International Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le vendredi 27 février 2004

2 [Audience publique]

3 --- L'audience est ouverte à 9 heures 00.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, appelez le numéro de

5 l'affaire.

6 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

7 M. LE GREFFIER : [interprétation] Il s'agit de l'affaire numéro IT-01-47-T,

8 le Procureur contre Enver Hadzihasanovic et Amir Kubura.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Je me tourne vers l'Accusation pour qu'elle se

10 présente.

11 M. WITHOPF : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame la

12 Juge, Monsieur le Juge. Nous avons, pour l'Accusation, Daryl Mundis,

13 Ekkehard Withopf et l'assistante, Kimberly Fleming, dont, malheureusement,

14 c'est le dernier jour avec nous, et je souhaiterais la remercier pour tout

15 le travail accompli jusqu'ici.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, je me tourne vers les Défenseurs.

17 Mme RESIDOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, bonjour. Edina

18 Residovic, conseil pour la Défense; Stéphane Bourgon, co-conseil; et nous

19 avons également Muriel Cauvin, assistante juridique pour le général

20 Hadzihasanovic.

21 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Madame,

22 Monsieur les Juges. Nous avons Rodney Dixon, Fahrudin Ibrisimovic et M.

23 Mulalic, assistant juridique pour représenter M. Kubura.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci. La Chambre salue toutes les personnes

25 présentes, qui ont pu venir malgré cette tempête de neige qui n'a pas

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1 paralysé le cours de la justice. Je remercie que tout le monde ait fait

2 l'effort d'être présent à 9 heures puisque nous pouvons commencer à l'heure

3 prévue.

4 La Chambre joint, bien entendu, ses vux pour Mme Fleming, qui va quitter

5 le banc de l'Accusation, et nous avons pu apprécier le travail qu'elle

6 fournissait pour permettre, notamment, lors de la production des pièces à

7 conviction, que cela soit fait le plus rapidement possible et en temps

8 utile. Nous vous remercions pour tout ce qui a été fait et nous vous

9 souhaitons, pour le futur, nos meilleurs voeux dans l'accomplissement de

10 vos tâches dans l'avenir.

11 Nous avons, aujourd'hui, deux témoins prévus, qui sont à la disposition de

12 la Chambre. Sans perdre de temps, nous allons introduire le premier témoin,

13 s'il n'y a pas de mesures particulières pour ce premier témoin. Je demande

14 à Mme l'Huissière d'aller le chercher.

15 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur le Témoin, je veux d'abord

17 vérifier que vous m'entendez bien. Est-ce que vous entendez mes propos

18 traduits dans votre langue ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Vous avez été cité à comparaître pour être

21 entendu, en qualité de témoin, par l'Accusation. Pour ce faire, il faut, au

22 préalable, prêter serment. Pour ce faire, vous devez me décliner votre nom

23 et prénom. Alors, je vous demande de bien vouloir vous lever. Quels sont

24 votre nom et prénom ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Zdravko Zulj et je déclare

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1 solennellement que je dirai la vérité, toute la vérité et rien que la

2 vérité.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez été trop vite parce qu'avant de faire

4 cette déclaration, il fallait me donner votre date de naissance et votre

5 lieu de naissance.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Zdravko Zulj. Je suis né le 4

7 septembre 1966 à Glavice, municipalité de Bugojno.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Au point de vue professionnel, que faites-vous

9 actuellement ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis un technicien forestier et je

11 travaille pour une société de gestion des forêts.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. En 1993 -- 1992, que faisiez-vous au

13 point de vue professionnel ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] En 1992, je me suis rallié au HVO et j'ai été

15 membre du HVO à cette époque.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Est-ce que vous avez déjà témoigné devant une

17 juridiction nationale ou une juridiction internationale ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, jamais.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Alors, vous devez lire le texte que vous

20 avez dans les -- entre les mains. Lisez le texte qui est la prestation de

21 serment.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

23 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie. Vous pouvez vous asseoir.

25 LE TÉMOIN: ZDRAVKO ZULJ [Assermenté]

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1 [Le témoin répond par l'interprète]

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Concernant la procédure de votre témoignage,

3 elle va se dérouler comme suit : les représentants de l'Accusation, qui

4 sont situés à votre droite, vont vous poser des questions pendant un

5 certain temps. Sur les questions posées, je vous demande d'y répondre de la

6 manière la plus complète et précise car le but de ces questions, c'est

7 d'informer la Chambre de certains faits, dont vous avez été le témoin

8 visuel.

9 Une fois que les questions auront été posées, les avocats des accusés, qui

10 sont situés à votre gauche, pourront vous poser également des questions

11 dans le cadre d'un contre-interrogatoire, afin de vérifier que ce vous

12 dites est vrai et, par ailleurs, s'ils ont des points qui servent la cause

13 des accusés et qui sont nécessaires.

14 Par ailleurs, les trois Juges, qui sont devant vous, pourront, s'ils le

15 souhaitent, à tout moment, vous poser des questions aux fins

16 d'éclaircissement par rapport aux réponses que vous faites s'ils restent

17 des ambiguïtés ou des points à éclaircir.

18 Par ailleurs, comme vous venez de prêter serment, si vous commettez un faux

19 témoignage, vous risquez d'être exposé à des poursuites pénales, et des

20 peines, en cas de faux témoignages, peuvent aller être des peines d'amende

21 ou à une peine de prison qui peut aller jusqu'à sept ans, voir les deux

22 peines.

23 Dans le cadre des réponses que vous faites aux questions, il se peut qu'il

24 y ait des situations où un témoin puisse être amené à fournir des éléments

25 qui pourraient se retourner un jour contre lui à charge. Alors, quand le

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1 témoin est dans cette situation, il peut dire qu'il ne veut pas répondre. A

2 ce moment-là, la Chambre peut l'obliger à répondre et, comme il est obligé

3 de répondre sur l'injonction de la Chambre, ce qu'il dira à ce moment-là ne

4 pourra être utilisé contre lui comme élément à charge dans le cadre d'une

5 procédure autre. Voilà. Si, à un moment donné, vous avez un problème ou des

6 questions, vous vous adressez à la Chambre qui est là pour résoudre toute

7 difficulté qui peut arriver lors d'une audition.

8 Sans perdre de temps, je me tourne vers les représentants de l'Accusation

9 pour leur donner la parole pour l'interrogatoire principal.

10 M. MUNDIS : [interprétation] Merci Monsieur le Président.

11 Interrogatoire principal par M. Mundis :

12 Q. Monsieur Zulj, lorsque M. le Président vous a posé une question, vous

13 avez indiqué que vous étiez membre du HVO en 1992. A quelle date vous êtes-

14 vous rallié au HVO ?

15 R. Le 4 juin 1992.

16 Q. Lorsque vous êtes devenu membre du HVO, quelles étaient vos fonctions

17 et responsabilités principales ?

18 R. Nous nous trouvions sur la ligne entre Kupres et Bugojno. C'est là que

19 nous étions cantonnés.

20 Q. Y avait-il une armée différente de l'autre côté de la ligne de

21 stationnement de votre Unité du HVO ?

22 R. Oui, les Serbes -- l'armée serbe. Ils se trouvaient à Kupres et nous

23 étions à Bugojno à la frontière.

24 Q. Monsieur le Témoin, est-ce que, plus tard, votre Unité du HVO a eu -- a

25 été impliquée avec l'ABiH ?

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1 R. Plus tard, je suis devenu membre de la police militaire du HVO et c'est

2 à ce moment-là qu'il y a eu des conflits entre l'armée et le HVO.

3 Q. Vous souvenez-vous à quelle date vous êtes devenu membre de la police

4 militaire du HVO ?

5 R. Je pense que cela s'est passé en mai 1992 -- ou plutôt 1993.

6 Q. En mai 1993, lorsque vous avez rallié la police militaire du HVO, où

7 étiez-vous cantonné ?

8 R. A l'hôtel Kalin dans la ville de Bugojno.

9 Q. Après mai 1993, lorsque vous êtes devenu membre du HVO, quelles étaient

10 vos fonctions et responsabilités principales ?

11 R. En tant que membre de la police militaire, j'avais été chargé de

12 certaines installations en ville et je m'occupais des patrouilles avec la

13 FORPRONU dans la ville. Nous avons, pendant un certain temps, patrouillé

14 avec la police de l'ABiH. Toutefois, des incidents sont survenus et cette

15 pratique a été interrompue. Nous étions censé nous occuper essentiellement

16 d'installation, telle que l'hôtel de ville, la poste, le centre de culture

17 croate, et cetera.

18 Q. Vous nous avez dit que vous deviez vous occuper sur la sécurité de

19 certaines installations, où se trouvaient ces installations que vous avez

20 mentionnées ?

21 R. La plupart se trouvait dans la ville de Bugojno.

22 Q. Il y a quelques minutes de cela, vous nous avez dit qu'il y a eu des

23 conflits entre l'armée et le HVO et, lorsque vous avez indiqué cela, a quel

24 armé faisiez vous allusion ?

25 R. J'entendais les membres du camp musulman car, jusqu'à cette date, il

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1 n'y a pas eu de conflit, mais il y avait des incidents. Les gens avaient

2 faits certains prisonniers.

3 Q. A quelle date a commencé le conflit à Bugojno, après que vous étiez

4 membre de la police militaire du HVO ?

5 R. Je pense que cela a commencé le 19 juillet 1993.

6 Q. Quelles forces militaires ont participé à ce conflit ?

7 R. Le HVO, et l'ABiH.

8 Q. Lorsque ce conflit a éclaté le 19 juillet 1993, où étiez vous cantonné

9 à cette date là ?

10 R. J'étais à l'hôtel Kalin, en fait, à la base de la police militaire du

11 HVO.

12 Q. Vous trouviez-vous dans l'hôtel Kalin le jour où la guerre a éclaté à

13 Bugojno ?

14 R. Oui. Je me trouvais dans l'hôtel Kalin. En fait, j'y étais arrivé la

15 veille, la nuit précédente, le 18 juillet. C'est là que je me suis

16 présenté, à l'hôtel Kalin, pour accomplir mes tâches.

17 Q. Quel était le nom ou le numéro de l'Unité de Police militaire du HVO à

18 lequel vous apparteniez, et qui se trouvait basé à l'hôtel Kalin à

19 Bugojno ?

20 R. Le 2e Bataillon de la Police militaire.

21 Q. Lorsque la guerre a éclaté, le 19 juillet 1993, savez-vous combien de

22 membres du 2e Bataillon de la Police militaire du HVO se trouvaient dans

23 l'hôtel Kalin, au moment où la guerre a éclaté ?

24 R. Je pense qu'il y avait environs 30 hommes, pas plus, mais je ne connais

25 pas le chiffre exact.

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1 Q. Hormis les 30 hommes qui appartenaient au 2e Bataillon de la Police

2 militaire du HVO, y avait-il d'autres personnes dans l'hôtel Kalin au

3 moment où la guerre a éclaté, à votre connaissance, bien entendu ?

4 R. Autant que je sache, il se peut qu'il y ait eu la femme qui travaillait

5 à la réception. Il y avait peut-être également quelques serveurs.

6 Q. Après le début de la guerre, le 19 juillet 1993, pendant combien de

7 temps est-ce que votre unité, à savoir, le 2e Bataillon de la Police

8 militaire du HVO, est restée dans l'hôtel Kalin ?

9 R. Quelques cinq à six jours, jusqu'au 24 ou 25 juillet.

10 Q. Pendant la période allant du 19 juillet 1993 jusqu'au 24 ou 25 juillet,

11 est-ce que d'autres personnes sont venus à l'hôtel Kalin, hormis, bien

12 entendu, les membres de votre unité ?

13 R. Oui. Il y a un village a proximité de l'hôtel Kalin, à quelques

14 kilomètres de l'hôtel Kalin. Il s'agit d'un village croate qui était tombé,

15 et qui était occupé par les forces musulmanes. Les gens, à savoir, des

16 civils, ainsi que les membres d'une unité, ont fui. Je pense qu'il

17 s'agissait d'une Unité spéciale de la Police civile.

18 Q. Vous nous avez dit que votre unité est restée à l'hôtel Kalin jusqu'au

19 24 ou 25 juillet. Que s'est-il passé, ce jour là ?

20 R. A cette date, à savoir -- vous voulez dire soit le 24 où le 25 juillet,

21 en fait ?

22 Q. Oui.

23 R. Nous avons été assiégés par l'ABiH. Alors, ils nous parlaient par le

24 truchement de hauts parleurs, ils voulaient que nous nous rendions. Ils

25 nous ont dit que nous étions assiégés, que nous n'avions nulle part où

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1 aller, et notre -- nos commandants ont décidé de nous rendre. Nous avons

2 laissé nos armes dans l'hôtel, nous avons levé les bras, nous avons marché

3 devant l'hôtel. Près de l'hôtel, il y avait un "parking", avec un grand

4 magasin et un café. Ils nous ont fait mettre là. Nous sommes alignés, ils

5 nous ont fouillés, afin de voir ce que nous avions sur nous. Ils ont

6 d'ailleurs pris tous ce qui avait une valeur quelconque : les cigarettes,

7 les bijoux et, aussi, quelqu'un avait de l'argent, et ils le prenaient

8 également.

9 Q. A la suite de la reddition de votre unité, où vous êtes-vous rendu ?

10 R. Nous étions dans le "parking" et, à partir du "parking", ils nous ont

11 amenés dans la cave du magasin de meubles.

12 Q. Combien de personnes environ ont été amenées avec vous dans la cave du

13 magasin de meubles ?

14 R. Une trentaine de la police militaire et il y avait également les

15 personnes qui s'étaient jointes à nous, et qui venaient de l'Unité de la

16 Police civile. Il y a en avait a peu près une vingtaine. Nous étions une

17 cinquantaine.

18 Q. Vous avez parlé de ce magasin de meubles ? Où se trouvait-il situé ?

19 R. Il se trouve à un kilomètre, ou un kilomètre et demi de l'hôtel. Il se

20 trouve également dans la ville de Bugojno.

21 Q. Vous nous avez dit qu'ils vous ont amené dans la cave du magasin de

22 meubles. Vous souvenez-vous approximativement quelle heure il était lorsque

23 vous êtes arrivé dans la cave du magasin de meubles, ou à quel moment de la

24 journée cela se situait-il ?

25 R. Je pense que cela s'est passé dans l'après midi, mais je n'en suis pas

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1 sûr.

2 Q. A votre arrivée dans le sous-sol du magasin de meubles, est-ce qu'il y

3 avait des gens qui se trouvaient déjà dans ce sous-sol ?

4 R. Non, je ne pense pas. Je pense que nous avons été les premiers à y être

5 emmenés.

6 Q. Pourriez-vous décrire, à l'intention des Juges de la Chambre de

7 première instance, les conditions qui prévalaient dans le sous-sol du

8 magasin de meubles à votre arrivée.

9 R. Le sous-sol était plongé dans l'obscurité. Le sol était recouvert

10 d'eau. Il y avait des palettes en bois sur le sol, que nous avons

11 d'ailleurs utilisées, par la suite, pour dormir. Il y avait environ entre

12 cinq et dix centimètres d'eau dans ce sous-sol.

13 Q. Combien de temps êtes-vous resté dans le sous-sol du magasin de meubles

14 à Bugojno ?

15 R. Je pense que j'y suis resté cinq, six voir sept jours. Je n'en suis pas

16 sûr.

17 Q. Comment avez-vous été traité pendant ces cinq, six ou sept jours où

18 vous étiez dans le sous-sol du magasin de meubles ?

19 R. Comment ? Alors, le soir, les soldats de l'armée nous rendaient visite.

20 Ils ont pris nos uniformes et ils nous ont donné de vieux uniformes. Nous

21 n'avons obtenu aucun vivre jusqu'au deuxième ou troisième jour lorsque la

22 sur Pavka est venue nous voir. Elle nous a amené des boîtes de conserve et

23 du pain. Pour ce qui est des conditions hygiéniques, elles étaient

24 absolument horribles. Il y avait des passages à tabac, il y a des personnes

25 qui étaient amenées aux étages supérieures où ils étaient passés à tabac.

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1 Q. Monsieur le Témoin, vous venez de nous dire que des personnes étaient

2 amenées aux étages supérieurs où ils faisaient l'objet de passages à tabac.

3 Vous souvenez-vous du nom des personnes qui ont été emmenées aux étages

4 supérieures et qui ont été passées à tabac ?

5 R. Je pense que je m'en souviens. Le premier soir, ils ont pris Stipo

6 Zelic, qui était le commandant de la police militaire. Il y avait également

7 le commandant de l'autre unité qui se trouvait avec nous dans l'hôtel. Il

8 s'appelait Cubela. Ils ont pris également Dragan Brecic, Mljenko Bagaric,

9 Zrinko Arazina, Dadic. Il y avait d'autres personnes également, mais je ne

10 me souviens pas de leurs noms.

11 Q. Pour ce qui est de ces passages à tabac, avez-vous jamais été, vous-

12 même, la victime de ces passages à tabac dans le magasin de meubles ?

13 R. Le premier jour, lorsque nous avons été capturés, j'ai demandé à aller

14 aux toilettes. Alors, j'ai vu le garde qui était debout, je me suis

15 approché de lui et je lui ai demandé s'il me donnait l'autorisation d'aller

16 aux toilettes. Il m'a giflé et il m'a dit que j'étais censé faire mes

17 besoins là où j'avais dormi.

18 Q. Pendant que vous avez été dans le sous-sol du magasin de meubles, où

19 avez-vous dormi ?

20 R. Sur les palettes, les palettes qui se trouvaient dans le sous-sol, par

21 terre.

22 Q. Alors, après que vous avez passé cinq, six ou sept jours dans le sous-

23 sol du magasin de meubles à Bugojno, où vous êtes-vous rendu ensuite ?

24 R. A l'école primaire Vojin Paleksic, dans le hall de cette école

25 primaire.

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1 Q. Pouvez-vous nous dire dans quelles circonstances vous vous êtes rendu à

2 l'école primaire Vojin Paleksic ?

3 R. Ils nous y ont emmenés en camion. Ils nous ont emmenés jusqu'à l'école.

4 Q. Vous parlez de "eux", de "ils", Monsieur le Témoin, qu'entendez-vous

5 par là ?

6 R. Les membres de l'ABiH, bien entendu.

7 Q. Que portaient ces membres de l'ABiH ?

8 R. Je crois que la plupart portaient des uniformes ordinaires de

9 camouflage.

10 Q. Vous souvenez-vous, Monsieur le Témoin, si vous avez pu savoir à quelle

11 unité ou unités, au pluriel, appartenaient ces membres de l'ABiH ?

12 R. Je ne pense pas savoir à quelles unités ils appartenaient au juste.

13 Q. Vous nous avez dit également "ils nous ont emmenés à l'école Vojin

14 Paleksic, à qui pensiez-vous quand vous avez dit "nous" ?

15 R. Je pensais à nous autres, membres du HVO, les prisonniers. Dans une

16 première tournée, il y a été emmenés une vingtaine d'hommes, peut-être même

17 une trentaine. Je ne suis plus très sûr.

18 Q. Vous souvenez-vous de la date approximative, voir du mois ou de la

19 semaine, où vous avez été emmené à l'école primaire Vojin Paleksic ?

20 R. Si j'étais emprisonné vers le 25 ou 27, j'ai passé cinq ou six jours au

21 magasin de meubles, cela devait se situer au début août, le 1er ou le 2

22 août.

23 Q. Pouvez-vous dire à la Chambre de première instance ce qui s'est passé

24 avec le groupe des soldats du HVO qui se trouvait avec vous lorsque vous

25 êtes arrivé à cette école primaire, début août.

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1 R. Arrivés devant l'école, nous sommes sortis du camion et, à l'entrée de

2 la salle, il y avait des membres de l'armée qui étaient alignés. Quand nous

3 entrions, certains recevaient des coups de pied, d'autres recevaient des

4 gifles. Ils nous ont alignés dans la salle le long du mur, et nous devions

5 leur tourner le dos. Tout à coup, on a tiré une rafale au fusil

6 automatique. On ne voyait pas où cela était dirigé comme tir. On

7 s'attendait à recevoir des balles dans le dos. Probablement ont-ils tiré

8 dans le plafond, très certainement pour nous faire peur, pour nous

9 intimider. En tout état de cause, personne n'a été blessé à ce moment-là.

