Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL Affaire IT-95-14-T

2 POUR L’EX-YOUGOSLAVIE

3

4 LE PROCUREUR

5 c/

6 Tihomir BLASKIC

7 Lundi 22 février 1999

8

9 L’audience est ouverte à 14 heures 05.

10 M. le Président. - Veuillez vous asseoir. Monsieur le Greffier,

11 vous pouvez faire introduire l'accusé qui témoigne en ce moment.

12 (L'accusé est introduit dans le prétoire.)

13 Bien, je salue les interprètes, j'espère qu'ils m'entendent. Les

14 conseils de l'accusation sont là, je les salue. Les conseils de la défense

15 et notre témoin, le général Blaskic, qui va poursuivre sa déposition dans

16 son interrogatoire principal mené par Me Nobilo... Je le dis à l'intention

17 du public nombreux qui semble être là aujourd'hui.

18 Nous sommes dans une phase de la procédure où, après

19 l'interrogatoire principal des témoins de l'accusation, nous sommes dans

20 le passage des témoins de la défense et elle a souhaité que l'accusé

21 témoigne.

22 Je rappelle à l'accusé que comme témoin, il a prêté serment et

23 il est toujours sous serment.

24 Bonjour, vous pouvez commencer.

25 M. Blaskic (interprétation).- – Bonjour, Monsieur le Président,

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1 Messieurs les Juges.

2 M. Nobilo (interprétation). - Merci, Messieurs les Juges.

3 A la fin de l'audience de vendredi, nous avions commencé à

4 parler des unités spéciales et de leur voie hiérarchique. Nous n'avons

5 fait qu'effleurer le sujet vendredi dernier et nous allons donc y revenir.

6 Pourriez-vous, s'il vous plaît, dresser la liste des unités

7 spéciales et quels étaient leurs objectifs et leurs différences avec les

8 Brigades que vous commandiez, vous ?

9 M. Blaskic (interprétation). – Les unités spéciales étaient les

10 suivantes : il y avait le bataillon de Ante Busic, le bataillon de Ante

11 Pavlovic, le bataillon des condamnés, le bataillon de la force Alfa, les

12 Vitezovi, l'unité de Drvotko, l'unité des Apôtres. Ces unités faisaient

13 partie intégrante du département de la Défense ou du ministère de la

14 Défense de la communauté croate de Herceg-Bosna, et elles n'étaient pas

15 créées sur une base géographique ou territoriale. Elles ont été créées à

16 l'initiative du ministère de la Défense et ces unités pouvaient être

17 déployées partout sur le territoire de la communauté croate de

18 Herceg-Bosna. Aucune de ces unités n'a jamais fait partie de la zone

19 opérationnelle de Bosnie centrale et de sa structure de commandement,

20 d'organisation.

21 M. Nobilo (interprétation). - Lorsque vous dites que c'est à

22 l'initiative du ministère de la Défense que ces unités ont été créées,

23 êtes-vous en train de dire que ces unités étaient en fait subordonnées aux

24 autorités civiles ou bien à l'état-major principal ?

25 M. Blaskic (interprétation). - Ces unités étaient placées

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1 exclusivement sous le commandement de l'organe civil du ministère de la

2 Défense, elles n'ont jamais été placées sous le commandement du grand

3 état-major de la communauté croate de Herceg-Bosna.

4 M. Nobilo (interprétation). - Le fait que ces unités militaires

5 ne soient pas placées sous le commandement des autorités militaires mais

6 des autorités civiles s'est-il reproduit ailleurs, par exemple, au sein de

7 la JNA ou dans d'autres systèmes ?

8 M. Blaskic (interprétation). - Non, jusque-là, je n'avais jamais

9 entendu parler d'une telle procédure et je n'ai pas vraiment compris

10 pourquoi on avait organisé ces unités de cette façon.

11 M. Nobilo (interprétation). - Vers le 9 janvier 1993, deux de

12 ces unités spéciales qui, auparavant, n'ont pas été déployées en Bosnie

13 centrale ont fait leur apparition : il s'agit des unités Ludvig Pavlovic

14 et Ante Busic. Qui les a envoyées sur place ? Et vous-même, avez-vous

15 participé à leur arrivée ou leur avez-vous facilité leur arrivée en Bosnie

16 centrale ?

17 M. Blaskic (interprétation). - Je sais qu'à partir du

18 13 novembre 1992, tous les commandements de combat dans la zone de Travnik

19 et de Novi Travnik ont été assumés par le commandement conjoint de l’armée

20 de Bosnie-Herzégovine et du HVO de la zone opérationnelle de Bosnie

21 centrale. Le quartier général de ce commandement conjoint se trouvait à

22 Plave Vode, à Travnik . Ce sont MM. Prkacin et Pasalic qui étaient

23 responsables du commandement conjoint et ces deux hommes ont insisté pour

24 obtenir des unités d'intervention chargées d'assurer la défense de

25 Travnik...

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1 M. Nobilo (interprétation). - Il est dit dans le compte rendu en

2 anglais, qu'il s'agissait de MM. Prkacin et Pavlovic.

3 M. Blaskic (interprétation). - Non, c'est Prkacin et Pasalic.

4 M. Nobilo (interprétation). - Par conséquent, M. Pasalic était

5 officier dans l'armée de Bosnie-Herzégovine, n'est-ce pas ?

6 M. Blaskic (interprétation). - Oui, il était dans l'armée de

7 Bosnie-Herzégovine. Il dirigeait le commandement conjoint pour le

8 troisième Corps d'armée pour l’armée de Bosnie-Herzégovine.

9 A la demande du commandement conjoint, ces unités ont été

10 envoyées par le ministère de la Défense de Mostar, envoyées à Novi Travnik

11 et à Vitez, et le commandement de ces unités donnait au commandant en

12 question la possibilité de les inclure dans des opérations de combat. Ce

13 commandement a donc été conféré au commandement conjoint.

14 M. Nobilo (interprétation). - Dans des situations particulières,

15 auriez-vous pu, vous, donner des ordres à une unité spéciale, par exemple

16 aux Vitezovi qui se trouvaient souvent sur votre territoire ? Si c'est le

17 cas, dans quelles circonstances et comment ?

18 M. Blaskic (interprétation). - Là encore, je n'ai pas très bien

19 compris ce type d'organisation. Je n'arrivais pas à y adhérer. J'en ai

20 informé mes supérieurs et, d'autre part, dans certaines situations, je

21 pensais devoir informer les Vitezovi et d'autres unités spéciales des

22 activités des Brigades du HVO dans la zone opérationnelle de

23 Bosnie-Herzégovine. Parfois, il s'agissait d'informations communiquées

24 oralement et, parfois, c'était un bulletin d'information qui partait du

25 quartier général.

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1 Mais de façon générale, moi, j’agissais en tant que coordinateur

2 de ces troupes. En toutes circonstances, le commandement ou le commandant

3 des Vitezovi avait un certain pouvoir discrétionnaire vis-à-vis de mes

4 ordres.

5 Cela veut dire qu'il pouvait effectivement obéir à mes ordres ou

6 les exécuter ou bien m'informer que je n'avais pas l'autorité nécessaire

7 ou, en tout cas, que je n'étais pas compétent pour donner des ordres aux

8 unités spéciales.

9 C'est le commandant des Vitezovi qui m'a fait part de sa

10 position, de cette position, le 5 janvier 1993, par écrit. Dans ce

11 document, il a déclaré que la zone opérationnelle de Bosnie centrale

12 n'avait pas le pouvoir de lui donner des ordres.

13 M. Nobilo (interprétation). - Nous reviendrons plus tard à ces

14 questions mais, pour l'instant, étant donné que nous parlons des unités

15 spéciales, pouvez-vous expliquer à la Chambre ce que veut dire le mot

16 "subordination" ?

17 M. Blaskic (interprétation). - Eh bien, les unités qui n'étaient

18 pas directement subordonnées à...

19 M. Nobilo (interprétation). - Cela veut dire, n'est-ce pas,

20 qu'il s'agissait d'unités qui n'étaient pas directement subordonnées à

21 vous, mais qui pouvaient être placées sous votre autorité lorsque des

22 opérations de combat spécifiques étaient organisées ?

23 M. Blaskic (interprétation). - Pour ce qui est de la voie

24 hiérarchique, il y a certaines règles prévoyant qu'un commandant haut

25 placé dans la hiérarchie peut renforcer certains liens de subordination,

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1 certaines unités qui lui sont subordonnées, avec des unités

2 supplémentaires. Au cours d'une période de combat, de tels renforcements,

3 ces unités donc qui viennent renforcer les unités préexistantes sont

4 placées sous le commandement de la personne chargée de superviser

5 l'ensemble de l'opération.

6 Le haut commandant se réserve le droit de définir la façon dont

7 ladite unité sera subordonnée à son commandement, pendant combien de temps

8 ce lien de subordination va être maintenu et quel va être le pouvoir du

9 commandant de l'opération vis-à-vis de cette unité nouvellement

10 subordonnée.

11 Cependant, cette unité placée sous le contrôle du commandant ne

12 constitue pas une partie des effectifs placés sous le commandement de la

13 personne chargée des opérations.

14 M. Nobilo (interprétation). - Mais lorsqu'une opération de

15 combat est terminée, que se passe-t-il, par exemple, entre vous et l'unité

16 nouvellement subordonnée qui n'est pas véritablement sous votre contrôle ?

17 M. Blaskic (interprétation). - La situation revient à une phase

18 antérieure. Je n'ai pas de pouvoir de contrôle et de commandement sur

19 cette unité. Cette unité reste donc dans la voie hiérarchique et est

20 placée sous le contrôle du haut commandement et du haut commandant.

21 S'il s'agit d'unités spéciales, en l'occurrence, il s'agit du

22 ministère de la Défense qui exerce son contrôle sur ces unités.

23 M. Nobilo (interprétation). - A ce stade de votre témoignage, à

24 des fins d'orientation, peut-on utiliser l'exemple de Grbavica ? A cet

25 endroit, vous exerciez un certain contrôle sur les Vitezovi, n'est-ce

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1 pas ?

2 M. Blaskic (interprétation). - Oui, effectivement, c'est un bon

3 exemple. Dans ce cas-là, j'ai effectivement commandé cette unité. Mais le

4 commandant de l'unité avait encore toute liberté de décider quels hommes

5 et quels moyens il allait mobiliser pour exécuter certaines tâches parce

6 qu'il savait que je n'avais pas le pouvoir de contrôler ces hommes.

7 Par exemple, je ne pouvais pas assurer la fourniture de moyens

8 logistiques. Je ne pouvais pas sanctionner lui ou ses hommes si une tâche

9 n'était pas exécutée. Pour moi, il était extrêmement difficile de

10 superviser le comportement de tels hommes et de telles unités dans des

11 opérations de combat, mais étant donné la situation, je n'avais pas

12 d'autres choix.

13 M. Nobilo (interprétation). - Laissons la question des unités de

14 combat, même si nous y reviendrons plus tard.

15 J'aimerais maintenant entrer dans un nouveau domaine. Je

16 souhaiterais parler du travail d'organisation que vous avez exécuté en

17 janvier 1993. Avez-vous poursuivi la transformation des villages armés en

18 une armée véritable ? Si c'est le cas, pourriez-vous nous donner quelques

19 repères ? Qu'avez-vous fait, en janvier, avant qu'un conflit n'éclate le

20 25 janvier avec l'armée de Bosnie-Herzégovine ?

21 M. Blaskic (interprétation). - J'ai poursuivi mes activités

22 d'organisation et de création d'une armée, à partir de ces villages armés.

23 Par conséquent, dès la fin de novembre 1992, nous avons rebaptisé les

24 états-majors municipaux et nous les avons appelés "Brigade du HVO".

25 Le 9 janvier 1993, je m'appliquais à rédiger des documents de

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1 mobilisation. Il ne s'agissait que d'une proposition, ces documents

2 incluaient notamment les plans de mobilisation et des formulaires à

3 remplir par chacun des soldats. Je souhaitais ainsi créer des dossiers que

4 devraient remplir tous les conscrits. Cette tâche, en fait, aurait dû être

5 exécutée par le ministère de la Défense, mais nous nous en sommes chargés

6 parce que nous n'avions pas d'autres documents à notre disposition.

7 Le 11 janvier 1993, je travaillais à un texte prévoyant la

8 création des Domo brani, les gardes locaux. J'ai tenté de créer une

9 structure régissant l'organisation des unités locales, des gardes locaux,

10 des Domo brani donc, qui serait fondée sur une base territoriale, s'il

11 s'agissait d'unités qui ne quitteraient pas leur territoire.

12 Dès le début du mois de décembre, le chef d'état-major de la

13 zone opérationnelle à participé à ce travail. En 1993, en janvier plus

14 précisément, nous avons rédigé un projet de plan permettant de superviser

15 les postes de commandement immédiatement, directement subordonnés au

16 commandement et les unités du HVO.

17 M. Nobilo (interprétation). – Ce rôle de supervision, en quoi

18 consiste-t-il exactement ?

19 M. Blaskic (interprétation). – C'est l'une des tâches

20 fondamentales de tout commandement afin d'établir une distinction entre

21 les ordres qui ont été donnés et la façon dont ils ont été exécutés ; afin

22 de déterminer la façon dont les ordres sont exécutés sur le terrain. Une

23 fois l'ordre donné, une analyse était exécutée afin de voir comment

24 l'ordre avait été appliqué et, le cas échéant, de donner des ordres

25 supplémentaires ou des ordres corrigeant une situation malheureuse.

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1 M. Nobilo (interprétation). - Pourriez-vous nous dire quelles

2 autres mesures ont été prises à ce moment-là afin de transformer les

3 villages armés en véritable armée ?

4 M. Blaskic (interprétation).- A la mi-janvier, nous avons rédigé

5 un formulaire dans lequel nous avons essayé d'établir certaines règles sur

6 les relèves des soldats, par exemple, et les équipes travaillant sur la

7 ligne de front. Nous avons essayé de stabiliser quelque peu la procédure

8 et de la régulariser. Nous avons essayé également d'offrir une plus grande

9 stabilité sur la ligne de front lorsque les équipes se relevaient.

10 M. Nobilo (interprétation). - Comment avez-vous organisé

11 l'artillerie ?

12 M. Blaskic (interprétation). - Dès le moment où le commandement

13 conjoint a eu à assurer le contrôle de la zone opérationnelle et du

14 troisième Corps, toute l'artillerie a été placée sous le commandement du

15 commandement conjoint. Les choses étaient ainsi organisées : les hommes

16 qui s'occupaient des pièces d'artillerie et de l'équipement d'artillerie

17 étaient à la fois des membres du HVO et des membres de l'armée de Bosnie-

18 Herzégovine, et les commandants des unités d'artillerie avaient un bureau

19 et, là encore, conjointement, ils planifiaient les opérations et le

20 travail de leur commandement conjoint. Ces commandants émanaient à la fois

21 du HVO et de l'armée de Bosnie-Herzégovine.

22 M. Nobilo (interprétation). - Le 14 janvier 1993, vous avez

23 organisé une réunion avec tous les commandants de Brigade de la zone

24 opérationnelle afin d'améliorer et d'approfondir le travail réalisé

25 jusque-là. En bref, quels étaient les problèmes cruciaux dans toutes les

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1 municipalités de la zone opérationnelle ?

