainsi une certaine fiabilité

17 car pour le moment, il n'y a pas d'indice de fiabilité. Nous demandons le

18 rejet de ceci.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Monsieur Weiner.

20 Avez-vous quelque chose à dire, Maître Lukic ?

21 M. LUKIC : [interprétation] Forcément, Monsieur le Président.

22 L'argument présenté par M. Wiener, à savoir que c'est un criminel de

23 guerre. C'est quelque chose que le bureau du Procureur savait lorsqu'il a

24 fait figurer ce document dans sa liste 65 ter, avec la cote 336. Là, il y a

25 une contradiction. Il y a plus que cela. On fait une analogie au niveau de

26 la jurisprudence. J'aimerais dire une chose. C'est que j'ai dit la première

27 fois lorsqu'on a parlé du versement de ceci en tant que P002, c'est quelque

28 chose qui a été dit par le bureau du Procureur dans l'affaire Dokmanovic

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1 lorsque Goran Hadzic a témoigné le 25 mars 1998 en audience publique, page

2 du compte rendu d'audience 3 105.

3 Je pensais que l'Accusation allait contester ce document au regard

4 des indications qui sont formulées dans la requête. Est-ce qu'il convient

5 de verser ce genre de document au dossier ? Je pensais que l'Accusation

6 contestait l'authenticité. La première fois que ceci a été montré, la

7 Chambre n'avait même pas la transcription de cette interview. Elle l'a

8 maintenant. J'aimerais dire une chose. C'est un argument qui est

9 suffisamment clair et qui vient à l'appui du versement de cette pièce qu'il

10 y ait un témoin pour corroborer ceci ou pas. Nous avons ce même genre de

11 document pour ce qui est de la date et de la teneur.

12 S'agissant de M. Borsinger et son interview à TV Belgrade, le 20

13 novembre, plus exactement lorsqu'on le voit en dehors de l'hôpital. Vous

14 vous en souvenez, c'était la déposition de M. Kiper, le 27 mars 2006, page

15 du compte rendu d'audience 6 641. La cote donnée étant 319. Jamais, on a

16 posé une seule question à M. Kiper à propos de l'interview, or elle semble

17 être identique, c'est la même chaîne de télévision, c'est la même date et

18 cela avait été versé sans aucun problème. La teneur devrait être la même, à

19 moins que l'Accusation ne souhaite contester l'authenticité ou la date.

20 Ceci ne semble pas être le cas, tout du moins pour ce qui est de la date.

21 Je pense que l'interview est très pertinente au regard des chefs

22 d'accusation mentionnés dans l'acte d'accusation et des faits auxquels ils

23 se rapportent.

24 Je pense aussi que l'interview de M. Borsinger est des plus

25 pertinentes pour notre thèse. Etant donné qu'il y a une transcription de

26 l'interview de Goran Hadzic, je voulais éviter de demander le versement en

27 invoquant l'article 92 bis. La valeur probante de cette interview pour ce

28 qui est de savoir s'il était criminel de guerre à l'époque ou si c'était un

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1 témoin, cela c'est une chose qui ne peut être déterminée que par la

2 Chambre.

3 Dans ma plaidoirie, je reviendrai sur les raisons pour lesquelles

4 l'Accusation essaie de contester le versement. Je pense que ceci révèle la

5 véritable stratégie du bureau du Procureur. Je pense que l'arrêt Delalic

6 explique pourquoi cette pièce est particulièrement pertinente puisque ceci

7 a une incidence directe sur les allégations consignées dans l'acte

8 d'accusation. Merci.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie.

10 [La Chambre de première instance se concerte]

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Nous rendrons notre décision plus

12 tard.

13 Maître Borovic, vous avez la parole.

14 M. WEINER : [interprétation] Avant Me Borovic, je tiens à vous demander la

15 permission d'avoir M. Theunens avec nous au banc du bureau du Procureur.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Fort bien, pas de problème.

17 M. WEINER : [interprétation] Merci.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, je suppose que votre

19 client a été informé de ses droits et de la permission de ne pas déposer

20 s'il désire ne pas déposer et du fait qu'il n'a pas à répondre à des

21 questions qui risquent de l'incriminer. Je ne sais pas si votre client veut

22 maintenant venir à la place réservée au témoin.

23 M. BOROVIC : [interprétation] Madame et Messieurs les Juges, avant que mon

24 client ne s'installe pour commencer sa déposition, permettez-moi de dire

25 quelque chose avant de commencer à lui poser des questions.

26 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Fort bien. Je me contente de signaler

27 et c'est sans doute dû à une erreur de ma part, page 6, ligne 4 145, il y a

28 une négation qui s'est glissée devant le terme "incriminer".

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1 Je pense que ceci pourra facilement être corrigé.

2 Maintenant, nous allons demander à M. Mrksic de lire la déclaration

3 solennelle qui y figure.

4 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, avant qu'il ne le

5 fasse, il y a un problème dont je voudrais vous faire part. La Défense a

6 signifié le 2 octobre à l'Accusation tous les documents qui seront utilisés

7 pendant la déposition du témoin, aussi bien la déclaration que les

8 documents. Aujourd'hui, à 11 heures du matin, nous avons reçu un courrier

9 électronique du bureau du Procureur dans lequel nous étaient communiqués

10 les documents que l'Accusation souhaitait utiliser. C'était à 11 heures. Il

11 m'a fallu deux heures pour parcourir le document, pour en discuter avec mon

12 client pour qu'il sache ce qui allait lui être montré et le commentaire

13 qu'il allait faire face à ce document. Moins d'une minute avant d'entrer

14 dans le prétoire, je viens de recevoir une autre information du bureau du

15 Procureur, quatre documents supplémentaires vont être utilisés. Je pense

16 que la Chambre devrait dire au bureau du Procureur qu'elle n'a pas le droit

17 d'utiliser ces derniers documents puisqu'ils sont arrivés trop tardivement.

18 Je n'ai pas eu le temps d'en discuter avec mon client pour savoir ce que

19 seraient ces documents et à quelles circonstances ils se rapportent ? Pour

20 ce qui est des cinq premiers documents, pas de problème, nous les avons

21 reçus à 11 heures, mais s'agissant des quatre derniers, ils sont arrivés

22 trop tard. Je pense que c'est une mauvaise stratégie de la part du bureau

23 du Procureur. Ce genre de stratégie pourrait être délétère pour ce qui est

24 du bon climat de coopération qui a régné pendant toute la durée de ce

25 procès.

26 Je pense que la Chambre devrait se prononcer contre l'utilisation de ces

27 quatre documents car c'est peut-être une violation flagrante d'ailleurs des

28 droits de l'accusé qui sont consignés à l'article 21 du Statut.

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1 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Monsieur Wiener ?

2 M. WEINER : [interprétation] Un des quatre documents en question, c'est une

3 pièce de la Défense qui a été signifiée à l'Accusation; c'est le règlement

4 concernant l'infanterie. Les autres se sont uniquement les déclarations

5 d'autres personnes qui ont témoigné devant un tribunal à Belgrade et qui

6 dit que vous étiez commandant de telle unité. Cela peut se faire avec ou

7 sans document. Nous n'avons pas l'intention de soumettre ces documents au

8 témoin, mis à part une déclaration.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je suppose que s'agissant des trois

10 derniers documents concernés, les personnes en question qui ont déposé

11 devant un tribunal de Belgrade ne seront pas citées ici ?

12 M. WEINER : [interprétation] C'est exact. Je pense qu'il y a Vujanovic

13 parmi ces personnes dont la déclaration a aussi été présentée à M. Jaksic.

14 Il y a Kameni qui est Lankumdjanin et l'autre c'est le commandant supérieur

15 de ce témoin, M. Tesic.

16 [La Chambre de première instance se concerte]

17 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, la Chambre ne va pas

18 déclarer recevables ces trois documents, la transcription de dépositions ou

19 de déclarations quelles qu'elles soient pour ce qui ce est des trois

20 derniers témoins dont vous avez parlé. Ces documents ne seront pas non plus

21 soumis à votre client. M. Weiner aura toute la latitude de contre-

22 interroger sans se servir de ces documents sur le sujet concerné par ces

23 documents, s'il le souhaite. Pour ce qui est du quatrième document, le

24 premier mentionné par M. Weiner, c'est une publication tout à fait standard

25 officielle et publique de la JNA. Je pense que là, il n'y a aucun problème

26 pour ce qui est de son utilisation.

27 Excusez-nous, Monsieur Radic, de vous avoir fait attendre. Veuillez

28 maintenant prononcer la déclaration solennelle.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

2 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

3 LE TÉMOIN : MIROSLAV RADIC [Assermenté]

4 [Le témoin répond par l'interprète]

5 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie. Veuillez vous

6 asseoir.

7 Maître Borovic, vous avez la parole.

8 Interrogatoire principal par M. Borovic :

9 Q. [interprétation] Monsieur Radic, j'espère que vous n'avez plus le trac.

10 Est-ce que vous pourriez communiquer vos coordonnées à la Chambre et lui

11 parler de votre famille ? Je vais essayer de ne pas trop souvent vous

12 interrompre, puis nous parlerons de la carrière que vous avez faite dans la

13 JNA depuis le tout début jusqu'au moment où vous avez quitté la JNA.

14 R. Bonjour, Madame et Messieurs les Juges. Vous le savez sans doute, je

15 m'appelle Miroslav Radic. Je suis né le 10 septembre à Zemun; une

16 municipalité qui fait partie du grand Belgrade. J'ai terminé mon école

17 primaire, puis j'ai fait l'école secondaire militaire à Belgrade. J'ai fait

18 deux ans à l'académie militaire à Belgrade et j'ai fait deux ans de plus de

19 spécialisation à Sarajevo.

20 Q. Lorsque vous êtes arrivé à Belgrade, quel est le premier poste que vous

21 avez occupé dans l'armée ?

22 R. J'ai terminé l'académie en juillet 1985. J'ai été promu sous-lieutenant

23 et j'ai été envoyé dans la Brigade motorisée de la Garde pour y être chef

24 de section dans un des bataillons d'infanterie, ou plutôt dans un bataillon

25 motorisé.

26 Q. Merci. Vous êtes resté, après cela, dans le bataillon ?

27 R. J'y suis resté deux ans en tant que commandant de section, chef de

28 section, après quoi j'ai été nommé chef de compagnie dans un bataillon

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1 d'affectation spéciale. Ce bataillon assurait la sécurité des bâtiments et

2 des installations utilisées à des fins spéciales, notamment le monument

3 commémoratif de Josip Broz Tito à Belgrade. J'ai occupé cette position

4 pendant cinq ans en tout. Après 1990, je suis devenu commandant de

5 compagnie dans une des compagnies d'infanterie qui relevait du 1er Bataillon

6 motorisé.

7 Q. Quelle compagnie avez-vous commandée et pendant combien de temps ?

8 Jusqu'à quelle année avez-vous été commandant de cette compagnie ?

9 R. J'ai commencé vers le milieu de l'année 1990 à ce poste et je l'ai

10 conservé jusqu'au milieu de l'année 1992. C'était la 3e Compagnie du 1er

11 Bataillon motorisé.

12 Q. Poursuivez, Monsieur.

13 R. Ensuite, j'ai été nommé commandant en second du bataillon de police

14 militaire du 46e Régiment motorisé, régiment qui était cantonné sur une

15 colline qu'on appelle Avala, à Belgrade.

16 Q. Merci. Pendant combien d'années avez-vous servi dans la JNA ? Ce serait

17 peut-être aussi une bonne idée d'expliquer dès maintenant à la Chambre pour

18 quelles raisons vous avez quitté la JNA.

19 R. J'ai demandé à résilier mon contrat avec la JNA le 21 juin 1993. On

20 s'est occupé de cette requête en octobre 1993. Pourquoi est-ce que j'ai

21 voulu quitter la JNA ? Pour des raisons privées. Je l'ai dit expressément

22 dans la demande que j'ai faite à l'armée.

23 Q. Merci. Monsieur Radic, avant de parler de Vukovar et de ce qui s'est

24 passé, auriez-vous l'obligeance de parler à la Chambre de votre famille ?

25 Je vous l'avais demandé, mais je pense que vous avez oublié de répondre à

26 cette partie de ma question.

27 R. Je suis marié et je suis père de deux enfants. J'ai un fils qui étudie

28 à l'université de Belgrade. Mon autre fils est toujours au secondaire. Mon

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1 épouse est juge dans un tribunal municipal de Belgrade et, pour le moment,

2 elle est vice-présidente de la chambre.

3 Q. Je pense que ceci suffit. Je pense que maintenant, il nous faut vous

4 demander comment votre unité est arrivée dans la région de Vukovar et quand

5 elle y est arrivée.

6 R. La Brigade motorisée de la Garde, sous ordre donné par le commandant

7 supérieur, a été placée en état d'alerte le 30 septembre 1991. Le 1er

8 Bataillon motorisé dont ma compagnie faisait partie est parti et s'est mis

9 en branle aux premières heures du matin. Après avoir reçu des ordres de

10 marche, il est parti en véhicules motorisés vers Belgrade, Sid et

11 Negoslavci.

12 Lorsque nous sommes entrés sur le territoire de la République de Croatie

13 dans le secteur du village de Djelatovci, cette colonne en marche a essuyé

14 des tirs de la partie adverse qui s'est servie d'armes d'infanterie pour le

15 faire. Par conséquent, mon unité a été forcée de s'arrêter afin que les

16 soldats puissent descendre des véhicules. Heureusement, aucun des soldats

17 ni des officiers n'a été blessé. Il y a, bien sûr, eu des dégâts matériels

18 subis par les véhicules. Il y a eu des pneus crevés, notamment. Mis a part

19 les tirs dont ont essuyé les véhicules, personne n'a été blessé.

20 Q. Quand vous êtes-vous remis en route en suivant l'itinéraire prévu ?

21 Quand êtes-vous arrivé à Negoslavci ?

22 R. C'est la première fois que mon unité se trouvait dans une situation de

23 guerre et c'est seulement à ce moment-là que nous avons compris la gravité

24 de la mission qui nous avait été confiée. Après très peu de temps, l'unité

25 s'est remise en route vers le village de Negoslavci. Mais à un moment

26 donné, une fois plus, elle a dû s'arrêter, car on a tiré au mortier sur la

27 colonne. Le commandement supérieur a décidé que toutes les unités du 1er

28 Bataillon motorisé devaient poursuivre leur progression à pied vers une

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1 ferme, une exploitation agricole qu'on appelle Dubrava.

2 Q. Merci. Combien de temps avez-vous passé à Dubrava et est-ce que vous

3 avez mis au point un déploiement particulier à Dubrava ?

4 R. Lorsque nous sommes arrivés à la ferme de Dubrava, la colonne en marche

5 a été accueillie par le commandant du bataillon en personne, le commandant

6 Borivoje Tesic. Il m'a donné un ordre verbal, il m'a indiqué dans quelle

7 direction ma compagnie devait être déployée et aussi dans quel secteur.

8 C'est dans ce secteur que j'ai pris position et dans le respect de toutes

9 les règles d'engagement, j'ai déployé mes soldats et je leur ai dit comment

10 ils devaient se positionner.

11 Q. Fort bien. Pouvez-vous nous dire à quel moment l'unité a commencé à

12 combattre et, plus précisément, de quelle façon elle a été amenée à engager

13 le combat ?

14 R. Avant que l'unité ait commencé à entrer dans les combats, le 1er octobre

15 de cette année, dans la soirée, le commandant du bataillon, le chef de

16 bataillon Borivoje Tesic a appelé tous les capitaines et commandants de

17 compagnie se trouvant dans ce bataillon pour se réunir dans une petite

18 maison où se trouvait le poste de commandement du bataillon, à l'intérieur

19 de l'enceinte de la ferme elle-même. C'est là qu'il a donné les ordres de

20 combat à chacune des compagnies en précisant quels étaient tous les

21 éléments relatifs à cet ordre de combat.

22 Q. Je vous remercie. A cette occasion, vous a-t-il dit ce que vous auriez

23 à rencontrer en exécutant cette mission ?

24 R. Dans le cadre de cet ordre de combat, le chef de bataillon Tesic a dit

25 à tous les commandants de compagnie, y compris moi-même, qu'à Vukovar

26 proprement dit, nous aurions affaire à un ennemi très préparé qui s'était

27 retranché de façon très fortifiée, consistant en formations paramilitaires

28 de la République de Croatie.

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1 Q. Je vous remercie. Monsieur Radic, pourriez-vous, s'il vous plaît, dire

2 aux membres de la Chambre si à ce moment-là, vous aviez connaissance de

3 l'objectif ou du motif pour lequel la Brigade des Gardes avait été envoyée

4 à Vukovar ? Savez-vous pourquoi ?

5 R. L'objectif pour laquelle la Brigade des Gardes avait été envoyée à

6 Vukovar, c'est quelque chose que nous savions avant d'y être effectivement

7 envoyés, à Vukovar. Il avait été défini en des termes précis, par un ordre

8 émis par le commandant du bataillon au poste de commandement à la ferme de

9 Dubrava. A ce moment-là, le chef de bataillon Tesic nous a dit que la

10 mission de la Brigade des Gardes était de libérer la caserne de l'armée

11 populaire yougoslave qui se trouvait en ville, donc de faire cesser le

12 blocus établi par les forces paramilitaires de la République de Croatie et

13 aussi de libérer la population non-serbe qui se trouvait dans toute une

14 série de caves, de sous-sols et d'abris souterrains contre leur gré.

15 Q. Je vous remercie. Au poste de commandement, vous a-t-on dit quelque

16 chose de plus ? Est-ce que le chef de bataillon Tesic vous a dit autre

17 chose en ce qui concerne ces missions, indépendamment des objectifs que

18 vous venez de décrire maintenant ?

