Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le mardi 31 août 2004

2 [Audience publique]

3 [L'accusé est introduit dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 9 heures 09.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour à tous. Madame la Greffière,

6 veuillez citer l'audience, s'il vous plaît.

7 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agit de l'affaire IT-00-39-T,

8 l'Accusation contre Momcilo Krajisnik.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Madame la Greffière.

10 Monsieur Tieger, il y avait une question qui est restée en suspend hier

11 concernant la date d'un compte rendu d'audience que nous avons évoquée.

12 Avez-vous quelque chose à nous dire ce matin ?

13 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, non, pour l'instant, je

14 n'ai rien à vous dire. J'y ai certainement réfléchi hier soir après la

15 levée de l'audience. Etant donné l'heure tardive, hier je n'ai rien pu

16 faire. C'était soit trop tard, soit trop tôt pour obtenir une quelconque

17 réponse. C'est un élément que j'ai certainement sur ma liste et qui est une

18 priorité.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je comprends fort bien que vous dépendez

20 d'autre personne pour obtenir les informations que vous souhaitez. Puisque

21 nous parlons des comptes rendus d'audience, je vous demande de prêter

22 attention au compte rendu d'audience, je pouvais les lire sans dépendre de

23 quiconque hier soir. Lors d'une conversation du 11 décembre 1991, entre M.

24 Bajagic et M. Karadzic, tout d'abord, le compte rendu précise que toutes

25 les pages qu'il s'agit de cinq pages au total, cinq pages sur cinq. Ceci ne

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1 nous est pas d'une grande aide si nous devons retrouver les pages, mais les

2 deux dernières pages citées dans ce même document, des documents comportant

3 cinq pages, et constater que la dernière page, en tout cas, tous les

4 orateurs ont été mélangés. Si vous lisez le texte, "Bien, M. Radovan," et

5 si l'orateur est censé être M. Karadzic lui même et vous lisez "au revoir,

6 Zvonko, amitié," et l'orateur est Zvonko Bajagic, à ce moment-là, je crois

7 qu'il devient essentiel de comparer la version anglaise à l'original. Il me

8 semble, en tout cas, que deux orateurs ont été inversés.

9 La Chambre de première instance vous demande deux choses : en premier lieu,

10 de nous remettre un exemplaire qui est l'illustration exacte de la version

11 en B/C/S; deuxièmement, que tous les documents présentés à la Chambre

12 soient vérifiés avant d'être présentés à la Chambre de première instance

13 car ce n'est pas la première fois que ce genre d'incident chose se produit.

14 La Chambre préfère se concentrer sur le fond plutôt que de devoir vérifier

15 des éléments de ce type. Pourquoi certaines parties du document sont

16 incompréhensibles, lorsqu'on les compare avec l'original et pourquoi ces

17 éléments n'ont pas été corrigés par avance.

18 La Chambre de première instance va certainement avoir une réponse de votre

19 part. Il y a certainement plus de quatre ou cinq pages, en tout cas.

20 En ce qui concerne ce document, vous, ayant fait part de mes doutes à

21 cet égard, je prie, Mademoiselle Loukas, de ne pas compliquer les choses à

22 un niveau incompréhensible pour le témoin. En tout cas, je ne dis pas que

23 cela a été fait, mais, en tout cas, de ne pas céder à la tentation de le

24 faire car ceci pourrait rendre la situation encore plus confuse. Je

25 souhaite que le contraire soit démontré, à savoir que tout soit rendu plus

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1 clair. Je vais demander à Mme l'Huissière d'aller chercher le témoin et de

2 le faire venir dans le prétoire.

3 Mme LOUKAS : [interprétation] Je suis d'accord avec vous, Monsieur le

4 Président. La simplicité est toujours la meilleure solution.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

6 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bonjour, Monsieur Redzic. Est-ce que

8 vous m'entendez dans une langue que vous comprenez ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

10 LE TÉMOIN : IZET REDZIC [Reprise]

11 [Le témoin répond par l'interprète]

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. D'après votre réponse, je suppose

13 que vous m'entendez. Puis-je vous rappeler, Monsieur, que vous êtes

14 toujours tenu par la déclaration solennelle que vous avez faite hier depuis

15 le début de votre témoignage, à savoir que vous allez dire la vérité, toute

16 la vérité et rien que la vérité. Mademoiselle Loukas, va maintenant

17 poursuivre son contre-interrogatoire.

18 Poursuivez, je vous prie.

19 Mme LOUKAS : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le

20 Président.

21 Contre-interrogatoire par Mme Loukas : [Suite]

22 Q. [interprétation] Monsieur Redzic, bonjour.

23 R. Bonjour.

24 Q. Vous vous souvenez certainement avant la levée de l'audience hier, je

25 vous ai posé de questions concernant le plan Cutileiro, et votre

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1 connaissance de ce plan. Avez-vous du mal à utiliser vos casques ?

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, il semble que le témoin --

3 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai pas pu entendre la première partie de

4 votre question.

5 Mme LOUKAS : [interprétation]

6 Q. Oui, je vais vous répéter ma question. Vous souvenez avant la levée de

7 l'audience hier soir, je vous ai posé des questions sur le plan Cutileiro.

8 R. Oui.

9 Q. Une dernière question à ce sujet. Vous savez certainement

10 qu'Izetbegovic avait adopté les principes du plan Cutileiro, mais qu'il a

11 changé d'avis peu après. Vous êtes au courant de cela, n'est-ce pas ?

12 R. Oui. J'ai lu cela dans la presse et j'ai vu un certain nombre de choses

13 à la télévision, mais je n'en connais pas les détails. Je me souviens

14 simplement de ce que j'ai vu à la télévision. Je n'ai rien vu en noir et

15 blanc. Je n'ai jamais lu les documents. Je ne connaissais pas le fin fond

16 de cette affaire.

17 Q. Bien évidemment, vous avez adopté la même position eu égard aux

18 activités du SDS, bien sûr, alors que vous occupiez un poste relativement

19 élevé ?

20 R. Non. Je ne parlerai ni du SDS, ni du SDA, ni d'autre gouvernement. Je

21 n'avais pas les informations nécessaires à cet égard, et je ne souhaite pas

22 parler de choses dont je n'ai qu'une connaissance superficielle.

23 Q. Bien, Monsieur Redzic. Je comprends très bien. Je souhaite maintenant

24 parler des différentes questions portant sur la communauté locale de

25 Vlasenica. Est-ce que vous me suivez ? C'est le thème suivant que je

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1 souhaite aborder avec vous.

2 R. Quelle communauté locale entendez-vous ? Entendez-vous la municipalité

3 de Vlasenica ou entendez-vous une communauté locale ?

4 Q. Non, non, pas du tout. La communauté locale de Vlasenica. Nous parlons

5 bien de la même chose ?

6 R. Non. Vous voulez dire la municipalité de Vlasenica.

7 Q. L'opstina, c'est exact. Au mois de septembre 1991, saviez-vous qu'il y

8 avait des groupes paramilitaires mixtes croato-musulmans ?

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je crois que le témoin a des difficultés

10 avec son casque. Poursuivez. Je vais y prêter attention et voir que le

11 témoin arrive à suivre. Il est peut-être préférable d'utiliser un autre

12 casque.

13 Monsieur Redzic, est-ce que vous entendez mieux maintenant ? Est-ce que

14 vous entendez mieux maintenant ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'entends rien.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il y a peu de personnes qui parlent, en

17 ce moment, mais est-ce que vous m'entendez ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Est-ce que l'interprète pourrait dire quelque

19 chose dans le micro, s'il vous plaît ?

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce un problème d'interprétation ou

21 est-ce que c'est un problème concernant le casque ? Un problème concernant

22 l'interprétation. Mlle Cmeric, est-ce que vous recevez la traduction ? Je

23 vous demande de bien vouloir vous brancher sur le canal B/C/S.

24 Mlle CMERIC : [interprétation] J'étais sur le canal 0.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, j'entends très bien. Pourriez-vous

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1 vous mettre sur le canal B/C/S, s'il vous plaît ? Est-ce que vous entendez

2 l'interprétation ?

3 Mlle CMERIC : [interprétation] Oui, j'entends la traduction.

4 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le problème ne se situe pas du côté de

5 l'interprétation. Monsieur Redzic, est-ce que vous entendez maintenant la

6 traduction de mes propos ?

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Il y a le -- je n'entends pas de façon

8 continue.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il y a des interruptions. Je crois qu'il

10 doit s'agir de problème technique.

11 [La Chambre de première instance et la Greffière se concertent]

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous allons utiliser un autre casque. Si

13 ceci ne marche pas, il y a peut-être un problème au niveau du signal.

14 Monsieur Redzic, je crois, d'après vos gestes, vous semblez indiquer qu'il

15 n'y a plus de problème de traduction maintenant; est-ce exact ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Merci. Veuillez procéder, Mademoiselle

18 Loukas.

19 Mme LOUKAS : [interprétation]

20 Q. Monsieur Redzic, si vous avez encore des difficultés avec votre casque,

21 faites-le nous savoir immédiatement, de façon à ce que nous puissions y

22 remédier immédiatement de façon à ne pas interrompre notre dialogue. Est-ce

23 que vous avez bien compris ?

24 R. Oui.

25 Q. Avant la survenue de ces problèmes techniques, je vous ai posé des

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1 questions sur votre connaissance des activités dans la municipalité de

2 Vlasenica. Vous suivez, n'est-ce pas ? Vous avez compris ce que nous avons

3 évoqué jusqu'à maintenant ?

4 R. Oui. J'attends que vous me posiez une question plus directe. La

5 question que vous m'avez posée était une question très générale.

6 Q. Oui, c'est exact. Ce n'était pas une question. Je voulais simplement

7 m'assurer que vous me suiviez, que vous avez suivi ce qui s'est passé

8 jusqu'à maintenant.

9 Est-ce qu'en septembre 1991, vous saviez qu'il y avait des groupes

10 paramilitaires militaires croates et musulmans qui avaient été mis en place

11 qui titillaient les voyageurs sur la route entre Milici et la mine Boksit ?

12 R. Ceci va au-delà de mon entente. Je ne sais pas comment répondre à cette

13 question. Dans mon témoignage, j'ai expliqué que, dans la municipalité de

14 Vlasenica, il y avait 0,01 % de Croates. Cela n'est pas logique de dire

15 qu'il y avait des groupes mixtes qui avaient été mis en place pour

16 installer des barrages sur la route, qu'ils fouillaient les voyageurs sur

17 la route car, dans cette région, il n'y avait que deux groupes ethniques :

18 il n'y avait que des Serbes et des Musulmans. Pour ce qui est des Croates,

19 il n'y avait que 0,01 % de Croates, surtout des enseignants qui étaient

20 venus d'autres régions et qui travaillaient à Vlasenica.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Redzic, puis-je vous orienter

22 de la façon suivante ? Vous avez dit que cela n'est pas logique d'envisager

23 ou de parler de groupes mixtes, à savoir, si ceci est logique ou non, il

24 s'agit d'un point de raisonnement et non pas d'un fait. Je ne suis pas en

25 train de suggérer que tel était le cas, mais il se peut que des Croates

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1 venus d'ailleurs aient rejoint ces groupes. Je ne dis pas que tel est le

2 cas, mais à savoir si c'est logique ou non, il s'agit là d'une toute autre

3 question. Mlle Loukas vous a demandé si vous aviez connaissance de tels

4 groupes mixtes qui barraient la route. Si vous êtes au courant de tels

5 groupes, dites-le nous. Si vous n'êtes pas au courant, dites-le nous

6 également. A savoir si c'est logique ou non, un point de raisonnement n'est

7 pas quelque chose qui est débattu ici.

8 A savoir, si vous aviez connaissance de tels groupes qui ne comportaient

9 pas de Croates, dites-le nous également, que ce soit du groupe de Musulmans

10 ou des groupes d'Hongrois. Dites le nous. S'il ne s'agit pas de débattre de

11 la logique ou non de cela.

12 Veuillez poursuivre, Mademoiselle Loukas.

13 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui. Merci, Monsieur le Président.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, j'entends fort bien, Monsieur le

15 Président.

16 Mme LOUKAS : [interprétation]

17 Q. Bien. En tant ce qui concerne ce point, Monsieur Redzic, vous comprenez

18 que les Juges doivent rendre un jugement dans cette affaire. Cela, vous le

19 comprenez, n'est-ce pas ?

20 R. Oui, certainement.

21 Q. Ni vous, ni moi, nous allons rendre une décision dans cette affaire.

22 R. La vérité va certainement aider les Juges à rendre leur décision.

23 Q. Vous savez que c'est dans l'intérêt de la justice que de donner une

24 occasion aux deux parties de poser des questions. Cela, vous le comprenez,

25 n'est-ce pas ?

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1 R. Oui, bien sûr. C'est la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui.

2 Q. Très bien. Je vais revenir à ma question. Ma question n'a pas fait état

3 d'un point déduit au cours de la conversation, à savoir que des Croates se

4 trouvaient dans la municipalité locale de Vlasenica. Ce que je vais faire,

5 c'est vous poser une série de questions sur votre connaissance des

6 différentes activités dans la municipalité locale. La plupart des

7 questions, vous devriez pouvoir répondre par oui ou par non, à savoir, si

8 vous aviez une connaissance ou non de ces activités. Est-ce que vous me

9 suivez jusqu'à présent ?

10 R. Oui.

11 Q. Là, vous pouvez ajouter quelque chose en ce qui concerne les faits,

12 vous pouvez le faire. Vous pouvez répondre par oui, et lorsque vous ne

13 savez pas, vous répondez par non. Est-ce que vous me comprenez ? Parce que

14 nous n'avons que très peu de temps ici dans ce prétoire. Est-ce que vous

15 comprenez cela ?

16 R. Oui, certainement.

17 Q. Saviez-vous qu'en février 1992 il y avait des membres d'un groupe

18 paramilitaire, une formation paramilitaire musulmane et croate qui

19 kidnappait des personnes, qui prenait en otage des camions, et qui

20 fouillait sur la route entre Milici et la mine de Boksit un certain nombre

21 de personnes ? Il s'agit-là du mois de février 1992.

22 R. Non.

23 Q. Saviez-vous en février, mars, et avril 1992, qu'il y avait des membres

24 du groupe ethnique musulman de Vlasenica qui sont partis de leur plein gré

25 en direction de Tuzla ?

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1 R. Non.

2 Q. Saviez-vous que le 16 mai 1992, que des formations paramilitaires

3 musulmanes ont été désarmées à Zaklopaca ?

4 R. Si la Chambre de première instance m'autorise à parler de cet endroit,

5 Zaklopaca a subi un revers de situation, une situation désastreuse au début

6 de la guerre. Quatre-vingt-trois civils ont été tués, parmi eux, cinq ou

7 six enfants; 80 % d'entre eux étaient des femmes, et le reste était des

8 hommes. Ceci n'est pas exact, ceci est un mensonge. Il y a tellement de

9 mensonges dit à propos du village de Zaklopaca. Ce même jour, des gens ont

10 été tués. Pardonnez-moi, Monsieur le Président, Messieurs les Juges, il

11 fallait que je dise cela.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Redzic, on vous a simplement

13 posé une question. Ce n'est pas à pas vous de dire s'il s'agissait ou non

14 de mensonges. C'est simplement une question qui vous a été posée. La

15 question qui vous a été posée était de savoir si vous aviez connaissance ou

16 non d'un désarmement de formations paramilitaires musulmanes, le 16 mai

17 1992. Si tel était le cas, ceci n'exclut pas le fait que d'autres personnes

18 aient été tuées, soit avant, soit après cette date. A savoir si ceci fait

19 partie de la vérité, toute la vérité ou une partie de la vérité, ou ceci ne

20 correspond pas du tout à la vérité, ceci est une toute autre question. La

21 question qu'on vous pose est de savoir si vous saviez que le 16 mai 1992,

22 on avait procédé au désarmement d'une formation paramilitaire musulmane.

23 Etiez-vous au courant de cela ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] J'en reviens à la question précédente

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1 qui vous a été posée. On vous a demandé si vous aviez eu connaissance, oui

2 ou non, du départ de la population musulmane, départ de Vlasenica au cours

3 d'un certain nombre de mois, y compris le mois d'avril 1992. Vous avez

4 répondu : "Non, je ne suis pas au courant de cela." Est-ce que j'ai

5 compris, d'après votre témoignage précédent, ai-je bien compris, d'après

6 votre témoignage précédent, que vous-même, vous avez quitté Vlasenica au

7 mois d'avril 1992, à savoir, le 18 ou le 19 ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Monsieur le Président, on m'a posé une

9 question. On m'a demandé si je savais si les personnes avaient quitté

10 Vlasenica au mois de février pour se rendre à Tuzla. C'est ce que j'ai

11 compris, en tout cas.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je pense que la question portait sur

13 plusieurs mois.

14 Mme LOUKAS : [interprétation] C'est exact, Monsieur le Président. Il

15 s'agissait des mois de février, mars, avril.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Écoutez, je vous prie, attentivement les

17 questions. La question, qui vous a été posée, consistait à savoir si vous

18 saviez si des membres de la communauté musulmane ont quitté Vlasenica

19 pendant les mois de février, mars ou avril 1992. Maintenant, je crois

20 comprendre que vous n'aviez pas compris la question, et je vous demanderais

21 maintenant de répondre à cette question.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Les départs en masse depuis Vlasenica se sont

23 produits au début du mois d'avril 1992. A cette époque-là, la plupart des

24 ressortissants de Vlasenica se sont rendus à Kladanj, Tuzla, et Zivinice.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Il y avait également un autre

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1 élément dans la question, c'était un détail. Est-ce que vous pourriez poser

2 la question à nouveau au témoin, Maître Loukas ? Il s'agit de savoir

3 pourquoi.

4 Mme LOUKAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

5 Q. Pour revenir sur cette question précédente, je dirais qu'en février,

6 mars, et avril 1992, des membres de la communauté musulmane de Vlasenica

7 sont partis de leur propre gré pour se rendre à Tuzla.

8 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

10 M. TIEGER : [interprétation] Je ne souhaitais pas, en fait, intervenir

11 maintenant, mais puisqu'il s'agissait de deux questions, et je pense que ce

12 fait qu'il y a eu cette confusion qui s'est glissée, il me semble

13 maintenant que le conseil essaie de vouloir tirer avantage de cette

14 situation. La question au départ consistait à savoir tout simplement si des

15 personnes avaient quitté Vlasenica pendant les mois de février, mars,

16 avril, ce qui semblerait suggérer qu'il y ait eu un exode qui a commencé en

17 février.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] C'est clair, Maître Loukas. Il est

19 évident que dans sa réponse, le témoin a insisté sur le fait qu'il

20 s'agissait du début du mois d'avril pour ce qui est de la majorité des

21 personnes. Je ne sais pas si nous devons avoir des détails sur le moment où

22 cela s'est passé ou s'il y a eu 100 % ou plusieurs pour cent qui sont

23 partis plutôt.

24 Poursuivez, je vous prie.

25 Mme LOUKAS : [interprétation] Je comprends, Monsieur le Président. Je pense

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1 que je vais faire abstraction des mois de février et de mars et me

2 concentrer sur le mois d'avril.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, Maître Loukas.

4 Mme LOUKAS : [interprétation]

5 Q. Monsieur Redzic, est-ce que vous savez si en avril des membres de la

6 communauté musulmane de Vlasenica sont partis de leur propre gré ?

7 R. Non, pas de leur propre gré. Ils sont partis, mais ils ne sont pas

8 partis de leur propre gré.

9 Q. Monsieur Redzic, est-il vrai, hier, que lorsqu'une question vous a été

10 posée à propos des négociations relatives au découpage de la municipalité,

11 vous avez indiqué que vous aviez parlé à M. Izetbegovic; est-ce exact ?

12 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que nous

13 pourrions avoir les références aux pages du compte rendu puisque je vois

14 que le conseil est en train de faire référence au compte rendu ?

