Tribunal Pnal International pour l'ex Yougoslavie

Page 8029

1 Le jeudi 15 juillet 2004

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

5 --- L'audience est ouverte à 9 heures 39.

6 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Bonjour à tous. Bonjour, Madame

7 Strugar.

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

9 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Vous pouvez rester assise. Je dois

10 vous demander si vous déclarez solennellement que vous direz la vérité,

11 toute la vérité et rien que la vérité lorsque vous déposerez devant nous

12 aujourd'hui.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

14 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

15 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je vous remercie, Madame.

16 LE TÉMOIN: KATICA STRUGAR [Assermentée]

17 [Le témoin répond par l'interprète]

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Rodic, c'est à vous.

19 M. RODIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

20 Interrogatoire principal par M. Rodic :

21 Q. [interprétation] Bonjour, Madame. Je vous demanderais de nous donner

22 votre nom et votre prénom.

23 R. Je m'appelle Katica Strugar.

24 Q. Dites-nous, je vous prie, quelle est votre date de naissance et où

25 êtes-vous née ?

Page 8030

1 R. Je suis née le 23 août 1934, à Novi Sad.

2 Q. Dites-nous quelle est votre nationalité ?

3 R. Je suis Croate et de confession catholique.

4 Q. Madame Strugar, où habitait votre famille ?

5 R. Ma famille habitait en Serbie pendant un certain temps. Ensuite, comme

6 nous étions dix, ma famille est très nombreuse, nous ne sommes que cinq en

7 vie présentement, mon père était déménagé en Croatie. Nous avons vécu en

8 Croatie pendant un certain temps. Par la suite, nous sommes retournés en

9 Serbie. Lorsque mon père a pris sa retraite, comme il est Dalmate, il

10 souhaitait revenir en Dalmatie. Il est allé s'établir à Pula. C'est là que

11 mes parents sont enterrés.

12 Q. Est-ce que vous avez encore des frères et surs ? Sont-ils encore en

13 vie ?

14 R. Oui, j'ai encore trois frères et une sur. En fait, deux de mes frères

15 et ma sur vivent à Zagreb. J'ai un frère qui vit à Pula. Il y a environ

16 deux ans, je suis allée leur rendre visite après 14 ans. Je suis,

17 également, allée au cimetière pour voir le tombeau de mes parents.

18 Q. Madame, dites-nous quelle est votre niveau de scolarité; qu'est-ce que

19 vous avez fait comme études ?

20 R. J'ai complété une école secondaire spécialisée dans le domaine

21 pharmaceutique, c'était mon travail par la suite.

22 Q. Qu'est-ce que vous avez fait après avoir complété vos études ? Est-ce

23 que vous avez travaillé ?

24 R. Oui, en 1954, je travaillais à l'hôpital de Zemun dans la pharmacie de

25 l'hôpital de Zemun, et j'ai rencontré mon mari.

Page 8031

1 Q. Comment avez-vous rencontré Pavle ?

2 R. Nous prenions le même transport en commun, nous nous voyions tous les

3 jours. C'est ainsi que nous nous sommes rapprochés.

4 Q. Quand vous êtes-vous mariée avec Pavle ?

5 R. En 1957, au mois de janvier. Nous nous sommes mariés à Pec.

6 Q. Que faisait-il à l'époque ?

7 R. À l'époque, il était déjà déployé à Valjevo.

8 Q. Il était déjà membre de la JNA ?

9 R. Oui, il était déjà membre de la JNA de l'armée populaire yougoslave.

10 Q. Quelle est la nationalité de Pavle Strugar ?

11 R. Pavle Strugar était Monténégrin de nationalité.

12 Q. Est-ce que c'était un problème pour vous et pour votre vie commune ?

13 R. Non. Je peux vous dire un détail plutôt intime de notre vie. Lorsqu'il

14 m'a rencontré, il m'a dit : "Je veux rencontrer tes parents." Je lui ai dit

15 : "Je dois te dire quelque chose, tu sais que je suis Croate." Il m'a dit :