10 Q. Savez-vous nous dire à quelle unité de l'ABiH ces soldats, qui se

11 trouvaient dans l'école primaire Vojin Paleksic étaient-ils engagés ?

12 R. Je ne connais pas les noms des unités.

13 Q. Combien êtes-vous resté dans cette école appelée Vojin Paleksic ?

14 R. Je ne pense pas que j'ai pu y passer plus de dix jours.

15 Q. Où se trouve cette école primaire Vojin Paleksic ?

16 R. Dans une partie de la ville.

17 Q. De quelle ville ?

18 R. De Bugojno.

19 Q. Pouvez-vous nous décrire les conditions prévalant dans cette école

20 primaire Vojin Paleksic pendant les dizaines de jours que vous y avez

21 passé ?

22 R. Je pense que cela allait mieux que dans le salon -- ou le magasin de

23 meubles. Au moins, il n'y avait pas d'humidité et nous n'avons pas été dans

24 le noir, il y avait de la lumière. Pour ce qui est des mauvais traitements,

25 ceux-ci se sont poursuivis tout comme cela a été le cas dans le magasin de

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1 meubles. Nous ne recevions pas suffisamment à manger. Je dirais que nous

2 étions, à un moment donné, 200, 250 peut-être même 300 dans cette salle au

3 rez-de-chaussée. Pour manger nous recevions 15 à 20 miches de pain et une

4 casserole de potage ou il n'y avait pratiquement que de l'eau. Il n'y avait

5 aucune espèce d'épice ni quoi que ce soit d'autre.

6 Q. Monsieur le Témoin, vous nous avez dit que : "Pour ce qui est des

7 mauvais traitements, il en allait de même." Je vous cite. Pouvez-vous nous

8 étoffer votre propos.

9 R. Je me souviens que l'on faisait sortir les prisonniers, qu'on les

10 malmenait, qu'on les battait au soir, surtout tard dans la nuit.

11 Q. Après avoir séjourné dans cette école primaire Vojin Paleksic, où avez-

12 vous été emmené par la suite ?

13 R. A Prusac.

14 Q. Pouvez-vous dire à la Chambre dans quelle circonstance vous avez été

15 emmenée à Prusac ?

16 R. On nous a entassés dans des camions. Nous étions 20 à 30. A chaque

17 fois, on nous interpellait. On montait à bord du camion dans la beine par

18 l'arrière et on nous emmenait jusqu'à Prusac.

19 Q. Une fois de plus, vous dites : "Ils nous ont interpellés". Qu'entendez-

20 vous par "ils" et qu'entendez-vous par "nous" ?

21 R. Nous avons été interpellés par des soldats de l'ABiH. "nous", "nous"

22 c'étaient les détenus.

23 Q. Combien de temps êtes-vous resté à Prusac ?

24 R. Je crois que je suis resté en tout et pour tout environ trois mois. Une

25 fois on nous a ramenés. C'était déjà un camp au stade de Iskra. On nous

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1 parlait d'échange et on nous a ramenés là. On y est resté quatre ou cinq

2 jours et le même groupe a été réacheminé vers Prusac.

3 Q. Monsieur le Témoin, une fois retourné à Prusac, où êtes-vous allé

4 ensuite ?

5 R. Une fois retourné à Prusac, j'ai été logé -- installé dans une maison à

6 Prusac. C'est là, que nous avons dormi. Dans la journée, et ce depuis tôt

7 le matin, nous creusions des tranchés du côté de la ligne de démarcation

8 entre l'armée et les Serbes -- les Musulmans et les Serbes.

9 Q. Après avoir été détenu à Prusac, Témoin, où êtes-vous allé ?

10 R. Une fois de plus, on nous a ramenés au stade de Iskra dans les

11 vestiaires et c'est là, que l'on gardait la plupart des détenus d'ailleurs.

12 Q. La deuxième fois où on vous a emmené à ce stade de Iskra, pouvez-vous

13 nous dire si vous vous souvenez de la saison, voir du mois, de l'année où

14 cela s'est situé.

15 R. Je crois que c'était en automne 1993. Il se peut que ce soit -- que

16 cela ait été le mois d'octobre ou le mois de novembre.

17 Q. Cette deuxième fois où vous êtes emmené au stade Iskra, combien de

18 temps y êtes-vous resté ?

19 R. Jusqu'au -- jusqu'à la date de l'échange, le 19 mars 1994.

20 Q. Le compte rendu dit que vous avez été relâché, voir échangé, le 19 mars

21 1993. Est-ce que la date est bonne ?

22 R. Non. 1994.

23 Q. Pour que les choses soient tout à fait claires, Témoin, nous

24 préciserons que vous avez été échangé le 19 mars 1994 et que vous avez été

25 détenu au stade Iskra jusqu'à ce jour-là, n'est-ce

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1 pas ?

2 R. Oui.

3 Q. Pendant cette deuxième période de votre séjour au stade Iskra, pouvez-

4 vous nous dire à peu près combien de gens ont été détenu là-bas.

5 R. Je pense que, lorsque nous nous rassemblions tous, parce que de temps

6 en temps on n'en emmenait certain pour des travaux à Gornji Vakuf ou dans

7 des villages voisins à proximité de Bugojno, mais lorsque nous étions tous

8 là, nous étions environ 300, je dirais 295, 94. Quelque chose de ce genre.

9 Q. Les gens qui se trouvaient détenus au stade Iskra, étaient-ce des

10 soldats du HVO, des civiles, ou y avait-il les deux ?

11 R. Je crois que la plupart étaient des soldats du HVO. Il se peut que ceux

12 qui étaient un peu plus âgés, auraient pu faire partie des bataillons de

13 Domobrani. C'étaient des effectifs organisés par les villages pour monter

14 la garde dans les villages. C'étaient des hommes qui étaient plus âgés, qui

15 avaient entre 50 et 60 ans.

16 Q. Pouvez-vous décrire, Monsieur le Témoin, les conditions qui ont prévalu

17 à ce stade Iskra lorsque vous y êtes arrivé en octobre -- novembre 1993

18 lorsque vous y êtes arrivé pour la première fois.

19 R. Terribles. J'ai séjourné dans une pièce qui faisait peut-être 10 mètres

20 sur 20. Il y dormait 160 personnes. Les conditions hygiéniques étaient

21 nulles. On était à l'étroit.

22 Q. Pouvez-vous dire, à l'intention de la Chambre, quelque chose au sujet

23 des vivres ou de l'eau potable que l'on vous fournissait pendant que vous

24 étiez au stade ?

25 R. Dès cette époque-là, ils ont autorisé, parce qu'il y restait des

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1 civiles, un peu de civiles croates à Bugojno et je crois qu'à l'époque ils

2 avaient autorisés ces derniers à nous apporter des vivres mais les

3 aliments, les vivres étaient inspectés à l'entrée. Des fois, on les

4 confisquait, notamment s'il y avait des cigarettes ou quelque chose de ce

5 genre. Ce qui arrangeaient les gardiens et ils les prenaient pour eux-

6 mêmes. Un paquet de cigarettes à Bugojno était vendu pour à peu près 50

7 marks Allemand.

8 Q. Monsieur le Témoin, vous avez décrit, il a quelques instants, cette

9 pièce de 10 sur 20. Je suppose que vous entendiez 10 mètres sur 20 mètres ?

10 R. Oui. Oui. C'est à peu près l'estimation que j'ai faite. Je ne suis pas

11 tout à fait certain de son exactitude.

12 Q. Les détenus au stade de football à Iskra, comment ont-ils été traités ?

13 R. Il y a eu des cas de passages à tabac, des cas où des gens ce sont

14 faits sortir. Parfois, on nous autorisait à aller prendre un bain, par

15 groupes de cinq ou six, mais les choses se répétaient en générale, comme de

16 part le passé.

17 Q. Qui est-ce qui amenait les prisonniers pour qu'ils soient passés à

18 tabac ?

19 R. C'était des gens qui ont été cagoulés, et ils faisaient sombre. On ne

20 pourrait pas reconnaître les intéressés. Je crois que les gardiens étaient

21 de mèche, parce que personne n'avait pu entrer sans l'autorisation des

22 gardiens.

23 Q. Qui étaient les gardes, que portaient ils ?

24 R. C'était probablement des membres de l'ABiH. Ils portaient des vêtements

25 variés. Certains, des uniformes de camouflage, certains, après avoir

Page 3630

1 confisqué les uniformes, certains portaient des uniformes noirs. Mais pour

2 la plupart du temps, c'était des uniformes militaires des plus ordinaires.

3 Q. Merci, Monsieur Zulj.

4 M. MUNDIS : [interprétation] L'Accusation n'a plus de questions à poser à

5 ce témoin pour le moment. Merci, Monsieur le Président.

6 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur Mundis. Je me tourne vers les

7 Défenseurs, pour le contre-interrogatoire.

8 M. BOURGON : Bonjour, Monsieur le Président. Bonjour, Madame, Monsieur les

9 Juges.

10 Contre-interrogatoire par M. Bourgon :

11 Q. Bonjour, Monsieur Zulj. Mon nom est Stephane Bourgon, et je suis

12 accompagné de mes deux collègues, M. Edina Residovic et Mme Muriel Cauvin.

13 Nous assurons la défense du générale Hadzihasanovic. Suite aux réponses que

14 vous avez fournies au questions de l'Accusation, j'ai moi-même quelques

15 questions pour vous. Certaines de façon générale sur le contexte à Bugojno,

16 et d'autres un peu plus spécifiques sur les événements que vous avez vécus

17 personnellement.

18 Tout d'abord, j'aimerais confirmer que vous avez rencontré les enquêteurs

19 du bureau du Procureur les 13 et 17 septembre 2001.

20 R. Je les ai rencontrés en effet, mais je ne suis plus certain des dates.

21 Je pense que ce sont les bonnes dates.

22 Q. A ce moment-là, vous avez fourni une déclaration que vous avez signée

23 aux enquêteurs du bureau du Procureur ?

24 R. Oui.

25 Q. A ce moment-là, vous avez eu l'occasion de discuter en détail de ce que

Page 3631

1 vous avez vécu en 1993 ?

2 R. Oui.

3 Q. Vous-même, Monsieur Zulj, en 1993, vous avez 27 ans ?

4 R. Oui.

5 Q. Vous êtes originaire du village de Glavice, et vous avez fait vos

6 études à l'école élémentaire du 9 septembre -- pardon, Monsieur Zulj, on me

7 rapporte que votre réponse n'a pas été enregistrée à la question concernant

8 votre âge à l'année du conflit, en 1993, soit 27 ans ?

9 R. Oui, j'avais 27 ans.

10 Q. Merci.

11 R. Je suis né en 1966, j'avais 27 ans.

12 Q. Monsieur Zulj, vous avez fait votre service militaire dans le JNA en

13 1985 ?

14 R. Oui.

15 Q. Votre service militaire dans la JNA a duré une année ?

16 R. 14 mois, à peu près.

17 Q. Vous étiez mécanicien au sein d'une unité de blindés ?

18 R. Oui.

19 Q. Si on revient, Monsieur Zulj, en 1991, vous aviez entendu parler de ce

20 qui se passait en Croatie, et déjà de votre village à Glavice avaient mis

21 sur pied une système de garde pour surveiller les maisons ?

22 R. C'est exact.

23 Q. C'est en 1992, ou plus précisément en avril 1992, que les forces serbes

24 ont attaqué Kupres ?

25 R. Oui.

Page 3632

1 Q. En réponse aux attaques de la part des Serbes à Kupres, le HVO a créé

2 la Brigade Eugen Kvaternik à Bugojno ?

3 R. Oui.

4 Q. La Brigade Eugen Kvaternik comprenait trois bataillons ?

5 R. Oui, trois bataillions dans cette brigade Eugen Kvaternik.

6 Q. un bataillon d'unité indépendante, des groupes et d'autres pelotons

7 séparés ?

8 R. Oui.

9 Q. Le 2e Bataillon, a été créé le mois le juin 1992 ?

10 R. C'est exact.

11 Q. Le jour de la création du bataillon, le 4 juin 1992 --

12 R. Oui.

13 Q. Vous vous êtes porté volontaire pour joindre le Bataillon, et vous avez

14 été envoyé sur les lignes de front à Kupres ?

15 R. C'est exact.

16 Q. A l'exception d'un seul événement, au mois d'août 1992, au cours duquel

17 vous avez fait l'objet d'une embuscade de la part des forces serbes, la

18 situation sur le front était, si on peut dire, calme.

19 R. C'est exact.

20 Q. Comme vous avez mentionné à mon confrère, vous avez été transféré à la

21 police militaire fin 1992 ou début 1993 ?

22 R. Je pense que c'était en 1993, plutôt vers le mois de mai, pour ce qui

23 est de la police militaire.

24 Q. Je me corrige, témoin, vous avez tout à fait raison. Vous avez

25 mentionné à mon collègue tout alors mai 1993. C'est simplement que dans la

Page 3633

1 déclaration ici, que vous avez fournie aux enquêteurs, j'avais le fin 1992,

2 début 1993. Je m'excuse pour ce lapsus.

3 Le Quartier Générale de la police militaire, comme vous avez mentionné à

4 mon collègue, il était à l'hôtel Kalin ?

5 R. Oui, à l'hôtel Kalin.

6 Q. Vous étiez assigné à des points de contrôle, ainsi --

7 R. Oui.

8 Q. -- pour sécuriser des bâtiments importants dans la ville même de

9 Bugojno? Comme vous avez mentionné à mon confrère --

10 R. Oui.

11 Q. Vous avez été membre d'une patrouille avec la FORPRONU ?

12 R. Oui.

13 Q. Malgré les tensions qui existaient entre le HVO et les musulmans, vous

14 travaillez conjointement à ce moment-là ?

15 R. Oui, nous avions des patrouilles mixed, parfois, dans la ville. Parfois

16 avec la FORPRONU, en effet.

17 Q. Pouvez-vous me confirmer, Monsieur Zulj, qu'au milieu de l'année 1992,

18 plusieurs réfugiés ont été chassé de Donji Vakuf, Prozor, et d'autres

19 régions, sont arrivés à Bugojno, ce qui a considérablement modifié la

20 composition démographique de la ville ?

21 R. C'est exact.

22 Q. Cette situation difficile a causée des tensions entre les communautés

23 musulmanes et croates, ainsi que des problèmes d'approvisionnement et des

24 problèmes de logement ?

25 R. C'est plus ou moins cela, oui.

Page 3634

1 Q. Pouvez-vous également me confirmer que, dès janvier 1993, des combats

2 avaient eu lieu entre le HVO et l'armée.

3 R. Je crois que cela a commencé en janvier -- ce n'est pas en janvier. Je

4 crois que cela a commencé le 19 juillet.

5 Q. Monsieur Zulj, je réfère à Gornji Vakuf.

6 R. A Gornji Vakuf, il y a eu des conflits même avant janvier. Je pense

7 même en 1992, qu'il y en a eu des conflits à Gornji Vakuf.

8 Q. Que les conflits entre le HVO et l'ABiH augmentaient ou se

9 multipliaient plutôt en Bosnie centrale, les tensions augmentaient à

10 Bugojno ?

11 R. Oui, c'est exact.

12 Q. Tous les habitants avaient peur que le conflit ne gagne la ville de

13 Bugojno ?

14 R. C'est exact.

15 Q. Vous serviez au sein du HVO, au sein de la Police militaire. Vous êtes

16 probablement au courant de certains événements qui ont été conduits au

17 conflit de juillet 1993.

18 R. Une fois, j'ai eu pour tâche de suivre -- d'escorter un camion d'armes

19 et de munition, qui devait être aller de Rame vers Bugojno. Vers le village

20 de Gracanica, à six ou sept kilomètres de Bugojno, nous, en tant que police

21 militaire, nous suivions dans une petite voiture, un Lada -- ou plutôt nous

22 escortions, le camion était derrière nous. Lorsque nous sommes passés par

23 ce village, il y a eu quatre ou cinq membres de l'armée -- je pense que

24 c'était l'ABiH -- ils sont sortis sur la route et ils ont arrêté le camion

25 pour le détourner et le diriger vers une destination inconnue. Il y a eu,

Page 3635

1 d'abord, des emprisonnements, des mises en place de points de contrôle de

2 part et d'autre. Il se peut que les membres du HVO à Bristovi aient fait

3 prisonniers des membres de l'ABiH. Ils ont fait pareil à Vrbanja à

4 l'encontre de membres du HVO. C'était sous la direction de Miroslav Talenta

5 et d'un certain Vucko. C'est un surnom, je ne connais pas son nom

6 véritable.

7 Q. Corrigez-moi. Je crois que c'est l'événement dont vous parlez

8 présentement est survenu au mois de juillet 1993, un peu avant le conflit.

9 R. Oui.

10 Q. Etes-vous en mesure de me confirmer qu'au mois de mai, il y avait eu

11 certains problèmes lorsque le HVO a capturé des membres de l'armée et

12 qu'Emir Jusuf et Sakir Mujkic ont été tués ?

13 R. Je ne m'en souviens pas.

14 Q. Etes-vous au courant que, suite à ces événements, l'ABiH a alors

15 capturé des membres du HVO et qu'il y a eu, à ce moment-là, le début de

16 conflit entre les deux parties ?

17 R. Je ne me souviens pas de cet événement-là.

18 Q. Ces événements de mai, il y a quand même eu, selon vous, des problèmes

19 avant les événements de juillet.

20 R. Il se peut qu'il y en ait eu, mais, pour ce qui est des ces événements,

21 je n'ai pas souvenance d'un événement concret. Cela se peut toutefois.

22 Q. Les gens travaillaient ensemble, de façon à éviter un conflit possible.

23 R. Oui, c'est exact. On continuait à travailler ensemble et à vivre

24 également.

25 Q. En juillet, des incidents spécifiques ont mené à l'éclatement du

Page 3636

1 conflit.

2 R. En juillet ?

3 Q. Oui, en juillet.

4 R. Pourriez-vous me dire quand ? Peut-être que je m'en souviendrais.

5 Q. Par exemple, Monsieur Zulj, la mort de votre voisin, Gvozden Stipo.

6 R. Cela s'est passé également au début du mois de juillet.

7 Q. Suite à la mort de votre voisin, vous avez décidé d'envoyer votre

8 famille en Croatie ?

9 R. Oui, c'est exact. Il a été tué. Je ne me souviens pas d'ailleurs de la

10 date à laquelle il a été tué parce qu'à la même époque, quelqu'un d'autre a

11 été tué, Vlado Marina, et il est mort à peu près à la même date. C'est vrai

12 que j'ai envoyé ma famille en Croatie après cela, lorsque Stipo Gvozden a

13 été tué.

14 Q. Un peu de temps après, M. Talenta a été tué ?

15 R. Oui, oui, vous avez raison.

16 Q. Quand il revenait de la piscine ?

17 R. Oui, alors qu'il revenait de la piscine. Tout à fait, ils sont allés

18 nager, tous les deux. Ils revenaient au quartier général à Vrbanja. Ils ont

19 été tués dans leur voiture.

20 Q. Tant que police militaire, probablement vous saviez qu'il y avait une

21 commission mixte qui a été formée pour enquêter sur ces événements.

22 R. Non. Je ne le savais pas. J'étais juste un policier, un simple

23 policier.

24 Q. Est-ce que vous saviez qu'un peu de temps après, si vous n'êtes pas au

25 courant de la commission mixte, et des policiers musulmans civils ont été

Page 3637

1 tués à Vrbanja ?

2 R. A la même époque, vous voulez dire ? Non, je ne le savais pas.

3 Q. Etiez-vous au courant de l'attaque du HVO sur le village de Vrbanja ?

4 R. Si cela s'est passé, c'est pendant le conflit, après l'assassinat de

5 Talenta, une fois que le conflit s'était propagé.

6 Q. Etes-vous d'accord avec moi, Monsieur Zulj, que la mort de Talenta a

7 mené au conflit à Vrbanja, qui a entraîné le conflit à Bugojno ? Alors, je

8 vais répéter la question, Monsieur Zulj.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui, répétez-la lentement parce que, comme elle est

10 fort complexe, répétez-la lentement.

11 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président.

12 Q. Alors, Monsieur Zulj, êtes-vous d'accord avec moi que c'est la mort de

13 M. Talenta qui a mené au début du conflit à Vrbanja et que ce sont les

14 événements de Vrbanja qui se sont propagés à la ville de Bugojno ?

15 R. Oui. Cela s'est passé un ou deux jours après l'assassinat. On peut, en

16 effet, établir un lien entre cet assassinat et le début du conflit.

