Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

Page 11834

1 (Mercredi 20 novembre 2002.)

2 (Audience publique.)

3 (L'audience est ouverte à 14 heures 20.)

4 (Questions relatives à la procédure.)

5 M. le Président (interprétation): Je prie la Greffière d'audience de citer

6 l'affaire.

7 Mme Chen (interprétation): Il s'agit de l'affaire IT-99-36-T, le Procureur

8 contre Radoslav Brdjanin.

9 M. le Président (interprétation): Merci Madame la Greffière.

10 Monsieur Brdjanin, est-ce que vous comprenez la langue?

11 M. Brdjanin (interprétation): Oui.

12 Je prie l'accusation de se présenter.

13 Mme Sutherland (interprétation): Ann Sutherland, avec moi ici, Mme Denise

14 Gustin.

15 M. Ackerman (interprétation): Je suis John Ackerman avec Milan Trbojevic

16 et Mirela Jevtovic.

17 M. le Président (interprétation): Bonjour à tout le monde. Est-ce que nous

18 pouvons continuer maintenant en citant le nouveau témoin ou est-ce qu'il y

19 a des questions préliminaires qu'il faut résoudre?

20 Mme Sutherland (interprétation): Je voudrais prier pour le témoin suivant,

21 qu'on accorde les mesures de protection pour le témoin suivant. Je vous

22 prie de passer à huis clos pour vous présenter les raisons pour cela.

23 M. le Président (interprétation): Maître Ackerman, est-ce que vous avez

24 des objections?

25 M. Ackerman (interprétation): Non.

Page 11835

1 M. le Président (interprétation): Je vous prie de passer à huis clos

2 partiel.

3 (Audience à huis clos partiel à 14 heures 22.)

4 (expurgé)

5 (expurgé)

6 (expurgé)

7 (expurgé)

8 (expurgé)

9 (expurgé)

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 (expurgé)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 (expurgé)

16 (expurgé)

17 (expurgé)

18 (expurgé)

19 (expurgé)

20 (expurgé)

21 (expurgé)

22 (expurgé)

23 (expurgé)

24 (expurgé)

25 (expurgé)

Page 11836

1 (expurgé)

2 (expurgé)

3 (expurgé)

4 (expurgé)

5 (expurgé)

6 (Audience publique à 14 heures 23.)

7 M. le Président (interprétation): Après avoir entendu les arguments de Mme

8 Sutherland pour l'accusation par lesquels elle a demandé les mesures de

9 protection supplémentaires pour le Témoin 7.204, et plus concrètement elle

10 a demandé qu'il soit entendu à huis clos -c'est-à-dire avec, il faut

11 rajouter cette mesure à des mesures de protection qui lui ont déjà été

12 accordées-, la Chambre de première instance après avoir tenu compte du

13 fait que le témoin a déjà déposé dans l'affaire Stakic et que dans cette

14 affaire ces mesures de protection lui ont été accordées de la part de

15 cette Chambre, pour ces raisons, c'est-à-dire des raisons que l'accusation

16 a présenté à huis clos partiel, cette Chambre de première instance accorde

17 ces mesures de protection.

18 Cela veut dire que ce témoin sera entendu à huis clos.

19 Mme Sutherland (interprétation): (Hors micro) Je vous remercie, mais avant

20 de passer à ce nouveau témoin, j'ai une remarque dans laquelle il figure

21 que la session plénière au mois de décembre a été annulée parce que

22 l'affaire Stakic… l'audience dans l'affaire Stakic se déroule…

23 Je m'excuse, compte tenu qu'il s'agit du fait que l'on travaille du 9 au

24 13 décembre, on m'a demandé si dans l'affaire Brdjanin on va travailler

25 dans la même période?

Page 11837

1 M. le Président (interprétation): Je ne sais pas exactement ce qui

2 pourrait se passer parce que je n'ai pas eu le temps d'en parler avec le

3 Président Schomburg, mais je savais qu'une telle chose se préparait, mais

4 moi je serai le Juge de permanence du 13 décembre jusqu'au 20 décembre.

5 Si cela vous convient, on pourra travailler pendant cette période si c'est

6 vrai que la date de la session plénière a été annulée parce qu'on ne m'a

7 pas confirmer cela. C'est-à-dire que la session plénière a été reportée au

8 2 décembre. Mais ça provoque un autre sujet.

9 La semaine prochaine, probablement, parce que je suis obligé de partir en

10 voyage. J'ai eu l'intention de ne pas être ici vendredi et lundi, mais les

11 choses se déroulent de façon que je ne serai pas, probablement, ici jeudi.

12 Je vais essayer de voir quelle est la situation après que ma secrétaire

13 résout cette question.

14 Mme Sutherland (interprétation): Le témoin qui arrive la semaine prochaine

15 va témoigner plus longtemps. Je ne sais pas si l'interrogatoire principal

16 et le contre-interrogatoire finiront jusqu'au mercredi, il serait peut-

17 être mieux de citer un témoin qui va témoigner un peu moins longtemps. Il

18 s'agit de la période du 11 jusqu'au 13 et avant cela a été prévu pour le 9

19 et le 10.

20 M. le Président (interprétation): Moi je suis ici jusqu'au 21. Pour moi,

21 ça ne pose donc pas de problème, mais pour mes collègues, peut-être ça

22 pourrait être très important parce qu'elles ont déjà peut-être planifié

23 leur voyage après la date de la session plénière et je n'ai pas

24 l'intention de leur gâcher leur plan. Je pense qu'il serait bien d'en

25 parler d'abord entre nous et s'il est possible de reporter, on va le

Page 11838

1 faire, et si cela n'est pas possible, nous ne changerons rien.

2 Mme Sutherland (interprétation): Il est possible…

3 Mme Korner (interprétation): Je m'excuse, je sais que je ne suis pas

4 habillée comme il faut, mais en tout cela provoquerait de grands problèmes

5 si nous devions changer de témoin. C'est-à-dire le témoin qui a été prévu

6 la semaine prochaine, comme Me Ackerman le sait, ce témoin va témoigner

7 assez longtemps peut-être pas comme Me Ackerman attend.

8 Mais s'il commence le 2 décembre, je ne peux pas me souvenir du numéro de

9 ce témoin, mais il s'agit du témoin militaire; et le 6 décembre nous avons

10 un témoin sous le n°7.46 et ce témoignage durera au moins trois jours

11 après le 6 décembre. Nous avons Lord Ashdown comme témoin et c'est un

12 témoin assez difficile.

13 M. le Président (interprétation): Maintenant nous allons… donc, le 6,

14 c'est Lord Ashdown.

15 Mme Korner (interprétation): Oui, son personnel est d'accord qu'il puisse

16 témoigner le 6 décembre.

17 M. le Président (interprétation): Donc le 6?

18 Mme Korner (interprétation): Ensuite de lundi à mercredi, il y a le témoin

19 militaire le n°6.46.

20 M. le Président (interprétation): Et ce témoin va commencer quand?

21 Mme Korner (interprétation): C'est lundi, le 2 décembre.

22 M. le Président (interprétation): Je ne suis pas ici, je reviens mardi,

23 mais si c'est nécessaire, nous pouvons trouver un moment convenable peut-

24 être mardi. On peut travailler une ou deux heures de plus.

25 Mme Korner (interprétation): Dans ce cas là, nous devons annuler son

Page 11839

1 arrivée ici ou nous devons trouver une autre solution.

2 M. le Président (interprétation): J'ai planifié de partir en voyage

3 vendredi, mais il paraît que ce n'est pas possible. Je m'excuse. Enfin

4 j'ai planifié de partir jeudi soir mais ça ne change rien.

5 Mme Korner (interprétation): C'est jeudi prochain, n'est-ce pas?

6 M. le Président (interprétation): Oui, c'est dans une semaine.

7 Mme Korner (interprétation): Cela nous permettra de finir avec le témoin

8 n°7.460.

9 M. le Président (interprétation): Des raisons que je ne connaissais pas,

10 ma secrétaire a été informée que ce jour-là, c'est-à-dire le jour où je

11 devrais atterrir, l'aéroport sera formé pour trois ou quatre heures. Et

12 pour moi, ce n'est pas une chose raisonnable à faire.

13 Ils m'ont proposé un autre vol mais ça revient au même, c'est-à-dire

14 l'aéroport sera fermé. Je n'ai donc rien compris de cette situation mais

15 en tout cas je lui ai demandé de vérifier cela et ma secrétaire peut me

16 confirmer cela seulement demain matin. Mais en tout cas pour ne pas rater

17 ce jeudi, je vais lui proposer de vérifier d'autres possibilités. Je ne

18 pense qu'il y ait beaucoup de possibilités pour changer les heures de vol,

19 mais en tout cas demain matin je saurai quelle est la situation.

20 Mais en fait, je veux abréger cela et si cela est vraiment nécessaire, je

21 pourrai revenir dimanche mais pas lundi. Je préside une réunion et je

22 pense que cette réunion est lundi à l'ordre du jour lundi.

23 Mme Korner (interprétation): Donc c'est lundi prochain?

24 M. le Président (interprétation): Non, c'est lundi du 2. Et il me semble

25 que la session plénière va se dérouler le 2 décembre. Donc si c'est vrai,

Page 11840

1 si cela est reporté aux 2 et 3 décembre, ça veut dire que les audiences ne

2 se tiendront pas du tout les 2 et 3 décembre. Je sais…

3 Mme Korner (interprétation): Je pense que la Chambre pense que quelquefois

4 nous présentons des difficultés, qu'elles s'agissent de changer le témoin,

5 mais c'est difficile car il faut savoir ces choses à l'avance parce que je

6 ne savais pas qu'il y avait des changements de date dans la session de la

7 plénière.

8 M. le Président (interprétation): Bien, mais j'ai été informé seulement de

9 la proposition de changer la date de la session plénière -c'est-à-dire la

10 session plénière qui a été pour les 11, 12 et 13 décembre-, cela a été

11 reporté aux 2, 3 et 4 décembre.

12 J'ai parlé brièvement à un de mes collègues qui m'a donné cette

13 information, donc je n'ai rien eu par écrit parce que tout cela se trouve

14 toujours chez ma secrétaire. J'ai pensé seulement aujourd'hui à regarder

15 tous ces papiers.

16 Si nous ne pouvons pas travailler du 2 au 4 décembre à cause de la session

17 plénière, cela est la raison pour… enfin cela va perturber le calendrier

18 de notre travail.

19 Moi, personnellement, je n'ai rien contre le fait que nous travaillions du

20 11 au 13 décembre si une salle d'audience est disponible, mais je ne sais

21 pas quelle est la situation quand il s'agit des autres collègues, qu'est-

22 ce qu'ils ont planifié pour Noël, mais je pense que ce n'est ici ni le

23 moment ni le lieu pour en parler.

24 Mme Korner (interprétation): Je suppose que Me Ackerman et nous tous, nous

25 avons planifié, c'est-à-dire en tenant compte du fait que c'est le 10 qui

Page 11841

1 est le dernier jour de notre travail.

2 Mais compte tenu la présentation des moyens de preuve à décharge dans

3 l'affaire Stakic, je dois vous prier, parce que c'est très important,

4 Monsieur le Président: si nous devons changer de témoin, nous devons

5 savoir le plus tôt possible quels sont les jours pendant lesquels nous

6 allons travailler.

7 M. le Président (interprétation): Je vais faire de mon mieux pour avoir

8 ces informations mais entre-temps, si les autres Juges de la Chambre sont

9 d'accord, cette semaine du mois de décembre, pendant cette semaine nous

10 pouvons travailler jusqu'au 13 peut-être.