16 "Cela n'a absolument rien à voir, notre amour est la chose qui compte le

17 plus. Puisque tu m'as dit quelque chose de très personnel, je vais te dire

18 quelque chose de très personnel aussi. Est-ce que tu sais qui je suis ? Je

19 suis officier de la JNA, j'ai prêté serment à ma patrie et j'irai servir

20 l'armée où je serai déployé. Il se pourrait que nous devrons habiter entre

21 Triglav et Djevdjelija." Je lui ai dit : "Avec toi, j'irai même au ciel."

22 Q. Combien d'enfants avez-vous ?

23 R. J'ai deux fils : Predrag, qui est né en 1958, et Nenad, qui est né en

24 1966.

25 Q. Au cours de sa carrière militaire, M. Strugar a-t-il été muté à

Page 8032

1 plusieurs reprises ?

2 R. Oui, plus ou moins, j'ai déjà dit que, lorsque nous nous sommes mariés,

3 nous sommes allés à Valjevo. Ensuite, nous avons habité à Belgrade.

4 Ensuite, nous sommes allés en Slovénie. Ensuite, il a reçu un poste à

5 Bovec. Nous ne pouvions pas trouver un appartement, donc nous vivions à 40

6 kilomètres de là. C'est là que j'habitais avec mon fils aîné. Sur un lit

7 militaire, j'ai donné naissance à mon deuxième fils en 1966, mon fils,

8 Nenad. Après un certain temps, nous avons reçu un appartement à Bovec.

9 C'est là que je suis allé vivre également. De là, nous sommes allés vivre à

10 Kranj. Après Kranj, nous avons vécu à Prokuplje.

11 Q. C'est dans la partie sud de la Serbie ?

12 R. Oui, ensuite de Prokuplje, nous sommes revenus à Belgrade. Après

13 Belgrade, il est parti à Pirot; après Pirot, nous sommes allés à Zajecar;

14 après Zajecar, nous sommes allés à Sabac; après Sabac, nous sommes

15 retournés à Belgrade; et après Belgrade, nous sommes retournés à Podgorica.

16 Il a toujours exprimé le souhait que sa famille soit toujours ensemble,

17 indépendamment du fait qu'on aurait un appartement ou non. Il s'est,

18 toujours, efforcé de trouver une petite demeure, un petit appartement, même

19 si ce n'était qu'un tout petit espace pour que nous soyons toujours

20 ensemble.

21 Q. Vous avez dit qu'il a été posté à divers endroits. Vous avez déménagé

22 combien de fois environ ?

23 R. Environ 20 fois. Chaque fois qu'il était muté, il voulait toujours

24 qu'on le suive même si nous n'avions pas, toujours, pu obtenir un

25 appartement.

Page 8033

1 Q. Dites-nous, Madame, vos enfants ont-ils dû changer d'école assez souvent

2 ou sont-ils toujours allés à la même école ?

3 R. Oui, ils ont dû changer d'école assez souvent. Mon fils aîné a changé

4 sept écoles primaires, alors que, pour le lycée, il a changé trois lycées,

5 de sorte que son baccalauréat, il l'avait commencé à Pirot et il l'a

6 terminé à Zajecar, la dernière année du lycée. Pour ce qui est du fils

7 cadet, il a, également, changé d'école cinq fois.

8 Q. Quelles études ont fait vos fils ?

9 R. Mon fils aîné a complété deux années de faculté d'économie. Plus tard,

10 il voulait aller à l'Académie militaire. Il a terminé ses études à

11 l'Académie militaire et il a, également, terminé ses études en éducation

12 physique. Mon cadet a terminé des études dans le domaine du tourisme.

13 Q. A chaque fois que votre mari était transféré, est-ce que vous avez

14 toujours pu travailler ?

15 R. Non. Comme je vous l'ai dit, j'ai travaillé à Zemum, à Valjevo. J'ai,

16 également, travaillé à Pirot. J'ai travaillé à Zajecar, à Sabac, ainsi qu'à

17 Belgrade de nouveau. C'est là que j'ai obtenu ma retraite avec une

18 invalidité.