17 Q. Monsieur Zulj, le conflit, comme vous avez mentionné à mon confrère, a

18 débuté le 19 juillet.

19 R. Oui, c'est exact.

20 Q. Ce conflit a duré jusqu'au 26 juillet ?

21 R. Oui, oui, c'est exact.

22 Q. Cette date également correspond à la date à laquelle le commandement du

23 HVO, qui était situé à la villa Tito, a décidé de se rendre ?

24 R. Non. Ils ne se sont pas rendus. Ils ont juste abandonné leur position.

25 Q. Au moment de quitter leur position, vous savez qu'ils ont mis le feu à

Page 3638

1 la villa Tito ?

2 R. A cette époque, j'étais déjà prisonnier. J'ai entendu dire

3 ultérieurement que la villa a été incendiée, mais je ne sais pas par qui.

4 Q. Vous-même, Monsieur Zulj, vous vous êtes rapportés le 18 juillet à

5 l'hôtel Kalin ?

6 R. J'étais à l'enterrement de Vlado Marina, l'enterrement de Vlado Marina

7 ou de Miroslav Talenta. Je pense que c'était l'enterrement de Miroslav

8 Talenta, en fait. Ensuite, le soir, je me suis rendu à l'hôtel. Il me

9 semble, oui, en fait, que c'était l'enterrement de Miroslav Talenta.

10 Q. Quand ce conflit a commencé, le 19 juillet, vous étiez en garde devant

11 l'hôtel ?

12 R. Je me trouvais à l'intérieur de l'hôtel, c'est exact. Nous gardions

13 certaines entrées de l'hôtel.

14 Q. Dans la période pendant laquelle les conflits se sont déroulés, vous

15 avez pu constater la FORPRONU, qui a pu évacuer les blessés, à partir de

16 l'hôtel Kalin ?

17 R. Cela s'est passé trois ou quatre jours après le début du conflit.

18 Alors, il y avait les blessés qui étaient évacués parce qu'il ne faut pas

19 oublier que l'hôpital de guerre du HVO se trouvait dans le sous-sol de

20 l'hôtel Kalin et la police militaire se trouvait situer aux étages

21 supérieurs.

22 Q. Le 24 juillet, ils ne restaient plus qu'à l'hôtel, comme vous avez

23 mentionné à mon confrère, une trentaine de policiers militaires ? Est-ce

24 exact ?

25 R. Non, non, ce n'est pas exact. Il y avait une trentaine de policiers

Page 3639

1 militaires et il y avait une vingtaine de membres qui appartenaient à la

2 police civile, à l'Unité spéciale de la Police civile. Il y avait également

3 quelques 50 ou 60 civils, qui étaient arrivés à l'hôtel Kalin et qui

4 venaient du village Gaj, qui avaient été occupés par l'armée.

5 Q. Ce jour-là, après l'invitation de l'ABiH, vos commandants ont décidé de

6 se rendre -- de déposer les armes sans conditions ?

7 R. Oui, c'est exact.

8 Q. A ce temps-là -- à ce moment-là, des civils ont été séparés des

9 policiers militaires, et des policiers civils du peloton spécial, est-ce

10 exact ?

11 R. Je pense que nous avons fait partie des premiers à partir de l'hôtel

12 Kalin. Les soldats ont été les premiers à quitter l'hôtel Kalin. Les civils

13 sont restés à l'hôtel. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de ces personnes

14 après.

15 Q. Pouvez-vous me confirmer que vous avez appris un moment donné que les

16 civils ont été emmenés au centre de Culture et de sports au KLC ?

17 R. Par la suite, certains des civils nous ont emmenés des vivres lorsqu'ils

18 ont le droit de le faire. Nous pouvions aller nous laver dans certaines

19 maisons. Ils ont, dans un premier temps, été emmenés pour être interroger

20 dans le centre Culturel et Sportif et, ensuite, la plupart d'entre eux ont

21 été libérés.

22 Q. A l'hôtel, avec les autres policiers militaires, vous avez,

23 personnellement, été transporté au salon de meubles ?

24 R. Au sous-sol du magasin de meubles, oui.

25 Q. Vous étiez le premier à être placé à cet endroit ? Vous étiez environ

Page 3640

1 un groupe de 50 ?

2 R. Oui, c'est exact.

3 Q. Ceux, qui étaient dans ce groupe, étaient soit policiers militaires,

4 soit des policiers civils ?

5 R. Oui, il s'agit du groupe qui s'était trouvé à l'hôtel, le groupe de la

6 police militaire et de la police civile qui était emmené au sous-sol.

7 Q. C'est sûr que le conflit continuait dans la ville, et d'autres

8 personnes sont arrivées au salon de meubles dans le sous-sol ?

9 R. Le lendemain, le 2e Bataillon s'est rendu, ainsi que le 3e et le 1er

10 Bataillon. Lorsque -- au fur et à mesure que se rendaient ces bataillons,

11 ils étaient fait prisonniers et ils étaient emmenés au magasin de meubles.

12 Q. Pendant que vous étiez au salon de meubles, il est arrivé la nuit que

13 quelques détenus soient appelés à l'étage, n'est-ce pas ?

14 R. Oui. C'est exact.

15 Q. Est-ce que vous avez constaté, en parlant à certains d'entre eux,

16 qu'ils avaient subi de mauvais traitements par des personnes qui leur

17 faisaient porter un sac ?

18 R. Oui, vous pouviez le voir lorsqu'ils revenaient au sous-sol, on pouvait

19 voir qu'ils avaient été passés à tabac et, en parlant avec eux, nous nous

20 sommes -- nous avons appris plutôt qu'ils avaient été passés à tabac.

21 Parfois, ils ne reconnaissaient les gens, soit parce que les personnes qui

22 les passaient à tabac portaient des cagoules ou alors parce qu'on leur

23 mettait des sacs sur la tête. Alors, il y a eu un cas une fois où une

24 personne a pu enlever le sac de sa tête et il a reconnu la personne qui le

25 passait à tabac. Cette personne lui a

Page 3641

1 dit : "Je m'excuse, je ne savais que c'était toi que je passais à tabac."

2 Cette personne connaissait le prénom et le nom de l'homme en question, qui

3 s'appelait Barica.

4 Q. Vous, personnellement, vous n'avez jamais été battu ?

5 R. J'ai dit que le premier jour, lorsque j'ai demandé à aller aux

6 toilettes, j'ai été giflé, mais ceci étant dit, je n'ai jamais été emmené

7 pour être passé à tabac. Cela ne m'est jamais arrivé.

8 Q. Si j'ai compris votre déclaration aux enquêteurs du bureau du

9 Procureur, vous aviez l'impression, lorsque vous étiez au salon de meubles,

10 que les personnes étaient battues, c'était en raison de règlement de

11 compte ?

12 R. Je suppose qu'il y avait peut-être d'anciens ressentiments. J'ai appris

13 que quelqu'un, qui a été tué à Havranek, avait été le petit ami de la fille

14 de la personne qu'il avait battu, passé à tabac, mais c'étaient des bruits

15 qui courraient.

16 Q. Une semaine après que vous y êtes arrivé, vous étiez transféré à

17 l'école Vojin Paleksic, est-ce exact ?

18 R. Oui, c'est exact.

19 Q. C'était le --

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Sur une question, il vient d'indiquer qu'il avait

21 entendu dire que celui, qui avait été tué, qui s'appelle Havranek, aurait

22 été l'ancien petit ami de l'ami de celui qui le battait. Est-ce que,

23 Monsieur le Témoin, vous pouvez préciser parce que cela a été très vite.

24 Qu'est-ce que vous avez répondu concernant quelqu'un qui s'appelle

25 Havranek ? Pouvez-vous redire ce que vous nous avez dit ?

Page 3642

1 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai dit que j'avais entendu des bruits qui

2 couraient après le décès de Havranek. D'après ces bruits qui circulaient,

3 Havranek et l'homme, qui l'avait passé à tabac, étaient sortis, en quelque

4 sorte, avec la même jeune femme et, cela, avant le conflit. La personne,

5 qui a passé à tabac Havranek et Havranek avait comme petite amie la même

6 jeune femme.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien.

8 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président.

9 Q. Pour revenir, Monsieur Zulj, à l'école primaire Vojin Paleksic, cette

10 école, avant le début des hostilités, était la base du 1er Bataillon de la

11 brigade.

12 R. Oui, c'est exact.

13 Q. pendant votre détention à cet endroit, vous avez pu constater que tous

14 les prisonniers, qui étaient avant au salon de meubles, avaient été

15 regroupés dans la salle de sport de cette école.

16 R. Je m'excuse, mais je n'ai pas compris votre question.

17 Q. Au cours de votre période de détention à l'école, vous avez constaté

18 que tous les gens, qui étaient détenus avant au salon de meubles avaient

19 été transférés avec vous à l'école Vojin Paleksic.

20 R. Alors, j'ai fait partie du premier groupe à être transféré vers

21 l'école. Les autres sont arrivés par la suite. Mais je pense qu'à un moment

22 donné, nous nous sommes tous retrouvés ensemble à l'école, toutes les

23 personnes, à savoir qui avaient été détenus dans le magasin de meubles.

24 Q. Si j'ai bien compris ce que vous avez rapporté dans votre déclaration

25 aux enquêteurs du bureau du Procureur, vous avez mentionné qu'au cours de

Page 3643

1 la période de détention vous n'aviez porté aucune attention particulière

2 soit aux uniformes des gardes soit à leurs insignes puisque vous étiez

3 préoccupé par votre propre situation de détenu.

4 R. Oui, c'est plus ou moins vrai, mais je peux vous dire qu'il y avait

5 tout type d'uniforme. Il y avait des uniformes de camouflages, des

6 uniformes noirs. Certains gardes portaient des tenues civiles. Je n'ai

7 remarqué, ceci étant dit, aucun insigne. Mais je pense que la plupart des

8 insignes étaient de l'armée.

9 Q. Merci beaucoup, Monsieur Zulj. Pourriez-vous me confirmer qu'au cours

10 de cette période à Bugojno, plus personnes portaient des uniformes de

11 camouflages ou des parties d'uniformes de camouflage y compris les membres

12 du HVO, les membres de l'armée ainsi que même des civils ?

13 R. Oui, mais il s'agissait essentiellement des membres des deux armées, le

14 HVO et l'ABiH, pour ceux qui portaient des uniformes de camouflage.

15 Q. Il y avait même des membres de la police civile qui portaient soit des

16 uniformes de camouflage ou des parties d'uniforme de camouflage ?

17 R. Oui, oui, c'est exact.

18 Q. Durant votre détention à l'école, il y avait peu de nourriture, mais

19 vous avez été nourri ?

20 R. Oui, nous avons eu à manger, mais cela ne suffisait jamais. En plus, la

21 qualité de ces vivres était médiocre.

22 Q. Au cours de cette période, vous n'avez jamais été emmené pour être

23 maltraité de quelque façon que ce soit ?

24 R. Non, je n'ai jamais fait l'objet de passages à tabac.

25 Q. Mais que certaines personnes étaient emmenées la nuit pour être

Page 3644

1 maltraitées ?

2 R. Oui, c'est exact.

3 Q. Qui étaient les auteurs de ces traitements ?

4 R. Non, je ne connais pas leurs noms. Mais je sais que les gardes étaient

5 ceux qui les appelaient -- qui appelaient leur nom, qui les faisaient

6 sortir, qui les gardaient ensuite, qui les faisaient pénétrer dans le hall.

7 Ceci étant dit, je ne sais pas qui les passait à tabac. Même les personnes

8 qui étaient passées à tabac ne savaient pas qui les passaient à tabac parce

9 que ces personnes portaient des cagoules, certains portaient des uniformes

10 d'ailleurs.

11 Q. Pendant la période durant laquelle vous avez été détenu à l'école, vous

12 avez été interrogé par un juriste qui était accompagné d'une secrétaire qui

13 prenait des notes ?

14 R. Oui, c'est exact.

15 Q. A ce moment-là, on vous a questionné concernant votre refus de joindre

16 l'ABiH ?

17 R. Oui, c'est exact.

18 Q. Cet interrogatoire s'est déroulé de façon tout à fait --

19 R. Ils m'ont posé des questions pourquoi je n'étais pas allé dans cette

20 armée, et cetera.

21 Q. [hors micro]

22 R. Non, personne ne m'a fait subir de mauvais traitements.

23 Q. Autant que vous sachiez, tous les détenus ont été passés par un tel

24 interrogatoire ?

25 R. Oui, je pense que la plupart des détenus ont été interrogés de façon

Page 3645

1 semblable.

2 Q. Pendant les interrogatoires -- ou après les interrogatoires, vous savez

3 également que plusieurs détenus ont même été relâchés ?

4 R. Je pense que les personnes plus âgées, les personnes qui avaient plus

5 de 50 ans ou de 60 ans sont les personnes qui ont été relâchées après ces

6 interrogatoires.

7 Q. Merci, Monsieur Zulj. Vous avez parlé à mon confrère de la période où

8 vous avez été emmené à Prusac.

9 R. Oui, à Prusac, tout à fait.

10 Q. Au cours de cette période, seriez-vous d'accord avec moi que vous

11 n'avez jamais été maltraité ?

12 R. Oui. Je peux marquer mon accord avec vous.

13 Q. Vous étiez appelé à creuser, c'était la nuit lorsqu'il n'y avait pas de

14 combat.

15 R. Vous voulez dire lorsqu'ils nous appelaient ?

16 Q. Si j'ai bien compris tout à l'heure, vous avez mentionné à mon collègue

17 que vous aviez creusé pendant votre séjour à Prusac ?

18 R. Oui, on nous a demandé de creuser des tranchés de communication entre

19 les lignes qui appartenaient à l'armée et les forces serbes.

20 Q. Alors qu'il n'y avait pas de combat ?

21 R. Oui. Ils nous réveillaient vers trois, quatre heures du matin,

22 lorsqu'il y avait du brouillard et lorsque le brouillard s'estompait, ils

23 nous emmenaient pour qu'on puisse prendre un petit-déjeuner. Après le

24 petit-déjeuner, ils nous amenaient dans un endroit secret où nous

25 continuions à creuser des tranchés. En fait, ils nous emmenaient à un

Page 3646

1 endroit où nous n'étions pas exposés aux feux de l'ennemi.

2 Q. Aucune des personnes qui étaient avec vous n'a été blessée à cette

3 occasion ?

4 R. Non, personne n'a été blessé.

5 Q. Après votre séjour à Prusac, vous avez été transféré au stade Iskra.

6 R. Oui. Ils nous ont emmené au stade Iskra où nous avons passé quelques

7 quatre à cinq jours.

8 Q. De tous ceux qui étaient détenus avec vous à l'école, étaient

9 maintenant au stade Iskra ?

10 R. La plupart des personnes. Seulement ceux qui étaient emmenés pour faire

11 du travail tel que ceux qui l'avaient fait à Prusac ne se trouvaient pas au

12 stade Iskra.

13 Q. Déclaration vous avez mentionné qu'il y avait des toilettes en

14 disposition des détenus au stade Iskra.

15 R. Il y avait une toilette à l'intérieur mais cette toilette n'était pas

16 beaucoup utilisée parce qu'il n'y avait pas d'eau. On ne pouvait pas

17 actionner la chasse d'eau. A l'extérieur, il y avait trois ou quatre

18 toilettes de fortune que nous pouvions utiliser soit le matin, soit pendant

19 la journée.

20 Q. Après quatre jours au stade, vous êtes retourné de nouveau de nouveau à

21 Prusac.

22 R. Oui, c'est exact.

23 Q. A cet endroit, vous avez été bien traité par les gardes qui vous ont

24 nourris ?

25 R. Oui, c'est exact.

Page 3647

1 Q. Lorsque vous êtes revenu au stade Iskra, vous n'êtes pas certain de la

2 date à laquelle vous êtes revenu.

3 R. Oui, vous avez raison. Je pense que cela s'est passé pendant le mois

4 d'octobre.

5 Q. Ou même au début novembre.

6 R. Oui, oui, c'est possible.

7 Q. Lors de votre détention au stade Iskra, de nouveau, la nourriture

8 n'était pas bonne mais vous étiez nourris.

9 R. Oui, nous avons été nourris effectivement. C'étaient les Croates civils

10 qui étaient restés et on leur a octroyait la permission de nous amener de

11 la nourriture dans le stade.

12 Q. Quand ces gens emportaient de la nourriture au stade, il est arrivé que

13 les gardes aient gardé les cigarettes, mais la nourriture était toujours

14 acheminée vers les détenus.

15 R. J'ai dit qu'ils prenaient toujours les cigarettes mais parfois ils

16 prenaient également les vivres s'il s'agissait de boîte de conserve qui les

17 intéressaient ou si c'était quelque chose qu'ils voulaient manger, ils

18 confisquaient également cela. A chaque fois, les vivres faisaient l'objet

19 d'inspection et ils gardaient ce qu'ils voulaient garder.

20 Q. Ils avaient une routine.

21 R. Oui.

22 Q. Ils faisaient sortir dans la cours extérieure où on faisait l'appel des

23 noms.

24 R. Oui, il y a eu des interpellations tôt le matin. Je crois qu'on nous

25 dirigeait vers un grand tonneau, c'est là qu'on pouvait se laver la figure.

Page 3648

1 Les toilettes se trouvaient juste derrière. Nous restions là, une heure le

2 temps de se relayer et on interpellais à nouveau pour retourner vers les

3 pièces où l'on séjournais auparavant.

4 Q. Monsieur Zulj, il est arrivé, à votre connaissance, que certaines

5 personnes qui étaient détenues au stade ont été autorisées à aller chez eu

6 avec une escorte, soit pour se laver ou pour voir leur famille.

7 R. Je pense que l'on y est allé tous mais il y avait un ordre à respecter.

8 On allait par groupe de cinq ou six hommes.

9 Q. Est-ce vrai, Monsieur Zulj, qu'il y avait également au stade Iskra des

10 membres de l'ABiH qui étaient détenus à titre de déserteur ?

11 R. C'était partagé. D'un côté, il y avait nous et de l'autre, il y avait

12 eux mais je crois qu'entre nous, il n'y avait qu'un mur.

13 Q. Monsieur Zulj, au cours de cette période, vous avez rapporté à mon

14 collègue tout à l'heure des mauvais traitements qui avaient lieu la nuit

15 par des personnes masquées.

16 R. C'est cela.

17 Q. Vous personnellement n'avez jamais été pris à part pour être

18 maltraité ?

19 R. C'est exact. Je n'ai jamais été maltraité.

20 Q. Vous n'avez jamais été témoin de ces épisodes la nuit ?

21 R. Mais tout ceci, on pouvait l'entendre. On entendait leurs gémissements,

22 notamment lorsqu'on était à l'école ou au magasin de meubles. Au stade, il

23 est possible qu'on les ait emmenés un peu plus loin et on ne pouvait pas

24 entendre, mais une fois qu'ils étaient revenus on pouvait voir ce qu'il

25 était advenu d'eux.

Page 3649

1 Q. Alors en conclusion Monsieur Zulj, au cours de votre détention, que ce

2 soit au salon de meubles ou encore à l'école, vous ne saviez pas qui

3 étaient les responsables de ces centres.

4 R. Non.

5 Q. Vous saviez également, Monsieur Zulj, qu'à Bugojno il n'y avait pas de

6 prison.

7 R. Il n'y avait pas de prison. C'est exact. Peut-être quelques cellules de

8 la police.

9 Q. Monsieur Zulj, vous seriez d'accord avec moi que, puisque les deux

10 côtés n'étaient pas prêts à ce conflit, il fallait trouver des endroits où

11 garder les personnes détenues. S'il fallait qu'il y ait des détenus, il

12 fallait aussi qu'il y ait des endroits, pour les garder.

13 Q. Vous avez, concernant le stade Iskra plus particulièrement, vous ne

14 savez pas non plus qui était responsable de ce stade ?

15 R. Il y avait l'autre, le commandant de la garde, que je connaissais. Je

16 ne me souviens plus des noms, à présent. Il y avait un certain Teti, ou

17 quelque chose de ce genre.

18 Q. Avant que vous avez rencontré les enquêteurs en septembre 2001, vous

19 avez rencontré un dénommé Marijanovic ? Avec --

20 R. Oui.

21 Q. Vous êtes fait des exercices de mémoire pour tenter de vous rappeler

22 ensemble des personnes que vous aviez rencontré en 1993 ?