2 M. Blaskic (interprétation). - Effectivement, je me suis

3 entretenu avec les commandants. En fait, il y avait plusieurs problèmes.

4 Pour la Brigade de Travnik, par exemple, 300 soldats étaient remplacés

5 quotidiennement sur une ligne de front de 40 km contre les Serbes. Il

6 s'agissait de soldats qui venaient des municipalités environnantes et qui

7 luttaient donc sur le front de Travnik.

8 A Novi Travnik, il y avait un pilonnage violent sur la ligne de

9 front provoqué par les Serbes et il était difficile d'organiser les

10 équipes à Novi Travnik parce que les postes de contrôle de l'armée de

11 Bosnie-Herzégovine empêchaient l'accès aux équipes de relève.

12 J'ai également été informé du fait qu'à Novi Travnik, certains

13 actes de provocation avaient été faits et, au sein du HVO, c'était le

14 régiment de Ante Bruno Busic, une unité spéciale, qui s'y est le plus

15 adonné. Du côté de l'armée de Bosnie-Herzégovine, c'étaient des membres de

16 la 308ème Brigade de montagne.

17 Nous avons également eu des problèmes à Novi Travnik, notamment

18 un incident sérieux au cours duquel un poste de contrôle du HVO a été

19 attaqué par des unités de l'armée de Bosnie-Herzégovine. Le poste de

20 contrôle se trouvait à Modenik.

21 Le commandant de Zenica a signalé qu'il y avait eu un certain

22 nombre d'assassinats et de suicides dans sa zone de responsabilité.

23 D'autre part, des membres de la Légion Verte, qui faisaient

24 partie de la 314ème Brigade de la Bosnie-Herzégovine, attaquaient des

25 Croates. Ce qui a créé une climat de peur parmi la population croate de

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1 Zenica. On m'a fait savoir également que la police militaire de Zenica

2 avait, dans ses rangs, quinze policiers dont le casier judiciaire n'était

3 pas vierge. On m'a signalé également que des membres du HOS, de Zenica,

4 qui étaient également membres de la 314ème Brigade de l'armée de Bosnie-

5 Herzégovine, exerçaient certaines pressions sur des Croates.

6 A Kiseljak, il y avait des problèmes de commandement et de

7 contrôle également et le nouveau commandement ne parvenait pas à prendre

8 ses fonctions et à remplacer le commandement précédent.

9 A Busovaca, le commandant avait demandé le démantèlement de

10 toute la police militaire parce qu'elle était composée de criminels.

11 Le commandant de Vares, nous a fait part de ses difficultés

12 liées à l'envoi des soldats sur le front de Travnik, contre les Serbes. Le

13 commandant de Zepce nous a informés sur des relations perturbées avec les

14 membres du HOS.

15 M. Nobilo (interprétation). - Vous venez de mentionner des

16 problèmes à Kiseljak, vous avez dit que l'ancien et le nouveau commandants

17 n'arrivaient pas à assurer la relève. Vers le mois de janvier 1993, vous

18 avez entrepris une action de relever des commandants dans trois

19 municipalités, dites-nous qui sont les hommes que vous avez essayé de

20 placer comme commandants et comment cela s'est-il passé ?

21 M. Blaskic (interprétation). - Ce que j'ai souhaité c'était,

22 s'agissant de Kiseljak, de Busovaca et de Novi Travnik, donc de trois

23 municipalités, de placer de nouveaux commandants. Pour ce faire, j'ai

24 rédigé une proposition que j'ai adressée au chef de l'état-major et au

25 responsable du Bureau de la Défense. Mes arguments étaient exposés, j'ai

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1 dit que je souhaitais nommer des commandants, des officiers qui allaient

2 être loyaux au commandement de la zone opérationnelle de Bosnie centrale ;

3 des hommes qui ne seraient pas préoccupés par des incidents que nous

4 aurions pu avoir de par le passé avec l'armée de Bosnie-Herzégovine, des

5 hommes tolérants dans les rangs, dans leur comportement qui sont également

6 les plus compétents, les mieux formés sur le plan militaire parmi les

7 hommes que nous avions à l'époque.

8 Alors le responsable du Bureau de la Défense a accepté que l'on

9 procède à cette relève de commandant.

10 M. Nobilo (interprétation). - De quels hommes s'agissait-il ?

11 Qui devait prendre ces fonctions dans ces municipalité ? A ce moment, vous

12 êtes-vous consulté avec ces municipalité ? Quels étaient les hommes qui

13 partaient ?

14 M. Blaskic (interprétation). – A Novi Travnik, après le conflit

15 qui a eu lieu au mois d'octobre 1992, c'est le commandant local qui a été

16 relevé, le commandant local de l'état-major municipal de la défense, Vlado

17 Juric. Et à sa place a été nommé un nouveau commandant, Borivoj Malbasic

18 qui était de Vares. Quant à Busovaca, c'est le commandant Dusko Grubesic

19 qui a été relevé et c'est un nouveau commandant, M. Niko Jozinovic qui a

20 été nommé, un homme de Zepce.

21 A Kiseljak, c'est le commandant Ivica Rajic qui aurait dû être

22 relevé de ses fonctions. D'après les documents, il a reçu l'ordre de

23 partir.

24 Le nouveau commandant aurait dû être M. Mijo Bozic qui,

25 auparavant, était au sein du commandement de la zone opérationnelle.

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1 Cependant, nous avons connu des difficultés, moi-même, personnellement,

2 j'en ai eu à Kiseljak parce qu'il n'y a pas eu de relève. En fait, tous

3 les représentants du pouvoir civil, en dépit des consultations que j'ai

4 eues avec eux auparavant, se sont réservés et, finalement, n'ont pas

5 accepté, n'ont pas approuvé la passation de pouvoir entre Rajic et Bozic.

6 M. Nobilo (interprétation). – Cette réunion que vous avez tenue

7 au sujet de cette relève, elle a eu lieu avec quelle personne ?

8 M. Blaskic (interprétation). - A la date du 19 janvier 1993, à

9 partir de 15 heures, j'ai eu une réunion avec des représentants des

10 autorités civiles de Kiseljak (le maire de Kiseljak, le président du HDZ

11 de Kiseljak), avec les membres des autorités municipales M. Rajic et Mijo

12 Bozic qui étaient également présents à cette réunion. A l'ordre du jour,

13 nous avions donc la relève. Ce que j'ai essayé, c'était de les convaincre

14 que l'ordre du ministre de la Défense était tel qu'il fallait l'exécuter,

15 qu'il fallait absolument l'appliquer.

16 Nous avons discuté pratiquement jusqu'à minuit et on m'a assuré

17 de leur approbation, du moins formellement j'ai reçu cette approbation :

18 ils m'ont dit qu'en temps voulu et dans un avenir proche, cela allait se

19 faire. En fait, c'est le 10 janvier que cela aurait dû être déjà fait.

20 Mais cette passation de pouvoir n'était toujours pas été terminée à la

21 date du 23 janvier 1993.

22 M. Nobilo (interprétation). - Nous allons aborder la question

23 réelle à Kiseljak, par la suite. Mais la question que je vous pose

24 maintenant est la suivante : est-ce normal, dans une armée, que vous soyez

25 obligé de négocier avec les représentants des pouvoirs civils, avec les

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1 membres du HDZ, qu'une réunion aussi longue que celle que vous évoquez, de

2 15 heures à minuit, soit nécessaire ? Est-ce une procédure habituelle dans

3 une armée ?

4 M. Blaskic (interprétation). – Non, il ne s'agit pas d'une

5 procédure habituelle. Cela n'est vrai dans aucune armée.

6 M. Nobilo (interprétation). - Nous allons aborder un autre

7 domaine. Avant de parler du conflit qui oppose le HVO et l'armée de

8 Bosnie-Herzégovine, pouvez-vous quelque chose au sujet des conditions de

9 sécurité sur le territoire des municipalités de Travnik, Novi Travnik,

10 Busovaca, Kiseljak, de l'ordre public, brièvement, les grandes lignes ?

11 M. Blaskic (interprétation). – Il y a eu des atteintes à l'ordre

12 public également au mois de janvier 1993. Cela s'est poursuivi, notamment,

13 dans les municipalités de Novi Travnik, Travnik et Vitez. Quelles ont été

14 les manifestations concrètes : des équipes entières ont été enlevées ou

15 arrêtées, des équipes qui se rendaient vers les lignes de front face aux

16 Serbes.

17 M. Nobilo (interprétation). – Qui enlevait qui ?

18 M. Blaskic (interprétation). - L'armée de Bosnie-Herzégovine

19 était acteur. A Kruscica, le 27 janvier 1993, l'armée de Bosnie-

20 Herzégovine a enlevé une équipe entière du HVO de Vitez, y compris les

21 véhicules qui emmenaient ces soldats sur la ligne de front : les soldats,

22 les armes, tout.

23 Par la suite, il y a eu un incident, le 13 janvier, à Kakanj :

24 l'armée de Bosnie-Herzégovine a chassé la police militaire du HVO de la

25 ville de Kakanj.

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1 Ensuite, il y a eu d'autres incidents qui avaient trait à la

2 prise de prisonniers. Il y a eu des prisonniers qui ont été faits par le

3 HVO et, là, je dois dire que les membres des unités spéciales étaient les

4 principaux responsables. Mais il y a eu aussi des cas où les soldats de

5 l'armée de Bosnie-Herzégovine ont fait prisonniers des HVO.

6 M. Nobilo (interprétation). - Quand vous parlez en utilisant

7 l’abréviation PPN, vous voulez parler des unités spéciales ?

8 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

9 M. Nobilo (interprétation). - Pour éclaircir la situation dans

10 la zone opérationnelle, je voudrais que l'on vous présente les pièces de

11 la défense D204, 206 et 208.

12 Je vous donnerai lecture du document qui est la pièce de la

13 défense D204 et que nous verrons bientôt sur nos écrans.

14 Quelques points : à la date du 25 janvier 1993, le deuxième

15 bataillon fait un rapport sur des activités des groupes et des individus

16 qui agissent à l'insu du commandement du HVO.

17 Des problèmes énormes, dans la municipalité de Vitez, sont

18 causés par des groupes et des individus qui, en uniforme et portant

19 l'insigne du HVO, pillent la propriété sociale et souvent privée. Au

20 moment de ces faits, ces individus appliquent toutes les méthodes de la

21 criminalité classique. Leur objectif premier est le pillage, la rapine,

22 puisqu'on n'y met pas fin. Leurs méfaits rendent encore plus tendues les

23 relations interethniques qui sont déjà tendues.

24 Ces derniers temps, ces cambrioleurs locaux agissent de concert

25 avec des soldats venus d’Herzégovine qui les ont encouragés, ce qui fait

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1 que les Herzégovins, eux-mêmes, de leur propre chef, se lancent de plus en

2 plus souvent dans le pillage des biens privés.

3 Alors, dites-moi, ce genre de rapport, est-ce que vous les

4 receviez et si oui, comment réagissiez-vous ? Autrement dit, comment

5 pouviez-vous réagir ?

6 M. Blaskic (interprétation). - Oui, je recevais ce genre de

7 rapport. Celui-ci, ce rapport émane du deuxième bataillon de la Brigade

8 Stjepan Tomacevic de Vitez. A l'époque, la Brigade disposait de deux

9 autres bataillons à Novi Travnik.

10 Ce que j'ai demandé, en premier lieu, au commandant de la

11 Brigade Stjepan Tomacevic, c'était d'essayer de préserver le dialogue avec

12 le commandant de la 308ème Brigade de Bosnie-Herzégovine de Novi Travnik.

13 Je lui ai demandé d'organiser des réunions afin de résoudre ce

14 genre d'incident. J'ai également émis un ordre, un ordre interdisant le

15 port d'armes à canon long en ville, dans la ville même de Novi Travnik. Et

16 s'agissant des soldats membres du HVO, j'ai demandé que l'adjoint aux

17 questions de sécurité séjourne pendant une période prolongée à

18 Novi Travnik et qu'il entreprenne des mesures préventives.

19 Dans ce rapport, on voit que ces pilleurs locaux se trouvent

20 encouragés en voyant les activités des soldats, comme il est dit dans ce

21 document "venus d'Herzégovine". Il s'agit des membres des unités spéciales

22 dont les activités étaient telles qu'elles ont contribué à créer une

23 situation de confusion en général, de chaos. La seule chose que je pouvais

24 faire c'était d'en appeler à leur commandant, de leur dire que leur

25 comportement n'était pas légal et qu'il n'était pas correct.

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1 M. Nobilo (interprétation). - Etiez-vous en mesure de prononcer

2 des mesures disciplinaires à l'encontre de ces soldats ; ces soldats

3 d'Herzégovine et des membres des unités spéciales ?

4 M. Blaskic (interprétation). - Non, je n'étais pas en mesure de

5 prononcer des mesures disciplinaires à leur encontre.

6 M. Nobilo (interprétation). - Pourquoi ?

7 M. Blaskic (interprétation). - Parce que ces unités spéciales

8 n'étaient pas placées sous mon commandement. Elles ne faisaient par partie

9 intégrante de la structure de la zone opérationnelle de Bosnie centrale,

10 elles étaient subordonnées au ministère de la Défense.

11 M. Nobilo (interprétation). - Avant de poursuivre, je souhaite

12 vous donner lecture d'un autre document. Il s'agit de la pièce de la

13 défense D206. Pouvez-vous remplacer les pièces sur le rétroprojecteur ?

14 Je vous donnerai lecture d'une partie de ce document qui date du

15 13 janvier 1993. Il émane du 2ème bataillon de Vitez.

16 Titre : "Rapport sur la sécurité dans le 2ème bataillon de

17 Vitez." Je vous lirai le point 2 : " De grandes difficultés sont causées

18 pour nous par les unités du HVO qui viennent d'arriver, des unités du HVO

19 d'Herzégovine. Tous les jours, au crépuscule, ces soldats se rendent en

20 ville, parcourent la ville en arme, tirent des rafales en état d'ivresse,

21 perturbent la population. Un problème encore plus grave est le suivant :

22 à Vitez, les écoles sont ouvertes, il y a beaucoup d'enfants, nous

23 redoutons qu'un incident grave ne se produise", etc… Je ne poursuis pas la

24 lecture.

25 Il y a eu une tentative de prendre un autre responsable des

Page 17354

1 communications, Zoran Jukic, de lui prendre son véhicule. Dites-moi, ces

2 descriptions qui vous sont fournies par des officiers subordonnés, est-ce

3 que vous considérez qu'elles pouvaient susciter la peur chez les Musulmans

4 puisque ce sont les Croates qui étaient à l'origine de cela ?

5 M. Blaskic (interprétation). - Tout à fait, et cela suscitait la

6 peur auprès des Musulmans bosniaques dans les agglomérations où étaient

7 basées ces unités.

8 M. Nobilo (interprétation). - Je souhaite vous lire un autre

9 document qui émane de vous. Il s'agit de la pièce D208 et ce document a

10 trait aux problèmes provoqués par ces unités venues d'Herzégovine.

11 Pourriez-vous, s'il vous plaît, le placer sur le rétroprojecteur ?

12 (L'huissier s'exécute.)