11 Et après quoi, je proposerai au mois de janvier, au lieu de commencer, de

12 poursuivre notre travail le 6 ou le 7 janvier, parce que j'ai l'intention

13 de ne pas travailler le jour du Noël orthodoxe. Peut-être que cette

14 semaine nous pouvons donc ne pas travailler et nous pouvons travailler que

15 le 11.

16 Mais là, nous pouvons travailler au mois de décembre au moins jusqu'au 13.

17 Comme ça nous gagnerons une semaine de libre au mois de janvier.

18 Mme Korner (interprétation): Je vous prie, si nous ne travaillons pas le 6

19 et le 7 janvier -c'est-à-dire lundi et mardi-, il vaut mieux commencer de

20 travailler mercredi, c'est-à-dire que la présentation de nos moyens de

21 preuve se terminera jusqu'à Noël.

22 M. le Président (interprétation): Je vous comprends, mais il me semble que

23 la première semaine du mois de décembre sera perturbée également. En tout

24 cas, j'ai vu cela par écrit. L'un de mes collègues m'a montré la

25 proposition disant que le 2, le 3 et le 4 décembre sont les dates

Page 11842

1 proposées pour la tenue de la session plénière.

2 Mme Korner (interprétation): Bien sûr, ce sont les Juges qui le décident,

3 mais pourquoi cette session plénière? Est-ce qu'il y a une raison valable?

4 M. le Président (interprétation): Oui, il y a une raison valable mais je

5 n'ai pas le droit... Je vais vous répondre demain, mais vous pouvez parler

6 de la possibilité de travailler pendant la deuxième semaine du mois de

7 décembre, de travailler quelques jours pendant cette semaine. Et après

8 quoi, nous pourrons avoir des journées libres au mois de janvier.

9 Mme Korner (interprétation): Merci.

10 M. le Président (interprétation): Oui, Maître Ackerman?

11 M. Ackerman (interprétation): Il s'agit d'un grand problème en fait.

12 Lorsque nous avons le calendrier selon lequel les gens font leur plan, et

13 après on s'excuse et on change tout. Depuis longtemps, j'ai donc planifié

14 de travailler le dernier jour -le 10 décembre-, et j'ai donc planifié mon

15 temps. Je dois être aux Etats-Unis, j'ai le billet d'avion pour le 11

16 décembre. J'ai déjà fait mes plans et je ne sais pas où est le problème.

17 M. le Président (interprétation): Je dois vous interrompre un peu. Nous

18 pouvons peut-être trouver un témoin pour l'entendre pendant ces deux

19 jours.

20 M. Ackerman (interprétation): Cela serait possible, mais le problème

21 réside dans le fait que nous nous occupons des comptes rendus en anglais,

22 nous pouvons peut-être contourner cela aussi. C'est une possibilité.

23 Je vais vérifier cela, mais j'aimerais bien décider une fois pour toute

24 les jours pendant lesquels nous allons travailler parce que les gens font

25 des plans selon ce calendrier, selon les salles d'audience disponibles. Et

Page 11843

1 nous pouvons en fait… nous travaillons pendant ces jours-là. Je ne me

2 souviens pas quand j'ai eu ma journée libre. En tout cas depuis longtemps!

3 Je ne demande pas ici une médaille pour cela.

4 M. le Président (interprétation): Vous n'obtiendrez pas cette médaille.

5 M. Ackerman (interprétation): Je le sais mais j'aimerais bien que nous

6 puissions nous tenir à ce calendrier.

7 Il y a une question que j'aimerais aborder. Après être entré dans la salle

8 d'audience, on m'a donné un document d'à peu près de 72 pages. Il s'agit

9 de l'Article 68, concernant le témoin qui va témoigner tout à l'heure, et

10 il ne faut pas me demander de contre-interroger ce témoin avant de lire ce

11 document, c'est-à-dire seulement demain.

12 M. le Président (interprétation): Oui, Madame Sutherland. Je sais que vous

13 avez deux témoins qui attendent.

14 Mme Sutherland (interprétation): Oui, on a deux témoins qui vont déposer

15 en s'appuyant sur ces 70 pages. Il s'agit du compte rendu du témoin qui a

16 témoigné dans une autre affaire. Seulement trois pages concernent ce

17 témoin. Conformément à l'Article 68, nous allons donner une note indiquant

18 les pages exactes et nous pouvons contre-interroger ce témoin demain –cela

19 me convient-, après avoir lu ces trois pages. Peut-être que Me Ackerman

20 changera son point de vue.

21 M. le Président (interprétation): Nous avons donc tenu compte de votre

22 demande et du fait que l'accusation n'a rien contre cela.

23 Maître Ackerman, si vous êtes, si vous pouvez confirmer votre demande ou

24 si vous changez d'avis, dites-nous cela. En tout cas, si vous décidez de

25 contre-interroger ce témoin demain, il n'y a pas d'objection à ce sujet.

Page 11844

1 Mme Sutherland (interprétation): Pour être claire -et je remercie Me

2 Ackerman parce qu'il nous a compris et parce qu'aussi nous avons beaucoup

3 changé notre calendrier-, le premier témoin est 7.204, le second est

4 7.225, ensuite le troisième témoin porte le n°7.79, et le quatrième est

5 7.226.

6 M. le Président (interprétation): Maintenant, je vous prie de passer à

7 huis clos. Il n'y a plus de requête?

8 Maintenant, nous allons passer à huis clos.

9 S'il vous plaît faites entrer le témoin BT-28.

10 Mme Sutherland (interprétation): 32.

11 M. le Président (interprétation): Oui, 32.

12 (Audience à huis clos à 14 heures 43.)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 (expurgé)

16 (expurgé)

17 (expurgé)

18 (expurgé)

19 (expurgé)

20 (expurgé)

21 (expurgé)

22 (expurgé)

23 (expurgé)

24 (expurgé)

25 (expurgé)

Page 11845

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12 Pages 11845 à 11874 –expurgées– audience à huis clos.

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

Page 11875

1 (expurgé)

2 (expurgé)

3 (expurgé)

4 (expurgé)

5 (expurgé)

6 (expurgé)

7 (expurgé)

8 (expurgé)

9 (expurgé)

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 (expurgé)

13 (expurgé)

14 (expurgé)

15 (Audience publique à 16 heures 25.)

16 M. Koumjian (interprétation): Monsieur le Président, si j'ai bien compris

17 l'accord entre les parties, Monsieur le Président, vous avez le compte

18 rendu de tous les témoins qui ont déposé au sujet de Prijedor.

19 M. le Président (interprétation): Oui, mais je ne sais pas si Me Ackerman

20 a obtenu le même fascicule de document que les Juges.

21 M. Koumjian (interprétation): Alors je ne m'occupe pas de ce… je ne veux

22 pas poser des questions directives au témoin, à travers cette histoire qui

23 a été déjà racontée, mais je m'occuperai des parties qui n'ont pas été

24 mentionnées. Après quoi Me Ackerman va procéder à son contre-

25 interrogatoire.

Page 11876

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12 Pages blanches insérées aux fins d’assurer la correspondance entre la

13 pagination anglaise et la pagination française.

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

Page 11877

1 M. le Président (interprétation): Oui, nous appliquons la procédure

2 habituelle utilisée déjà ici dans d'autres affaires.

3 M. Koumjian (interprétation): Je me demande seulement si un conflit

4 d'intérêt ne surviendrait?

5 M. le Président (interprétation): S'il vous plaît, Monsieur l'Huissier,

6 faites entrer le témoin.

7 (Le témoin, M. Poljak Samir, est introduit dans le prétoire.)

8 Maître Ackerman, je voudrais vérifier quel document est en votre

9 possession, et lequel non.

10 Est-ce que vous avez 75 pages supplémentaires? Ce que nous avons obtenu,

11 c'est un plan de Kozarac et d'Omarska qui porte la cote P1146. Ensuite, on

12 a les pièces à conviction de l'affaire Stakic. Il s'agit de la carte que

13 nous avons déjà vue avec des photos. Ensuite, on a deux photos S15/26 et

14 S15/29. Puis il y a la déclaration du témoin donnée au Procureur datée du

15 11 janvier 1996 et il y a le compte rendu du témoignage qui commence par

16 la page n°6326.

17 Je pense qu'il y a une erreur qui s'est glissée ici parce que mon

18 exemplaire commence par la page 6326, ça se termine à la page 6361 et ça

19 recommence par la page 6372. Non, mais tout en règle parce qu'à cet

20 endroit, c'est le témoin qui est entré dans le prétoire.

21 Il y a un certain nombre de pages où le compte rendu se rapporte à

22 d'autres questions et c'est pour cela que la deuxième partie du témoignage

23 du témoin commence par la page 6372 de l'affaire Stakic. Cette audience

24 s'est tenue le 24 juillet.

25 M. Koumjian (interprétation): Est-ce que je peux continuer Maître

Page 11878

1 Ackerman?

2 M. Ackerman (interprétation): Monsieur le Président, j'ai une brève

3 réponse: c'est que je n'ai pas obtenu le recueil de documents que vous

4 avez reçu, c'est-à-dire que maintenant je devrai fouiller les documents

5 que j'ai obtenus au cours de ces dernières semaines, comme ça je réussirai

6 à réunir tous ces documents.

7 M. le Président (interprétation): Est-ce que vous avez eu le compte rendu

8 de ce témoignage?

9 M. Koumjian (interprétation): Oui. Il s'agit de la déclaration du témoin

10 donnée à l'enquêteur du Tribunal, il s'agit encore de photographies et

11 d'une carte.

12 M. Ackerman (interprétation): Je suis sûr que j'ai quelque part ces

13 photographies et cette carte.

14 M. le Président (interprétation): Donc si le problème surgit, on peut le

15 régler à ce moment-là.

16 Monsieur Poljak, bonjour.

17 M. Poljak (interprétation): Bonjour.

18 M. le Président (interprétation): Bienvenu au Tribunal.

19 M. Poljak (interprétation): Merci.

20 M. le Président (interprétation): Je comprends que ce n'est pas la

21 première fois que vous témoignez parce qu'avant déjà vous avez déposé dans

22 l'affaire Stakic, donc mes propos introductifs peuvent être abrégés.

23 Votre témoignage sera beaucoup plus bref par rapport au témoignage dans

24 l'affaire Stakic parce que nous avons reçu le compte rendu de tout votre

25 témoignage dans cette autre affaire et on va utiliser ce compte rendu de

Page 11879

1 cette affaire aussi. C'est pour cela que seulement quelques questions

2 additionnelles vous seront posées et rajoutées à vos réponses au compte

3 rendu qui existe déjà.

4 Je suis sûr que vous savez cela mais il faut que je le dise. Avant de

5 témoigner, dans notre Règlement vous devez prononcer la déclaration

6 solennelle en disant que vous allez dire seulement la vérité.

7 Monsieur l'huissier va vous donner maintenant le texte de la déclaration

8 solennelle et je vous prie de lire cela à haute voix, c'est-à-dire de dire

9 que vous allez dire seulement la vérité devant ce Tribunal.

10 M. Poljak (interprétation): Je déclare solennellement que je dirai la

11 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

12 M. le Président (interprétation): Je vous remercie. Veuillez vous asseoir.

13 Monsieur Koumjian au nom du Procureur va vous poser quelques questions.

14 (Interrogatoire principal du témoin, M. Samir Poljak, par M. Koumjian.)