23 R. Oui. C'était un collègue à moi qui a été détenu avec moi. Nous vivons

24 dans la même ville, et comme nous savions qu'il fallait que nous fassions

25 tous les deux des déclarations à Sarajevo, nous ne sommes réuni pour

Page 3650

1 évoquer des souvenirs, des dates, de souvenir de certains noms. Enfin, des

2 préparatifs, en somme.

3 Q. Vous avez été échangé le 19 mars 1994 ?

4 R. Oui.

5 Q. Depuis cette date, vous n'avez jamais fait de déclaration, vous n'avez

6 jamais raconté à qui que ce soit, les événements dont vous avez -- que vous

7 avez vécu au mois de juillet et à l'automne 1993 ?

8 R. Vous entendez là, de façon officielle ?

9 Q. D'une façon officielle avant de rencontrer les enquêteurs du bureau du

10 Procureur ?

11 R. Non, jamais personne.

12 Q. Merci beaucoup, Monsieur Zulj, je n'ai plus de questions. Merci.

13 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. La Défense, pas de questions ? Monsieur

15 Dixon ?

16 M. DIXON : [interprétation] Non, Monsieur le Président. Une fois de plus,

17 c'est un témoin qui témoigne d'éléments qui n'ont rien avoir avec M.

18 Kubura.

19 M. MUNDIS : [interprétation] L'Accusation n'a pas de questions

20 complémentaires à poser, Monsieur le Président. Je vous remercie.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Comme nous allons faire la pause, je vais

22 auparavant remercier le témoin d'être venu à La Haye pour témoigner. Vous

23 avez répondu aux questions, tant de l'Accusation que de la Défense. Nous

24 vous souhaitons un bon voyage de retour. Je vais demander à Madame

25 l'Huissière de vous raccompagner à la porte de la salle d'audience.

Page 3651

1 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

2 [Le témoin se retire]

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Il est 11 heures moins 20, nous reprendrons

4 l'audience à 11 heures 5.

5 --- L'audience est suspendue à 10 heures 39.

6 --- L'audience est reprise à 11 heures 05.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien, nous allons poursuivre l'audition du deuxième

8 témoin.

9 Première question, est-ce que le deuxième témoin est arrivé ? Y a-t-il une

10 intervention préalable ?

11 M. WITHOPF : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, le deuxième se

12 trouve être disponible. Nous ne demanderons pas de mesures de protections à

13 son intention.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Sans perdre de temps, Mme l'Huissière va introduire

15 le second témoin.

16 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur, je vais d'abord vérifier que vous

18 entendez bien mes propos traduits dans votre langue.

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Comme, vous avez été cité pour être entendu en

21 qualité de témoin dans le cadre de cette procédure d'audition de témoin,

22 vous devez prêter serment. Mais avant de prêter serment, je me dois

23 d'identifier le témoin, c'est pour cela que je vais vous demander votre nom

24 et prénom.

25 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Zoran Gvozden.

Page 3652

1 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle est votre date de naissance ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Le 17 juin 1967.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle ville ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Bugojno.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle est votre profession actuelle ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis technicien en électricité.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : En 1993 ou 1992, quelle était votre profession à

8 l'époque ou vos activités ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] J'étais soldat du HVO.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci. Est-ce que vous avez déjà témoigné devant un

11 tribunal national ou international, ou c'est la première fois de votre vie

12 que vous venez témoigner ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est la première fois.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Vous allez devoir prêter serment en lisant un

15 texte que Mme l'Huissière va vous présenter. Vous le lisez dans votre

16 langue.

17 Je déclare solennellement que je dirai la vérité, toute la vérité et rien

18 que la vérité.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous remercie. Vous pouvez vous asseoir.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

21 LE TÉMOIN: ZORAN GVOZDEN [Assermenté]

22 [Le témoin répond par l'interprète]

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Avant de donner la parole à l'Accusation pour ces

24 questions. Je vais donner quelques indications sur la façon dont va se

25 dérouler cette audience. Vous allez devoir répondre à des questions qui

Page 3653

1 vont vous être posées par le représentant de l'Accusation. Le représentant

2 de l'Accusation se trouve à votre droite, il va vous poser des questions et

3 vous allez apporter à ces questions des réponses. Dans la mesure du

4 possible, essayez de répondre de manière complète et précise, et non pas

5 simplement en disant oui ou non, car nous avons besoin de vos réponses pour

6 être éclairés sur des événements dont vous avez été le témoin visuel.

7 Une fois que l'Accusation aura terminé ses questions, la Défense qui est

8 représentée ici par des avocats qui sont situés à votre gauche, vous

9 poseront également des questions pour vérifier d'une part que vous êtes un

10 témoin crédible, et par ailleurs, pour également vous poser des questions

11 qui leur paraissent utile dans le cadre de la Défense des accusés.

12 Par ailleurs, les trois Juges qui sont devant vous pourront s'ils en ont

13 besoin parce que vos réponses dans le cas où elles seraient ambiguës, les

14 Juges pourraient vous poser des questions d'éclaircissement des points que

15 vous relatez.

16 Par ailleurs, comme vous venez de prêter serment, le témoignage doit être

17 exempte de tout mensonge et pour le cas où votre témoignage serait entaché

18 de ce qu'on appelle d'éléments tendent à laisser passer qu'il y a un faux

19 témoignage, vous risquez à ce moment-là de vous exposer à des poursuites

20 pénales, et les peines qui sont prévues par notre règlement sont des peines

21 d'amende, voir des peine de prison qui peuvent aller jusqu'à sept ans de

22 prison. Comme vous avez juré de dire toute la vérité, bien entendu, à

23 priori en exclu tout faux témoignage.

24 Par ailleurs, dans le cadre des questions qui vont vous être posées, vous

25 pourriez être amené à répondre en donnant des éléments qui seraient

Page 3654

1 susceptibles de vous incriminer. Dans ce cas là, vous pouvez dire que vous

2 ne voulez pas répondre à la question, et si la Chambre vous oblige à

3 répondre à cette question, à ce moment-là, les éléments que vous porterez à

4 notre connaissance, on ne pourra pas les utiliser à charge contre vous. En

5 cas de difficulté, vous pouvez toujours vous adresser aux Juges qui sont

6 devant vous pour leur soumettre les problèmes que vous rencontrez vous-

7 même, si la question vous parait trop compliquée ou vous ne la comprenez

8 pas, demandez à celui qui vous la pose, de la reposer. Avez-vous bien

9 compris ce que j'ai dit ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Je me tourne vers M. Withopf, je pense que c'est lui

12 qui va vous poser les questions puisqu'il est derrière le pupitre.

13 Monsieur Withopf, vous avez la parole.

14 M. WITHOPF : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

15 Interrogatoire principal par M. Withopf :

16 Q. Bonjour, Monsieur Gvozden.

17 R. Bonjour.

18 Q. Monsieur Gvozden, vous nous avez dit que vous êtes né à Bugojno ?

19 R. Oui.

20 Q. Pouvez-vous dire où est-ce que vous avez grandi ?

21 R. Dans la même localité.

22 Q. Où avez-vous résidé en 1992 et début 1993 ?

23 R. A Bugojno.

24 Q. Avez-vous fait votre service militaire dans la JNA ?

25 R. Oui.

Page 3655

1 Q. Pouvez-vous je vous prie, dire à la Chambre de première instance de

2 quelle à quelle date ?

3 R. Du 15 septembre 1976 -- du 5 septembre 1986 au 5 septembre 1987.

4 Q. Pendant que vous habitiez à Bugojno en 1992, y a-t-il eu un moment

5 donné où vous avez rejoint les rangs du HVO ?

6 R. Oui, au début de 1992.

7 Q. Vous souvenez-vous encore de la date ?

8 R. Le 23 mai est la date officielle de mon entré dans les rangs du HVO.

9 1992, j'entends.

10 Q. Quand vous avez rejoint les rangs d'une Unité militaire du HVO, pouvez-

11 vous nous dire comment s'appelait cette unité ?

12 R. 1e Bataillon Stjepan Radic.

13 Q. A quelle brigade appartenait cette Brigade Stjepan Radic ?

14 R. Le Bataillon Stjepan Radic faisait partie de la Brigade Eugen

15 Kvaternik.

16 Q. Cette Brigade Eugen Kvaternik, elle avait son siège où ?

17 R. A Bugojno.

18 Q. Monsieur Gvozden, vous souvenez-vous du 18 juillet, 1993 ?

19 R. Oui, c'est le jour de mon emprisonnement.

20 Q. Pouvez-vous dire à la Chambre de première instance comment vous avez

21 été fait prisonnier, et qui est-ce qui vous a fait prisonnier ?

22 R. Ce jour-là, moi et trois autres soldats du HVO, nous nous étions

23 dirigés pour prendre -- pour relever une équipe au village. Nous y sommes

24 allé jusqu'au centre de la localité, jusqu'à la mosquée et là sont survenus

25 -- ont surgi des membres de l'ABiH, qui nous ont fait prisonniers.

Page 3656

1 Q. Vous parlez du centre par où vous passiez, lorsque vous avez été fait

2 prisonnier par des membres de l'ABiH. De quelle localité ?

3 R. De Bugojno.

4 Q. Une fois que vous avez été fait prisonnier par ces membres de l'ABiH,

5 où est-ce que l'on vous a amené ?

6 R. Etant donné qu'on se trouvait devant la mosquée, c'est dans la pièce où

7 les croyants -- les fidèles des Musulmans se lavent leurs pieds -- font

8 leurs ablutions. C'est dans cette pièce-là que nous avons passé.

9 Q. Mais est-il arrivé un moment où on vous a transféré de ce secteur-là de

10 la mosquée, pour vous amener ailleurs ?

11 R. Au bout d'une heure, en effet, on nous a transféré à la Gimnazija, au

12 lycée au centre-ville.

13 Q. Comment vous ont-ils transporté jusqu'au lycée du centre-ville ?

14 R. En jeep militaire.

15 Q. Une fois arrivé à la Gimnazija au centre-ville, où vous a-t-on amené ?

16 R. Ils nous ont amené dans une espèce de -- d'espace cerné de bâtiments, a

17 l'intérieure de la Gimnazija, et c'est la que nous sommes restés jusqu'au

18 dîner.

19 Q. Où avez-vous été amené le soir ?

20 R. Le soir, on nous a fait passé au sous-sol de la Gimnazija.

21 Q. Monsieur Gvozden, pouvez-vous décrire le sous-sol de cette Gimnazija à

22 l'attention des membres de cette Chambre de première instance ?

23 R. La Gimnazija date de l'Autriche de la période de l'empire austro-

24 hongrois. Les caves -- les plafonds des caves sont très bas, et il y avait

25 trois salles, et on nous a placé dans celle du milieu. Elle était

Page 3657

1 relativement basse. Sur le devant, il y avait peut-être, deux mètres de

2 haut, mais au fond, il y avait peut-être une mètre 40, ou plus, 30 mètres

3 de large sur 5 à 6 mètres de long.

4 Q. Y avait-il une fenêtre dans la pièce que vous venez de décrire ?

5 R. Pour autant que je m'en souvienne, non. Pas dans la cellule où nous

6 étions nous-même parce que cela se trouvait jusqu'en dessous de la porte

7 d'entrée de la Gimnazija.

8 Q. Combien étiez vous, détenu dans ce sous-sol de la Gimnazija ?

9 R. Ce soir, dix. Mais les jours d'après, on en faisait venir chaque fois

10 cinq ou six. Pour finir, nous étions environ 45.

11 Q. Ces 45 hommes, étaient-ils passés dans la cellule que vous avez décris

12 tout a l'heure ? Tous ?

13 R. Oui.

14 Q. Pouvez-vous décrire les conditions de vie pour ce qui est de ces 45

15 personnes se trouvant dans la même cellule ?

16 R. Les conditions étaient terribles. C'était la fin du mois de juillet. Il

17 faisait si chaud, si humide, et l'espace était si restreint, nous étions

18 très nombreux là-dedans. On nous a laissé sortir plusieurs fois seulement

19 pour aller à la toilette, nos besoins -- nous devions forcément les faire à

20 l'intérieure de la pièce elle-même.

21 Q. Etiez-vous en mesure de vous allonger ?

22 R. Non, nous ne pouvions que restez assis, recroquevillé sur nous-mêmes.

23 Q. Combien de temps êtes-vous resté détenus ainsi, dans une cellule à 45 ?

24 R. A peu près, deux semaines.

25 Q. Comment avez-vous réussi à dormir si vous avez réussi a dormir ?

Page 3658

1 R. En étant -- en restant assis.

2 Q. Pouvez-vous décrire à l'attention de la Chambre de première instance

3 les conditions d'alimentation qui prévalaient dans cette cellule ?

4 R. Au premier jour, lorsqu'on nous a placé dans cette espace entre les

5 bâtiments, nous avions reçu chacun une conserve de poisson -- de sardines,

6 et un bout de pain. Par la suite, on recevait du pain pour nous 45. C'était

7 du pain rancit, plutôt. On nous donnait cela et la, une espèce de soupe, si

8 on peut qualifier de soupe, cette espèce d'eau avec quelques grains de

9 haricots qui s'y promenaient, et un peu de riz à côté.

10 Q. Qui vous gardiez pendant que vous étiez détenu dans cette cellule ?

11 R. Il y avait des gardes, oui, mais pas en bas-là, où nous étions, mais

12 vers la sortie. Il y avait une espèce de "hole" devant cette cellule, avec

13 un escalier pour monter. Il y avait des barreaux au niveau de la cellule,

14 qui était verrouillé.

15 Q. Qui étaient vos gardiens ?

16 R. Des membres de l'ABiH.

17 Q. Quelle était l'appartenance ethnique, Monsieur Gvozden, des gens qui

18 étaient détenus dans ce sous-sol de la Gimnazija ?

19 R. Des Croates.

20 Q. Etaient-ils tous croate ?

21 R. Autant que je sache, oui.

22 Q. Etait-ce des civils, des soldats, ou des civils et des soldats ?

23 R. Pour autant que je m'en souviens, il n'y avait que quelques uns qui

24 étaient civils, du moins à mon avis, le reste était des soldats.

25 M. WITHOPF : [interprétation] Avec l'autorisation de la Chambre de première

Page 3659

1 instance, j'aimerais me servir de l'affichage électronique pour montrer à

2 l'accusé certaines pièce à conviction. Je voudrais commencer par la pièce

3 P58.

4 Q. Monsieur Gvozden, sur l'écran qui se trouve devant vous, vous pouvez

5 voir un bâtiment. Pouvez-vous dire, à l'intention de la Chambre, de quoi il

6 s'agit ?

7 R. C'est le bâtiment du lycée de Bugojno.

8 Q. Est-ce là le bâtiment dans le sous-sol duquel vous avez été placé en

9 détention ?

10 R. Oui.

11 M. WITHOPF : [interprétation] Pour les besoins du compte rendu d'audience,

12 je tiens à dire que le témoin Gvozden a identifié le bâtiment figurant sur

13 la photo de la pièce à conviction de l'Accusation, P58, comme étant la

14 Gimnazija, à savoir, le lycée dans lequel il a été détenu.

15 Q. Combien de temps avez-vous été placé en détention dans cette cellule ?

16 R. Deux semaines environ.

17 Q. Pendant ces deux semaines, avez-vous eu vent de passages à tabac qui

18 auraient eu lieu ?

19 R. Oui.

20 Q. Pouvez-vous, je vous prie, informer la Chambre de première instance de

21 l'identité des personnes qui ont été battues ?

22 R. Franjo Jezidzic, Vinko Ivkovic, Mario Subasic et Goran Rajic, surtout.

23 Q. C'est ceux qu'on a battu surtout, mais est-ce que cela signifie que

24 d'autres personnes ont été battues ?

25 R. Pas autant que cela. Il arrivait que d'autres reçoivent des gifles,

Page 3660

1 mais cela n'avait rien de grave par rapport aux tabassages qui ont été

2 infligés aux autres.

3 Q. Pouvez-vous étoffer votre propos au sujet de ces passages à tabac de

4 Franjo Jezidzic, Vinko Ivkovic, Mario Subasic et Goran

5 Rajic ?

6 R. On venait les chercher, on les emmenait et on les ramenait tout couvert

7 de sang. Tout simplement, ces hommes étaient si affaiblis que, dans cette

8 espèce de petite espace, nous leurs faisions, autant que faire se pouvait,

9 de la place afin qu'ils puissent se remettre de ces passages à tabac.

10 Q. Vous dites qu'ils étaient couverts de sangs une fois remmenés. Pouvez-

11 vous décrire, avec plus de détails, les blessures infligées du fait de ces

12 passages à tabac ?

13 R. Les passages à tabac, en tant que tels, étaient des passages à tabac,

14 mais pour ce qui est de Goran Rajic, je ne sais pas avec quoi on l'a

15 frappé. Je crois qu'il avait une espèce de crevasse qui s'est créée à

16 l'épaule gauche. Il a tellement été battu que sa peau a éclaté.

17 Q. Qu'en est-il de Franjo Jezidzic ?

18 R. Il a également été passé à tabac très, très sérieusement, mais je ne

19 peux pas vous dire dans quelle mesure cela s'est fait. Il saignait, il

20 était recouvert d'ecchymoses. Il a fait l'objet de tortures physiques et

21 psychologiques, et il était en très, très mauvais état.

22 Q. Monsieur Gvozden, vous nous avez dit, au préalable, que les quatre

23 personnes dont vous nous avez donné les noms, devaient sortir en fait. Qui

24 les faisaient sortir pour les passer à tabac ?

25 R. L'un des gardes les appelait par leur nom et, ensuite, ils devaient se

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1 rendre à l'étage supérieur, par leurs propres moyens. Ensuite, un homme

2 descendait, appelait leur, ouvrait la porte de la cellule, et les laissait

3 se rendre à l'étage supérieur tout seul.

4 Q. Vous nous dites que les gardes emmenaient les victimes pour qu'elles

5 soient passées à tabac. Qui les ramenait dans la cellule ?

6 R. Il y avait toujours quelqu'un qui accompagnait ces personnes pour

7 justement ouvrir la porte de la cellule et les faire rentrer dedans. Parce

8 que nous ne pouvions pas quitter la cellule à moins que quelqu'un n'ouvre

9 la porte pour nous. En règle générale, cet homme qui ouvrait et fermait la

10 porte de la cellule, il était originaire de Donji Vakuf, je pense. Mais je

11 pense également qu'il était légèrement retardé, qu'il souffrait d'un

12 handicap mental.

13 Q. Est-ce que quelqu'un ramenait les victimes des passages à tabac ? Est-

14 ce que la personne qui ramenait les victimes était également garde ?

15 R. Qu'entendez-vous, est-ce que cette personne était un garde ou non ?

16 Q. Vous nous dites qu'un garde faisait sortir les victimes pour qu'elles

17 soient passées à tabac. Je vous pose une autre question : Est-ce que les

18 gardes ramenaient les victimes ?

19 R. Oui. Ce jeune homme était toujours là. Il était soit dans l'escalier

20 soit dans le couloir. C'était lui qui était chargé de nous amener l'eau. Ce

21 jeune homme était toujours là.

22 Q. Monsieur Gvozden, quel est votre groupe sanguin ?

23 R. Zéro. Négatif.

24 Q. Le fait que votre groupe sanguin est zéro négatif, est-ce que ce fait a

25 joué un rôle, à un moment donné, pendant que vous étiez détenu dans le

Page 3662

1 bâtiment de l'établissement scolaire de la Gimnazija ?

2 R. Oui, oui.

3 Q. Pourriez-vous indiquer aux Juges de la Chambre pourquoi cela a joué un

4 rôle ?

5 R. Un jour, un homme est arrivé. Il est arrivé dans l'escalier et il a

6 demandé deux ou trois volontaires qui avaient le groupe sanguin zéro

7 négatif -- 0 négatif.

8 Q. Est-ce que quelqu'un s'est porté volontaire ?

9 R. Non, personne ne s'est porté volontaire.

10 Q. Puisque personne ne s'est porté volontaire, que s'est-il passé ?

11 R. Alors, ils ont appelé mon nom. Ils ont également appelé le nom d'un

12 autre homme qui avait exactement le même groupe sanguin. Ils connaissaient

13 nos groupes sanguins parce que, lorsque nous avons été capturés, ils

14 avaient pris nos livrets militaires, et nos groupes sanguins étaient

15 indiqués dans le livret militaire.

