Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 30 novembre 2006

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 17.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, appelez le numéro de

6 l'affaire.

7 M. LE GREFFIER : Bonjour, Monsieur le Président. Affaire

8 IT-04-74-T, le Procureur contre Prlic et consorts.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur le Greffier. Je salue toutes les

10 personnes présentes, les représentants de l'Accusation, les avocats, MM.

11 les accusés. Nous devons dans quelques minutes introduire un témoin, avant

12 cela, l'Accusation nous a informé par l'intermédiaire de la Juriste de la

13 Chambre, qu'elle souhaitait une extension du nombre de pages concernant une

14 demande que nous avons faite.

15 Monsieur Mundis.

16 M. MUNDIS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président, Messieurs

17 les Juges. Bonjour à tous, toutes les personnes présentes dans le prétoire.

18 Effectivement, j'ai contacté la Juriste de la Chambre concernant la re-

19 déposition de la requête conformément au 92 bis, eu égard au témoin de

20 Prozor. Comme vous le savez certainement, Messieurs les Juges, vous vous en

21 souviendrez, cette demande portait sur la comparaison de 11 propositions de

22 déclaration des témoins 92 bis, il y avait 16 témoins viva voce dans la

23 municipalité de Prozor. Compte tenu des exigences de la Chambre, à savoir

24 de faire en sorte que la déposition, écrite aux éléments de preuve écrits,

25 concorde avec la déposition viva voce, nous avons prévu, par conséquent, de

26 déposer notre ordonnance pour répondre aux exigences de la Chambre et de

27 parler ou d'évoquer ces témoins dans une seule et même requête, qui sera de

28 25 à 30 pages. Nous demandons, par conséquent, une extension du nombre de

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1 pages pour pouvoir déposer tout ceci en même temps. J'ai simplement, pour

2 les besoins de la Chambre de première instance et de la Défense, pour ce

3 qui est de notre calendrier, j'espère être en mesure de pouvoir déposer

4 ceci lundi, mais, en tout cas, au plus tard mardi ou mercredi, donc, il

5 s'agit de la requête concernant ces témoins.

6 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. La Chambre fait droit à votre demande, donc,

7 vous êtes autorisé à dépasser le nombre de pages.

8 Par ailleurs, concernant la protection des témoins de la semaine prochaine,

9 j'ai demandé donc à la Défense de nous faire connaître leurs positions,

10 mais, à ce jour, aucun document ne nous a été fourni. Maître Karnavas, pour

11 la semaine prochaine, quelle est votre position ?

12 M. KARNAVAS : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je m'en remets

13 à la Chambre en ce qui concerne tous les témoins restants à moins que se

14 soit une personnalité politique, et à ce moment-là, je donnerai ma

15 position, mais, pour le reste, non.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Je présume que pour les autres avocats c'est

17 la même position. Maître Kovacic ?

18 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, si vous me le

19 permettez, je vais demander deux numéros IC pour un document, s'il vous

20 plaît -- ou plutôt, les documents que je souhaite verser au dossier par

21 l'intermédiaire du Témoin CI ? J'ai une liste ici sous les yeux et,

22 deuxièmement, l'objection que je soulève eu égard à la proposition de

23 l'Accusation concernant les trois derniers témoins.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, les documents IC, on verra cela lundi parce

25 que notre temps est limité aujourd'hui du fait qu'il y a deux témoins.

26 Quelle est l'objection concernant les trois témoins de la semaine

27 prochaine ?

28 M. KOVACIC : [interprétation] Pas d'objection. Je rejoins

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1 Me Karnavas sur ce point.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Si aucun avocat n'a d'objection, donc, nous

3 accorderons des mesures de protection. Alors, je vais, en quelques

4 instants, demander à Mme l'Huissière de baisser les rideaux, et nous allons

5 introduire un témoin protégé. Une fois qu'on aura procédé à la prestation

6 de serment, sous mesures de protection, on relèvera le rideau.

7 Donc, Monsieur le Greffier, nous allons passer en audience à huis clos ?

8 M. LE GREFFIER : Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur le Président.

9 [Audience à huis clos partiel]

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2 [Audience publique]

3 M. KRUGER : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

4 Q. Témoin CI, des personnes à l'extérieur de ce prétoire peuvent

5 maintenant vous entendre. Donc, je vous demande de vouloir ne pas citer des

6 noms, s'il vous plaît.

7 R. Fort bien.

8 Q. Très bien. Brièvement je souhaite parler de Kevcici. Est-ce que

9 Kevcici se trouve dans le village de Bivolje Brdo dans la municipalité de

10 Capljina ?

11 R. Oui, cela appartient à Bivolje Brdo.

12 Q. Bivolje Brdo se trouve sur le plateau de Dubrave ?

13 R. Oui, c'est exact.

14 Q. A quelle distance se trouve Bivolje Brdo par rapport à Domanovici ?

15 R. Trois kilomètres environ.

16 Q. Lokva ?

17 R. Deux et demi kilomètres environ de Lokva.

18 Q. Avant la guerre, est-il exact de dire que le hameau, dans vous étiez à

19 Kevcici, était habité par majoritairement par des Musulmans ?

20 R. Oui.

21 Q. Mais dans la région se trouvaient également des personnes appartenant à

22 d'autres groupes ethniques, n'est-ce pas ? Les Croates, par exemple; est-ce

23 exact ?