15 M. Koumjian (interprétation): La pièce à conviction qui a eu la cote avant

16 P1146: je vous prie de mettre cette pièce à conviction sur le

17 rétroprojecteur.

18 Monsieur Poljak, la Chambre a lu le compte rendu de votre témoignage, mais

19 il faut rappeler certaines choses. Vous aviez dit que vous étiez chez vous

20 le jour de l'attaque contre Kozarac, c'est-à-dire le 24 mai 1992, quel âge

21 aviez-vous à ce moment-là?

22 M. Poljak (interprétation): J'avais 19 ans et un mois.

23 Question: Avec qui à l'époque habitiez-vous? Qui se trouvait dans votre

24 maison?

25 Réponse: J'habitais dans la maison de mes parents, ils s'y trouvaient, et

Page 11880

1 il y avait encore avec nous mon frère qui était marié et son épouse

2 également habitait avec nous dans notre maison de famille.

3 Question: Est-ce que son épouse avait un enfant, est-ce que vous aviez un

4 neveu?

5 Réponse: Oui, ce neveu vit toujours.

6 Question: Cet enfant, quel âge avait-il au mois de mai 1992?

7 Réponse: Cet enfant avait environ six mois. Il s'agissait d'un petit bébé.

8 Question: Pouvez-vous nous montrer sur ce plan la région dans laquelle

9 vous avez habité? Montrez-nous la maison de vos parents dans laquelle vous

10 vous trouviez le 24 mai 1992?

11 Réponse: Je peux vous montrer approximativement l'emplacement de cette

12 maison, c'est ici que cette maison se trouvait.

13 Question: Pour le compte rendu, donc il faut dire que le témoin montre la

14 région se trouvant entre Gornji Jakupovici et Donji Jakupovici indiquée

15 par les lettres "g" et "d". Donc vous habitiez entre Donji et Gornji

16 Jakupovici?

17 Réponse: Oui.

18 Question: Dans votre témoignage précédent, au cours du contre-

19 interrogatoire, il y avait pas mal de questions qui vous avaient été

20 posées concernant le point de contrôle à Jakupovici. Pouvez-vous nous

21 montrer où se trouvait ce point de contrôle?

22 Réponse: Ce point de contrôle se trouvait sur la route principale entre

23 Prijedor et Banja Luka, quelque part par là.

24 Question: Vous nous montrez la route qui se trouvait plus près de Donji

25 Jakupovici. Pouvez-vous nous décrire comment ce point de contrôle… quel

Page 11881

1 aspect avait-il ce point de contrôle, son aspect physique plutôt?

2 Réponse: Je ne me souviens pas comment était l'aspect exactement. Il

3 s'agissait de tronc d'arbres qui se trouvaient sur la route, mais je n'ai

4 pas exactement vu ce point de contrôle parce que ce point de contrôle a

5 été construit seulement un ou deux jours avant l'attaque, peut-être le

6 jour même de l'attaque. Je n'en suis pas sûr.

7 Question: Bien. Avant de passer à l'attaque, dites-nous, est-ce que vous

8 aviez donc une formation militaire? Est-ce que vous étiez à la JNA ou est-

9 ce que vous étiez au service d'une formation militaire ou paramilitaire?

10 Réponse: Non, je n'ai pas fait mon service militaire, je n'appartenais à

11 aucune unité militaire. J'ai fait mes études à Prijedor, j'étais en

12 dernière année de l'école de mécanique, j'étais en quatrième, c'est-à-dire

13 en dernière année de cette école.

14 Question: Dans votre témoignage précédent, vous avez parlé des événements

15 lors de l'attaque contre Kozarac, ce qui s'est passé avec vous et votre

16 famille. Quelqu'un a constaté que l'attaque contre Kozarac avait commencé

17 parce qu'un convoi de la JNA a été attaqué justement à ce point de

18 contrôle à Jakupovici.

19 Qu'est-ce que vous en savez? Si je dis la JNA, je pense à la JNA de l'ex-

20 Yougoslavie ou à l'armée de la Republika Srpska, à la VRS.

21 Réponse: Pourriez-vous me répéter cette question s'il vous plaît?

22 Question: Vous n'étiez pas présent à ce point de contrôle au moment où

23 l'attaque s'était produite contre Kozarac, donc au cours de cette journée,

24 à aucun vous n'étiez présent?

25 Réponse: Non, ni ce jour-là ni la veille de ce jour, je ne me souviens pas

Page 11882

1 si j'étais présent.

2 Question: Vous avez dit dans votre témoignage précédent que, lorsque

3 l'attaque avait commencé, vous vous êtes rendu à plusieurs endroits parce

4 qu'il y avait des bombardements.

5 Pouvez-vous nous dire des directions desquelles les obus tombaient?

6 Réponse: J'ai eu l'impression que c'était dans tous les sens que les obus

7 ont été lancés et tombaient. Lorsque les premiers tirs ont été entendus

8 -enfin il ne s'agissait pas de tirs, il s'agissait d'un feu d'artifice

9 incroyable- donc dans tous les sens, je pouvais entendre des bruits

10 provenant des tirs.

11 Parce qu'on ne pouvait justement à cause de ce bruit déterminer les

12 directions d'où venaient les tirs. Il s'agissait des coups de feu

13 horrifiants. Il y avait des explosions ordinaires, il y avait des

14 explosions provenant d'autres armes.

15 Question: Avant l'attaque du dimanche 24 mai, avez-vous vu la JNA, c'est-

16 à-dire la VRS, faire quelque chose autour de Kozarac?

17 Réponse: Pendant une longue période, nous pouvions observer cela, c'est-à-

18 dire les véhicules militaires. Pendant la nuit, nous pouvions entendre,

19 selon l'évaluation des gens du village, les bruits des mouvements des

20 chars. Il y avait un bruit intense de moteur de char.

21 Ensuite, les enfants de l'école primaire à Lamoviti (phon) avaient vu là-

22 bas beaucoup de militaires, beaucoup d'armes, et avant, beaucoup de temps

23 avant l'attaque contre Kozarac.

24 Et ce que j'avais vu de mes propres yeux sur une colline qui s'appelle

25 Cuklac et qui n'est pas très loin de ma maison, je pouvais voir… Nous

Page 11883

1 pouvions voir là-bas les tranchées creusées par l'armée pour positionner

2 les mortiers, les chars. Et cela a pris assez de temps. Nonobstant

3 personne ne croyait qu'une attaque contre Kozarac se produirait parce

4 qu'il n'y avait aucune raison pour cela.

5 M. Koumjian (interprétation): Puisque vous n'avez pas été vous-même au

6 point de contrôle, connaissez-vous quelqu'un qui y a été, qui a été sur

7 place et qui aurait pu vous relater ce qui s'est produit entre l'armée et

8 les personnels qui se trouvaient au point de contrôle?

9 M. Ackerman (interprétation): Je soulève une objection, à moins qu'il ne

10 nous dise l'identité de la personne qui le lui aurait relaté.

11 M. le Président (interprétation): Je vous prie de tenir compte de

12 l'objection de Me Ackerman. Il s'agit du fait que l'objection de Me

13 Ackerman a été retenue.

14 M. Koumjian (interprétation): Qui, parmi les personnes qui ont été

15 présentes au point de contrôle, vous a relaté ce qui s'est produit?

16 M. Poljak (interprétation): Sakib Poljak, mon cousin qui a entre-temps

17 disparu. C'est lui qui m'a tout dit.

18 Question: Puisque Sakib Poljak ne peut pas nous dire ce qui s'est produit,

19 pouvez-vous nous dire pour quelle raison ne il peut pas venir nous en

20 parler lui-même?

21 Réponse: Il ne peut pas en parler puisque comme la plupart des gens de

22 Kozarac, il a été détenu dans un camp tout comme moi et des milliers

23 d'autres. Il a été interné à Omarska. Il a été passé à tabac tous les

24 jours. Et on l'a emmené d'Omarska. Il a probablement été tué, on n'a plus

25 retrouvé sa trace depuis.

Page 11884

1 M. le Président (interprétation): Oui, Maître Ackerman.

2 M. Ackerman (interprétation): La réponse qui concerne son cousin n'est

3 qu'une supposition d'après ce que d'autres personnes lui ont dit.

4 M. le Président (interprétation): Oui, effectivement. Mais il a raconté ce

5 qui s'est effectivement produit et il a bien répondu à la question. Et la

6 question était de savoir: pourquoi Sakib Poljak ne pouvait pas venir pour

7 relater ce qui s'est produit? Ce n'est donc pas parce qu'il ne voulait pas

8 venir.

9 M. Ackerman (interprétation): Mon objection néanmoins concerne le fait

10 qu'il ne peut pas être vérifié ce qu'il affirme au sujet de son cousin...

11 M. le Président (interprétation): Toutefois je n'accepte pas votre

12 objection puisqu'il nous a bien répondu pourquoi le cousin Sakib Poljak ne

13 pouvait pas être présent.

14 M. Ackerman (interprétation): Il ne s'agit pas de cela. Il s'agit juste du

15 fait que, moi indépendamment de tout cela, je ne peux pas vérifier ce qui

16 vient d'être dit. C'est pour cela que je considère que ceci est

17 inopportun.

18 M. le Président (interprétation): Cela ne change rien quant au fond. La

19 personne qui n'est pas ici et ne peut pas être ici afin de répondre aux

20 questions au cours d'un interrogatoire ou d'un contre-interrogatoire sera

21 prise en compte. Ce n'est pas la première fois que nous avons une

22 situation de ce type.

23 M. Koumjian (interprétation): Monsieur Poljak, le conseil de la défense

24 demandait: quels sont les moyens par lesquels vous avez appris que votre

25 cousin était détenu à Omarska et qu'il a disparu depuis?

Page 11885

1 M. Poljak (interprétation): Nous étions dans deux salles qui étaient l'une

2 à côté de l'autre. Je passais donc de la pièce où je me trouvais pour le

3 voir dans l'autre pièce pendant cette période, alors qu'il était encore en

4 vie à Omarska.

5 Question: Lorsque vous dites, vous pensez à Saki ou à d'autres personnes?

6 Si vous avez en vue d'autres personnes, à qui pensez-vous?

7 Réponse: A Sakib, Saban, Sabit. Ce sont tous mes cousins. Je pense

8 également à mon oncle Jusuf, lui il a survécu. Je pense aussi aux voisins

9 qui étaient dans la même pièce: Husein Bilal, Nihad Jakupovic, les trois

10 frères Jusuf, Kasim et Garo qui ne sont plus là. Ils étaient nombreux les

11 voisins qui étaient… qui avaient été passés à tabac, torturés et on a

12 perdu leur trace. Ils ont été emmenés, tués. On ne sait pas ce qu'il leur

13 est arrivé. Parmi eux se trouvait mon père.

14 Question: Que vous a dit Sakib à propos de ce qui s'est passé? Vous a-t-il

15 qu'il était lui-même au poste de contrôle?

16 Réponse: Oui.

17 Question: Que vous a-t-il dit au sujet des événements qui se sont

18 produits?

19 Réponse: Pour ce qui est de notre discussion à ce sujet, nous en avons

20 parlé au moment où nous nous retirions de notre village. C'était le moment

21 où nous fuyions. La discussion a été courte. On s'est demandé ce qui se

22 passait. A ce moment-là, un char est arrivé depuis Luka, de Banja Luka. Et

23 le groupe des militaires s'est scindé en deux. Ils étaient armés de fusil

24 automatique. Ils ont commencé à tirer. Il n'a pas beaucoup parlé de ça.