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Maître Loukas, dans la mesure du

16 possible, cela nous permettrait de nous orienter.

17 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, Monsieur le Président. Je suis en train

18 de consulter ce document pour le moment.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais essayer de trouver la page. Vous

20 pouvez poursuivre puisqu'il est évident, enfin, il est évident pour moi

21 qu'il y a eu des consultations.

22 Mme LOUKAS : [interprétation]

23 Q. Quoiqu'il en soit, Monsieur Redzic, dans la déposition que vous avez

24 faite le 12 octobre 1994, vous avez indiqué que vous avez pris contact avec

25 le président Izetbegovic, et qu'il vous a dit de donner aux Serbes

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1 l'impression que vous respectiez les ordres pour que cela puisse donner la

2 possibilité au plus grand nombre de Musulmans possible de fuir la ville;

3 est-ce que c'est exact ?

4 R. Non. Ce n'est pas ce qui est indiqué dans ma déclaration. Cela n'a pas

5 été indiqué comme vous l'avez avancé. Permettez-moi de préciser.

6 Q. Avant cela, vous nous dites que vous n'êtes pas d'accord lorsque je dis

7 que dans votre déposition vous dites : "J'ai pris contact avec le président

8 Izetbegovic, et le président Izetbegovic m'a dit de donner aux Serbes

9 l'impression que nous respections les ordres pour pouvoir donner la

10 possibilité au plus grand nombre de Musulmans de fuir la ville. J'ai quitté

11 Vlasenica le 18 avril 1992."

12 Vous êtes en train de dire au Tribunal que ce n'est pas ce qui se trouve

13 dans votre déposition ?

14 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, Monsieur Tieger.

16 M. TIEGER : [interprétation] Je pense qu'il serait tout à fait équitable de

17 fournir au témoin un exemplaire de sa déposition et cela est conforme à la

18 pratique retenue par cette Chambre.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il s'agit de la page 47, ligne 2 de mon

20 compte rendu. Il s'agit du compte rendu non révisé. En fait, il s'agit d'au

21 moins d'une des consultations. Si vous prenez le compte rendu d'hier et que

22 vous recherchez Izetbegovic, vous verrez que vous y trouverez toutes les

23 références. J'ai une référence à la page 47, ligne 2.

24 [La Chambre de première instance se concerte]

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je n'ai pas trouvé la page précise où il

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1 est question des gens qui fuient, mais je vois où il est écrit que les gens

2 s'en vont. Ce qui n'est pas exactement cela, je l'admets. Maître Loukas, si

3 vous avez cette référence, pourriez-vous nous la donner. Sinon, je vais

4 continuer à la chercher.

5 Mme LOUKAS : [interprétation] Je faisais allusion à la déposition. Je vais

6 maintenant faire référence au compte rendu.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je m'excuse, je ne vous avais pas

8 compris. Je suppose que vous allez prendre la page 47.

9 Mme LOUKAS : [interprétation] Tout à fait, Monsieur le Président, oui.

10 Q. Alors à ce sujet, hier, lors de votre déclaration, vous avez indiqué

11 que vous avez parlé avec M. Izetbegovic, et que M. Izetbegovic vous a dit :

12 "Essayez de ralentir les choses, le plus possible, pour que les gens

13 puissent sortir et parce que les gens n'étaient pas organisés, justement,

14 ils n'avaient pas d'armes, ils

15 n'avaient pas la possibilité de survivre sur ce territoire étant donné ce

16 qui était advenu à la population musulmane et bosnienne."

17 Vous vous souvenez de cette réponse que vous avez fournie hier, je

18 suppose ?

19 R. Oui, c'est ce que j'ai dit. Je l'ai dit parce qu'il s'agissait d'éviter

20 les conséquences à l'avenir.

21 Q. Oui, je comprends tout à fait. Monsieur Redzic, vous conviendrez avec

22 moi que des dispositions ont été prises pour assurer que les Musulmans

23 puissent partir; est-ce exact ?

24 R. C'est une question que je pourrais vous poser. Pourquoi est-ce qu'il

25 fallait que les Musulmans s'enfuient ? Est-ce qu'ils se sont enfuis devant

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1 des blindés et des fusils qui avaient déjà été utilisés et qui avaient tué

2 la population bosnienne ? Ils sont partis pour assurer leur sécurité. C'est

3 un fait qu'ils étaient victimes et que leurs biens étaient détruits. C'est

4 la raison pour laquelle cette population, ces habitants sont partis en

5 direction de Tuzla, Kladanj et d'autres endroits.

6 Q. Merci. Monsieur Redzic, j'espère que vous comprendrez quel est mon rôle

7 ici, je suis ici pour poser des questions.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Loukas, par ailleurs, si je peux

9 me permettre de vous interrompre. Si vous vous contentez de faire

10 abstraction de la différence entre les mots ou si vous oubliez la

11 différence entre les mots, "quitter et fuir", parce que, sinon, nous allons

12 nous retrouver ou rester dans ce prétoire et la confusion va continuer à

13 régner ici.

14 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Poursuivez, je vous prie.

16 Mme LOUKAS : [interprétation]

17 Q. Quoiqu'il en soit, lors de votre conversation avec M. Izetbegovic, vous

18 vouliez vous assurer que le plus grand nombre de Musulmans puisse quitter

19 Vlasenica; est-ce bien exact ?

20 R. Nous voulions sauver le plus de Musulmans, autant de Musulmans que

21 possible, et faire en sorte qu'ils ne soient pas tués.

22 Q. Monsieur Redzic, pour revenir aux questions afférentes à la

23 municipalité locale : saviez-vous s'il y a eu une formation d'unités

24 paramilitaires musulmanes à Milici en avril ?

25 R. Non.

Page 5112

1 Q. Saviez-vous à propos, justement, de cette initiative qui consistait à

2 diviser la municipalité, à assurer son découpage, saviez-vous si ces

3 initiatives ont en fait commencé vers la fin de 1991 ou au début de 1992 ?

4 Etes-vous d'accord avec ce que je viens de formuler ?

5 R. La formation des institutions en Republika Srpska s'est passée après

6 une brève période et, après que cela s'est passé, il y a eu ce souhait de

7 découpage ou de division dans les autres municipalités également.

8 Q. Monsieur Redzic, je vous pose des questions à propos de la municipalité

9 locale de Vlasenica. Vous avez déjà admis que votre connaissance de ce qui

10 se passait au niveau supérieur était assez limitée. Je pense qu'il serait

11 peut-être utile de nous concentrer sur la municipalité locale de Vlasenica

12 pour le moment. Comprenez-vous ce que j'avance ?

13 R. Oui.

14 Q. Très bien. Pendant cette période février, mars, ainsi qu'une partie du

15 mois d'avril 1992, conviendrez-vous avec moi qu'un nombre important de

16 Serbes sont partis de cette zone ?

17 R. Oui, j'en conviens avec vous. Tous les enfants de nationalité serbe ont

18 été envoyés en Serbie.

19 Q. Ma question ne portait pas sur les enfants. Je parlais de personnes en

20 règle générale et non pas seulement d'enfants.

21 R. Les femmes et les personnes se trouvaient toutes dans la zone de la

22 municipalité de Vlasenica.

23 Q. Très bien. Vous n'êtes pas d'accord avec ce que j'avance, à savoir que

24 des personnes serbes, des hommes, des femmes et des enfants, à savoir, un

25 nombre important de Serbes ont quitté la zone ? Vous n'êtes pas d'accord

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1 avec ce que j'avance ? Vous nous dites que les enfants sont partis; est-ce

2 bien exact ?

3 R. Oui.

4 Q. Vous êtes d'accord pour dire qu'à cette époque à Vlasenica et peut-être

5 dans l'ensemble de la Bosnie, au début du mois d'avril, vous êtes d'accord

6 pour dire qu'il y avait quand même un certain chaos qui régnait ?

7 R. Oui, tout à fait. Les événements qui se sont produits pendant cette

8 période de temps prouvent qu'il s'agissait d'une époque de chaos.

9 Q. Saviez-vous si un rassemblement -- le rassemblement fondateur du SDA a

10 eu lieu à Bratunac ? Il s'agit, en fait, de l'année 1990. Il s'agit du

11 rassemblement portant création du SDA qui a eu lieu à Bratunac et des

12 milliers de Musulmans sont venus à ce rassemblement. Des slogans ont été

13 proférés lors de ce rassemblement, tels que : "Les Serbes aillent en Serbie

14 et nous allons massacrer les Serbes." Savez-vous si cela s'est produit ?

15 R. Non.

16 Q. Vous savez, bien entendu, que le SDA a interdit aux Musulmans de

17 Vlasenica de répondre à la mobilisation de la JNA; est-ce bien exact ?

18 R. Oui. Non pas le SDA. En fait, la question n'a pas été bien posée car en

19 réponse plutôt décision de la présidence de la Bosnie-Herzégovine et du

20 gouvernement de la Bosnie-Herzégovine qui a suivi cet ordre, il a été dit

21 qu'il ne faudrait pas qu'il y ait de mobilisation en Bosnie-Herzégovine.

22 Cela n'avait rien à voir avec un ordre donné par le SDA. Cela a été fait au

23 niveau des institutions de l'Etat.

24 Q. Mais, bien sûr, vous savez que cela va à l'encontre de la législation

25 yougoslave à l'époque ?

Page 5114

1 R. Non. Autant que je sache, les problèmes n'avaient pas été réglés au

2 niveau de l'ex-Yougoslavie. Il avait été convenu qu'il ne devrait pas avoir

3 de mouvement ou de mobilisation de troupes en Bosnie-Herzégovine tant que

4 la présidence de la Bosnie-Herzégovine n'avait pas atteint ou n'était pas

5 parvenue à un accord au niveau de la présidence de l'ex-Yougoslavie.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Loukas, une question

7 d'interprétation peut-être, une question de compte rendu. Avez-vous dit que

8 le problème a été réglé au niveau de l'ex-Yougoslavie ou que le problème

9 n'avait pas été réglé ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Le problème n'avait pas été réglé, le problème

11 relatif à la mobilisation. En fait, il fallait traiter cela jusqu'au moment

12 où tout aurait été réglé au niveau des républiques et au niveau de l'Etat.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, merci. Poursuivez.

14 Mme LOUKAS : [interprétation]

15 Q. Très bien. Monsieur Redzic, cela est votre interprétation de la

16 légalité à ce moment-là. Nous allons laisser cela en l'état pour le moment.

17 J'aimerais savoir si vous saviez si des membres de la Ligue

18 patriotique de la municipalité de Vlasenica existaient au début de l'année

19 1992 ? Saviez-vous s'il y avait ces membres ?

20 R. Non, je ne le savais pas. Si tel avait été le cas, si cela avait

21 existé, je pense que j'en aurais pris connaissance.

22 Q. Saviez-vous si lorsque que la JNA est partie, elle a pris son

23 matériel ?

24 R. D'après ce qu'on indiqué la population de Vlasenica, la JNA a laissé

25 toutes ses armes et son artillerie dans le secteur de la municipalité de

Page 5115

1 Vlasenica.

2 Q. C'est quelque chose que vous avez entendu de la part d'autres

3 personnes, ce n'est pas quelque chose que vous pouvez déduire de vos

4 propres observations; est-ce bien exact ?

5 R. Oui.

6 Q. Monsieur Redzic, je voudrais juste vous demander de reprendre la

7 déclaration que vous avez faite le 12 octobre 1994 qui, bien entendu, est

8 la première déclaration que vous avez faite auprès du Procureur, ici, au

9 sein de cette institution.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] Peut-être que l'Accusation pourrait fournir à

11 M. Redzic un exemplaire de sa déclaration.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Tieger, je remarque que, dans

13 votre liste potentielle de pièces à conviction -- bien que cela se trouve

14 sur la liste potentielle de pièces à conviction, vous ne l'avez pas

15 présenté au témoin.

16 Maître Loukas, j'aimerais savoir si vous pouvez considérer s'il est

17 nécessaire véritablement de le verser.

18 Mme LOUKAS : [interprétation] En fait, ce n'est pas la peine de le verser,

19 Monsieur le Président. Il y a juste certains aspects bien précis sur

20 lesquels j'aimerais revenir.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Je pense que nous pouvons

22 prendre ces éléments pour qu'il n'y ait pas de confusion plus tard.

23 Poursuivez, je vous prie.

24 Mme LOUKAS : [interprétation]

25 Q. Monsieur Redzic, vous avez votre déclaration, n'est-ce pas ?

Page 5116

1 R. Oui.

2 Q. Cette déposition a été faite le 12 octobre 1994 ?

3 R. Oui.

4 Q. Je pense que vous avez également fourni une autre déclaration le 1er

5 août 2002, dans laquelle vous fournissez des informations d'ordre général

6 portant sur la municipalité de Vlasenica; est-ce bien exact ?

7 R. Oui.

8 Q. Lorsque cette déclaration a été prise, Monsieur Redzic, il est évident

9 que les personnes qui vous ont interrogé ont consigné soigneusement ce que

10 vous indiquiez, n'est-ce pas ?

11 R. C'est exact.

12 Q. Vous avez bien entendu et compris qu'il avait besoin de votre

13 déclaration pour mener à bien l'enquête sur les événements survenus à

14 Vlasenica ?

15 R. Oui.

16 Q. Il était important afin qu'ils puissent trouver les personnes

17 responsables des événements de Vlasenica ?

18 R. Oui.

19 Q. Bien entendu, vous avez compris à l'époque à quel point il était

20 important de dire la vérité ?

21 R. Oui.

22 Q. Bien entendu, il s'agissait de dire toute la vérité ?

23 R. Oui.

24 Q. Vous avez compris à quel point il était important de relater à

25 l'Accusation tout ce que vous saviez sur ce qui s'était passé à Vlasenica ?

Page 5117

1 R. Oui. Il s'agissait de la période pendant laquelle je m'y trouvais,

2 donc, pendant les années 1990 jusqu'au moment où le conflit a éclaté.

3 Q. Bien entendu, les représentants de l'Accusation, les personnes qui vous

4 ont interrogées, vous ont donné la possibilité de raconter ce que vous

5 aviez vu et ce que vous saviez des évènements, n'est-ce pas ?

6 R. Oui.

7 Q. Il ne s'agissait pas simplement d'avoir des questions et des réponses.

8 Vous avez présenté des éléments qui, d'après vous, seraient utiles à

9 l'Accusation; est-ce bien exact ?

10 R. Oui, je n'aurais pas fourni de versions. Je leur ai dit tout simplement

11 la vérité.

12 Q. Mais, bien entendu, lorsqu'ils vous ont posé des questions sur des

13 sujets bien précis, vous leur avez relaté tout ce que vous saviez ?

14 R. Oui.

15 Q. Il s'agissait, bien entendu, d'une déclaration détaillée, êtes-vous

16 d'accord avec moi ?

17 R. Oui.

18 Q. Vous souvenez-vous combien d'heures cela a pris pour consigner votre

19 déclaration, Monsieur Redzic ?

20 R. En 1992 ? C'est bien l'année à laquelle vous faites référence, lors de

21 ma première déposition ?

22 Mme LOUKAS : [interprétation] Non.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Loukas, la Chambre n'est pas au

24 courant d'une déclaration du 1er août 2002. On ne nous a pas fourni ce

25 document.

Page 5118

1 Monsieur Tieger.

2 M. TIEGER : [interprétation] De façon, il ne s'agit pas d'une déclaration,

3 Monsieur le Président. Il s'agit d'un rapport d'information qui tient

4 compte d'une discussion avec M. Redzic, et comme le conseil l'a indiqué, il

5 s'agit d'information d'ordre général portant sur la municipalité de

6 Vlasenica. Cela n'est pas -- en fait, je suis tout à fait disposé à fournir

7 cela à la Chambre de première instance.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Ce que j'ai est une fiche d'information

9 supplémentaire qui porte la date du 18 octobre, puis j'ai une autre feuille

10 d'information supplémentaire qui porte la date du 30 août 2004. Nous avons

11 certes des fiches d'information générale, mais nous n'avons pas des fiches

12 d'information générale qui porte la date du 1er août 2002.

13 M. TIEGER : [interprétation] Je m'excuse. Très franchement, je n'ai pas

14 prêté attention aux dates précises. J'ai cru comprendre que le conseil

15 faisait référence au rapport d'information. S'il y a un décollage, j'en

16 serais le premier surpris, mais --

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il semble qu'il se pourrait qu'il y ait

18 une troisième fiche d'information générale. Il s'agit d'information qui a

19 été fourni par ce témoin.

20 Maître Loukas, est-ce que vous pourriez --

21 Mme LOUKAS : [interprétation] Je pense qu'il y a une certaine confusion qui

22 s'est glissée là-dedans. Je vais dans un premier temps retrouver mon

23 exemplaire.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, parce que vous avez posé une

25 question au témoin, vous lui avez dit : "Je pense que vous avez fourni une

Page 5119

1 déclaration postérieure en date du 1er août 1992 [comme interprété],

2 déclaration dans laquelle vous avez fourni des informations d'ordre

3 générale relative à la municipalité de Vlasenica." Je me demande s'il y a

4 quelque chose qui nous échappe.

5 Mme LOUKAS : [interprétation] C'est juste -- je m'excuse, Monsieur le

6 Président.

7 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président.

8 Mme LOUKAS : [interprétation] Non. Il s'agit de la date du 18 octobre.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il n'y a plus de problèmes.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] En fait, je faisais référence à la

11 déclaration du 12 octobre 1994, et je suis en train de poser des questions

12 au témoin à ce sujet. Je faisais référence également à la fiche

13 d'information générale du --

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Du 18 octobre, venez-vous de nous dire.

15 Mme LOUKAS : [interprétation] Permettez-moi de vérifier la date de ces deux

16 documents, simplement pour éviter toute confusion. Je vous prie de

17 m'attendre quelques instants.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous avez commencé par dire le 2 août

19 2002 et, ensuite, vous avez parlé du 18 octobre. Nous avons une déclaration

20 du 18 octobre.

21 M. TIEGER : [interprétation] En fait, les deux dates sont exactes, Monsieur

22 le Président. L'entretien qui a eu lieu a eu lieu le 1er août, et le rapport

23 est daté du 18 octobre. C'est le même document.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Il semblerait que le rapport

25 de l'interview, de la conversation --

Page 5120

1 M. TIEGER : [interprétation] Oui, Monsieur le Président. En fait, vous

2 verrez en haut du document, vous verrez apparaître la date du 18 octobre

3 et, ensuite, sous la date, il y a eu une information supplémentaire qui dit

4 que la date du récolement a eu lieu jeudi, le 1er août 2002. Le numéro ERN

5 de ce document peut résoudre la confusion car le numéro ERN apparaît. C'est

6 bien 035260 [comme interprété].

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Je vois maintenant. Il est

8 tout à fait clair qu'il s'agit du même document, donc le document qui porte

9 le date du 18 octobre, et du 1er août. Veuillez poursuivre, Madame Loukas.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui. Effectivement, Monsieur le Président. La

11 confusion était causée par ces deux dates qui apparaissaient sur le même

12 document, mais il s'agit bien du même document.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

14 Mme LOUKAS : [interprétation] Très bien.

15 Q. Revenons nous parler de la déclaration du 12 octobre 1994. Monsieur

16 Redzic, j'étais en train de vous poser des questions concernant ce

17 document. L'Accusation vous a demandé de leur dire tout ce que vous saviez,

18 les membres du bureau du Procureur qui vous ont posé des questions et, à ce

19 moment-là, vous avez dit tout ce que vous saviez, n'est-ce pas ?

20 R. Oui.

21 Q. Très bien. Maintenant, concernant la déclaration que vous avez faite le

22 12 octobre 1994, dites-nous combien d'heures a duré cet entretien avec les

23 membres du bureau du Procureur ?

24 R. Je ne me souviens pas exactement, puisque plusieurs années se sont

25 écoulées depuis.