19 R. Oui. A cette occasion --

20 Q. A cette occasion, est-ce qu'on vous a donné une explication du lieu où

21 vous étiez censé vous rendre, de la direction dans laquelle vous étiez

22 censé intervenir ?

23 R. Dans la soirée de cette première journée, le commandant de bataillon

24 nous a donné un ordre définissant ce que devraient être nos missions et

25 comment l'unité devait se rendre dans la région où nous étions censés

26 aller. De là, l'unité en question était censée lancer une attaque.

27 Q. Je vous remercie. Avant de poursuivre, pourriez-vous dire aux membres

28 de la Chambre ce que cela veut dire du point de vue militaire, de se

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1 trouver dans ce secteur d'attente, cette région où ceci était censé avoir

2 lieu ?

3 R. Du point de vue militaire, un secteur d'attente est un endroit, un

4 terrain à partir duquel une unité est censée partir pour lancer une

5 attaque. Ce lieu est utilisé pour effectuer les derniers préparatifs de

6 l'unité du point de vue logistique et du point de vue du combat. Ce qui

7 veut dire que l'unité avant l'attaque reçoit des munitions, fait le plein

8 de munitions et autres matériels ou ressources utilisées par les officiers

9 et les soldats au cours d'une attaque. Dans ce secteur d'attente, les chefs

10 de pelotons ou de sections, et là je veux parler du niveau compagnie ainsi

11 qu'au niveau des hommes du rang ainsi que les chefs de détachements,

12 recevaient leurs propres missions de combat et transmettaient ces missions

13 à leurs soldats ou à leurs subordonnés.

14 Q. Je vous remercie. Quel était votre secteur d'attente et comment vous y

15 êtes-vous rendu ?

16 R. Le 2 octobre, juste après minuit, c'est-à-dire dans les toutes

17 premières heures de la matinée, alors que nous étions à la ferme Dubrava,

18 nous étions en état d'alerte de combat. Après un laps de temps assez bref,

19 nous nous sommes regroupés dans un hangar à moitié couvert. La veille au

20 soir, le commandant de bataillon nous avait dit que toutes les compagnies

21 auraient des guides qui étaient des gens du cru de Vukovar proprement dit

22 et dont la tâche serait de nous faire parvenir en toute sécurité dans la

23 région de Petrova Gora.

24 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous expliquer aux membres de la Chambre de

25 façon un peu détaillée ce qu'était le quartier de Petrova Gora à Vukovar et

26 où il se situe exactement ?

27 R. Le quartier de Petrova Gora comprend une partie de la ville de Vukovar

28 qui se trouve à l'ouest et au sud-ouest. Elle comprend notamment les rues

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1 suivantes -- tout au moins, c'est cela que j'ai compris en ce qui concerne

2 Petrova Gora à l'époque, à savoir Ulica Oslobodjenje et la rue Ulica

3 Svetozara Markovica, la rue de Svetozar Markovic à partir de l'entrée de la

4 ville de Vukovar en direction du village de Negoslavci et jusqu'aux

5 secteurs où se trouve un carrefour de cette rue et de la rue Radnicka, une

6 partie également de la rue Radnicka.

7 Q. Je vous remercie.

8 M. BOROVIC : [interprétation] Le compte rendu ne comprend pas le fait que

9 vous avez dit que ceci comprenait également la rue de Petrova Gora.

10 Q. Si je ne me trompe, M. Radic ?

11 R. Oui.

12 Q. Je vous remercie. Pouvez-vous expliquer quelle a été cette première

13 impression lorsque vous êtes arrivé sur place dans ce secteur d'attente de

14 Petrova Gora ? Comment vous perceviez les choses en tant qu'unité, en tant

15 que représentant de l'unité qui était considérée comme une unité d'élite ?

16 Tout au moins, c'est ce que soutient l'Accusation.

17 R. Avant de pouvoir donner une réponse à votre question, je voudrais

18 demander la permission de faire une brève introduction. Ce soir-là, le 2

19 octobre, lorsque nous avons quitté la ferme Dubrava en prenant la direction

20 de Vukovar pour nous rendre dans la ville de Vukovar proprement dite, ce

21 que je me rappelle de plus frappant et je m'en souviens encore aujourd'hui,

22 c'est le silence dans lequel l'unité, ou plutôt ma compagnie s'est avancée

23 pendant la nuit sans aucune lumière. En ce qui concerne ce silence, la

24 cause était probablement la crainte, la peur que nous, soldats et

25 officiers, ressentions à ce moment-là. Je peux dire très ouvertement sans

26 le moindre sentiment de honte que cette crainte, cette peur était si grande

27 qu'elle était presque palpable.

28 Nous sommes arrivés à Petrova Gora dans les premières heures de la

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1 matinée, vers 5 heures du matin, on devait être pleinement prêts au combat

2 à 7 heures du matin. A Petrova Gora, des gens du cru nous ont rencontrés,

3 je crois que c'étaient des représentants du détachement territorial qui se

4 trouvaient à Petrova Gora. C'est ce que je croyais à l'époque en tous les

5 cas. Quant à ce détachement, le commandant du bataillon M. Tesic a dit

6 qu'il agirait de concert avec nous au cours du combat.

7 Je voudrais faire remarquer que je trouve cette thèse un peu étrange,

8 à savoir que cette thèse que nous avons eu l'occasion d'entendre dans ce

9 prétoire, à savoir que la Brigade des Gardes était une unité d'élite dans

10 l'armée populaire yougoslave, parce que pour ma part, j'ai fait

11 l'expérience, j'ai éprouvé et j'ai vu de mes propres yeux des soldats qui

12 appartenaient à ma compagnie et je crois que c'était le cas pour des

13 soldats appartenant à d'autres compagnies aussi, que pendant la formation

14 que nous avons eue avec eux à Belgrade, nous avions rempli des fonctions

15 qui n'avaient rien à voir avec la formation au combat de personnes ou de

16 soldats qui se préparent à des actions de guerre. Pour la plus grande part,

17 les missions qui étaient les nôtres, que nous effectuions, avaient trait à

18 des questions de protocole, comme le fait d'avoir une garde d'honneur dans

19 certaines circonstances et dans certains bâtiments. A ce que je comprends,

20 une unité d'élite doit être entraînée, doit être formée et elle devrait

21 être prête à s'engager dans les actions de combat dans toutes sortes de

22 terrains, dans toutes sortes de situations dans lesquelles une telle unité

23 peut se trouver.

24 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous maintenant nous dire précisément ce que

25 la Brigade motorisée des Gardes a fait ? Où avez-vous fourni la sécurité et

26 qu'est-ce que vous avez fait avant de parvenir au secteur de Vukovar ?

27 R. Comme je l'ai déjà dit, je suis arrivé à la Brigade des Gardes en 1985

28 et j'ai été nommé dans l'un des deux bataillons motorisés qui avait pour

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1 mission de s'occuper de formation pendant six mois, c'est-à-dire former et

2 entraîner de jeunes soldats, de jeunes recrues, puis pendant six mois,

3 d'assurer la sécurité d'installations d'immeubles pour constituer une garde

4 d'honneur aux aéroports lorsque des personnalités étrangères se rendaient

5 en visite sur place.

6 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous, s'il vous plaît, nous dire si vous en

7 tant que soldat, vous avez jamais entendu parler d'une unité

8 spécialisée dans les forces militaires occidentales ou d'unités qui sont

9 appelées SAS, les "alphas" et les "seals", ou phoques ? Pour commencer,

10 avez-vous jamais entendu parler de ces unités; deuxièmement, pourriez-vous

11 nous dire si vous étiez vous-même ce type d'unité, ce type d'unité qui

12 était formée au combat en agglomération ?

13 R. D'après le programme qui existait pour la formation des différentes

14 unités de la JNA, il y a une matière qui a trait au combat dans les

15 établissements. Toutefois cette notion ne parvient même pas à satisfaire

16 les besoins dans lesquels nous nous trouvions, mis à part certains aspects

17 techniques qu'on enseignait aux soldats pendant de tels cours, il n'y a

18 aucun type de préparation des soldats autre que cela, notamment pour les

19 préparer à des situations qu'ils pourraient rencontrer au cours de

20 l'attaque d'un groupe de la population. En tant qu'officiers, nous essayons

21 de leur enseigner comment effectuer une action contre des véhicules blindés

22 et contre des troupes d'infanterie dans une installation, mais nous ne les

23 préparions pas psychologiquement. A mon avis, c'était l'une des

24 insuffisances essentielles de ce type de formation que nous recevions ou

25 que nous donnions.

26 Les unités spéciales, telles que celles que vous avez mentionnées

27 dans les différentes armées des pays les plus puissants économiquement,

28 sont utilisées exclusivement dans des formations de combat et elles sont

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1 préparées pour de telles situations de combat, très précisément. En

2 revanche, les unités de la JNA se préparaient, pour la plus grande partie,

3 à des situations qui pourraient exister au cours des combats mais seulement

4 dans une mesure très limitée. Ceci vaut spécialement pour la Brigade des

5 Gardes parce que les soldats qui y appartenaient étaient spécialement

6 formés et préparés aux tâches que j'ai mentionnées, à savoir des gardes

7 d'honneur, monter la garde, et ainsi de suite.

8 Q. De façon à ne pas oublier un aspect qui est je crois important,

9 pourriez-vous nous dire quelle était la composition ethnique de la Brigade

10 motorisée des Gardes lorsque vous êtes parti pour Vukovar ? Plus

11 particulièrement, au sein de la compagnie que vous commandiez, y avait-il

12 des personnes appartenant à d'autres groupes ethniques que des Serbes, en

13 l'occurrence ?

14 R. L'unité des gardes comportait des soldats de classe A. Sa composition

15 ethnique était mélangée, ce qui veut dire que parmi ces soldats, il y avait

16 des personnes appartenant à différentes ethnies de toute l'ancienne

17 Yougoslavie. Ceci vaut autant pour les soldats que pour les officiers.

18 Q. Je vous remercie. C'étaient des affirmations qui ont été faites sur

19 place une fois qu'on vous a dit d'aller à Vukovar, à savoir que des membres

20 de la JNA qui étaient d'origines ethniques différentes ont pour l'essentiel

21 été empêchés d'aller ou même ont été arrêtés de façon à ne pas pouvoir

22 aller dans le secteur de Vukovar. Pour commencer, est-ce que c'est exact ?

23 Deuxièmement, quelle était la composition ethnique de votre unité ?

24 R. La première question, cette affirmation n'est pas vraie. Ceux qui

25 étaient d'origine ethnique croate et qui ne voulaient pas être engagés dans

26 des activités de combat à Vukovar se sont vu offrir la possibilité sur la

27 base de leurs propres décisions de ne pas aller dans la région de Vukovar.

28 Une partie moins importante de ces soldats ne sont pas partis d'emblée.

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1 En ce qui concerne la composition de mon unité, je me rappelle qu'il y

2 avait plusieurs soldats croates et qu'ils sont partis pour le secteur de

3 Vukovar avec l'unité. Au nombre de celles-ci se trouvait le courrier de ma

4 compagnie qui avait été blessé dix jours après les combats à Vukovar et qui

5 a été envoyé à Belgrade.

6 Q. Je vous remercie. Quel était son nom ?

7 R. Je sais quel est son nom, mais avec tout le respect que je dois à la

8 Chambre, je ne veux pas lui créer des problèmes. Puisqu'il s'agit d'une

9 audience publique et puisqu'il a participé à des activités de combat. Par

10 conséquent, avec votre permission, je veux bien vous communiquer son nom à

11 condition que nous soyons en audience à huis clos.

12 Q. Oui. De temps à autre, nous allons en audience à huis clos partiel,

13 c'est peut-être dans ces circonstances que vous pourrez nous donner son

14 nom. Ma question est la suivante : au sein de votre unité et de la Brigade

15 motorisée des Gardes, il y avait des Musulmans, des Hongrois, des

16 Monténégrins, des Ruthéniens, des Macédoniens, des Albanais à l'époque de

17 votre arrivée à Vukovar ?

18 R. Oui. Je ne sais pas pour ce qui est des Albanais et des Ruthènes mais

19 les autres, oui.

20 Q. Je vous remercie. Maintenant, retournons à Petrova Gora. Lorsque vous

21 êtes arrivés dans le secteur de Petrova Gora le 2 octobre, Petrova Gora

22 faisant partie de Vukovar comme vous l'avez dit, qui avez-vous rencontré

23 sur place ? Pourriez-vous brièvement expliquer quelles étaient les

24 fonctions de la Défense territoriale dans cette région lorsque vous êtes

25 arrivés ?

26 R. Comme je l'ai déjà dit, nous sommes arrivés à Petrova Gora vers 5

27 heures du matin le 2 octobre. Plusieurs personnes qui habitaient là nous

28 attendaient et, à ce que j'ai compris, ils faisaient part de la Défense

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1 territoriale locale. Ce jour-là, j'ai appris que l'unité qui se trouvait

2 dans cet établissement de Petrova Gora était commandée par Miroljub

3 Vujovic. J'ai aussi appris qu'il y avait un poste de commandement de cette

4 unité et qu'il y avait également un poste de commandement à l'arrière. Ces

5 deux postes étaient abrités dans la maison d'un homme dont le nom de

6 famille était Antic, c'est ce qu'on m'a dit, dont le grade était capitaine

7 de première classe.

8 J'ai aussi appris qu'à Petrova Gora, il y avait une installation permettant

9 de faire la cuisine, où de la nourriture était préparée pour les résidents

10 locaux, ainsi que pour les membres de la TO et du Détachement de la Défense

11 territoriale de Petrova Gora. Il y avait également une clinique ambulatoire

12 locale ainsi que des locaux pour entreposer des munitions et autre

13 matériel. C'était un entrepôt secondaire, le principal étant à Velepromet.

14 Q. Je vous remercie. En tant que membres de la JNA et plus précisément en

15 tant que membres de la 3e Compagnie, est-ce que vous vous êtes servis de

16 ces installations d'entreposage et des installations de cuisine et de leurs

17 services à l'arrière ?

18 R. Parfois, nous utilisions leur installation médicale mais s'agissant des

19 autres structures, nous ne les utilisions pas car nous avions un peloton

20 logistique au niveau du commandement du bataillon qui était chargé de

21 l'approvisionnement de toutes les compagnies en nourriture, munitions et

22 autres équipements en se servant de la base logistique. Ils recouvraient

23 toutes les unités au sein de la Brigade des Gardes.

24 Q. Merci. Est-ce que cela veut dire que vous utilisiez vos propres

25 entrepôts, vos propres installations et vos propres capacités médicales par

26 rapport à la Défense territoriale qui avait ses propres structures avec

27 l'exception de ce que vous avez mentionné par rapport aux installations

28 médicales. Aviez-vous votre propre hôpital en tant que la JNA à Vukovar ?

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1 R. A Vukovar même, il n'y avait pas d'hôpital. Toutes les personnes

2 blessées qui avaient été membres de la JNA étaient transportées dans le

3 village de Negoslavci où avait été construit un hôpital militaire. Cet

4 hôpital militaire faisait partie de la Brigade motorisée des Gardes.

5 Q. Merci. Est-ce que cela veut dire que vous utilisiez la JNA d'un côté et

6 la Défense territoriale de l'autre côté, les installations séparées. Est-ce

7 que vous aviez vos propres postes différents, vos propres installations et

8 structures différentes, y compris les installations médicales, la cuisine,

9 le dépôt de munitions et de carburant ? Est-ce que toutes ces structures

10 étaient séparées ?

11 R. Comme je l'ai déjà dit, par le biais du peloton logistique, nous

12 recevions tout ce dont nous avions besoin, à savoir la nourriture, les

13 munitions, les carburants, et tout cela. Le commandement du bataillon

14 organisait la reprise de ces moyens et équipements de la part des officiers

15 de la compagnie qui recevaient pour tâche de les entreposer à l'endroit où

16 se trouvait le commandement chargé de la logistique au sein du 1er

17 Bataillon.

18 Q. Merci, vous avez mentionné les formations militaires croates qui

19 faisaient partie de vos cibles. Ma question est la suivante : est-ce que

20 vous pourriez expliquer à la Chambre de première instance à quoi

21 ressemblait votre première attaque ? Est-ce que vous pouvez donner quelques

22 détails mais pas trop ?

23 R. La première attaque a commencé le 2 octobre à 7 heures du matin.

24 L'unité est partie de l'agglomération de Petrova Gora vers Nova Ulica car

25 c'était là l'axe de l'attaque de mon unité, dans la direction de la rivière

26 de Vuka. Cette attaque --

27 Q. Poursuivez, poursuivez.

28 R. Ce premier jour, cette attaque a été caractérisée également par cette

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1 même peur de ces jeunes hommes qui étaient âgés d'environ 18, 19 ou 20 ans.

2 Personnellement, je comprenais cela. Nous étions tous dans cette même

3 situation. Nous étions conscients du fait que nous risquions de perdre nos

4 vies très facilement. Tous mes efforts ce jour-là et au cours des jours qui

5 ont suivi pendant que nous étions à Vukovar, pendant toute cette période à

6 Vukovar, visaient à protéger ces jeunes hommes dans la mesure du possible.

7 A cette époque-là déjà, je les considérais pratiquement comme des enfants.

8 Je pensais que par la force de la loi et contre leur propre gré, ils

9 avaient été immiscés dans ce conflit de guerre. J'ai compris très vite que

10 sans une aide concrète et adéquate à ces jeunes gens, ces jeunes gens

11 n'allaient pas être en mesure de porter le fardeau de l'ensemble de la

12 lutte jusqu'à la fin sans pertes humaines importantes.