25 Ils se sont enfuis à ce moment-là. Nous étions apeurés, on était effrayé

Page 11886

1 et nous fuyions. Ce n'était pas une situation propice à la discussion, à

2 de longues conversations. Et personne ne savait ce qu'il allait se

3 produire.

4 Question: Vous avez évoqué le moment où vous avez été capturé, où on vous

5 a séparé de votre famille. Vous avez évoqué le moment où vous avez fait

6 vos adieux à vos parents, votre neveu, et vous avez dit qu'ils se sont

7 rendus à Prijedor alors que, vous, vous vous êtes dirigé vers les

8 montagnes, vers la Croatie. A ce moment-là, on vous a emmené vers la

9 caserne de Benkovac.

10 Les Juges disposent du compte rendu, donc nous n'allons pas nous attarder

11 là-dessus. Vous avez mentionné un hodza, un prête musulman, vous souvenez-

12 vous de son nom?

13 Réponse: Son nom était Hamid Softic, il me semble que son nom de famille

14 était Softic, je suis toutefois sûr que son prénom était Hamid. Je le

15 connaissais parce que tout le monde le connaissait. Il travaillait pour

16 ainsi dire à la mosquée de Donja Jakupovici, alors que j'étais encore

17 enfant, j'avais sept, huit, dix ans, disons. Ensuite, il a été transféré à

18 Kamicani, à la mosquée de Kamicani, sa femme était originaire de

19 Jakupovici. Je le connaissais assez bien.

20 Question: Vous avez dit qu'à Benkovac, diverses personnes avaient été

21 tuées, avaient été passées à tabac lorsque vous étiez détenu dans la salle

22 de bains et que son nom avait été appelé à plusieurs reprises, qu'ils

23 l'avaient appelé à plusieurs reprises, assez souvent?

24 Réponse: Oui.

25 Question: Pourquoi l'appelait-on plus souvent que d'autres?

Page 11887

1 Réponse: Je ne le sais pas. Probablement parce qu'il était hodza.

2 Question: Vous avez dit que vous aviez vu son torse plein d'ecchymoses et

3 même noire, il me semble que cela figure au compte rendu de votre

4 déposition dans l'affaire Stakic, avez-vous jamais vu depuis ce hodza

5 après avoir été transféré à Omarska?

6 Réponse: Il a été transféré avec moi et avec les autres à Omarska. Nous

7 étions détenus dans le garage. Mais je pense que dès le lendemain, une

8 personne que je ne connaissais pas et qui était à Benkovac et qui a

9 probablement participé aux actes de torture auxquels a été soumis hodza,

10 donc le lendemain ou le jour d'après, cet homme est arrivé, il a dit à

11 hodza de le suivre et il est venu le chercher et l'a emmené. Il est arrivé

12 en moto.

13 Où ils sont allés? Je ne le sais pas. On perd toute trace de Hamid, le

14 hodza.

15 Question: Ensuite, vous évoquiez le garage d'Omarska où vous avez été

16 détenu, donc nous avons une idée de l'endroit. Pouvez-vous nous dire

17 quelle était la taille de cette pièce? Etait-elle plus grande que ce

18 prétoire ou plus petite?

19 Réponse: Elle était beaucoup plus petite: 2,20 mètres de hauteur, 4x4 de

20 largeur. Pour vous donner une idée, il y avait tout juste suffisamment de

21 place pour une porte normale et une porte de garage.

22 Question: Combien d'hommes étaient avec vous placés dans ce garage lorsque

23 vous êtes arrivé à Omarska?

24 Réponse: Je ne suis pas tout à fait sûr du nombre de personnes puisque

25 j'ai beaucoup de chiffres dans ma tête: peut-être 100, 150. C'est environ

Page 11888

1 ce nombre-là puisque de 100 à 150 personnes ont été transférées de

2 Benkovac à Omarska, et c'est à peu près ce même nombre de personnes qui

3 est resté à Omarska après. Donc les personnes qui ont survécu ont été

4 transférées à Manjaca et à Trnopolje. C'est environ ce même nombre de

5 personnes qui est resté à Omarska. Ensuite, c'est à peu près le même

6 nombre de personnes qui a été transféré à Batkovici d'Omarska. On parle

7 toujours de 100 ou de 150 personnes.

8 Question: Il est difficile effectivement d'évaluer le nombre de personnes.

9 Pouvez-vous nous dire: est-ce que vous étiez en mesure de vous allonger?

10 Comment étiez-vous placés les uns par rapport aux autres? Quelles étaient

11 les conditions dans ce garage?

12 Réponse: La première nuit, les deux ou trois premières nuits, nous ne

13 pouvions pas nous retourner, on ne pouvait pas bouger, on était tous

14 debout. Pendant les deux, trois premiers jours, on ne pouvait même pas

15 s'asseoir. Il n'y avait pas suffisamment de place. On manquait d'air.

16 Quelques jours plus tard, ils ont commencé à faire sortir des gens, des

17 Garibovic, ils étaient au nombre de 5 ou de 10, de 5 à 10, ils étaient

18 tous dans ce garage. Moi-même j'ai été emmené pour subir un

19 interrogatoire.

20 Mais le plus dur était cette première période où on ne pouvait même pas se

21 retourner. On se croyait… C'était comme si on était dans une chambre à

22 gaz. On manquait d'air pendant trois jours.

23 On nous a donc emmenés un vendredi. Le samedi et le dimanche, ils nous ont

24 donné quelques morceaux de pain. Il m'est difficile de décrire cela.

25 C'était terrible, indescriptible. C'était l'enfer.

Page 11889

1 Question: Vous avez dit qu'il faisait très chaud, pouvez-vous nous donner

2 une évaluation en degrés ou décrire aux Juges de cette Chambre comment

3 vous ressentiez la chaleur et de quelle manière cela a affecté les

4 personnes qui étaient enfermées?

5 Réponse: Lorsqu'ils nous ont enfermés dans le garage, peu de temps après

6 donc, on était si nombreux, il faisait très chaud, la température était

7 très élevée. Les murs avaient été peints et la peinture fondait tellement

8 il faisait chaud.

9 A un moment donné, le chaos régnait puisqu'il y avait peu d'eau et que

10 tout le monde se précipitait sur le récipient où il y avait de l'eau. On

11 voulait survivre. C'était la lutte pour la survie. J'ai mis, je me

12 souviens très bien, j'ai posé ma main sur le mur et la peinture fondait,

13 et on sentait des gouttes d'eau qui provenaient du fait que l'air était

14 condensé. On n'avait tout simplement pas d'air, on était pratiquement

15 asphyxié.

16 Question: Quelqu'un a-t-il subi des conséquences après avoir passé les

17 quelques premières nuits dans le garage? Quels étaient les effets sur des

18 personnes qui étaient détenues?

19 Réponse: Dès la première nuit, il me semble, deux hommes de 30, 35 ans,

20 sont morts. Ils ont été tout simplement asphyxiés, on ne les a pas passés

21 à tabac. Ils étaient juste morts. Il y a eu cinq à six cas de personnes

22 qui ont -comment dire-, disjoncté. Ils se croyaient à un autre endroit.

23 Je me souviens d'un jeune homme -peut-être qu'il avait mon âge-, il avait

24 des hallucinations, il disait "sortez de la forêt, les Chetniks arrivent,

25 ils vont tous nous tuer!" Il y avait un vieil homme qui me regardait, mais

Page 11890

1 c'était comme s'il regardait à travers moi "petit, prend le cheval,

2 attelle le cheval!"

3 Pendant toute cette période, ils nous ont forcés à chanter, ils nous ont

4 dit: "Nous allons vous amener vos sœurs, vos mères. Nous allons les

5 violer, vous allez le regarder.". Des choses de ce genre.

6 Je ne sais pas comment j'ai survécu. Je ne vois pas du tout comment j'ai

7 réussi à rester dans un état normal. C'était horrible.

8 Question: Quelles étaient les possibilités d'aller aux toilettes pendant

9 les dix jours que vous avez passés au garage?

10 Réponse: De temps à autres, on nous laissait sortir pour aller faire nos

11 besoins, mais nous évitions de nous rendre à l'extérieur parce que nous

12 avions peur.

13 Le premier ou le deuxième jour, je suis sorti pour la première fois de ce

14 garage, c'était un matin, ils m'ont laissé aller à une dizaine de mètres

15 du garage pour y uriner, et je me souviens de cette sensation. Il faisait

16 beau, il y avait du soleil, il était vers 10, 11 heures du matin, à 3, 4

17 mètres de moi, il y avait un cadavre, le cadavre du jeune homme qui

18 s'était étouffé dans le garage au courant de la première ou de la deuxième

19 journée.

20 Je suis sorti, et je n'y prêtais même pas attention. Je n'ai rien ressenti

21 même si je voyais cet homme qui gisait comme s'il s'agissait d'une pierre,

22 d'un arbre, d'un tronc d'arbre. Ce qui a en revanche provoqué des

23 sensations particulières c'était le soleil, le beau temps, de pouvoir

24 enfin respirer l'air frais. Une situation complètement anormale, terrible.

25 Question: Connaissiez-vous cet homme dont vous avez vu le cadavre et qui

Page 11891

1 est mort asphyxié?

2 Réponse: Il était plus âgé que moi, il était originaire de Kamicani, je ne

3 me souviens pas de son nom ni de son prénom. L'autre personne qui est

4 morte asphyxiée, l'autre homme qui est mort asphyxié, je ne le connaissais

5 pas en revanche.

6 Question: Vous avez dit qu'on vous a apporté du pain quelques jours après

7 votre arrivée à Omarska. C'était bien la première fois que l'on vous a

8 donné de la nourriture à Omarska?

9 Réponse: Le groupe qui a été enfermé dans le garage: on nous a enfermés le

10 vendredi, et c'est le dimanche qui a suivi qu'ils nous ont jetés

11 littéralement du pain dans un petit sachet. Il n'y en avait assez pour

12 tout le monde. On se ruait tous vers ces morceaux de pain. Je me souviens

13 avoir réussi à me procurer deux tranches de pain.

14 Question: Et qu'en avez-vous fait, qu'avez-vous fait de ces deux tranches

15 de pain?

16 Réponse: J'ai mis une tranche de pain dans ma poche, je l'ai cachée pour

17 ainsi dire. Quant à l'autre, je l'ai dégustée miette par miette. C'est

18 inimaginable, comment vous dire. C'est à un niveau animal que cela s'est

19 passé, on était comme des animaux. Nous n'étions pas des êtres humains. Ce

20 qui nous importait c'était de suivre l'instinct, ce n'était pas la raison

21 qui régnait. On ne réfléchissait pas.

22 Au moment où on nous apportait de l'eau, où on nous jetait à travers la

23 fenêtre un récipient avec de l'eau, on ne réfléchissait pas, on voulait

24 juste s'en procurer. Comme lorsqu'on jette un os aux chiens et les chiens

25 commencent à se battre entre eux pour cet os. C'était pareil pour nous. On

Page 11892

1 ne pensait pas "voilà cette personne est plus âgée, l'autre est plus

2 fragile, etc." C'était l'instinct qui régnait, qui nous gouvernait, pour

3 ce qui est de la nourriture et de l'eau.

4 Question: Y-avait-il quelqu'un dans ce garage que vous connaissiez? Un

5 voisin qui s'appelait Enes et qui était malade?

6 Réponse: Oui, mais il n'était pas mon voisin, il venait de Kamicani, c'est

7 son épouse qui était ma voisine. Oui, je crois qu'on était des cousins en

8 quelque sorte, je ne sais pas si cela s'est produit le jour où on nous a

9 donné du pain.