Page 5121

1 Q. Est-ce que vous croyez que cela aurait pu durer du matin jusqu'à

2 l'après-midi ? Est-ce que vous serez d'accord avec moi pour dire cela ?

3 R. L'entretien a sûrement duré plus longtemps, mais je ne pourrais pas

4 vous dire avec précision combien d'heures il a duré.

5 Q. Vous avez certainement lu la déclaration avant de la signer ?

6 R. Croyez-le ou non, j'ai signé sans relire la déclaration. J'ai fait

7 confiance à la façon dont le tout a été consigné, et je n'ai pas cru bon de

8 relire la déclaration complète avant de la signer.

9 Q. Bien. Maintenant, Monsieur Redzic, simplement pour

10 Préciser, vous avez informé les membres du bureau du Procureur sur tout ce

11 que vous saviez, n'est-ce pas ?

12 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous écoute, Monsieur Tieger.

14 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, ce n'est pas à moi

15 d'évaluer la façon dont mon éminente consoeur utilisera son temps, mais

16 j'ai l'impression que cette question a déjà été posée à deux reprises.

17 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Madame Loukas, il n'est pas

18 nécessaire de reposer cette question plusieurs fois. Vous l'avez déjà posée

19 la question il y a quelques instants, et il vous a déjà dit qu'on lui a

20 relu la déclaration en langue bosnienne, et je crois qu'effectivement, il

21 s'agit d'une perte de temps. Il n'est pas nécessaire de prendre tout ce

22 temps et de gaspiller tout le temps que nous avons pour reposer toutes les

23 questions. Ce que je veux dire, c'est que nous sommes des juristes

24 d'expérience, et nous savons tous très bien qu'une déclaration, lorsqu'elle

25 est prise, elle est prise pendant plusieurs heures, et que cette

Page 5122

1 déclaration a dû être prise pendant quatre, cinq, ou six heures. Je crois

2 qu'il n'est pas nécessaire d'insister plus longuement là-dessus.

3 Veuillez poursuivre, Madame Loukas.

4 Mme LOUKAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je comprends

5 tout à fait que nous n'avons pas un jury ici, mais que vous êtes des juges

6 d'expérience et qu'il n'est pas nécessaire d'employer le même style que

7 lorsque nous avons devant nous un jury.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Effectivement. Nous ne sommes que trois.

9 Il n'est pas nécessaire de nous commettre de quoi que ce soit. Nous vous

10 écoutons.

11 Veuillez poursuivre, Madame Loukas.

12 Mme LOUKAS : [interprétation] Très bien.

13 Q. Monsieur Redzic, je voulais simplement reprendre quelque chose que vous

14 avez dit hier. Je vous prierais de prendre le transcript de la page 36.

15 Dans votre déclaration d'hier, dans le compte rendu d'audience, nous

16 pouvons lire que vous-même et M. Stanic, vous avez pris part aux réunions

17 qui ont eu lieu avec les observateurs et que ces réunions avaient lieu de

18 façon hebdomadaire et que lors d'une réunion, un observateur de la Mission

19 européenne d'observation vous a posé une question. Il vous a adressé à vous

20 personnellement. Est-ce que vous vous souvenez d'avoir dit cela hier ?

21 R. Oui.

22 Q. Cet homme s'est entretenu avec vous. Il s'est également entretenu avec

23 M. Stanic. Est-ce exact ?

24 R. Oui.

25 Q. Maintenant, vous avez sous les yeux la déclaration du 12 octobre 1994.

Page 5123

1 Vous serez sans doute d'accord avec moi pour dire, Monsieur Redzic, que

2 cela ne figure pas dans votre déclaration ? Simplement pour gagner du

3 temps, je crois que l'Accusation est d'accord pour dire cela.

4 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, la Chambre est tout à

5 fait au courant que nous avons soumis une feuille supplémentaire de

6 récolement qui contient ce détail. Il n'est pas nécessaire d'insister là-

7 dessus. Il est tout à fait clair que nous étions d'accord avec cela.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bien. Avec cette feuille supplémentaire,

9 l'Accusation se déclare consentante, déclare qu'elle est tout à fait

10 d'accord, Mme Loukas.

11 Mme LOUKAS : [interprétation] Concernant ceci, Monsieur le Président, je ne

12 crois pas que cette feuille supplémentaire de récolement comprenait cette

13 conversation avec ce représentant de la Mission d'observation. M. Tieger me

14 corrigera si je ne m'abuse.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Tieger, vous avez fait état

16 d'une feuille supplémentaire qui contenait sept points. Pouvez-vous nous

17 indiquer où est-ce que cela apparaît ?

18 M. TIEGER : [interprétation] Oui, c'est au numéro 5, Monsieur le Président.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Je vous remercie.

20 Mme LOUKAS : [interprétation] De nouveau, je crois que cela n'inclut pas la

21 conversation qui a eu lieu avec le représentant de la Mission européenne

22 d'observation.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Veuillez poursuivre, je vous prie, et

24 nous allons voir quelle est l'information que nous allons obtenir.

25 Mme LOUKAS : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

Page 5124

1 Q. Très bien. Maintenant, vous avez indiqué dans votre déclaration que

2 vous avez eu une conversation avec un représentant de la Mission

3 d'observation, n'est-ce pas ?

4 R. Oui. Mais vous savez, il est bien difficile de me remémorer de tous les

5 détails. Un bon nombre d'années s'est écoulé depuis.

6 Q. Très bien. Dix ans après votre déclaration ou 12 ans après les

7 événements si vous voulez, votre mémoire des événements s'est améliorée.

8 Vous vous souvenez mieux maintenant des événements ?

9 R. Non, non. J'ai simplement dit que lorsque j'ai fourni mes déclarations,

10 je ne pouvais pas, bien sûr, me souvenir de tous les détails.

11 Q. Maintenant, Monsieur Redzic, passons maintenant à autre chose. Hier, à

12 la page 51, pour le compte rendu d'audience et pour les Juges, et pour

13 l'Accusation, vous avez dit la chose suivante : "M. Stanic m'a dit qu'il

14 n'y a plus de possibilités. Il a dit que ces ordres provenaient de la

15 hiérarchie." C'était concernant le sujet de la division de la municipalité.

16 Est-ce que vous vous souvenez d'avoir dit cela hier, Monsieur Redzic ?

17 R. Oui.

18 Q. Maintenant, si vous jetez un coup d'il à la déclaration que vous avez

19 sous les yeux, à la page 6 de la version anglaise. Il y a un paragraphe qui

20 commence par les mots : "L'équipe a présenté cet ultimatum à la délégation

21 musulmane."

22 R. A quel paragraphe ?

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. C'est tout juste en haut de la page

24 6 pour ce qui est de la version en B/C/S.

25 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, le document en question

Page 5125

1 que M. Redzic a sous les yeux a la même pagination que notre document

2 original. Nous pouvons suivre également.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Le problème c'est que nous n'avons

4 pas de numéros de pages. Nous avons trouvé le passage en haut de la page 6.

5 Est-ce que vous l'avez trouvé ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Alors, veuillez poursuivre, je vous

8 prie.

9 Mme LOUKAS : [interprétation]

10 Q. Hier, vous avez dit que M. Stanic vous a dit concernant la division de

11 la municipalité qu'il n'y avait plus de possibilité de faire rien d'autre

12 et que ces ordres provenaient de la hiérarchie. Maintenant, concernant

13 cette question, vous avez dit vers le milieu du paragraphe que : "Les

14 membres de l'équipe vous ont dit qu'on leur a donné la tâche de présenter

15 cet ultimatum, mais ils n'ont pas dit qui leur avait donné cet ordre". Est-

16 ce que c'est exact ?

17 R. Oui, c'est ce qui est écrit ici. J'ai l'impression qu'il y a dû y avoir

18 une erreur qui s'est glissée lors de l'interprétation, peut-être lors de la

19 retranscription des propos. Lors des conversations que j'ai eues avec M.

20 Stanic, à plusieurs reprises, il disait toujours que les ordres provenaient

21 de la hiérarchie supérieure, mais ce n'est pas le SDA. On sait très bien à

22 quel parti ils appartenaient et d'où provenaient les ordres.

23 Q. Très bien. A cette étape-ci, vous êtes en train de nous dire que vous

24 croyez qu'il s'agissait d'une erreur de frappe. Est-ce que c'est exact ?

25 R. Probablement que oui. J'ai signé ce document sans l'avoir lu

Page 5126

1 préalablement. J'ai tout à fait eu confiance à la façon dont c'est

2 retranscrit mais je n'ai pas relevé cette erreur. Je crois que vous devez

3 très bien savoir, vous, membres de l'équipe de la Défense, qui donnait des

4 ordres aux échelons inférieurs.

5 Q. Monsieur Redzic, alors, dans votre déclaration, vous dites que vous

6 saviez qui vous ont donné la tâche, qui vous donnait les ordres. Vous dites

7 que les ordres provenaient de la hiérarchie. Vous essayez, dix ans plus

8 tard, d'établir que les ordres provenaient des échelons supérieurs, est-ce

9 que c'est exact ?

10 R. Je ne comprends pas très bien votre question.

11 Q. D'accord. Je retire la question. Est-ce qu'on vous a lu la déclaration,

12 Monsieur Redzic ?

13 R. Est-ce que vous parlez du mois d'octobre 1994 ?

14 Q. Effectivement, je parle de la déclaration qui se trouve sous vos yeux.

15 R. Vous pensiez à l'époque où j'ai donné ma déclaration, lorsque j'ai

16 signé la déclaration ? Vous parlez du mois d'octobre 1994 ?

17 Q. Oui, effectivement, je fais référence à cela.

18 R. Oui, effectivement, je l'ai mal lu.

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pourriez-vous, je vous prie, enlever vos

20 écouteurs, Monsieur le Témoin. Je souhaitais dire au conseil. Bien. Merci.

21 Madame Loukas, je viens de prendre connaissance de la déclaration et j'ai

22 lu le témoignage d'hier. J'ai lu la déclaration également. Lors de

23 l'interrogatoire de ce témoin, vous semblez suggérer et il semblerait que

24 le témoin a éprouvé certaine confusion contre le fait qu'il y a quelque

25 contradiction entre les deux. La Chambre est d'avis, et je viens de le

Page 5127

1 vérifier avec mes collègues, c'est qu'une insinuation n'est normalement pas

2 donnée par des subordonnés mais par un échelon supérieur. Donc lorsqu'on

3 donne une mission à quelqu'un, la mission est normalement donnée par

4 quelqu'un qui se trouve au dessus, et non pas par un égal ou par un pair.

5 Donc, je crois que la déclaration correspond tout à fait à ce que le témoin

6 a dit hier. Vous êtes en train de causer énormément de confusion dans

7 l'esprit du témoin, car vous êtes en train de chercher des choses qui

8 n'existaient pas dans la déclaration.

9 Vous pouvez maintenant remettre vos écouteurs.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, si vous êtes satisfait

11 des questions que je viens de poser il y a quelques instants, et si vous

12 avez l'impression que l'on a bien répondu à ces questions, je serais bien

13 heureuse de passer à autre chose.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je ne vais pas vous arrêter de poser des

15 questions au témoin. Je ne vais pas vous empêcher de poser des questions au

16 témoin, mais je voudrais simplement souligner ce que la Chambre a remarqué,

17 c'est tout.

18 Vous pouvez poursuivre.

19 Mme LOUKAS : [interprétation] C'est bien.

20 Q. Monsieur Redzic, à la page 55 de votre témoignage d'hier, dans

21 l'intérêt de la Chambre, vous avez indiqué à la ligne 20, lorsqu'on vous a

22 posé la question des personnes qui venaient de Vlasenica, et qui vous ont

23 dit que les soldats et les officiers étaient tolérants et qu'ils se

24 comportaient envers la population musulmane de Vlasenica de façon très

25 juste, et que les soldats sont arrivés, qu'ils ont été offert du café et

Page 5128

1 des gâteaux. Les soldats leur ont dit que le SDS avait demandé au corps de

2 se rendre là, car entre 300 à 350 Serbes ont été égorgés. Vous souvenez-

3 vous d'avoir dit cela hier ?

4 R. Oui.

5 Q. Je vous demanderais d'examiner les déclarations qui se trouvent sous

6 vos yeux. En haut de la page 6.

7 R. Quel paragraphe ?

8 Q. En haut de la page 6, le paragraphe qui commence par "Conformément à ce

9 que les gens m'ont dit." Est-ce que vous voyez ce paragraphe ?

10 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je pense dans la version en B/C/S, c'est

11 le paragraphe qui commence avec le mot "prema" [phon].

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

13 M. TIEGER : [interprétation] C'est le numéro 28 sur la version du témoin.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, justement je l'ai.

15 Mme LOUKAS : [interprétation]

16 Q. Est-ce que vous avez le paragraphe 28 sous les yeux ?

17 R. 20 ? 26. Oui, 28.

18 Q. Oui 28.

19 R. Attendez, bon 28.

20 Q. Dans le paragraphe en question vous parlez d'une information. Est-ce

21 que vous êtes d'accord avec moi vous parlez du café, du gâteau, des

22 soldats ? Vous parlez de cela, n'est-ce pas ?

23 R. Oui.

24 Q. Nulle part dans ce paragraphe vous indiquez que le SDS avait demandé

25 que le corps soit déployé.

Page 5129

1 R. Non, il n'était pas nécessaire d'y insister là-dessus. Nous savons très

2 bien qu'il y avait deux parties. Il est tout à fait logique que le SDA

3 n'ait pas pu faire cela. C'est le SDS. Il est tout à fait inutile

4 d'inscrire qu'il s'agissait du SDS. Nous savons tous très bien que ce

5 n'était que le SDS qui aurait pu faire cela.

6 Q. C'est votre conviction personnelle.

7 R. Oui, et le SDS a démontré par les victimes, tous les crimes qu'ils ont

8 commis, ce qu'ils ont fait.

9 Q. Est-ce que c'est votre conviction personnelle, Monsieur Redzic ?

10 R. Le SDS a démontré après tout ce qui s'est passé, après qu'on ait vu les

11 victimes, après qu'il y ait eu tous ces méfaits, ils ont prouvé que c'était

12 eux. Donc ma supposition s'est avérée vraie.

13 Q. Donc c'est votre conviction personnelle, et cela influe grandement sur

14 la façon dont vous témoignez, n'est-ce pas, Monsieur Redzic ?

15 M. TIEGER : [interprétation] Objection, Monsieur le Président. Il s'agit

16 plutôt d'une argumentation, et il n'est pas nécessaire de poser ce genre de

17 question au témoin.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame Loukas, nous avons compris ce que

19 vous voulez dire. Passez à autre chose, je vous prie.

20 Mme LOUKAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

21 Q. Monsieur le Témoin, à la page 56 de votre témoignage hier, vous nous

22 avez dit que lors de cette conversation dans laquelle on vous a dit que les

23 gens partaient de Vlasenica, et que les soldats vous ont dit que : Lorsque

24 nous partirons de Vlasenica, vous aurez un moment difficile. Ils vous ont

25 dit que l'artillerie et les armes partiraient de Vlasenica, et c'est à ce

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1 moment-là que va s'étendre une catastrophe, et qu'eux-mêmes ne savaient si

2 le conflit prendrait plus d'envergure.

3 Est-ce que vous vous souvenez d'avoir dit cela hier ?

4 R. Oui. Justement c'est ce qui est inscrit au paragraphe 28.

5 Q. Qu'est-ce qu'est inscrit, que les soldats s'attendaient à une

6 catastrophe ?

7 R. Le corps de Novi Sad, les soldats du corps de Novi Sad.

8 Q. Bien. Pourriez-vous me montrer, je vous prie, le passage où au

9 paragraphe 28, il est dit : "Lorsque nous partirons de Vlasenica, vous

10 vivrez des moments difficiles, et vous pouvez vous attendre à une

11 catastrophe." Pourriez-vous me montrer où vous voyez cela dans le

12 paragraphe 28.

13 R. Je vais vous donner lecture de cette phrase : "Les soldats ont dit

14 qu'ils étaient surpris lorsque les Musulmans les ont salué et lorsqu'ils

15 leur ont offert du café et des gâteaux. Lorsque les soldats sont partis,

16 ils ont laissé leurs artilleries et leurs armes lourdes également."

17 Q. Oui, mais nous n'avons pas trouvé les propos : Lorsque nous quitterons

18 Vlasenica, vous vivrez des moments difficiles et vous pouvez vous attendre

19 à une catastrophe, n'est-ce pas ?

20 R. Oui, ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas ajouter ces propos

21 subséquemment, les propos que j'ai omis de dire lors de ma déclaration

22 initiale.

23 Q. Bien. Dix ans après avoir fourni cette déclaration, votre mémoire s'est

24 vivement ravivée ?

25 M. TIEGER : [interprétation] Si c'est pour paraphraser ce qu'a dit le

Page 5131

1 témoin, ce n'est pas précis.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Le témoin n'a pas dit cela. De nouveau,

3 cette Chambre comprend tout à fait clairement que les informations par ouï-

4 dire que le témoin nous a fourni hier, car vous l'avez entendu

5 d'information de la bouche de certaines personnes qui avaient quitté

6 Vlasenica. Il est tout à fait clair que cette information n'est pas

7 contenue dans sa déclaration. Il a dit certaines choses hier, il a ajouté

8 quelque chose. Nous avons très clairement compris cela.

9 Mme LOUKAS : [interprétation] Je voulais simplement clarifier un autre

10 point qui figure au compte rendu d'audience.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

12 Mme LOUKAS : [interprétation]

13 Q. Monsieur Redzic, hier, vous avez dit à la Chambre que M. Stanic a dit

14 que les choses n'étaient pas toujours entre ses mains, qu'il recevait des

15 ordres des échelons supérieurs et que tout le monde savait quels étaient

16 les échelons supérieurs, et que tous les ordres provenaient des échelons

17 supérieurs et allaient vers la municipalité. C'est à la page 63 entre les

18 lignes 14 et 18.

19 Est-ce que vous souvenez-vous d'avoir dit cela hier, Monsieur Redzic ?

20 R. Oui.

21 Q. Montrez-moi l'endroit où, dans votre déclaration, on peut lire que M.

22 Stanic vous a indiqué que les choses n'étaient plus entre ses mains, qu'il

23 fallait simplement qu'il obéisse aux ordres provenant des échelons

24 supérieurs. Pourriez-vous nous montrer où se trouvent ces propos dans la

25 déclaration que vous avez donnée il y a dix ans ?

Page 5132

1 R. Cela n'est peut-être pas inscrit dans ma déclaration. Mais il y a dix

2 ans, lorsque j'ai donné cette déclaration, je ne croyais pas que la

3 communauté internationale allait prendre cette situation de façon si

4 sérieuse, et que je me trouverais aujourd'hui devant ce Tribunal pour

5 témoigner de tous ces évènements qui ont eu lieux sur le territoire de la

6 municipalité de Vlasenica. A l'époque, je n'ai pas vraiment donné une

7 déclaration détaillée. Je n'estimais pas du tout que le tout serait pris de

8 façon si sérieuse, et que je ne me trouverais jamais un jour devant un

9 Tribunal en tant que témoin.

10 Q. Les Nations Unies avaient déjà organisé le Tribunal pénal international

11 pour l'ex-Yougoslavie lorsque vous avez fourni votre déclaration.

12 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, objection. Il s'agit

13 des points d'argumentation que le conseil pourra évoquer lors de sa

14 présentation finale. Mais je crois qu'il n'est pas nécessaire de faire ce

15 genre de représentation en cette étape-ci.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je demanderais au témoin d'enlever les

17 écouteurs.