13 Q. Merci. Est-ce que vous pouvez nous dire maintenant avec un peu plus de

14 détails quelle était la mission de la compagnie ? Quelle était la partie de

15 Vukovar que vous étiez censés libérer conformément à la tâche qui vous avez

16 été confiée ?

17 R. Mon unité avait deux missions de combat. J'ai reçu ma première mission

18 de combat déjà lorsque j'étais à la ferme Dubrava, lorsque le commandant

19 Tesic, sur la base de la carte topographique, avait dit quels étaient les

20 axes de l'attaque de chacun des commandants de compagnie. A ce moment-là,

21 j'ai reçu pour tâche d'attaquer le long de l'axe partant de l'agglomération

22 Petrova Gora, passant le long de la rue Nova Ulica, en passant par

23 l'agglomération que l'on appelait à l'époque Leva Supoderica, ensuite en

24 coupant la route qui mène de Vukovar à un village limitrophe et, pour

25 finir, de sortir et conquérir la région au sud de la rivière de Vuka.

26 Q. Lorsque vous dites Leva Supoderica, il s'agit d'une agglomération ou

27 d'une rue ?

28 R. Leva Supoderica c'est une rue qui relie trois rues de cette

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1 agglomération compte tenu qu'en raison du fait qu'un emplacement

2 géographique appelé Supoderica fait que cette rue-là ne peut pas aller

3 jusqu'à Bogdanovci. Afin de nous faciliter les choses, nous appelions

4 l'ensemble de cette région Leva Supoderica. Je ne sais pas si ceci est

5 conforme aux règles.

6 Q. Merci. Nous avons entendu de la part d'un témoin qu'il y avait

7 également Desna Supoderica, Supoderica droite. Est-ce que c'est exact ou

8 s'agit-il d'un fait erroné ?

9 R. Pour autant que je le sache, il existe seulement une rue très courte

10 qui s'appelle Desna Supoderica, Supoderica droite et qui est juste en face

11 de Leva Supoderica, Supoderica gauche. La route de Bogdanovci passe entre

12 les deux.

13 Q. Merci. Est-ce qu'il y a jamais eu une unité appelée Desna Supoderica ?

14 R. Non. Pour autant que je le sache, il n'y a jamais eu d'unité nommée

15 ainsi.

16 Q. Merci. Excusez-moi de vous avoir interrompu, vous étiez en train de

17 parler de votre première mission. Est-ce que vous pouvez nous dire qui y a

18 participé et comment la partie adverse s'est comportée. Quels moyens, quels

19 équipements utilisaient-ils à votre encontre et quel a été le résultat de

20 cette première mission ?

21 R. C'était notre première expérience de combat qui se caractérisait par de

22 nombreux détails. En effet, dans le cadre de la mission que m'avait confiée

23 le commandant de bataillon, le commandant Tesic, j'ai été informé du fait

24 que l'unité locale de la Défense territoriale allait nous soutenir dans le

25 cadre de cette mission; cependant, elle n'était pas prête pour l'attaque ce

26 premier jour en tant qu'unité qui nous serait rattachée. Ce premier jour,

27 mon unité en effectuant les actions de combat a eu plusieurs soldats

28 blessés. Ce premier jour, le long de l'axe de l'activité de ma compagnie,

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1 l'on a neutralisé trois chars; ce qui pour moi, à ce moment-là, était une

2 perte grave et grande.

3 A l'intersection des rues Nova et Bukajloviceva à un moment donné

4 l'un des chars qui avaient été rattachés à la compagnie a été touché par

5 une roquette lancée par la partie adverse. Peu de temps après, ceci s'est

6 reproduit à plusieurs reprises. Le résultat en était que le char a pris feu

7 et compte tenu du fait que presque 40 mines de char étaient à l'intérieur,

8 j'ai eu peur que ces mines n'explosent, ce qui provoquerait les blessures

9 et la mort de nombreux soldats qui se trouvaient autour de ce char. C'est à

10 ce moment-là que j'ai décidé de retirer tous les soldats de cette zone et

11 de me retirer avec l'unité jusqu'à la position de départ. Littéralement

12 parlant, ce qui fait que c'était la fin de cette première expérience de

13 combat.

14 Je souhaite simplement corriger une erreur du compte rendu

15 d'audience. J'ai dit que dans ce char, il y avait 40 mines de char, mais

16 non pas antichar. Il s'agissait des mines utilisées par des canons qui

17 existent sur le char dans le cadre de leurs propres actions de combat.

18 Q. Merci, Monsieur Radic. Je souhaite que l'on accélère les choses un peu

19 maintenant. Veuillez nous dire, par conséquent, à quel moment les unités de

20 la Défense territoriale de Petrova Gora ont commencé à participer aux

21 opérations de combat, de même que l'unité, le Détachement de Leva

22 Supoderica et de même que les volontaires qui arrivaient à Vukovar.

23 L'unité de la Défense territoriale qui était stationnée à Petrova Gora a

24 commencé à participer dès le lendemain en tant qu'unité voisine, ce qui

25 fait que les pelotons qui faisaient partie de ma compagnie, conformément

26 aux axes d'activités prévues pour eux, ont agi de la manière suivante. Les

27 soldats de la JNA qui faisaient partie de la Brigade des Gardes allaient le

28 long d'un côté de la rue, et de l'autre côté de la rue avançaient les

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1 membres de la Défense territoriale. A ce moment-là, un problème a surgi.

2 C'est que les membres de la Défense territoriale étaient bien plus

3 capables, je veux dire par là qu'ils avaient plus d'expérience de combat.

4 Ils avaient moins peur. Par conséquent, peu de temps après, l'on a constaté

5 qu'il y avait une véritable différence entre les deux et entre les

6 résultats des actions des membres de la Défense territoriale d'un côté et

7 de la JNA de l'autre.

8 Q. Très bien, merci. Vous avez dit qu'il y avait un poste de commandement

9 du 1er Bataillon motorisé. Qui s'y trouvait à ce poste de commandement et

10 que s'est-il passé ?

11 R. Excusez-moi. Avant de répondre à cette question, je souhaite simplement

12 terminer ma réponse précédente en vous disant que dans le cadre de l'axe de

13 l'activité de ma compagnie, l'unité de la Défense territoriale a commencé à

14 participer dès le lendemain et les volontaires qui sont arrivés au cours de

15 la période qui a suivi ont commencé à faire partie de la Défense

16 territoriale. S'agissant de l'axe des activités de ma compagnie, je peux

17 dire que le 20 octobre, une autre unité est venue qui m'a été présentée en

18 tant que Détachement de Leva Supoderica.

19 Maintenant, je vais répondre à votre question. Le poste de

20 commandement de notre bataillon était dans la rue Svetozara Markovica. A ce

21 poste de commandement se trouvait le commandement du 1er Bataillon motorisé,

22 ou plutôt du 1er Détachement d'assaut. A ce même poste de commandement se

23 trouvait également le commandant de l'état-major de la Défense

24 territoriale, M. Dusan Jaksic, dont le grade à l'époque était celui de

25 capitaine de première classe. Lorsque je parle du poste de commandement

26 lui-même, du commandement du bataillon -- plutôt du détachement d'assaut,

27 je souhaite souligner le fait que le poste de commandement était constitué

28 en une pièce et englobait aussi les quelques maisons environnantes. Dans

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1 l'une de ces maisons se trouvait le commandement lui-même. Dans ce

2 commandement se trouvait le commandant de bataillon, M. Borivoje Tesic; son

3 adjoint, le capitaine Slavko Stijakovic; l'adjoint chargé des affaires

4 générales, M. Bojic; puis la personne chargée des transmissions au sein du

5 bataillon, sergent Stamenkovic.

6 Q. Merci. Au début des opérations de combat, de qui recevaient les ordres

7 les hommes de la Défense territoriale et comment le plan de combat a-t-il

8 évolué par la suite ? Est-ce que vous pouvez nous dire un peu plus au sujet

9 de la coopération que vous aviez avec eux ?

10 R. Les commandants de compagnie de nos unités se rencontraient

11 quotidiennement avec le commandant du bataillon pour recevoir leurs tâches

12 et pour informer le commandant des activités effectuées. Les commandants de

13 la Défense territoriale contactaient à ce même endroit également le

14 capitaine de première classe M. Dusan Jaksic compte tenu du fait que M.

15 Tesic et M. Jaksic utilisaient les mêmes locaux, il est logique de dire que

16 les deux se mettaient d'accord sur les activités menées de concert par le

17 1er Bataillon motorisé et le détachement de la Défense territoriale; car

18 lorsque le commandant de bataillon, commandant Tesic nous confiait des

19 tâches à nous comportant les axes d'actions concrètes, il le faisait en

20 présence du capitaine Jaksic. Celui-ci, si nécessaire, faisait des

21 commentaires et avançait des suggestions au sujet de cette mission, sur la

22 base de cela, j'ai conclu qu'ils collaboraient de manière étroite et

23 directement tous les deux, alors que chacun d'entre eux confiait les tâches

24 à ses unités subordonnées.

25 Q. Merci. Vous avez dit tout à l'heure qu'au début des opérations de

26 combat, les membres de la JNA avançaient le long d'un côté de la rue et que

27 les hommes de la Défense territoriale avançaient de l'autre côté de la rue

28 et que cette coopération-là fonctionnait plutôt bien. Est-ce que vous

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1 pourriez nous dire combien de pelotons vous aviez au début des opérations

2 et qui se trouvait à leur tête ? Dites-nous aussi ce qui s'est passé par la

3 suite.

4 R. Cette collaboration-là a pu fonctionner, mais au bout de trois jours

5 déjà des opérations de combat, une grande tragédie, à mon avis, a eu lieu.

6 A ce moment-là, mon commandant de 1er Peloton, c'était mon adjoint en même

7 temps, le lieutenant Radoje Vostic s'est fait tuer. Dès le lendemain, le

8 commandant du 3e Peloton, le sergent Dejan Jovanovic, a dû quitter l'unité

9 pour des raisons de santé. A ce moment-là, il souffrait de problèmes de dos

10 et les médecins qui l'avaient examiné avaient recommandé que celui-ci ne

11 rentre plus dans cette unité.

12 Suite à cette recommandation, le commandant de bataillon, le commandant

13 Tesic, a déployé le sergent Jovanovic dans le peloton chargé de la

14 logistique, ce qui fait que pendant les quatre à cinq premiers jours, je

15 n'avais pas de commandant de peloton. Compte tenu du fait que ma compagnie

16 était constituée de trois pelotons, mis à part moi-même, il n'y avait que

17 le sous-lieutenant Elvir Hadzic qui avait fait deux ans d'études à

18 l'académie militaire, ce qui était possible à l'époque. Il n'a pas suivi

19 ses études pendant quatre ans, ce qui est habituellement le cas, mais

20 seulement pendant deux ans.

21 Q. Merci. Puisqu'il nous reste un peu de temps, est-ce que vous pouvez

22 nous dire si vous vous souvenez de ce moment tragique lorsque votre adjoint

23 a été tué ? Est-ce que quelqu'un a évacué son corps ? Dites-nous brièvement

24 comment ceci s'est produit.

25 R. C'était la première tragédie que j'ai vécue à Vukovar et c'était une

26 expérience vraiment douloureuse pour moi. Le 5 octobre, lorsque le peloton

27 commandé par le lieutenant Vostic est entré dans la rue du Huit mars, il a

28 essuyé des tirs de mortier lancés par la partie adverse. A ce moment-là, en

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1 résultat de l'activité de mortier, il a été touché par un fragment d'obus

2 dans la tête. Lorsque j'ai appris qu'il avait été blessé, j'ai couru vers

3 cet endroit et j'ai essayé de ramper jusqu'à lui avec plusieurs soldats,

4 car à un moment donné je pensais que peut-être il était simplement blessé

5 ou peut-être évanoui en raison de la détonation. Cependant, lorsque je me

6 suis approché de lui en rampant, j'ai vu qu'il avait été blessé dans la

7 tête par un fragment d'obus et qu'il n'était plus vivant. Malheureusement,

8 en raison de l'action de mortier extrêmement intense et en raison du fait

9 que je ne souhaitais pas risquer la vie des soldats qui étaient avec moi,

10 j'ai décidé de laisser son corps à l'endroit où il avait trouvé la mort.

11 Nous l'avons évacué seulement le lendemain.

12 Q. Très bien, merci. Je pense que l'heure est venue pour la pause. Nous

13 allons nous en arrêter là. Monsieur le Président, le moment de la pause est

14 arrivé.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Merci, Maître Borovic.

16 Nous reprendrons à 4 heures 10.

17 --- L'audience est suspendue à 15 heures.

18 --- L'audience est reprise à 16 heures 12.

19 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, vous avez la parole.

20 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

21 Q. Vous avez dit qu'avec vos soldats vous aviez réussi à le sortir de là.

22 Un soldat a dit que c'était lui qui l'avait sorti et qu'il avait transporté

23 des parties de son corps dans une couverture et que ceci l'avait beaucoup

24 ébranlé et qu'il avait du être traité dans le service neuropsychiatrique de

25 l'hôpital de Belgrade. Est-ce que vous avez entendu dire cela ? Est-ce que

26 c'est exact ou pas ?

27 R. J'aimerais corriger une chose. Je pense avoir dit que ce premier jour

28 j'avais essayé de le sortir de là avec quelques soldats mais qu'à cause des

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1 tirs de mortiers, cela n'avait pas été possible. Le lendemain, pour ce qui

2 est du corps du lieutenant Radivoje Vostic qui avait trouvé la mort, ce

3 sont les membres de la Défense territoriale qui l'ont emmené. C'est eux qui

4 ont eu le courage de le faire pendant l'accalmie qu'il y a eu avant que les

5 activités de combat ne commencent ce jour-là. Ils ont eu le courage d'aller

6 à cet endroit. A ce moment-là, il n'y avait pas de combat. Ils ont eu le

7 courage d'y aller et de le ramener. J'en suis tout à fait sûr. Je sais

8 qu'il n'y a pas un seul de mes soldats qui a participé à cette action et

9 qui a aidé à enlever sa dépouille mortelle. En d'autres termes, ce qui a

10 été affirmé n'est pas du tout exact.

11 Q. Merci. Pourriez-vous nous dire quand le Détachement de Leva Supoderica

12 est arrivé sur l'axe de votre compagnie ?

13 R. Je me souviens de certaines dates. La première date c'est celle où le

14 lieutenant Vostic a été tué, cela c'était le 5 octobre. Le 10 octobre, un

15 de mes propres soldats a été tué, il s'appelait Djordje Nikolic. Lorsque

16 j'ai été touché, mais heureusement c'est mon pistolet qui a été touché,

17 celui que j'avais à la ceinture, j'ai été amené à l'hôpital de Negoslavci.

18 Le 18 octobre, je me souviens de cette date-là comme étant le jour où le

19 seul réserviste a été tué, le seul réserviste qui avait été mobilisé à

20 Belgrade. Il avait été mobilisé et il avait été versé dans ma compagnie.

21 C'était un Albanais de souche, il s'appelait Alija Gimani, me semble-t-il.

22 Le jour où ce réserviste a été tué -- ou plutôt deux jours plus tard, c'est

23 à ce moment-là que sont arrivés les membres du Détachement de Leva

24 Supoderica. C'était le 20 octobre qu'ils sont arrivés. Le commandant du

25 bataillon, le commandant Borivoje Tesic m'a présenté le commandant de ce

26 détachement, il s'appelait Milan Lancuzanin surnommé Kameni. Il m'a été dit

27 que ces hommes allaient agir avec ma compagnie et l'unité de Défense

28 territoriale et que nous allions participer à la même mission à partir de

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1 cette date-là.

2 Q. Merci. Est-ce que Milan Lancuzanin avait son propre poste de

3 commandement ? Est-ce que le Détachement de Leva Supoderica avait son

4 propre poste de commandement ?

5 R. Milan Lancuzanin était né à Vukovar. Sa maison se trouvait dans la rue

6 appelée Leva Supoderica. Il est probable que son détachement a pris le même

7 nom à cause de cette rue-là. Pour avoir eu plusieurs conversations avec

8 lui, je sais que le plan initial c'était qu'il soit déployé à côté de mon

9 voisin de droite, la 2e Compagnie de notre bataillon qui était commandée

10 par le capitaine Zoran Zirojevic. Cependant, il a insisté auprès du

11 commandant du bataillon pour être posté là où se trouvait sa maison. C'est

12 sur sa propre insistance qu'il a été déployé à l'endroit où se trouvait mon

13 axe.

14 Comme il était originaire de Vukovar et comme il connaissait bien le

15 secteur, c'est lui qui a choisi son poste de commandement qui se trouvait à

16 Nova Ulica au début pratiquement de cette rue, si on parle du quartier de

17 Petrova Gora, dans une maison qui appartenait à un habitant qui s'appelait

18 Vasa de son prénom et qui était surnommé Robija.

19 Q. Merci. Monsieur Radic, vous venez de parler de votre axe d'opérations.

20 J'ai demandé, s'il y avait un groupe d'assaut qui avait été constitué sur

21 votre axe d'opérations et je vous ai demandé ce que vous pouviez dire à

22 propos de cette question importante ?

23 R. Avant de répondre à votre question, je voudrais faire une brève

24 introduction. Comme les autres commandants de compagnie, on m'avait dit et

25 ceci d'après le premier ordre donné par le commandant de brigade M. Mile

26 Mrksic, on nous avait dit que notre bataillon avait la fonction d'une unité

27 d'assaut. C'était la première unité d'assaut dans la Brigade de la Garde.

28 Ces groupes d'assaut ne sont pas apparus le premier jour, parce que le

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1 commandant du 1er Détachement d'assaut, M. le commandant Borivoje Tesic,

2 n'avait pas donné d'ordre en vue de la constitution de ces groupes

3 d'assaut.