19 Q. Depuis combien d'années êtes-vous mariée avec Pavle ?

20 R. Je suis mariée avec Pavle depuis 47 ans.

21 Q. Dites-nous : Pavle Strugar quel genre de père et de mari est-il ?

22 R. En tant que mari, il est, particulièrement, sensible. Il est très doux

23 envers moi et, plus particulièrement, depuis que je suis tombée malade, il

24 a consacré chaque instant libre de son temps pour passer ses moments avec

25 moi. Il a voulu être auprès de moi pendant les moments les plus difficiles.

Page 8034

1 Il s'est toujours rendu à l'hôpital avec moi, il m'a toujours respecté

2 énormément, je l'ai respecté également. Envers les enfants, il était un

3 très bon père, il était très doux, mais, lorsqu'il fallait, il était,

4 également, sévère. Il voulait que ses paroles soient respectées, et il

5 voulait que ses fils l'écoutent. Lorsqu'ils étaient adolescents et qu'il

6 leur disait qu'ils devaient revenir à une certaine heure, il leur fallait,

7 absolument, respecter la volonté de leur père.

8 Q. Dites-nous : outre ce travail régulier dans l'armée, a-t-il fait des

9 études de spécialisation ?

10 R. Oui. Il n'avait pas d'ambition maladive. Il a, simplement, voulu faire

11 en sorte que l'avenir de sa famille soit assuré. Il a travaillé énormément.

12 Il voulait se perfectionner, et il a obtenu ce qu'il a obtenu avec beaucoup

13 d'efforts et beaucoup de travail.

14 Q. Est-ce que Pavle aimait son travail ?

15 R. Oui. Il aimait beaucoup son travail. Il éprouvait énormément de respect

16 envers son travail.

17 Q. Est-ce que sa famille ressentait les pressions de son travail ?

18 R. Non, jamais. Il n'a jamais voulu que l'on soit affecté par son travail.

19 Il s'est toujours consacré aux enfants et à sa famille. Chaque fois qu'il

20 revenait à la maison, il se consacrait pleinement à ses enfants. Il était

21 un excellent skieur. Lorsqu'on était en Slovénie, il entraînait les enfants

22 à faire du ski. Ils ont obtenu plusieurs médailles ainsi. Il était,

23 particulièrement, enclin vers le sport, donc il passait toujours beaucoup

24 de temps avec les enfants, à les encourager à faire du sport et à faire du

25 sport avec eux. Nous ne parlions jamais de son travail. C'était un sujet

Page 8035

1 plutôt tabou.

2 Q. Dites-moi, je vous prie, vous nous avez déjà dit que Pavle est

3 Monténégrin de nationalité et que vous êtes Croate. A-t-il jamais exprimé

4 une intolérance envers les membres d'une autre nationalité, par exemple ?

5 R. Non, absolument pas. Nos familles sont multinationales. Chez lui, il y

6 a beaucoup de mélange et chez moi aussi. J'ai des brus Serbes, des Croates.

7 Chez lui, il y a des Musulmans, des Croates et des Slovènes. Il n'a jamais

8 exprimé aucun propos d'intolérance. Il ne respectait que les personnes qui

9 étaient vraies, les bonnes personnes, c'est ce qui lui importait.

10 Q. Quelle était son attitude envers votre famille ?

11 R. C'est une personne, particulièrement, respectée dans ma famille. Les

12 membres de ma famille demande toujours comment il va et même là, puisqu'ils

13 savent où je suis, ils lui envoient leurs chaleureuses salutations. Ils

14 espèrent que le peu d'années qui nous reste à vivre ensemble dans la

15 retraite, que nous puissions les passer ensemble et que tout ceci se

16 termine rapidement.

17 Je voulais, également, ajouter quelque chose. Chaque fois que nous avions

18 des vacances, il insistait toujours pour que l'on passe la moitié du temps

19 dans ma famille et l'autre moitié du temps dans sa famille.