10 Question: Vous nous avez dit que vous aviez mangé cette tranche de pain et

11 que l'autre, vous l'aviez conservée dans votre poche, que s'est-il passé

12 ensuite?

13 Réponse: Puisque je connaissais son père et je le connaissais bien lui

14 ainsi que sa famille, puisque son père était artisan, il a participé à la

15 construction de notre maison. Je les connaissais donc bien, leur sœur

16 était mariée à un de mes voisins. Donc, j'étais accroupi ou j'étais

17 debout, j'ai bien vu qu'il n'était pas en bon état et je réfléchissais

18 s'il fallait lui donner cette tranche de pain. Je me demandais si j'allais

19 la lui donner ou la garder, garder ce morceau de pain pour moi-même. A la

20 fin, j'ai décidé de lui donner cette tranche de pain.

21 Question: A présent, nous allons passer à autre chose, à la période du

22 mois d'août 1992. Penny Marshal parmi d'autres journalistes est arrivé au

23 camp d'Omarska en août 1992, vous le savez maintenant, n'est-ce pas?

24 Réponse: Je sais que les journalistes venaient, mais qui -ils étaient

25 deux-, ils venaient. Je n'en ai aucune idée.

Page 11893

1 La plupart d'entre eux sont arrivés à l'époque où nous étions au nombre de

2 100 ou 150, et avant cela je sais qu'une délégation composée de

3 journalistes était venue.

4 Question: Avez-vous jamais vu la cassette vidéo faite par les journalistes

5 qui avaient filmé la cantine, les prisonniers qui allaient prendre leur

6 soupe et le morceau de pain à la cantine?

7 Etiez-vous à ce moment précis là-bas à la cantine lorsque les journalistes

8 sont arrivés?

9 Réponse: Oui, je me trouvais à Omarska à cette période.

10 Question: Mais est-il exact de dire que vous ne faisiez pas partie des

11 détenus qui se sont rendus à la cantine lorsque les journalistes sont

12 arrivés?

13 Réponse: Non.

14 Question: Lorsque vous étiez à Omarska pendant votre séjour au camp, avez-

15 vous vu des journalistes, des journalistes étrangers visiter le camp?

16 Réponse: Non, je ne pouvais pas voir cela. D'abord, j'étais placé dans le

17 garage et de là on ne pouvait rien voir. Ensuite, on m'a transféré dans le

18 hangar, et de là-bas non plus on ne pouvait rien voir. Les journalistes ne

19 venaient pas à cet endroit-là.

20 Question: Des étrangers sont-ils venus en août 1992 à Omarska, et la

21 situation a-t-elle changé par la suite?

22 Réponse: Environ 150 d'entre nous ont donc été gardés à Omarska, alors que

23 d'autres détenus étaient emmenés en bus d'Omarska. Cela je ne le savais

24 pas jusqu'au moment où la Croix-Rouge est arrivée et où ils nous ont

25 enregistrés. Et ils nous ont dit que certaines personnes ont été

Page 11894

1 transférées à Trnopolje ou à Manjaca, alors que 150 d'entre nous sont

2 restés à Omarska malgré cela. Et nous étions résignés, on était persuadé

3 qu'ils allaient nous abattre. On était effrayé.

4 Mais la situation était calme, il n'y avait pas eu de provocation de la

5 part des gardiens et on ne pouvait pas prévoir ce qu'il allait se passer,

6 ce qui allait nous arriver. Vers 2 ou 3 heures du matin, on a entendu les

7 camions venir. Les gardiens sont arrivés et ils nous ont donné l'ordre de

8 sortir, de décharger ce qui se trouvait dans les camions. C'était des

9 lits, de la literie. Nous n'étions pas du tout au courant de ce qui se

10 passait, mais nous avons déchargé et empilé tout cela dans une pièce qui

11 se trouve dans le même bâtiment où se situe le garage, l'endroit où l'on

12 m'avait détenu, interné d'abord.

13 C'est là qu'on a laissé les lits et la literie, et tout cela nous était

14 destiné. C'était la première fois au bout de deux ou trois mois que

15 j'avais eu l'occasion de dormir dans un lit. La situation a radicalement

16 changé, on ne nous a plus maltraités, la nourriture était meilleure. On

17 nous a fourni tout ce dont on avait besoin pour nous raser. Il y avait un

18 barbier parmi nous et il s'est mis à nous couper les cheveux, à nous

19 raser, etc. On nous a également fourni des produits pour entretenir notre

20 hygiène corporelle.

21 Par la suite, on circulait donc dans le camp pour nettoyer, pour effacer

22 toutes les traces de torture et de massacre. Je sais que quelques jeunes

23 gens sont partis pour emmener des cadavres qui étaient là depuis

24 longtemps. Ces cadavres avaient été, pendant une longue période de temps,

25 à cet endroit, et ils étaient en état de décomposition, donc en les

Page 11895

1 transportant le bras par exemple est tombé.

2 Donc on a fait cela pendant quelques jours, et ensuite les journalistes

3 sont arrivés. Je ne me souviens plus si c'est le CICR, les journalistes

4 qui sont arrivés les premiers, mais je me souviens que la CICR nous a

5 enregistrés. Nous avions obtenu pour la première fois des informations sur

6 ce qui se passait en Bosnie en général, et l'espoir est de nouveau apparu.

7 M. Koumjian (interprétation): Alors il y a une photo apparemment qui n'a

8 pas encore été versée au dossier ERN 0123687, on pourrait soumettre cette

9 photo au témoin?

10 J'ai un peu oublié la procédure, est-ce qu'on donne une cote tout de

11 suite?

12 M. le Président (interprétation): Oui.

13 M. Koumjian (interprétation): Ce sera alors la pièce P1128.30.

14 M. le Président (interprétation): Très bien.

15 M. Koumjian (interprétation): Monsieur Poljak, est-ce que vous

16 reconnaissez quoi que ce soit sur cette photographie?

17 M. Poljak (interprétation): Oui, c'est à cela que ressemblaient les lits.

18 Cette pièce me rappelle la pièce où j'ai été détenu.

19 Question: Ce serait donc après la visite des étrangers? C'est à cela que

20 ressemblait la pièce après que les étrangers aient effectué la visite? Les

21 lits avaient donc été apportés?

22 Réponse: En fait, la pièce comportait déjà des meubles avant l'arrivée des

23 journalistes et du CICR. Le soir, la nuit à 3 heures du matin, en fait le

24 jour où les autres ont été emmenés à Manjaca, c'est à ce moment-là, ce

25 jour-là, que nous avons donc meublé ces pièces, que nous avons fait de

Page 11896

1 l'ordre. Trois ou quatre jours plus tard, les journalistes ont commencé à

2 arriver, mais nous avions déjà mis de l'ordre. Il y avait des lits, des

3 draps, etc.

4 Question: Vous avez témoigné dans l'affaire Stakic que lorsque vous êtes

5 parti, vous avez fait vos adieux à votre père, alors que lui est donc

6 resté sur place avec votre mère, votre belle-sœur et son enfant. Vous avez

7 également témoigné que vous l'avez revu à Omarska.

8 Est-ce que vous avez été internés dans la même pièce à Omarska à un moment

9 quelconque?

10 Réponse: Après mon internement, au garage, ils m'ont transféré dans la

11 même pièce que celle où se trouvait mon père lorsque j'ai été emmené au

12 garage, donc quelque dix jours plus tard.

13 Question: Qui était votre père? Quelle était sa profession avant

14 l'offensive menée contre Kozarac?

15 Réponse: Pendant longtemps, il a travaillé longtemps en tant que maçon en

16 Croatie pour une entreprise "Pula Siporeks". Il a également travaillé pour

17 son propre compte à Cumanum (phon). Des membres de ma famille

18 travaillaient dans les forêts. Il avait donc consacré une bonne partie de

19 sa vie à ce type d'activité.

20 Question: Est-ce qu'il avait des activités politiques ou militaires? Est-

21 ce qu'il était membre d'un groupe paramilitaire quel qu'il soit?

22 Réponse: Non, il n'était pas actif sur le plan politique, et autant que je

23 le sache, il n'était pas non plus membre d'un groupe militaire.

24 Question: Vous avez dit que votre père a été roué de coups à maintes

25 reprises, qu'on l'a souvent obligé à sortir, est-ce que vous savez

Page 11897

1 pourquoi? Pour quelle raison?

2 Réponse: Il en a parlé, mais de façon, avec beaucoup de réticences.

3 Lorsque je lui ai posé des questions à ce sujet "comment est-ce que cela

4 se passait?" il disait en général "ce n'est pas trop grave, je vais bien.

5 Ils m'ont asséné quelques coups". Mais je suppose qu'il ne voulait pas que

6 je me fasse trop de souci à son sujet.

7 Question: Et votre père a été sommé une nuit, il a été emmené, il n'est

8 jamais revenu. Est-ce que cela vous dérange, qu'à ce jour, vous ne sachiez

9 toujours pas où se trouve le corps de votre père?

10 Réponse: Oui, certes.

11 Question: Pouvez-vous expliquer à la Chambre pour quelle raison c'est le

12 cas.

13 M. Poljak (interprétation): C'est très simple. J'entends par là, le seul

14 fait de penser à cela, lorsque l'on perd un être cher, on enterre cette

15 personne, on fait tout ce que l'on fait d'ordinaire dans ce genre de

16 situation. On sait que la personne est morte, qu'il faut l'enterrer, qu'il

17 faut emmener des fleurs au cimetière, pouvoir faire honneur à sa mémoire.

18 Je ne sais pas comment mon père est mort, mais je suis presque sûr à cent

19 pour cent qu'il a été tué, qu'il est mort. A-t-il été torturé? Est-ce

20 qu'on l'a assassiné? Etait-ce avec un fusil -je serais très heureux si

21 c'était le cas- ou est-ce qu'ils ont fait autres choses? Est-ce qu'ils ont

22 utilisé d'autres objets, des marteaux? Enfin, ce sont là les questions qui

23 me perturbent. Où est sa dépouille?

24 M. Koumjian (interprétation): Je n'ai pas d'autres questions.

25 M. le Président (interprétation): Maître Ackerman, en avez-vous? Puis-je

Page 11898

1 vous demander combien de temps va durer votre contre-interrogation selon

2 vos estimations simplement pour voir s'il conviendrait de faire une pause

3 maintenant, pour un quart d'heure?

4 M. Ackerman (interprétation): Je dirais à peu près aussi longtemps que le

5 contre-interrogatoire, le dernier contre-interrogatoire, je dirais 20 à 25

6 minutes.

7 M. le Président (interprétation): Très bien. Nous pouvons donc procéder.

8 Est-ce que vous avez un autre témoin aujourd'hui?

9 Mme Sutherland (interprétation): Non.

10 M. le Président (interprétation): Je demanderai aux interprètes et à la

11 régie: est-ce que vous êtes d'accord de continuer encore 25 minutes

12 encore?

13 M. Koumjian (interprétation): Encore une erreur de notre part, est-ce

14 qu'on pourrait verser au dossier l'ensemble de la déposition de M. Poljak

15 dans l'affaire Stakic en tant que pièce à conviction P1520?

16 M. le Président (interprétation): Maître Ackerman, un instant. La dernière

17 photo que nous avons soumise au témoin, nous ne l'avons pas.

18 Mme Sutherland (interprétation): En fait, cette photo se trouve dans la

19 grande liasse de photos qui vous a été remise.