4 Après que ce soit écoulé une vingtaine de jours au cours desquels

5 nous avons exécuté nos missions de combat, nous les commandants de

6 compagnie comme, par exemple le commandant du 1er Détachement d'assaut, nous

7 nous sommes rendus compte qu'il y avait certaines difficultés, difficultés

8 que nous avions rencontrées lors des opérations de combat. Je ne me

9 souviens pas exactement mais je suis certain que ceci s'est passé après

10 l'arrivée du Détachement Leva Supoderica. Pour autant que je sache, le

11 commandant avait fait une proposition. Je parle du commandant du

12 Détachement de la Défense territoriale de Petrova Gora. Il y a aussi la

13 proposition de Vujovic qui commandait l'unité qui était de Petrova Gora. Le

14 commandant a donné l'ordre d'établir un groupe d'assaut suite à ces

15 propositions, un groupe d'assaut sur tous les axes ou plutôt dans toutes

16 les compagnies.

17 S'agissant d'instructions plus précises déterminant les modalités

18 d'établissement de ces groupes d'assaut, nous n'avons pas reçues de telles

19 instructions. Après avoir reçu cette mission, j'ai consulté le règlement de

20 service des sections de compagnie et j'ai lu qu'un groupe d'assaut devrait

21 se composer d'un peloton renforcé muni d'armes ou de matériels divers en

22 vue de soutien aux combats. Le commandant de bataillon avait fait des

23 recommandations. Par conséquent, son ordre c'était que ces groupes d'assaut

24 se composent des meilleurs soldats. J'ai compris que ce groupe d'assaut

25 n'allait pas se composer de mes soldats à moi. A l'époque, j'ai pensé et je

26 le crois encore aujourd'hui, que pour ce qui est de combat mes hommes

27 n'étaient pas â même de combattre l'ennemi dans une situation de guerre

28 urbaine qui est la forme la plus complexe de combat dans des zones

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1 habitées.

2 C'était Miroljub Vujovic qui avait eu cette idée. Dès lors, ce groupe

3 d'assaut a été établi de façon à ce qu'il se compose de membres de la

4 Défense territoriale sur mon axe et de membres du Détachement de Leva

5 Supoderica. Mon rôle en tant que commandant de compagnie sur cet axe était

6 de coordonner le groupe d'assaut, le groupe d'appui qui avait été formé lui

7 aussi d'un peloton de mortier de 82 millimètres qui venait de la Défense

8 territoriale de Petrova Gora et qui avait des positions de tir qui se

9 trouvaient dans le quartier même de Petrova Gora dans un espace dégagé avec

10 des soldats qui avaient organisé la sécurité du territoire que ce groupe

11 d'assaut était censé libérer.

12 Q. Merci. Avant que vous ne donniez davantage de détails sur votre mission

13 et sur les combats, je voudrais vous demander ceci : le groupe d'assaut,

14 était-ce une formation temporaire ?

15 R. D'après le règlement à partir duquel nous avons lancé nos activités de

16 combat, ma compagnie était une unité qui faisait partie de la dotation en

17 hommes et en matériel. Une compagnie, c'est une unité qui ne change pas.

18 Elle se compose de soldats qui n'appartiennent qu'à une arme, en

19 l'occurrence à l'infanterie. Lorsqu'il y a des opérations de combat, une

20 telle unité peut être renforcée avec divers matériels, avec des chars et

21 d'autres moyens d'appui. Ce renforcement ne peut pas être supérieur à un

22 peloton. Des formations temporaires sont établies en vue de l'exécution

23 d'une mission précise et ces groupes sont des groupes d'assaut. Sur mon

24 axe, il y a un groupe d'assaut qui a été établi comme je viens de

25 l'expliquer.

26 Q. Merci. En tant que formation temporaire puisque c'était une formation

27 temporaire, est-ce que les effectifs variaient suivant la mission à

28 accomplir ? Est-ce qu'il y a eu des fluctuations au niveau des effectifs

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1 qui composaient cette formation temporaire ?

2 R. Le groupe d'assaut qui avait été formé sur l'axe du 3e Groupe d'assaut

3 était aussi mon axe que je commandais. C'était en fait une section dont les

4 effectifs variaient en nombre, en fonction de la mission à accomplir.

5 Q. Lorsqu'une mission est accomplie que devient le groupe d'assaut ? Les

6 membres de cette formation temporaire, est-ce qu'ils réintègrent leurs

7 unités d'origine, une fois la mission accomplie ?

8 R. Je voulais mettre en exergue la chose suivante. Pendant les combats,

9 c'est Miroslav -- ou Miroljub Vujovic qui commandait le groupe d'assaut. Je

10 faisais la liaison entre lui et d'autres éléments d'unités qui

11 participaient à cette action précise et qui se trouvaient sur mon axe. Tous

12 les jours, une fois qu'une action était achevée ou plutôt lorsqu'il y avait

13 cessation de combat, tous les membres de ce groupe d'assaut pour continuer

14 à opérer ou à fonctionner, réintégraient leurs unités d'origine. Je

15 m'explique. Si un jour donné, il y avait quatre sections qui venaient de la

16 Défense territoriale et dans chaque section il y avait une dizaine de

17 soldats, ces soldats réintégraient l'unité de la Défense territoriale qui

18 était la leur ou ils rentraient chez eux, conformément au plan de Miroljub

19 Vujovic. Pour ce qui est des membres du Détachement de Leva Supoderica, il

20 y avait jusqu'à deux ou trois sections dans le groupe d'assaut. Ces hommes

21 réintégraient plus tard leurs unités d'origine, en l'occurrence le

22 Détachement de Leva Supoderica. Ils opéraient conformément au plan de leur

23 commandant Milan Lancuzanin, alias Kameni.

24 Q. Ceci nous amène au moment où vous allez devoir donner des explications

25 détaillées sur le rôle qui était le vôtre dans des actions de combat ? Vous

26 aviez commencé cette explication auparavant. Pourriez-vous nous dire

27 lorsqu'une action était terminée un jour donné, qu'est-ce que vous faisiez

28 après ?

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1 R. Etant donné que sur l'axe d'opération de ma compagnie j'étais le seul

2 officier qui avait terminé une formation militaire, j'avais pour mission de

3 coordonner tous les éléments de combat et tous les éléments qui ne sont pas

4 de combat dans les unités, éléments qui se trouvaient sur cet axe. Parmi

5 ces tâches ou missions, il y avait des activités de planification sur la

6 façon dont les activités de combat devaient se préparer. Je devais aussi

7 planifier le système de communications pendant les combats. Je devais aussi

8 assurer la coordination entre les différents éléments des groupes d'assaut

9 tout en m'assurant la sécurité et l'appui. Je vous l'ai dit, cet appui

10 était fourni par la section des mortiers. Parmi les tâches, il y avait

11 aussi l'utilisation d'installations médicales ou tout ce qui est des

12 activités de logistique ou d'arrière sur l'axe.

13 Q. Avant d'entamer des actions le lendemain, vous deviez avoir établi des

14 plans. Quel genre de plans deviez-vous préparer ? Est-ce que vous vous en

15 êtes chargé tout seul ou est-ce que vous avez travaillé à cela avec

16 d'autres personnes ? Pourriez-vous l'expliquer aux Juges de la Chambre ?

17 R. Si vous voulez préparer, planifier et contrôler toutes activités de

18 combat, que ce soit offensif ou défensif, il faut le faire à fond. C'est de

19 cela que dépend la réussite ou l'échec d'une opération. Je vous l'ai dit,

20 il y a un instant, j'étais le seul officier formé à l'académie militaire.

21 Je ne voulais pas laisser cela au hasard. Je ne voulais pas risquer que

22 quelqu'un planifie des activités de combat si ce n'était pas moi. Miroljub

23 Vujovic ne savait pas comment s'y prendre ? Je savais aussi que Milan

24 Lancuzanin, non plus, ne savait pas faire ce genre de chose.

25 En vue de protéger les données et le système de transmission, c'est moi

26 uniquement qui m'en chargeais. En d'autres termes, tous les soirs, une fois

27 terminées les activités de la journée, je me retirais dans un bureau séparé

28 et j'établissais les systèmes de transmission pour tous les chefs de

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1 section séparément, en me servant d'indicatifs ou de noms de corps. En

2 général, j'utilisais des couleurs particulières, des termes géographiques,

3 et cetera. C'était fait de façon à ce qu'en cours de transmission, personne

4 d'autre que moi ne savait à qui je parlais et où se trouvait telle ou telle

5 unité ou partie d'unité, telle ou telle section à un moment donné.

6 Q. Merci. Ces plans, quand les distribuiez-vous aux chefs de section ? A

7 quelle heure ?

8 R. Puisque j'établissais ces plans avant toute action, pour des raisons de

9 sécurité je le faisais juste avant l'action. Jamais je n'ai établi de plans

10 que j'aurais gardé de côté pendant deux jours. Je le faisais toujours la

11 veille, le soir. Puisque nous assurions la coordination et que le

12 commandant de bataillon nous disait à quel moment allait démarrer l'action

13 au niveau du bataillon et de la brigade, j'ai toujours donné ces ordres aux

14 commandants qui faisaient partie du groupe d'assaut juste avant le début de

15 l'action, le matin. Si nous étions censés partir à l'assaut à 7 heures du

16 matin, nous nous rassemblions à 6 heures 30 et c'est à ce moment-là que je

17 donnais ces instructions, dix ou 15 minutes avant le début prévu.

18 Q. Merci, vous avez expliqué quel était votre rôle, comment vous avez

19 assuré la coordination, maintenant nous aimerions savoir ce que faisaient

20 les soldats de votre compagnie pendant que vous vous occupiez de la

21 coordination ?

22 R. Je vous l'ai déjà dit. Voici comment fonctionnait le système. Le groupe

23 d'assaut commençait l'attaque. J'étais toujours avec le groupe d'assaut ou

24 juste derrière lui. C'était fait de façon à ce que je puisse aider à

25 l'exécution de la mission, pour que je sois disponible aux commandants des

26 sections ou peloton de la 3e Compagnie motorisée. Je leur ai donné plus de

27 responsabilités lorsque j'ai perdu deux de mes commandants de peloton. Il y

28 avait M. Elvir Hadzic qui était sous-lieutenant et le seul autre officier

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1 sur mon axe. Je ne faisais pas suffisamment confiance à d'autres que lui.

2 Par exemple, pour diriger les tirs de mortier, pour appuyer l'attaque du

3 groupe d'assaut. Ces tâches de commandement, d'observation et de direction

4 des tirs de mortier de 82 millimètres, cette tâche je la lui avais confiée.

5 Il n'était pas commandant de cette section de mortier de 82 millimètres

6 mais au cours des combats, il commandait cette section. Je savais que les

7 soldats de la Défense territoriale avaient reçu une formation de maniement

8 des mortiers mais je ne savais pas dans quelle mesure ils pouvaient

9 commander et diriger les tirs de mortier. Uniquement pour des raisons de

10 sécurité, j'avais nommé cet homme à cette fonction de commandement. Je

11 l'avais désigné pour commander. Les soldats de la 3e Compagnie, au cours

12 des préparatifs de la veille, recevaient des tâches par le truchement de

13 leur commandant de section, pour voir quelle était la section qui devait

14 suivre l'élément ou les éléments du groupe d'assaut en fonction des rues

15 qu'il fallait libérer ce jour-là.

16 Q. Je pense que vous avez dit que le groupe d'assaut se composait de

17 membres de la TO et de volontaires. Vous avez dit que ce groupe d'assaut

18 devançait vos soldats parce qu'ils étaient mieux préparés et que vous ne

19 vouliez pas risquer la vie de vos soldats. Je voulais savoir quelle était

20 alors la tâche confiée à vos soldats sur un tel axe.

21 R. Comme je l'ai dit, ces soldats avaient 18, 19, 20 ans et c'était une

22 lourde tâche pour eux qui était imposée par le règlement. C'est ainsi que

23 je voyais les choses et je continue de penser de la même manière. Mes

24 efforts se centraient sur l'idée de sauver ou de garder en vie le plus

25 grand nombre d'entre eux possible. A l'époque, je les considérais comme mes

26 enfants. Je me comportais davantage comme un père que je ne l'aurais fait

27 si on s'était trouvé dans une situation en temps de paix dans laquelle nous

28 aurions eu des rapports normaux d'officier à soldat. Ceci n'était pas des

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1 conditions de caserne. C'était des conditions dans lesquelles on pouvait

2 trouver la mort facilement.

3 En plus de cela, je répétais à l'envie que je ne voulais pas qu'ils

4 aient du sang sur les mains mais qu'ils accomplissent une mission tendant à

5 assurer la sécurité d'installations qui avaient été libérées et, de cette

6 manière, d'essayer de rester en vie et de ne pas être forcés d'avoir à

7 faire face directement à l'ennemi. J'ai constamment essayé d'empêcher que

8 l'un quelconque d'entre eux ait un contact direct avec l'ennemi. Bien sûr,

9 je ne pouvais pas les avoir tous autour de moi à tout moment, de façon à

10 savoir exactement ce qu'ils étaient en train de faire mais tous mes efforts

11 tendaient à réussir à essayer d'en sauver le plus grand nombre possible.

12 J'étais parfaitement conscient du fait que tout dépendait de la façon dont

13 je m'acquitterais de telle ou telle mission particulière et que ceci

14 pouvait vouloir dire qu'ils pourraient vivre ou mourir, c'était une

15 question de vie ou de mort.

16 Q. Très bien. Il semble qu'il faille que nous allions de l'avant un peu

17 plus rapidement. Vous avez expliqué quel était votre rôle de coordination,

18 et ainsi de suite et comment vous voyiez la coordination ? Il y a quelque

19 chose que je souhaiterais savoir. Là où il n'y avait pas de combat, où vous

20 trouviez-vous précisément ? Disons qu'une action ait été achevée et que les

21 effectifs soient retournés dans leurs unités de base - et vous avez

22 expliqué le rôle du groupe d'assaut. Après cela, où vous vous rendiez-

23 vous ?

24 R. J'ai déjà répondu sur la façon dont cela fonctionnait sur le terrain.

25 Après que chaque action ait été achevée au cours du mois d'octobre, c'est-

26 à-dire jusqu'au 10 novembre, il y a des membres du groupe d'assaut qui

27 retournaient dans leurs unités d'origine. Mes soldats faisaient partie de

28 ceux qui devaient assurer la sécurité des territoires nouvellement libérés.

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1 Ils étaient censés assurer la sécurité de ces secteurs. Je faisais la

2 tournée pour les voir tous quotidiennement. Je leur confiais des tâches à

3 chacun. Je déterminais également quelle était la direction de l'action

4 qu'ils devaient mener et j'essayais de les avertir des lignes éventuelles

5 par lesquelles l'ennemi pourrait attaquer. Je fournissais également des

6 instructions concernant la sécurité des installations la nuit et j'essayais

7 de leur montrer quels étaient les trucs du métier que j'avais appris au

8 combat et comment on pouvait assurer la sécurité d'une maison et de ses

9 approches ? Très souvent, je passais la nuit avec eux dans la même maison

10 parce que je savais qu'ils avaient peur et j'espérais pouvoir leur montrer

11 que je n'avais pas peur. J'essayais de leur transmettre, de leur faire

12 comprendre que je croyais qu'ils étaient capables de remplir ces tâches en

13 étant simplement présents là. Par conséquent, je partageais leurs vies.

14 Quand j'avais fait tout cela comme je l'ai expliqué et avant les

15 combats du lendemain, je me retirais et je préparais les plans dont j'ai

16 parlé. Si aucun combat n'était prévu pour le lendemain, parfois je restais

17 avec ces soldats et je dormais à l'endroit où ils trouvaient ?

18 Q. Où vous retiriez-vous ? A quel endroit alliez-vous pour préparer ces

19 plans ? Quel était le nom de cette rue ? De qui était-ce la maison ?

20 Pouvez-vous nous donner davantage de détails ?

21 R. Pendant ce procès, nous avons entendu des dépositions qui indiquaient

22 que la maison dans laquelle je me trouvais chaque fois que je me reposais

23 se trouvait au numéro 81 de la rue Nova. Cette maison appartenait au père

24 de Stanko Vujanovic. C'était dans cette maison ou plutôt dans le jardin qui

25 se trouvait devant cette maison que se trouvait une maison un peu plus

26 petite comportant trois chambres dont deux étaient utilisées comme chambre

27 à coucher et l'autre comme salon. C'était dans ce séjour que je restais

28 seul et que j'écrivais, je notais, je projetais en faisant des dessins pour

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1 le lendemain de façon à exercer mon commandement et la direction des

2 opérations, de telle sorte que je puisse être digne et que nous puissions

3 être dignes des espoirs qui avaient été placés en moi.

4 Q. Pourquoi avez-vous choisi cette maison pour vous y tenir ?

5 R. La maison du père de Stanko Vujanonic était une maison dont les

6 matériaux étaient très solides, la base était en béton. J'étais arrivé à

7 cette maison dix jours après ma première arrivée à Vukovar. Je suis allé à

8 cette maison mais pas directement. Lors d'un briefing, le commandant de la

9 1re Compagnie, le capitaine Sasa Bojkovski a informé le chef de bataillon

10 Tesic qu'il s'était rendu dans cette maison au moment précis où elle avait

11 été touchée par un projectile tiré par les unités paramilitaires. Aucune

12 des personnes qui se trouvait à l'intérieur n'a été blessée. Ayant entendu

13 cela, j'ai trouvé logique d'aller jeter un coup d'il à cette maison. Ayant

14 vu de mes propres yeux que ceci était effectivement vrai et que cette

15 maison était solide et sûre, sûre en ce qui concerne les tirs de mortier et

16 d'autres types de projectiles d'artillerie, j'ai décidé de me servir de

17 cette maison comme poste d'observation. J'ai informé cela de mon commandant

18 de bataillon, le chef de bataillon Tesic.