20 Q. Pourriez-vous nous dire quelque chose de la famille de Pavle ?

21 R. Je connais bien sa famille. Il est issu d'une famille nombreuse. Ils

22 étaient douze dans leur famille. Trois de ses frères ont été tués dans la

23 Deuxième guerre mondiale. Ils étaient des partisans. Il avait, également,

24 trois surs qui ont participé à la mondiale, et l'une d'entre elles a été

25 décorée comme héro. C'est une famille de paysans, de travailleurs. Elle m'a

Page 8036

1 accepté comme fille, comme bru, comme sur.

2 Q. Merci. Dites-moi : en 1990 et 1991, comment Pavle réagissait-il face à

3 ce qui se passait dans la SFRY ? Comment a-t-il réagi à tous ces

4 changements ?

5 R. Bien, justement, parce que nos familles sont tellement mélangées,

6 c'était une tragédie pour lui et pour moi. Nous ne pourrions pas du tout

7 supposer de ce qu'il allait se passer, mais nous étions particulièrement

8 inquiets. Nous étions très craintifs.

9 Q. Dites-moi : en 1991, Pavle est-il allé sur les fronts ?

10 R. Oui. Il était obligé de le faire. Il avait prêté serment à sa patrie.

11 Q. Est-ce que c'est ce qu'il vous a dit ?

12 R. Oui, c'est ce qu'il m'a dit. Il m'a dit : "Ma femme, je dois y aller.

13 Sois courageuse. Tout ceci se terminera bientôt, j'espère." Nous croyons

14 que les choses allaient se résoudre, de façon beaucoup plus pacifique, et

15 beaucoup moins douloureuse.

16 Q. Dites-moi : quand Pavle a-t-il pris sa retraite ?

17 R. Pavle a pris sa retraite en 2000 -- mais je ne sais pas très bien

18 quelle année. Je crois que c'était en 2001, mais je ne suis pas tout à fait

19 sûre.

20 Q. 90 -- non, bon, très bien. Je ne vais pas vous suggérer une réponse.

21 Dites-moi, Madame Strugar : Pavle avait-il des problèmes de santé ?

22 R. Oui. Il avait des problèmes de santé aussi, plus particulièrement avec

23 les reins. Je dois ajouter la chose suivante : chaque fois qu'il avait des

24 problèmes, il voulait m'épargner. Il ne m'a pas partagé ses problèmes, il

25 voulait être le seul à souffrir. Il avait dix calculs rénaux, et c'était

Page 8037

1 très difficile pour lui. Chaque fois qu'il devait se débarrasser de ces

2 calculs, chaque fois qu'il devait les éliminer, il se cachait et il ne

3 voulait pas que je sois témoin de ses douleurs.

4 Q. Dites-moi, Madame : où vivez-vous ?

5 R. Je vis à Podgorica, mais, eu égard à mon état de santé, je ne peux pas

6 être seule. Il faut toujours qu'il y ait quelqu'un à mes côtés, alors mes

7 enfants s'occupent de moi. Ils prennent la relève et ils m'amènent à

8 Belgrade. J'ai quatre petits-fils. Ils ont tous un petit appartement, mais,

9 même si cet appartement ne fait que 54 mètres carrés, nous essayons tous

10 néanmoins de vivre ensemble.

11 Q. Est-ce que vos fils travaillent ?

12 R. Non.

13 Q. Dites-moi, Madame Strugar : quel est votre état de santé ? Comment

14 allez-vous ?

15 R. J'avais un glaucome. Je suis tombée malade lorsque j'étais à Sabac.

16 Ensuite, il m'a transféré à l'Académie militaire de Belgrade -- l'hôpital

17 de l'Académie militaire à Belgrade, et j'ai été opérée immédiatement car

18 j'avais deux glaucomes. J'ai eu deux autres interventions chirurgicales.

19 Malheureusement, j'ai perdu l'oeil gauche. Pour ce qui est de l'il droit -

20 - excusez moi, pour ce qui est de mon il droit, je dois subir constamment

21 des soins, et on suit de près mon état.

22 M. RODIC : [interprétation] L'Huissier peut-il distribuer un document, s'il

23 vous plaît ?