20 M. le Président (interprétation): Très bien.

21 Maître Ackerman vous avez la parole.

22 (Contre-interrogatoire du témoin, M. Samir Poljak, par Me Ackerman.)

23 M. Ackerman (interprétation): Bonjour Monsieur le Témoin.

24 M. Poljak (interprétation): Bonjour.

25 Question: Outre votre déposition dans l'affaire Stakic, vous avez

Page 11899

1 également fait quelques déclarations, une que vous avez faite à

2 l'intention du Bureau du Procureur au mois de janvier 1996, est-ce bien

3 exact?

4 Réponse: Oui, en effet.

5 Question: Dans cette déclaration-là, si vous voulez jeter un coup d'œil,

6 dites-le-moi, je vous en procurerai une copie. Je vois ici à la deuxième

7 page de la déclaration de la version anglaise -enfin page n°2, c'est la

8 première page de la déclaration en fait- vous parlez des événements qui

9 ont suivi l'assaut de votre village, ce qui s'est passé lorsque vous êtes

10 parti pour Kozarac -je cite-: "Nous avons été capturés le 27 mai 1992, je

11 crois qu'environ 80 personnes en tout ont été capturées dont certains

12 étaient armés et arboraient des uniformes.". (Fin de citation.)

13 A votre avis, combien de personnes portaient des uniformes, combien de ces

14 80 personnes?

15 Réponse: Plusieurs d'entre eux: quatre, cinq, peut-être.

16 Question: Quatre ou cinq? Et combien d'entre eux étaient armés?

17 Réponse: Je ne saurais vous le dire avec précision. Mais par la suite on

18 m'a demandé de récupérer ces armes: il y avait plusieurs fusils

19 automatiques, quelques fusils de chasse, quelques munitions également.

20 Question: D'après vos estimations, combien d'armes avez-vous récupérées?

21 Vous étiez trois à rassembler ces armes, donc dans l'ensemble combien

22 d'armes avez-vous récupérées?

23 Réponse: Là encore, je ne sais pas avec certitude. A ce moment-là,

24 franchement je n'y ai pas pensé. Je ne me suis pas demandé de combien

25 d'armes il s'agissait. Je n'avais qu'une chose en tête: ce qui m'arrivait,

Page 11900

1 j'avais peur.

2 Question: Mais lorsqu'il est devenu manifeste que vous alliez être tous

3 capturés, vous vous êtes dessaisis de vos armes, vous les avez laissées

4 dans la forêt, n'est-ce pas?

5 Réponse: Moi-même je n'avais pas d'arme.

6 Question: Vous n'aviez pas une mitraillette légère?

7 Réponse: Non, je n'avais pas la moindre arme, pas une seule arme.

8 Question: Quelle serait la meilleure estimation possible que vous pourriez

9 nous donner aujourd'hui du nombre d'armes, armes automatiques, fusils ou

10 autres que vous et les deux autres hommes ont récupérées dans la forêt ce

11 jour-là?

12 Réponse: Dix peut-être.

13 Question: Qui d'autre a été cherché des armes, ces armes dans les bois

14 outre vous-même et ces deux hommes?

15 Réponse: Nous étions escortés par un gardien, je suppose qu'il était

16 membre des forces de réserve. Il arborait le vieil uniforme de l'armée en

17 vert et en gris. Et puis, il y avait quelques soldats déployés dans la

18 forêt. Je suppose là aussi en tant que gardiens qui arboraient des

19 uniformes de camouflage et autant que je m'en souvienne, ils portaient des

20 bérets rouges. Il y avait des soldats qui nous ont accompagnés, qui nous

21 ont emmenés afin que nous récupérions ces armes.

22 Question: Les 80 personnes dont vous faisiez partie, qui ont quitté

23 Kozarac pour la forêt, en fait vous étiez membre d'une organisation armée

24 qui essayait d'assurer la défense de Kozarac, n'est-ce pas?

25 Réponse: Non, ce n'est pas le cas. Je me trouvais à Brdjani, dans la cave

Page 11901

1 comme je l'ai déjà expliqué lorsque la décision a été prise conformément à

2 laquelle la population allait se rendre à l'armée, aux autorités serbes.

3 Moi-même et le frère de ma belle-sœur nous avons décidé de ne pas nous y

4 conformer, plutôt de partir, d'aller dans les bois, d'essayer d'arriver

5 jusqu'en Croatie.

6 C'est à ce moment-là que j'ai fait mes adieux à mes parents et nous sommes

7 partis en direction de la forêt. Il n'y avait pas que 70 hommes armés avec

8 nous, il n'y avait que deux… nous n'étions que deux. Il était plus âgé que

9 moi, il connaissait bien le terrain et notre but était d'éviter d'être

10 tués et de passer en Croatie.

11 Question: Pourrait-on soumettre au témoin la pièce P1075, s'il vous plaît?

12 Ah non pardon, laissons cela de côté.

13 (Me Ackerman s'adresse à sa consœur.)

14 Ne me parlez plus, s'il vous plaît!

15 M. le Président (interprétation): C'est un ordre!

16 (Rire)

17 M. Ackerman (interprétation): Oui, c'est à micro ouvert. Vous entendez

18 donc tout ce que je dis. Très bien.

19 Témoin, à un moment donné à Omarska -d'ailleurs M. Koumjian vous a posé

20 cette question dans le cadre de son interrogatoire principal-, lorsque les

21 journalistes étrangers sont arrivés au camp –et je parle de la période

22 avant que les personnes n'aient quitté le camp pour Trnopolje et Manjaca-,

23 donc à ce moment-là, vous avez dit que vous n'étiez pas au courant de leur

24 présence, donc au moment où ils se trouvaient déjà dans les camps? Est-ce

25 bien exact?

Page 11902

1 M. Poljak (interprétation): J'avais connaissance du camp de Trnopolje mais

2 je ne savais pas que cet autre groupe avait été emmené à Manjaca.

3 Question: Non, vous n'avez pas bien compris ma question, c'est sans doute

4 de ma faute. Je vais la reformuler: au moment où les journalistes

5 étrangers se trouvaient à Omarska, lorsque tout le monde s'y trouvaient

6 encore, vous n'aviez pas connaissance de leur présence, le jour où ils se

7 trouvaient dans le camp, vous n'étiez pas au courant de leur présence?

8 Réponse: Lorsque le premier groupe de journalistes est arrivé, au moment

9 où ils sont arrivés, je n'en savais rien. Mais peut-être déjà le lendemain

10 on en parlait, on parlait du fait qu'ils avaient été dans le camp.

11 Question: Oui, et vous l'avez appris parce que vous avez entendu, parce

12 que d'autres personnes vous ont raconté que ces journalistes avaient été

13 sur place, n'est-ce pas?

14 Réponse: Oui.

15 Question: Est-ce que c'est une déclaration vraie? Quiconque se trouvait à

16 Omarska apprendrait très vite tout ce qui s'y passait parce que les bruits

17 couraient très vite à Omarska, les nouvelles se répandaient très vite à

18 Omarska, est-ce bien exact?

19 Réponse: Oui, en effet, les nouvelles se répandaient vite, c'est ce que

20 j'ai appris. Je ne sais pas.

21 Question: Ainsi par exemple, même si vous n'étiez pas vous-même sur la

22 "pista", vous avez appris de la bouche d'autres personnes ce qui se

23 passait sur la "pista", n'est-ce pas?

24 Réponse: Je ne puis rien vous dire avec précision. Je ne me souviens de

25 rien à cent pour cent. J'en suis incapable. Je ne me souviens pas de tout.

Page 11903

1 Ce n'était pas quelque chose de très important. Je ne me suis pas efforcé

2 d'y réfléchir et de garder cela en mémoire. J'ai entendu cela, les

3 informations, les bruits circulaient. Je ne sais pas qui me l'a dit,

4 comment j'en ai entendu parler. Franchement je n'en sais rien.

5 Les conditions étaient tellement horribles dans le camp. D'un point de vue

6 psychologique, une personne se raccrochait à toutes sortes de choses

7 infimes. Il est possible que j'aie encore entendu parler de ces

8 journalistes ultérieurement, je ne sais pas très bien quand j'en ai

9 entendu parler, je sais simplement que j'en ai entendu parler. Ces

10 journalistes sont bien venus mais je n'en savais rien lorsqu'ils sont

11 venus pour la première fois, le premier groupe.

12 Je ne sais pas très bien ce que vous souhaitez que je vous dise. Vous

13 souhaitez que je vous donne des détails sur cette visite des journalistes,

14 qui m'en a parlé? Je n'y ai jamais longuement réfléchi. Il y avait bien

15 d'autres choses qui me perturbaient.

16 Question: Je pense que vous avez l'impression que je vous accuse de

17 quelque chose, ce n'est pas le cas. J'essaie simplement de vous amener à

18 dire à la Chambre ce qui me paraît être vrai, c'est-à-dire que tout ce qui

19 se passait à Omarska était connu de la population toute entière des

20 détenus, et ce, de façon très rapide après que les événements aient eu

21 lieu, en raison du fait que les bruits, les nouvelles se répandaient très

22 vite à Omarska.

23 C'est tout ce que je vous demande. Je ne vous demande pas de vous souvenir

24 avec précision des choses que vous avez pu entendre ou de quoi que ce

25 soit. Simplement, je vous demande de confirmer ce que je vous dit et de

Page 11904

1 confirmer cela pour la Chambre.

2 Réponse: Que souhaitez-vous que je confirme au juste?

3 Question: Eh bien, lorsque les journalistes ont effectué cette visite,

4 c'est une chose que tout le monde à Omarska a su très rapidement, à la

5 suite de leur visite, n'est-ce pas?

6 M. Poljak (interprétation): Oui, c'est sans doute le genre de nouvelles

7 qui se seraient répandues très rapidement. Après trois mois de meurtres et

8 de tortures, enfin quelqu'un est arrivé pour voir ce qui se passait. Il

9 est donc très probable que cet élément d'information ait été répandu très

10 rapidement, mais je ne m'en souviens pas. Mais c'était pour nous un grand

11 événement, c'était le genre de brindille à laquelle un homme pouvait

12 s'accrocher afin de survivre et d'être animé d'espoir.

13 Nous nous disions "maintenant ils savent enfin que nous sommes là, qu'ils

14 nous tuent, qu'ils voient à quoi nous ressemblons. Nous avons faim, nous

15 sommes torturés, nous sommes dans un état déplorable, roués de coups, nous

16 sommes à moitié morts".

17 M. le Président (interprétation): Mais vous ne répondez pas à la question!

18 La question était toute simple, vous semblez perturbé par la question,

19 mais il n'y a aucun souci à vous faire. On vous pose une question très

20 simple: dans le contexte qui régnait dans ce camp, est-il exact de dire

21 que les bruits, les nouvelles se répandaient très rapidement? C'est une

22 question tout à fait simple. Répondez par oui ou par non, je ne vois pas

23 qu'elle pourrait être l'incidence de votre réponse.

24 M. Koumjian (interprétation): Monsieur le Président, je pense que le

25 témoin répond à la question.

Page 11905

1 M. le Président (interprétation): Oui, mais donnez-lui l'occasion d'y

2 répondre. C'est comme dans un tout petit village, dès qu'il y a quelque

3 chose qui se passe tout le monde est au courant en l'espace de quelques

4 minutes. Est-ce que c'était une ambiance similaire dans le camp?

5 M. Poljak (interprétation): La situation était la suivante dans ce camp:

6 nous étions dispersés dans plusieurs chambres et parfois il arrivait

7 qu'une personne subisse un interrogatoire, donc soit emmenée. Il était

8 dans une pièce, on l'emmenait, et puis il était ramené à une autre pièce.