19 Q. Lorsque vous dites "poste d'observation," pourriez-vous expliquer cela

20 en termes purement militaires ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Qu'est-ce

21 que cela implique ? Est-ce que c'est l'endroit où un commandant de

22 compagnie se tient normalement ?

23 R. Un poste d'observation est un élément de combat dans le dispositif de

24 combat d'une compagnie. Si une compagnie est sur la défensive, ce poste

25 d'observation peut être une sorte de grand abri, par exemple il peut être

26 situé sur une clairière. Au cours d'une attaque, le poste d'observation a

27 également un rôle à jouer. Il se trouve normalement au même endroit que le

28 commandant de compagnie.

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1 Q. Bien. Maintenant répondez, s'il vous plaît, par oui ou par non. Parlant

2 de la maison de Stanko Vujanovic -- ou plutôt de son père au 81 de la rue

3 Nova, est-ce qu'elle a jamais été décrite comme étant l'état-major

4 principal pour les opérations pour la libération de Vukovar, oui ou non ?

5 R. Non.

6 Q. Est-ce que ceci a jamais été décrit comme un quartier général pour la

7 libération de Vukovar ?

8 R. Non.

9 Q. Est-ce qu'il y a jamais eu un poste de commandement pour la libération

10 de Vukovar dans cette maison ? Est-ce qu'elle aurait pu être utilisée dans

11 ce but ou non ?

12 R. Non.

13 Q. Qu'en est-il des membres de la Défense territoriale et des hommes de

14 Leva Supoderica ? Est-ce qu'ils ne sont jamais venus à votre poste

15 d'observation au 81 de la rue Nova ? Dans l'affirmative, pourquoi, juste à

16 titre d'hypothèse ?

17 R. Bien sûr qu'ils sont venus. Normalement, ils venaient les uns après les

18 autres. Nous avons entendu dans les dépositions que des réunions ont été

19 tenues là, des réunions de divers types. Personnellement, je n'étais pas

20 commandant type attaché de cabinet. Je n'étais pas quelqu'un qui recevait

21 ses subordonnées de façon à ce qu'ils viennent simplement pour pouvoir

22 présenter leurs respects. J'étais un commandant qui traitait et réglait

23 tous les problèmes et toutes les tâches comme l'envisage le règlement qui

24 régit l'activité des commandants de compagnie. J'allais en reconnaissance

25 de commandement partout où il y avait un problème. S'il y avait un problème

26 à la rue Nova, c'est là que je me rendais. S'il y avait un problème à telle

27 autre rue, c'est là que j'irais.

28 Q. La question que je vous posais était de savoir s'il y avait des

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1 réunions régulières dans cette maison ou est-ce que l'un quelconque de ces

2 officiers pouvait venir personnellement à votre poste d'observation ?

3 R. Il n'y a jamais eu de réunions régulières tenues dans cette maison. Je

4 voudrais vous donner simplement un exemple dont je me souviens. C'était le

5 20, lorsque le Détachement de Leva Supoderica est arrivé et lorsque Milan

6 Lancuzanin connu également sous le nom de Kameni a demandé à me rencontrer,

7 a demandé à me voir. Je lui ai dit de venir. Il est venu avec six des ses

8 chefs de section. Nous nous trouvions dans la petite pièce de cette petite

9 maison parce que tous voulaient me voir, me rencontrer, tous voulaient voir

10 avec qui ils allaient travailler et c'était cela leur position. C'est la

11 seule réunion qui a été organisée de cette manière, pour ce but, c'est la

12 seule réunion que j'ai jamais tenue dans cette maison. Il n'y a jamais eu

13 d'autres réunions. Quant aux soldats qui seraient venus à titre personnel,

14 des soldats qui pour une raison ou une autre souhaitaient me parler et

15 demander mon avis ou mes conseils, ce n'est pas quelque chose que j'ai

16 jamais refusé. Je ne les renvoyais pas. Je n'en ai renvoyé aucun. Des

17 soldats venaient me trouver pour avoir des conseils et je donnais ces

18 conseils.

19 M. BOROVIC : [interprétation] Juste pour qu'il soit plus facile de vous

20 suivre, pourrions-nous, s'il vous plaît, avoir un plan de la maison du père

21 de Stanko Vujanovic. Nous avons le document 2D11-0169. Si nous pouvons

22 avoir cela sur l'écran.

23 Q. Dès que nous l'aurons à l'écran, veuillez décrire, s'il vous plaît, ce

24 que vous voyez. Est-ce que c'est bien cela la maison que vous aviez à

25 l'esprit ? Est-ce que c'est la maison qui se trouvait au numéro 81 de la

26 rue Nova ?

27 M. BOROVIC : [interprétation] On voit ici "Rue Nova 91." Le numéro que je

28 vois, c'est le 91. Ceci a été ajouté par les services du bureau du

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1 Procureur lorsque nous avons transmis ce plan du rez-de-chaussée. On lit

2 ici que la "rue Nova" -- ou il est probable qu'ils ne connaissaient pas le

3 numéro de la maison. Quelqu'un a dû mettre le chiffre de 91. Cela n'est pas

4 ce que nous avons nous-mêmes marqué juste pour que vous le sachiez ce 91.

5 En tout état de cause, il s'agit d'un document que nous avons

6 communiqué en temps utile au bureau du Procureur et c'est la raison pour

7 laquelle que nous souhaiterions que le témoin puisse y jeter un coup d'il

8 et voit si ceci correspond bien au plan au sol de la maison du père de

9 Stanko Vujanovic. Est-ce que c'est bien cette maison dans laquelle ont eu

10 lieu ces entretiens et où il a dormi. Je pense que ceci serait utile pour

11 tout le monde, parce que nous n'avons pas jusqu'à présent vu le plan de

12 cette maison.

13 Q. Est-ce bien de cette maison-là qu'il s'agit ? Est-ce que c'est

14 bien celle qui se trouve au numéro 81 de la rue Nova ? Je voudrais préciser

15 -- enfin, est-ce que c'est bien cette maison au numéro 81 ?

16 R. Je veux dire que c'est moi qui ai dessiné ce plan du rez-de-chaussée en

17 2004. J'avais pour habitude d'expliquer à ma propre équipe de Défense

18 quelle était la répartition de cette maison, la maison dans laquelle je me

19 trouvais. C'est comme cela qu'on pouvait la dessiner. C'est moi qui aie

20 indiqué et marqué quels étaient les différents éléments, à l'exception de

21 ce chiffre 91 ? Vraiment, je n'ai aucune idée de qui a ajouté ce chiffre ?

22 Q. Bien. Ceci n'a pas d'importance. Veuillez nous dire simplement si ce

23 plan au sol correspond bien à la maison du numéro 81 de la rue Nova ?

24 R. Oui, c'est exactement la façon dont je m'en souviens. C'était comme

25 cela.

26 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous, s'il vous plaît, décrire ce que ceci

27 veut dire, cette structure ? Où vous trouviez-vous ? Où dormiez-vous ? Où

28 se trouvait la famille du père de Stanko Vujanovic ?

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1 R. Puisque c'est la façon dont fonctionnent les choses dans ce prétoire,

2 est-ce qu'on pourrait me donner, s'il vous plaît, le marqueur de façon à ce

3 que je puisse indiquer sur ce croquis afin que tout le monde puisse

4 comprendre de quoi il s'agit ?

5 Q. Je vous remercie de cette suggestion, Monsieur Radic. On va vous aider

6 tout de suite à le faire.

7 R. Si vous regardez la moitié supérieure de la page, vous voyez la rue

8 Nova. Ce sont les deux mots que vous voyez là et le numéro de la maison est

9 81.

10 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, marquer cela -- ou plutôt modifier le

11 91 en 81 ?

12 R. [Le témoin s'exécute]

13 Ce numéro n'était pas correct. A ma gauche, il y a ce chiffre 1,

14 c'était la barrière de l'endroit où les voitures pouvaient rentrer dans la

15 cour sur le long de la maison. Le chiffre 2 représente la porte. A droite,

16 on peut voir le garage. Je me rappelle que tout au long de cette période où

17 j'étais là, il y avait une table de billard à l'intérieur que je marque en

18 mettant le numéro 4. A la droite de ce croquis, il y a le numéro 5 qui

19 désigne une pièce qui était utilisée comme séjour, comme salon. C'est là

20 que j'ai passé un grand nombre d'heures assis à analyser et à préparer des

21 plans avant chaque opération.

22 Q. Je vous remercie beaucoup. Pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer

23 une ligne pour marquer la direction qui va de la porte à la pièce marquée

24 numéro 5 ? Où exactement deviez-vous aller pour y entrer ?

25 R. Vous commencez par prendre cette porte ici et vous allez jusque-

26 là.

27 Q. Veuillez mettre, s'il vous plaît, une flèche.

28 R. [Le témoin s'exécute]

Page 12630

1 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, mettre ici le chiffre 1 depuis la porte

2 jusqu'à la pièce dans laquelle vous travaillez ?

3 R. [Le témoin s'exécute]

4 Q. Je vous remercie beaucoup. Pourriez-vous, s'il vous plaît, poursuivre ?

5 R. Etant donné que parfois les circonstances m'obligeaient à travailler

6 tard dans la nuit, il pouvait arriver quelquefois que dans cette pièce que

7 j'ai désignée par le chiffre 6, qui était l'une des chambres à coucher, je

8 passe la nuit sur place. Normalement, je n'y passais toutes les nuits dans

9 cette pièce. Normalement, je n'y dormais pas toutes les nuits. Normalement,

10 je dormais dans la pièce qui porte le numéro 13 qui est dans l'autre

11 maison, la grande maison.

12 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer une ligne qui part du numéro 13

13 et va jusqu'à l'endroit où vous dormiez ? Mettez-y le chiffre 2, s'il vous

14 plaît.

15 R. Le lit se trouvait sur le côté droit.

16 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, tracer une ligne et mettre le chiffre 2

17 à l'extérieur du croquis lui-même afin que nous puissions vous suivre ?

18 R. Voici l'endroit où d'habitude je dormais mais pas toutes les nuits et

19 je n'ai jamais tenu de réunions dans cette pièce. Je n'ai pas non plus

20 établi de plan dans cette pièce, tout simplement parce qu'il y avait

21 souvent beaucoup de monde à l'intérieur de la maison, et je ne voulais pas

22 qu'ils soient au courrant de ce que je faisais. Tout ce que je faisais

23 comme travail, c'était dans la pièce que j'ai désignée par le chiffre 5.

24 Q. Je vous remercie. Pourriez-vous nous dire où dormait le père de Stanko

25 Vujanovic tout au long de cette période que vous avez passé dans cette

26 maison ?

27 R. Quand je suis arrivé pour la première fois dans cette maison, c'était

28 le 10 octobre ou aux environs du 10 octobre. La seule personne qui habitait

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1 cette maison, c'était l'épouse de Stanko Vujanovic, Nada Kalaba. Si vous

2 regardez le rez-de-chaussée, là où il y a le chiffre 10 ici, que j'ai

3 utilisé pour désigner l'escalier qui monte au premier étage, tout au long

4 du temps que j'ai passé dans cette maison, elle dormait dans l'une des

5 chambres du premier étage. Une chose qu'il faut que je dise, c'est que je

6 ne suis même jamais monté au premier étage. Je ne voulais tout simplement

7 pas savoir ce qu'il y avait à l'étage.

8 Q. Où dormait le père de Stanko Vujanovic ?

9 R. Mais c'était juste avant que les opérations de combat ne soient sur le

10 point de s'achever que le père de Stanko Vujanovic est revenu à la maison,

11 lui aussi dormait au premier étage, dans une chambre au premier étage. Je

12 ne suis pas sûr de laquelle.

13 Q. Bien, je vous remercie. Qui d'autre dormait dans cette maison, cette

14 maison que nous avons décrite comme étant le poste d'observation ?

15 R. Dans cette maison, la pièce que j'ai désignée par le numéro 11 était

16 une petite cuisine avec un endroit où on pouvait prendre des repas. A

17 gauche se trouvait la salle de bain avec des toilettes, et dans cette pièce

18 où il y a le chiffre 13, je n'ai pas dessiné un autre lit qui s'y trouvait,

19 parce que j'ai omis de le faire au moment où j'avais fait le croquis.

20 (expurgé), qui était sergent dans ma compagnie, dormait sur ce lit,

21 et tous les soirs quand il allait se coucher, cette table qui est au milieu

22 de la pièce, nous la déplacions et nous la poussions de côté, à cet

23 emplacement près de ces étagères que j'ai marqué, sur des couvertures, des

24 matelas et des oreillers, il y avait trois soldats de ma compagnie qui

25 dormaient là.

26 Q. Quels étaient les noms de ces soldats ?

27 R. L'un de ces trois soldats s'appelait Petkovic; le deuxième soldat était

28 un Musulman, son nom était Suad Miljkovic; le troisième soldat, je ne

Page 12632

1 parviens pas à me rappeler de son nom pour le moment mais je sais que ce

2 n'était pas Elvir Masic. Je sais que ce n'était pas Dragan Vidacek.

3 Maintenant, je ne parviens pas à me rappeler le nom.

4 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

5 Juges, je voudrais demander, s'il vous plaît, que ce document soit versé au

6 dossier.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Il sera versé au dossier.

8 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il portera le numéro de pièce 783.

9 M. BOROVIC : [interprétation] Je vous remercie.

10 Q. Nous avons consacré beaucoup d'attention à ceci. Nous devons essayer

11 d'être aussi brefs que possible. Il est nécessaire d'avoir ce croquis qui

12 fait partie de cette déposition parce que nous avons entendu certains

13 témoins parler de ces pièces et nous pouvons comparer la description qui a

14 été faite ici à celle qu'eux-mêmes avaient donné.

15 Qu'en était-il des membres de la Défense territoriale et du

16 Détachement de Leva Supoderica ? Où se trouvaient-ils lorsqu'il n'y avait

17 pas de combats ? Où se tenaient-ils ? Où restaient-ils ?

18 R. Les membres de la Défense territoriale de Petrova Gora se

19 trouvaient dans l'ensemble du quartier de Petrova Gora. Chacun d'entre eux

20 habitait chez lui, je crois -- ou plutôt dans des maisons où ceux qui

21 avaient quitté Petrova Gora, qui s'étaient déplacés par ce qu'il y avait la

22 présence de forces paramilitaires.

23 Q. Bien.

24 R. Excusez-moi. Les membres du Détachement de Leva Supoderica étaient

25 regroupés autour de leur poste de commandement dans plusieurs maisons. Ils

26 étaient regroupés dans la rue Nova, dans plusieurs maisons qui se

27 trouvaient autour du poste de commandement où Milan, surnommé Kameni, se

28 tenait tout le temps.

Page 12633

1 Q. Bien, je vous remercie. Où se trouvait ce poste de commandant ou ce

2 quartier général de Petrova Gora et où se trouvait le quartier général de

3 Leva Supoderica à ce moment-là ?

4 R. Pour autant que je l'ai entendu dire jusqu'à présent au poste du

5 commandant du commandement du 1er Détachement d'assaut, c'était là que se

6 trouvait le poste de commandement du commandant de l'état-major de la

7 Défense territoriale, Dusan Jaksic, capitaine de première classe en

8 l'occurrence. Comme je l'ai déjà dit, le poste de commandement arrière à

9 Petrova Gora se trouvait dans la maison du capitaine Antic.

10 Q. Excusez-moi, est-ce que c'était un capitaine de l'armée régulière ou un

11 réserviste ?

12 R. Le capitaine Antic était un officier de réserve qui faisait partie de

13 la Défense territoriale.

14 Q. Je vous remercie.

15 R. A ce même poste de commandement, ce poste de commandement arrière,

16 Miroljub Vujovic avait son propre poste à partir duquel il prenait des

17 mesures et exécutait les ordres qu'il avait reçus.

18 Q. Ceci c'est le poste de commandement du Détachement de Petrova Gora;

19 c'est bien cela ?

20 R. Je ne l'ai jamais su. Je ne l'ai jamais appris. Je sais simplement qu'à

21 cet endroit-là, ce capitaine Antic se trouvait à cet endroit-là et qu'une

22 fois avec Miroljub Vujovic, je suis allé dans cette maison avec eux pour

23 discuter de certaines questions, c'était précisément à cet endroit.

24 Q. Bien. Pour autant qu'il s'agit de Leva Supoderica, vous avez expliqué

25 où se trouvait leur poste de commandement. La question précise que je vous

26 pose est celle-ci. Soyons très précis à l'avenir. Pour autant que vous le

27 sachiez, est-ce que Vujovic et Milan -- est-ce que cela aurait été Vujovic

28 et Milan, ou est-ce qu'ils seraient allés voir le chef de bataillon Tesic ?

Page 12634

1 Dans l'affirmative, pourquoi ?

2 R. Je peux affirmer en toute responsabilité que Milan et Miroljub Vujovic

3 ne sont pas venus en même temps à des briefings ensemble avec les

4 commandants de compagnie appartenant au 1er Bataillon. Je sais que, soit

5 conformément à certains plans qu'ils avaient fait eux-mêmes, ou à

6 l'invitation du capitaine Jaksic ou du chef de bataillon Tesic, ils sont

7 allés à cet endroit-là, parce que ce n'était pas secret qu'ils s'y

8 rendaient. Je sais -- ou plutôt tout au moins, c'est ainsi que je m'en

9 souviens -- je ne me souviens pas que l'un ou l'autre ait été ensemble avec

10 nous, de sorte qu'on pouvait leur donner le type d'ordre que nous recevions

11 nous-mêmes.