24 Q. Peut-on poursuivre ?

25 R. Oui, oui.

Page 8038

1 Q. Dites-moi : connaît-il de votre autre il à présent ? Est-ce que son

2 état s'est détérioré ?

3 R. Oui. Récemment, j'ai subi une opération à cataractes, et il y a à peine

4 un mois, on a procédé à une intervention corrective. Je suis examinée de

5 permanence et suivie de permanence, et je suis obligée de recevoir un

6 traitement pour l'inflammation de la cornée, donc je me sers d'une lentille

7 pour remédier à cela.

8 M. RODIC : [interprétation] Je voudrais que l'Huissier place l'original du

9 document ici.

10 Q. Madame Strugar, s'il vous plaît, pouvez-vous nous dire s'il s'agit bien

11 là des résultats de votre examen médicale ?

12 R. Oui, c'est cela. Cela vient du professeur Kuljaca. C'est lui qui a fait

13 l'intervention chirurgicale, et je suis allée chez lui pour la correction

14 de la vue. C'est lui qui suit l'évolution de ma situation. Cela est

15 l'original du document.

16 M. RODIC : [interprétation] Fort bien. Merci.

17 Q. Dites-moi, Madame Strugar : compte tenu de ces problèmes de santé que

18 vous aviez, Pavle Strugar a été constamment présent auprès de vous ?

19 R. Oui, sans cesse. Il est allé avec moi, m'accompagnait partout. Il n'y a

20 pas d'endroit où on n'est pas allé. Il a tout fait pour m'aider.

21 Q. J'aimerais savoir si vous avez besoin d'être accompagnée, compte tenu

22 de votre vue qui est si faible.

23 R. Oui, j'en ai besoin. Je ne peux pas faire des choses seule.

24 Q. Dites-moi, s'il vous plaît : quelle à été la réaction de Pavle Strugar

25 en octobre 2001 lorsqu'on a rendu public l'acte d'accusation à son encontre

Page 8039

1 ?

2 R. Ceci a été un évènement très douloureux pour toute la famille et,

3 lorsque on a su, il y avait beaucoup de gens qui ont voulu lui conseiller

4 de faire telle ou telle chose, mais, après avoir réfléchi, il m'a dit : "Ma

5 chère épouse, je dois te dire que je souhaite me présenter devant cette

6 institution, devant ce Tribunal, car je souhaite prouver mon innocence." Ce

7 n'était pas la première fois qu'il me communiquait une décision sans plus

8 la commenter. Moi, aussi, je fais confiance à cette noble institution, et

9 je suis convaincue que la vérité l'emportera.

10 Q. Madame Strugar, vous étiez seule à Podgorica ?

11 R. Oui. Pavle avait un cousin là-bas. C'était le fils de son seul frère

12 et, pendant quelque temps, il était auprès de moi, et nos fils sont venus.

13 Q. Enfin, dites-moi un seul point que je souhaite encore connaître. Vous

14 avez été longtemps mariée à Pavle. Avez-vous jamais entendu quoi que ce

15 soit de négatif à son égard ?

16 R. Non. Toute au contraire. Je vous ai dit comment une fois on a

17 déménagée, des appartements privés, des appartements de fonction militaire.

18 Partout, en tant que famille, on a été bien accueillie. On était respectée.

19 Jamais à aucun endroit, avec la moindre personne n'a-t-on eu de conflit.

20 Q. Madame Strugar, je vous remercie. Ainsi se termine votre déposition.

21 M. RODIC : [interprétation] Une seule chose qui reste, à savoir, les

22 résultats de l'examen de Mme Strugar. Peut-on verser cela au dossier, en

23 tant que pièce à conviction de la Défense.

24 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Le document sera versé au dossier.

25 M. LE GREFFIER : [interprétation] La pièce D107. Ce sera la cote attribuée

Page 8040

1 à ce document.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Madame Somers.

3 Mme SOMERS : [interprétation] Juste quelques petites questions pratiques.

4 Contre-interrogatoire par Mme Somers :

5 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Strugar.