9 C'est ainsi que les informations circulaient, mais il pouvait parfois

10 s'écouler dix ou vingt jours sans que personne ne vienne dans la pièce où

11 l'on se trouvait, et ainsi de suite. Je ne peux donc pas affirmer que les

12 informations se répandaient très rapidement, c'était parfois le cas et

13 parfois non.

14 M. le Président (interprétation): Très bien.

15 Poursuivez Maître Ackerman.

16 M. Ackerman (interprétation): Merci. Dans votre déposition dans l'affaire

17 Stakic, Monsieur le Témoin, vous avez dit -comme vous l'avez dit

18 d'ailleurs aujourd'hui également- enfin vous avez parlé plutôt de cette

19 pièce, dans le garage où se trouvaient environ 150 autres hommes, et vous

20 avez dit quelque chose de très intéressant dans l'affaire Stakic, je veux

21 vous rappeler ce que vous avez dit et puis vous poser quelques questions à

22 ce propos -je cite ici la page 6357-: "On nous a amenés de l'eau, et les

23 gens ont commencé à se disputer le récipient d'eau. C'était absolument

24 horrible, c'était une lutte pour la survie tout simplement. Personne

25 n'avait le moindre égard pour ceux qui l'entouraient. Nous nous sommes

Page 11906

1 disputés, nous avons lutté comme des animaux pour cette eau que l'on nous

2 avait amenée, c'était absolument horrible.". (Fin de citation.)

3 C'est vrai, n'est-ce pas?

4 Réponse: Oui.

5 Question: Vous en avez appris quelque chose sur la nature humaine à ce

6 moment-là, n'est-ce pas?

7 Réponse: Oui.

8 Question: Vous avez vu comment les êtres humains sont susceptibles de se

9 comporter lorsqu'ils sont confrontés à la mort?

10 Réponse: Oui, en effet.

11 Question: Ce n'est pas à cela que vous vous seriez attendu avant d'en être

12 témoin, n'est-ce pas?

13 Réponse: Non, je n'aurais jamais imaginé cela même dans mes rêves.

14 Question: Vous avez parlé de deux hommes qui sont morts asphyxiés et du

15 fait qu'ils gisaient par terre et que personne ne leur prêtait attention.

16 Comment est-ce que cela a pu se produire?

17 Réponse: Personne ne se souciait de ces gens.

18 Question: Oui, justement, comment cela a-t-il pu se produire? Comment est-

19 ce que vous pouvez expliquer ce comportement? Comment les comportements

20 ont-ils pu changer ainsi? Vous avez observé cela?

21 Réponse: Je n'en sais rien. Je ne sais pas si on peut expliquer ce genre

22 de choses. Pour moi, c'est tout à fait incompréhensible. Cela tient peut-

23 être à une sorte d'instinct de survie qui s'empare d'un homme dans de

24 telles circonstances, à de tels moments. Peut-être que des experts en la

25 matière pourraient vous expliquer cela, mais moi je ne peux pas vous

Page 11907

1 donner une meilleure explication que cela.

2 Question: Je présume que vous ne vous êtes jamais rassemblés, que vous

3 n'avez pas discuté afin de prendre une décision délibérée de vous

4 comporter de la sorte? C'est simplement quelque chose qui s'est produit,

5 n'est-ce pas?

6 Réponse: Oui.

7 Question: Et quel que soit le rôle que vous avez pu jouer dans ce

8 contexte, ce n'est pas une décision que vous avez prise, c'est simplement

9 quelque chose qui s'est emparé de vous, quelque chose qui en fait était en

10 quelque sorte inné, inné à tous ces autres hommes qui se trouvaient là?

11 Réponse: Est-ce que vous auriez l'obligeance d'expliciter votre question?

12 Je ne comprends pas bien.

13 Question: Je pense que vous avez déjà répondu à la question. Mais est-ce

14 que vous avez pu observer la façon dont vous-même vous vous êtes comporté

15 lorsque vous nous dites que vous êtes sorti et que vous n'avez pas prêté

16 la moindre attention à l'homme qui gisait par terre, un cadavre? Cela n'a

17 eu aucun effet sur vous. Ce n'est pas une décision consciente que vous

18 avez prise à un moment donné, c'est quelque chose qui s'est passé comme

19 ça, quelque chose d'instinctif?

20 Réponse: Oui.

21 Question: Je vous prie de montrer au témoin la pièce à conviction P1134.

22 (Intervention de l'huissier.)

23 S'il vous plaît, montrez-moi la partie en anglais du document avant de le

24 montrer au témoin pour voir quelle partie il faut mettre sur le

25 rétroprojecteur? S'il vous plaît, mettez cette partie-là sur le

Page 11908

1 rétroprojecteur où il est écrit "Omarska"?

2 (Intervention de l'huissier.)

3 Monsieur, devant vous est un document: il s'agit de la pièce à conviction

4 à charge 1134, il s'agit d'un rapport rédigé par la commission qui a

5 visité Omarska et vous avez probablement vu cette commission parce que

6 vous étiez peut-être là-bas.

7 Je vous prie de feuilleter ce document et de retrouver la partie où il est

8 écrit Omarska. C'est le paragraphe indiqué par le chiffre 2 où il est

9 écrit "Omarska, près de Prijedor". Si vous regardez le troisième

10 paragraphe commençant par les mots: "Les détenus, les détenus sont dans

11 une pièce où se trouvent les lits de camp militaires et où se trouvent les

12 installations sanitaires, régulières.

13 La nourriture pour eux est préparée dans la cantine militaire. Cette

14 nourriture est préparée dans le bâtiment principal de la mine et le

15 système, c'est le self service.

16 Il y a une petite infirmerie. Dans la partie où se trouvent des bureaux,

17 il y a un médecin et une infirmière pour secourir, si c'est nécessaire.

18 Mais dans des cas plus graves les détenus sont emmenés dans les centres

19 médicaux de Prijedor et de Banja Luka.".

20 Maintenant je vais vous poser deux questions. De la situation à Omarska à

21 l'époque où vous étiez là-bas avec 150 autres détenus, si quelque chose

22 n'est pas exact, dites-nous de quoi il s'agit?

23 Réponse: Cette situation était approximativement comme décrite dans ce

24 document.

25 Question: Merci. Au cours de ce temps que vous avez passé à Omarska, vous

Page 11909

1 n'avez ni entendu ni vu aucun politicien qui aurait, qui serait venu

2 visiter Omarska, n'est-ce pas?

3 Réponse: Oui.

4 Question: Est-ce que vous vous souvenez si à Zenica, vous avez donné une

5 déclaration le 22 février 1994? Est-ce que vous vous souvenez de cela?

6 Réponse: Oui, je me souviens de cela.

7 Question: Cette déclaration a été accordée à l'Institut central pour des

8 recherches des crimes contre le droit humanitaire et le droit

9 international dans la municipalité de Prijedor. Vous souvenez-vous de

10 cela?

11 Réponse: Oui.

12 Question: Si vous souhaitez regarder cette déclaration sur laquelle je

13 vais poser quelques questions, dites-moi cela si vous voulez avoir la

14 copie de cette déclaration?

15 Réponse: Oui.

16 Question: Je voudrais vous lire ce qui est écrit, c'est-à-dire ce que vous

17 avez dit au sujet de la situation lorsque l'attaque contre Kozarac s'est

18 produite, dont on a parlé intérieurement. Ce que vous avez dans la

19 déclaration, c'est la chose suivante: "Compte tenu du nombre d'ennemis et

20 des armes dont ils disposaient…"

21 M. le Président (interprétation) (Hors micro) Nous sommes informés que la

22 bande sera finie dans quatre minutes. Nous avons donc besoin d'une petite

23 pause pour que les bandes soient changées.

24 M. Ackerman (interprétation): Nous pouvons nous arrêter et j'ai besoin

25 encore de 10 ou 15 minutes.

Page 11910

1 M. le Président (interprétation): Quant à moi, on peut s'arrêter mais il

2 faut vérifier si les techniciens et les interprètes sont d'accord. Parce

3 que nous avons travaillé plus de 25 minutes. Enfin si nous continuons nous

4 allons travailler plus de...

5 M. le Président (interprétation): D'accord. Nous allons interrompre notre

6 travail pendant quelques minutes, mais nous allons rester dans le prétoire

7 et nous allons poursuivre après la résolution de ce problème technique.

8 (Les techniciens changent les bandes vidéo.)

9 (Interruption à 17 heures 51 est reprise à 17 heures 52.)

10 Oui, Maître Ackerman, vous pouvez poursuivre.

11 M. Ackerman (interprétation): Merci.

12 Monsieur, nous venons donc de parler de votre déclaration donnée à Zenica

13 qui commence par les mots: "Compte tenu du fait que l'ennemi a été mieux

14 armé et que nous ne pouvions pas les empêcher de pénétrer dans votre

15 village", quand vous dites cela je suppose que vous pensez à vous aussi?

16 M. Poljak (interprétation): Non, je ne pense pas à moi quand je dis cela.

17 Question: Cela veut donc dire quand vous avez donné cette déclaration en

18 prononçant le pronom "nous", vous n'êtes pas censé être inclus dans ce

19 groupe inclus?

20 Réponse: Non.

21 Question: "Nous nous étions retirés vers l'intérieur, dans l'arrière pays

22 du territoire libéré, et nous avons pris des positions", est-ce que vous

23 avez participé cela? Est-ce que vous avez fait partie de ce "nous"?

24 Réponse: Oui.

25 Question: Et lorsque vous dites: "Nous avons pris des positions", est-ce

Page 11911

1 que vous avez creusé des tranchées, quelles étaient ces positions?

2 Réponse: Je ne me suis exprimé pas au pluriel là. A cet endroit-là, j'ai

3 expliqué qui était au point de contrôle, qui était dans la cave, qui s'est

4 retiré, mais je me suis exprimé au pluriel "nous nous étions retirés"

5 parce qu'il s'agissait des gens se trouvant au point de contrôle. Il y

6 avait des femmes et des enfants, tout le monde s'est retiré. Nous n'étions

7 plus au point de contrôle. Les uns se sont retirés à Kamicani, Brdjani.

8 Question: Est-ce que vous, vous avez écrit cette déclaration, vous en

9 personne? Est-ce qu'il s'agit de votre écriture?

10 M. Poljak (interprétation): Je ne me souviens pas de qui est cette

11 écriture, mais si je vois cette écriture, je pourrai éventuellement

12 confirmer l'écriture de quelle personne il s'agit.

13 M. Ackerman (interprétation): Je demande à l'accusation de montrer ce

14 document au témoin.

15 M. Koumjian (interprétation): Est-ce que vous avez une copie de ce

16 document?

17 M. Ackerman (interprétation): Ce que j'ai a été photocopié de façon

18 illisible.

19 (Intervention de l'huissier.)

20 Maintenant sous vos yeux, vous avez ce document, est-ce qu'il s'agit de

21 votre écriture ou de quelqu'un d'autre?

22 M. Poljak (interprétation): Il ne s'agit pas de mon écriture.

23 M. Koumjian (interprétation): S'il vous plaît, regardez maintenant la

24 dernière page et dites-nous si vous pouvez voir à cette page votre

25 signature?

Page 11912

1 M. Poljak (interprétation): Oui, je la vois.

2 M. Koumjian (interprétation): Tout de suite au-dessus de votre signature,

3 il y a quelque chose comme "j'appose ma signature pour confirmer que tout

4 ce qu'il a été dit dans cette déclaration est vrai et que je suis prêt à

5 témoigner devant le Tribunal concernant ce sujet.".