13 M. Nobilo (interprétation). - Le 6 février 1993, vous avez

14 rédigé un avertissement, une mise en garde parce qu'un ordre n'a pas été

15 appliqué, l'ordre 01-1-217/93 daté du 10 janvier 1993. Vous adressez ce

16 document à tous les commandements de toutes les Brigades du HVO ainsi

17 qu’aux unités indépendantes de la zone opérationnelle de Bosnie centrale.

18 Je donne lecture du texte : "Ordre N° 01-1-217/93 daté du

19 10 janvier 1993". Visiblement, la date est mal tapée. C'était donc du

20 17 janvier 1993 et, concernant les différents incidents qui ont porté

21 atteinte à l'ordre public (des assassinats, des blessures, des menaces,

22 des feux ouverts dans des localités habitées, dans des agglomérations)

23 ainsi que concernant l'aggravation de l'ensemble de la situation sur le

24 plan de la sécurité, des devoirs concrets ont été déterminés afin de

25 combattre ces actes négatifs.

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1 "Etant donné qu'à ce jour, vous n'avez pas entrepris des mesures

2 adéquates et efficaces -mais au contraire, ces actes négatifs ont pris de

3 l'ampleur-, je mets en garde tous les commandants de Brigade et d'unités

4 indépendantes situées dans la zone opérationnelle de Bosnie centrale, je

5 leur rappelle leur devoir d'appliquer ces ordres.

6 Je demande d'être informé par écrit de ce qui a été fait suite à

7 cet ordre, et ceci avec une date limite qui est celle du 8 février 1993".

8 Signé Commandant Colonel Tihomir Blaskic.

9 Vous avez adressé ces documents aux unités du HVO, à toutes les

10 Brigades du HVO, quatrième bataillon de la police militaire, etc.

11 Visiblement, les Brigades d'Herzégovine n'y figurent pas.

12 Alors, je vous demande : cet ordre, est-ce qu'il constitue l'une

13 des mesures que vous avez essayé de mettre en place afin de régler la

14 situation ?

15 M. Blaskic (interprétation). - Cet ordre illustre bien la

16 situation car, après un ordre daté du 18 janvier 1993, un ordre très

17 complet, au lieu que les troubles de l'ordre public cessent, ces troubles

18 n'ont pas cessé d'augmenter. C'est la raison pour laquelle je me suis vu

19 contraint de rédiger cet avertissement par lequel je demandais une

20 nouvelle fois que les ordres déjà émis soient obéis.

21 Les unités d'Herzégovine ont quitté le territoire car, en

22 janvier 1993 déjà, lors d'une réunion qui s'est tenue dans le cadre du

23 commandement conjoint, j'avais déjà insisté pour que ces unités

24 s'éloignent du territoire de la zone opérationnelle de Bosnie centrale

25 En effet, pendant un certain temps, ces unités ont été cause de

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1 désordre. J'ai demandé par écrit, au commandant de l'état-major principal,

2 et au représentant du département de la Défense, au chef du département de

3 la Défense, que ces unités spéciales soient donc retirées du territoire de

4 la zone opérationnelle de Bosnie centrale. Je leur ai fait cette demande

5 pour nous permettre de tenter de stabiliser la situation sur le plan de la

6 sécurité dans la région.

7 M. Kehoe (interprétation). - Excusez-moi, maître, j'ai une

8 interruption. Le témoin vient de donner quelques éclaircissements, et je

9 pense que M. Dubuisson pourrait prendre note sur le plan officiel de cet

10 éclaircissement. Cela porte sur le document D208. Vous lirez sur le

11 rétroprojecteur, au début du texte : "en vertu de l'ordre, etc., du

12 10 janvier 1993", alors que le

13 conseil dit bien qu'en version originale, et en version française, c'est

14 la date du 18 janvier qui figure dans le texte. Le conseil de la défense

15 l'a dit, mais je le signale à nouveau car je pense qu'il conviendrait d'en

16 prendre compte officiellement au niveau du compte rendu.

17 M. Nobilo (interprétation). - C'est exact. La défense n'a rien

18 contre car on voit bien dans le texte qu'il s'agit de la date du 18. Mais,

19 lorsque l'ordre précédent est évoqué, la frappe était mauvaise et

20 l'impression a été acquise qu'il s'agissait du 10, alors que c'est bien la

21 date du 18 qui figure dans l'original.

22 M. Kehoe (interprétation). – Je crois que cela ne pose pas de

23 problème, nous sommes tous d'accord là-dessus.

24 M. le Président. - Je profite de l'interruption de Me Kehoe pour

25 en faire une moi-même. La version française du seul document qui a été

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1 traduit en français, le D208, dans le deuxième paragraphe, comporte un

2 ambiguïté dans la mesure où ce document a été fort mal traduit en

3 français. Evidemment, je ne peux pas porter un jugement par rapport à la

4 version serbo-croate, mais il me semble que par rapport à la version

5 anglaise, la nuance est quand même importante. Dans la version française

6 que j'ai sous les yeux, est-ce vous qui avez assuré la version française,

7 Maître Nobilo, ou est-ce que ce sont les services du greffe ?

8 M. Nobilo (interprétation). - Je crois que c'est le greffe qui

9 s'est chargé de cette traduction précise ?

10 M. le Président. – Monsieur Dubuisson, c'est le greffe ?

11 M. Dubuisson. – Oui.

12 M. le Président. - Ce n'est pas une réflexion de puriste de la

13 langue française, ce que je ne suis pas, mais c'est parce qu'il y a une

14 ambiguïté sur le sens. Le témoin, dans le deuxième paragraphe, a dit :

15 "compte tenu que ces mesures n'ont pas porté leurs fruits". Or la version

16 française dit : "on a exprimé les négativités." Je passe sur le forme qui

17 n'est pas bonne, mais c'est un sens très différent : l'accusé a pris

18 l'ordre parce qu'on avait exprimé des critiques. Alors que quand le témoin

19 s'est exprimé, il a dit : "parce qu'elle ne produisait pas des résultats

20 objectivement".

21 C'est une nuance importante. Est-ce que le témoin a pris l'ordre

22 parce qu'on l'avait critiqué ou parce que les résultats n'étaient pas

23 bons ?

24 J'ai enregistré ce qu'a dit le témoin. Je demanderai au greffe

25 que l'on soumette à nouveau ce document à la traduction, le document D208,

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1 notamment le deuxième alinéa qui, non seulement, est en mauvais français,

2 mais à mon avis exprime une ambiguïté. Monsieur Dubuisson, cela ne vous

3 dérangera pas de le faire repasser à la traduction.

4 Excusez-moi, je n'aurais peut-être pas fait cette observation,

5 mais j'ai profité de celle faite par M. Kehoe. En ce qui me concerne je

6 resterai sur ce qu'a dit le témoin. Vous pouvez poursuivre, maître Nobilo,

7 pendant encore 10 minutes et ensuite, nous procéderons à une pause.

8 M. Nobilo (interprétation). – Monsieur le Président, nous vous

9 sommes tout à fait reconnaissants car le sens de l'ordre en question

10 consiste à dire que l'ordre précédent n'a pas été appliqué. Le colonel

11 Blaskic déclare qu'il est mécontent de cette situation, de cet état de

12 chose et il donne quelques indications supplémentaires.

13 Monsieur Blaskic, vous venez de dire que vous avez demandé que

14 ces unités se retirent et ce en raison des violences dont elles s'étaient

15 rendues coupables. C'était l'intérêt de l'ensemble des habitants. Mais

16 pouvez-vous dire aux Juges, en tant que commandant, si ces unités, si des

17 unités bien formées, expérimentées, bien entraînées, pouvaient vous être

18 d'une quelconque utilité dans le cadre de la guerre ?

19 M. Blaskic (interprétation). - La position du commandement

20 conjoint, ma position à moi également et celle de Dzemo Merdan,

21 consistaient à penser que c'était indispensable pour assurer, à ce moment-

22 là, la défense de ce territoire. Ces unités avaient une importance

23 militaire tout à fait exceptionnelle.

24 Mais il est clair que le fait de les stationner dans des

25 casernes, pendant les périodes

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1 où ces unités n'accomplissaient aucune tâche militaire posait quelques

2 problèmes. Mais ces unités ont été utiles sur le front, et d'ailleurs sur

3 le front, elles n'ont en général posé aucun problème lorsqu'elles étaient

4 engagées dans des opérations de combat.

5 M. Nobilo (interprétation). - Ces unités étaient engagées dans

6 des opérations contre les Serbes si nous avons bien compris ?

7 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

8 M. Nobilo (interprétation). - Vous ai-je bien compris ? Vous

9 vous êtes donc privé d'unités qui étaient utiles sur le plan militaire

10 pour assurer l'ordre et la sécurité de l'ensemble des habitants ?

11 M. Blaskic (interprétation). – Oui, absolument.

12 M. Nobilo (interprétation). - J'aimerais maintenant que nous

13 parlions d'une autre question, à savoir la situation militaire qui va

14 déboucher au cours de la troisième semaine du mois de janvier sur le

15 premier conflit entre l'armée de Bosnie-Herzégovine, le 3ème Corps d'armée

16 de Bosnie-Herzégovine et le HVO de la zone opérationnelle de Bosnie

17 centrale.

18 A la dernière audience, vendredi dernier donc, vous nous avez

19 dit qu'après toute une série d'incidents survenus dans la région, ce qui

20 vous a inquiété au premier chef, a été l'expansion de l'armée de Bosnie-

21 Herzégovine en dehors des territoires correspondants au front. Pouvez-vous

22 expliquer plus en détail quelles sont ces unités de l'armée de Bosnie-

23 Herzégovine qui, fin 1992, début 1993, commencent à s'enfoncer à

24 l'intérieur du territoire et ce que cette démarche a eu pour conséquence

25 par la suite ?

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1 Si vous avez besoin de vous aider sur la maquette.

2 A propos, Monsieur le Président, si vous en êtes d'accord, nous

3 pourrions peut-être avoir la pause maintenant, ce qui nous permettrait de

4 réaménager la massette pour qu'elle illustre la nouvelle situation. Cela

5 nous permettra d'avancer beaucoup plus rapidement par la suite.

6 M. le Président. - Tout à fait d'accord. Nous faisons une pause

7 d'un quart d'heure.

8 L'audience, suspendue à 15 heures 10, est reprise à 15 heures 35.

9 M. le Président. - L'audience est reprise, veuillez vous

10 asseoir.

11 Maître Nobilo ?

12 M. Nobilo (interprétation). - Merci, Monsieur le Président.

13 Donc, nous étions en train de parler de l'évolution de la

14 situation militaire à la veille du premier conflit qui a opposé le

15 3ème Corps d'armée de Bosnie-Herzégovine et le HVO de la zone

16 opérationnelle de Bosnie centrale, en janvier 1993.

17 Général, à la fin de 1992 et en janvier 1993, avez-vous constaté

18 des éléments qui ont pu susciter votre inquiétude ? Et, est-ce que cette

19 inquiétude a été justifiée par la réalité des faits ?

20 M. Blaskic (interprétation). - Monsieur le Président, Messieurs

21 les Juges, à la fin de 1992, il était déjà apparent que les unités de

22 l'armée de Bosnie-Herzégovine se regroupaient à l'arrière des lignes de

23 front et s'enfonçaient dans le territoire placé sur sous le contrôle du

24 HVO et de l'armée de Bosnie-Herzégovine. En tant que commandant, j'ai

25 acquis une certaine inquiétude face à ces événements et j'en ai parlé un

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1 certain nombre de fois avec Dzemo et Enver, le commandant du 3ème Corps

2 d'armée, nous avons discuté à plusieurs reprises de cette question de

3 position.

4 M. Shahabuddeen (interprétation). - Dzemo est Dzemo Merdan ?

5 M. Nobilo (interprétation). - Oui, Dzemo est Dzemo Merdan et

6 Enver est Enver Hadzihasanovic qui était commandant du 3ème Corps d'armée

7 de Bosnie-Herzégovine.

8 M. Blaskic (interprétation). - Nous avons discuté de cette

9 question de l'enfoncement des forces armées à l'intérieur du territoire.

10 Monsieur le Président, si vous le permettez, j'aimerais

11 m'approcher de la maquette.

12 M. le Président. - Allez-y. Si le conseil de l'accusation veut

13 en faire autant... Est-ce qu'il est possible pour le témoin de

14 s'approcher et de parler distinctement ?

15 Je crois que tout le monde est prêt. Maître Nobilo, approchez

16 vous. Le public peut-il voir. C'est possible, la caméra...

17 Nous commençons. Allez-y, Monsieur Blaskic, vous avez la parole.

18 M. Blaskic (interprétation). - Merci, Monsieur le Président.

19 La position du front vis-à-vis des Serbes, que je suis en train

20 de montrer avec le pointeur, n'est pas exacte sur le plan topographique,

21 car la maquette n'est pas absolument exacte à ce niveau.

22 Ce que je vais montrer sur la maquette -j'ai l'intention, si

23 cela est possible, de le montrer sur la carte également-...

24 Je suis en train de montrer l'emplacement de Travnik , ici,

25 c'est la ville de Novi Travnik. Ici, c'est la route principale qui part de

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1 Novi Travnik pour passer par Opara et qui conduit vers Gornji Vakuf.

2 M. Nobilo (interprétation). - Après Gornji Vakuf, où va-t-elle,

3 cette route ?

4 M. Blaskic (interprétation). - A partir de Gornji Vakuf, cette

5 route se poursuit dans la direction de Prozor ou de Jablanica, puis de

6 Mostar.

7 Il y a une deuxième route qui part de Novi Travnik et qui va

8 dans la direction que je suis en train de montrer avec le pointeur. Cette

9 deuxième route passe par Ravno Rostovo pour mener à Bugojno et, à l'est de

10 Bugojno, cette route se poursuit pour se diriger vers Gornji Vakuf,

11 Prozor, Jablanica et Mostar.

12 L'armée serbe contrôlait les sites suivants : le site de Vlasic,

13 le site de Radalj, le site de Komar. Et les forces du premier Corps de

14 Krajina étaient engagées dans les combats. Ils venaient de Banja Luka

15 ainsi que des parties du deuxième Corps d'armée de Krajina qui venait de

16 la ville de Titov Drvar.

17 En face de ces forces serbes, la défense de Travnik a été

18 organisée conjointement, donc par le HVO et l'armée de Bosnie-Herzégovine.

19 La zone opérationnelle de Bosnie centrale était basée à Vitez et le

20 3ème Corps d'armée de Bosnie-Herzégovine avait son poste de commandement à

21 Zenica. Et la défense partait du site que je suis en train de montrer,

22 Plave Vode. C'est là que le commandement conjoint élaborait cette défense.

23 Je corrige un peu cette position, Monsieur le Président, c'est

24 ici que se trouve en fait l'emplacement de Plave Vode, à l'endroit que je

25 montre maintenant. Le commandement conjoint a donc pris en main l'ensemble

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1 du commandement et, à partir du 30 novembre 1992, ce commandement portait

2 sur tous les aspects de la défense, y compris l'engagement des forces de

3 Travnik. A partir du 13 novembre 1992.

4 Entre le site de Lupoglav et le site de Vlaska Gromila se

5 trouvait le front tenu par le HVO et les forces de l'armée de

6 Bosnie-Herzégovine.

7 Mais sur le front de Lopoglav et à Mescema également, il n'y

8 avait pas d'unités de l'armée de Bosnie-Herzégovine stationnée sur cette

9 portion du front, sauf dans quelques villages où les forces moudjahidin,

10 c'est-à-dire des parties de la 7ème Brigade musulmane ainsi que des

11 éléments de la 312ème Brigade chargée de la sécurité des combats

12 existaient. Mais c'est plutôt à Turbe que les forces de l'armée de Bosnie-

13 Herzégovine étaient concentrées. La défense de Travnik s'est donc

14 organisée par secteurs, des secteurs correspondants aux sites les plus

15 importants. Le secteur n° 1 partait de la grande route de Travnik pour

16 aller vers Turbe. A droite de cette route, alors que le secteur 2 était

17 situé à gauche de la route principale allant de Travnik à Turbe.