6 R. Bonjour, Madame Somers.

7 Q. Je suis ravie de vous rencontrer. J'aimerais savoir si vous pourriez

8 m'aider sur un point. Pour ce qui est des soins, qui vous ont été

9 administrés pour vos yeux, je vois ici le cachet sur la lettre. Il y est

10 écrit "Belgrade". Est-ce que c'est à Belgrade que vous êtes régulièrement

11 suivie ?

12 R. Oui. Lorsque je réside à Podgorica, c'est là aussi que j'ai un médecin

13 qui est en contact avec moi, qui se rend régulièrement. C'est le professeur

14 Kuljaca, le professeur qui m'a opéré. Il se rend auprès de moi

15 régulièrement. Je suis suivie sans interruption.

16 Q. Si je vous ai bien compris, vous vivez encore à Belgrade. Vous avez

17 votre maison à Belgrade et vos fils -- excusez-moi, c'est plutôt Podgorica.

18 Vous avez une maison à Podgorica encore aujourd'hui. C'est là que vous

19 vivez ?

20 R. Oui. C'est là que vous êtes venue. Là, c'est fermé à clé. Il n'y a

21 personne là-bas. Je ne peux pas vivre seule. Je réside soit auprès de l'un

22 ou de l'autre de mes fils. Comme je vous l'ai déjà dit, ils ont des petits

23 appartements de 54 mètres carrés et leurs enfants sont déjà grands. Je vis

24 avec eux et, même si les appartements sont exigus, cela ne veut pas dire

25 qu'on est à l'étroit.

Page 8041

1 Q. A Podgorica ou à Belgrade ? Ont-ils déménagé complètement à Podgorica

2 ou sont-ils à Belgrade ?

3 R. Ils vivent à Belgrade avec leurs familles.

4 Q. Vous passez la plupart du temps à Belgrade maintenant ?

5 R. Oui, la plupart du temps.

6 Q. Je vous remercie d'avoir précisé cela.

7 En plus de ce déplacement que vous venez de faire pour voir votre mari,

8 vous est-il arrivé de voyager à l'étranger précédemment, avant ce voyage

9 que vous venez d'effectuer ?

10 R. Non, hélas.

11 Q. Vos fils ont-ils des voitures ? Sont-ils en mesure de vous accompagner

12 quelque part en voiture lorsqu'il le faut, ou avez-vous besoin de prendre

13 des transports en commun ?

14 R. Si, si. Ils ont ce qu'il faut.

15 Q. Leurs épouses, est-ce qu'elles vous aident aussi, vos belles-filles ?

16 R. Je suis en excellents termes avec mes belles-filles. On s'entraide.

17 Leurs enfants m'aident aussi. Il n'y a absolument aucun problème là-dessus.

18 Q. Vous nous avez dit que vos fils sont sans emploi, actuellement, mais

19 quelle est leur profession ? S'ils avaient un travail, que feraient-ils ?

20 R. Je vous ai dit pour ce qui est de mon fils aîné, qu'il est sorti de

21 l'Académie militaire, qu'il est sorti de la faculté des sciences physiques,

22 et qu'occasionnellement, il a des emplois. Il travaille, il enseigne. Le

23 fils cadet aussi, de temps à autre, il a du travail. Malheureusement, ni

24 l'un, ni l'autre, ils n'ont un emploi stable.

25 Q. Vos belles-filles travaillent-elles ?

Page 8042

1 R. L'une de mes belles-filles est sortie de la faculté de pharmaceutique

2 et elle travaille. Cela, c'est ma belle-fille qui a épousé mon fils aîné,

3 et pour ce qui est de la plus jeune des deux, elle est chômeuse, déclarée

4 et enregistrée comme telle.

5 Q. L'un de vos fils vous a accompagné à La Haye pour ce déplacement que

6 vous venez de faire. Je suis sûre que ceci est très agréable pour vous.