18 Madame Loukas, chaque fois qu'il y a une enquête, vous trouverez qu'on se

19 concentre aux choses qui seront pertinentes à l'époque. A l'époque où le

20 témoin a fourni ses déclarations, le TPI avait déjà été créé, et la

21 concentration à l'époque ne tournait pas autour de ce point-là, c'est-à-

22 dire qu'on ne s'est pas penché sur cette question-là. Il n'est pas

23 nécessaire d'insister là-dessus, et de savoir que puisque la Tribunal pénal

24 international pour l'ex-Yougoslavie avait déjà été créé à l'époque où il a

25 donné sa déclaration, cela ne veut pas dire qu'il aurait dû inclure tous

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1 ces éléments, qui n'étaient peut-être même pas clairs et importants, des

2 éléments qui n'étaient pas nécessairement importants aux enquêteurs qui ont

3 menés l'enquête à l'époque, et lui ont posé des questions. Il ne faut pas

4 oublier qu'il est tout à fait inutile de présenter ce genre de propos

5 argumentatifs au témoin.

6 Mme LOUKAS : [interprétation] Il s'agit d'une déclaration. Nous parlons de

7 cette même déclaration, et au début, on parle de la chaîne de commandement.

8 C'est la première phrase qui figure.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Je ne dis pas que personne n'était

10 au courant de l'importance de ces faits, mais je voulais simplement dire

11 que l'attention toute particulière qui avait été accordée à l'époque

12 n'était peut-être pas accordée à l'échelon vertical, à cette façon

13 verticale de prendre les ordres et de les retransmettre plus bas, le long

14 de l'échelle. Je comprends que la chaîne de commandement est quelque chose

15 d'important, mais vous faites référence au bas de la page 2, et en haut de

16 la page 3, aux propos qui figurent à cet endroit-là, je ne vous empêcherai

17 pas, bien sûr, d'évoquer ces questions, mais je vous demanderais de ne pas

18 dire au témoin que puisque l'existence du TPI à l'époque aurait dû faire en

19 sorte qu'il soit plus précis ou plus prudent lorsqu'il donne ses

20 déclarations.

21 Veuillez poursuivre.

22 Mme LOUKAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Mais je

23 remarque l'heure.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

25 Mme LOUKAS : [interprétation] Je pense que c'est le moment approprié pour

Page 5134

1 la pause.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Nous aurons le temps de réfléchir

3 pendant la pause. Vous aurez le temps, ainsi que la Chambre de première

4 instance.

5 Maître Loukas, pourriez-vous peut-être nous dire de combien de temps

6 avez-vous encore besoin ?

7 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, j'étais juste sur le

8 point de terminer.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Pouvez-vous nous dire combien de temps

10 il vous faut encore ? Parce que si vous nous dites que vous allez finir

11 dans sept minutes, nous pouvons poursuivre et avoir la pause par la suite.

12 Mme LOUKAS : [interprétation] Non, je ne pense pas que je pourrais finir en

13 sept minutes.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Vous n'allez pas terminer maintenant.

15 Nous allons avoir la pause maintenant, et peut-être que le témoin pourrait

16 remettre ses écouteurs.

17 Monsieur Redzic, nous allons maintenant avoir une pause de quasiment une

18 demi-heure, et nous reprendrons à 11 heures.

19 --- L'audience est suspendue à 10 heures 34.

20 --- L'audience est reprise à 11 heures 06.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame Loukas, veuillez poursuivre, je

22 vous prie.

23 Mme LOUKAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

24 Q. Monsieur Redzic, vous serez heureux de constater que je vais m'écarter

25 de votre déclaration et parler d'un autre sujet par rapport à ce que vous

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1 avez cité dans votre témoignage, les craintes que les personnes avaient

2 dans votre communauté locale eu égard aux Musulmans. Je voulais vous poser

3 un certain nombre de questions, à propos d'Izetbegovic. Est-ce que vous me

4 suivez ?

5 R. Oui.

6 Q. Bien évidemment, vous savez que lors d'une visite en Turquie au mois de

7 juillet 1991, M. Izetbegovic a souhaité rejoindre l'organisation des pays

8 islamiques, devenir membre de l'organisation des pays islamiques ?

9 R. Je ne connais pas tout ceci en détail.

10 Q. Oui, mais vous savez, bien sûr, que M. Izetbegovic souhaitait devenir

11 membre de l'organisation des pays islamiques en 1991, n'est-ce pas ?

12 R. Non.

13 Q. Vous ne le saviez pas ?

14 R. Non.

15 Q. Saviez-vous que M. Izetbegovic a déclaré, deux ans avant le début de la

16 guerre, que les Musulmans n'avaient pas encore une majorité suffisante pour

17 former un état musulman bosnien ? Avez-vous connaissance de cette

18 déclaration ?

19 R. Non.

20 Q. Cela vous ne le savez pas non plus. Bien. Les personnes de votre

21 communauté locale avaient-elles connaissance de cela, d'après vous ?

22 R. Non.

23 Q. Saviez-vous que le 27 février 1991, M. Izetbegovic s'est adressé au

24 parlement et a dit, je cite : "Je sacrifierais la paix pour une Bosnie-

25 Herzégovine souveraine et pour la paix, je ne sacrifierais pas la

Page 5136

1 souveraineté de la Bosnie-Herzégovine." Saviez-vous cela ?

2 R. J'en ai une connaissance superficielle. Je connais quelqu'un d'autre

3 qui a dit que des personnes allaient disparaître de cette région, et ceci

4 s'est produit ou a eu lieu lors de la même session.

5 Q. Je crois que vous avez déjà témoigné à ce sujet, mais je souhaite vous

6 poser une question directement concernant cette déclaration. Savez-vous si

7 des personnes qui vivaient dans votre communauté locale étaient au courant

8 de cela ?

9 R. L'on pouvait voir ce que l'on pouvait voir à la télévision, si c'est

10 cela qu'il a effectivement dit. S'il y a des retransmissions à la

11 télévision, ce n'est difficile de savoir ce qui a été dit lors de ces

12 sessions parlementaires.

13 Q. Saviez-vous qu'il y avait eu un rassemblement politique à Velika

14 Kladusa, un rassemblement du SDA au mois de septembre 1990 ? Aviez-vous

15 connaissance de ce fait ?

16 R. Il s'agissait d'une campagne préélectorale ou d'un rassemblement

17 politique avant les élections pluripartites.

18 Q. Oui, c'est exact. Saviez-vous qu'il y avait des centaines de drapeaux

19 verts et des personnes portant un habit arabe qui arboraient des portraits

20 de Sadam Husein lors de ce rassemblement politique ?

21 R. Je ne suis pas au courant de cela, cela n'est pas exact.

22 On pouvait y voir des drapeaux religieux, mais je pense que ceci ne posait

23 aucun problème.

24 Q. Vous n'aviez pas connaissance de personnes qui chantaient "longue vie à

25 Sadam Husein," et "nous allons tuer Vuk Draskovic" ?

Page 5137

1 R. Je ne suis pas au courant de cela personnellement. Je n'ai pas assisté

2 à cette séance de l'assemblée, et par conséquent, ne peux pas en parler en

3 détail.

4 Q. Si je vous dis que cela émane du centre de documentation de l'institut

5 néerlandais sur la guerre, est-ce que vous seriez en désaccord avec cela ?

6 M. TIEGER : [interprétation] Je m'oppose à cela, Monsieur le Président. Le

7 témoin a clairement indiqué qu'il n'était pas présent au rassemblement

8 politique, qu'il n'a pas assisté au rassemblement politique et ne sait pas

9 ce qui a été dit lors de cette séance. Je ne vois pas l'intérêt d'aborder

10 la question du contenu avec --

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur Tieger, il a dit qu'il n'avait

12 pas une connaissance personnelle de cela parce qu'il n'a pas assisté à

13 cette séance du parlement, et qu'il ne pouvait pas en parler en détail de

14 cette affaire. Je crois que, par ce biais, il reconnaît qu'il a quelques

15 connaissances des choses qui sont arrivées à cet endroit-là.

16 Mademoiselle Loukas, est-ce que nous écoutons le témoignage en filigrane ou

17 est-ce que nous écoutons autre chose ?

18 Mme LOUKAS : [interprétation] J'ai une dernière question se rapportant à --

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous pose la question. J'entends par

20 là, d'après le témoignage que nous avons entendu, il est clair que des

21 propos un petit peu fort ont été prononcés par un certain nombre de

22 personnes dans sa région, et que ceci peut avoir une incidence ou une

23 pertinence pour comprendre les éléments contextuels du conflit. Mais bien

24 évidemment, il ne s'agit pas ici d'un échange de paroles.

25 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, absolument, Monsieur le Président.

Page 5138

1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je me demande, puisque nous entendons

2 les éléments d'information sur le contexte, j'essaie de mieux comprendre la

3 crainte qui émanait des deux côtés. Encore une fois, il ne s'agit pas de la

4 crainte et cette affaire ne traite pas de la crainte, mais également

5 d'autres choses qui se sont produites.

6 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, bien sûr, Monsieur le Président.

7 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je me demande si ces informations

8 portant sur le contexte jouent un rôle différent eu égard à la position ou

9 ont une incidence sur la position de la Défense ?

10 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, bien sûr, Monsieur le Président.

11 Premièrement, je crois que le contexte est important.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien, cela, c'est clair.

13 Mme LOUKAS : [interprétation] La question que j'ai posée au témoin

14 concerne simplement sa connaissance de la situation, à savoir, si des

15 personnes dans sa communauté étaient au courant de cet événement.

16 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien, si c'est votre dernière

17 question, il n'est pas important d'entrer dans les détails de tout ceci.

18 Posez la dernière question, s'il vous plaît, mais présentez les faits.

19 Parce que plus tôt, lorsque vous avez demandé au témoin s'il savait quelque

20 chose, votre question suivante a porté sur le fait de savoir si les

21 personnes de son village étaient au courant aussi. Bien sûr, vous savez que

22 la connaissance des autres personnes est le résultat de votre propre

23 connaissance des faits. Par conséquent, la question n'était pas très

24 logique. Mais dans ce cas-ci, peut-être que vous pourriez demander au

25 témoin s'il a des raisons de croire que les personnes étaient au courant et

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1 quelles seraient ces raisons.

2 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président, pardonnez-moi. Mais

3 avant de poursuivre, un point de clarification eu égard au compte rendu. A

4 la page 39, ligne 8, on peut lire : "Entendu, n'être pas coupable." Je

5 pense qu'on a dit : "Jusqu'à maintenant."

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Quelque fois, je ne m'exprime peut-

7 être pas suffisamment clairement et mes propos ne sont pas consignés

8 correctement au compte rendu d'audience. Mais je suis responsable de cela.

9 Reposez votre question au témoin, je vous prie.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] Certainement, Monsieur le Président. Je suis

11 heureuse de constater qu'il a été consigné le terme non coupable, mais je

12 dois dire qu'il faut, bien évidemment, corriger le compte rendu.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Loukas, vous connaissez la

14 vérité, c'est ce qui nous oriente ici.

15 Mme LOUKAS : [interprétation]

16 Q. Monsieur Redzic, ma dernière question. Je vais reformuler ma

17 question. Savez-vous si des gens dans la municipalité de Vlasenica étaient

18 au courant du rassemblement politique de Velika Kladusa ?

19 R. Sur la base de ce qu'on pouvait voir à la télévision, et ce qu'on

20 pouvait lire dans la presse.

21 Q. Merci, je n'ai plus de questions, Monsieur Redzic.

22 R. Très bien, merci.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Tieger, avez-vous des questions

24 supplémentaires à poser ?

25 M. TIEGER : [interprétation] Non, Monsieur le Président. Merci.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Monsieur le Juge El Mahdi a une ou

2 plusieurs questions à vous poser.

3 Questions de la Cour :

4 M. LE JUGE EL MAHDI : Merci, Monsieur le Président.

5 J'aimerais vous posez deux ou trois petites questions. Ma première

6 question concerne ce que vous avez appelé les paramilitaires dans la région

7 Milici. Vous avez dit que, je vous cite en anglais, [en anglais]

8 "Paramilitary units had already been formed at around mid-1991."

9 [en français] Plus loin, vous avez dit : [en anglais] "They wore

10 Chetnik insignia."

11 [en français] Est-ce que vous savez qui a formé ces unités ?

12 R. Que les formations paramilitaires avaient été formées par le SDS,

13 institution étatique était pour se faire ce qui était nécessaire de passer

14 par la présidence de Bosnie-Herzégovine et des organes gouvernementaux.

15 Ceux-ci n'ont jamais été formés au niveau étatique.

16 M. LE JUGE EL MAHDI : Si je vous ai bien compris, M. Stanic était élu par

17 le parti SDS, président de l'assemblée de la municipalité.

18 R. Oui.

19 M. LE JUGE EL MAHDI : Pourtant, quand vous lui avez transmis les nouvelles

20 à propos de la livraison d'armes à la population dans la municipalité, vous

21 avez dit que, je vous cite [en anglais] : "M. Stanic was surprised." [en

22 français] Plus loin, vous avez dit [en anglais] : "We went to visit areas."

23 [interprétation] "Nous avons visité un certain nombre de régions, et la

24 réponse a été qu'il craignait d'être attaqué par des Musulmans."

25 [en français] Fin de citation. Est-ce que je peux comprendre que M. Stanic

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1 était surpris, qu'il n'était pas au courant ? Vous avez dit d'une part que

2 c'est le SDS qui était, en fait, responsable de ces unités, de ces

3 livraisons d'armes. M. Stanic, pourtant, nous a paru surpris que ces

4 livraisons d'armes et l'armement de la population civile lui a été une

5 nouvelle tout à fait surprenante ? Comment vous conciliez cette position, à

6 la fois, appartenant au parti SDS et être surpris de l'armement et de

7 l'existence de ces unités aux alentours de la municipalité ?

8 R. Je ne sais pas ce que j'ai dit plutôt, que M. Stanic n'a jamais été

9 surpris en quelque manière que ce soit, car c'est lui qui a participé à

10 l'armement de ces gens. Il était président de l'assemblée municipale et

11 membre du comité exécutif du SDS. Il avait toutes les informations

12 nécessaires, et il savait exactement à quel village on devait remettre des

13 armes, de combien d'armes ils avaient besoin. Il connaissait leurs nombres

14 exacts. Il n'était pas surpris lorsque j'ai visité ces villages. Moi-même,

15 j'ai visité ces villages en sa présence.

16 M. LE JUGE EL MAHDI : [interprétation] Vous dites : "Il était surpris et

17 m'a demandé d'où venaient ces informations." [en français] Fin de citation.

18 R. Oui, je comprends très bien. Le problème, c'est que des Serbes qui

19 venaient de villages serbes reculés venaient voir Stanic. Lorsque M. Stanic

20 n'était pas dans son bureau, c'est le secrétaire qui me les envoyait.

21 M. LE JUGE EL MAHDI : Non. C'est autre chose. Je parle d'un incident

22 particulier où vous avez dit qu'il a été surpris d'apprendre que la

23 population est armée, et qu'on donne des armes, on livre des armes à la

24 population. Mais c'est autre chose, et vous avez dit, oui, justement,

25 qu'on vous a pris pour M. Stanic, et on vous a dit pourquoi on ne donne pas

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1 des armes comme on donne aux membres du parti. Mais alors, ce sont deux

2 questions différentes à mon avis.

3 R. Bien, je ne sais pas. Je ne pense pas que Stanic ait été surpris à

4 aucun moment. Il a peut-être feint la surprise, mais s'il n'avait pas été

5 au courant de tout, cela aura été difficile à comprendre.

6 M. LE JUGE EL MAHDI : Mais M. Stanic était membre du parti SDS, n'est-ce

7 pas ?

8 R. M. Stanic a été nommé par le SDS. Il était président de l'assemblée

9 municipale de Vlasenica. Il était membre du comité exécutif de l'assemblée

10 municipale, et c'était un membre au niveau de l'assemblée, membre du SDS

11 dans la Republika Srpska.

12 M. LE JUGE EL MAHDI : Oui. Pour revenir à la question que je vous ai posée

13 en premier lieu, à propos qu'il a été surpris, comme M. Stanic. Est-ce que

14 vous voulez élaborer sur le fait, ce fait-là ? Est-ce qu'il a été surpris

15 par votre connaissance ? Est-ce qu'il a été surpris par des événements qui

16 se déroulaient, ou bien que vous avez su, en fait, que vous êtes dans le

17 secret si j'ose dire ?

18 R. Sans doute, parce que j'avais des éléments d'information venant du

19 terrain, parce que je connaissais la situation. J'en savais autant que lui.

20 Il ne savait pas comment on avait pu obtenir de telles informations.

21 M. LE JUGE EL MAHDI : Alors, je passe à un autre sujet. C'est à propos

22 d'une rencontre que vous avez eue avec M. Stanic en privé. Si je comprends

23 bien, vous êtes allé chez lui, vous étiez seul tous les deux, et vous avez

24 dit que M. Stanic vous a communiqué l'idée que c'était très dangereux qu'il

25 vous rencontre parce que vous étiez déjà accusé par un tribunal militaire.

Page 5143

1 Est-ce que j'ai bien compris votre témoignage ?

2 R. Oui, c'est exact.

3 Q. Vous étiez accusé ou condamné ?

4 R. Un acte d'accusation a été dressé au mois d'octobre 1991. Mon procès

5 était prévu à un certain nombre de dates, et le 13 décembre 1992 -- 1991.

6 Mon procès a commencé et j'étais absent. J'étais représenté par mon conseil

7 Balijagic. Il m'a dit que je serais condamné à dix ans de travaux forcés,

8 mais je n'ai jamais reçu ce document car la guerre a éclaté à ce moment-là.

9 M. LE JUGE EL MAHDI : Vous étiez accusé en fait, vous êtes intervenu pour

10 empêcher une certaine brigade de se diriger au Kunace [phon] en Croatie ?

11 R. Oui, exactement. La brigade de légère de Vlasenica qui était composée

12 de 1 200 hommes, 80 % étaient des Bosniens, des Musulmans, cette brigade

13 avait été mobilisée, bien qu'elle n'avait pas le droit d'être mobilisée,

14 car la présidence de Yougoslavie et la présidence de Bosnie-Herzégovine

15 étaient parvenues à un accord. Ils ont mobilisé ces hommes, les ont emmenés

16 à Han Pijesak. Ils les ont ensuite emmené près de Banja Luka et ils

17 devaient être transportés en Slavonie à Vukovar. Je suis parti en camion.

18 Quatre-vingt-dix pour cent de ces hommes sont revenus à Vlasenica. J'ai à

19 Banja Luka dû obtenir dix bus pour assurer leur transport.

20 M. LE JUGE EL MAHDI : Je comprends bien. C'était sur ordre militaire. Cette

21 brigade se dirigeait par ordre militaire ?

22 R. L'armée n'avait pas l'autorisation de mobiliser les hommes en Bosnie-

23 Herzégovine, jusqu'au moment de l'accord au niveau de l'ex-Yougoslavie et

24 au niveau de la Bosnie-Herzégovine. J'ai rapporté à la présidence de

25 Bosnie-Herzégovine, au gouvernement et au ministère de la Défense nationale

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1 que la JNA ne devait appeler personne sous les drapeaux, avant que ces deux

2 niveaux, le niveau républicain et le niveau étatique, parviennent à un

3 accord. C'était mon rôle, parce que les femmes et les enfants étaient dans

4 un placement, d'essayer de trouver une solution et m'assurer que les hommes

5 retournent dans les usines, car les Bosniens ne souhaitaient pas avoir la

6 guerre. Ils ne souhaitaient pas tuer des Serbes et des Croates, et toutes

7 les autres personnes à l'extérieur de la Yougoslavie, au-delà des

8 frontières de la Yougoslavie.

9 M. LE JUGE EL MAHDI : Vous êtes intervenu avec les membres musulmans de la

10 brigade et vous les avez convaincus de ne pas participer et d'aller chez

11 eux dans leur foyer ou bien de déserter, en quelque sorte.