16 Q. Lorsque votre nom ainsi que le nom de l'autre homme ont été appelés,

17 qu'est-il advenu ?

18 R. Ils nous ont emmenés dans le hall d'entrée de ce bâtiment et là, il y

19 avait un commandement de -- un commandant de l'Unité Stipica Siliz [phon] -

20 - alors un commandant de l'Unité de l'ABiH, c'est Kuljanski Sejtan, et il

21 s'appelait Sabic, je pense.

22 Q. Qu'a fait Sabic ? Qu'a-t-il fait de vous et des autres hommes ?

23 R. Il y avait un policier militaire avec eux, et il répondait au nom de

24 Cetin. Ils nous ont dit qu'on allait nous emmener à l'hôpital parce

25 qu'apparemment, le frère de Cetin avait été blessé.

Page 3663

1 Q. Ce policier militaire, qui répondait au nom de Cetin, appartenait à

2 quelle armée ?

3 R. Il appartenait à l'ABiH.

4 Q. Pourriez-vous indiquer à la Chambre de première instance si vous avez

5 été emmené à l'hôpital ?

6 R. Oui, nous avons tous les deux été emmenés à l'hôpital, peu de temps

7 après, et là, ils nous ont emmenés au sous-sol de l'hôpital parce que le

8 conflit entre les Croates et les Musulmans continuait à l'époque. Entre

9 temps, il n'y avait d'infirmière, nous avons dû attendre, Sabic nous a dit

10 qu'il devait inspecter certains membres de son unité qui avaient également

11 été blessés.

12 Nous sommes restés seuls avec Cetin et l'infirmière est arrivée peu de

13 temps après. Ils m'ont demandé si j'avais jamais souffert de jaunisse ou

14 d'autres pathologies infectieuses. Ce à quoi j'ai répondu par la négative

15 puisque cela n'était pas le cas. L'autre homme qui était avec moi, qui

16 répondait au nom de Lucic a répondu qu'il avait eu une jaunisse quelques

17 années auparavant. Ils ont dit qu'il n'allait pas lui faire de prise de

18 sang, et qu'il n'allait, en fait, prendre que mon sang. Visiblement, ils

19 avaient de beaucoup de sang parce qu'ils ont pris une double dose de mon

20 sang. Autant que je sache, 300 grammes représentait une seule dose.

21 Q. Où se trouvait cet hôpital où on vous a fait cette prise de sang ?

22 R. Il se trouve à quelques 100 ou 150 mètres du bâtiment de la Gimnazija.

23 Q. Après quand vous a pris votre sang, est-ce que vous avez été ramené au

24 bâtiment de la Gimnazija ?

25 R. Oui, Cetin nous a ramenés au bâtiment de la Gimnazija.

Page 3664

1 Q. Pendant combien du temps après cela avez-vous été détenu dans le

2 bâtiment de la Gimnazija ?

3 R. Je ne le sais pas exactement, cinq ou peut-être six jours, je suppose.

4 Q. Après ces cinq à six jours, ou cinq ou six jours, est-ce qu'on vous a

5 emmené quelque part d'autre ?

6 R. Oui. Un jour ils sont venus nous chercher. Ils nous ont ramenés dans la

7 pièce à l'avant du bâtiment de la Gimnazija où ils nous avaient gardés

8 pendant la première journée et, ensuite, ils nous ont transférés dans le

9 gymnase du bâtiment de la Gimnazija.

10 Q. Est-ce qu'ensuite, vous avez été transféré quelque part d'autre du

11 gymnase du bâtiment de la Gimnazija ?

12 R. Dans le gymnase, il y avait des personnes qui appartenaient au 2e

13 Bataillon du HVO. Le même jour, ils nous ont placés dans des camions

14 réfrigérants, ils ont mis, en fait, toutes les personnes qui s'étaient

15 trouvées au sous-sol. Ils nous ont emmenés dans un quartier de la ville où

16 il y a un bâtiment et, au départ, ils voulaient nous mettre dans ce

17 bâtiment, mais il n'y avait pas de place. Ils ont dû nous emmener au

18 magasin de meubles.

19 Q. Connaissez-vous le bâtiment où ils voulaient vous placer au départ ?

20 R. Oui. C'est un bâtiment qui appartenait à des religieuses. Ensuite, il

21 est devenu le centre Marxiste. Ils nous ont emmenés derrière ce bâtiment.

22 Nous nous trouvions dans les camions réfrigérants et lorsque les camions

23 réfrigérants se sont arrêtés, ils ont ouvert la porte, et je suppose qu'ils

24 voulaient nous placer à l'intérieur de ce bâtiment, mais puisqu'il n'y

25 avait pas de place, ils ont fermé la porte, et ils nous ont conduit

Page 3665

1 jusqu'au magasin de meubles.

2 Q. Ce bâtiment qui appartenait à des religieuses, est-il également connu

3 sous le nom de couvent à Bugojno ?

4 R. Oui, c'était un couvent avant la Deuxième guerre Mondiale. Le bâtiment

5 appartenait à des religieuses, mais il a été confisqué pendant l'époque

6 communiste, et les communistes l'avaient transformé en école.

7 Q. Qui vous a emmené du gymnase du bâtiment de la Gimnazija en passant par

8 le couvent de Bugojno pour, finalement, vous emmener au magasin de

9 meubles ?

10 R. Des membres de l'ABiH.

11 Q. A votre connaissance, Monsieur Gvozden, quelle est la distance qui

12 sépare le gymnase du bâtiment de la Gimnazija, le couvent et le magasin de

13 meubles ?

14 R. Alors, de la Gimnazija au couvent, la distance s'élève à quelques 200,

15 250 mètres et, ensuite, entre ce bâtiment du couvent et le magasin de

16 meubles, il se peut qu'il ait quelques 300 mètres environ. La distance

17 entre le magasin de meubles et la Gimnazija est également une distance de

18 200 mètres puisqu'il s'agit en quelque sorte d'un triangle qui est formé

19 par ces trois bâtiments.

20 Q. A votre arrivée au magasin de meubles de Bugojno, où vous a-t-on

21 emmené ?

22 R. Ils nous ont emmenés derrière le magasin de meubles. Ils nous ont dit

23 de nous rendre dans le sous-sol de ce bâtiment.

24 Q. Vous nous dites : "Ils nous ont dit de nous rendre au sous-sol de ce

25 bâtiment. A quelle personne faites-vous référence ?

Page 3666

1 R. Il s'agissait des membres de l'ABiH qui, de toute façon, nous y avaient

2 emmenés.

3 Q. Pourriez-vous dire, Monsieur Gvozden, à l'intention des juges de la

4 Chambre de première instance, quelles étaient les conditions qui

5 prévalaient au sous-sol de ce magasin de meubles, Slavonija.

6 R. Il y avait quelques 10 à 15 centimètres d'eau sur le sol alors certains

7 avaient trouvé des meubles ou certains meubles dans le sous-sol. Ils les

8 avaient cassés pour les mettre par terre pour qu'ils puissent les utiliser

9 comme planches en bois pour pouvoir y dormir. La pièce était véritablement

10 plongée dans l'obscurité la plus totale. Il n'y avait aucune lumière, il

11 n'y avait aucune fenêtre non plus d'ailleurs parce que l'ensemble de ce

12 sous-sol se trouve au niveau souterrain. Il y avait quelques lampes à huile

13 ici et là.

14 Q. Autant que vous vous en souveniez, quelle était la taille de ce sous-

15 sol ?

16 R. Je ne le sais pas. Peut-être 20 mètres de long sur 10 à 12 mètres de

17 large. C'est ce que j'ai pu en déduire dans la pénombre où nous avons été

18 plongés.

19 M. WITHOPF : [interprétation] Avec l'aval de la Chambre de première

20 instance, j'aimerais montrer au témoin deux photographies qui sont des

21 pièces à conviction de l'Accusation qui ont déjà été utilisées. Il s'agit

22 de la première, qui est la pièce à conviction P65.

23 Q. Monsieur Gvozden, pourriez-vous informer la Chambre de première

24 instance de ce que vous voyez sur la photo.

25 R. Il s'agit du magasin de meubles qui en fait est montré sous un angle

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1 différent. Il s'agit de l'entrée principale.

2 Q. Est-ce qu'il s'agit du bâtiment dans le sous-sol duquel vous avez été

3 détenu ?

4 R. Oui.

5 Q. Monsieur Gvozden, pourquoi dites-vous que cette photographie présente

6 un angle différent du magasin de meubles ?

7 R. Parce qu'il s'agit là, de l'entrée principale du magasin de meubles. A

8 l'arrière, il y avait une autre porte latérale que l'on utilisait, je

9 suppose pour faire entrer les meubles et cela servait également d'entrée

10 vers l'entrepôt.

11 Q. Quelle entrée fut utilisée lorsque l'on vous a emmené au magasin de

12 meubles ?

13 R. L'entrée qui se trouve à l'arrière du bâtiment.

14 M. WITHOPF : [interprétation] Je dirais aux fins du compte rendu d'audience

15 que le témoin Gvozden a identifié le bâtiment qui fait l'objet de la

16 photographie et qui représente la pièce à conviction P65 comme étant le

17 magasin de meubles Slavonija où il fut détenu.

18 Q. Monsieur Gvozden, je vais maintenant vous montrer une autre

19 photographie avec la permission de la Chambre de première instance et vous

20 allez voir cette photo apparaître sur l'écran en face de vous. Il s'agit de

21 la pièce à conviction P66. Monsieur Gvozden, êtes-vous en mesure d'indiquer

22 aux juges ce que vous voyez sur cette photographie ?

23 R. Il s'agit justement du sous-sol du magasin de meubles.

24 Q. Est-ce qu'il s'agit du sous-sol du magasin de meubles où vous avez été

25 détenu ?

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1 R. Effectivement. C'est exactement comme cela que les choses étaient. Il y

2 avait ces piliers que l'on voit au milieu de la photo, il s'agit exactement

3 de cet endroit.

4 Q. Je vous remercie.

5 M. WITHOPF : [interprétation] Je dirais aux fins du compte rendu d'audience

6 que le témoin a identifié la pièce qui fait l'objet de la photographie et

7 de la pièce à conviction P66 comme le sous-sol du magasin de meubles

8 Slavonija où il a été détenu.

9 Q. Pendant combien de temps avez-vous été détenu dans cette pièce,

10 Monsieur Gvozden ?

11 R. Environ deux semaines, à peu près pendant le même nombre de jours que

12 j'avais passé dans la Gimnazija.

13 Q. Combien d'autres personnes se trouvaient détenus dans cette pièce ?

14 R. Entre 120 et 150 personnes environ.

15 Q. A votre connaissance, pendant combien de temps ont été détenus dans

16 cette pièce ces personnes dont le nombre s'est élevé entre 120 et 150 ?

17 R. Si ma mémoire ne me trompe pas, certains y ont été emmenés dès la chute

18 de Bugojno, ce qui signifie qu'ils se trouvaient là, deux semaines avant

19 mon arrivée.

20 Q. Après votre arrivée ?

21 R. Nous nous y sommes trouvés pendant deux semaines et nous avons tous

22 fait l'objet d'un transfert vers le stade Iskra.

23 Q. Pourriez-vous informer les juges de la Chambre, comment les détenus

24 sont parvenus à dormir dans cette pièce, si tenté qu'ils y soient parvenus.

25 R. Je vous l'ai déjà dit. Il y avait quelques meubles. Les gens ont mis

Page 3669

1 des morceaux de meubles par terre et il y avait également des bouteilles en

2 verre qui contenaient des infusions salines. Les bouteilles avaient

3 quelques 25 centimètres et nous avons utilisé ces bouteilles pour dormir

4 dessus également. Au fait, il s'agissait de bouteilles qui contenaient la

5 solution pour les perfusions.

6 Q. Pendant que vous étiez détenu dans le sous-sol du magasin de meubles

7 Slavonija, avez-vous été mis au courant de certains passages à tabac ?

8 R. Oui. Cela s'est passé au début du mois d'août.

9 Q. Que c'est-il passé au début du mois d'août ?

10 R. En fait, c'était plutôt vers trois, quatre heures du matin que cela

11 s'est passé. Nous pouvions entendre des voix aux étages supérieurs. Brecic,

12 Kosak ont été appelés mais ils n'ont pas été appelés tous les deux en même

13 temps. D'abord ils ont appelé Dragan Brecic, c'est le premier nom qui a été

14 appelé. Il a dû sortir et se rendre à l'étage supérieur. Nous pouvions

15 entendre des bruits sourds comme si on le frappait, ensuite, il a commencé

16 à hurler. Cela a duré pendant peut-être cinq à dix minutes, et on l'a

17 ramené en bas au sous-sol et le deuxième nom a été appelé. Franc Kosak a

18 été l'homme qui fut appelé ensuite et il a subi le même sort que Dragan.

19 Une autre personne a eu son nom appelé, en fait cinq noms ont été appelés

20 en tout, mais je ne me souviens pas du nom des trois autres personnes. La

21 troisième personne est revenue dans le sous-sol, elle est revenue

22 rapidement également.

23 Après, Mladen Havranek a été appelé. Il a été appelé, il est sorti, et nous

24 l'avons entendu crier. Nous entendions qu'il disait : "Qu'est-ce que je

25 vous ai fait ? Pourquoi est-ce que vous me faites cela ?"

Page 3670

1 Cinq à dix minutes plus tard, il est revenu dans le sous-sol. Il a réussi à

2 descendre les escaliers tout seul avec beaucoup de difficulté. Lorsqu'il

3 est arrivé en bas, il est tombé sur les genoux, ensuite, il est tombé sur

4 le côté par terre. Alors, nous avons été, quelques-uns, à nous approcher de

5 lui et à le ramener vers l'endroit où il était -- ou je devrais peut-être

6 appeler son lit. Il était encore conscient, et tout ce qu'il répétait,

7 c'était : "Mais qu'est-ce que je leur ai fait ?"

8 Peu de temps après, et en fait très rapidement, il a cessé de parler. Nous

9 pensions qu'il avait perdu connaissance, mais ce n'était pas le cas. Nous

10 ne sentions plus son pouls. Nous ne sentions plus les battements de son

11 cur non plus. Nous l'avons enveloppé dans une couverture. Nous avons

12 commencé à le porter vers la porte et nous avons commencé à crier pour que

13 les gardes qui se trouvaient en haut puissent l'entendre. Nous avons crié :

14 "Mais qu'est-ce que vous avez fait ? Vous venez de tuer cet homme."

15 Q. Je me permets de vous interrompre pour une seconde, Monsieur Gvozden.

16 Vous venez de dire : "Nous ne sentions plus son pouls. Nous ne sentions

17 plus les battements de son cur." Avez-vous fait partie des gens qui ont

18 essayé, vainement, de sentir les battements de son cur ou de sentir son

19 pouls ?

20 R. Oui. Il y avait une autre personne qui, d'après moi, était paramédicale

21 de par sa profession, et c'était également un entraîneur de basketball à

22 Bugojno. Il a essayé d'intervenir, mais nous n'avons rien pu faire.

23 Q. Que s'est-il passé après que vous avez crié, vers l'étage supérieur,

24 "Qu'avez-vous fait ? Vous avez tué cet homme" ?

25 R. Les personnes qui se trouvaient en haut se sont dispersées. Il y a

Page 3671

1 juste un garde qui y est resté, qui nous a entendu et il nous a dit de

2 l'amener en haut et de le laisser là. Il nous a dit qu'il fallait que nous

3 repartions en bas, vers le sous-sol.

4 Q. Est-ce que c'est ce que vous avez fait ?

5 R. Oui, nous sommes redescendus. Nous l'avons laissé en haut, ensuite,

6 nous avons entendu quelqu'un arriver dans une voiture, et nous avons

7 demandé, entre-temps, au garde si nous pouvions aller aux toilettes. Les

8 toilettes étaient en haut. Nous étions au milieu de l'escalier. Nous avons

9 vu l'ambulance l'emmené. Je dirais que dix minutes après, un autre véhicule

10 est arrivé, ou peut-être qu'il s'agissait d'une autre ambulance. Ils ont

11 pris les quatre autres personnes qui avaient fait l'objet de passages à

12 tabac.

13 Q. Pouvez-vous indiquer, à l'intention de la Chambre, qui avait

14 interpeller pour que soit battu, par la suite, ces victimes : Dragan

15 Brecic, Franc Kosak, et Mladen Havranek ?

16 R. C'étaient des membres de l'ABiH. Le jeune gars qui était gardien là-

17 haut, je ne le connaissais pas personnellement, mais je le connaissais de

18 vue, tout simplement. Pour autant que je le sache, à la libération de Donji

19 Vakuf, si mes souvenirs sont bons, il a été tué. C'était un blond, de

20 grande taille et des cheveux longs qu'il avait rattachés en queue de cheval

21 derrière. Il a dit, après ce qui s'est passé avec Mladen est arrivé, il a

22 dit lui-même -- il a commenté pour lui : "Mais qu'avais-je besoin de tout

23 ceci ?"

24 Q. Monsieur Gvozden, est-il arrivé à un moment donné que vous ayez

25 connaissance des objets utilisés pour les passages à tabac ?

Page 3672

1 R. Le matin nous sortions pour aller aux toilettes dans la pièce du

2 dessus. Là où débouchait l'escalier, il y avait un mur à côté de

3 l'escalier. Il y avait des espèces et des madriers en bois et des barres

4 métalliques. On voyait du sang sur le sol.

5 Q. Pouvez-vous décrire, à l'intention de la Chambre, les dimensions de ces

6 madriers et de ces tiges de fer ?

7 R. Les tiges, elles, faisaient 60 à 70 centimètres de long, et les

8 madriers, eux, ils faisaient entre un mètre et demi et deux.

9 Q. Quelle était l'épaisseur ?

10 R. Cinq centimètres sur 8, les madriers. Les tiges de fer, -- un ou deux,

11 je ne sais plus combien elles étaient -- c'était à peu près les tiges que

12 vous voyez sur les lits de camps -- des lits militaires. Je crois

13 d'ailleurs que cela avait été enlevé d'un lit.

14 Q. Vous souvenez-vous encore, Monsieur Gvozden, de la date à laquelle M.

15 Mladen Havranek a été tué ?

16 R. Je crois que c'était le 6 ou le 7 août 1993.

17 Q. Un peu plus tôt, Monsieur Gvozden, vous avez indiqué qu'il y avait

18 entre 120 et 150 détenus dans le sous-sol de ce magasin de meubles. Quelles

19 étaient leurs origines ethniques ?

20 R. Ils étaient 150, et tous Croates. Peut-être quelques-uns d'entre eux

21 étaient-ils serbes, mais ils étaient, je crois, pratiquement tous membres

22 du HVO. Pour autant que je le sache, il n'y avait aucun civil.

23 Q. Est-il arrivait un moment où vous avez été transféré ailleurs, Monsieur

24 Gvozden ?

25 R. Oui. Après la mort de Mladen, nous avons été tous transférés vers le

Page 3673

1 stade d'Iskra à Bugojno.

2 Q. Qui est-ce qui vous a transférés là-bas, à ce stade Iskra ?

3 R. La police militaire de l'ABiH et des soldats de celle-ci.

4 Q. A quelle distance se trouve le stade Iskra par rapport à ce magasin de

5 meubles ?

6 R. Disons, 500 mètres à vol d'oiseau.

7 Q. Qu'est-il advenu de vous-même, Monsieur Gvozden, et des autres de ceux

8 qui ont été transférés à ce stade de Iskra, quand votes êtes arrivés ?

9 R. Nous avons été placés dans une grande salle devant les tribunes. Il n'y

10 avait pas de fenêtres sur celles-ci, il n'y avait que des grilles et des

11 barreaux en fer. C'est là, que nous sommes restés. Il y en avait d'autres,

12 des pièces, mais nous ne sommes pas restés. Par-dessus des barres

13 métalliques, il y avait des espèces de feuilles en nylon.

14 Q. Pendant que vous étiez détenu avec les autres détenus venus de ce

15 magasin de meubles Slavonija, est-il arrivé que l'on amène jusqu'à vous

16 d'autres personnes encore ?

17 R. Oui, plus tard on a fait venir des membres du 1er Bataillon, qui était

18 installé jusque là, dans l'école primaire Vojin Paleksic, et ils ont été

19 d'abord conduit à la Gimnazija, il y avait d'autre personnes qui étaient

20 ramassées dans la ville dans leurs propres maisons, et que l'on a fait

21 prisonnier par la suite. Ils ont amené également quelques personnes qui

22 était détenues au poste de police MUP, dans la cave de ce poste. Ce qui

23 fait que tous les détenus ont fini par être interné un seul et endrois.