12 Q. Très bien, je pense que c'est clair maintenant. Voici ma question

13 suivante. Quelle est la personne du commandement supérieur qui se rendait à

14 votre axe d'attaque ? Si vous en souvenez, dites-le-nous, s'il vous plaît,

15 brièvement.

16 R. Oui, je me souviens de cela. Mon commandant de bataillon, le commandant

17 Borivoje Tesic s'y est rendu jusqu'au 10 novembre une fois. Ceci a eu lieu

18 le 2 novembre, lorsque nous sommes allés tous les deux dans la rue de

19 Vasilija Gacesa pour faire des activités de reconnaissance en tant que

20 commandant avant l'attaque contre l'agglomération de la 6e Division de

21 prolétaires.

22 Q. Après ?

23 R. Après cela, le commandant Tesic après la chute de la colline Milovo,

24 c'était le 10 novembre, il était à la colline Milovo Brdo tous les jours.

25 Il travaillait conformément à son plan. Je ne connaissais pas tous les

26 détails, où il allait et tout cela, mais je le voyais à Milovo Brdo

27 pratiquement tous les jours.

28 Q. Très bien. Saviez-vous qui était le général Adzic à ce moment-là ?

Page 12635

1 R. Bien sûr que oui. A l'époque, il était le chef d'état-major de la JNA.

2 Q. Très bien. Est-ce que lui, il venait parfois à votre axe d'attaque ?

3 Est-ce qu'il rendait parfois visite aux soldats qui y étaient ?

4 R. J'ai effectivement entendu dire qu'il venait mais personnellement je ne

5 l'ai pas vu. Je ne savais pas qu'il était censé venir. Au moment où il

6 était sur mon axe d'action, je ne le savais pas. Par la suite, je l'ai

7 entendu dire de la part du commandant Tesic. Le commandant Tesic lui a

8 montré une partie du territoire où le 1er Bataillon motorisée était

9 stationné et menait des opérations.

10 Q. Merci. Dites-moi, s'il vous plaît, compte tenu du fait que vous

11 connaissiez les soldats, est-ce qu'il est possible que votre soldat Elvir

12 Masic aurait pu été affecté dans le cadre de la sécurité du général Adzic,

13 lorsqu'il est venu à Vukovar ? Notamment sur cet axe d'opérations, est-ce

14 quelqu'un d'un peloton de votre compagnie aurait pu assurer la sécurité du

15 chef d'état-major ? Est-ce que vous le savez ? Est-ce qu'un tel soldat

16 aurait eu une telle occasion ?

17 R. A mon avis, c'est totalement absurde. J'en suis convaincu, compte tenu

18 du fait que le chef d'état-major a sa propre sécurité, constituée des

19 officiers professionnels en la matière. Il n'avait certainement pas besoin

20 de sécurité supplémentaire et surtout pas assurée par le soldat que vous

21 avez mentionné.

22 Q. Merci. Vous souhaitez boire de l'eau ?

23 R. Non.

24 Q. Est-ce que vous pouvez nous dire à quoi ressemblaient vos rapports avec

25 le commandant Sljivancanin à l'époque ?

26 R. Le commandant Sljivancanin était le chef de la sécurité de la Brigade

27 motorisée des Gardes. Il était l'officier du commandement supérieur. Je le

28 traitais en tant que tel et pas seulement lui mais tous les officiers du

Page 12636

1 commandement supérieur. J'ai d'ailleurs eu un tel rapport aussi avec mon

2 propre commandant et son adjoint, notamment envers tous les membres de

3 l'état-major du commandement de la Brigade motorisée des Gardes. Le

4 commandant Sljivancanin s'est rendu sur mon axe d'opérations à plusieurs

5 reprises. Il manifestait un intérêt à l'égard de la situation dans laquelle

6 l'unité se trouvait à ce moment-là. Il s'intéressait aussi aux soldats qui

7 avaient été capturés le premier jour. Soldats qui appartenaient au 1er

8 Détachement d'assaut qui n'était pas sur mon axe mais il demandait des

9 informations.

10 Q. Pardon, vous parlez des soldats de la JNA ?

11 R. Oui, de la JNA. C'est cela. Il me demandait de lui donner des

12 informations au sujet de mes connaissances portant sur les armes dont

13 dispose la partie adverse, sur des personnes capturées éventuellement. Je

14 dois dire également que lorsqu'il venait à chaque fois il apportait aux

15 soldats du jus et plusieurs fois des cigarettes qui étaient un article très

16 important pour les fumeurs à l'époque.

17 Q. Merci. Que pouvez-vous dire d'autre à son sujet, mis à part ces

18 quelques rencontres ?

19 R. Je dois dire que je me souviens absolument très bien du moment où il

20 est venu pour la première fois. C'était au moment où mon unité traversait

21 la rue Otokar Kersovani. C'était le 21 octobre et lorsqu'elle est entrée

22 dans une partie de l'agglomération Cvetno. A ce moment-là, le commandant

23 Sljivancanin est venu. Il a apporté plusieurs paquets de boîtes de jus de

24 fruit, qui ont immédiatement été distribuées à tous les membres présents à

25 cet endroit. La fois d'après, le commandant Sljivancanin est venu lorsque

26 le groupe d'assaut qui était sur mon axe d'action avait libéré

27 l'agglomération de la 6e Division prolétaire. Je me souviens que c'était le

28 4 novembre, car ce jour-là, la Brigade des Gardes le célébrait en tant que

Page 12637

1 fête de la garde.

2 La fois suivante que le commandant Sljivancanin est venu était au moment où

3 nous sommes entrés dans l'agglomération de Bosko Buha. Je me souviens que

4 c'était le 8 ou le 9 novembre. Nous étions ensemble dans un garage qui

5 était dans la cave d'une maison. De ce garage le commandant Sljivancanin

6 utilisait les moyens de transmission pour parler avec Jastreb.

7 Q. Très bien. Concrètement parlant, est-ce qu'il ne vous a jamais donné

8 des ordres ? Est-ce qu'il vous commandait ? Est-ce qu'il a participé à la

9 planification d'une quelconque action avec vous ou non ?

10 R. A ce moment-là, le commandant Sljivancanin en tant qu'officier du

11 commandement supérieur avait le droit de venir au sein de chaque unité, y

12 compris la mienne, afin de s'informer des détails que j'ai évoqués tout à

13 l'heure mais à aucun moment et je dis cela en assumant toute la

14 responsabilité de cette déclaration, jamais il n'a essayé de s'immiscer

15 dans le système de commandement et de contrôle déjà existant et il ne m'a

16 jamais confié une quelconque mission, qu'il s'agisse d'une mission de

17 combat ou d'une mission n'ayant pas trait au combat.

18 Q. Très bien merci.

19 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaite que l'on

20 place la pièce à conviction 156 à l'écran.

21 Q. Monsieur Radic, lorsque nous verrons cette carte j'aimerais que l'on

22 encercle l'endroit où vous avez participé au combat et que l'on marque les

23 axes d'action et le temps. Vous devez le faire sur la carte de manière plus

24 précise pour que l'on puisse réfléchir aux déclarations de témoins qui ont

25 déposé jusqu'à maintenant. Est-ce que ceci est suffisamment clair ?

26 R. J'aimerais que l'on agrandisse cela.

27 M. BOROVIC : [interprétation] Peut-on donner au témoin aussi un marqueur

28 pour qu'il puisse marquer les endroits différents ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Un peu plus agrandi.

2 M. BOROVIC : [interprétation]

3 Q. Encore un peu.

4 R. Encore un peu, s'il vous plaît. Encore une fois.

5 Q. Cela suffit maintenant.

6 R. Pour que les choses soient claires, je vous demanderais d'agrandir

7 encore une fois.

8 Q. Je pense que c'est bon maintenant. Merci. Prenons maintenant le stylo

9 pour que le témoin puisse montrer les axes d'action et le temps

10 conformément à votre mission.

11 R. Je vais marquer les éléments principaux afin que tout le monde puisse

12 comprendre où les endroits différents étaient situés ? Le numéro 1

13 indiquera le poste de commandement du 1er Détachement d'assaut qui se

14 trouvait dans la rue Svetozara Markovica.

15 Q. Excusez-moi. Lorsque vous dites le numéro 1, vous voulez dire que le

16 numéro 1 montre l'endroit mais veuillez faire une flèche dans la direction

17 dans ce cercle pour que l'on sache qu'il s'agisse de cela. Dans l'autre

18 sens, s'il vous plaît.

19 R. J'ai mis un point et un cercle.

20 Q. Très bien. Cela peut être comme cela aussi. C'est le numéro 1.

21 R. Le nom de la rue qui figure sur cette carte n'est pas exact mais je

22 vais mettre un point à l'endroit où était le poste d'observation dans

23 lequel j'étais ? Ce qui correspond au numéro 81 qui est en même temps la

24 maison du père de Stanko Vujanovic.

25 Q. Oui, mettez le numéro 2 vers le Danube.

26 R. Très bien. Voilà, le numéro 2. Cette rue-là dans laquelle se trouve ce

27 point, c'est la rue Nova. Alors que la rue qui est montrée sur cette carte

28 et la rue Vrgoseva. Juste avant cette rue-là se trouve Leva Supoderica où

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1 se trouvait la maison de Milan Lancuzanin, Kameni, que je vais marquer par

2 le chiffre 3.

3 Q. Soyez aimable, s'il vous plaît, veuillez effacer la flèche à côté du

4 numéro 1. Veuillez mettre la flèche dans la direction des points qui

5 montrent ces endroits. Pour que les choses soient plus claires, pour que

6 ceci ne prête pas à confusion. La flèche est dirigée vers l'endroit indiqué

7 par le chiffre. Continuons.

8 R. Pour que les choses soient plus claires et pour que toutes les

9 personnes ici présentes puissent bien comprendre, je demanderais de

10 recevoir maintenant une carte sans annotations sur laquelle je vais marquer

11 les axes d'action de ma compagnie et les périodes pertinentes.

12 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaite que ceci

13 soit versé au dossier.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ceci sera versé au dossier.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction 784.

16 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je pense, Maître Borovic, que le

17 moment est opportun pour faire une pause. Nous allons reprendre à 17 heures

18 55.

19 --- L'audience est suspendue à 17 heures 35.

20 --- L'audience est reprise à 17 heures 57.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic.

22 M. BOROVIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

23 Q. Monsieur Radic, avec l'aide de l'huissier qui va encore une fois vous

24 donner le stylo, sur la pièce à conviction 156, veuillez inscrire les

25 endroits, les axes et les directions comme on a déjà dit.

26 R. Chiffre 1 va marquer la zone d'attente dont mon unité est partie dans

27 ces opérations de combat. Il s'agit du quartier de Petrova Gora, et je vais

28 le marquer par le chiffre 1.

Page 12640

1 Q. Veuillez inscrire une flèche dans la direction de la région d'attente,

2 merci.

3 R. Comme je l'ai déjà dit, mon unité avait reçu deux missions de combat.

4 La première était à partir de la direction de Petrova Gora le long de la

5 rue Nova et faire en sorte que mon unité effectue une attaque le long de

6 l'axe Petrova Gora, Leva Supoderica et le quartier de la 6e Division des

7 prolétaires, en deux phases. Dans la première phase, l'attaque avait

8 commencé le 2 octobre. Je vais inscrire au stylo la limite droite, à savoir

9 la rue Nova. Le 2 octobre 1991, l'attaque a commencé. Pendant la première

10 phase, mon unité était censée arriver jusqu'à la route Bogdanovacki.

11 Q. Avez-vous indiqué cela avec le chiffre romain un ?

12 R. Oui, je l'ai fait par le un romain. Pendant la deuxième phase mon unité

13 était censée libérer le quartier de la 6e Division qui se trouve ici et je

14 vais mettre le chiffre romain deux, ici.

15 Nous avons terminé la deuxième phase le 3 novembre. Je vais marquer

16 cela. La deuxième phase, nous l'avons terminé le 4 novembre.

17 Cela c'était la première mission de combat.

18 La deuxième mission de combat m'a été confiée après que nous ayons

19 libéré le quartier de la 6e Division prolétaire et ceci s'est fait en deux

20 phases.

21 Q. Marquez d'abord ce qui concerne la première phase pour mieux discerner.

22 R. Très bien. Excusez-moi, ici s'agissant de la première phase, je vais

23 mettre une seule flèche pour que tout le monde puisse comprendre pour

24 indiquer l'axe ou la direction de l'attaque de ma compagnie. Au cours de la

25 phase suivante, comme je l'ai dit, la mission était d'effectuer une attaque

26 le long de l'axe du quartier de la 6e Division, quartier Bosko Buka,

27 quartier Milovo Brdo. Au cours de cette troisième phase pour l'appeler

28 ainsi, nous étions censés arriver jusqu'au quartier Bosko Buha. Cela c'est

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1 la troisième phase que je vais noter par le chiffre romain trois. Cette

2 troisième phase, nous l'avons terminée au cours de la période allant

3 jusqu'au 9 novembre. Milovo Brdo que je vais marquer par le chiffre romain

4 quatre, nous l'avons conquis le 10 novembre 1991.

5 Q. Est-ce que vous pourriez mettre une flèche et le numéro 2 à l'endroit

6 où vous avez marqué la troisième et la quatrième phase des opérations ?

7 R. Oui, je vais le faire ainsi. Je marque ainsi la deuxième mission. J'ai

8 mis le chiffre 2 ici pour marquer la deuxième mission et ici je vais mettre

9 le numéro 1 et je vais l'encercler. J'espère que c'est clair.

10 Q. Puisque vous avez marqué Petrova Gora par le chiffre 1 déjà, veuillez

11 avoir l'amabilité soit de changer ce chiffre ou peut-être marquer Petrova

12 Gora par la lettre A.

13 R. Excusez-moi, je m'excuse. Je vais changer -- ou plutôt je vais mettre

14 la lettre A. J'ai marqué Petrova Gora par la lettre A.

15 Q. Très bien. Vous avez corrigé le chiffre 1 qui l'indiquait

16 précédemment ?

17 R. Oui.

18 Q. Très bien. Ici, c'est tout pour le moment.

19 M. BOROVIC : [interprétation] Avant que ceci ne disparaisse de l'écran, je

20 propose le versement au dossier de cette carte, Monsieur le Président.

21 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La carte sera admise.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] En tant que pièce à conviction 785.

23 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

24 Q. Monsieur Radic, nous voyons à l'écran et vous nous avez très bien

25 décrit cette attaque qui s'est déroulée en plusieurs phases. Voici ma

26 question : à quel moment est-ce que vous avez coordonné le travail du

27 groupe d'assaut pour la dernière fois ? Quel était le dernier moment ?

28 R. Comme je l'ai déjà dit aujourd'hui, le groupe d'assaut qui a été créé

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1 le long de mon axe était de nature temporaire. Au moment où le quartier de

2 Milovo Brdo a été libéré, j'ai accompli ma deuxième mission de combat.

3 Après ce jour-là, je ne recevais plus de missions de la part du commandant

4 de bataillon ni de qui que ce soit d'autre, je veux dire de ses adjoints,

5 quelque mission de combat que ce soit, dans le sens de coordination,

6 commandement ou contrôle d'une quelconque unité temporaire ou permanente.

7 Autrement dit, le 10 novembre j'ai cessé de commander le groupe d'assaut

8 qui avait été formé le long de mon axe.

9 Q. Merci. Lorsque vous dites "commander", vous voulez dire coordonner de

10 la manière conforme à votre description ?

11 R. Oui, j'ai décrit de quelle manière je le faisais et ensuite il n'y

12 avait plus de besoin.

13 M. WEINER : [interprétation] Objection.

14 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Borovic, vous auriez pu

15 demander au témoin de clarifier lui-même ce qu'il voulait dire par le mot

16 "commander", mais vous n'auriez pas dû lui suggérer l'autre mot.

17 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, je l'ai vraiment fait

18 sans le vouloir sincèrement. Avec votre permission, si vous me permettez de

19 me corriger.

20 Q. Monsieur Radic, vous avez dit : "J'ai commandé le groupe d'assaut." Que

21 voulez-vous dire par là ?

22 R. Je veux dire aussi la chose suivante : ma compagnie et moi en tant que

23 commandant de la 3e Compagnie, j'avais mon axe d'action dans le cadre du 1er

24 Détachement d'assaut. En tant qu'officier supérieur sur cet axe d'action,

25 il était de mon devoir humain et professionnel d'utiliser toutes mes

26 connaissances de manière me permettant d'accomplir la mission et d'avoir le

27 nombre minimal de pertes. Si je dis que je commandais le groupe d'assaut,

28 je voulais dire par là que j'effectuais la coordination entre le groupe

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1 d'assaut, entre les moyens de soutien et la 3e Compagnie motorisée de la

2 meilleure manière possible d'après mes connaissances. Tout ceci s'est

3 arrêté le 10 octobre lorsque j'ai accompli ma deuxième mission de combat.

4 M. BOROVIC : [interprétation] Il y a une erreur du compte rendu d'audience.

5 Il est écrit "3e Brigade motorisée" mais il faut mettre "3e Compagnie

6 motorisée."

7 Q. Très bien. Qu'on fait les membres de la 1ère, 2e et 3e Compagnie après la

8 libération de Milovo Brdo et quelles étaient les tâches du 1er Détachement

9 d'assaut et du commandant Borivoje Tesic?

10 R. Nous avons eu déjà l'occasion d'entendre parler d'une partie liée à

11 cela.