12 R. Je n'étais pas seul. Il y avait six ou sept autocars. Il y avait

13 des femmes, des enfants et des pères. Nous avions une équipe de

14 négociateurs et nous avons demandé à nous entretenir avec les

15 représentants. Il y avait le commandant Milosevic qui était là. Il était le

16 commandant de toute la garnison. Nous avons parlé de la question, à savoir,

17 s'il était possible que les hommes reviennent, et cetera. Mon devoir

18 consistait à empêcher que ceci ne se passe sur le territoire de la

19 municipalité de Vlasenica. Mais la population avait été avertie et les

20 troupes, nos hommes, ont répondu à l'appel. La plupart de ces habitants

21 avaient confiance à ce qu'on leur disait. Ils pensaient que c'était l'ex-

22 JNA. Quand ils ont vu de quelle arme il s'agissait, il y avait 7 000 ou 8

23 000 soldats, 80 % d'entre eux portaient des barbes, avaient bu, arboraient

24 des cocardes et chantaient des chants nationalistes. A une dizaine de

25 kilomètres, il y avait des chars, des Howitzer et d'autres armes de ce type

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1 qui avaient été déployées. A ce moment-là, il est apparu très clairement

2 qu'il n'était plus possible de trouver une solution pour la scène Bosnie-

3 Herzégovine. Tout ce qu'il était possible était d'utiliser la force, et

4 cette force serait utilisée par un certain parti politique. Je crois que

5 ceci était un fait de notoriété publique.

6 M. LE JUGE EL MAHDI : Ma toute dernière question concerne votre

7 intervention afin de transporter les gens musulmans et les aider pour

8 quitter Vlasenica. Je dois vous avouer que j'ai mal compris ce que vous

9 voulez dire. Est-ce que c'est uniquement concernant les gens détenus dans

10 Susica, ou bien c'était des gens qui habitaient des villages ou la ville et

11 qu'ils les ont contactés pour intervenir dans leur transport hors de la

12 municipalité ?

13 R. Vlasenica était une ville qui avait déjà été évacuée. Toutes les

14 personnes qui souhaitaient quitter la ville étaient déjà parties.

15 Néanmoins, des résidents de ce village estimaient qu'ils n'étaient

16 coupables de rien, et qu'ils ne militaient dans aucun parti politique. Ils

17 ne s'intéressaient pas à qui était au pouvoir. Ils s'intéressaient à leur

18 propre survie. Ils sont restés dans leur village. Néanmoins, le moment est

19 venu où l'unité serbe est entrée dans tout ce village. Ils ont capturé les

20 hommes. Ils ont évacué les femmes et les enfants. Ils les ont emmenés à

21 Susica. A ce moment-là, Susica était un point de contrôle et de passage

22 pour les femmes, les enfants et les personnes âgées. De là, ils sont allés

23 à Kladanj, et pour ce qui est des hommes, ils sont restés dans le camp de

24 Susica. A ce moment-là, l'ensemble de la municipalité de Vlasenica était

25 occupé par ces unités serbes. Les villages étaient encerclés. Les femmes,

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1 les enfants et les hommes ont été faits prisonniers, et ceux qui essaient

2 de s'échapper ont été tués sur le champ. Ceux qui ne furent pas tués ont

3 été emmenés à Susica et d'après leur critère de sélection, les femmes, les

4 enfants et les personnes âgées ont été emmenés à Kladanj, et les hommes

5 sont restés dans le camp. La plupart d'entre eux ne sont jamais arrivé sur

6 le territoire libre de la fédération. Jusqu'au jour d'aujourd'hui, personne

7 ne sait où se trouvent ces personnes.

8 M. LE JUGE EL MAHDI : Ma question était : avez-vous reçu les appels

9 des gens détenus ? Est-ce qu'ils demandaient votre intervention ? Est-ce

10 qu'ils pouvaient, dans le centre d'intervention, communiquer avec

11 l'extérieur ou communiquer vous demander votre intervention ?

12 R. Non. Ils n'avaient rien à manger et aucun endroit pour dormir,

13 encore moins de s'entretenir avec quelqu'un. Les détenus n'avaient aucun

14 droit. Ils n'avaient pas le droit à la nourriture, ils n'avaient pas le

15 droit au sommeil non plus. Les personnes qui y ont passé du temps savent

16 exactement quelles étaient leurs conditions.

17 M. LE JUGE EL MAHDI : Qui vous a contacté et d'où ?

18 R. Il y avait des gens de Vlasenica qui avaient encore confiance. Il y

19 avait des mariages des couples provenant de mariage mixte. Il y avait des

20 Musulmans qui avaient épousé les Serbes et ils communiquaient encore entre

21 eux. Ils craignaient pour la vie de leur parent proche et ils sont

22 intervenus. Je leur ai demandé d'entrer en contact avec M. Stanic et M.

23 Drakulic, et je leur ai demandé de les aider pour faire en sorte que ces

24 personnes puissent passer en territoire libre.

25 M. LE JUGE EL MAHDI : Merci, Monsieur le Témoin. Merci, Monsieur le

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1 Président.

2 R. Merci.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, j'ai également une question à vous

4 poser. Dans votre témoignage hier, vous avez dit que M. Stanic vous a dit :

5 qu'on remettrait aux Musulmans, Tuzla et Zenica, ces deux enclaves. Il vous

6 a dit personnellement : ne vous rendez pas à Sarajevo, car il y aura un

7 bain de sang à cet endroit-là.

8 M. Stanic vous a-t-il dit quelle était la source de ces informations,

9 informations qu'il vous a transmises à propos de Tuzla et Zenica, et sur ce

10 qu'il allait se passer à Sarajevo ?

11 R. Il est tout à fait réaliste de penser que M. Stanic n'allait pas

12 divulguer ses sources. Il n'est pas difficile de supposer cela.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je voulais simplement demander s'il vous

14 avait dit d'où venait ses informations, et savoir s'il est difficile de

15 deviner d'où émanent ces informations est une autre question. Je comprends

16 fort bien votre réponse, mais il ne vous a pas donné la source de ses

17 informations ?

18 R. Non, nous n'avons pas abordé cette question-là. Il était très tard, et

19 j'étais sur le point de quitter Vlasenica moi-même.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Cela répond à ma question.

21 Monsieur Redzic, je vais d'abord demander aux deux parties si elles

22 souhaitent poser des questions supplémentaires à ce stade.

23 M. TIEGER : [interprétation] Non, Monsieur le Président.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Questions de la Cour.

25 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, brièvement, Monsieur le Président.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Il va y avoir une ou peut-être plusieurs

2 questions qui vous seront posées par M. Loukas.

3 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur Redzic, ces informations à propos de

4 Tuzla et de Zenica, informations qui vous ont été transmises par M. Stanic,

5 et cette question portant sur le bain de sang à Sarajevo, ceux sont des

6 renseignements qui ne se trouvent pas dans votre déclaration du 19 octobre

7 1994, n'est-ce pas ?

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Maître Loukas, ce n'est pas une question

9 qui émane des questions posées par les Juges.

10 Mme LOUKAS : [interprétation] C'est évident qu'elle n'émane pas des

11 questions posées par les Juges, et vous avez d'ailleurs les documents.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais je vous dit que ce n'est pas

13 quelque chose qui émane et qui est donc une conséquence des questions

14 posées par les Juges. Il aurait fallu poser cette question lors du contre-

15 interrogatoire.

16 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, vous ne semblez pas

17 être intéressé par les contradictions --

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Non, ce n'est pas cela. Je vous ai donné

19 la possibilité de poser des questions, quels que soient les contradictions

20 ou les illogismes apparents. Ce n'est pas quelque chose qui émane des

21 questions qui ont été posées par les Juges.

22 Mme LOUKAS : [interprétation] Très bien, Monsieur le Président. Monsieur le

23 Président, vous verrez qu'il y a cette nouvelle information.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Est-ce qu'il y a d'autres questions que

25 vous souhaiteriez poser ?

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1 Mme LOUKAS : [interprétation] Non, Monsieur le Président, mais je voulais

2 en fait indiquer que Mme Cmeric m'a parlé de quelques éléments de

3 traduction à propos des questions posées par M. le Juge El Mahdi. Je pense

4 qu'il va falloir consigner cela dans le compte rendu en présence du témoin.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, poursuivez.

6 Mme LOUKAS : [interprétation] A la page 45, ligne 20, ce qui apparaît au

7 compte rendu est, "j'ai informé la présidence." En fait, il faudrait que

8 soit indiqué, "j'ai été informé par la présidence."

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais essayer de retrouver cela. Une

10 petite seconde, s'il vous plaît. Donc, vous suggérez la traduction

11 adéquate, n'est-ce pas ?

12 Mme LOUKAS : [interprétation] Oui, c'est ce que je croix comprendre de M.

13 Cmeric, qui bien entendu connaît cette langue.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

15 Mme LOUKAS : [interprétation] A la page 46, ligne 10, dans le compte rendu,

16 nous avons : "Mon devoir consistait à empêcher." Puis il y a des choses qui

17 ont été omises. En fait, ce qui a été dit est comme suit : "Mon devoir

18 auquel je devais me tenir du fait de la présidence de la Bosnie-Herzégovine

19 était d'empêcher", et cetera.

20 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Je vois qu'il y a effectivement des

21 éléments qui font défauts.

22 Mme LOUKAS : [interprétation] Je pensais que nous pourrions peut-être

23 régler ces questions en présence du témoin.

24 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, mais je ne pense pas que nous

25 devions obtenir une vérification, parce que sinon, il faudrait que les deux

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1 parties examinent le compte rendu avec l'original pour obtenir une

2 confirmation des corrections que vous avez apportées.

3 Monsieur Redzic, vous avez indiqué, en réponse à une question qui vous a

4 été posée par M. le Juge El Mahdi, que : "Ce n'est pas jusqu'au moment où

5 un accord fût obtenu au niveau de l'ex-Yougoslavie et au niveau de la

6 Bosnie-Herzégovine, qu'il n'y a pas eu de compétence en matière du

7 mobilisation." Puis, à la ligne suivante il est question de la présidence

8 de la Bosnie-Herzégovine. Est-ce que vous les avez informé, ou est-ce que

9 vous avez été informé par la présidence de la Bosnie-Herzégovine, par le

10 gouvernement, et par le ministère de la Défense nationale que la JNA ne

11 devrait mobiliser personne ? Est-ce que vous avez été informé par eux, ou

12 est-ce que c'est vous qui les avait informé ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] La présidence de la Bosnie-Herzégovine a

14 informé toutes les municipalités qu'il fallait imposer une interdiction à

15 propos de toute mobilisation jusqu'à ce qu'un accord soit obtenu entre la

16 Yougoslavie et la présidence de la Bosnie-Herzégovine. Lorsque la

17 mobilisation a été effectuée de façon illicite, j'ai informé --

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Peut-être que je vous ai interrompu

19 un peu trop tôt. Oui.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Je voulais juste dire qu'après la mobilisation

21 il était de mon devoir d'informer la présidence, le gouvernement et le

22 ministère de la Défense nationale de la situation qui prévalait, et que

23 cela n'était pas en accord avec les informations qui nous avaient été

24 envoyées par eux. En un mot, cette mobilisation allait à l'encontre de

25 leurs ordres.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Donc, vous avez reçu l'information

2 suivant laquelle il ne devrait pas effectuer cette mobilisation, et vous

3 avez transmit votre rapport qu'il y avait cette mobilisation qui était

4 effectuée, contrairement aux instructions. Cela est clair maintenant.

5 Nous allons aborder un autre sujet. C'est une question de traduction. Il

6 est indiqué dans le compte rendu que votre devoir était d'empêcher, et

7 notre attention a été attiré sur le fait suivant, vous avez en fait dit que

8 vous deviez, en fait, vous étiez contraint en quelque sorte à la présidence

9 de la Bosnie-Herzégovine à empêcher, et cetera, et que cela n'était pas

10 simplement votre devoir, mais que vous étiez tenu de le faire de par la

11 présidence de la Bosnie-Herzégovine. Est-ce que c'est ce que vous avez

12 dit ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, oui, oui.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Donc, ces questions ont maintenant été

15 élucidées. Puisque le témoin est encore ici, Monsieur Tieger, puisque nous

16 ne pourrons pas lui poser des questions une fois qu'il sera parti, je ne

17 sais pas si vous souhaitez poser d'autres questions. Il y a eu cette

18 question relative au compte rendu, puis il y a encore cette question de

19 date, et il y a également la correction apportée à ce qui semblerait être

20 une version anglaise erronée.

21 M. TIEGER : [interprétation] Non, Monsieur le Président. Non, je ne pense

22 pas que nous ayons besoin de la présence du témoin. Quoiqu'il ne soit, je

23 ne suis pas disposé à poser des questions ou à étudier des questions qui

24 pourraient nous permettre d'être utile à ce sujet.

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Nous n'avons plus de

Page 5152

1 questions à poser en présence du témoin.

2 Monsieur Redzic, j'aimerais vous remercier d'être venu de si loin, jusqu'à

3 La Haye, et d'avoir répondu aux questions qui vous ont été posées par les

4 parties ainsi que par le collège des Juges. Je vous souhaite un bon retour

5 dans votre foyer. Vous pouvez maintenant disposer.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci beaucoup et au revoir.

7 [Le témoin se retire]

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Nous pourrions maintenant aborder la

9 question des pièces à conviction. Mais la Chambre de première instance

10 préfèrerait obtenir une nouvelle version du 259B,1 avant de rendre une

11 décision sur l'admissibilité des moyens de preuve présentés par les pièces

12 à conviction. Nous ne souhaiterions pas pour autant attendre un ou deux

13 mois. Monsieur Tieger, je vous demanderais de pouvoir étudier cette

14 question cet après-midi et de pouvoir l'aborder demain matin.

15 J'aimerais maintenant demander à l'Accusation si elle est disposée à

16 appeler le témoin suivant.

17 M. TIEGER : [interprétation] Oui, Monsieur le Président, nous sommes tout à

18 fait disposés à ce faire. J'aimerais vous indiquer que c'est Carolyn

19 Edgerton, qui est maintenant arrivée parmi nous, qui va interroger le

20 témoin.

21 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Bienvenue dans cette salle d'audience,

22 Madame Edgerton. Pour ce qui est du témoin suivant, aucune mesure de

23 protection n'a été demandée. Il s'agit de Kadira Brkovic, est-ce bien

24 exact ?

25 Mme EDGERTON : [interprétation] C'est exact, Monsieur le Président.

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1 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Alors, Madame l'Huissière, j'aimerais

2 vous demander de bien vouloir accompagner le témoin dans la salle

3 d'audience.

4 M. TIEGER : [interprétation] Monsieur le Président.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui.

6 M. HANNIS : [interprétation] Pour prévoir une égalité ou un argument

7 portant sur l'égalité des armes, compte tenu de ce nouvel ajout à l'équipe

8 de l'Accusation, j'aimerais indiquer à la Chambre de première instance que

9 M. Resch, qui a présenté notre dernier témoin juste avant les vacances

10 judicaires d'août, a quitté l'équipe et est maintenant reparti aux Etats-

11 Unis pour travailler dans son cabinet privé. Nous n'avons pas, en fait, de

12 personnes supplémentaires parmi l'équipe de l'Accusation.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, n'essayons pas de comparer le

14 nombre de personnes qui travaille dans l'équipe de l'Accusation et de la

15 Défense.

16 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

17 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, je dois vous dire je

18 souhaiterais faire --

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, je comprends. Je comprends, c'était

20 un euphémisme, Maître Loukas.

21 Bonjour, Madame Brkovic.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Bonjour.

23 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] D'après votre réponse, j'en déduis que

24 vous m'entendez et me comprenez dans une langue que vous comprenez. Madame

25 Brkovic, avant de présenter vos éléments de preuve à ce Tribunal, le

Page 5154

1 Règlement de procédure stipule que vous devez prononcer une déclaration

2 solennelle indiquant que vous allez dire la vérité, toute la vérité et rien

3 que la vérité. Je vous invite maintenant à faire cette déclaration dont le

4 texte qui va vous être présenté par l'Huissière.

5 LE TÉMOIN : KADIRA BRKOVIC [Assermenté]

6 [Le témoin répond par l'interprète]

7 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

8 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie. Veuillez vous

10 asseoir.

11 Madame Brkovic, vous allez dans un premier temps répondre aux

12 questions qui vous seront posées par le représentante de l'Accusation.

13 Madame Edgerton, je vous en prie.

14 Mme EDGERTON : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

15 Interrogatoire principal par Mme Edgerton :

16 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Brkovic. Comment allez-vous ce matin ?

17 R. Bonjour. Très bien, merci.

18 Q. Madame Brkovic, avant que nous n'entrions dans les détails, j'aimerais

19 que vous puissiez nous parler de vous, si cela ne vous importune pas. Vous

20 êtes née à Plamenice dans la municipalité de Kljuc, est-ce bien exact ?

21 R. Oui.

22 Q. Vous êtes mariée et vous avez trois filles ?

23 R. Oui.

24 Q. Vous avez vécu dans le village de Prhovo dans la municipalité de Kljuc,

25 et ce, depuis 1977, est-ce bien exact ?

Page 5155

1 R. Oui.

2 Q. Madame Brkovic, je souhaiterais que vous puissiez consulter une carte

3 qui va s'afficher sur l'écran de l'ordinateur qui se trouve devant vous.

4 Mme EDGERTON : [interprétation] Monsieur le Président, je souhaiterais

5 qu'un numéro soit donné à cette carte.

6 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame la Greffière.

7 Mme EDGERTON : [interprétation]

8 Q. Est-ce que vous voyez la carte, Madame Brkovic ?

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je souhaiterais dans un premier temps

10 que nous donnions un numéro à cette carte.

11 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Il s'agira de la pièce à conviction

12 P260.

13 Mme EDGERTON : [interprétation] Merci.

14 Q. Voyez-vous cette carte, Madame Brkovic ?

15 R. Oui, mais je dois mettre mes lunettes.

16 Q. Est-ce que vous les avez amenées avec vous aujourd'hui ?

17 R. Oui.

18 Q. Pouvez-vous nous montrer où se trouve le village de Prhovo sur cette

19 carte, Madame Brkovic ?

20 R. Oui.

21 Q. Quelle est la distance entre le village de Prhovo et la ville de

22 Kljuc ?

23 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, permettez-moi

24 d'interrompre, car je pense que vous parlez un peu trop près des

25 microphones, ce qui pourrait créer des problèmes au niveau de

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1 l'interprétation.

2 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, j'ai entendu qu'il y avait en effet

3 des problèmes techniques.

4 Madame Brkovic, ce n'est pas la peine de parler si près du micro,

5 contentez-vous de parler et les micros capteront ce que vous dites.

6 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, je me demande s'il ne

7 serait pas plus utile à notre témoin qu'elle ait la carte en face d'elle

8 plutôt que de la placer sur l'écran.

9 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, il y a deux méthodes. Dans un

10 premier temps, nous pouvons effectivement donner un exemplaire de la carte

11 au témoin, et nous pouvons également élargir un peu la photo que nous avons

12 sur l'écran.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Je peux voir.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Poursuivez.

15 Mme EDGERTON : [interprétation]

16 Q. Madame Brkovic, quelle est la distance entre le village de Prhovo, et

17 la ville de Kljuc ?

18 R. Dix kilomètres.

19 Q. Est-ce qu'il y a une route qui relie les deux endroits ?

20 R. Oui.

21 Q. Pouvez-vous nous dire quelle est la taille de ce village ? Combien de

22 maisons se trouvent dans ce village, votre village ?

23 R. Quarante cinq, me semble t-il.

24 Q. Est-ce que cela correspondait à la situation de 1992 ?

25 R. Oui. En 1992, oui, car à l'heure actuelle, il n'y a pas autant de

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1 maisons, elles ont été détruites.

2 Q. En 1992, savez-vous combien de personnes environ vivaient dans chaque

3 maison ?

4 R. Dans chaque foyer, il y avait quatre, cinq, voire davantage de membres

5 d'une famille.