24 Q. De quel quantité de détenus sont nous en train de parler à présent.

25 R. En tout et pour tous, nous étions quelque 300, mais pas tous le temps,

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1 pas à tous moments. Parce que bon nombre de gens étaient amenés pour faire

2 des travaux, pour accomplir des tâches. Pour autant que je sache, 60 hommes

3 étaient partis à Gornji Vakuf, et ils y ont passé quelques deux mois, ce

4 qui fait que le chiffre que j'ai mentionné n'a jamais été au grand complet

5 à l'intérieur de ces pièces-là.

6 Q. Sur ces quelques 300 détenus, pouvez-vous dire si c'était tous des

7 soldats, ou si il y avait également des civils ?

8 R. Autant que je sache, il se peut qu'il y ait eu quelques hommes

9 seulement, qui s'y trouvaient, étant des civils. Le reste était tous des

10 membres du HVO.

11 Q. Pouvez-vous dire à l'attention de la Chambre de première instance si ce

12 stade Iskra avait été sécurisé, et si oui, comment ?

13 R. Au début, nous n'avons été qu'enfermé à clé. A l'entré des tribunes, il

14 y avait des portes d'accès, et chaque cellule avait sa propre porte. Le

15 matin, on nous interpellait, nous sortions à l'extérieure. Après l'appel,

16 on pouvait marcher un peu. Il y a une petite rivière à proximité, où nous

17 pouvions aller laver les mains, ou nous laver le visage, parce qu'il n'y

18 avait pas du tout l'eau à l'intérieur. Par la suite, ils ont mis une

19 clôture de fer plus près de ces gradins, et nous ne pouvions plus y aller.

20 Q. A votre souvenir, Monsieur Gvozden, quand cette clôture métallique a-t-

21 elle été mise en place ?

22 R. En septembre ou octobre de cette même année.

23 Q. Vous intentez 1993 ?

24 R. Oui, 1993.

25 Q. A votre connaissance, Monsieur Gvozen, était-il possible d'accéder au

Page 3675

1 stade du club de football de Iskra sans l'autorisation des gens qui étaient

2 là, à gardiennez ?

3 R. Non, on ne voulait pas laisser accéder les nôtres depuis l'autre côté

4 de la rivière, et encore moins à l'intérieur. Il y avait une espèce de

5 bâtisse, de construction provisoire, ou il y avait la garde. Quand on nous

6 a amené, par exemple, à manger, il fallait d'abord qu'on s'adresse là-bas,

7 à eux, pour demander de l'autorisation, et la permission n'était pas

8 toujours accordée.

9 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le président, Messieurs les Juges,

10 avec votre autorisation, je propose de montrer au témoin une photographie

11 qui à déjà été utilisée, et qui constitue la pièce à conviction de

12 l'Accusation P62.

13 Q. Monsieur Gvozden, pouvez-vous dire à la Chambre de première instance ce

14 que vous voyez sur le moniteur devant vous ?

15 R. Je vois le stade du club de football Iskra, à Bugojno.

16 Q. Est-ce là, le stade où vous avez été détenu ?

17 R. En effet, oui.

18 M. WITHOPF : [interprétation] Pour les besoins du compte rendu d'audience,

19 je tiens à préciser que le témoin a identifié le bâtiment sur le photo de

20 la pièce de conviction P62 comme étant le bâtiment du stade du club de

21 football Iskra, celui où il a été placé en détention.

22 Q. Monsieur Gvozden, y avait il des gens qui montait la garde du stade de

23 Iskra ?

24 R. Oui, des membres de l'ABiH. En toutes situations, ou en toutes causes,

25 il y en avait au moins 3 dans chacune des équipes. Parfois, ils étaient

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1 plus nombreux.

2 Q. Pouvez-vous décrire, à l'intention de la Chambre, ce qui a constitué la

3 routine au quotidien à ce stade Iskra ?

4 R. Tous les matins, nous devions sortir, vers 7 heures du matin. Nous

5 sortions, et soit l'un des gardiens, soit le directeur du camp, tel qu'ils

6 le désignaient, eux-mêmes, donnaient lecture des noms, et chacun devait

7 répondre "présent." Ils vérifiaient si tout le monde était là. Nous

8 pouvions resté 10 ou 15 minutes là, et comme on restait 10 ou 15 minutes,

9 on pouvait peut-être prendre un peu d'eau pour avoir de quoi de nous laver

10 les dents ou laver la figure, et faire quelque pas. Vers 2 heures et demi,

11 on nous laissait sortir pour le déjeuner. On restait peut-être un quart

12 d'heure en tout et pour tout, à l'extérieure, pour retourner dans nos

13 cellules.

14 Q. Vous venez de dire que ce stade avait été gardé par des soldats de

15 l'ABiH. Etes-vous, ou étiez vous, en mesure d'identifier l'unité à laquelle

16 appartenaient ces soldats de l'ABiH, qui avaient servis de garde au club de

17 foot Iskra.

18 R. Pour autant que je le sache, la plupart d'entre eux étaient membres de

19 la police militaire. Je ne sais pas comment ils désignaient les uns ou les

20 autres. Ils avaient une police militaire, et ils avaient une police de la

21 brigade, et ceux-ci, c'était des policiers de la brigade. Mais pas tous.

22 Ils avaient le même insigne, mais pas tous, parce que certains avaient

23 juste des uniformes et des insignes, qui étaient des insignes de l'ABiH

24 tout simplement.

25 Q. La police de brigade que vous venez de mentionner, elle appartenait à

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1 quelle brigade ?

2 R. La 307e Brigade mécanisée de l'ABiH du moins c'est ainsi qu'on

3 l'appelait.

4 Q. Monsieur Gvozden, vous avez mentionné plutôt que les gens avaient pu

5 sortir pendant longtemps -- pendant deux mois, je crois que vous indiquez,

6 pour aller travailler. Je crois que vous aviez évoqué Gornji Vakuf. A votre

7 connaissance, que faisaient-ils là-bas ?

8 R. D'après ce qu'ils nous ont dit, par la suite, ils avaient creusé un

9 tunnel sous la ligne de démarcation à Gornji Vakuf. Ils avaient creusé

10 aussi des tranchets, des abris à Gornji Vakuf.

11 Q. Ces gens, qui ont creusé des tranchées à Gornji Vakuf, sont-ils tous

12 revenus au stade Iskra ?

13 R. Non. Il y en a eu deux de tués et dix ou 12 de blessés, Jezidzic Dragan

14 et Zelko Tabakovic se sont les deux hommes qui ont été tués.

15 Q. Comment avez-vous appris que ces deux hommes-là ont été tués ?

16 R. Nous l'avons appris que lorsque tous les autres étaient revenus de là-

17 bas.

18 Q. Qu'avez-vous appris de la bouche des autres au sujet des circonstances

19 de leur décès ?

20 R. Tout simplement, ils nous indiqué qu'ils avaient été touchés par

21 balles, balles de tireurs isolés. Je ne sais rien d'autre à ce sujet.

22 Q. Monsieur Gvozden, avez-vous été vous-même emmené quelque part pour des

23 travaux ?

24 R. Oui. Mais moi, j'ai toujours été emmené vers Donji Vakuf là où il y

25 avait la ligne de démarcation entre les Serbes et l'ABiH.

Page 3678

1 Q. Que vous a-t-on demandé de faire à cette ligne de démarcation entre les

2 Serbes et l'ABiH ?

3 R. Chaque fois qu'on y allait, soit on creusait des tranchées, soit on

4 creusait des abris, soit encore on récoltait de la pomme de terre.

5 Q. Les tranchées que vous avez creusées se trouvaient-elles à proximité de

6 la ligne de démarcation ?

7 R. Ces tranchées ne se trouvaient pas si près de la ligne de démarcation,

8 mais elles étaient bien en vue parce que, là où on travaillait, il y avait

9 notamment des prairies, c'est-à-dire, des espaces à découvert face aux

10 positions retenues par les Serbes.

11 Q. Est-il venu, un moment où lorsque vous creusiez ces tranchées à la

12 ligne de démarcation, des Serbes vous auraient tiré dessus ?

13 R. Une fois, nous étions en train de prendre un petit abri, et ils nous

14 ont tiré dessus aux fusils à lunette. Je suppose que cela était le cas

15 parce que leurs tranchées étaient assez loin. Ils nous ont tiré dessus et

16 le gardien, le soldat qui était -- qui nous gardait, nous a dit

17 qu'indépendamment de la chose, il fallait que nous continuons à creuser et,

18 alors, il s'est caché derrière un tronc d'arbre, et il est resté derrière

19 le tronc d'arbre. Il disait : "Si vous ne voulez pas que je vous tue moi-

20 même, creusez et peut-être vous tuera-t-il lui-même." Le tireur isolé a dû

21 s'apercevoir du fait que nous étions des prisonniers. Il a tiré deux ou

22 trois balles en direction du gardien lui-même et il nous a plus tiré

23 dessus, on nous a ramené.

24 Q. Combien du temps -- combien de fois êtes-vous allé creusé avec d'autres

25 et pendant combien du temps ? Quelle durée du temps ?

Page 3679

1 R. J'ai passé dix à 12 jours au plus à faire cela. Des fois cela durait

2 trois à six jours, des fois dix.

3 Q. Est-ce qu'on vous ramenait au stade d'Isrka ?

4 R. Oui. C'était l'équipe lorsqu'on nous emmenait l'équipe de relève, nous

5 autres nous étions ramenés au stade.

6 Q. Qu'est-ce qui vous ramenait au stade ?

7 R. C'étaient des soldats de l'ABiH, selon l'unité qui se trouvait là-haut

8 sur ces lignes de démarcation.

9 Q. Nous allons revenir au stade Iskra, à votre connaissance y a-t-il eu un

10 moment donné, des visites de la Croix rouge au stade Iskra ?

11 R. Oui. La Croix rouge est arrivée vers le mois de septembre 1993 et je

12 crois que, quelques mois plus tard, ils sont revenus. Ils nous ont donné

13 que des fichiers pour que nous les complétions nous-même et ils nous ont

14 dit que nous étions en sécurité puisque recensés par la Croix rouge.

15 Q. Monsieur Gvozden, en êtes-vous arrivé à avoir connaissance, à un moment

16 donné, de plan de transfert ailleurs ? A l'extérieur de ce stade ?

17 R. Oui. Ils ont fait venir trois grands camions une fois, et il est arrivé

18 un homme avec une liste de 150 personnes. Il a donné lecture de la liste

19 et, lorsqu'ils ont rempli le premier camion avec quelques 50 hommes, ils

20 ont fermé la bâche, et ils ont commencé à remplir le deuxième. Le camion a

21 été rempli à moitié à peu près et c'était mon tour. Il y avait peut-être

22 encore deux ou trois hommes qui sont montés après moi et est arrivé un

23 commandant de leur police militaire, un certain Dautovic. Il a dit

24 d'interrompre le tout et de reporter au lendemain. Nous étions censés être

25 déportés vers le KP Dom à Zenica.

Page 3680

1 Q. Avez-vous souvenir, Monsieur Gvozden, de la date ou du mois où cela

2 s'est passé ?

3 R. Je crois que c'était vers octobre, novembre 1993, mais je n'en suis pas

4 à 100 % sûr.

5 Q. Combien du temps avez-vous vous-même été détenu au stade Irska ?

6 R. Du 18 juillet jusqu'au 18 avril 1994, jusqu'à la fin.

7 Q. Moi, je vous pose la question au sujet du stade Iskra seulement ?

8 R. Première moitié du mois d'août 1993 jusqu'à 1994, au mois d'avril.

9 Q. Qu'est-il arrivé en avril 1994 ?

10 R. Il y a eu un échange qui s'est opéré en date du 18 avril.

11 Q. Comment cet échange a-t-il été organisé ?

12 R. Cela a été organisé de manière à nous laisser entendre, le jour

13 d'avant, que nous allions être échangés. Le lendemain, des camions de la

14 Croix rouge sont venus -- neuf camions. Il y avait des membres des forces

15 armées internationales et les membres de la Croix rouge et les membres de

16 l'ABiH ont donné lecture, en parallèle de certaines listes, et les gens

17 montaient, au fur et à mesure, sur les camions. Une fois que les listes ont

18 été closes, nous nous sommes dirigés, à benne fermée -- bâche fermée, vers

19 les territoires qui se trouvaient sous l'autorité du HVO, vers Gornji

20 Vakuf.

21 Q. L'échange lui-même, a-t-il eu lieu où ?

22 R. Devant le stade.

23 Q. De quel stade ?

24 R. Le stade d'Iskra à Bugojno.

25 Q. Combien de détenus de ce stade d'Iskra de Bugojno ont été échangés, si

Page 3681

1 vous avez souvenance du chiffre ?

2 R. 292.

3 Q. Dans -- à l'occasion des préparatifs de ces échanges -- de cet échange,

4 avez-vous dû faire quelque chose ?

5 R. Oui. Le premier jour, on nous a dit qu'il fallait que nous nous

6 rasions, pour que le lendemain nous serions tous glabres. Il n'y avait

7 qu'un seul homme qui ne s'était pas rasé depuis 1974. On lui a laissé sa

8 barbe. Les autres ont dû se raser.

9 Q. Pendant que vous étiez détenu au stade Iskra, avez-vous tenu un jour

10 une espèce de journal ?

11 R. Oui, j'avais un petit carnet de notes, et j'avais pris des notes

12 concernant les hommes qui étaient avec moi, où nous nous trouvions.

13 Quelques jours avant l'échange, un soldat de l'ABiH, que je ne connaissais

14 pas, m'a tout simplement dit qu'il fallait que je lui donne ce calepin. Il

15 m'a dit qu'il valait mieux pour moi que je le lui donne, et il ne m'a rien

16 dit, il l'a prise. Je ne sais pas comment il a su que j'en avais un -- de

17 carnet de notes.

18 Q. Je vous remercie, Monsieur Gvozden.

19 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

20 Juges, je pense qu'à ce moment-ci, je n'ai plus de questions à poser à ce

21 témoin.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Il est midi trente. Nous allons faire la pause

23 habituelle. Nous reprendrons à 12 heures 55 pour le contre-interrogatoire.

24 --- L'audience est suspendue à 12 heures 29.

25 --- L'audience est reprise à 12 heures 55.

Page 3682

1 M. LE JUGE ANTONETTI : Je donne la parole à la Défense pour le contre-

2 interrogatoire.

3 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président.

4 Contre-interrogatoire par M. Bourgon :

5 Q. Bonjour, Monsieur Gvozden. Pardonnez-moi si ma prononciation de votre

6 nom n'est pas excellente. Je me suis pratiquée hier, mais je vais faire de

7 mon mieux.

8 Alors, Monsieur Gvozden --

9 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le Président, il n'y a aucune

10 interprétation. De toute évidence, il n'y a personne dans la cabine

11 anglaise.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Bien. Vous pouvez reprendre.

13 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président.

14 Q. Alors, Monsieur Gvozden, mon nom est Stéphane Bourgon. Je suis

15 accompagné de mes deux collègues aujourd'hui, Mme Edina Residovic et Mlle

16 Muriel Cauvin et, ensemble, nous assurons la défense du général

17 Hadzihasanovic. Vous avez répondu aux questions de mon confrère. J'ai, pour

18 ma part, quelques questions à la fois de nature générale, de même que des

19 questions qui sont plus spécifiques aux événements que vous avez vécus en

20 1993.

21 D'abord, Monsieur Gvozden, j'aimerais confirmer avec vous qu'en 1900 --

22 pardon -- qu'en l'année 2001, plus précisément au mois d'avril, vous avez

23 eu l'occasion de rencontrer les enquêteurs du bureau du Procureur et qu'à

24 cette occasion, vous leur avez donné une déclaration que vous avez signée.

25 R. Oui.

Page 3683

1 Q. Monsieur Gvozden, vous avez eu l'occasion de discuter en détail des

2 événements de 1993.

3 R. Oui.

4 Q. Si les renseignements, dont je dispose, sont exacts, en 1993 vous étiez

5 âgé de 26 ans, vous êtes né à Bugojno et vous avez fait vos études à

6 l'école à Subotica et vous y viviez toujours en 1993. Est-ce que c'est

7 exact ?

8 R. Oui.

9 Q. Votre service militaire, au sein de la JNA, vous l'avez effectué entre

10 1986 et 1987 et vous étiez alors dans la marine.

11 R. Oui.

12 Q. Lorsque vous avez quitté après -- vous aviez le grade de soldat. Est-ce

13 que c'est exact ?

14 R. Oui.

15 Q. Lorsque vous avez rejoint la Brigade Eugen Kvaternik, c'était le 23 mai

16 1992 et c'était pour servir au sein du 1er Bataillon, qui a été créé ce même

17 jour. Est-ce que c'est exact ?

18 R. Oui.

19 Q. Cette brigade, comme vous le savez -- ou plutôt, pouvez-vous me

20 confirmer que cette brigade a été créé en réponse à l'agression des forces

21 serbes sur la ville de Bugojno ?

22 R. Oui.

23 Q. Cette brigade comprenait trois bataillons, plusieurs unités

24 indépendantes, de même que certains groupes et pelotons.

25 R. Oui.

Page 3684

1 Q. Vous étiez membre du 1er Bataillon, qui portait le nom de Stjepan Radic.

2 R. Oui.

3 Q. Votre bataillon était déployé dans la région de Kupres sur les lignes

4 de front face aux Serbes. Est-ce que c'est exact ?

5 R. Oui.

6 Q. Merci, Monsieur Gvozden. Je passe maintenant un peu au contexte

7 entourant le conflit en 1993. En 1992, Monsieur Gvozden, les relations

8 entre les Musulmans et les Croates, si je ne me trompe, elles étaient

9 bonnes. Est-ce que c'est exact ?

10 R. Oui, c'est tout à fait exact.

11 Q. Serait-il exact de dire, d'ailleurs, que les deux communautés ont

12 coopéré ensemble pour défendre la ville de Bugojno face à l'agression des

13 Serbes ?

14 R. Oui, mais pas au tout début parce que le HVO a desservi la ligne

15 entière à Bugojno. Ce n'est qu'après que l'ABiH a assumé la défense de la

16 direction de Donji Vakuf.

17 Q. En fait, Monsieur Gvozden, c'était seulement plus tard, après que

18 l'ABiH avait été établie, que le HVO a continué d'occuper toute la ligne, à

19 la fois à Gornji Vakuf et à Kupres. Est-ce que c'est exact ?

20 R. Oui.

21 Q. Avec l'établissement de l'ABiH, que le HVO a continué à occuper la

22 ligne à Kupres, tandis que la ligne à Donji Vakuf a été transférée --

23 R. Donji Vakuf.

24 Q. Donji Vakuf, pardon -- a été transférée à l'ABiH.

25 R. Oui, à l'ABiH.

Page 3685

1 Q. Merci, Monsieur le Témoin.

2 Vous savez que la ville de Jajce est tombée aux mains des forces serbes,

3 chassant ainsi la population musulmane vers Bugojno. Est-ce que c'est

4 exact ?

5 R. Non, pas vers Bugojno. Vers Travnik. Les gens de Jajce de Travnik sont

6 venus à Bugojno.

7 Q. A cette occasion, il y a eu une arrivée en masse de réfugiés, à la

8 fois, qui venaient de Donji Vakuf et de Prozor et de d'autres régions, qui

9 sont venus à Bugojno et que cela a profondément changé la composition

10 démographique de la ville de Bugojno. Est-ce exact ?

11 R. Oui, c'est exact.

12 Q. Où se trouvait également un grand nombre de Croates, mais les Croates

13 ont passé par Bugojno pour aller s'établir plus loin près de la côte.

14 R. Oui, c'est exact.

15 Q. L'accroissement de la population à Bugojno a créé des tensions entre

16 les différentes communautés ainsi que des problèmes d'approvisionnement et

17 des problèmes de logement. Etes-vous d'accord avec moi sur ce point ?

18 R. Oui, en principe, mais il faut savoir que le conflit n'a pas seulement

19 été provoqué par l'arrivée des Musulmans. Les conflits peuvent être

20 expliqués parce qu'il y avait eu des conflits précédents à Vares, Kiseljak

21 et dans d'autres localités. A Novi Travnik également, à Stari Travnik, à

22 Uskoplje, dans toutes les villes avoisinantes, il y avait déjà eu des

23 conflits.