12 M. BOROVIC : [interprétation] Excusez-moi. Juste un instant avant que ce ne

13 soit trop tard. Il écrit "Que la mission était accomplie le 10 octobre"

14 mais il faut mettre "le 10 novembre".

15 Q. N'est-ce pas ?

16 R. Tout à fait.

17 Q. Poursuivez, s'il vous plaît.

18 R. Lors d'une réunion d'information après la chute de Milovo Brdo, le

19 commandant du bataillon, le commandant Borivoje Tesic nous a informé du

20 fait que tous les membres de la Défense territoriale de Leva Supoderica et

21 tous les volontaires qui faisaient partie de ces deux formations, qu'ils

22 avaient reçus pour tâche de se déplacer à un autre axe d'action. Si je

23 comprenais bien, celui-ci relevait du 2e Détachement d'assaut et la raison

24 était que le long de cet axe-là, cette unité n'avait pas eu de succès. Le

25 but était de faire en sorte que les membres de la Défense territoriale de

26 Leva Supoderica puissent aider le 2e Détachement d'assaut le long de leur

27 axe d'action pour qu'ils puissent avancer jusqu'à la ligne prévue dans le

28 cadre de leur mission de combat.

Page 12644

1 Q. Très bien. Merci. Savez-vous quelle est la date de la libération de

2 Vukovar ?

3 R. Oui.

4 Q. Quand ?

5 R. Vukovar a été libérée le 18 novembre 1991.

6 Q. Très bien. Au cours de la période entre la libération de Milovo Brdo,

7 le 10 novembre jusqu'au 18 novembre 1991, où était votre compagnie et que

8 faisiez-vous au cours de cette période ?

9 R. Au cours de cette période, la 3e Compagnie motorisée était dans la zone

10 du quartier de Bosko Buha et de Milovo Brdo. Si vous considérez qu'il

11 serait plus facile de suivre ainsi, je peux marquer la zone dans laquelle

12 se trouvait ma compagnie. Pour que tout le monde puisse suivre cela dans ce

13 prétoire.

14 M. BOROVIC : [interprétation] Très bien. Puisque nous avons encore à

15 l'écran la pièce à conviction 156, je souhaite proposer au témoin de nous

16 montrer où s'est terminée cette deuxième opération à laquelle il a

17 participé ? Peut-on lui donner un stylo pour qu'il puisse inscrire les

18 annotations ?

19 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

20 M. BOROVIC : [interprétation]

21 Q. Merci. Le chiffre 1 indique quoi ?

22 R. Le chiffre 1 indique le quartier de Bosko Buha. Le chiffre 2 indique le

23 quartier Milovo Brdo. Les quartiers de Bosko Buha et Milovo Brdo sont faits

24 de deux petites agglomérations avec un petit nombre de maisons, pour la

25 plupart des maisons privées. Dans cette région, les membres de mon unité au

26 cours de la période allant du 10 novembre jusqu'au 19 novembre assuraient

27 la sécurité de ces maisons qui faisaient partie de cette partie de la

28 ville.

Page 12645

1 Q. Très bien. Est-ce que vous pouvez nous marquer pour finir avec le

2 chiffre 3 la position définitive à laquelle se trouvaient les unités de la

3 JNA lorsque Vukovar a été libérée, y compris les volontaires et les membres

4 de la TO ? Quel était le but final après la libération de Vukovar ?

5 R. J'ai mis le chiffre 2 à côté de Milovo Brdo. A partir de cet endroit-là

6 en collaboration avec la Défense territoriale, des unités différentes de la

7 JNA devaient aller jusqu'à l'hôtel Danube que je vais marquer par le

8 chiffre 3.

9 Q. Très bien. Ma question est de savoir si, s'agissant des chiffres 1 et

10 2, si entre le 10 novembre jusqu'à la libération de Vukovar vous avez

11 participé à quelque action que ce soit ? Avez-vous effectué des opérations

12 le long d'un axe, ou est-ce que vous êtes simplement resté dans cette

13 région ?

14 R. Comme je l'ai déjà dit, j'ai terminé ma deuxième mission de combat à

15 Milovo Brdo, le point 2. Après cela, le commandant Borivoje Tesic qui

16 commandait notre bataillon et notre détachement d'assaut que je voyais

17 pratiquement tous les jours à Milovo Brdo, il avait personnellement repris

18 le commandement et il commandait personnellement toutes les actions et

19 toutes les activités. Autrement dit, je ne planifiais plus, je ne

20 commandais plus, je ne contrôlais plus quelque unité que ce soit entre

21 Milovo Brdo et l'hôtel Danube.

22 Q. Merci.

23 M. BOROVIC : [interprétation] Je souhaite que l'on verse cela en tant que

24 pièce à conviction.

25 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ceci sera admis.

26 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction 786,

27 Monsieur le Président.

28 M. BOROVIC : [interprétation] Merci.

Page 12646

1 Q. Au 18 novembre, veuillez nous décrire le rôle et la tâche de votre

2 compagnie à partir du moment où vous avez appris que les opérations de

3 combat avaient cessé ? A partir du 18 novembre, je répète car parfois les

4 interprètes ont du mal à m'entendre d'après ce qu'on m'a dit.

5 R. Comme je l'ai déjà dit, puisque ma compagnie se trouvait sur le

6 territoire de l'agglomération Boska Buha et Milovo Brdo, ce 18 novembre,

7 j'étais dans ma compagnie aussi. Je pense que ceci s'est déroulé tôt dans

8 l'après-midi. A ce moment-là, nous avons appris par la radio que Vukovar

9 avait fini par être libérée, que la partie adverse s'était rendue. Après

10 cela, encore une fois, par le biais des moyens de transmission, le

11 commandant de bataillon a donné l'ordre à tous les commandants de compagnie

12 de partir de Negoslavci où se trouvaient nos véhicules militaires pour

13 transporter tous les véhicules et camions pour permettre à la population

14 qui sortait des caves et des autres abris dans lesquels ils avaient été,

15 afin qu'elle puisse être transportée du centre-ville de la partie où se

16 trouvaient les ponts sur la rivière Vuka jusqu'à Velepromet.

17 Dans ce sens, afin d'aider cette population, c'était le capitaine Sladjan

18 Kopcic qui était le commandant de la compagnie antichar qui avait cette

19 tâche-là. Je dois dire qu'à ce moment-là, j'ai été extrêmement étonné par

20 le nombre de personnes qui sortaient et qui se rendaient auprès des ponts

21 sur la Vuka et qui se rendaient dans le centre-ville autour de l'hôtel

22 Danube et autour de la maison des ouvriers car je n'imaginais même pas

23 qu'il y avait autant de gens à Vukovar; car lorsque nous avions reçu nos

24 missions de combat ou plutôt nos ordres de la part du commandant de

25 bataillon, nous n'avions pas d'information qu'il y avait un nombre aussi

26 élevé de gens à Vukovar. Personnellement, je pensais que la plupart des

27 citoyens de Vukovar avaient quitté la ville avant le début des opérations

28 de combat. J'ai été vraiment étonné lorsque j'ai vu le nombre de personnes.

Page 12647

1 Q. Permettez moi de vous interrompre brièvement. Pendant toutes les

2 opérations de combat, est-ce qu'il vous est arrivé de rencontrer des civils

3 ou est-ce que vous vous êtes toujours trouvés opposés à des membres

4 d'unités paramilitaires ?

5 R. Je peux vous le dire parce que je le sais de façon certaine. Lors de la

6 première mission entre Petrova Gora et le lotissement de la 6e Division

7 prolétaire, je n'ai jamais rencontré un seul civil. Lorsque nous sommes

8 arrivés dans le quartier de Bosko Buha, je sais que trois personnes ont été

9 trouvées. Elles étaient à l'époque soupçonnées d'avoir combattu avec

10 l'ennemi et ces personnes ont été envoyées en tant prisonniers au

11 commandement du bataillon. Je suppose que ce dernier les a envoyées à

12 Negoslavci. J ne sais pas ce qu'il est advenu de ces personnes plus tard,

13 mais je sais que ce groupe de personnes comprenait deux personnes assez

14 âgées et une personne assez jeune. Je pense qu'il y avait une femme, mais

15 jamais je n'ai rencontré de civils sur mes axes d'opération. Je n'ai pas

16 non plus entendu dire qu'il y en aurait eu dans le secteur, je n'en ai été

17 que plus surpris lorsque j'ai vu tous ces gens sortir le 18 novembre.

18 Q. Bien. Où vous êtes-vous trouvé le lendemain, le 19 novembre 1991 si

19 vous vous en souvenez ? Tout au long de ce procès, on vous l'a rappelé

20 parce qu'après tout c'est une date très importante pour votre situation

21 dans ce procès.

22 R. Le matin du 19 novembre, j'étais avec le sous-lieutenant Hadzic et l0es

23 autres commandants du 1er Bataillon à Milovo Brdo. Ce jour-là, il n'y a pas

24 eu d'opérations de combat, nous savions tous que la guerre était finie. Je

25 ne peux pas vous dire exactement à quelle heure ceci s'est passé mais

26 c'était vers midi. C'est à ce moment-là que le sous-lieutenant Hadzic est

27 venu pour me dire que le commandant Tesic voulait me parler par radio, par

28 Motorola. Je l'ai rappelé et il a ordonné que j'emmène un groupe composé de

Page 12648

1 20 soldats pour aller à l'hôpital qui se trouvait à un kilomètre de là, du

2 côté de Borovo Naselje en passant par le pont qui enjambe la rivière Vuka.

3 J'ai transmis cet ordre au sous-lieutenant Hadzic, je lui ai dit de réunir

4 les soldats, après quoi nous sommes partis en plusieurs voitures. Jusqu'à

5 lors ces voitures avaient été utilisées pour transporter des blessés, nous

6 avons franchi le pont vers la gauche du côté de l'entrée de l'hôpital. Je

7 ne me souviens pas de la rue par laquelle nous sommes passés. Nous sommes

8 arrivés à l'entrée après être entrés dans l'enceinte de l'hôpital, ce

9 n'était pas l'entrée principale, c'était une entrée secondaire qui se

10 trouvait en face de la rue appelée Gunduliceva. Au moment où je

11 m'approchais avec mes soldats de cette entrée à l'arrière, j'ai vu le

12 commandant Tesic arriver et s'approcher de l'autre côté; il était

13 accompagné d'un lieutenant que je ne connaissais pas à l'époque. Ils

14 avaient avec eux plusieurs soldats.

15 Nous nous sommes rendus compte que nous arrivions les uns les autres

16 et littéralement nous nous sommes rencontrés à cette entrée secondaire de

17 l'hôpital. Pendant tout ce procès cela a été présenté comme étant l'entrée

18 des urgences, ou la --.

19 Q. Est-ce que vous avez utilisé vos soldats pour sécuriser l'hôpital ?

20 R. Oui.

21 Q. Qu'avez-vous fait précisément ? Où est-ce que vous avez installé vos

22 soldats pour assurer la sécurité dans l'hôpital, autour de l'hôpital et ce

23 faisant, qui avez-vous vu ?

24 R. Lorsque le commandant Tesic et moi nous nous sommes retrouvés, nous

25 nous sommes littéralement rencontrés à cette entrée du bâtiment, peu de

26 temps après, quelques minutes plus tard le capitaine Sasa Bojkovski est

27 arrivé suivi de plusieurs soldats. D'une certaine façon, parce qu'après

28 tout c'était la première fois que nous entrions si profondément dans une

Page 12649

1 zone où nous ne nous étions jamais trouvés, j'étais content de les trouver

2 tous réunis en un seul endroit. Je me sentais plus en sécurité.

3 A ce moment-là, le commandant Tesic se tenait à l'entrée de

4 l'hôpital, il a demandé à des membres du personnel hospitalier qui est

5 arrivé à la porte, il a demandé à parler à Mme Vesna Bosanac qui est

6 arrivée peu de temps après. Le commandant Tesic s'est présenté à elle et a

7 dit qu'on lui avait confié la mission de venir la chercher pour qu'elle se

8 rende au poste de commandement de la Brigade de la Garde de façon à ce que

9 le commandant, le colonel Mrksic, puisse lui parler. Je savais déjà à

10 l'époque quelle était la mission qui m'avait été confiée à moi, de ce fait,

11 à un moment donné je me suis adressé au sous-lieutenant Hadzic afin

12 d'exécuter une mission qui m'avait été donnée auparavant par le commandant

13 Tesic. A ce moment-là, le commandant Tesic et plusieurs autres personnes

14 qui étaient autour de lui sont entrés dans l'hôpital. Je suis resté à

15 l'extérieur pendant plusieurs minutes pour parler au sous-lieutenant Hadzic

16 et pour voir comment sécuriser au mieux le bâtiment, l'hôpital. Je lui ai

17 dit qu'il faudrait poster deux soldats à chaque entrée de l'hôpital pour

18 être sûrs que personne ne pourrait entrer dans l'hôpital, pour être sûrs

19 aussi que personne ne pourrait sortir de l'hôpital sans autorisation.

20 Q. Fort bien. Est-ce que vous êtes entré dans l'hôpital, et si oui,

21 combien de temps y êtes-vous resté ?

22 R. Oui, je suis entré dans l'hôpital après avoir rapidement donné ces

23 instructions au sous-lieutenant Hadzic, j'ai suivi le commandant Tesic et

24 le capitaine Bojkovski quand ils sont entrés. Je me suis rendu au sous-sol

25 où se trouvaient plusieurs pièces et une foule de gens. Franchement, il

26 faisait sombre à l'intérieur. Par excès de prudence sans doute, j'ai décidé

27 de ne pas aller jusqu'au fond, mais il y avait sur la gauche du couloir une

28 pièce où j'ai vu le commandant Tesic et le capitaine Bojkovski parler à

Page 12650

1 quelqu'un. Je me suis approché d'eux, et je me suis rendu compte que le

2 sergent Jovic se trouvait là aussi. Nous savions qu'il avait été arrêté le

3 jour où avaient commencé les opérations de combat.

4 Q. Est-ce que vous avez emmené le sergent Jovic du complexe hospitalier ?

5 Ou est-ce que c'est quelqu'un d'autre qui l'a fait ? Est-ce que vous

6 personnellement, vous avez participé à cette action qui consistait à faire

7 partir le sergent Jovic et un autre soldat de l'hôpital ou est-ce que c'est

8 quelqu'un d'autre qui l'a fait ?

9 R. Il y avait en plus de Jovic deux autres soldats, deux réservistes de

10 notre Brigade de la Garde. Ce n'est pas moi qui l'ai emmené, mais j'ai bien

11 parlé au sergent Jovic; j'ai passé plusieurs minutes en sa compagnie dans

12 cette pièce, là où il était avec deux autres soldats.

13 Q. Fort bien, merci.

14 M. BOROVIC : [interprétation] Nous allons maintenant consulter la liste 65

15 ter. J'aimerais montrer une séquence vidéo, vidéo V000-0625-1-A. Le

16 compteur doit indiquer une heure 16 minutes 28 secondes, et nous allons le

17 laisser courir jusqu'au moment où il indiquera une heure 18 minutes et 29

18 secondes. C'est très bref, deux minutes en tout. Cela ne devrait pas

19 prendre trop de temps.

20 Q. Est-ce que vous voyez cette séquence vidéo, Monsieur Radic ?

21 R. Oui.

22 [Diffusion de cassette vidéo]

23 M. BOROVIC : [interprétation] Arrêt sur image, s'il vous plaît.

24 Q. Qui est-ce qu'on voit à l'image ? Est-ce que vous voyez quelqu'un avec

25 un uniforme militaire et un casque ?

26 R. C'est le commandant Tesic.

27 Q. A sa droite ?

28 R. C'est un jeune homme à qui il touche la joue de la main. Oui, à ma

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1 droite, c'est le sergent Jovic. Le civil à gauche, ce n'est pas quelqu'un

2 je connais. Derrière eux se trouve un homme qui a une pipe en bouche. C'est

3 Tomislav Peternek du journal Politika.

4 Q. Fort bien, poursuivons la diffusion.

5 [Diffusion de cassette vidéo]

6 M. BOROVIC : [interprétation] Arrêtons, s'il vous plaît, la diffusion.

7 Q. Est-ce qu'on voit ici le sergent Jovic au milieu de l'image ?

8 R. Oui. Il porte une espèce de veste bleue. La personne qui porte

9 l'uniforme de la police et un casque à gauche ce n'est pas quelqu'un que je

10 reconnais. A la droite de Jovic, une personne avec une veste en cuir et un

11 béret vert, c'est un officier qui appartient à la même unité que le sergent

12 Jovic, LSARD de la PVO. Il s'appelle Petar Devic.

13 Q. Merci. Avez-vous peut-être remarqué que la personne que vous venez de

14 décrire a une moustache ? Il faut continuer la diffusion.

15 R. Poursuivons la diffusion.

16 [Diffusion de cassette vidéo]

17 M. BOROVIC : [interprétation] Pourrait-on rapidement rediffuser cette

18 séquence ? Il y a une question que j'aimerais poser.

19 [Diffusion de cassette vidéo]

20 M. BOROVIC : [interprétation]

21 Q. Regardez attentivement. Est-ce que vous vous voyez quelque part sur ces

22 images ?

23 [Diffusion de cassette vidéo]

24 M. BOROVIC : [interprétation] Je pense que ceci suffit.

25 Q. Une première chose. Je vous ai posé une question à propos de ce soldat

26 qui portait un béret vert et qui emmenait le sergent Jovic. Il avait un peu

27 de moustache, n'est-ce pas ?

28 R. Oui, j'ai noté.

Page 12652

1 Q. Est-ce qu'à un moment donné, vous avez vu les soldats qui étaient

2 emmenés de l'hôpital ?