6 Q. Le village de Prhovo, est-il un village musulman ou un village serbe ?

7 R. Il était musulman au centre, et autour du centre, il y avait des

8 banlieues ou des maisons serbes, à la périphérie, qui s'appelait également

9 Prhovo.

10 Q. Comme je vous l'ai dit auparavant, nous allons parler de la période de

11 la fin du mois de mai 1992. A cette époque, est-il exact de dire que vous

12 étiez seule dans le village avec vos trois filles ?

13 R. Oui, oui. J'étais seule chez moi, mais il y avait d'autres personnes

14 dans le village.

15 Q. Où se trouvait votre mari à l'époque ?

16 R. Mon mari était en Allemagne à l'époque.

17 Q. Si nous nous replaçons une semaine avant l'attaque contre votre

18 village, vous souvenez-vous si quelque chose d'inhabituel s'est produit à

19 ce moment-là ?

20 R. Je me souviens que deux de mes voisins sont venus et m'ont dit qu'ils

21 avaient vu l'armée près de la maison de Nikola Popovic, et puis un camion

22 est passé par le village de Prhovo, en direction de Peci.

23 Q. Où se trouvait la maison de Nikola Popovic à l'époque ? Où est-ce qu'il

24 habitait à l'époque ?

25 R. Il habitait dans sa maison qui se trouvait à un kilomètre et demi du

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1 village de Prhovo.

2 Q. Pouvez-vous dire au Tribunal dans quelle direction se trouve Peci par

3 rapport au village de Prhovo ? Je peux peut-être vous aider en vous

4 demandant s'il se trouve au nord, au sud, à l'est ou à l'ouest ?

5 R. Je peux vous le montrer sur la carte.

6 Q. Il serait peut-être mieux, Monsieur le Président, de placer la carte

7 sur le rétroprojecteur ?

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, certainement, mais nous la voyons

9 sur les moniteurs de toute façon. Est-ce qu'il y a une importance

10 particulière à trouver les points cardinaux puisque nous voyons où se

11 trouve Peci sur la carte ?

12 Mme EDGERTON : [interprétation] Très bien. Merci, Monsieur le Président.

13 Q. Madame Brkovic, vous avez dit qu'il y avait un camion qui se déplaçait

14 dans le village.

15 R. Oui, dans le village.

16 Q. Est-ce qu'en réalité, vous avez pu apercevoir des soldats passer par la

17 ville ou le village ?

18 R. Je les ai vus dans le camion. Ils portaient des uniformes, ils étaient

19 armés. Je les ai vus passer à bord de leur camion. C'était un week-end, et

20 je me souviens bien de les avoir vus.

21 Q. Madame Brkovic, pourrait-on maintenant parler de la semaine qui a suivi

22 cet incident ? Est-ce que vous vous souvenez de ce qui c'est passé à ce

23 moment-là ?

24 R. Une semaine plus tard, nous avons vu que Plamenice était incendié. On

25 pouvait apercevoir une fumée. Un obus est tombé tout près de nous, à 500

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1 mètres environ de nous. C'était une détonation qui était très forte,

2 probablement causée par un obus. L'armée demandait à ce qu'on rende les

3 armes. Je n'avais absolument aucune arme à rendre, puisque j'étais à la

4 maison avec mes filles. Ensuite, j'ai les ai entendus dire : "Rendez-vous.

5 Vous serez sain et sauf." Je n'ai rien fait. Il y avait un voisin qui a dit

6 : "Sortez, puisqu'ils incendient les maisons."

7 Nous ne savons pas quelles sont les maisons qui seront incendiées, mais ils

8 incendiaient les maisons. Nous sommes sortis à l'extérieur, et ils ont

9 commencés à nous rassembler à un endroit particulier, et ils nous ont dit

10 que rien n'allait nous arriver. Ils nous ont dit de nous rassembler.

11 Q. Madame Brkovic, je souhaiterais que l'on s'arrête ici pour revenir à un

12 certain propos que vous avez dit. Il semblerait que plusieurs choses se

13 sont déroulées au même moment. Qu'est-ce que vous avez remarqué d'abord ?

14 Pourriez-vous relater à la Chambre cela ?

15 R. Nous avons d'abord remarqué que les personnes étaient rassemblées à un

16 certain endroit. Ensuite, lorsqu'il a dit, le voisin nous a dit les maisons

17 sont incendiées, nous sommes allés nous cacher dans une cave. Ensuite,

18 lorsqu'ils ont commencé à nous tirer dessus, nous, femmes et enfants, il y

19 avait peut-être 15 femmes et enfants en tout, nous sommes dirigés vers la

20 forêt.

21 Q. Je vous interromps, Madame Brkovic, pour vous demander la chose

22 suivante : où se trouvaient vos filles à ce moment-là ?

23 R. Mes filles étaient avec moi.

24 Q. Vous-même et vos trois filles, vous vous êtes dirigées en direction de

25 la forêt, est-ce exact ?

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1 R. Non. D'abord, nous voulions aller dans la forêt. C'était un soir, un

2 premier soir. En fait, c'était le samedi soir. Je ne me souviens plus de la

3 date. C'était dans un premier temps. C'est à ce moment-là que mes deux

4 filles sont allées dans la forêt avec mon beau-frère et ma belle-fille.

5 Ensuite, mon autre fille avait trop mal aux jambes, je ne sais pas ce

6 qu'elle avait, mais elle avait peur, et ses jambes ne voulaient pas

7 l'amener dans la forêt. Je l'ai convaincue d'y aller. Nous sommes allés

8 dans la forêt, nous étions peut-être six à sept en tout. Nous nous sommes

9 cachés là. Alors que nous nous dirigions vers la forêt, ils nous tiraient

10 dessus, derrière nous. Nous nous taisions. Je pleurais parce que mes deux

11 filles n'étaient pas avec moi. Il n'y avait qu'une de mes filles qui était

12 avec moi. Ensuite, un de mes voisins est allé dans un village serbe pour

13 demander que ce qui allait nous arriver. Ensuite, lorsqu'il est revenu, il

14 a dit : "Non, absolument rien. Il ne faut pas vous cacher dans la forêt.

15 Retournez à la maison." Il y avait deux autres personnes de nationalité

16 serbe qui sont venues nous dire : "Rentrez à la maison." Lorsque nous les

17 avons vus, nous sommes sortis de la forêt, car nous étions persuadés que

18 nous allions être tués de toute façon. Nous sommes sortis sur un pré. Nous

19 avons vu que ces Serbes étaient armés, et ils nous ont dit : "Rentrez à la

20 maison. Nous n'allons rien vous faire."

21 Nous les avons crus. Nous sommes rentrés chez nous. Nous avons passé la

22 nuit dans la maison de Fehret Hadzic avec mes deux filles. Il y avait

23 d'autres femmes.

24 Q. Je vous arrête ici, Madame Brkovic, pour vous poser la question

25 suivante. Dans un premier temps, vous vous trouvez dans la forêt, vous

Page 5161

1 devez passer un certain temps. Ensuite, vous êtes sortis de la forêt

2 lorsque des Serbes d'un village avoisinant vous ont dit que vous pouviez

3 rentrer chez vous, est-ce exact ?

4 R. Oui. Oui, que nous étions plus en sécurité dans nos maisons.

5 Q. Lorsque vous êtes rentrés dans votre village, qu'est-ce que vous avez

6 vu ?

7 R. Vous savez, lorsque nous sommes rentrés chez nous, il était tard. Il

8 faisait nuit. Ensuite,

9 Q. Je vous demanderais de ralentir le débit, je vous prie, car je

10 souhaiterais aborder les événements, étape par étape.

11 R. Lorsque nous sommes revenus, nous avons vu qu'une maison, en fait,

12 était incendiée. Nous avons également vu -- en fait, c'était le lendemain.

13 Quelques personnes avaient été passées à tabac, et à tel point qu'ils

14 avaient rendu l'âme. C'était samedi soir. Il y avait un homme dont le dos

15 était complètement rouge, sa tête était complètement enflée, et les autres

16 personnes portaient des vêtements déchirés. Il y en avait un autre qui

17 était blessé à la tête, et il était complètement ensanglanté. Ils avaient

18 passé à tabac cinq ou six personnes, et une autre maison a été incendiée.

19 Nous sommes restés là, persuadés que rien n'allait nous arriver. Nous

20 essayons d'éteindre les flammes de la maison incendiée. C'est la raison

21 pour laquelle nous avons donc passé la nuit là. Ensuite, dimanche, le jour

22 suivant --

23 Q. Je vous arrête, Madame Brkovic, ici. Donc, vous venez de parler de deux

24 jours, n'est-ce pas ? Ces deux jours à la fin du mois de mai ?

25 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame Brkovic, je vous demanderais la

Page 5162

1 chose suivante : je comprends tout à fait bien que vous êtes désireuse de

2 nous relater les faits, de nous raconter votre histoire. Il est très

3 important d'entendre peut-être en peu plus de détails dans certains cadres,

4 peut-être moins de détails dans d'autres. Je vous demanderais de bien vous

5 concentrer lorsqu'on repose la question et de répondre spécifiquement à la

6 question que l'on vous a posée. Donc, lorsque vous dites que vous êtes

7 rentrée dans votre village dans la nuit, à ce moment-là, je m'attends à ce

8 que Mme Edgerton vous demande ce que vous avez vu le lendemain matin. C'est

9 à ce moment-là que vous pouvez nous dire ce que vous avez vu le lendemain

10 matin, effectivement. Si elle vous demande ce que vous avez fait le

11 lendemain matin, c'est-à-dire vous vous êtes levée, vous êtes restée dans

12 la maison, vous êtes sortie de la maison. Donc, c'est à ce moment-là que

13 vous pouvez nous parler de ces choses-là, mais je vous demanderais

14 simplement de vous concentrer, de nous répondre aux questions qui vous sont

15 posées par Mme Edgerton. Ceci dit, je comprends tout à fait bien que vous

16 êtes bien désireuse de nous raconter ce qui vous êtes arrivée, mais à ce

17 moment-là, si vous n'écoutez pas les questions, vous fournissez des

18 réponses de façon un peu précipitée. On pourrait peut-être omettre des

19 détails importants.

20 Microphone, je vous prie, Madame Edgerton.

21 Mme EDGERTON : [interprétation] Très bien.

22 Q. Madame, vous avez dit que le lendemain, vous êtes allée dans la forêt

23 de nouveau, et vous avez dit qu'il y avait des maisons qui étaient

24 incendiées. Pourriez-vous nous dire quelle est la raison pour laquelle vous

25 êtes retournée dans la forêt ?

Page 5163

1 R. Parce que c'est à ce moment-là qu'on nous a dit que les maisons

2 allaient être incendiées. C'est la raison pour laquelle nous sommes allés

3 dans la forêt de nouveau. Nous sommes en fait allés nous abriter dans un

4 abri. Ils nous ont tiré dessus. Vous savez, c'est la raison pour laquelle

5 nous avons décidé de prendre le chemin menant dans la forêt.

6 Q. Madame Brkovic, est-ce que c'est la première journée ou la deuxième

7 journée ?

8 R. C'était le lendemain. Je n'ai peut-être pas bien expliqué. C'était une

9 deuxième fois.

10 Q. Bien. Donc, le lendemain, ce deuxième jour, avec qui étiez-vous dans la

11 forêt ?

12 R. Il y avait mes filles, l'une de mes filles. En fait, deux de mes

13 filles, avec mon beau-frère et ma belle-fille. Cette nuit-là, c'était la

14 nuit où on ratissait la forêt. C'était la première fois que nous nous

15 sommes trouvés dans la forêt.

16 Q. Madame Brkovic, la première fois où vous vous êtes rendue dans la

17 forêt, vous étiez avec vos filles, votre beau-frère ainsi que sa famille,

18 est-ce exact ?

19 R. La première fois, oui, oui. La première fois où je suis allée dans la

20 forêt, mon beau-frère n'était pas là. En fait, c'était lorsqu'ils sont

21 venus chercher les armes, c'est à ce moment-là qu'ils nous ont ordonné de

22 rendre les armes, et ils ont commencé à nous tirer dessus. C'est là que je

23 suis allée dans la forêt.

24 Q. Madame Brkovic, vous avez parlé de cette première journée ils sont

25 venus prendre les armes. Pourrez-vous nous dire de qui il s'agissait ? Qui

Page 5164

1 était venu chercher les armes ?

2 R. Je ne les ai pas vu, puisqu'en réalité, je ne m'étais pas rendue au

3 village. Il y avait un grand nombre d'eux, et j'ai entendu des voitures qui

4 passaient, des véhicules. Je ne sais pas combien il y avait de soldats

5 exactement.

6 Q. Comment savez-vous alors qu'ils étaient venus prendre les armes, Madame

7 Brkovic ?

8 R. Je sais parce qu'ils parlaient dans un haut-parleur, et ils disaient de

9 rendre les armes. Ils nous demandaient de nous rendre également. Ils

10 disaient que rien n'allait nous arriver.

11 Q. Lorsque vous avez entendu ces propos par un porte-voix, que-ce que vous

12 avez fait ?

13 R. Nous sommes sortis de la maison. Nous voulons nous rendre à cet

14 endroit-là, dans la forêt, puisque nous avons entendu des coups de feu. En

15 fait, nous voulions d'abord aller nous abriter dans un abri. Ensuite, comme

16 on nous tirait dessus, j'ai décidé de partir dans la forêt.

17 Q. Cette première journée-là, cette première nuit, vous êtes restés dans

18 la forêt pendant quelques heures, n'est-ce pas ?

19 R. Oui.

20 Q. Le lendemain, vous vous êtes de nouveau dirigés vers la forêt. Est-ce

21 que vous vous souvenez pourquoi le lendemain, vous êtes allés dans la

22 forêt ?

23 R. Le lendemain, nous nous sommes dirigés vers la forêt de nouveau parce

24 qu'on nous a dit qu'ils ratissaient la forêt, qu'il s'agissait de ce

25 nettoyage ethnique, et nous avions entendu des coups de feu. C'est la

Page 5165

1 raison pour laquelle nous sommes rendus dans la forêt de nouveau.

2 Q. Madame Brkovic, vous avez entendu des coups de feu. Vous avez dirigé

3 avec votre famille dans la forêt. Ensuite, vous nous avez dit qu'ils

4 ratissaient la forêt ? Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

5 R. Nous avons entendu parlé de "nettoyage ethnique". Je ne savais pas ce

6 que cela voulait dire exactement. C'était à la radio que j'ai entendu ces

7 propos. Il y avait des personnes qui étaient restées dans la forêt. C'est

8 là qu'on procédait au nettoyage ethnique. Je ne sais pas.

9 Q. Lorsque vous parlez de "eux", à qui faites-vous référence exactement ?

10 R. Les voisins nous ont dit ce que je viens de vous dire. Des Serbes, pour

11 la plupart.

12 Q. Vous souvenez-vous combien de temps vous êtes restés dans la forêt ce

13 deuxième jour ?

14 R. Je ne le sais pas. Je sais que la nuit commençait à tomber. Je ne sais

15 plus quelle heure il était précisément.

16 Q. Vous avez parlé de nettoyage à la forêt. Pendant que vous vous trouviez

17 dans la forêt ce deuxième jour, le lendemain, est-ce que vous avez vu

18 quelque chose d'inhabituel se passer dans la forêt ?

19 R. Ils marchaient dans la forêt, et ils tiraient. Ils passaient de trois à

20 cinq mètres de distance.

21 Q. Lorsque vous avez parlé de "eux", à qui faites-vous référence ?

22 R. Ils ne m'ont rien dit. Nous avons entendu des coups de feu. L'un de nos

23 voisins est allé voir les Serbes pour leur demander que faire. Il voulait

24 savoir si nous restions là et personne n'allait rien nous faire. Ils nous

25 ont dit, "Vous voyez que ce n'est pas une bonne idée de rester dans la

Page 5166

1 forêt ? Les personnes ne sont pas en sécurité dans la forêt. Vous deviez

2 rentrer dans vos maisons." Ensuite, nous avons rappelé un autre ami qui se

3 cachait dans la forêt avec sa femme et ses enfants, et nous sommes rentrés

4 à la maison.

5 Q. Qui était ces deux autres Serbes ?

6 R. Il y avait Marinko Suknovic et Stojan Tekic.

7 Q. Comment les connaissiez-vous ?

8 R. C'était nos voisins. Je ne sais pas, il habitait peut-être à un

9 kilomètre de nous. Marinko Suknovic, c'était son nom. Moi, j'avais un

10 magasin. Ils venaient chez moi. Donc, je les connaissais très bien.

11 Q. Donc, si j'ai bien compris vos propos, vous nous avez dit avoir vu

12 Marinko Suknovic et Stojan Tekic, est-ce exact ?

13 R. Oui.

14 Q. Comment étaient-ils vêtus ?

15 R. Il portait un uniforme, et il était muni d'un fusil automatique, alors

16 que Marinko portait un vêtement de travail. Il avait également une arme sur

17 lui. Je ne sais pas quelle était l'arme. Je sais qu'ils ont pris l'arme de

18 Sefik Medanovic, et que c'était le lendemain qu'il a pris cette arme de cet

19 homme.

20 Q. Donc, après ces deux Serbes vous aient dit ce qu'ils vous ont dit, est-

21 ce que vous êtes retournés dans votre village ?

22 R. Oui.

23 Q. Est-ce que vous avez vu quelque chose lorsque vous êtes rentrés ?

24 R. Nous avons passé la nuit dans la maison, et nous n'avons plus rien

25 entendu ce soir-là.

Page 5167

1 Q. Madame Brkovic, vous avez parlé d'une maison qui était incendiée. Est-

2 ce que vous pourriez replacer cet incident dans le temps afin que nous

3 puissions avoir une idée plus précise de la chronologie.

4 R. C'est arrivé un samedi. Je ne sais pas quelle était la date, mais je

5 sais que c'était le dernier samedi du mois de mai.

6 Q. Est-ce que vous croyez que c'était le premier jour, le lendemain ou le

7 surlendemain ?

8 R. Cette maison qui était incendiée, elle était incendiée je ne sais plus

9 si c'était le premier jour ou le lendemain. On a passé à tabac les gens le

10 samedi, ensuite cette maison était incendiée. Ensuite le surlendemain, nous

11 avions passé la nuit dans la maison qui avait été incendiée, parce que ce

12 n'était qu'un étage supérieur en fait qui avait brûlé. Nous avons donc

13 passé la nuit dans cette maison là. Lundi, c'est là qu'ils ont tué tout le

14 monde.

15 Q. Le jour où la maison avait été incendiée, c'était le même jour où on

16 avait fait passer à tabac certaines personnes ?

17 R. Non, c'était le même jour. Oui, effectivement c'est le même jour où on

18 a incendié la maison, et qu'on a passé à tabac ces personnes.

19 Q. Est-ce que vous avez pu voir des personnes portant des traces de

20 passages à tabac ?

21 R. Oui, oui, je les ai vues.

22 Q. Est-ce que vous les connaissiez ?

23 R. Oui. Camil Medanovic, par exemple. Je connais Teufik Medanovic

24 également. Sefik Medanovic, je connais. Je connais également Ekrem Hadzic,

25 Tehvid Osmanovic.

Page 5168

1 Q. Pourriez-vous nous décrire les blessures que vous avez vues ?

2 R. J'ai vu que la tête de Camil était complètement enflée. Sa tête lui

3 faisait très male, et il y avait un pansement autour de la tête. La peau

4 était presque arrachée de son dos et on avait fait une croix sur son dos.

5 Il a dit que son dos lui faisait moins mal que sa tête.

6 Q. Vous souvenez-vous où vous avez passé la nuit, Madame Brkovic, cette

7 nuit-là ?

8 R. Oui, je me souviens.

9 Q. Où était-ce ?

10 R. Nous avons passé la nuit dans la maison de Fehret Hadzic.

11 Q. Vous et votre famille étiez-vous seuls dans cette maison ?

12 R. Non, il y avait d'autres femmes, d'autres enfants également. Nous

13 étions nombreux.