24 Q. Monsieur Gvozden, personnellement, je voudrais dire la même chose,

25 basée sur l'information que j'ai eue. Les nouvelles en provenance de Vares,

Page 3686

1 de Travnik, de Gornji Vakuf, justement au sujet des conflits entre les

2 Musulmans et les Croates, avaient aussi contribué à augmenter les tensions

3 entre les deux communautés. Est-ce que c'est exact ?

4 R. Oui, bien sûr.

5 Q. Servant au sein de -- vous êtes sûrement au courant des incidents qui

6 ont contribué -- ou plutôt qui ont mené à l'éclatement du conflit entre les

7 Musulmans et les Croates dans la ville même de Bugojno en 1993.

8 R. Oui, je sais que certains événements se sont déroulés. Je sais

9 également qu'il y a eu des tirs sporadiques entre les membres du HVO et

10 l'ABiH, mais en fait, il s'agissait de discordes individuelles entre des

11 personnes.

12 Q. Merci, Monsieur Gvozden. Savez-vous que, dams la même période en mai,

13 le HVO avait capturé des membres de l'armée et qu'à cette occasion, Emir

14 Jusuf et Sakib Mujkic avaient été tués ?

15 R. Non, je ne le sais pas.

16 Q. L'ABiH avait alors capturé 20 membres du HVO et qu'un conflit avait

17 débuté entre les deux partis dès cet instant, soit au mois de mai.

18 R. Croyez-moi, je ne le savais pas. Je sais par contre qu'il y a eu des

19 coups de feux, des arrestations sporadiques, des échanges. Mais des gens en

20 fait ont été arrêtés le matin et ils faisaient l'objet d'une mise en

21 liberté l'après-midi. C'était des bruits qui circulaient dans la ville, et

22 personne n'y prêtait pas beaucoup d'attention à ces bruits.

23 Q. Ailleurs en Bosnie centrale, n'atteigne Bugojno [comme interprété].

24 Vous savez --

25 R. Autant que je sache, c'est vrai.

Page 3687

1 Q. -- précis s'est produit dans le village de Vrbanja, où un dénommé

2 Talenta a été tué. Êtes-vous au courant de se fait ?

3 R. Oui. Talenta et Vucak ont été tués, cela je le sais.

4 Q. Lorsque ces deux individus ont été tués, êtes-vous au courant qu'une

5 commission mixed à la foi, de la police civil musulmane et croate, a été

6 créée pour faire une enquête sur les circonstances de la mort de M. Talenta

7 et de M. Vucak ?

8 R. [Aucune interprétation]

9 Q. Je dois attendre la traduction pour --

10 Pardon, Monsieur Gvozden, votre réponse n'a pas été entendue par les

11 interprètes.

12 R. Oui, je le sais.

13 Q. Alors, Monsieur Gvozden, lorsque cette commission s'est rendu à

14 Vrbanja, vous êtes également au courant que trois des policiers musulmans

15 ont alors été tués, et que leurs corps ont été jetés dans la rivière ?

16 R. J'en ai entendu parler.

17 Q. Que suite à cette événement, le HVO le jour suivant a attaqué le

18 village de Vrbanja, et que le village a été entièrement détruit, 54 soldats

19 ont été tués, et 45 civils ont été capturés et emprisonnés à l'hôtel

20 Kalin ? Êtes-vous d'accord avec ces faits ?

21 R. Quelle est la date que vous avez mentionnée ?

22 Q. Le 17 juillet. A Bugojno.

23 R. Le 17 cela, c'est passé avant que le conflit n'éclate.

24 [Le conseil de la Défense se concerte]

25 M. BOURGON :

Page 3688

1 Q. Monsieur le témoin, suite à ces événements à Vrbanja, vous serez

2 d'accord avec moi que ce sont ces événements qui ont mené à l'éclatement du

3 conflit, ou la propagation du conflit dans le ville même de Bugojno ?

4 R. Je le suppose.

5 Q. Entre l'ABiH et le HVO a débuté en fait le 18 juillet, ou peut-être le

6 19 juillet au matin.

7 R. Alors, cela c'est passé soit entre le 17 et le 18 juillet, ou entre le

8 18 et le 19 juillet. J'étais déjà détenu dans la Gimnazija, je ne suis pas

9 en mesure de vous parler des détails de ce qui se passait à l'extérieure à

10 l'époque.

11 Q. Mais vous êtes au courant toute fois que ce conflit a duré jusqu'au 26

12 juillet, date à laquelle le commandement du HVO, qui était situé à la villa

13 Tito, a décidé de se rendre ?

14 R. Autant que je sache, ils ne se sont pas rendus. Ils se sont retirés,

15 tout simplement. Ils ont en fait, abandonné ce lieu.

16 Q. Ils ont abandonné la villa Tito, ils ont également mis le feu à la

17 villa Tito avant de partir ?

18 R. Je ne sais pas. Je sais que la villa a effectivement été incendiée,

19 mais je ne sais pas, qui est l'auteur de l'incendie, parce que cela, je ne

20 le sais pas. Si vous abandonnez un endroit, peut-être qu'il est logique de

21 brûler les documents, par exemple.

22 Q. N'hésitez surtout pas, si vous ne connaissez pas une réponse à une

23 question que je vous pose, n'hésitez surtout pas de me le dire. Vous-même,

24 le 18 juillet, vous étiez en route pour Crnice, avec trois autres soldats

25 du HVO, au moment où vous avez été arrêté par des soldats de l'ABiH ?

Page 3689

1 R. C'est exact.

2 Q. Là se trouvait à la fois des personnes en uniforme, et des personnes en

3 civils ?

4 R. Oui, c'est exact.

5 Q. Vos hommes, et vous avez été conduits dans une mosquée ?

6 R. Ils nous ont amenés dans une mosquée, mais pas dans la mosquée, à

7 proprement parlé. Dans une salle qui se trouve à l'avant de la mosquée.

8 Q. D'autres Croates ont été arrêtés, et vous ont rejoints au même

9 endroit ?

10 R. Nous étions quatre. Ensuite, six autres personnes ont été amenées,

11 l'une après l'autre, nous étions dix, et on nous a effectivement amenés au

12 bâtiment de la Gimnazija, et deux soldats se sont joints à nous, avant

13 qu'ils finissent par nous mettre dans le sous-sol de la Gimnazija. Il y a

14 les deux dernières personnes qui sont arrivées et ont fait l'objet d'un

15 échange le même jour.

16 Q. Depuis que vous avez été arrêtés jusqu'au moment où on vous transporte

17 au Gimnazija, vous avez été bien traités ?

18 R. Oui, nous avons été bien traités. Je n'avais pas particulièrement de

19 plaintes à ce sujet.

20 Q. Quand vous êtes arrivés, ils vous ont mis dans la cour de la Gimnazija,

21 ou dans le hall de sports de la Gimnazija ?

22 R. C'était un espace qui était entouré par le gymnase, et le Gimnazija.

23 C'est là que nous avons passé l'après midi jusqu'au soir.

24 Q. Vous avez reçu également de l'eau ?

25 R. Nous avons reçu des boites de conserves de thon de la part de l'aide

Page 3690

1 humanitaire, et nous avons également reçu du pain. Ce qui m'intéresse,

2 Monsieur Gvozden, c'est qu'au moment où vous arrivez au Gimnazija, le soir,

3 on vous transfère dans le sous-sol. A ce moment-là, vous avez pu entendre

4 ce qui se passait à l'extérieure ?

5 R. Nous n'avons rien entendu. Nous avons entendu quelques tirs, quelques

6 coups de feux ici et là. C'est tout, nous n'entendions rien d'autre, parce

7 que c'était juste la veille de l'éclatement du conflit.

8 Q. Vous constatez que le conflit a gagné en intensité ?

9 R. Oui. Il y avait des tirs d'obus, il y avait des tirs de plus en plus

10 intenses, il y avait d'ailleurs des coups de feux contre le bâtiment de la

11 Gimnazija. Parce que la Gimnazija se trouve en plein centre-ville, et nous

12 pouvions entendre tout cela.

13 Q. L'hôtel Kalin, de même qu'au cinéma Napedek, que les tirs venaient de

14 là ?

15 R. Je ne peux pas vous dire d'où venaient les tirs. Je ne pouvais pas

16 voir. Je n'étais pas à l'extérieur. Je ne pouvais qu'entendre les coups de

17 feu. Moi, je ne pouvais pas dire d'où venaient ces tirs. Je suppose

18 qu'effectivement ils venaient de cet endroit. Parce qu'il s'agissait des

19 deux endroits qui étaient détenus par le HVO, qui se trouvaient proches de

20 la Gimnazija.

21 Q. L'ABiH a transféré davantage de troupes, là même où vous étiez, en

22 rapport avec ce conflit ?

23 R. Oui, il y avait beaucoup de soldats dans la Gimnazija. Je ne sais pas

24 combien, mais il y en avait un nombre assez important, c'est vrai.

25 Q. Vous pouvez également entendre les cris des personnes énervées, si on

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1 peut s'entendre que c'était vraiment un climat de guerre.

2 R. Les gardes nous ont dit que le conflit avait éclaté. A ce moment-là,

3 nous ne savions pas véritablement discerner le vrai du faux. Ils nous

4 disaient tel endroit est tombé, tel autre endroit est tombé, nous avons

5 capturé tel et tant de personnes. Ils nous donnaient ces informations, et

6 nous prenions ces informations au pied de la lettre. C'est tout ce que nous

7 pouvions faire d'ailleurs, parce que nous n'avions pas d'autres

8 informations.

9 Q. Dès que les conflits continuent, dès que le temps s'est passé, vous

10 avez réalisé qu'il y avait plus de gens dans vos cellules ?

11 R. Oui, bien sûr.

12 Q. Corrigez-moi, mais il me semble que vous avez dit aux enquêteurs dans

13 le bureau du Procureur, qu'il y avait quatre cellules mais, qu'au début, on

14 a d'abord rempli votre cellule ?

15 R. Non, il n'y avait pas quatre cellules, mais trois. Il y avait trois

16 cellules alignées l'une après l'autre. Vous descendiez, il y avait une

17 cellule juste en face de vous et deux autres cellules de part et d'autres.

18 Q. Dans laquelle vous vous trouviez, il faisait chaud, mais on vous a

19 quand même donné de l'eau ?

20 R. Oui. Il faisait véritablement très, très chaud, on nous a donné de

21 l'eau dont on avait besoin.

22 Q. En répondant à une question posée par mon collègue, vous avez témoigné

23 qu'il y avait des toilettes que vous pouviez utiliser à l'occasion.

24 R. Seulement lorsqu'on nous en donnait, l'autorisation d'utiliser ces

25 toilettes, parce que ces toilettes se trouvaient en haut, dans le couloir.

Page 3692

1 En bas, il n'y avait pas d'eau, il n'y avait rien d'autre. Nous ne pouvions

2 pas utiliser les toilettes autant que nous aurions voulu le faire.

3 Q. Vous n'avez pas été l'objet de mauvais traitements pendant la période

4 de détention au Gimnazija ?

5 R. Non, je n'ai pas été maltraité.

6 Q. vous n'avez pas été appelé à l'extérieur ?

7 R. Oui, le nom de plusieurs personnes était appelé, et ces personnes

8 devaient sortir.

9 Q. Vous avez mentionné aux enquêteurs du bureau du Procureur que pendant

10 la durée de votre détention, les détenus ensemble, ne se parlaient pas, en

11 raison de la proximité des gardes.

12 R. Oui. Nous parlions, certes, mais nous ne parlions pas du conflit parce

13 que tout le monde était préoccupé par son sort.

14 Q. Vous étiez choisis de façon spécifique. Cela n'était pas au hasard ?

15 R. Je ne sais pas quel était ce système. Je ne sais pas pourquoi le nom de

16 certaines personnes a été appelé. Mais chaque fois qu'un nom était appelé,

17 le nom était appelé en haut; le jeune gars qui était chargé d'ouvrir la

18 cellule le faisait, et la personne devait sortir. Maintenant, à savoir

19 comment ils choisissaient les personnes, je n'en sais rien. Est-ce qu'il y

20 avait de vieux ressentiments ou autre chose, je n'en sais véritablement

21 rien.

22 Q. Qui prenait le détenu et qui ramenait le détenu dans la cellule,

23 c'était toujours la même personne ?

24 R. Autant que je sache, ce jeune gars venait de Donji Vakuf. C'était juste

25 un sbire en quelque sorte. Autant que nous puissions en être conscients, il

Page 3693

1 souffrait d'un handicap mental et, en fait, il ne nous a jamais fait de

2 mal. Il était assez gentil.

3 Q. Parmi les détenus, avaient le groupe sanguin o-négatif ?

4 R. Non, il n'est pas venu en bas. Il était en haut de l'escalier et il a

5 demandé, s'il y avait des volontaires qui avaient ce groupe sanguin. Oui,

6 certes.

7 Q. C'était pour donner du sang à une blessée qui se trouvait à l'hôpital.

8 R. Ils avaient pris nos carnets militaires lorsque nous avons été arrêtés.

9 En fait, ils ne l'ont pas pris au moment de l'arrestation. Là, ils

10 n'avaient pris que nos armes. Mais lorsque nous sommes arrivés dans le

11 bâtiment de la Gimnazija, ils ont pris tous nos effets personnels. Moi,

12 j'avais un portefeuille, j'avais un couteau -- canif de l'armée suisse. Ils

13 ont pris tout cela. Ils n'ont pas touché mon argent, mais ils ont pris mon

14 carnet ou mon livre militaire. Dans ce livret militaire, j'avais, moi-même,

15 écrit quel était mon groupe sanguin. C'est ainsi qu'ils ont su que j'avais

16 le même groupe sanguin. En tout cas, dans mon cas. Je ne sais pas quelle a

17 été l'explication pour l'autre personne qui avait le même groupe sanguin.

18 Ce n'est que, lorsque nous sommes allés en haut que le policier militaire

19 nous a dit que son frère avait été blessé, qu'il avait besoin du sang pour

20 son frère. C'est à ce moment-là, qu'ils nous ont emmenés à l'hôpital.

21 Q. Personne ne s'étant porté volontaire, ils ont appelé votre nom de même

22 que Niko Lutic ?

23 R. Oui.

24 Q. Vous avez été informé que le sang était à destination du frère d'un

25 dénommé Cetin ?

Page 3694

1 R. Oui.

2 Q. Probablement, Monsieur Gvozden, que votre groupe sanguin est un groupe

3 de sang particulier.

4 R. Oui, je le sais.

5 Q. Ceux qui ont le groupe sanguin 0-négatif sont des donneurs universels.

6 R. Oui, ce sont des donneurs universels, mais ils ne peuvent recevoir que

7 leur propre groupe sanguin.

8 Q. A l'hôpital, où vous avez, selon une procédure médicale normale, donné

9 de votre sang ?

10 R. Non, cela n'était pas une procédure normale. Je ne suis pas en train de

11 dire que je n'aurais pas donné mon sang, mais le fait est qu'ils ont pris

12 deux doses. Alors, cela aurait été un geste très humain de ma part que de

13 donner une dose de mon sang, mais au vu des conditions, compte tenu de

14 l'alimentation que j'avais reçu jusqu'à ce moment-là, donner deux doses de

15 mon sang, je ne pense pas que c'était très humanitaire.

16 Q. [hors micro]

17 R. Oui, je le sais. D'ailleurs, je connais cet homme personnellement.

18 Q. Lutic, de sa part on a découvert qu'il avait la jaunisse, et on n'a pas

19 pris de sang de sa part ?

20 R. Oui. Il a dit qu'il avait eu une jaunisse quelques années auparavant.

21 Il a dit : "Si vous ne me croyez pas, allez voir mon dossier à l'hôpital et

22 vous verrez les informations." Ils n'ont pas pris son sang parce qu'ils

23 ont, bel et bien, trouvé le dossier médical de sa pathologie.

24 Q. Il y'avait les médicaments à ce moment-là pour traiter sa maladie.

25 R. Je n'en sais rien. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette

Page 3695

1 question.

2 Q. Le sang que vous avez donné était destiné au frère du dénommé Cetin ?

3 R. Oui, c'est ce que l'on m'a dit.

4 Q. C'était un cas spécial.

5 R. Oui, en fait, c'était un cas spécial.

6 Q. Ce Cetin en question, vous a mentionné que le M. Sabic, lui, que vous

7 avez également vu, vous avez mentionné en réponses aux questions de

8 l'Accusation, que le M. Sabic en question était, selon lui, très dangereux.

9 R. Lorsqu'on nous a emmenés là-bas, il nous a dit qu'il s'attendait à ce

10 que nous essayions de nous échapper alors que nous étions en route vers

11 l'hôpital, et que pour cette raison, nous ne devrions pas être attachés. M.

12 Sabic était connu comme un homme très arrogant. Il était très connu avant

13 la guerre, c'était un policier avant la guerre. Autant que je sache, nous

14 avons tous eu des expériences très mauvaises avec lui.

15 Q. -- commandant de l'unité de kuljanski Sejtan

16 R. Oui.

17 Q. C'était plutôt M. Baclija Sipo qui était le commandant. R. Je n'en

18 sais rien. Je sais seulement que ce Sabic était le commandant. Peut-être

19 qu'il était le commandant adjoint en fait. Mais quoi qu'il en soit, il

20 était toujours présent, il était toujours là dans l'ancienne où se trouvait

21 le quartier général de cette unité.

22 Q. M. Cetin n'était pas un policier militaire, mais il l'est devenu en

23 1995. Est-ce c'est exact ?

24 R. Je n'en sais rien. Je pense qu'il était policier militaire même avant

25 ce jour-là. En tout cas, il portait l'uniforme. Cela s'est passé il y a dix

Page 3696

1 ans, je ne me souviens pas de tous les détails. Je ne me souviens pas s'il

2 avait des insignes ou non, mais il y avait beaucoup de gens qui ne

3 portaient aucun insigne d'ailleurs.

4 Q. Vers la fin du mois de juillet, vous avez été transporté dans un camion

5 réfrigéré. Vous avez quitté le Gimnazija.

6 R. Oui.

7 Q. D'abord, on vous a transporté au couvant.

8 R. Jusqu'au couvant, jusqu'à la partie du couvant. Ils ont ouvert les

9 portières, leurs gardiens, se trouvant là, sont descendus et ont dit qu'il

10 n'avait plus de place et qu'il fallait qu'on continue notre chemin.

11 Q. Le camion est parti à la recherche d'un autre endroit, et vous êtes

12 arrivés au salon des meubles.

13 R. Oui.

14 Q. A votre arrivée là-bas, au salon des meubles, on vous a placé au sous-

15 sol.

16 R. Oui.

17 Q. Il y avait déjà, à votre arrivée, une centaine de personnes au sous-

18 sol.

19 R. A peu près une centaine, entre 80 et 100. Mais je vous dis, il faisait

20 tellement noir, il y avait trop peu de lumière, on ne pouvait pas évaluer

21 véritablement. Mais c'est à peu près entre 80 et 100.

22 Q. Monsieur Gvozden, je suis tout à l'heure mon confrère vous a montré une

23 photo du sous-sol, là où vous avez été détenu au salon de meubles. Vous

24 avez reconnu les colonnes qui étaient au sous-sol.

25 R. Non, j'ai dit que cette pièce en dessous -- parce que j'avais séjourné

Page 3697

1 dans cette pièce avant la guerre, et il y avait là un salon d'exposition de

2 meubles. Il y avait les cuisines, les chambres à coucher qui étaient

3 exposés et que sais-je encore. J'étais descendu avant. Il y avait la

4 lumière, bien sûr. Je me souviens de ces piliers. Je me souviens de leur

5 présence auparavant. Quand on nous a emmenés, on nous a emmenés devant ce

6 salon d'exposition de meubles, et on nous a fait descendre. Il faisait

7 encore jour, on pouvait encore voir où on était.

8 Q. La photo qui vous a été montrée par mon confrère, vous seriez d'accord

9 avec moi que cette photo ne représentait qu'une partie du sous-sol où vous

10 avez été détenu.

11 R. Oui.

12 Q. C'était beaucoup plus grand.

13 R. Mais je vous l'ai indiqué, 12 mètres sur 20, à peu près.

14 Q. Il y avait, à la fois, des palettes de bois, des meubles et des

15 fameuses bouteilles des items que vous avez utilisé afin d'échapper à l'eau

16 qui était sur le sol.