7 J'aimerais savoir si vos fils ont eu l'occasion de voyager à l'étranger ou

8 est-ce la première fois que l'un d'entre eux se rend à l'extérieur de l'ex-

9 Yougoslavie ?

10 R. Je ne sais pas vraiment. Je sais qu'il leur est arrivé d'aller faire du

11 ski. Cela, je vous l'ai déjà dit. Le fils cadet, il est allé avec ma sur

12 puisque ma sur n'a pas d'enfants. Elle l'a emmené en Italie. Mon fils

13 aîné, il est allé faire du ski dans les monts de Tatra, mais, sinon, non.

14 Mme SOMERS : [interprétation] Je vous remercie, Madame Strugar. Je n'ai

15 plus de questions pour vous.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie, moi aussi, pour ma part,

17 Madame Somers.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Maître Rodic, est-ce qu'il y a des

19 questions complémentaires ?

20 M. RODIC : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Je

21 n'ai pas de questions supplémentaires.

22 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Madame Strugar, je tiens à vous

23 remercier d'être venue à La Haye, d'être venue déposer ici afin d'aider la

24 Chambre. Votre déposition est terminée. Restez assise un instant. Nous

25 devons nous occuper d'un ou deux points qui restent. Par la suite, vous

Page 8043

1 aurez la possibilité de passer un petit moment ici avec votre mari.

2 Maître Rodic, quelle est la suite des événements ? Qu'en est-il du témoin

3 suivant ?

4 M. RODIC : [interprétation] Hélas, Monsieur le Président, la Défense n'est

5 pas en mesure de citer un autre témoin aujourd'hui, et ce, à cause des

6 problèmes de santé de ce témoin. Il attendait d'être reçu et vu par un

7 médecin ce matin. Nous sommes en attente. Nous espérons que son état

8 s'améliorera au cours de la journée après qu'il ait été examiné par un

9 médecin et qui s'est vu donné les soins qui conviennent.

10 Hier soir, nous avons tenté de faire en sorte qu'il comparaisse, mais il

11 n'était pas en mesure de le faire. Il nous a précisé quels étaient ses

12 problèmes de santé. Son état n'était pas bon. Ce n'est, malheureusement,

13 pas amélioré. Il attendait ce matin d'aller voir un médecin.

14 Ce sera notre dernier témoin, Monsieur le Président, pour ce qui est du

15 groupe de témoins qui est arrivé à La Haye et qui était prévu pour cette

16 semaine. Après, nous aurons un neuvième témoin par vidéoconférence pour

17 demain.

18 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] D'après vous, il n'y a pas de chance

19 que l'on puisse entendre ce témoin cet après-midi ?

20 M. RODIC : [interprétation] Monsieur le Président, pour le moment, je ne

21 peux vraiment pas vous en dire plus. Je peux m'engager à reprendre contact

22 avec le témoin peut-être après la pause pour voir quelle est l'issue de

23 l'examen qu'il a subi pour voir où en sont les choses maintenant. Compte

24 tenu de son état de santé, je m'en remettrai à son appréciation à lui. Je

25 ne pourrai pas l'influencer. Dans tous les cas, je prendrai contact avec

Page 8044

1 lui et je vous informerai de l'issue de cet entretien.

2 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Je tiens - je remercie, Maître Rodic.

3 Je vous prie de le faire parce que votre appel téléphonique nous permettra

4 de savoir si l'accusé doit attendre ici, ou s'il peut revenir à l'unité de

5 détention. Je suppose qu'il préférerait rentrer à l'unité de détention. Le

6 plus vite vous aurez des nouvelles, le mieux ce sera.

7 Un deuxième point, pour ce qui du témoin de demain, il ne prendra,

8 certainement, pas toute la session de la matinée.

9 M. RODIC : [interprétation] Ce que je pense, c'est que pendant le premier

10 volet d'audience, probablement pas pendant la totalité de ce volet, cela

11 prendra peut-être une heure, une heure et quart. On essaiera d'en terminer

12 avec l'interrogatoire principal pendant ce temps-là.

13 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Peut-être pourra t-on entendre votre

14 témoin qui était prévu pour aujourd'hui, pourra t-on l'entendre demain ?