18 Si les Serbes avaient pris le site de Vilenica, qui se trouve

19 ici, la ville de Travnik serait tombée. Donc cette défense était

20 concentrée sur le site de Vilenica.

21 Ce qui m'a préoccupé au cours du mois de janvier 1993, c'est la

22 chose suivante, à savoir que la voie de communication la plus importante

23 menant de Novi Travnik vers

24 l'Herzegovine, route qui passe par Novi Travnik, Gornji Vakuf, Prozor,

25 Tomislavgrad et Mostar par la suite, qui dans l'autre sens va de

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1 Novi Travnik vers Ravno Rostovo, Bugojno, Gornji Vakuf et Mostar ou plutôt

2 une deuxième route qui passe par Novi Travnik, Rovno, Bugojno et Mostar,

3 ces deux routes étaient occupées par les forces de la 308ème Brigade de

4 l'armée de Bosnie-Herzégovine de Novi Travnik.

5 Autrement dit, sur ce territoire que je montre à présent, et sur

6 cet autre territoire, la totalité de la 308ème Brigade était déployée. Sur

7 le territoire de Ravno Rosto était stationnée une unité de Moudjahidin

8 appartenant à la 7ème Brigade musulmane. Les forces qui se trouvaient au

9 niveau de la voie de circulation principale et qui appartenaient à l'armée

10 de Bosnie-Herzégovine n'étaient pas engagées dans les combats de Travnik.

11 En fait, elles étaient déjà parties à l'intérieur de la région, c'est-à-

12 dire à l'arrière de la ligne de front.

13 M. Nobilo (interprétation). - Comment se fait-il qu'il existait

14 des forces aussi importantes qui n'étaient absolument pas engagées dans

15 les combats contre l'adversaire principal de l'époque, c'est-à-dire les

16 Serbes ?

17 M. Blaskic (interprétation). – C'est une question à laquelle

18 j'ai cherché à répondre moi aussi et j'ai posé la question à ce sujet à

19 l'adjoint du commandant du 3ème Corps d'armée, M. Dzemo Merdan, ainsi qu'au

20 commandant du 3ème Corps de l'armée de Bosnie-Herzégovine, M. Ender

21 Hadzihasanovic lorsque je les ai rencontrés à Zenica, le 21 décembre 1992.

22 La réponse a été que ces mouvements consistaient à créer une force

23 opérationnelle et que pour disposer d'une force opérationnelle, il fallait

24 avoir une armée mobile et dynamique.

25 Ce qui m'intéressait particulièrement, c'était le fait que ces

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1 forces se déplacent vers une autre région. Ce n'était pas vraiment quelque

2 chose de très courant. Au moment où l'on parlait de la nécessité de

3 prendre le contrôle des voies de communication, des voies de circulation,

4 voies de circulation qui, dans toute guerre, revêtent une importance

5 stratégique importante.

6 Compte tenu du fait que la Bosnie comporte de nombreuses zones

7 montagneuses, le contrôle de ces voies de circulation est d'une importance

8 tout à fait vitale.

9 La 306ème Brigade de l'armée de Bosnie-Herzégovine, dont le poste

10 de commandement était à Han Bila, était déployée sur le plan opérationnel

11 vers le nord, c'est-à-dire à portée de la route Han Bila-Mehuric. Le poste

12 de commandement de cette Brigade, la caserne correspondant à cette Brigade

13 également se trouvait sur la seule voie de communication que l'on voit ici

14 sur la maquette, voie de communication qui part de Travnik pour passer par

15 Guca Gora, Han Bila, en traversant Stranjani, Cajdras pour arriver à

16 Zenica. Donc, si l'on veut partir de Travnik pour se diriger vers Zenica,

17 on utilise cette route et on arrive à Zenica. C'est également la route

18 utilisée pour toute communication.

19 Outre la 306ème Brigade de Han Bila, une autre Brigade a été

20 créée à Mehuric à l'emplacement que je suis en train de montrer avec le

21 pointeur sur la maquette. Cette position n'est pas absolument exacte. Elle

22 devrait se situer un peu plus loin. Cela étant, je l'indique quand même

23 pour donner une idée de l'orientation par rapport à l'ensemble de la

24 maquette.

25 La 27ème Brigade de Krajina se composait pour l'essentiel de

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1 Bosniens musulmans qui avaient été expulsés de Banja Luka et, dans la

2 ville de Travnik, on avait la 17ème Brigade de Krajina, également composée

3 de réfugiés de la Krajina, c'est-à-dire de Sanski Most, de Prijedor et

4 d'autres localités et qui résultait de la jonction entre la 1ère et la

5 7ème Brigade. Sa caserne était à Travnik.

6 A Travnik, il y avait également des Moudjahidin appartenant à la

7 7ème Brigade musulmane dont les effectifs étaient ceux d'une Brigade et,

8 sur le front contre les Serbes, assurant la défense de Travnik avec un

9 bataillon de l'armée de..., avec les forces du HVO. Il y avait donc un

10 bataillon de l'armée de Bosnie-Herzégovine.

11 L'unité suivante dont je vais parler est la 325ème Brigade de

12 l'armée de Bosnie-Herzégovine dont les forces étaient réparties en

13 plusieurs bataillons. Un bataillon était stationné

14 à Kruscica. Je crois que c'était le deuxième bataillon. Un autre bataillon

15 était stationné à Poculica. Ces compagnies se trouvaient à Poculica et à

16 Vrhovine ou, plus précisément, ici à Prnjavor. Il avait une compagnie à

17 Sljivcica, c'est-à-dire l'endroit que j'indique actuellement, une autre à

18 Sivrino Selo et la troisième compagnie se trouvait à Ahmici.

19 Ce bataillon, dans la composition que je viens d'indiquer,

20 déployait comme je viens de l'indiquer et contrôlait la route qui va de

21 Vitez à Vjetrenice et Zenica.

22 Le bataillon suivant dont le poste de commandement était à Bukve

23 et qui relevait également de la 325ème Brigade avait ses compagnies

24 déployées à Bukve, Grbavica, Preocica et commandait l'une des routes

25 secondaires de la région qui mène également à Zenica.

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1 Les forces de la 333ème Brigade de Busovaca...

2 M. Nobilo (interprétation). - De l'armée de Bosnie-Herzégovine ?

3 M. Blaskic (interprétation). - Oui, de l'armée de Bosnie-

4 Herzégovine, dont le poste de commandement se trouvait à Kacuni, étaient

5 déployées comme suit : un bataillon à Kacuni et un bataillon à Sudine et

6 un 3ème Bataillon sur la route principale qui mène de Zenica à Lasva pour

7 arriver jusqu'à Kaonik et Busovaca. Le poste de commandement de ce

8 bataillon se trouvait dans le village de Grablje.

9 J'aimerais indiquer également qu'à Vitez, plus précisément, à

10 Stari Vitez était stationnée une unité de Moudjahidins. A Poculica

11 également, cette unité avait aux alentours de 100 hommes, comptait aux

12 environs de cent hommes, et avait été déployée fin janvier 1993. A

13 Fojnica, il y avait la 310ème Brigade stationnée au début de l'année 1993,

14 mais un bataillon de cette Brigade était responsable de la route Fojnica,

15 Lucice, Zivcici, Mehuric, Kacuni.

16 Dans le village de Dragacici, il y avait également une unité de

17 Moudjahidin. Ensuite, les forces de la 323ème Brigade de l'armée de Bosnie-

18 Herzégovine, ultérieurement, stationnaient à Bilalovac, à la fin de 1993.

19 M. Nobilo (interprétation). - Fin 1993, ou fin 1992 ?

20 M. Blaskic (interprétation). - Fin 1993, ou plus précisément fin

21 janvier 1993. A partir du 25 janvier 1993. Et puis des forces qui étaient

22 également intéressantes à nos yeux étaient les forces de la 302ème Brigade

23 qui relevaient du groupe opérationnel de Visoko. Ce groupe de la force

24 opérationnelle de Visoko dépendait des ordres de l'état-major principal de

25 l'armée de Bosnie-Herzégovine et avait été affecté par un ordre de cet

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1 état-major principal de l'armée de Bosnie-Herzégovine au 3ème Corps

2 d'armée, alors que précédemment, elle relevait du 1er Corps.

3 Malheureusement, sur la maquette, nous ne pouvons pas voir la ville de

4 Kakanj.

5 J'aimerais la montrer sur la carte car Kakanj est important pour

6 nous.

7 La 309ème Brigade était celle de Kakanj et à Dobrinje qui se

8 trouve sur la route de Kakanj à Zenica se trouvait le camp d'entraînement

9 des Moudjahidin, ainsi que dans le centre de montagne de Pogorelica que je

10 montre ici. Il y avait, là aussi, un camp d'entraînement des Moudjahidin

11 et une unité de Moudjahidin était stationnée dans la municipalité de

12 Konjic. Tout cela est important parce qu'à partir de Vitez, un grand

13 nombre de voies de communication mènent vers Mostar et là, nous parlons de

14 la deuxième route qui va vers le sud, vers Mostar. Donc en partant de

15 Kiseljak, on peut passer par Kresevo, Tarcin, Konjic et Jablanica pour

16 arriver jusqu'à Mostar. Cela c'est une route.

17 La deuxième route part de Fojnica pour passer par Dusina,

18 Pogorelica, Buturic Polje, Konjic.

19 Une troisième route par de Fojnica en passant par Dezevice pour

20 traverser le mont Lopata, passer par Blinje, Tarcin et arriver à Konjic.

21 Une quatrième route part de Fojnica, passe par Sebesic et arrive

22 à Novi Travnik.

23 M. Nobilo (interprétation). – Selon vous, en janvier 1993, sur

24 l'ensemble du territoire dont vous venez de parler, combien l'armée de

25 Bosnie-Herzégovine comptait-elle de soldats organisés dans les Brigades

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1 que vous venez d'évoquer ? Et combien avait-elle de soldats participant au

2 combat contre les forces de la Republika Srpska ?

3 M. Blaskic (interprétation). - Selon nos informations, il y

4 avait entre 29 000 et 33 000 soldats dans toute cette région. Et sur la

5 ligne de front, vers Travnik, donc sur la ligne de front entre Novi

6 Travnik et Travnik, à notre avis, 1 500 soldats étaient mobilisés sur

7 place.

8 M. Nobilo (interprétation). - A la même époque, avec

9 l'augmentation, ou plutôt avec le déploiement des unités de l'armée de

10 Bosnie-Herzégovine sur le territoire et sur les axes de communication qui

11 étaient d'importance tout à fait vitale à la fois pour l'armée de Bosnie-

12 Herzégovine et pour le HVO, des postes de contrôle ont été établis en

13 janvier 1993 et occupés par des hommes armés ? Où et pourquoi ces postes

14 de contrôle ont-ils été érigés ?

15 M. Blaskic (interprétation). – A l'époque, nous avons souvent

16 parlé de ces postes de contrôle et de leur fonction. Les postes dont je

17 vais parler maintenant n'étaient pas des postes de contrôle érigés par la

18 police. Vous pouvez apercevoir généralement un véhicule de police et deux

19 policiers s'occupant de la circulation. Il s'agissait de postes de

20 contrôle tout à fait classiques d'un point de vue militaire.

21 Sur la gauche ou sur la droite de ce poste, il y avait quelques

22 fortifications, quelques abris où l'on voyait des soldats déployés selon

23 un schéma de combat et ces soldats avaient pour mission de surveiller ces

24 postes de contrôle.

25 D'autre part, les soldats contrôlaient complètement les voies de

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1 communication et pas seulement les routes, mais également les zones qui se

2 trouvaient des deux côtés de la route. Ils avaient donc un contrôle plein

3 et entier de cette zone. Les postes de contrôle rendaient le passage

4 difficile et cela dépendait des soldats qui se trouvaient au poste de

5 contrôle et des ordres qu'ils avaient reçus. Parfois, ils pouvaient

6 stopper complètement tout passage sur ces différentes voies de

7 communication.

8 Le 2 janvier 1993, le poste de contrôle de Mehuric a été mis en

9 place. Ce poste empêchait toute communication vers le village de Miletic

10 et tout passage vers les positions militaires à Vlasko et Gromila.

11 Jusqu'au 14 janvier 1993, un poste de contrôle a été établi à l'école de

12 Vodovod sur la municipalité de Novi Travnik, sur la route allant de

13 Novi Travnik à Bugojno.

14 A ce poste, dans le bâtiment de l'école, il y avait quelque deux

15 cents soldats de l'armée de Bosnie-Herzégovine. Le fait même qu'il y avait

16 tant de soldats à ce poste de contrôle, à savoir deux cents, montrait bien

17 que leur intention n'était pas seulement de superviser la circulation.

18 Jusqu'au 14 janvier 1993, la 308è Brigade a lancé une attaque

19 contre la position de Modenik qui avait été conquise par le HVO. Dans le

20 village de Sebecic. Par la suite, ils ont pris le contrôle de ce point de

21 Modenik. Un autre poste a été érigé également à Pavlovica, le 18 janvier

22 1993.

23 Le 20 janvier, on nous a informés qu'un poste de contrôle avait

24 été érigé à nouveau à Opara.

25 M. Nobilo (interprétation). - A quelle voie de communication

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1 ceci correspond-il ?

2 M. Blaskic (interprétation). – C'est la voie de communication

3 entre Travnik et Gornji Vakuf. C'est la voie de communication entre Novi

4 Travnik et Gornji Vakuf et c'est l'axe de communication qui passe par

5 Ravno Rostovo et qui va de Novi Travnik jusqu'à Bugojno. Le poste de

6 contrôle érigé par l'armée de Bosnie-Herzégovine à Kruscica l'a été le

7 20 janvier 1993.

8 M. Nobilo (interprétation). - Afin de préciser le compte rendu,

9 il est temps d'indiquer que les drapeaux verts sont les postes de contrôle

10 de l'armée de Bosnie-Herzégovine, les drapeaux bleus indiquent les

11 positions du HVO, les points rouges indiquent Republika Srpska, alors que

12 les obstacles jaunes sur les routes sont les postes de contrôle, n'est-ce

13 pas ?

14 M. Blaskic (interprétation). – Oui, tout à fait.

15 M. Nobilo (interprétation). – Veuillez poursuivre.

16 M. Blaskic (interprétation). – Les ou le poste de contrôle de

17 Kacuni a été érigé le 21 janvier 1993 et il a été renforcé pas l'effectif

18 d'une compagnie de soldats de la 17ème Brigade de Krajina de Travnik. Le

19 poste de contrôle dans le village de Donji Bukovci, sur la route

20 principale entre Kacuni et Bila Lovas, enfin sur la route de Vitez-

21 Busovaca-Kiseljak, a été érigé le 27 janvier 1993 selon les informations

22 que j'ai reçues personnellement.