17 R. Oui.

18 Q. Les personnes qui s'occupaient du salon ont permis à une --

19 M. BOURGON : Monsieur le Président, j'aimerais peut-être passer à huis clos

20 parce que je vais mentionner le nom d'une personne qui est un témoin

21 protégé.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien, Monsieur le Greffier, nous passons à huis clos

23 partiel.

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel.

25 [Audience à huis clos partiel]

Page 3698

1 (Expurgé)

2 (Expurgé)

3 (Expurgé)

4 (Expurgé)

5 (Expurgé)

6 (Expurgé)

7 (Expurgé)

8 (Expurgé)

9 (Expurgé)

10 (Expurgé)

11 (Expurgé)

12 (Expurgé)

13 (Expurgé)

14 [Audience publique]

15 M. BOURGON :

16 Q. Monsieur Gvozden, compte tenu des difficultés d'approvisionnement à

17 Bugojno --

18 M. LE GREFFIER : [aucune interprétation]

19 M. BOURGON : Pardon. Je vais reposer ma question à nouveau.

20 Q. Monsieur Gvozden, compte tenu des difficultés d'approvisionnement à

21 Bugojno et de l'impossibilité de nourrir les prisonniers régulièrement, on

22 a autorisé des personnes à venir également vous porter de la nourriture au

23 salon de meubles.

24 R. Oui, de temps en temps. Cela dépendait du gardien qui était de garde et

25 de l'humeur qui était la sienne à ce moment-là. C'était individuel, c'est-

Page 3699

1 à-dire cela variait de l'un à l'autre.

2 Q. -- à venir vous apporter de la nourriture.

3 R. Oui, ce qu'elle avait.

4 Q. Pendant votre détention au salon de meubles, vous n'avez pas fait

5 l'objet, vous personnellement, de mauvais traitements.

6 R. Non.

7 Q. Vous nous avez parlé d'une nuit où environ cinq détenus ont été appelés

8 et ont subi des mauvais traitements au premier étage.

9 R. Oui.

10 Q. Qui ont été maltraités à cette occasion vous ont dit qu'on leur avait

11 déposé un sac sur la tête de façon à ne pas voir ceux qui donnaient les

12 coups.

13 R. Oui, oui.

14 Q. J'aimerais revenir rapidement sur l'épisode de M. Havranek. Une fois

15 que vous avez pris soin de lui, à son retour au sous-sol, vous avez

16 constaté qu'il était dans un mauvais état.

17 R. Oui.

18 Q. A ce moment-là, vous avez mentionné, en réponse à une question de mon

19 confrère, vous avez placé M. Havranek dans une couverture et vous êtes

20 montés en haut en criant : "Vous avez tué un homme."

21 R. Oui, c'est exact. Nous l'avions passé sur une couverture, nous quatre,

22 et nous l'avons porté jusqu'à l'escalier. Nous voulions qu'il soit sorti,

23 qu'on essaie de lui venir en aide parce que nous ne pouvions pas l'aider

24 lui-même.

25 Q. Quand vous êtes montés, il n'y avait qu'un seul garde qui était là.

Page 3700

1 R. Non. Nous sommes arrivés à mi-escalier. Entre-temps, il y a eu le

2 cinquième, M. Barnjak, qui subissait un traitement chez eux. Nous sommes

3 arrivés à la mi-escalier et j'ai revu ce gardien que je connaissais de vue

4 qui était originaire de Prusica, un village à proximité de Donji Vakuf. Un

5 blond avec une queue de cheval. Il nous a dit : "Attendez". Il s'est peut-

6 être passé une, deux secondes, mettons une minute au plus, et on a entendu

7 les pas de personnes sortant. Ce n'est qu'après qu'il nous a autorisé à

8 monter, à poser par terre cette couverture avec l'intéressé et redescendre.

9 A ce moment-là, probablement.

10 Q. Quand vous avez vu M. Barnjak sur le plancher, il vous a dit que les

11 gens, qui étaient en train de le battre, venaient de se sauver.

12 R. Il était debout derrière ce mur de l'escalier et il avait encore le sac

13 sur la tête.

14 Q. Suite à cette occasion, c'est là que vous avez pu constater, en allant

15 aux toilettes, l'arrivée, d'abord, d'une ambulance pour prendre M.

16 Havranek.

17 R. Oui. Nous étions restés là et nous avions demandé au gardien de nous

18 laisser aller aux toilettes parce que 120, 150 personnes là-bas, chacun

19 devrait se trouver un moment, à tous moments là-haut. A ce moment-là, nous

20 avons vu cette ambulance. Ils ont déposé dedans le défunt Havranek et au

21 bout de 15 à 20 minutes, ils sont partis parce que l'hôpital se trouvait à

22 peine à 100 mètres de là. Ils sont revenus et ils ont dit que les quatre

23 autres, qui avaient été battus, devaient partir avec eux. Ils ont été

24 installés à l'hôpital, alités, et je crois qu'ils ont bénéficié de quelques

25 soins médicaux.

Page 3701

1 Q. Monsieur Gvozden, après cet événement concernant M. Havranek, les

2 conditions au salon de meubles se sont nettement améliorées.

3 R. Cela s'est amélioré parce que, tout simplement, il n'y avait plus de

4 passages à tabac. Ils ont été plus coulants pour ce qui était de faire

5 admettre -- de faire rentrer des vivres.

6 Q. Quand vous êtes détenu dans le centre de Culture et de Sports pour

7 faire un interrogatoire avec un juge de la Cour municipale ?

8 R. Oui.

9 Q. Au cours de cet épisode, vous n'avez pas été maltraité d'aucune façon ?

10 R. Non.

11 Q. Vous n'avez pas mentionné à ce Juge de la Cour municipale ce qui

12 c'était passé avec Havranek au sous-sol.

13 R. Non. En fait, je ne sais pas si j'ai été avant ou après le décès à

14 Havranek. Quand je dis chez lui, j'entends chez le Juge. Je l'ai dit

15 d'ailleurs ce matin, le matin où tout ceci s'est passé, un certain Bakir --

16 un dénommé Bakir, qui devait avoir 16 ou 17 ans et qui montait la garde là-

17 bas, lui est venu jusqu'à moi. Je ne le connaissais pas du tout, je ne

18 l'avais jamais vu. Il m'a dit qu'il allait m'emmener au bureau

19 administratif de la paroisse pour demander au prêtre s'il pouvait aider au

20 niveau de l'huile, de vivres. J'ai dit : "Mais comment puis-je aller là-bas

21 puisque ceci s'est passé ?" Il m'a dit : "Il n'y a pas de problèmes. Viens

22 avec moi."

23 Il m'a emmené là-bas et j'ai tout raconté là-bas. J'ai raconté ce qui

24 s'était passé avec Havranek et j'ai dit qu'il y avait -- quatre hommes

25 avaient été emmenés et qu'il s'agissait d'essayer de savoir ce qu'il était

Page 3702

1 advenu d'eux, de savoir s'ils étaient à l'hôpital ou quoi d'autre puisqu'on

2 les avaient emmenés. Alors, il a dit, lui, qu'il allait voir avec les

3 forces internationales et d'autres pour savoir ce qu'il était advenu d'eux.

4 Il a appris qu'ils étaient à l'hôpital.

5 Q. A ce moment-là, vous avez pris tous les effets que le prêtre vous avait

6 donnés.

7 R. Il m'a donné un litre d'huile et un paquet de papier de toilette.

8 Q. Vous n'avez jamais su, Monsieur Gvozden, qui était responsable du salon

9 de meubles.

10 R. Non.

11 Q. Parce que vous avez été préoccupé par votre sort, évidemment, en tant

12 que détenu, vous n'avez pas prêté attention aux insignes portés par les

13 gardes et, selon ce que vous avez dit aux représentants du bureau du

14 Procureur, aucun d'eux ne portait une ceinture particulière.

15 R. Il y a rarement eu des membres de la police militaire, de l'ABiH, qui

16 avaient des uniformes complets, à savoir, ceinturon blanc et que l'insigne

17 de la police militaire à la manche. D'habitude, ils avaient un emblème avec

18 les fleurs de lys -- la plupart d'entre eux.

19 Q. D'ailleurs, au cours de cette période, Monsieur Gvozden, à Bugojno,

20 plusieurs personnes portaient des uniformes ou des parties d'uniforme. Il y

21 avait les membres du HVO, les membres de l'armée, des civils et la police

22 civile.

23 R. Oui.

24 Q. Le 6 août, vous avez été transféré au stade Iskra, qui venait d'être

25 arrangé comme étant une prison.

Page 3703

1 R. Oui. J'ai dit au début, la première moitié du mois d'août.

2 Q. Vous avez décrit votre arrivée là-bas, la routine, c'est-à-dire,

3 l'appel le matin, le fait de pouvoir vous laver, le fait de pouvoir --

4 l'appel des noms le matin et le repas en après-midi. Vous confirmez tous

5 ces faits ?

6 R. [pas de réponse audible]

7 Q. Vous, personnellement, Monsieur Gvozden, avez été appelé à faire des

8 travaux à plusieurs occasions ?

9 R. Oui.

10 Q. Pardon, Monsieur Gvozden, on m'indique que votre réponse à ma dernière

11 question n'a pas été enregistrée. Ma question était : Suite à la

12 description de la routine au centre Iskra, c'est-à-dire, les appels le

13 matin, le fait que vous pouviez vous laver, le fait qu'il y avait des repas

14 pendant dans l'après-midi, tous ces faits, vous êtes en mesure de les

15 confirmer.

16 R. Oui.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous interrompre. Vous rajoutez les repas dans

18 l'après-midi. D'où tenez-vous cela ? On a l'impression qu'il y avait des

19 distributions de repas dans l'après-midi. Le témoin peut peut-être

20 préciser.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] D'habitude, c'était vers deux heures ou trois

22 heures de l'après-midi. Il n'y avait pas une heure fixe.

23 M. BOURGON : Merci, Monsieur le Président. J'en ai presque terminé avec le

24 contre-interrogatoire.

25 Q. Vous avez indiqué aux représentants du bureau du Procureur que, lorsque

Page 3704

1 vous avez fait des travaux, il n'y avait pas de risque puisque les deux

2 côtés, on savait très bien ce qui se passait et que les gens étaient

3 appelés à faire ces travaux.

4 R. Il y a eu des risques très certainement, mais tout dépendait du fait de

5 savoir lequel des soldats de l'ABiH était avec nous. Certains visaient

6 notamment à nous malmener, psychiquement plus que physiquement pendant que

7 je travaillais là-bas. Cela faisait déjà 60 ou 70 jours que je ne m'étais

8 pas rasé et, cette fois-là, nous avions des -- une barbe de 20 centimètres

9 chacun. Le gardien a dit que, si l'on se montrait le bout du nez sans avoir

10 été rasé auparavant, il allait nous tuer. Mais lui le lendemain, il ne

11 s'est pas représenté.

12 Q. [hors micro]

13 R. En principe, oui.

14 Q. Lorsque vous avez parlé tout à l'heure des événements à Gornji Vakuf,

15 il y a des gens qui ont été transportés pour aller creuser là-bas et

16 c'était une situation très dangereuse où il y avait eu des tirs.

17 R. Oui.

18 Q. Vous avez décrit la situation que vous avez vécue personnellement.

19 R. Ils ont eu un sort bien pire que le mien.

20 Q. Ce n'est pas un épisode que vous -- c'était très différent de ce que

21 vous vous avez pu vivre lorsque vous avez été appelé à faire des travaux.

22 R. Oui.

23 Q. Lorsque vous étiez au stade Iskra, vous personnellement n'aviez jamais

24 subi de mauvais traitement ?

25 R. Non.

Page 3705

1 Q. Vous dites que les mauvais traitements dépendaient des gardes qui

2 étaient là ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous souvenez en particulier d'un garde qui s'appelait Salkic, un

5 joueur de foot ?

6 R. Oui.

7 Q. Le garde Salkic disait toujours à quiconque voulait s'approcher des

8 détenus, qu'il va mourir avant que vous ne puissiez approcher les détenus ?

9 Est-ce que vous vous souvenez de cette déclaration de la part de Salkic ?

10 R. Oui, c'est arrivé, une nuit pendant que nous étions au stade. C'était

11 lui qui était le garde, entre autres, et on a entendu du vacarme à

12 extérieure. Et il est arrivé plusieurs personnes, parce qu'on a entendu

13 plusieurs voix. Je ne sais pas combien, au juste. Je ne sais trop ce qu'il

14 demandais, ils avait du demandé quelqu'un par son nom et prénom. Salkic a

15 dit que pendant qu'il est là, pendant qu'il serait en vie, il ne laisserait

16 personne entrer et faire sortir l'intéressé. Il s'était disputé, et les

17 autres étaient repartis.

18 Q. Est-il juste de dire, Monsieur Gvozden, que les gardes au stadium

19 portaient toute sortes d'uniformes ?

20 R. Oui, il y a eu de la police civile, c'est-à-dire des personnes de la

21 police civile, il y avait de la zone de camouflage, ou alors juste le

22 pantalon camouflage, mais c'était les soldats.

23 Q. Vous avez mentionné qu'il y avait des gardes qui n'avaient pas

24 d'insignes ?

25 R. Pas d'insignes. Mais ils avaient des uniformes.

Page 3706

1 Q. Certains gardes avaient un insigne de policier militaire ?

2 R. Oui.

3 Q. Vous n'en avez vu aucun qui avait un insigne de la 307e Brigade ?

4 R. Non, et je ne sais pas quel est l'aspect de cet insigne là.

5 Q. Vous avez mentionné qu'il y avait des policiers militaires qui venaient

6 d'une section générale, située à l'opposé de l'église au centre-ville de

7 Bugojno. Vous souvenez-vous d'avoir dit ces faits ?

8 R. Il y avait là-bas dé ton d'un commandement, quelconque, pour ce qui est

9 de la police militaire, j'entends. L'après ce que je sais. Cela se trouvait

10 face à la porte d'entrée principale de l'église.

11 Q. Il y avait un endroit qui est à l'opposé de l'église au centre-ville de

12 Bugojno, et plutôt le bureau de la police civil, la MUP. Vous ne savez pas,

13 ou -- ?

14 R. La poste de la police civil, la poste du MUP, se trouve face à

15 l'hôpital, en ville. Face à l'hôpital, a proximité immédiate de ce magasin

16 de meubles.

17 Q. Vous avez répondu à mon confrère, concernant la préparation d'un

18 échange. Vous avez -- certains détenus ont étés montés abord de camion.

19 Vous avez mentionné alors le nom d'un M. Dautovic.

20 R. Non, ce n'était pas pour l'échange. C'est quand on devait amené au KP

21 Dom de Zenica, ce simplement ce qu'on avait dit, à nous.

22 Q. M. Dautovic en question, selon vous, il était le commandant de la

23 police militaire ?

24 R. Autant que je sache, oui. Maintenant, de là savoir s'il était le

25 commandant au sommet, ou s'il est l'un des commandants, cela, je n'en sais

Page 3707

1 trop rien. Mais je sais qu'il avait été commandant.

2 Q. Autours de lui, les gens de l'ABiH a répondu aux ordres de M. Dautovic.

3 R. Je suppose.

4 Q. Avez-vous étant même constaté que, lorsque M. Dautovic donnait des

5 instructions, les gens obéissaient aux instructions ?

6 R. Je n'ai vu ce dénommé Dautovic que ce jour là, le jour où le transport

7 devait être effectué, et quand il est arrivé, les choses ont été

8 interrompus. J'ai vu, quand on est sorti de la cave dans cette espace

9 intermédiaire, et avant que de aller vers la salle de sport, que c'est la

10 qu'il s'était trouvé, lui-même. Il y avait le fils à mon oncle avec moi, et

11 Dautovic et lui avait été à l'école secondaire ensemble. Le village dont il

12 est originaire, et le Dautovic y se trouve être dans des villages voisins.

13 C'est par l'intermédiaire d'un dénommé Dautovic que l'oncle est passé pour

14 voir son fils, pour savoir s'il était vivant ou pas. Il s'était passé 10 ou

15 12 jours depuis mon arrestation, mon emprisonnement à moi.

16 Q. Il est membre de la présidence de Guerre de Bugojno ?

17 R. Non.

18 Q. Des prisonniers qui étaient tenu au stade Iskra sont allés chez eux, ou

19 plutôt ont été retourné -- d'aller chez eux avec une escorte. Est-ce que

20 c'est vrai ?

21 R. C'est passé après la Nouvelle An, je pense après la Nouvelle An. Nnous

22 ont accordé deux semaines, et on y allait deux par deux, pour laver, pour

23 prendre un bain. Mais en compagnie d'un gardien -- et moi je ne pouvais

24 aller nulle part, parce que ma maison a été brûlée, on est allé au courant

25 des bonnes surs.

Page 3708

1 Q. Vous-même, Monsieur Gvozden, lorsque vous étiez au centre au stadium

2 Iskra, vous n'avez pas subit aucune mauvais traitement.

3 R. C'est cela.

4 Q. Vous avez parlé de certains personnes qui ont subi des mauvais

5 traitements par des personnes qui portaient des masques, et ces là ce

6 produisaient la nuit. Est-ce que c'est vrai ?

7 R. Oui. J'était présent - je n'ai pas entendu, mais j'étais présent,

8 lorsque ces gens, ces personnes, étaient ramené. Il y avait Nikica Kardelj

9 entre cela, parmi les 21 personnes disparues.

10 Q. Vous savez, Monsieur Gvozden, que dans la région de Bugojno, puisque

11 vous y habitiez depuis longtemps, il n'y avait pas de prison dans cette

12 ville.

13 R. Non.

14 Q. Vous savez que pour garder les prisonniers, les prisonniers de guerre,

15 il fallait bien trouvé des endroits, un peut partout dans la ville, pour

16 garder ces prisonniers.

17 R. Le mieux serait de les relâcher.

18 Q. [aucune interprétation].

19 R. Non.

20 Q. Depuis votre échange en mars 1994, jusqu'au moment ou vous avez

21 rencontrer les enquêteurs du bureau du Procureur, vous n'aviez jamais fait

22 de déclaration à qui que ce soit sur les événements que vous avez vécus en

23 1993 ?

24 R. Non.

25 Q. Merci beaucoup de votre patience, Monsieur Gvozden, je n'ai plus de

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1 questions. Monsieur le Président, j'en profite pour offrir mes excuses aux

2 interprètes, j'ai dépassé le temps. Mais je crois que cela valait la peine

3 de terminer avec ce témoin avant le week-end. Merci, Monsieur le Président.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien, je me tourne vers les autres Défenseurs. Pas

5 de questions, Monsieur Ibrisimovic ?

6 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Monsieur le Président, étant donné que ce

7 témoignage n'a aucune pertinence pour qui est de cet acte d'accusation

8 contre M. Kubura, nous n'avons pas de questions. Mais, on nom des deux

9 équipes de Défense, je voudrais saisir cette opportunité pour remercier

10 Mme. Fleming pour l'assistance et la coopération dont elle a fait preuve

11 dans ces affaires dans le procès, et nous, tous souhaitons à lui dire --

12 heureux, de succès, de bonheur pour l'avenir.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Y a-t-il des questions supplémentaires ?

14 M. WITHOPF : [interprétation] Monsieur le Président, Madame, Monsieur les

15 Juges, l'Accusation n'a pas de questions complémentaires pour ce témoin.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, nous vous remercions d'être venu témoigner

17 à La Haye. Vous avez répondu aux questions de l'Accusation et au contre-

18 interrogatoire du Défense. Nous souhaitons que votre retour s'accomplisse

19 dans les meilleures conditions possibles et je vais demander à Madame

20 l'Huissière de bien vouloir vous accompagner à la porte de la salle

21 d'audience.

22 [Le témoin se retire]

23 Je vais me tourner vers M. Withopf pour qu'il nous (33-34) annonce très

24 rapidement le programme de la semaine à venir.

25 M. WITHOPF : [interprétation] Très bien, Monsieur le Président.

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1 Pour les deux semaines prochaines, l'Accusation entend citer à comparaître

2 sept témoins : un lundi, un autre mardi, deux mercredi, deux jeudi et deux

3 vendredi.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. La Chambre remercie toutes les personnes

5 et vous invite à revenir la semaine prochaine pour lundi, à l'audience qui

6 commencera, comme d'habitude, à 14 heures 15.

7 Je vous remercie.

8 L'audience est levée à 13 heures 57 et reprendra le lundi 1er mars 2004,

9 à 14 heures 15.

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