15 Compte tenu de la situation, il faudra que vous-même et Me Petrovic fassiez

16 preuve d'une grande rigueur pour ce qui est des témoins à venir et que vous

17 alliez droit au vif du sujet. Ne vous préoccupez pas d'autres points. Il

18 nous faudra rattraper du temps.

19 Madame Somers.

20 Mme SOMERS : [interprétation] Oui, je vous remercie.

21 Tout d'abord, nous espérons que le témoin se sentira mieux. Nous partageons

22 les préoccupations de la Défense pour ce qui est de son état de santé.

23 D'après ce que j'ai compris, il n'y a pas eu de séance de récolement. La

24 Chambre sait que nous avons reçu un appel hier, vers 10 heures du soir,

25 d'un membre de l'équipe de la Défense, nous informant de la nature du

Page 8045

1 problème et nous informant du fait qu'il n'y a pas eu de récolement. Nous

2 supposons que si tout se passe bien, qu'il n'y aura rien qui sortira du

3 cadre des descriptions en application de l'Article 65 ter.

4 Aussi, je vous présente mes excuses de devoir prendre un peu plus de temps.

5 Je présente mes excuses, également, à Mme Strugar.

6 Pour ce qui est de la semaine prochaine, nous devons savoir quel est

7 l'ordre de comparution des témoins parce que nous avons des contraintes de

8 temps qui concernent tout le monde. Je voudrais savoir ce qui en est de

9 l'application de l'Article 94. Ceci nous aiderait si nous pouvions avoir

10 plus d'éléments d'information pour pouvoir respecter les délais.

11 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] J'allais vous dire que nous n'avançons

12 absolument pas suffisamment vite. Un escargot ressemblerait à un cheval en

13 galop, comparé à nous.

14 Mme SOMERS : [interprétation] Je voulais vous dire qu'à partir du moment

15 qu'on aura l'ordre de comparution des témoins, il nous faudra savoir qui

16 sont les témoins qui ne peuvent pas venir déposer ici parce que la

17 préparation pour ces témoins nous demande un travail colossal. Nous

18 travaillons tous de manière très acharnée et il nous aiderait d'avoir plus

19 d'informations là-dessus pour procéder comme il convient.

20 M. LE JUGE PARKER : [interprétation] Ce serait, extrêmement, positif si

21 nous pouvions en terminer avec la présentation des éléments de preuve avant

22 les vacances judiciaires. Ce serait très bien pour l'accusé, ceci

23 enlèverait une bonne partie de la pression qui pèse sur lui.

24 Monsieur Rodic, l'Accusation aimerait savoir ce qui en est des témoins pour

25 la semaine prochaine. Est-ce qu'il y a des modifications importantes par

Page 8046

1 rapport à ce qu'il leur a été dit. Je vous demanderais aussi de leur

2 communiquer, dès que possible, tout ce que vous savez pour faciliter leur

3 tâche, leur tâche de préparation. Ceci nous permettrait d'en terminer avec

4 la présentation des éléments de preuve le plus vite possible.

5 Nous allons suspendre l'audience à présent. La reprise éventuelle de

6 l'audience aujourd'hui dépendra du message que vous nous communiquerez.

7 Vous m'avez bien entendu, le plus vite vous nous en informerez le plus

8 mieux ce sera pour l'accusé, pour savoir si l'accusé doit continuer

9 d'attendre ou non. A présent, je propose de suspendre l'audience. Il est

10 possible que l'on reprenne aujourd'hui, si le témoin peut comparaître;

11 sinon, nous reprendrons à 9 heures du matin. Nous procéderons, tout

12 d'abord, par vidéoconférence. Si nous pouvons entendre le témoin prévu pour

13 aujourd'hui, nous l'entendrons par la suite. Je demanderais aux agents de

14 sécurité d'accorder un petit peu de temps à Mme Strugar pour pouvoir

15 rencontrer l'accusé ici dans le prétoire. Je vous remercie.

16 L'audience est suspendue.

17 M. RODIC : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

18 --- L'audience est suspendue à 10 heures 23.

19

20

21

22

23

24

25