23 Le poste de contrôle de Maglaj à la position de Sehitluci a été

24 mis en place le 29 janvier 1993. Le poste de contrôle de Bilalovac a été

25 établi le 29 janvier 1993.

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1 M. Nobilo (interprétation). - Si l'on regarde attentivement ces

2 postes de contrôle et le déploiement de l'armée de Bosnie-Herzégovine,

3 avec le recul et l'expérience que vous avez acquise, avec les événements

4 qui se sont produits par la suite, que pouvez-vous dire de votre situation

5 militaire à l'époque étant donné les circonstances prévalant dans un

6 conflit éventuel avec l'armée de Bosnie-Herzégovine, quelle aurait été

7 votre position ?

8 M. Blaskic (interprétation). - Si la tâche de chacun des

9 commandants était d'assurer une bonne communication avec le grand état-

10 major, c'est bien ce qui s'est passé d'ailleurs, il ne nous restait aucun

11 axe de communication libre avec le grand état-major à Mostar, qui donc

12 était contrôlé par le HVO.

13 D'autre part, l'armée disposait de certains axes de

14 communication, je parle du 3ème Corps, qu'elle a pu utiliser pour obtenir

15 certains approvisionnements et notamment après le 12 janvier 1993 et au

16 cours du conflit qui a eu lieu à Konjic et à Gornji Vakuf. En fait, ce

17 déploiement des forces a divisé la zone opérationnelle de Bosnie centrale

18 en différentes enclaves. Mais, étant donné le positionnement et le

19 déploiement des forces du 4ème Corps de Bosnie-Herzégovine à Konjic et des

20 forces du 3ème Corps à Gornji Vakuf, les enclaves étaient totalement

21 isolées vis-à-vis des centres d'approvisionnement qui se trouvaient plus

22 au sud.

23 M. Nobilo (interprétation). - Avant de décrire la suite des

24 événements, nous demanderons au technicien de prendre une photo de la

25 situation telle qu'elle est décrite en janvier 1993. Nous pouvons regagner

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1 nos sièges et poursuivre l'interrogatoire de l'endroit où nous nous

2 trouvons.

3 Vous avez déclaré que le 12 janvier 1993, une véritable guerre,

4 un véritable conflit armé a débuté entre l'armée de Bosnie-Herzégovine et

5 le HVO à Konjic et à Gornji Vakuf ?

6 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

7 M. Nobilo (interprétation). - Quelles informations avez-vous

8 reçues à ce moment-là et quelle a été la signification, le sens de cet

9 événement pour vous ?

10 M. Blaskic (interprétation). - Nous n'avons reçu des

11 informations sur ce conflit que le 12 janvier 1993. Le conflit avait sans

12 doute eu lieu quelques jours auparavant. Si je peux me permettre,

13 Monsieur le Président, je souhaiterais utiliser la carte.

14 M. le Président. - Personnellement, pour moi, ce serait plus

15 lisible.

16 M. Dubuisson. - Pour le transcript, cette carte porte le

17 N° D540.

18 M. Kehoe (interprétation) - Excusez-moi, Monsieur le Président,

19 y aura-t-il une pièce pour la photo qui vient d'être prise de la maquette.

20 M. le Président. - Je suppose qu'il y aura une photo avec un

21 numéro.

22 M. Nobilo (interprétation). - Plus tard, effectivement, nous

23 allons recevoir la photographie et, lorsque nous l'aurons reçue, nous lui

24 attribuerons une cote. Je crois que c'est plus simple de procéder ainsi.

25 M. Dubuisson. - Le problème se pose, nous ne savons pas de

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1 quelle photo il s'agit. Nous profiterons de la pause pour pouvoir

2 déterminer exactement de quelle photo il s'agit.

3 M. le Président. - Il faudra surtout que cette photo soit

4 individualisée par rapport à un commentaire. Il faut que cela corresponde

5 à un moment du commentaire de l'accusé. Sinon, ce ne sera qu'une photo de

6 plus de la maquette. C'est votre problème.

7 On se tourne à présent vers le général Blaskic : continuez à

8 suivre la carte en essayant de bien montrer comment la stratégie, que vous

9 prétendez avoir été celle de l'armée de Bosnie-Herzégovine, a mené aux

10 enclaves et a mené à aller vers l'arrière des positions du HVO et moins se

11 tourner vers l'agresseur commun, la Republika Srpska et a donc entamé le

12 conflit. C'est cela qui aiderait les Juges et que l'on voit bien sur la

13 carte.

14 M. Blaskic (interprétation). – Monsieur le Président,

15 Messieurs les Juges, afin de mieux nous orienter, je regarde ici

16 Novi Travnik, je montre la route de Novi Travnik qui part avenue Rostov

17 vers Bugojno et, à partir de Bugojno, continue vers Gornji Vakuf. C'est le

18 premier Bataillon de la 308ème brigade de l'armée de Bosnie-Herzégovine de

19 Novi Travnik qui devait surveiller ce tronçon de route.

20 Et au motel de Ravno Rostovo, c'est la brigade des Moudjahidin,

21 l'unité des Moudjahidin de la 7ème brigade musulmane qui se trouvait là.

22 Les 2ème et 3ème bataillons de la 308ème brigade de Novi Travnik

23 ouvraient la route menant de Novi Travnik par Opara et vers Gornji Vakuf

24 une fois de plus.

25 Le conflit entre le HVO et l'armée de Bosnie-Herzégovine à

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1 Gornji Vakuf incluait des forces du 4ème Corps d'armée -les forces du

2 3ème, bien sûr, étaient engagées dans le conflit de Zenica- et les forces

3 du nord-ouest d'Herzégovine, les forces de Tomislavgrad, alors que les

4 unités que je dirigeais moi-même n'ont pas participé au conflit qui a eu

5 lieu à Gornji Vakuf.

6 Simultanément, à Konjic, la situation était plus ou moins

7 identique. Malheureusement, je n'ai pas de carte indiquant Konjic mais, si

8 cela est nécessaire, nous pouvons présenter une carte de cette région

9 également.

10 Voilà Kiseljak, je montre Kiseljak avec le pointeur. Nous avons

11 dit que la route passait par Kresevo, Blinje, Tarcin, Konjic, et la route

12 continue vers Konjic. C'est un tronçon surveillé par la 9ème brigade de

13 montagne de l'armée de Bosnie-Herzégovine. Son commandement se trouvait à

14 Tarcin.

15 Il y avait également certaines sections de la 105ème brigade de

16 montagne dont le commandement se trouvait à Pazaric. Cependant, le conflit

17 à Konjic a éclaté à cause de la 45ème brigade de montagne à Konjic même et

18 certaines parties de la 4ème brigade musulmane.

19 Pour nous, pour le HVO, dans la zone opérationnelle de Bosnie

20 centrale, c'était une opération très importante parce que tous les autres

21 axes de communication ont été coupés..., qui venaient de Kiseljak vers

22 Konjic en passant par Kresevo, qui se rendaient également vers Mostar, ou

23 bien qui partaient de Kiseljak, via Fojnica, Dusina, Pogorelica vers

24 Konjic une fois de plus.

25 M. Nobilo (interprétation). - En d'autres termes, si l'armée de

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1 Bosnie-Herzégovine établissait une ligne de front et bloquait Konjic et

2 Gornji Vakuf, pouviez-vous vous rendre en Herzégovine pour obtenir

3 l'approvisionnement, des moyens logistiques, etc. ?

4 M. Blaskic (interprétation). - Non, nous ne le pouvions pas

5 parce que la zone était contrôlée par l'armée de Bosnie-Herzégovine.

6 J'aimerais ajouter à ce stade que non seulement nous n'avions

7 aucun lien entre la zone opérationnelle de Bosnie centrale et le sud où a

8 eu lieu ce déploiement, mais également avec les différentes positions, les

9 différents postes de contrôle de Kacuni, de Donji Bukovci, Bilalovac,

10 Mali Raj.

11 Une nouvelle ligne de communication a été ouverte à ce

12 moment-là ; ce qui était, en fait, un corridor de 10 à 12 kilomètres de

13 large, qui allait de Kacuni jusqu'à Bilalovac. Ce corridor, d'un point de

14 vue opérationnel, liait les forces du 3ème Corps de Zenica et les forces

15 du 4ème Corps de l'armée de Bosnie-Herzégovine stationnées à Mostar ; à

16 partir du mois d'avril 1993, avec les forces du 6ème Corps de l'armée de

17 Bosnie-Herzégovine dont le poste de commandement se trouvait à Fojnica.

18 M. Nobilo (interprétation). - L'attaque, l'agression dont vous

19 allez parler, qui s'est produite le 25 janvier 1993 contre Bilalovac et

20 Kacuni, et la création de ce corridor étaient d'une importance vitale pour

21 l'armée de Bosnie-Herzégovine si celle-ci souhaitait que les troupes de

22 ces différents Corps d'armée se rejoignent ?

23 M. Blaskic (interprétation). - Tout à fait exact. C'était un

24 objectif crucial, stratégique parce que si cet objectif était rempli,

25 l'armée de Bosnie-Herzégovine pouvait regrouper le 3ème Corps de Zenica

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1 avec le 6ème Corps de Fojnica, le 4ème Corps de Mostar mais également avec

2 les forces qui se trouvaient sur le mont Igman, forces du commandement

3 suprême et de son état-major. Et très peu de temps après, le commandement

4 suprême de l'armée de Bosnie-Herzégovine, après ses différents succès, a

5 été transféré à Zenica, dans le bâtiment du théâtre.

6 M. Nobilo (interprétation). - Ce conflit du 21, à Kacuni, à

7 Bilalovac, a-t-il été provoqué par cet incident ou bien est-il le résultat

8 de l'évolution militaire qui a eu lieu dans la région ?

9 M. Blaskic (interprétation). - Non, ce n'était pas un incident

10 inattendu, d'autant plus que le quartier général du commandement suprême,

11 avant le conflit, a décidé de subordonner le groupe opérationnel de Visoko

12 au 3ème Corps d'armée. Ceci s'est produit le 18 janvier 1993. Ce qui veut

13 dire, sur le terrain, entre Zenica et Visoko, l'endroit où le combat

14 allait se dérouler, entre Kacuni et Bilalovac. Cela veut dire qu'un

15 commandement a été mis en place, le quartier général du 3ème Corps se

16 trouvant à Zenica et son objectif était de diriger cette opération, de

17 superviser l'opération et les opérations de combats. C'était une région

18 limitée du point de vue de la superficie mais importante d'un point de vue

19 stratégique.

20 M. Nobilo (interprétation). - Après nous avoir donné une

21 description de la situation générale et expliqué l'évolution militaire

22 logique des événements, nous allons parler des événements qui ont précédé

23 le conflit lui-même. J'aimerais que la pièce de l'accusation 456/83 soit

24 présentée.

25 Il s'agit d'une pièce de l'accusation, un ordre de

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1 Milivoj Petkovic qui a été envoyé à Prozor Konjic, Jablanica, Gornji

2 Vakuf, Travnik, Busovaca et Konjic. Avant de passer à la teneur même de

3 cet ordre et à vos remarques sur ce document, pouvez-vous me dire ce que

4 vous avez ressenti en tant que soldat quand le commandant du grand état-

5 major ne délivre pas d'ordre à votre intention en tant que commandant de

6 la zone opérationnelle, mais aux unités qui vous étaient subordonnées

7 directement (Busovaca, Travnik, etc.) ? Comment avez-vous interprété cette

8 démarche ?

9 M. Blaskic (interprétation). - C'est ainsi qu'était structurée

10 la zone opérationnelle à ce moment-là. Il aurait été normal que l'ordre

11 soit envoyé au commandant de la zone opérationnelle de Vitez. Cependant,

12 nous voyons ici qu'il y a trois destinataires différents. Cela vous montre

13 d'ailleurs notre organisation et notre structure parce que simultanément

14 aux événements qui se passaient sur le front, nous essayions de former une

15 armée, de regrouper la population qui s'était armée, et nous avions besoin

16 d'un peu plus de temps afin de parvenir à cet objectif.

17 M. Nobilo (interprétation). - J'aimerais vous lire cet ordre

18 afin que vous nous disiez dans quelles circonstances cet ordre a été

19 donné. Le titre est : "Afin d'éviter les incidents".

20 "Ordre : Etant donné la détérioration des relations entre

21 Croates et Musulmans au cours de ces derniers jours et afin d'éviter des

22 conflits qui seraient nuisibles aux deux parties, j'ordonne la chose

23 suivante :..."

24 C'est un ordre du 13 janvier 1993.

25 M. Blaskic (interprétation). - Oui, du 13 janvier 1993.

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1 M. Nobilo (interprétation). - Donc, "J'ordonne la chose

2 suivante :

3 1. Tous les commandements du HVO doivent analyser les causes des

4 conflits ayant éclaté sur leur territoire.

5 2. Ils doivent établir immédiatement des contacts avec les

6 Musulmans et résoudre tout problème pouvant apparaître et ce grâce à la

7 discussion.

8 3. Prévenir des tentatives éventuelles de commandants

9 subordonnés visant à résoudre les problèmes par la force.

10 4. Lorsque cela est possible, créer des équipes conjointes avec

11 les Musulmans afin de résoudre des conflits anciens ou nouveaux.

12 5. Déployer des efforts conjoints afin d'éliminer les barrages

13 routiers et de démanteler les postes de contrôle nouvellement établis.

14 6. Proposer que le commandement organise au moins une réunion

15 quotidienne afin d'analyser la situation sur le terrain et de proposer des

16 mesures conjointes.

17 7. Soumettre des rapports réguliers et des rapports d'urgence

18 sur la situation sur le terrain.

19 Chef d'état-major du HVO de la communauté croate de

20 Herceg-Bosna, général, Général Milivoj Petkovic."

21 Général, sur la base de cet ordre, semble-t-il que le général

22 Petkovic ne comprenne pas l'évolution de la situation du point

23 opérationnel et qu'il ne traite pas cette série d'incidents comme il

24 devrait le faire ?

25 M. Blaskic (interprétation). - Oui, effectivement, c'est une

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1 bonne interprétation avec le recul et lorsqu'on connaît ce qui va se

2 produire plus tard. Cependant, il est clair que la situation ne prenait

3 pas le tour que le général Milivoj Petkovic pensait qu'elle prenait.

4 Parce que nous avons eu plusieurs réunions, moi-même et Dzemo du

5 3ème Corps d'armée, presque tous les jours jusqu'à la fin de 1992... Moi,

6 j'étais à mon poste de commandement à Travnik pendant toute cette période,

7 même si le quartier général à l'époque se trouvait à Vitez. Et nous avons

8 tenté, par le biais de la commission conjointe, de déterminer quelles

9 étaient les causes du conflit à Novi Travnik en octobre 1992. Mais cette

10 commission a cessé ses activités parce que les représentants de l'armée de

11 Bosnie-Herzégovine de Novi Travnik ont cessé d'y participer.

12 Afin de calmer cette situation, en janvier 1993, nous avons été

13 assistés et aidés par la Forpronu également. La Forpronu a convoqué des

14 réunions réunissant les représentants des

15 commandements des deux côtés, de l'armée de Bosnie-Herzégovine et du HVO.