14 Q. Que s'est-il passé le lendemain ? Pourriez-vous nous parler de la

15 journée qui a suivi cet événement. Quelle est la première chose

16 inhabituelle que vous avez vue ce jour-là ?

17 R. C'était un lundi donc ou vous parlez du dimanche.

18 Q. Parlons de la troisième journée donc.

19 R. C'était donc un lundi. Lorsque nous avons vu l'armée arriver, nous

20 croyons que nous étions sains et saufs. Ils n'allaient rien nous faire.

21 Nous étions devant nos maisons lorsqu'ils sont arrivés dans le village. Ils

22 étaient à bord d'un blindé de transport de troupes. Il y avait d'autres

23 femmes et enfants qui s'étaient cachés dans un abri. Il y avait tellement

24 de personnes que l'on ne pouvait plus entrer à l'intérieur. J'ai voulu

25 essayer de me cacher dans un autre abri, et mon beau-frère a dit : "mais

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1 non, arrêtez de vous cacher. Rien ne va nous arriver." Ensuite, nous avons

2 décidé que nous allions passer la journée assis à une table dans sa maison

3 et nous croyons que rien n'allait nous arriver. Ensuite ils sont arrivés.

4 Ils ont commencé à nous interpeller, et ils nous ont placés en rangée un

5 par un.

6 Q. En fait, revenons au début de votre histoire ce jour-là. Vous nous avez

7 dit avoir vu des troupes arriver.

8 R. Oui.

9 Q. Vous souvenez-vous, est-ce que vous savez combien il y avait d'hommes ?

10 R. Il y avait beaucoup d'hommes. Il y avait peut-être 2 000 soldats. Il y

11 en avait tellement que je n'ai pas pu les compter. Il y en a qui sont

12 sortis d'autobus, et ils se sont dirigés tout autour du village. D'autres

13 sont entrés dans le village même.

14 Q. Qui étaient ces soldats ?

15 R. Ils étaient pour la plupart tous vêtus. Il y en avait qui portaient des

16 bas sur la tête. Il y avait de toute sorte de couleur.

17 Q. Est-ce qu'il y avait certains soldats qui portaient des

18 uniformes ?

19 R. Oui.

20 Q. Quel genre d'uniforme portaient-ils ?

21 R. Des uniformes de camouflage, des uniformes vert olive, et cetera.

22 Q. Vous avez dit qu'on avait appelé les gens à sortir, est-ce

23 exact ?

24 R. Oui.

25 Q. Est-ce que vous vous souvenez de quelle façon ils ont procédé à

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1 cet appel ?

2 R. Ils disaient : "Venez, sortez. Rien ne va vous arriver. Rendez-

3 vous". Ensuite, nous nous sommes tous dirigés vers eux. Nous ne savons pas

4 à quoi faire. Nous étions bien obligés.

5 Q. Madame Brkovic, lorsque vous avez parlé de "nous tous, nous avons

6 tous dû aller les voir un par un," des gens qui étaient avec vous, qui

7 d'entre vous et votre famille s'est dirigé vers eux ?

8 R. Il y avait mes trois filles, moi-même, mon beau-frère, sa femme, ses

9 deux filles, et en fait son fils également. Il y avait des voisins, il y

10 avait un voisin, Safet Medanovic, qui était également avec moi. Suvad

11 Hadzic aussi. Nous tous qui étaient assis autour de cette même table, nous

12 nous sommes tous dirigés vers les soldats.

13 Q. Votre beau-frère s'appelle comment, Madame Brkovic ?

14 R. Ilfad Brkovic.

15 Q. Merci. Vous nous avez dit que vous vous tenez devant la maison de

16 Karanfil Osmanovic, est-ce exact ?

17 R. Oui.

18 Q. Je souhaiterais maintenant vous montrer une autre photo, avec votre

19 permission.

20 Mme EDGERTON : [interprétation] Pourrait-elle recevoir une cote,

21 Monsieur le Président.

22 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui. Madame la Greffière, je vous prie

23 de nous accorder une cote.

24 Mme EDGERTON : [interprétation] Je crois que vous allez pouvoir suivre et

25 puis voir la photo sur le moniteur.

Page 5171

1 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agira de la

2 pièce P261.

3 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame Edgerton, je vous demanderais de

4 réfléchir à la pause dans les quelques minutes qui suivront.

5 Mme EDGERTON : [interprétation] Oui, certainement Monsieur le Président.

6 J'aimerais d'abord avoir le commentaire du témoin concernant cette photo,

7 et nous pourront peut-être prendre la pause après.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Oui, certainement.

9 Mme EDGERTON : [interprétation] Merci.

10 Q. Madame Brkovic, je dois vous poser certaines questions concernant une

11 maison, mais ce n'est pas la bonne photo. Il s'agira de la photo qui porte

12 un numéro ERN 02033317. Je crois que tout le monde a la même photo sous les

13 yeux.

14 Madame Brkovic, reconnaissez-vous la maison que vous voyez sur cette photo

15 devant vous ?

16 R. Oui.

17 Q. Pourriez-vous me dire ce qu'est cette maison ?

18 R. Oui. C'était le magasin de Sefik Medanovic. Nous étions alignés là en

19 face, contre le mur de la maison. Nous étions tous là, environ 20 mètres à

20 30 mètres de la route. C'est là qu'ils nous avaient tous alignés. Il y

21 avait d'abord les hommes, les femmes et ensuite les enfants.

22 Q. Madame Brkovic, vous étiez alignés là contre le mur de cette maison

23 appartenant à Karanfil Osmanovic, non loin de la route ?

24 R. Oui.

25 Q. Lorsque vous parlez de "eux," ils vous ont alignés là, de qui parlez-

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1 vous ?

2 R. Je parle de l'armée serbe.

3 Q. Comment savez-vous que ces soldats étaient des Serbes ? Comment

4 connaissez-vous leur nationalité ?

5 R. Je sais qu'il n'y avait pas de forces armées autre qu'eux.

6 Q. Monsieur le Président, nous pourrions peut-être prendre la pause à ce

7 moment-ci. Le moment est peut-être opportun.

8 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Certainement. Nous prendrons une pause

9 qui durera jusqu'à midi 50.

10 --- L'audience est suspendue à 12 heures 29.

11 --- L'audience est reprise à 12 heures 53.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame Edgerton, vous pouvez poursuivre.

13 Mme EDGERTON : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

14 Q. Madame Brkovic, si nous pourrions revenir en arrière et parler des

15 événements que nous avons évoqués avant la pause. Si je vous ai bien

16 compris, vous-même ainsi que vos trois filles, votre beau-frère, sa femme,

17 ainsi que leurs deux filles et leur fils se sont rassemblés dans la maison

18 de Karanfil Osmanovic, est-ce exact ?

19 R. Oui, devant la maison.

20 Q. Le nom de votre beau-frère est Ilfad, et de votre belle-sur, quel

21 était le nom de votre belle-soeur ?

22 R. Asima.

23 Q. Le nom de leurs enfants ?

24 R. Nisveta, Elvedin, Zehra. C'est ainsi qu'ils s'appelaient.

25 Q. Avant la pause, vous avez expliqué comment vous avez été alignés. Vous

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1 dites : Toutes les personnes, les femmes, les enfants et les enfants

2 derrière. Est-ce exact ?

3 R. Oui.

4 Q. Pourriez-vous préciser un petit peu, s'il vous plaît ? Comment ces

5 personnes étaient-elles alignées devant la maison d'Osmanovic, s'il vous

6 plaît ?

7 R. Oui. Ils étaient près du mur, face au mur. D'abord les hommes, ensuite

8 les femmes, ensuite les enfants. Nous étions tous alignés le long du mur,

9 et ils avaient les mains en l'air. Ils n'étaient pas censés regarder ou

10 voir quoi que ce soit. Leurs yeux étaient bandés.

11 Q. Vous souvenez-vous qui avait donné cet ordre, autrement dit, qu'ils

12 devaient avoir les yeux bandés et les mains en l'air ?

13 R. Je ne sais pas exactement qui a donné cet ordre. Quelqu'un de ce

14 groupe. Quelqu'un de ce groupe a dit cela.

15 Q. Avez-vous entendu qu'un tel ordre avait été donné ?

16 R. Oui. Ils criaient tous : "Mains en l'air."

17 Q. Autrement dit, les personnes étaient face au mur. Où précisément se

18 trouvaient leurs mains ?

19 R. Je peux vous montrer. Comme ceci.

20 Q. Autrement dit, les deux mains étaient derrière la tête ?

21 R. Oui.

22 Q. Que s'est-il passé une fois que vous étiez alignés ?

23 R. Ils ont fait sortir une femme et ils ont appelé les personnes qui

24 étaient dans le bois. Ils ont dit que s'ils ne quittaient pas la forêt,

25 eux, les Bérets verts, il y en a qui s'en chargerait, et que tout le monde

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1 serait tué, y compris les bébés. Ce type était en train de dire à cette

2 femme ce qu'elle devait répéter.

3 Q. Vous souvenez-vous du nom de cette femme ?

4 R. Sadeta Medanovic.

5 Q. Vous avez évoqué le terme de "Bérets verts." D'après vous, y avait-il

6 des Bérets verts dans la région à ce moment-là ?

7 R. Non. Pas à ma connaissance. Je ne savais rien à ce sujet.

8 Q. Quelque chose s'est-il passé après cela ?

9 R. Il y a un type qui a dit : "Notre commandant s'impatiente. Emmenez cinq

10 personnes pour les exécuter." Ils ont appelé les noms de Hasan Medanovic,

11 de Braco Medanovic. Nous leur avons dit qu'ils se trouvaient en Allemagne,

12 et qu'ils n'étaient pas là. Ils ont commencé à nous insulter, à insulter

13 notre mère oustachi, à nous dire que nous mentions. Ils ont montré du doigt

14 d'autres hommes qu'ils ont fait sortir du rang. Ils les ont tous fait

15 sortir du rang. Est-ce que vous souhaitez avoir leurs noms ?

16 Q. Oui, mais avant cela, est-ce que nous pouvons repartir un petit peu en

17 arrière, s'il vous plaît ? Ces personnes ont appelé deux hommes par leurs

18 noms, n'est-ce pas ?

19 R. Oui.

20 Q. Ont-ils appelé d'autres hommes par leurs noms après cela ?

21 R. Non.

22 Q. Autrement dit, ils faisaient sortir certaines personnes du rang ?

23 R. Oui, devant nous.

24 Q. D'après l'endroit où vous étiez, vous pouviez quand même voir qui ils

25 faisaient sortir du rang ?

Page 5175

1 R. Oui. Ils étaient juste devant moi.

2 Q. Qui étaient ces gens-là ?

3 R. Isak Mesic, Halil Medanovic, Izet Hadzic, Hasim Hadzic, et Safet

4 Medanovic.

5 Q. Est-il arrivé quelque chose à ces hommes ?

6 R. Oui.

7 Q. Qu'est-il arrivé à ces hommes ?

8 R. Ils ont dit qu'ils allaient leur tirer dessus. Nous avons ensuite

9 entendu des coups de feu et on nous a dit qu'ils reposaient en paix. Nous

10 avons supposé qu'ils étaient morts. Ils ont ensuite fait sortir du rang

11 Sefik Medanovic. Ils l'ont passé à tabac avec tout ce qu'il leur est tombé

12 sous la main.

13 Q. Lorsque vous dites : "ils ont fait sortir Sefik Medanovic," qui a fait

14 sortir du rang Sefik Medanovic ?

15 R. Je n'ai pas vu qui l'a fait sortir du rang. J'ai simplement reconnu

16 Dane Popovic. J'ai reconnu sa voix, car il lui criait dessus. Il a insulté

17 sa mère. Il disait que c'était un foutu politicien. J'ai vu qu'il y avait

18 six hommes qui s'étaient jetés sur lui, qu'ils le passaient à tabac. Ils

19 l'ont jeté au sol. Il pleurait. Il pleurait juste derrière moi, dans mon

20 dos. On l'a frappé à mort, et sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré.

21 Q. Comment avez-vous pu reconnaître la voix de Dane Popovic ? Qui était

22 cet homme ?

23 R. C'était un de mes voisins. Il vivait au Plamenice Prhovo, et je

24 connaissais sa voix assez bien.

25 Q. Avez-vous eu l'occasion de voir le corps de Sefik Medanovic par la

Page 5176

1 suite ?

2 R. Oui, effectivement.

3 Q. Avez-vous eu l'occasion de voir le corps de ces cinq hommes que vous

4 avez évoqués un peu plus tôt par la suite ?

5 R. Oui. Oui, je les ai tous vus.

6 Q. Maintenant, pourriez-vous me dire ce qui est arrivé après le passage à

7 tabac de Sefik Medanovic ? Qu'avez-vous vu et entendu ?

8 R. J'ai tout d'abord vu la fille de mon beau-frère mourir dans les bras de

9 sa mère. Je suppose qu'une balle l'avait atteint à la tête. J'ai vu cet

10 enfant en train de mourir dans les bras de sa mère. C'est la première

11 victime que j'ai vue en train de mourir. Par la suite, ils nous ont dit

12 qu'ils emmenaient toutes les personnes une à une. Ils nous ont demandé de

13 ne pas quitter cet endroit avant qu'ils ne soient partis. La mère de Sefik

14 Medanovic s'y est rendue. Ils ont commencé à charger les personnes dans un

15 camion. Ils ont jeté leurs documents qu'ils portaient sur eux. Certains

16 avaient été à pied envers Peci. La mère de Sefik Medanovic a vu son fils

17 mort. Elle leur a demandé de la tuer également. Mais ils n'ont pas attendu.

18 Ils ont tiré une salve de coups à peine que trois mètres de moi. Ensuite,

19 un deuxième groupe d'hommes est arrivé à traverser la forêt. Ils nous ont

20 insulté. Ils portaient des armes et avaient des munitions. Ils sont passés

21 à pied et ils avaient beaucoup de munitions sur eux.

22 Q. Madame Brkovic, vous avez évoqué un certain nombre de choses en un très

23 court laps de temps. Je vais vous arrêter. Nous allons reprendre. Il est

24 important que chacun puisse comprendre l'enchaînement des événements ici.

25 Vous avez évoqué un certain nombre de choses. Vous avez évoqué la

Page 5177

1 mort de Sefik Medanovic et la mère de Sefik Medanovic voyant son fils mort

2 et demandant à ce qu'on la tue. Ensuite, une salve de coups, mais ce que

3 vous avez évoqué en premier lieu, c'était la fille de votre beau-frère

4 mourant dans les bras de sa mère. Pourriez-vous réfléchir quelques

5 instants ? Est-ce que vous nous avez relaté les événements dans l'ordre

6 chronologique approprié ?

7 R. Oui. Je l'ai d'abord vu en train de mourir. Ensuite, ils ont tiré

8 d'autres coups de feu. Fatima Medanovic a demandé à ce qu'on lui tire

9 dessus ainsi que sa belle-fille. On a entendu des coups de feu.

10 Q. Pourriez-vous me dire, alors, ce qui est arrivé aux personnes qui se

11 tenaient devant vous, qui étaient face au mur de la maison d'Osmanovic ?

12 R. J'ai déjà dit que ces personnes ont été dans un camion. Certaines

13 d'entre elles ont dû partir à pied. On les a forcées à partir à pied. On

14 les a insultées. Ils nous ont insultés. Ils nous ont dit de ne pas bouger

15 avant leur retour. Un deuxième groupe d'hommes a traversé le village.

16 Q. Ces personnes qui étaient devant vous, et que l'on a fait monter dans

17 le camion, les a-t-on fait monter dans le camion avant la fusillade ou les

18 coups de feu, ou après ?

19 R. On leur a d'abord tiré dessus, et ensuite, lorsque ces hommes ont été

20 emmenés, ils ont commencés à tirer sur les femmes.

21 Q. Où se trouvait votre beau-frère à ce moment-là ? L'avez-vous vu ?

22 R. J'ai vu que l'on emmenait sous mes yeux. On l'a obligé à marcher en

23 direction du village de Peci, ou de monter dans le camion.

24 Q. Que vous est-il arrivé suite à cette salve de coups de feu ?

25 R. Lorsque les hommes ont été emmenés, ils ont commencé à tirer. Une balle

Page 5178

1 m'a touché, mais je n'avais pas perdu connaissance, car j'étais toujours

2 debout. Ma fille s'était enfuie, et s'était cachée sous un escalier. Ma

3 fille aînée et la fille de mon beau-frère.

4 Q. Qu'en est-il de vos deux plus jeunes filles ? Où se trouvent-elles ?

5 R. Ma plus jeune était devant moi. Les deux filles étaient allongées par

6 terre devant moi, lorsque les coups ont été tirés.

7 Q. Vous avez évoqué le fait d'être blessée. Comment vous êtes-vous rendu

8 compte de cela ?

9 R. J'ai senti quelque chose de chaud, comme une brûlure. Ensuite, j'ai été

10 blessée une seconde fois. J'ai réalisé, à ce moment-là, que j'étais

11 blessée.

12 Q. Comment avez-vous été blessé la deuxième fois ?

13 R. Lorsque les hommes ont été emmenés, ils ont dit : "Nous ne pouvons rien

14 faire ici. Lancez un Zolja ou une grenade." A partir de ce moment-là, je

15 n'avais plus conscience de ce qu'il se passait autour de moi. Les choses se

16 sont assombries autour de moi. Ceux qui se trouvaient au milieu ont

17 survécu, et ceux qui étaient à l'avance sont morts. J'ai perdu

18 connaissance. Je me sentais complètement anesthésiée. J'étais complètement

19 perdue.

20 Q. Mais vous avez repris connaissance par la suite. Qu'avez-vous vu autour

21 de vous à ce moment-là ?

22 R. J'entendais des gens pleurer. J'ai vu ma fille, et je l'ai entendu dire

23 : "Notre mère est morte." Mon autre fille a répondu en disant : "Laisse-

24 la." J'ai ensuite senti mon dos, et j'ai senti que j'étais grièvement

25 blessée.

Page 5179

1 Q. Qu'avez-vous fait à ce moment-là ?

2 R. J'ai dit à mes filles de se rendre dans la cave, la maison de

3 Medanovic. Nous y sommes rendues, et j'ai pris un foulard de quelqu'un,

4 d'une femme, de façon à pouvoir panser mes blessures et empêcher une

5 hémorragie.

6 Q. Simplement, je vais faire une pause et vous montrer une autre

7 photographie qui porte le numéro ERN 02033316. Ceci se trouve sur l'écran

8 actuellement.

9 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Elle porte la cote P262.

10 Mme EDGERTON : [interprétation]

11 Q. Madame Brkovic, reconnaissez-vous la maison sur cette

12 photographie ?

13 R. Oui.

14 Q. De quoi s'agit-il ?

15 R. Il s'agit de la maison devant laquelle nous avons été alignés en

16 attendant notre exécution.

17 Q. Vous dites qu'après avoir repris connaissance, vous vous êtes rendues

18 dans le sous-sol ou dans le cave de la maison d'Osmanovic. Reconnaissez-

19 vous cette maison sur cette photographie ?

20 R. Oui, je la vois. On voit également le sous-sol.

21 Q. C'est exact ? Il s'agit du sous-sol du bâtiment qui se trouve à gauche,

22 ici, sur la photo.

23 R. Oui, c'est exact.

24 Q. Dans le sous-sol, dans la cave de cette maison, une fois que vous avez

25 pansé vos blessures, qu'avez-vous fait ?

Page 5180

1 R. J'entendais des gens pleurer très fort. Je constatais que ma fille

2 aînée n'était pas là, et j'ai cru qu'elle était morte. Je suis partie à sa

3 recherche. Les personnes qui avaient été blessées criaient assez fort.

4 Elles demandaient de l'eau. Je leur ai donné de l'eau à boire.

5 Q. Vous avez retrouvé votre fille ?

6 R. Ma fille est ensuite venue de l'endroit où elle s'était cachée derrière

7 l'escalier, en même temps que la fille de mon beau-frère. Elle m'a demandé

8 : "Maman, est-ce que tu est en vie ?" J'ai répondu : "Oui."