6 Est-ce que cela est exact?

7 M. Poljak (interprétation): Oui.

8 M. Ackerman (interprétation): Qui était le commandant de ce groupe qui

9 s'était retiré et pris les positions dans la forêt? Qui se trouvait en

10 tête de ce groupe?

11 M. Koumjian (interprétation): Je pense qu'il y a une faute de

12 compréhension de la pièce, parce qu'il n'est pas question du groupe qui a

13 pris les positions.

14 M. le Président (interprétation): On accepte l'objection.

15 M. Ackerman (interprétation): Vous avez dit dans votre déclaration que

16 vous vous étiez retiré dans une partie du territoire libéré et pris les

17 positions. Qui était le commandant de ce groupe de personnes qui s'était

18 retiré et pris les positions? Qui dirigeait ce groupe?

19 M. le Président (interprétation): Il faut d'abord demander si quelqu'un se

20 trouvait vraiment en tête de ce groupe.

21 M. Poljak (interprétation): Il n'y avait personne qui commandait. Tout

22 simplement c'était l'escapade, la fuite, on s'est enfui du village. Il n'y

23 avait donc personne qui donnait des ordres ou par où il fallait aller.

24 Donc il n'y avait personne qui commandait. Oui, mon père m'a dit: "Toi, tu

25 vas avec nous, avec notre mère à Brdjani, chez les parents de notre bru.".

Page 11913

1 Et nous nous sommes rendus dans ce village.

2 M. Ackerman (interprétation): Pourtant, il s'agit ici d'un groupe d'hommes

3 qui à la fin ont été capturés et emmenés dans la caserne de Benkovac, qui

4 disposaient d'armes et d'uniformes, certains parmi eux.

5 Lorsque vous dites: "nous nous étions retirés dans la partie du territoire

6 libéré et pris des positions", ce que je veux savoir c'est s'il y avait

7 quelqu'un qui vous avait dirigé vers cette direction? Est-ce qu'il y avait

8 quelqu'un qui vous donnait des instructions, qui vous disait: "Garçons,

9 prenez des armes, passez par là!"

10 M. Poljak (interprétation): On nous a dit qu'il fallait quitter le

11 village, se sauver du village et aller de Kozarac vers Kamicani.

12 Réponse: Dans ce groupe, il s'agissait des voisins, des cousins, de nos

13 cousins, il y avait des femmes, des enfants. Tout le monde qui se trouvait

14 ce jour-là dans le village s'est retiré.

15 Question: Dans cette même déclaration de Zenica sur laquelle vous avez

16 signé en confirmant que tout est vrai, vous dites: "530 personnes ont été

17 emmenées au camp de Batkovic, dans un village près de Bijeljina." Vous

18 avez déclaré cela, n'est-ce pas?

19 Réponse: J'ai donné cette déclaration, donc je dis que j'ai donné cette

20 déclaration.

21 Question: Et ensuite vous avez donné la déclaration au Bureau du

22 Procureur, vous avez fait une déclaration le 11 janvier 1996 au Bureau du

23 Procureur et, dans cette déclaration-là, vous dites: "J'ai été transféré à

24 Batkovici, un village se trouvant près de Bijeljina, avec

25 approximativement 500 autres détenus", n'est-ce pas?

Page 11914

1 Réponse: Oui, mais en ce moment je ne peux pas me souvenir du nombre de

2 prisonniers qui a été transféré à Batkovici.

3 Question: Et au mois d'octobre 2001, un employé du Tribunal international

4 est arrivé en vous montrant votre déclaration et on vous a demandé si vous

5 vouliez faire quelque correction dans cette déclaration. Après quoi, vous

6 avez déclaré que ces déclarations étaient vraies. Et l'une des corrections

7 apposées par vous à la quatrième page de votre déclaration, vous avez dit

8 d'abord sur cette page que vous étiez transféré à Batkovici avec 500

9 prisonniers, après quoi vous avez dit qu'il fallait réduire ce nombre à

10 150 prisonniers, n'est-ce pas?

11 Réponse: Oui.

12 Question: Après un certain temps, vous avez été échangé, n'est-ce pas?

13 Réponse: Oui, c'est exact, j'ai été échangé en septembre ou en octobre

14 1993, je ne suis pas sûr de la date. C'était peut-être le 9 octobre ou le

15 10 septembre, je ne sais pas.

16 Question: Après que vous êtes échangé, vous êtes allé dans l'armée de

17 Bosnie-Herzégovine, n'est-ce pas?

18 Réponse: Non pas directement, trois ou quatre mois se sont écoulés avant

19 que je rejoigne l'armée de Bosnie-Herzégovine.

20 Question: Oui, mais donc à la fin, vous avez rejoint l'armée de Bosnie-

21 Herzégovine. Dites-nous ce que vous avez fait dans l'armée de Bosnie-

22 Herzégovine? Est-ce que vous avez participé à des opérations de combat?

23 Réponse: Oui.

24 Question: Et à peu près quatre mois, après avoir rejoint l'armée, vous

25 vous êtes sauvé en Croatie, n'est-ce pas?

Page 11915

1 Réponse: Oui.

2 Question: Est-ce que vous avez déserté l'armée ou vous étiez libéré de

3 l'armée? De quelle façon vous êtes parti en Croatie?

4 M. Poljak (interprétation): Je me suis sauvé, tout simplement.

5 M. Ackerman (interprétation): Est-ce que vous étiez confronté à certaines

6 conséquences après avoir déserté l'armée?

7 M. Koumjian (interprétation): Quelle est la pertinence de cette question?

8 M. le Président (interprétation): Maître Ackerman, est-ce qu'il y a une

9 pertinence dans cette question?

10 M. Ackerman (interprétation): Probablement non, Monsieur le Président.

11 Vous avez parlé de cette pièce à Omarska, il s'agissait d'un garage où se

12 trouvaient 150 personnes. Vous avez utilisé les mots suivants il

13 s'agissait "comme d'une chambre à gaz". Est-ce que vous vous souvenez

14 avoir dit cela?

15 M. Poljak (interprétation): C'est possible que j'aie dit qu'il s'agissait

16 d'une chambre à gaz, je me souviens. Je ne peux pas me souvenir de chaque

17 mot que j'ai prononcé.

18 Question: C'était aujourd'hui! Vous ne pouvez pas vous souvenir de ce que

19 vous avez dit aujourd'hui parce que c'est aujourd'hui que vous avez dit

20 qu'il s'agissait d'une chambre à gaz?

21 Réponse: Oui, oui, aujourd'hui j'ai probablement dit cela parce que la

22 situation était telle que...

23 Question: Comment savez-vous quel est l'aspect d'une chambre à gaz? De

24 quelle sorte de chambre à gaz parliez-vous?

25 M. Poljak (interprétation): Je ne sais pas, mais c'était sans air à

Page 11916

1 respirer, sans oxygène.

2 M. Ackerman (interprétation): C'était ma dernière question. Merci,

3 Monsieur le Président.

4 M. le Président (interprétation): Est-ce que vous avez des questions

5 supplémentaires?

6 (Interrogatoire principal supplémentaire du témoin, M. Samir Poljak, par

7 M. Koumjian.)

8 M. Koumjian (interprétation): Oui. Lorsque vous avez dit qu'il s'agissait

9 "comme dans une chambre à gaz", que c'était difficile de respirer, dans

10 quelle mesure c'était difficile?

11 M. Poljak (interprétation): C'était asphyxiant parce qu'il n'y avait pas

12 d'air.

13 Question: Est-ce que quelqu'un parmi vous dans cette petite pièce a été

14 mal à l'aise au cours de ces 10 jours?

15 M. Poljak (interprétation): Comme je l'ai précédemment dit, il y avait

16 deux personnes qui sont mortes probablement à cause de cette situation.

17 M. Koumjian (interprétation): Est-ce qu'il y avait des problèmes de

18 digestion, est-ce qu'il y avait des diarrhées…

19 M. Ackerman (interprétation): Je pense que cela sort du cadre de mon

20 contre-interrogatoire!

21 M. le Président (interprétation): Je pense qu'il n'est pas nécessaire de

22 rentrer dans ce sujet parce que le témoin nous a donné une description

23 assez complète des conditions régnant dans cette pièce.

24 M. Koumjian (interprétation): Maître Ackerman vous a demandé quelque chose

25 concernant ces 80 hommes armés, il s'agit de ce groupe armé qui était avec

Page 11917

1 vous lorsque vous étiez capturé.

2 Ces 80 hommes, est-ce qu'il s'agissait exclusivement d'hommes?

3 M. Poljak (interprétation): Non.

4 Question: S'il vous plaît, décrivez-nous ce groupe? Vous avez dit qu'il y

5 avait quatre ou cinq hommes en uniforme. Il y en avait qui portaient un

6 fusil et qui n'avaient pas d'uniforme. Et les autres, quel était leur

7 aspect physique?

8 Réponse: Toutes ces personnes étaient des personnes ordinaires, des hommes

9 ordinaires.

10 Question: Il s'agissait d'hommes, de femmes, quel était leur âge?

11 Réponse: Il s'agissait pour la plupart d'hommes. Il y avait quelques

12 femmes et quelques enfants, quelques mineurs.

13 Question: Avant votre capture à Omarska, disposiez-vous d'armes à feu?

14 M. Poljak (interprétation): Non.

15 M. Koumjian (interprétation): Je n'ai plus de question.

16 M. le Président (interprétation): Merci. Monsieur Poljak, votre témoignage

17 est fini. Je tiens à vous remercier d'être revenu devant ce Tribunal pour

18 déposer.

19 Maintenant M. l'huissier va vous faire sortir d'ici et quelqu'un va

20 s'occuper de vous et vous aider à rentrer dans votre pays. Merci.

21 M. Poljak (interprétation): Merci.

22 (Le témoin, M. Samir Poljak, est reconduit hors du prétoire.)

23 M. le Président (interprétation): Madame Sutherland ou Monsieur Koumjian,

24 demain nous allons procéder au témoignage… à d'autres témoignages, mais il

25 s'agit de quel ordre d'apparition du témoin?

Page 11918

1 Mme Sutherland (interprétation): Il s'agit du témoin 7.79 et c'est en

2 audience publique.

3 M. le Président (interprétation): De combien de temps avez-vous besoin?

4 Mme Sutherland (interprétation): C'est Mme Korner qui va interroger le

5 témoin. Elle pense que ça ne durera pas très longtemps. Après arrive le

6 témoin n°7.226 avec les mesures de protection, c'est-à-dire avec le

7 pseudonyme et la déformation des traits du visage et de la voix.

8 M. le Président (interprétation): Et vous pensez que ça va durer jusqu'à

9 vendredi?

10 Mme Sutherland (interprétation): Oui.

11 M. le Président (interprétation): Qui va interroger?

12 Mme Sutherland (interprétation): Moi.

13 M. le Président (interprétation): L'interrogatoire va durer à peu près

14 combien de temps?

15 Mme Sutherland (interprétation): Trois quarts d'heure ou une heure. Il

16 s'agit du témoin BT-27.

17 M. le Président (interprétation): Oui, oui, je le sais.

18 Je veux remercier les interprètes et les techniciens dans le prétoire de

19 leur coopération, parce que nous apprécions cela. Merci.

20 Nous poursuivrons notre travail demain après-midi.

21 (L'audience est levée à 06 heures 10.)

22

23

24

25