16 C'est par la voie du dialogue que nous avons essayé de surmonter ces

17 nombreux incidents ainsi que les conflits qui se produisaient.

18 Pour ce qui me concerne, j'ai pensé qu'un conflit pouvait se

19 reproduire, éclater de nouveau à Novi Travnik ou à Busovaca.

20 C'est la raison pour laquelle j'ai insisté auprès du chef

21 d'état-major principal d'amener des commandants des municipalités

22 voisines. Dans un des nombreux entretiens que j'ai eus avec lui, le

23 colonel Stewart, m'a dit : "Mais enfin, pourquoi encore Novi Travnik ?"

24 C'est de ce commentaire que j'ai pu déduire que, lui aussi, s'était

25 entièrement focalisé sur Novi Travnik qui, en janvier 1993, a connu un

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1 grand nombre d'incidents.

2 M. Nobilo (interprétation). – Général, vous-même, avez-vous agi

3 selon la décision de Milivoj Petkovic du 13 janvier 1993 ? Avez-vous

4 essayé d'appliquer ce qui vous a été ordonné par le chef d'état-major

5 suprême ?

6 M. Blaskic (interprétation). – Oui, c'est ainsi que j'ai agi. A

7 la réunion du 14 janvier 1993, ceci a fait l'objet de nos discussions

8 menées avec tous les commandants des Brigades. A ce moment, nous avons

9 revu en détail cet ordre et nous avons essayé d'agir en conséquence.

10 M. Nobilo (interprétation). - Je voudrais revenir sur une autre

11 pièce du Procureur, 456/6. Peut-on présenter la pièce sur le

12 rétroprojecteur ?

13 Il s'agit donc d'un ordre qui émane de vous-même, en date du

14 16 janvier 1993, à 11 heures 40, à toute une série d'unités dont les

15 unités spéciales. En tête figurent les unités de la zone opérationnelle de

16 Bosnie centrale et, par la suite, figurent les unités spéciales Bruno

17 Busic, Ludvig Pavlovic et l'unité de Vitezovi. Cet ordre est adressé

18 également au centre de police de Travnik et au 4ème Bataillon de la police

19 de Vitez.

20 Avant de passer au contenu de ce document, pouvez-vous nous dire

21 parmi ces unités lesquelles vous sont subordonnées et lesquelles ne vous

22 sont subordonnées que temporairement. Je me réfère à ce que vous en avez

23 dit aujourd'hui en début d'audience.

24 M. Blaskic (interprétation). - Il ressort clairement des

25 destinataires, de la liste des destinataires, où il est indiqué "à toutes

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1 les unités de la zone opérationnelle de Bosnie centrale"...

2 M. Nobilo (interprétation). - Il s'agit de quelles unités ?

3 M. Blaskic (interprétation). - Ce sont toutes les unités du HVO

4 dans la zone opérationnelle de Bosnie centrale qui me sont directement

5 subordonnées. Il s'agit donc des Brigades du HVO qui me sont directement

6 subordonnées. Elles font partie intégrante de la zone opérationnelle de

7 Bosnie centrale. Ici, on voit, à part, figurer les unités de Bruno Busic,

8 Ludvig Pavlovic, l'unité de Vitezovi, le bureau de la police de Travnik

9 ainsi que le 4ème Bataillon de la police militaire de Vitez.

10 M. Nobilo (interprétation). - Et vous étiez en droit de

11 commander ces unités sur la base de quoi ?

12 M. Blaskic (interprétation). - J'ai reçu l'ordre émanant du

13 grand état-major et -on le voit ici dans le sous-titre- il s'agit d'un

14 ordre sous le N° 01-66/93, en date du 15 janvier 1993. Dans cet ordre, les

15 unités que nous venons de mentionner et s'agissant de l'augmentation du

16 niveau de préparation au combat m'ont été subordonnées afin de mener à

17 bien cette opération-là.

18 M. Nobilo (interprétation). - Le bureau de la police civile

19 disposait également d'une unité armée dont le niveau de préparation aux

20 combats a dû être élevé ?

21 M. Blaskic (interprétation). - Le bureau de la police basée à

22 Travnik disposait également d'une unité spéciale qui comptait au plus

23 30 policiers civils. Il s'agissait d'une unité de combat.

24 M. Nobilo (interprétation). – Ici, on voit figurer sur le

25 document "Préparation maximale aux combats de toutes les unités du HVO

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1 dans la zone opérationnelle de Bosnie centrale, ordre".

2 Je vais vous donner lecture de cet ordre et je vous demanderai

3 d'émettre vos commentaires par la suite. Je lis : "Sur la base du combat

4 émanant du commandement du grand état-major de Mostar, n°01-66/93, du 15

5 janvier 1993, à cause d'une agression ouverte et sournoise des forces

6 musulmanes sur l'ensemble du territoire de la communauté croate d'Herceg-

7 Bosnie qui a déjà provoqué la mort de dizaines de soldats du HVO ainsi que

8 de nombreux blessés où les maisons croates sont incendiées et où la

9 population croate est chassée, afin de défendre le peuple et le territoire

10 de la communauté croate de Herzeg-Bosnie, j'émets l'ordre suivant..."

11 Je vous demande : sur le territoire de la zone opérationnelle, à

12 la date du 16 janvier, est-ce qu'il y a eu des cas d'incendie de maisons

13 ou non ? Et s'il n'y en a pas eu, pour quelles raisons vouliez-vous

14 augmenter le niveau de préparation au combat des unités ? Est-ce qu'il y a

15 eu des conflits avec les Musulmans à la date de 16 janvier, oui ou non ?

16 C'est ma première question.

17 Pour quelle raison demandez-vous le niveau maximal de

18 préparation de vos unités ? Pour quelles raisons ? Je voudrais entendre

19 vos raisons.

20 M. Blaskic (interprétation). - En premier lieu, je dois dire

21 qu'il n'y a pas eu de conflit dans la zone opérationnelle de Bosnie

22 centrale, mais dans le conflit qui engageait le 3ème Corps de Zenica et

23 ceci à Gornji Vakuf. Il y a participé directement avec ses hommes. L'ordre

24 que nous avons ici, je l'ai émis. Pourquoi ?

25 Premièrement, parce que j'y étais obligé vu que je venais de

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1 recevoir un ordre émanant du grand état-major s'agissant de l'augmentation

2 du niveau de préparation au combat des unités. Puisque dans la

3 municipalité voisine de Gornji Vakuf, les combats étaient en cours,

4 c'était tout à fait logique, militairement, c'était un devoir logique qui

5 m'incombait puisque Gornji Vakuf est limitrophe de Novi Travnik, de

6 Fojnica, de Vitez, voire même de Busovaca.

7 M. Nobilo (interprétation). - Il s'agit des municipalités qui

8 relèvent de votre zone opérationnelle ?

9 M. Blaskic (interprétation). - Oui, de ma zone opérationnelle,

10 il s'agit d'un territoire qui se trouve derrière mon dos, au sud.

11 M. Nobilo (interprétation). - Cet ordre, au moment où il est

12 émis, est-ce qu'il a un lien quelconque avec les conflits de Busovaca....

13 A la date du 25 janvier ?

14 M. Blaskic (interprétation). - Non. Cet ordre et l'augmentation

15 du niveau de préparation de combat n'ont rien à voir avec la situation et

16 le conflit de Busovaca. Il suffit peut-être de se référer au point 2 où il

17 est dit que les formations doivent être mobiles au maximum. Ce point n'a

18 pas pu être mis en oeuvre, voire jusqu'à la fin de 1995, dans les unités

19 des Domo brani, des gardes locaux.

20 Il est très clair que cet ordre ne pouvait pas être appliqué, du

21 moins pour le point 2. Jamais, nous n'avons pu trouver d'hébergement

22 commun, de caserne. Suite à la signature des accords de Washington, cela

23 s'est révélé.

24 M. Nobilo (interprétation). - Quand vous dites que cet ordre a

25 été retapé, vous dites que vous n'avez fait que copier l'ordre que vous

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1 avez reçu du général Petrovic du grand état-major.

2 M. Blaskic (interprétation). - Oui, tout à fait, nous étions

3 obligés de faire suivre cet ordre, tout en étant conscients que certains

4 points de cet ordre ne pouvaient pas être appliqués vu les circonstances.

5 M. Nobilo (interprétation). - Vous considérez néanmoins que le

6 fait d'émettre cet ordre dans une situation de combat -ou dans une

7 municipalité voisine il y a un conflit qui est en cours- entre le HVO et

8 le 3ème Corps de l'armée de Bosnie-Herzégovine, c'était quelque chose de

9 logique ?

10 M. Blaskic (interprétation). - C'était une mesure nécessaire et

11 nous n'avons fait que demander d'augmenter le niveau de préparation au

12 combat.

13 M. le Président. - L'audience est suspendue.

14 L'audience, suspendue à 16 heures 45, est reprise à 17 heures 10.

15 M. le Président. - Nous reprenons l'audience. Asseyez-vous.

16 M. Nobilo (interprétation). - Général, je vous demandais ce qui

17 découlait de l'ordre de Petkovic, de l'ordre du chef du grand état-major.

18 Vous m'avez dit que M. Petkovic n'a pas parlé d'une guerre avec l'armée de

19 Bosnie-Herzégovine. Il a considéré qu'il s'agissait d'incidents. Quelle

20 était votre opinion, à vous, à l'époque, en tant que stratège militaire ?

21 Avez-vous réussi à anticiper ce fait qu'il allait y avoir une guerre avec

22 l'armée de Bosnie-Herzégovine ? Dites-moi, en tout état de cause, quelle

23 était votre opinion par rapport à l'armée de Bosnie-Herzégovine.

24 M. Blaskic (interprétation). - Je dois dire, avant tout, que mon

25 opinion correspondait à celle du commandant Petkovic. Je ne m'attendais

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1 pas à une guerre avec l'armée de Bosnie-Herzégovine. J'étais, avant tout,

2 concentré sur la défense de Travnik, de Maglaj et d'Olovo. La ville

3 d'Olovo est une ville peuplée majoritairement de Musulmans bosniens, c'est

4 là que nous avons aidé par tous les moyens à notre disposition pour que

5 cette ville reste sous le contrôle de l'armée de Bosnie-Herzégovine et le

6 contrôle des unités du HVO. C'était là que nous étions engagés.

7 Comme je vous l'ai déjà dit, je supposais que des incidents

8 pouvaient se produire à Novi Travnik, mais je n'ai pas prévu cette guerre

9 en janvier 1993. Par rapport à l'évolution de la situation sur le plan

10 opérationnel, je peux dire qu'il était manifeste de les forces du

11 3ème Corps de l'armée de Bosnie-Herzégovine, renforcées par certaines

12 unités venues du 1er Corps, organisées au sein du groupe opérationnel de

13 Visoko, disposaient d'une position opérationnelle bien meilleure que ne

14 l'était celle du HVO dans la zone opérationnelle de Bosnie centrale.

15 De fait, avant ce conflit, ce combat, sur le plan opérationnel,

16 nous avions déjà perdu ce combat.

17 M. Nobilo (interprétation). - De l'évolution opérationnelle des

18 unités de l'armée de Bosnie-Herzégovine, en janvier, vous dites qu'il

19 ressort clairement que vous avez perdu ce combat. Pouvez-vous l'expliquer

20 plus en détail et, si nécessaire, vous pouvez utiliser la pièce de la

21 défense D539, il s'agit de la carte que nous avons versée la semaine

22 dernière.

23 M. Blaskic (interprétation). – Oui, tout à fait, la carte

24 pourrait m'aider.

25 M. Nobilo (interprétation). - La portion de la carte qui montre

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1 Jablanica, Prozor, Konjic et Mostar. Vous pouvez utiliser à la fois la

2 carte et la maquette.

3 M. Blaskic (interprétation). – Je suis en train de montrer

4 Vitez, le commandement de la zone opérationnelle, Mostar, le centre de

5 logistique et l'état-major principal du HVO.

6 M. Nobilo (interprétation). - Nous pouvons le voir désormais.

7 Nous le voyons mieux maintenant.

8 M. Blaskic (interprétation). – Tous les axes de communication

9 qui partent de Mostar via Jablanica vers Vitez s'embranchent vers Konjic,

10 par Tarcin en passant par Krecevo, Kiseljak, puis Busovaca en direction de

11 Vitez. L'axe secondaire est celui partant de Mostar, via Konjic, par

12 Dusina, Fojnica, puis en direction de Kiseljak, Busovaca et Vitez.

13 Ensuite, un autre axe, Mostar, Jablanica, Prozor, Gornji Vakuf

14 puis Novi Travnik, Vitez, Busovaca, Zenica. Ensuite, Gornji Vakuf,

15 Novi Travnik, Travnik, Han Bila, Zenica et Gornji Vakuf, Bugojno,

16 Ravno Rostovo, Novi Travnik, Travnik, Han Bila et Zenica, bien entendu,

17 Kakanj, dans le prolongement Vares, Gladanj*, Tuzla.

18 M. Shahabuddeen (interprétation). - Général, pourriez-vous nous

19 montrer encore une fois Han Bila sur cette carte ?

20 M. Blaskic (interprétation). - Oui, Monsieur le président,

21 Monsieur le Juge, Han Bila, en partant de Travnik, je suis en train de

22 montrer avec mon pointeur Han Bila, en traversant Guca Gora.

23 M. Shahabuddeen (interprétation). - Est-ce indiqué sur la

24 carte ?

25 M. Nobilo (interprétation). - Oui, mais on le voit très mal.

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1 M. Shahabuddeen (interprétation). - Il faut bien se pencher pour

2 le voir, n'est-ce pas ?

3 M. Nobilo (interprétation). - Oui, veuillez poursuivre.

4 M. Blaskic (interprétation). - Tous ces axes de communication,

5 on parle de la période après le mois de janvier et après le conflit,

6 étaient inaccessibles pour le commandement de la zone opérationnelle de

7 Bosnie centrale, y compris l'axe de communication entre Kiseljak,

8 Busovaca, et Vitez, pour la portion Kacuni Bilalovac.

9 M. Nobilo (interprétation). - Général, peut-on maintenant jeter

10 un coup d'œil sur la vallée de la Lasva. C'est une vallée accessible par

11 un certain nombre de portes d'accès. Il y a des entrées et des sorties. Si

12 l'on ne considère que la vallée de la Lasva, peut-on dire que vous étiez

13 entièrement bloqués pour tout ce qui est entrées et sorties de cette

14 vallée.

15 M. Blaskic (interprétation). - Oui, nous étions totalement

16 isolés, sans aucune voie de communication.

17 M. Nobilo (interprétation). - Dans cette situation

18 opérationnelle, un commandant ayant votre formation, là, je parle d'un

19 point de vue purement théorique militaire, peut-il prendre la décision de

20 lancer une attaque ?

21 M. Blaskic (interprétation). - Pour autant que je puisse vous

22 répondre, puisque je dois dire que j'ai été effectivement formé pour

23 diriger des opérations tactiques et de combat, à partir du moment où je me

24 suis rendu compte que nous n'avions aucune communication avec le grand

25 état-major, j'ai su qu'il n'y avait pas de solution militaire, que nous ne

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1 pouvions pas lancer d'opérations militaires. C'est pourquoi j'ai essayé de

2 procéder par négociation pour stabiliser la situation.