9 Q. Qu'avez-vous fait à ce moment-là ?

10 R. Nous sommes restées, là, pendant un petit moment. C'était déjà la nuit.

11 Parce que, sinon, ils auraient perquisitionné toutes les maisons, et

12 personne ne serait resté vivant.

13 Q. Qu'en est-il des autres blessés ? Est-ce que quelqu'un a essayé de les

14 aider ?

15 R. Oui. Nous les avons mis dans la maison de Sulejman Medanovic. Il y

16 avait quatre personnes qui étaient grièvement blessées. Trois d'entre elles

17 ne pouvaient pas marcher, et la femme de mon beau-frère pouvait marcher.

18 Elle a pu se déplacer toute seule.

19 Q. Qui était les autres femmes ?

20 R. Il y avait Hava Medanovic. Il y avait également Enesa Medanovic, et

21 Rubija Hadzic.

22 Q. A votre connaissance, est-ce que ces quatre femmes ont survécu pendant

23 cette nuit ?

24 R. Deux n'ont pas survécu, deux sont mortes.

25 Q. De qui s'agissait-il ?

Page 5181

1 R. Rubija est morte, ainsi que Hava, Hava Hadzic. Donc, Hava Hadzic et

2 Hava Medanovic sont mortes.

3 Q. Comment est-ce que vous le savez ?

4 R. Le lendemain matin, nous avons vu qu'elles étaient mortes.

5 Q. Est-ce que les deux autres femmes étaient vivantes ce matin-là ?

6 R. Oui.

7 Q. Qu'avez-vous fait le lendemain matin ?

8 R. Le lendemain matin, nous avons commencé à marcher vers le village de

9 Humici.

10 Q. Avez-vous eu l'occasion après cela de revenir dans votre village ?

11 R. Oui. Trois jours plus tard ou peut-être le quatrième jour.

12 Q. Pouvez-vous nous raconter cette visite ?

13 R. Nous sommes allés voir ce qu'il était advenu des personnes qui étaient

14 restées dans le village. Nous avons vu deux squelettes près de la porte. Il

15 y avait une maison qui était en train de brûler et on ne pouvait pas voir

16 grand-chose.

17 Q. Est-ce qu'il y avait d'autre chose qui brûlait ?

18 R. La maison de Sulejman Medanovic a brûlé.

19 Q. Avez-vous jamais revu les deux femmes blessées qui étaient encore en

20 vie lorsque vous avez quitté à nouveau Prhovo ?

21 R. Non. Nous n'avons trouvé que des squelettes, des ossements.

22 Q. D'après vous qui étaient ces squelettes ?

23 R. Nous savions qu'il y en avait que quatre-là. Nous en avons trouvé deux

24 exactement à l'endroit où nous les avions laissés et les deux autres se

25 trouvaient près de la porte.

Page 5182

1 Q. Lorsque vous les avez trouvés près de la porte, qu'avez-vous pensé ?

2 R. Nous savions qu'ils avaient brûlé. Nous ne savions quoi d'autre penser.

3 Ils ont probablement voulu échapper à l'incendie. Elles ont probablement

4 voulu fuir, mais elles n'ont probablement pas pu avoir la force suffisante

5 pour ce faire.

6 Q. Est-ce que vous avez reçu des renseignements ? Disposiez-vous de

7 renseignements qui vous ont fait penser qu'elles étaient vivantes au moment

8 où l'incendie s'est déclaré ?

9 R. Oui. Un de mes voisins est resté là-bas cette nuit, le matin, elle a

10 entendu des voix. Elle est allée les voir, elle leur a amené du café, et à

11 ce moment-là, on aurait encore pu les sauver.

12 Q. Je suppose qu'après cette visite, vous avez quitté Prhovo et que vous

13 êtes repartie à Humici, est-ce bien exact ?

14 R. Oui.

15 Q. Quelle est la distance entre Humici et Prhovo ?

16 R. Six kilomètres.

17 Q. Est-ce que vous avez marché ?

18 R. Oui.

19 Q. Quand est-ce que vous êtes retournée à Prhovo après cela ?

20 R. Le neuvième jour après cela.

21 Q. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment cela s'est passé et ce

22 qui a occasionné cela ?

23 R. Nous voulions enterrer les membres de notre famille. Nous voulions

24 obtenir ou récupérer leur corps. Nous voulions également rentrer chez nous.

25 Q. Pour pouvoir rentrer chez vous, à qui avez-vous demandé la permission

Page 5183

1 de ce faire ?

2 R. Nous nous sommes rendus auprès du commandement serbe afin de leur

3 demander si nous pouvions récupérer les corps qui étaient déjà infestés de

4 vermines, et qui étaient déjà en train de se décomposer.

5 Q. Que vous a dit le commandement serbe ?

6 R. Ils ne nous ont simplement pas donné l'autorisation de le faire. Tous

7 les jours, un homme s'y rendait pour demander cette permission. Le neuvième

8 jour, il leur a dit que nous allions tous être empoisonnés. Le neuvième

9 jour, finalement, ils ont fini par nous autoriser d'y aller et nous

10 autoriser à récupérer les corps.

11 Q. Vous nous dites qu'il leur a dit que "nous allions tous être

12 empoisonnés," je ne comprends pas tout à fait. Qu'est-ce qui se serait

13 passé ?

14 R. Je n'en sais rien. C'était absolument épouvantable à l'époque. Il y

15 avait des mouches qui transmettaient cela et l'odeur était épouvantable.

16 Q. Est-ce que cet homme, qui a reçu cette autorisation, vous a dit ce que

17 le commandement serbe lui avait dit ?

18 R. Oui. Il a dit que nous devions nous rendre là-bas et que nous devions,

19 en fait, récupérer les victimes au plus tard à 11 heures, sinon, ils

20 viendraient les enterrer eux-mêmes.

21 Q. Combien de personnes sont allées récupérer les victimes ?

22 R. Peut-être environ 15.

23 Q. Vous faisiez partie de ces volontaires ?

24 R. Oui.

25 Q. Qu'avez-vous fait lorsque vous êtes arrivée au village ?

Page 5184

1 R. Les hommes ont récupéré les morts. Nous sommes rentrés chez nous pour

2 récupérer un peu de nourriture. Nous sommes allés chez nous.

3 Q. Combien de corps ont été rassemblés ce jour-là ?

4 R. Oui, 38.

5 Q. Est-ce que cela inclut des victimes qui se trouvaient dans l'endroit où

6 vous avez été blessée ?

7 R. Oui. Dans l'ensemble, ils venaient de cet endroit.

8 Q. A votre connaissance, est-ce qu'il y avait des enfants parmi eux ?

9 R. Oui, il y avait de enfants. Le plus jeune avait 6 ou 7 ans. Il y avait

10 des enfants de 10 ans également.

11 Q. Est-ce que vous avez trouvé des membres de votre famille parmi les

12 corps qui ont été récupérés ce jour-là ?

13 R. Oui. J'ai vu la femme de mon beau-frère, sa fille. Il y avait également

14 d'autres voisins.

15 Q. Ce jour-là, est-ce que votre groupe a pu retrouver les hommes ou

16 certains des hommes qui avaient été emmenés ?

17 R. Non, mais un peu plus bas, ils en ont trouvé sept ou huit.

18 Mme EDGERTON : [interprétation] J'aimerais, Madame Brkovic, vous montrez

19 une autre photographie dont le numéro ERN est 02033315.

20 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Pièce à conviction P263.

21 Mme EDGERTON : [interprétation]

22 Q. Madame Brkovic, dites-nous si vous reconnaissez cet endroit puisque

23 vous avez la photo sous les yeux ?

24 R. Oui. C'est là que les corps étaient enterrés.

25 Q. En haut de la photo, nous pouvons apercevoir deux maisons; l'une à

Page 5185

1 gauche et l'autre à droite. A qui appartenaient ces maisons ? Est-ce que

2 c'étaient des maisons en ruine ?

3 R. Oui.

4 Q. A qui appartenaient ces maisons ?

5 R. A Ranko Osmanovic et Sefik Medanovic.

6 Q. Lorsque vous dites qu'on a trouvé un certain nombre d'hommes qui

7 avaient été emmenés depuis cet endroit, est-ce que vous aviez des membres

8 de la famille qui avaient été retrouvés à cet endroit-là ?

9 R. Non. Pour la plupart, c'étaient des voisins.

10 Q. Je souhaiterais, à présent, vous montrer un autre document qui porte le

11 numéro 00473294. C'est le numéro ERN de l'exemplaire en B/C/S.

12 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Pièce P264.

13 Mme EDGERTON : [interprétation]

14 Q. Vous pouvez peut-être prendre quelques minutes, Madame Brkovic, pour

15 examiner ce document. Je vous demanderais de lire les noms en votre for

16 intérieur qui figurent sur ce document.

17 Madame Brkovic, je souhaiterais attirer votre attention à la note qui se

18 trouve en bas de page. Il y a une liste de noms. Je vois Sefik Medanovic,

19 Teufik Medanovic, Safet Medanovic, Alaf [phon] Medanovic, Izet Hadzic,

20 Hasim Hadzic, Ilfad Brkovic également, et Isak Mesic. Est-ce que vous

21 connaissiez ces personnes ?

22 R. Oui, je les connais.

23 Q. Quand est-ce que vous les avez vus en vie pour la dernière fois ?

24 R. La dernière fois, je les ai vus alignés dans le rang avec moi.

25 Q. En bas de page, avant que la liste des noms ne commence, il y a une

Page 5186

1 référence qui, sous l'intitulé : "Note : Lors des combats qui ont eu lieu

2 avec l'armée, les membres de la police, outre les noms susmentionnés qui

3 ont été capturés dans la zone de combat et emprisonnés, les personnes

4 suivantes ont été tuées."

5 Maintenant, est-ce que vous avez connaissance si ces personnes avaient-

6 elles pris part au combat pendant la période au cours de laquelle nous

7 parlons ?

8 R. Non, pas du tout. Aucun combat n'a eu lieu, aucune résistance n'a été

9 faite.

10 Q. Est-ce que vous savez s'il s'agissait des membres des Bérets verts ?

11 R. Non.

12 Q. A votre connaissance, le jour où vous les avez vus en vie la dernière

13 fois, ces hommes étaient-ils en possession d'armes à feu quelconque ?

14 R. Non.

15 Q. Je vous remercie. Maintenant, pour revenir à l'enterrement des corps

16 pour ce qui est de ce groupe de personnes qui ont été récupérées de Prhovo,

17 est-ce que vous pourriez-nous dire de quelle façon avait-il été enterré ?

18 R. Une excavatrice est venue. Il y avait un homme qui avait demandé que

19 l'on procède à l'enterrement. On lui a dit que : "Si l'excavatrice ne

20 sortait pas de cet endroit-là, vous serez ensevelis vivant à cet endroit-là

21 aussi."

22 Q. Est-ce que vous savez qui avait emmené l'excavatrice ?

23 R. Je ne sais pas. Je ne connais pas ces hommes.

24 Q. Est-ce que vous aviez reconnu les personnes qui conduisaient

25 l'excavatrice et qui l'opéraient ?

Page 5187

1 R. Non.

2 Q. Lorsque vous êtes revenue à votre village pour enterrer les morts, est-

3 ce que vous êtes revenue chez vous ? Etes-vous allée dans votre maison ?

4 R. Oui.

5 Q. Qu'avez-vous fait ?

6 R. J'ai pris certaines choses appartenant à mes enfants. J'ai pris un peu

7 de nourriture que j'avais dans la maison, et c'est tout.

8 Q. Avez-vous fait autre chose ?

9 R. Non. Je n'ai rien fait d'autre. Nous sommes repartis aussitôt. On ne

10 nous a pas permis de faire autre chose.

11 Q. Est-ce que vous étiez en mesure de rester dans votre village et de

12 revenir dans votre maison ?

13 R. Tout était incendié. J'avais une pièce qui était complètement brûlée.

14 Pour ce qui est des autres pièces, elles étaient complètement noircies. Il

15 n'avait plus d'électricité du tout. La maison ne nous permettait pas d'y

16 vivre.

17 Q. Où êtes-vous allée après ?

18 R. Je suis revenue au village de Humici après.

19 Q. Combien de temps y êtes-vous restée ?

20 R. Trois mois.

21 Q. Est-ce qu'il vous a fallu faire quelque chose de particulier afin de

22 pouvoir y rester ?

23 R. Oui. Pour pouvoir aller plus loin ? Pour pouvoir sortir de Humici ?

24 Oui, effectivement.

25 Q. Oui. Qu'est-ce que vous avez dû faire ?

Page 5188

1 R. Oui.

2 Q. Qu'est-ce que c'était ? Qu'est-ce que vous avez dû faire ?

3 R. Il nous a fallu demander une permission spéciale, que nous allions

4 rendre visite à quelqu'un. Nous n'avions rien à manger.

5 Q. Comment vous avez fait pour sortir du village de Humici ?

6 R. Il nous a fallu remettre nos biens immobiliers. Il nous a fallu

7 renoncer à nos biens et dire que nous déménagions de façon permanente.

8 Q. Comment est-ce que vous avez fait cela ?

9 R. Il nous a fallu nous rendre à la municipalité et faire une demande pour

10 partir, signer des documents, et léguer tous nos biens derrière à la

11 municipalité.

12 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vais vous poser une question, Madame

13 le Procureur. D'abord je voudrais demander au témoin si elle parle anglais.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] A ce moment-là, pourriez-vous je vous

16 prie enlever vos écouteurs pour quelques instants.

17 Madame Edgerton, combien de temps avez-vous besoin encore ? Car si je me

18 base sur la déclaration que le témoin a donnée au bureau du Procureur, il

19 me semblerait que vous approchez la fin. Pour des raisons psychologiques,

20 bien sûr, la Chambre aimerait que le contre-interrogatoire débute

21 aujourd'hui, même s'il ne s'agit que quelques minutes. J'espère que les

22 parties comprennent de quoi il s'agit. De toute façon, puisque normalement

23 l'audience se termine à midi [comme interprété] moins le quart, je me

24 tourne vers les interprètes pour savoir s'ils sont d'accord que l'on

25 poursuive encore un peu l'audience d'aujourd'hui, peut-être pendant encore

Page 5189

1 sept à huit minutes après l'heure prévue pour la fin de l'audience. C'est à

2 ce moment-là que nous pourrions peut-être commencé le

3 contre-interrogatoire.

4 [La Chambre de première instance et la Greffière se concertent]

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je crois que les parties comprendront

6 tout à fait l'importance de ceci. Il serait peut-être bon pour le témoin de

7 savoir qu'elle a déjà répondu à quelques questions émanant de l'équipe de

8 la Défense.

9 Qu'en dites-vous, Madame Edgerton ?

10 Mme EDGERTON : [interprétation] Justement, Monsieur le Président, j'allais

11 remercier Madame Brkovic de son témoignage, et j'en avais terminé en fait

12 avec l'interrogatoire principal.

13 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Alors je vous remercie, et

14 vous prie de procéder ou de poursuivre.

15 Mme EDGERTON : [interprétation] Madame Brkovic, je souhaiterais vous

16 remercier d'être venue ici devant les Juges, car cela met fin aux questions

17 que j'avais à vous poser pour ce qui est de la journée d'aujourd'hui.

18 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Je vous remercie, Madame Edgerton.

19 J'aimerais demander au témoin de nouveau d'enlever ses écouteurs pour

20 quelques secondes.

21 Madame Loukas, nous allons maintenant commencer le contre-interrogatoire,

22 comme j'ai déjà expliqué. Simplement pour votre information, comme j'ai

23 déjà dit aux parties hier, la Chambre a une déclaration à sa disposition.

24 Elle pourra ainsi suivre et contrôler l'interrogatoire des témoins.

25 La Chambre a remarqué qu'il y a plusieurs écarts entre les

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1 déclarations que le témoin a fournies. La Chambre a également remarqué

2 qu'il y a plusieurs similitudes, mais également plusieurs différences qui

3 figurent dans les diverses déclarations que le témoin a fournies.

4 Vous savez que conformément aux règlements et au statut, la Chambre

5 doit porter une attention toute particulière aux témoins qui ont été

6 victimes de ce conflit. Vous comprendrez très bien que ce témoin fait

7 partie des catégories des victimes.

8 Mme LOUKAS : [interprétation] Monsieur le Président, je pourrais

9 peut-être vous venir en aide en vous disant que je n'ai absolument aucune

10 question à poser pour ce qui est du contre-interrogatoire de ce témoin.

11 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Donc il n'est plus

12 nécessaire d'insister là-dessus.

13 Mme LOUKAS : [interprétation] Non, il n'est plus nécessaire de perdre du

14 temps à la Chambre. C'est donc tout ce que j'avais à dire.

15 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Merci. Je vous remercie de

16 cette information, Maître Loukas.

17 Madame, vous pouvez remettre vos écouteurs. Madame Brkovic, je suis sûr que

18 Mme Edgerton, ou que des conseils de l'Accusation vous ont expliqué que

19 normalement après que vous avez répondu aux questions posées par les

20 membres du bureau du Procureur, dans le cadre de l'interrogatoire

21 principal, c'est au tour de la Défense de vous poser un certain nombre de

22 questions dans le cadre du contre-interrogatoire. La Défense m'informe à

23 l'instant qu'elle n'a plus aucune question pour vous. Qu'elle n'a plus de

24 question du tout à vous poser, et les autres Juges, mes collègues, m'ont

25 également informé qu'ils n'avaient pas de questions à votre endroit. Je

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1 n'ai moi-même pas de questions à vous poser non plus, ce qui veut dire que

2 même si vous vous attendiez sans doute à devoir répondre aux questions qui

3 auraient dû vous être posées par la Défense et les membres, les Juges de la

4 Chambre de première instance, j'ai le plaisir de vous informer que votre

5 témoignage devant ce Tribunal est terminé.

6 Je souhaiterais donc vous remercier de vous être déplacée. Je

7 souhaite vous remercier d'avoir répondu aux questions qui vous ont été

8 posées. La Chambre est tout à fait consciente que votre tâche a dû être

9 très difficile. Vos réponses nous ont fait comprendre très clairement qu'il

10 s'agissait d'événements bien traumatisants, d'événements que vous nous avez

11 relatés, et la Chambre apprécie énormément votre témoignage. Nous vous

12 remercions et nous vous souhaitons un bon retour à la maison.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

14 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Madame l'Huissière, vous pouvez faire

15 sortir Mme Brkovic du prétoire.

16 [Le témoin se retire]

17 L'INTERPRÈTE : Le témoin s'adresse à la Greffière pour dire que : "Je

18 peux sortir toute seule."

19 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Nous allons

20 maintenant lever la séance, et nous reprendrons nos travaux demain.

21 Oui, je vous écoute, Monsieur Hannis.

22 M. HANNIS : [interprétation] Monsieur le Président, nous avons un témoin de

23 prévu pour demain. Je comprends que nous allons essayer de procéder en

24 vertu de l'Article 89(F). Il y a une possibilité que le contre-

25 interrogatoire de ce témoin sera terminé avant la fin de la journée de

Page 5192

1 demain, et le prochain témoin ne sera prêt peut-être que jeudi. Donc, s'il

2 y a un certain nombre de questions que vous voulez que l'on débatte, des

3 questions de procédure et des questions d'intendance, nous pourrions peut-

4 être les couvrir à ce moment-là.

5 M. LE JUGE ORIE : [interprétation] Très bien. Alors cela nous

6 permettra de relire les documents que nous avons à notre disposition.

7 Nous allons maintenant lever la séance jusqu'à 14 heures 15 demain.

8 Nous reprendrons nos travaux dans la salle d'audience numéro III.

9 --- L'audience est levée à 13 heures 46 et reprendra le mercredi 1er

10 septembre 2004, à 14 heures 15.

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