3 R. Non, on ne me voit pas sur ces images.

4 Q. Mais vous étiez sur les lieux ?

5 R. Lorsque le sergent Jovic est parti, je n'étais pas présent.

6 Q. Merci.

7 M. BOROVIC : [interprétation] Je demande le versement de cette séquence

8 vidéo. Elle a déjà été montrée. Je pense qu'elle n'a pas été versée au

9 dossier à l'époque.

10 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] La pièce est versée au dossier.

11 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce 787, Monsieur le

12 Président.

13 M. BOROVIC : [interprétation]

14 Q. Monsieur Radic, vous vous êtes brièvement attardé à l'hôpital le 19

15 novembre. Qu'avez-vous fait après cela ? Où est-ce que vous êtes allé et

16 qu'est-il advenu des membres de votre unité, ceux qui étaient restés sur

17 place pour sécuriser l'hôpital ? Ils y sont restés combien de temps à

18 l'hôpital ?

19 R. Un moment donné, le commandant Borivoje Tesic est parti avec Mme Vesna

20 Bosanac. Je suppose que tous deux sont partis à Negoslavci. Je suis resté

21 dans l'enceinte de l'hôpital avec le capitaine Sasa Bojkovski. Nous avons

22 fait le tour de l'hôpital à deux. En l'espace de quelques minutes, nous

23 avons trouvé deux pistolets qui avaient été jetés. Ayant jugé par l'aspect

24 qu'avait ces armes, ils n'étaient pas rouillés, il n'y avait même pas de

25 poussière sur ces armes, j'en ai donc conclu que ces pistolets avaient été

26 jetés peu de temps auparavant. Aussi, en faisant le tour de ce complexe à

27 pied, près du portail par lequel j'étais passé en arrivant avec mes

28 soldats, il y avait des conteneurs dans lesquels il y avait des sacs noirs

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1 avec à l'intérieur toute sorte de matériel qui avait été utilisé auparavant

2 par l'ennemi; des uniformes, des brodequins militaires, des sacs à dos

3 militaires, ce genre de choses. Peu de temps après, plusieurs soldats sont

4 venus me voir. Plusieurs soldats sont venus me voir, parce qu'ils avaient

5 trouvé des armes à canon long, donc des fusils, près de l'endroit où ils

6 montaient la garde.

7 Q. Est-ce que vous vous souvenez des soldats de votre compagnie qui ont

8 attiré votre attention sur ce fait ?

9 R. Non. Je ne me souviens pas de leurs noms.

10 Q. Fort bien. Après avoir quitté l'hôpital, où est-ce que vous êtes allé ?

11 Est-ce que vous avez d'abord attendu de voir pendant combien vous alliez

12 devoir assurer la sécurité du périmètre extérieur de l'hôpital ?

13 R. Je ne sais pas exactement quand le commandant Tesic est revenu à

14 l'hôpital, mais je sais qu'il est revenu à un moment donné. Si je me

15 souviens bien, j'étais déjà parti avant qu'il ne revienne. J'avais laissé

16 le sous-lieutenant Hadzic sur place chargé d'attendre l'arrivée d'une unité

17 de la police militaire commandée par le capitaine Paunovic qui était le

18 commandant du bataillon -- ou plutôt l'une des compagnies de son bataillon,

19 ils étaient chargés de prendre la relève de ma compagnie pour ce qui est

20 d'assurer la sécurité de ce bâtiment. Tout ceci s'est passé assez

21 rapidement. Cela a pris quelques heures, pas plus, mais je n'étais pas là

22 au moment de la relève et je n'étais pas présent à l'hôpital au moment où

23 ceci s'est passé. Mais je me souviens d'une chose. Je sais que je suis

24 reparti par le même chemin que j'avais pris pour venir à l'hôpital. Je suis

25 reparti dans le secteur où je m'étais trouvé auparavant, vers la rue Nova.

26 Q. Merci. Est-ce que vous vous êtes arrêté pour voir quelqu'un d'autre

27 d'une autre compagnie ce jour-là ? Avez-vous rencontré des soldats ou des

28 officiers ?

Page 12654

1 R. Je ne me rappelle pas bien. Mais il y a une chose que je souhaiterais

2 dire. Après la libération, c'est-à-dire le 18, puisque nous étions des

3 officiers de la Brigade des Gardes, nous nous connaissions tous depuis

4 l'époque où nous étions ensemble à la caserne ? Je pensais que c'était la

5 chose normale d'essayer de savoir ce qui était arrivé au reste de mes amis

6 et collègues de la Brigade des Gardes et je me rappelle en avoir rencontré

7 un grand nombre en ville, au centre-ville, mais je ne me rappelle pas

8 exactement quand je leur ai parlé ou à qui j'ai parlé ?

9 Q. Vous rappelez-vous où Zoran Zirojevic se trouvait le 19 novembre,

10 commandant de l'une des compagnies de votre bataillon ?

11 R. Oui. Je sais qu'avec moi, le capitaine Sasa Bojkovski était également à

12 l'hôpital. Pour autant que je puisse m'en souvenir, le capitaine Zoran

13 Zirojevic avait reçu une mission du commandant du bataillon qui était de

14 procéder au nettoyage de tout le bazar qu'il y avait à l'hôtel Danube de

15 sorte que le jour suivant on puisse tenir une conférence de presse à

16 l'hôtel. Je pense que je me suis arrêté, là, à ce moment-là, mais je ne

17 peux pas affirmer que c'était le 19.

18 Q. Est-ce que vous vous souvenez de l'endroit où vous vous trouviez dans

19 la soirée du 19, c'est-à-dire un jour après la libération de Vukovar ?

20 R. Oui. Le 19, dans la soirée, je me rappelle que j'ai touché un nouvel

21 uniforme de camouflage qui, à l'époque, ne faisait pas partie du paquetage

22 normal des unités d'infanterie; il faisait partie du paquetage des unités

23 de police militaire. Je me rappelle que ce soir-là, je me trouvais dans la

24 maison où j'avais habité jusque-là, à savoir le numéro 81 de la rue Nova,

25 j'ai pris un bain ce soir-là, j'ai changé d'uniforme. Après beaucoup de

26 temps, je me suis donné la possibilité de prendre un peu de repos.

27 Q. Je vous remercie. Si je vous demande de vous reporter au 20 novembre

28 1991, c'est-à-dire le lendemain ? C'est une date que vous avez entendue

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1 évoquer plus d'une fois ici en salle d'audience. Pouvez-vous vous rappeler

2 où vous vous trouviez, ce que vous faisiez et où se trouvait votre

3 compagnie ?

4 R. Je voudrais dire que le 19, après avoir accompli la mission qui était

5 d'assurer la sécurité de l'hôpital, le lieutenant Hadzic a effectué la

6 remise de la mission de sécurité à l'une des compagnies de police militaire

7 qui avait à sa tête le capitaine Milivoje Simic. Au cours de la journée --

8 Q. Excusez-moi, mais le compte rendu n'a pas inclus cette partie

9 concernant l'uniforme. Mon collègue me dit que le témoin dit qu'il a obtenu

10 cet uniforme d'un officier de sa compagnie. La question que je vous pose

11 est de savoir de qui avez-vous obtenu cet uniforme dans la soirée du 19 ?

12 R. Dans la soirée du 19, j'ai obtenu cet uniforme du sergent (expurgé)

13 (expurgé), officier dans ma compagnie.

14 Q. Je vous remercie. Veuillez poursuivre.

15 R. Après être retourné à l'endroit où je me trouvais précédemment, moi

16 aussi, je ne me rappelle pas comment cela s'est passé ? Il se peut que même

17 cela ait été au poste de commandement du bataillon, à moins que ceci ne

18 m'est été transmis par des communications radio, j'ai été informé du fait

19 que l'unité, après avoir accompli sa tâche, devait se rassembler dans un

20 secteur plus petit de sorte que nous pourrions exercer un contrôle sur les

21 soldats de la compagnie du point de vue de la discipline et de la sécurité,

22 parce que cette question de sécurité se présentait de façon plus aiguë au

23 commandement du bataillon, de sorte que ceci a eu lieu après les

24 0opérations de combat de sorte que personne ne vienne à en souffrir.

25 Q. Je vous remercie. Vous pouvez poursuivre mais j'ai une question. Ce

26 jour-là, vous trouviez-vous près du secteur où se trouve l'hôpital, où

27 l'enceinte de l'hôpital se trouve, et ainsi de suite, de sorte que lorsque

28 vous aurez fini de répondre à la question suivante qui a à voir avec

Page 12656

1 l'hôpital ?

2 R. Puisque j'ai parlé de la période du 19, après le retour de l'hôpital,

3 je n'ai pas répondu à votre question précédente. Ce que j'essaie de dire,

4 c'est que dès qu'une unité rentrait en étant repartie de l'enceinte de

5 l'hôpital, c'est-à-dire une partie d'unité, je donnais un ordre à Hadzic de

6 réunir tous les soldats dans une petite rue qui était parallèle à la rue

7 Radnicka, parce que je ne me rappelle pas le nom de cette rue maintenant.

8 Mais je sais que tous les soldats qui n'avaient pas été blessés et qui

9 n'avaient quitté l'unité pour d'autres raisons étaient concentrés dans

10 quelques maisons qui se trouvaient dans le voisinage immédiat de la maison

11 où je me trouvais ? Le 20 octobre --

12 Q. Novembre ?

13 R. Excusez-moi, novembre. Le 20 novembre, dans la matinée, lorsque je me

14 suis levé, avec le sous-lieutenant Hadzic, je suis allé voir ces soldats,

15 après quoi nous sommes tous deux allés au centre-ville. Avant de poursuivre

16 et de vous dire ce que nous y avons fait, je tiens à dire que les soldats

17 de l'ensemble du bataillon avaient pour ordre de faire la tournée de tous

18 les axes d'action où nous nous étions trouvés et nous avions été engagés

19 dans des actions de combat de façon à pouvoir réunir tout le matériel de

20 combat et le matériel qui n'était pas de combat que nous avions utilisé et

21 qui pouvait éventuellement avoir été jeté pour des raisons variées et

22 diverses. J'ai personnellement donné cet ordre à tous les chefs de peloton

23 et leur obligation c'était de remettre ce matériel qui avait été recueilli

24 au poste de la compagnie, à (expurgé), un officier de ma compagnie.

25 Q. Bien. Puis vous êtes allé avec Hadzic au centre de la ville. Où êtes-

26 vous allé à partir de là ?

27 R. Nous avons tous ressenti la nécessité d'obtenir certains renseignements

28 sur ce qui se passait sur les différents axes, à savoir qui avait survécu à

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1 la guerre, qui était blessé, ce qui se passait, et ainsi de suite. Nous

2 avons obtenu ces renseignements par des conversations avec des officiers de

3 la Brigade des Gardes. Je me rappelle que le jour suivant, le 20, le sous-

4 lieutenant Hadzic, moi-même, nous sommes allés au centre et nous nous

5 sommes arrêtés à l'hôtel Danube. De l'hôtel Danube, nous nous sommes rendus

6 en suivant une route que je connaissais c'est-à-dire en passant par le pont

7 sur la gauche de l'hôpital. Je n'avais aucune idée de ce qui se passait

8 dans cet hôpital à ce moment-là. Lorsque nous sommes arrivés sur place,

9 j'ai vu un groupe de civils qui se déplaçait en direction de la barrière

10 principale. Pour la plus grande partie, c'étaient des femmes et des

11 enfants. J'ai été informé par ceux qui étaient présents qu'elles avaient le

12 choix si elles le voulaient de partir et d'aller soit en Croatie soit en

13 Serbie.

14 Q. A ce moment-là, est-ce que vous êtes entré dans l'hôpital ou pas ?

15 R. J'affirme en prenant pleinement mes responsabilités que je ne suis pas

16 entré du tout à l'hôpital. Je n'ai pas gravi une seule marche là-bas.

17 Q. Dans l'enceinte, avez-vous rencontré certains de vos soldats ou

18 certains de vos commandants ?

19 R. J'affirme et j'y mets toute ma responsabilité qu'à ce moment-là, aucun

20 de mes soldats n'était présent, que ce soit à l'hôpital ou que ce soit dans

21 l'enceinte entourant l'hôpital. Ensuite, j'ai vu de nombreux officiers de

22 la Brigade des Gardes parmi lesquels j'ai vu mon commandant, le major Tesic

23 et pour autant que je puisse me rappeler, j'ai vu le colonel Pavkovic. Pour

24 autant que je puisse m'en souvenir, j'ai vu un assez grand nombre

25 d'officiers de la police militaire mais je ne saurais donner leurs noms

26 sauf pour les noms de personnes que j'ai mentionnées jusqu'à présent.

27 Q. Très bien. Combien de temps avez-vous passé à l'hôpital, dans

28 l'enceinte de l'hôpital approximativement cette fois-là et où êtes-vous

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1 allé après cela ?

2 R. Dans l'enceinte de l'hôpital, puisque je pensais que quelque chose s'y

3 déroulait, quelque chose qui ne m'intéressait pas particulièrement. Là

4 encore j'ai pris le même chemin, le même sentier pour aller vers le centre

5 de la ville et je veux dire qu'à ce moment-là, le sous-lieutenant Hadzic et

6 moi-même avons pris chacun un chemin différent parce qu'il est resté en

7 arrière à parler à quelqu'un tandis que j'ai pris la direction du centre de

8 la ville, ou plus exactement de l'hôtel Danube. Je me rappelle très bien

9 que je me déplaçais dans ce sens vers le centre de la ville et qu'à un

10 moment donné j'ai remarqué un groupe de personnes qui venaient de la

11 direction de la cave de Vupik. Il semblait qu'ils aient vu quelqu'un qui se

12 trouvait dans cette cave. Par pure curiosité, je suis allé à cette cave et

13 pour la première fois de ma vie, j'ai vu ce que c'était qu'une cave à vins.

14 Q. Excusez-moi. Avant que vous ne poursuiviez, la question que je vous ai

15 posée c'est quelque chose qui présente un intérêt pour l'Accusation et tout

16 particulièrement pour les membres de la Chambre de première instance.

17 Combien de temps avez-vous passé dans l'enceinte de l'hôpital ? Vous ne

18 m'avez pas répondu.

19 R. Je suis désolé. J'ai passé très peu de temps dans l'enceinte de

20 l'hôpital. Si je dois dire combien de temps cela a duré, c'était au maximum

21 une demi-heure, je pense même que c'était moins.

22 Q. Bien. Après la cave de Vupik, où êtes-vous allé ?

23 R. Je voudrais ajouter quelque chose à la question que vous avez posée.

24 Q. Allez-y.

25 R. C'est la première fois que j'entrais dans cette cave et j'ai vu que

26 c'était l'endroit où ces gens se trouvaient parce qu'ils utilisaient cette

27 cave comme un abri. En plus de ces énormes tonneaux qui étaient là

28 contenant des milliers de litres de vin, c'était la partie centrale de la

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1 cave, sur la gauche et sur la droite il y avait quelques constructions ou

2 effets de fortune. Je suppose que les civils y dormaient de sorte qu'il y

3 avait là des matelas, des couvertures, et ainsi de suite. J'ai parcouru une

4 partie de cette cave mais franchement pour des raisons de sécurité et de

5 sûreté je n'ai pas voulu visiter l'ensemble de la cave. J'en suis sorti et

6 de là je me suis rendu à l'hôtel Danube.

7 Q. Je vous remercie. Je n'ai que deux brèves questions à vous poser parce

8 qu'il va falloir que nous interrompions et nous terminerons votre examen

9 complet pour aujourd'hui. Le 19 novembre, vous trouviez-vous au briefing au

10 poste de commandement avec Borivoje Tesic ?

11 R. Comme tous les soirs et ce soir-là aussi, nous avions un briefing avec

12 notre commandant.

13 Q. Pour le 20 novembre, qu'en est-il ?

14 R. Oui, nous avons effectivement assisté à un briefing le 20 novembre.

15 Comme je l'ai dit, c'était comme cela à tous les soirs. Dans la période qui

16 a suivi les actions de combat et après cela, l'objectif de ces briefings

17 était d'informer le commandement du bataillon de ce qui avait été achevé du

18 point de vue des missions ou des tâches précédemment décidées. Ce 20

19 novembre, au poste de commandement du commandant du bataillon, on nous a

20 donné des tâches dont j'ai déjà parlé il y a quelques instants, c'est-à-

21 dire qu'on nous a donné des instructions plus claires du point de vue de

22 réunir à nouveau les soldats. De faire en sorte que le matériel technique

23 soit assemblé et on nous a également donné pour tâche de remettre en forme

24 les soldats de sorte qu'ils aient l'apparence de vrais soldats rasés et

25 propres. Au cours des opérations de combat, nous n'avions pas droit à des

26 conditions hygiéniques. Nous ne pouvions pas avoir les cheveux coupés. Nous

27 ne pouvions pas être rasés, et ainsi et suite.

28 Q. Bien. Nous voici arrivés à la journée du 20 novembre, dans l'après-midi

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1 ou plutôt dans la soirée.

2 M. BOROVIC : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

3 Juges, je ne peux pas poursuivre dans la hâte. Je pense qu'il nous faudra

4 encore environ une demi séance. J'ai fait de mon mieux. J'ai même fait se

5 hâter mon témoin mais demain je ne vais pas essayer de prendre plus d'une

6 demi audience pour terminer mon examen avec votre permission.

7 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bien, Maître Borovic.

8 M. BOROVIC : [interprétation] Je vous remercie.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je lève la séance maintenant. Nous

10 reprendrons demain matin à 9 heures 30 et siégerons jusqu'à 17 heures. La

11 séance est levée.

12 --- L'audience est levée à 19 heures 00 et reprendra le mardi 10 octobre

13 2006, à 9 heures 30.

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