3 M. Nobilo (interprétation). - Nous allons y revenir plus tard.

4 Peut-on placer sur le rétroprojecteur la pièce de la défense 405, s'il

5 vous plaît, D 539 pour la carte.

6 M. le Président. - Quand M. Dubuisson le pourra.

7 M. Nobilo (interprétation). - Je propose que l'on place sur le

8 rétroprojecteur la pièce de la défense D405.

9 Vu la situation dans laquelle vous vous trouviez et le conflit

10 ayant éclaté le 25, et d'après certains, le 24 janvier, vous émettiez un

11 ordre à la date du 21 janvier 1993. Cet ordre est adressé à vos unités et

12 vous dites la chose suivante : "Établir des contacts avec le commandement

13 de l'armée de Bosnie-Herzégovine. Ordre sur la base de l'ordre émanant du

14 grand état-major du HVO de Mostar, N de l'ordre 01-111/93 en date du

15 20 janvier 1993, et dans le but de réduire les tensions, j'ordonne :

16 Premièrement d'établir le contact avec le commandement compétent

17 de l'armée de Bosnie-Herzégovine dans votre zone de responsabilité et de

18 régler toutes les questions contentieuses par voie d'accord.

19 Deuxièmement, cet ordre entre en vigueur immédiatement et pour

20 son application me sont responsables les commandants des unités. Signé par

21 le Commandant Colonel Blaskic.

22 Pouvez-vous me dire quelles étaient vos intentions quand vous

23 avez émis cet ordre, dans quel objectif avez-vous émis cet ordre 3 jours

24 avant le début du conflit avec l'armée de Bosnie-Herzégovine ?

25 M. Blaskic (interprétation). - C'était fait dans l'intention de

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1 calmer la situation. Je voulais que tous les incidents, tous les

2 événements dans ma zone de responsabilité, dans la zone de responsabilité

3 du commandement du HVO et de l'armée de Bosnie-Herzégovine, soient résolus

4 par un dialogue sans qu'on ait recours à la force.

5 M. Nobilo (interprétation). - Cependant, on peut dire que cela

6 est venu du côté de la politique. Une nouvelle situation est créée à la

7 télévision de Sarajevo. Sur d'autres chaînes, on voit diffuser un décret

8 qui émane de Bozo Rajic, le ministre de la Défense. Pouvez-vous nous dire

9 quelles étaient les conséquences de cette diffusion ?

10 M. Blaskic (interprétation). - Il s'agissait d'un ordre qui

11 émanait de M. Bozo Rajic, qui était ministre de la défense de la

12 République de la Bosnie-Herzégovine. Il donnait l'ordre de placer les

13 unités de l'armée de Bosnie-Herzégovine sous le commandement du HVO. Et

14 inversement, que les unités du HVO soient subordonnées dans la structure

15 de l'armée de Bosnie-Herzégovine sur le territoire de certaines provinces.

16 M. Nobilo (interprétation). - Cela est-il lié au plan

17 Vance Owen ?

18 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

19 M. Nobilo (interprétation). - Pour ce qui est de la province de

20 Travnik, c'est ce que nous voyons ici sur la maquette, la vallée de la

21 Lasva, quelle a été la situation sur ce territoire ? Qui devait être

22 subordonné à qui ?

23 M. Blaskic (interprétation). - Pour ce qui est en particulier

24 des municipalités de Travnik, Novi Travnik, de Vitez, de Busovaca, toutes

25 les unités de l'armée de Bosnie-Herzégovine devaient être subordonnées au

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1 commandement de la zone opérationnelle. Toutes les unités constituées de

2 réfugiés ou bien les unités constituées par des ressortissants étrangers

3 devaient quitter le territoire de cette province. Cela concernait, avant

4 tout, la 27ème Brigade de Krajina, la 17ème Brigade de Krajina, la 305ème

5 Brigade de Jalac, puis des parties de la 7ème Brigade musulmane, ainsi que

6 d'autres parties des unités qui ont été amenées d'ailleurs.

7 M. Nobilo (interprétation). - Vous nous avez décrit sur le plan

8 opérationnel quelle était la situation, et vous nous avez également dit

9 quel était le rapport de force entre le HVO et le 3ème Corps. Peut-on dire

10 que cet ordre pouvait, en tout état de cause, être appliqué ? Pouvez-vous

11 dire comment il a été perçu par l'armée de Bosnie-Herzégovine, et si cela

12 a constitué une nouvelle raison de méfiance mutuelle ?

13 M. Blaskic (interprétation). - En premier lieu, je dois dire que

14 cet ordre ne pouvait pas être appliqué. Je ne connais pas le point de vue

15 officiel des membres de l'armée de Bosnie-Herzégovine du 3ème Corps, leur

16 point de vue officiel concernant cet ordre.

17 Je dois dire que j'ai convoqué une réunion de tous les

18 commandants des Brigades de la zone opérationnelle de Bosnie centrale et

19 que, lors de cette réunion, j'ai demandé...

20 M. Nobilo (interprétation). - Un instant, s'il vous plaît, dans

21 la traduction, il faut dire : "tous les commandants de Brigades" et non

22 pas "commandants d'unités".

23 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

24 M. Nobilo (interprétation). - La réunion s'est tenue quand et

25 où ?

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1 M. Blaskic (interprétation). - Le 16 janvier 1993, au sein du

2 commandement de la zone opérationnelle, à l'hôtel Vitez. Lors de cette

3 réunion, nous avons lu l'ordre que je venais de recevoir du grand état-

4 major et j'ai demandé qu'on prenne contact, tout d'abord, avec les

5 représentants de l'armée de Bosnie-Herzégovine, puis, en deuxième lieu,

6 que l'on attende de nouvelles instructions de la part du chef du grand

7 état-major du HVO, ainsi que du chef de l'état-major suprême de l'armée de

8 Bosnie-Herzégovine, ceci ayant trait à l'application de cet ordre.

9 M. Nobilo (interprétation). - Avez-vous dit quoi que ce soit au

10 commandant de Brigade qui aurait pu avoir affaire avec un conflit éventuel

11 vis-à-vis de l'armée de Bosnie-Herzégovine dans un climat très électrique

12 pour le moins ?

13 M. Blaskic (interprétation). - Non. Enfin, j'ai tout du moins

14 dit au commandant qu'il pouvait entrer en contact, comme il le souhaitait,

15 avec des représentants de l'armée de Bosnie-Herzégovine et qu'il pouvait

16 les informer que nous attendions nos ordres. Nous pensions qu'un dialogue

17 devait être établi et que toutes les questions posant problème devaient

18 être réglées par le dialogue et par des accords.

19 M. Nobilo (interprétation). - A partir du 20 janvier, les

20 soldats venant de Brestovsko et de Bilalovac, de communautés locales,

21 n'étaient plus dans leur village. Pouvez-vous nous dire où ils se

22 trouvaient et pourquoi ceci allait être important par la suite au cours

23 des conflits qui ont eu lieu le 25 janvier 1993 ?

24 M. Blaskic (interprétation). - A partir du 20 janvier 1993, les

25 soldats des communautés locales de Brestovsko et Bilalovac, de la région

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1 de Kiseljak, ont été placés sur des positions se trouvant sur la route

2 principale entre Travnik et Turbe, vers Paklarevo afin d'assurer la

3 défense de la ville de Travnik.

4 C'était un travail normal pour ces soldats parce que la

5 municipalité de Kiseljak était responsable de la défense de cette portion

6 de la ligne de front pour Travnik.

7 Dans le secteur 1, les commandants étaient Ivica Rajic de

8 Kiseljak et Ivica Cosic de Busovaca. Il y avait donc deux

9 municipalités (Kiseljak et Busovaca) qui étaient chargées de la défense

10 des positions inclues dans le secteur 1.

11 M. Nobilo (interprétation). - Pouvez-vous nous dire si ces

12 soldats sont revenus dans leur village avant que les conflits n'aient

13 lieu, conflits du 25 janvier 1993 ?

14 M. Blaskic (interprétation). - Ces soldats ne sont pas revenus

15 dans leur village. A partir du 20 janvier 1993, ils se trouvaient sur la

16 ligne de front de Travnik, ils étaient deux cents au total, deux cents

17 soldats qui se trouvaient sur la ligne de front.

18 M. Nobilo (interprétation). – Pouvez-vous expliquer à la Chambre

19 quelle était l'importance de ces deux communautés locales (Brestovsko et

20 Bilalovac) à la lumière du conflit qui a éclaté dans la municipalité de

21 Kiseljak avec l'armée de Bosnie-Herzégovine ?

22 M. Blaskic (interprétation). - Le conflit qui a éclaté en

23 janvier 1993, dans la zone de la municipalité de Kiseljak, et qui a eu

24 lieu plus précisément dans la communauté locale de Bilalovac, ici, il

25 s'agissait donc de la communauté locale d'où venaient les soldats qui, le

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1 20 janvier 1993, étaient partis en laissant derrière leur famille exécuter

2 leur mission de sept jours qui consistait à défendre Travnik.

3 M. Nobilo (interprétation). – Qu'en est-il de la communauté

4 locale de Brestovsko ? Etait-ce une communauté locale proche ?

5 M. Blaskic (interprétation). – Oui, tout à fait. Des soldats de

6 cette communauté locale ont été engagés sur la ligne de front pour

7 défendre Travnik également.

8 M. Nobilo (interprétation). – Vers le 21 janvier 1993, lorsque

9 vous avez donné l'ordre visant à apaiser la situation, votre assistant,

10 Pilicic, vous a communiqué des informations importantes qu'il a appris des

11 personnes se trouvant à Kotor Varos.

12 M. Blaskic (interprétation). – Monsieur Zoran Pilicic venait de

13 Kotor Varos. Il m'a communiqué des informations selon lesquelles les

14 recrues venant du village de Katici, ici sur la maquette, je vous

15 l'indique avec le pointeur, et le village de Podjele, qui ne se trouve pas

16 sur la maquette mais c'est un village proche, à l'est de Katici.

17 Donc ces soldats ont exprimé leur préoccupation parce qu'ils

18 avaient remarqué un regroupement de soldats de l'armée de Bosnie-

19 Herzégovine. Dans la vallée de la Lasva, des soldats commençaient à se

20 rassembler dans la région. Ils ne souhaitaient pas aller assurer leur tour

21 de garde sur la ligne de front pour défendre Travnik. Ils avaient peur, en

22 effet, qu'une attaque soit lancée par l'armée de Bosnie-Herzégovine. Ils

23 avaient entendu des rumeurs selon lesquelles des menaces d'attaque avaient

24 été proférées.

25 J'ai été informé de cela au cours de la réunion d'information du

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1 matin. C'est mon assistant qui m'en a parlé. Je lui ai répondu que l'armée

2 de Bosnie-Herzégovine était notre alliée et que les recrues, les soldats

3 du village de Katici, devaient absolument se rendre sur le front pour

4 assurer leur mission, à savoir défendre Travnik dans le secteur 1 et

5 qu'ils devaient négocier avec eu et insister afin qu'ils se rendent sur la

6 ligne de front.

7 M. Nobilo (interprétation). - Ce jour-là, vous avez convoqué une

8 réunion avec les commandants de Brigade. Pouvez-vous dire à la Chambre, et

9 vous pouvez regagner votre siège, quel a été l'ordre du jour de cette

10 réunion et quelles étaient les préoccupations des commandants de Brigade

11 des différentes municipalités ?

12 M. Blaskic (interprétation). - En fait, ce n'était pas une

13 réunion extraordinaire. Ces réunions avaient lieu souvent. Si on regarde

14 la chronologie, on remarque qu'il s'agit de réunions hebdomadaires et

15 régulières. Il y a une le 14, puis le 21. Les commandants qui pouvaient

16 assister à ces réunions le faisaient. Ils se rendaient au quartier

17 général. A 14 heures, nous avions une réunion avec les commandants de

18 Brigade. Le commandant de Travnik m'a informé que certains actes de

19 provocation étaient perpétrés par l'armée de la Republika Srpska sur le

20 front de Travnik. Le commandant Novi Travnik, M. Borivoj Malbasic, qui

21 assistait à la réunion, nous a également fait savoir que des attaques

22 étaient lancées fréquemment par de petits groupes de l'armée de la

23 Republika Srpska, toujours sur le front de Travnik.

24 M. Nobilo (interprétation). - Peut-être pouvons-nous nous

25 concentrer sur Busovaca et Kiseljak parce qu'il s'agit des municipalités

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1 où, trois ou quatre jours plus tard, le conflit a éclaté. Quelles

2 informations avez-vous reçues sur la situation qui régnait là-bas.

3 M. Blaskic (interprétation). – Le commandant Niko Jozinovic m'a

4 informé du fait que ses soldats avaient peur d'une éventuelle attaque du

5 3ème Corps d'armée de Zenica. Il a dit qu'ils avaient remarqué que les

6 Musulmans bosniens se déplaçaient de Busovaca vers Zenica, et également

7 vers Fojnica, toujours à partir de Busovaca. Il y avait donc un exode de

8 la population.

9 Le commandant de Kiseljak, le commandant Bosic, s'est exprimé et

10 a dit que les équipes de soldats régulières avaient été envoyées sur le

11 front de Travnik et que tous les convois passant par Kiseljak, pour

12 l'armée de Bosnie-Herzégovine passaient effectivement et que la

13 coopération était très bonne. Il a dit, notamment, que la coopération avec

14 le quartier général du 2ème Détachement de la Bosnie-Herzégovine de

15 Bilalovac était très bonne.

16 Sur la base de mes ordres, un accord de coopération avait été

17 signé et d'assistance mutuelle. Il y avait donc des visites mutuelles et

18 les commandants qui se trouvaient à Kiseljak et à Bilalovac échangeaient

19 des informations et leur expérience.

20 M. Nobilo (interprétation). - C'était le 22 ?

21 M. Blaskic (interprétation). – Non, le 21.

22 M. Nobilo (interprétation). – D'accord, le 22, à savoir deux ou

23 trois jours avant le conflit à Bilalovac ?

24 M. Blaskic (interprétation). – Oui, effectivement, ceci s'est

25 passé trois ou quatre jours avant le conflit à Bilalovac et le commandant

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1 m'a également dit à cette occasion, le commandant de Kiseljak, qu'il avait

2 certains problèmes de communication avec entre la zone opérationnelle à

3 Vitez et le commandement là-bas, et le quartier général à Kiseljak.

4 M. Nobilo (interprétation). – Très bien. Laissons de côté cette

5 réunion qui n'est pas si importante dans le cadre du conflit du mois de

6 janvier. Mais le 21 janvier 1993, vous avez reçu des informations selon

7 lesquelles un nouveau groupe de soldats était arrivé à Kacuni ? De quoi

8 s'agit-il ? Je parle de l'armée de Bosnie-Herzégovine bien sûr.

9 M. Blaskic (interprétation). – J'ai reçu des informations selon

10 lesquelles cent soldats étaient arrivés à Kacuni. Les soldats provenaient

11 de la 10ème Brigade de Krajina. Et la 10ème Brigade de Krajina était

12 stationnée ici, à la caserne de Travnik, 17ème.

13 M. Nobilo (interprétation). – Kacuni se trouve sur la route

14 principale entre Busovaca et Kiseljak ?

15 M. Blaskic (interprétation). - Oui.

16 M. Nobilo (interprétation). – Et Katici, avez-vous reçu de

17 nouvelles informations de Katici ?

18 M. Blaskic (interprétation). – Oui, les rapports reçus de Katici

19 faisaient état de la présence de nouveaux soldats de l'armée de Bosnie-

20 Herzégovine, qu'ils arrivaient de Zenica vers la vallée de la Lasva,

21 autour de Dusina et Visnjica la vallée de la Lasva, ici sur la maquette.

22 M. Nobilo (interprétation). - A Vitez et à Stari Vitez, à

23 Poculica également, quelle était la situation ? Quelles informations avez-

24 vous reçues ?

25 M. Blaskic (interprétation). - J'ai reçu des informations selon

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1 lesquelles un groupe de Moudjahidin était arrivé, qu'il se trouvait à

2 Stari Vitez dans un restaurant ou un café-bar, du nom de Dibek, propriété

3 de Bengir, et qu'un autre groupe de Moudjahidin était arrivé à Poculica.

4 M. Nobilo (interprétation). – Le 23 janvier, votre assistant

5 chargé des renseignements et des informations vous a fait savoir qu'il

6 avait entendu, à la radio des soldats serbes, une information particulière

7 qu'il vous a communiquée. De quoi s'agissait-il ?

8 M. Blaskic (interprétation). – Selon les informations que j'ai

9 reçues, les Serbes s'attendaient à ce qu'un conflit éclate entre les

10 Croates et les Musulmans et qu'ils avaient décidé de ne pas tenter quoi

11 que ce soit, à savoir qu'ils ne lanceraient pas d'opération de combat eux-

12 mêmes le long de la ligne de front.

13 M. Nobilo (interprétation). - Enfin, vous avez reçu des

14 informations dont vous n'avez compris l'importance que par la suite,

15 n'est-ce pas ? Il s'agissait d'un convoi qui devait aller vers l'est de la

16 Bosnie. Pouvez-vous dire à la Chambre quelle était la situation dans l'est

17 de la Bosnie ? Et que s'est-il passé quant à l'aide et l'assistance que

18 l'armée aurait dû recevoir en Bosnie orientale.

19 M. Blaskic (interprétation). – La situation en Bosnie orientale,

20 à partir du début de novembre 1992, était très grave pour la population

21 musulmane notamment. Le 1er novembre 1992, j'ai donc suggéré au général

22 Prkacin…

23 M. Nobilo (interprétation). – Ralentissez, s'il vous plaît ?

24 M. Blaskic (interprétation). - …d'envoyer un bataillon de trois

25 cents soldats, le bataillon Zmaj Od Bosne, vers la région en question, la

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1 région de Zepce. Les soldats étaient équipés et armés par le conseil

2 croate de défense. Ce bataillon s'est déplacé vers cette partie du front,

3 le 1er novembre.

4 Le 23 janvier, vers 20 heures 30, j'ai reçu des informations

5 selon lesquelles la caserne... ou selon laquelle plus précisément, le plus

6 gros convoi d'armes et d'équipement militaire avait été stoppé.

7 M. Nobilo (interprétation). - Quel type d'équipement

8 transportait ce convoi ?

9 M. Blaskic (interprétation). - Ce convoi était la propriété de

10 Bosnie-Herzégovine, il était composé de dix semi-remorques.

11 Les véhicules avaient déjà été garés, arrêtés à la caserne de

12 Kiseljak pour une fouille. Et il y avait quelque 250 tonnes d'équipement,

13 200 à 250. Et quelques 2 millions et demi de balles de munitions. Vers

14 21 heures, les représentants du département de la Défense m'ont appelé. Et

15 on m'a demandé de prendre des mesures urgentes, afin que je m'assure que

16 le convoi ne soit pas soumis aux procédures habituelles, mais qu'il

17 poursuive sa route en passant par Visoko, vers l'Est de la Bosnie

18 immédiatement.

19 J'ai pris ces mesures et j'ai demandé au commandement de

20 Kiseljak de m'informer personnellement lorsque le convoi aurait atteint la

21 zone contrôlée par l'armée de Bosnie-Herzégovine, afin que moi-même je

22 puisse en informer le responsable du département de la Défense.

23 Vers 21 heures 30, j'ai informé le responsable du département de

24 la Défense que le convoi était maintenant sous la surveillance de

25 l'escorte de l'armée de Bosnie-Herzégovine à Visoko et que le convoi avait

Page 17400

1 poursuivi sa route vers sa destination finale, vers l'Est de la Bosnie

2 donc.

3 Je peux vous le montrer sur la maquette. Le convoi a été arrêté

4 à Kiseljak, ici. Après le coup de téléphone du département de la Défense,

5 le convoi a continué sa route, sa sécurité a ensuite été assurée par

6 l'armée de Bosnie-Herzégovine, à 21 heures, et le convoi a ensuite

7 continué vers Visoko et sa destination finale, vers l'Est de la Bosnie.

8 M. Nobilo (interprétation). - Peut-on dire que dans l'Est de la

9 Bosnie, une situation militaire difficile régnait pour l'armée de Bosnie-

10 Herzégovine dans sa lutte contre l'armée de la Republika Srpska.

11 M. Blaskic (interprétation). - Oui, effectivement.

12 M. Nobilo (interprétation). - Que manquait-il le plus à l'armée

13 de Bosnie-Herzégovine, des hommes, des munitions, de l'équipement ?

14 M. Blaskic (interprétation). - L'armée de Bosnie-Herzégovine

15 avait surtout besoin de munitions. C'était la difficulté la plus

16 importante. Elle ne manquait pas d'hommes.

17 M. Nobilo (interprétation). - Qu'est-il arrivé à l'aide, à

18 l'assistance qui aurait pu sauver l'Est de la Bosnie ? Pouvez-vous

19 l'expliquer à la Chambre ?

20 M. Blaskic (interprétation). - Toute cette aide, cette

21 assistance, a fini au centre logistique de Visoko et, à 23 heures le

22 23 janvier 1993, mon assistant de Kiseljak m'a appelé et m'a fait savoir

23 que tout le convoi était déchargé au centre logistique principal du

24 commandement suprême de Visoko, et qu'il était évident que le convoi

25 n'allait pas poursuivre son chemin jusqu'à sa destination finale, jusque

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1 dans l'Est de la Bosnie donc.

2 M. Nobilo (interprétation). - Avec le recul, qu'en avez-vous

3 déduit de la situation ? Quelle était cette décision stratégique de

4 l'armée de Bosnie-Herzégovine ? Qu'allaient-ils faire de ces deux millions

5 et demi de balles ? Etait-ce pour défendre l'est de la Bosnie ou

6 étaient-elles là pour remplir un autre objectif ?

7 M. Blaskic (interprétation). - Avec le recul, par la suite, nous

8 nous sommes rendus compte que la plupart de ces munitions, de ce matériel

9 a été utilisé contre les Croates de Bosnie centrale et non pas pour la

10 défense de l'est de la Bosnie.

11 M. Nobilo (interprétation). - Le 23 janvier, deux jours avant le

12 conflit, vous avez quitté votre quartier général pour vous rendre à

13 Kiseljak. Pourquoi ? Quel était votre objectif ?

14 M. Blaskic (interprétation). - Le 23 janvier -c'était un week-

15 end comme les autres-, j'étais à Kiseljak, je ne me trouvais pas au

16 quartier général. J'étais chez moi, dans la maison de ma famille.

17 M. Nobilo (interprétation). - Etait-ce un voyage normal que vous

18 faisiez le week-end ?

19 M. Blaskic (interprétation). - Lorsque j'étais absent, c'était

20 M. Franjo Nakic qui s'occupait du quartier général. Il était chef d'état-

21 major. C'était tout à fait régulier : je rentrais chez moi tous les dix ou

22 quinze jours.

23 M. Nobilo (interprétation). - Le 25 janvier 1993, seriez-vous

24 partie si vous aviez su que le conflit allait éclater ?

25 M. Blaskic (interprétation). - Non, bien entendu. Si j'avais su

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1 que l'attaque allait se produire, je n'aurais pas quitté le Quartier

2 général.

3 M. Nobilo (interprétation). - Le 24 janvier, vous étiez à

4 Kiseljak et vous avez reçu des nouvelles inquiétantes liées à Kostroman.

5 Lesquelles ?

6 M. Blaskic (interprétation). - Le 23 janvier 1993, j'étais avec

7 ma famille, mon épouse, dans la communauté locale de Brestovsko et, le

8 24 janvier, je suis allé à l'église, à partir de 11 heures jusqu'à

9 13 heures 30. Dans l'après-midi, à partir de 14 heures à peu près, je suis

10 allé dans un restaurant et j'ai entendu par hasard une conversation

11 relative à un incident qui avait quelque chose à voir avec Ignac

12 Kostroman. Il s'agissait de discussion dans un restaurant.

13 M. Nobilo (interprétation). - Qui était Ignac Kostroman et

14 quelles conversations avez-vous entendues ?

15 M. Blaskic (interprétation). – Ignac Kostroman était le

16 secrétaire de l'Union démocratique croate, et le restaurant où je me

17 trouvais s'appelait Makao et était la propriété de Zvonko Markovic.

18 L'histoire que j'ai entendue était qu'il était resté bloqué à un poste de

19 contrôle de Kacuni, qu'on l'avait fait sortir de son véhicule, que son

20 chauffeur avait été désarmé et qu'on l'avait emmené un peu plus loin pour

21 le tuer par balle, mais qu'il avait été sauvé grâce à l'intervention des

22 forces du HVO de Busovaca, une patrouille qui est arrivée sur place et qui

23 a mis un terme à cette tentative.

24 C'est l'histoire que j'ai entendue au restaurant cet après-

25 midi-là.

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1 M. Nobilo (interprétation). - Vous avez passé la nuit chez vous,

2 dans votre maison et, le 25 janvier 1993, vous avez souhaité repartir au

3 quartier général. Pourriez-vous expliquer à la Chambre quelles

4 informations vous avez reçues ce jour-là ?

5 M. Blaskic (interprétation). - Ce matin-là, comme tous les

6 autres matins, lorsque je partais de chez moi, j'ai voulu partir vers

7 7 heures du matin et passer par Busovaca pour me rendre à Vitez. Lorsque

8 le chauffeur est venu me chercher, il m'a dit que le propriétaire de la

9 maison dans laquelle il vivait n'était pas arrivé à Busovaca par Kacuni.

10 Le propriétaire était Markovic de Kiseljak, il était chauffeur de taxi. Le

11 chauffeur m'a dit que, vraisemblablement, il devait y avoir des problèmes

12 à Kacuni.

13 J'ai commencé le voyage avec lui, nous nous sommes dit que nous

14 allions partir néanmoins afin de voir où se présentaient ces éventuelles

15 difficultés. Nous sommes arrivés à la communauté locale de Brestovsko et

16 on nous a stoppés là-bas, à un poste de contrôle et on nous a avertis.

17 M. Nobilo (interprétation). - Qui cela ?

18 M. Blaskic (interprétation). - Les formations de réserve du MUP

19 de Kiseljak qui occupaient le poste de contrôle.

20 On nous a donc avertis, on nous a dit qu'il n'y avait eu aucune

21 circulation provenant de Busovaca pendant toute la matinée et qu'il était

22 probable que la route soit bloquée. Par conséquent, on nous a conseillé de

23 repartir d'où nous étions venus. Effectivement, je suis revenu à partir de

24 Brestovsko à la caserne de Kiseljak.

25 M. Nobilo (interprétation). - A la caserne de Kiseljak, avez-

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1 vous reçu des informations plus précises sur la situation ?

2 M. Blaskic (interprétation). - A ce moment-là, il était

3 8 heures, un peu plus, 8 heures 30 ou 9 heures du matin. Le commandant de

4 brigade, Mijo Bozic, est arrivé. Je lui ai demandé s'il avait des

5 informations sur la situation. Il m'a dit que non.

6 Nous avons appelé l'officier de garde qui nous a dit qu'il avait

7 reçu des informations selon lesquelles la route était bloquée à Kacuni,

8 mais il ne savait pas véritablement ce qui se passait à Kacuni et dans la

9 région de Busovaca.

10 M. Nobilo (interprétation). - Avez-vous tenté de contacter les

11 représentants de la Forpronu et le représentant du 3ème Corps d'armée afin

12 d'obtenir plus d'informations sur la situation ?

13 M. Blaskic (interprétation). - Oui, j'ai envoyé l'officier de

14 liaison avec la Forpronu et mon chauffeur vers le quartier général de la

15 Forpronu à Kiseljak, le quartier général de la Forpronu pour la Bosnie-

16 Herzégovine parce que je souhaitais obtenir des informations directes, de

17 première main, de leur part notamment sur les événements qui s'étaient

18 produits à Kacuni.

19 Pour autant que je m'en souvienne -je n'en suis pas certain-, je

20 crois que j'ai envoyé une lettre contenant une proposition, lettre que

21 j'ai adressée au quartier général du 3ème Corps qui se trouvait à Zenica.

22 Je l'ai faxée en fait de Kiseljak.

23 M. Nobilo (interprétation). - La Forpronu a-t-elle réussi à

24 organiser une réunion avec le 3ème Corps ?

25 M. Blaskic (interprétation). - Oui. La réponse de la Forpronu a

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1 été... et, d'ailleurs, j'ai envoyé une lettre au général Morillon et au

2 général de brigade Simpson. Ils m'ont dit qu'ils n'étaient pas au quartier

3 général, mais qu'au cours de la journée, ils me feraient parvenir leur

4 réponse.

5 Effectivement, dans l'après-midi, j'ai reçu des informations

6 selon lesquelles une réunion aurait lieu entre moi et Dzemo à Kiseljak au

7 quartier général de la Forpronu le 26 janvier 1993 à 10 heures du matin.

8 M. Blaskic (interprétation). - Avez-vous tenté et êtes-vous

9 parvenu à entrer en contact avec Nakic, le chef d'état-major qui se

10 trouvait à Vitez ?

11 M. Blaskic (interprétation). - Oui. J'ai tenté d'entrer en

12 contact avec le quartier général et, à un moment donné, nous avons réussi

13 à entrer en contact avec eux parce que les communications étaient

14 difficiles. Je l'ai informé du fait que j'étais isolé à Kiseljak et je lui

15 demandais s'il savait ce qui s'était passé à Kacuni, s'il avait reçu des

16 informations sur la situation là-bas.

17 M. Nobilo (interprétation). - Vous a-t-il donné des informations

18 intéressantes sur ce qui s'était passé à Busovaca ?

19 M. Blaskic (interprétation). - Il m'a donné des informations

20 très limitées en me disant qu'un conflit avait éclaté, mais qu'il n'avait

21 pas d'informations précises à me communiquer.

22 M. Nobilo (interprétation). - Monsieur le Président, j'aimerais

23 maintenant distribuer certains documents. Peut-être devrions-nous nous

24 arrêter maintenant ?

25 M. le Président. - Oui, c'est le bon moment pour l'arrêt de

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1 cette séance de cet après-midi. Nous reprendrons demain matin à 10 heures.

2 L'audience est levée à 18 heures.

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