24 R. Oui, c'est exact. Il y en avait là, mais ils étaient moins nombreux.

25 Q. Je souhaite maintenant passer à la date -- au mois de juillet 1993, au

26 début du mois de juillet 1993. Est-il exact de dire qu'il n'y avait que

27 vous, votre mari et votre beau-père ainsi que votre deuxième fils et sa

28 famille qui vivait avec vous ou qui se trouvait dans ce hameau avec vous ?

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1 R. Nous avons habité dans cette maison, il n'y avait pas de maisons aux

2 alentours. Les autres personnes vivaient un peu plus loin car ce n'était

3 pas une région très construite.

4 Q. Votre fils et sa famille, vivaient-ils dans votre maison ?

5 R. Nous avions deux maisons. Mon mari et moi-même, mon beau-père, nous

6 vivions dans une maison, et mon fils cadet vivait avec sa femme et son bébé

7 de trois mois, dans l'autre maison.

8 Q. La maison de votre fils, où il vivait avec sa famille, se trouvait de

9 l'autre côté de la route par rapport à l'endroit où se trouvait votre

10 maison ?

11 R. c'est exact.

12 Q. Bien, Témoin. Le 1er juillet, pourriez-vous nous dire ce qui s'est

13 passé

14 lorsque votre mari est parti travailler ?

15 R. Il est parti à 6 heures du matin en autobus. A trois kilomètres de

16 notre maison, ils ont arrêté le bus. Je ne sais pas qui c'étaient. Ils lui

17 ont dit de descendre, toute personne musulmane, et lorsqu'ils ont regardé

18 leurs papiers d'identité, toute personne musulmane devait descendre et est

19 emmené à une direction inconnue. Ensuite, nous avons appris qu'ils ont été

20 emmenés dans le camp de Dretelj. Ils l'ont emmené dans une "Black Maria",

21 mais je ne savais pas cela, à ce moment-là.

22 Q. Témoin, ce que vous venez de dire à propos de l'enlèvement de votre

23 mari, est-ce que vous avez entendu cela de la bouche d'un jeune garçon qui

24 était à bord de ce même autobus que votre mari ?

25 R. Oui, c'est exact. C'est un garçon qui me l'a dit. Les enfants sont

26 revenus, mais les adultes ont été amenés.

27 Q. Jusqu'au 13 juillet, avez-vous jamais tenté d'apporter quelque chose à

28 votre mari ou de lui rendre visite ?

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1 R. Oui, j'ai essayé, mais je n'ai pas réussi.

2 Q. Vous avez essayé de vous rendre à Dretelj; c'est exact ?

3 R. Oui, c'est exact.

4 Q. Témoin, est-ce que nous pouvons maintenant passer à la date du 11

5 juillet ? Le 11 juillet, où se trouvait votre fils ? Qu'était-il arrivé à

6 votre fils, votre second fils ?

7 R. Le 11 juillet, je suis partie -- je me suis mise en route pour aller

8 rendre visite à mon mari avec une de mes voisines, son mari se trouvait au

9 même endroit. La police est arrivée. D'après ce que j'ai pu voir des

10 insignes qu'ils portaient c'était des hommes assez forts, armés. Ils ont

11 encerclé la localité. Je ne savais pas ce qu'il se passait. En réalité, ils

12 cherchaient des hommes. Tous les hommes qui se sont présentés ont été

13 emmenés par eux. Ils ont commencé à tirer. J'avais peur pour mon fils. Je

14 ne savais pas où il se trouvait exactement. J'avais peur et c'est ma belle-

15 fille qui m'a dit qu'il avait peut-être été arrêté ou tué. J'avais peur. A

16 ce moment-là, bien je m'étais mise en route pour aller voir mon mari. Je

17 souhaitais lui apporter des vêtements de rechange et on ne m'a pas permis

18 de le faire. Je ne pouvais même pas demander où il était. Je suis revenue à

19 pied.

20 Q. Ces hommes assez forts et armés qui entouraient la localité, savez-vous

21 à quelle entité ils appartenaient, à quelle organisation ?

22 R. Je ne savais pas laquelle, mais il me semblait qu'ils appartenaient au

23 HVO parce qu'ils portaient les insignes du HVO, le "HV", quelque chose

24 comme cela.

25 Q. Bien, Témoin, ce même jour --

26 M. KRUGER : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que nous pouvons

27 passer à huis clos partiel pendant quelques instants s'il vous plaît ?

28 M. LE JUGE ANTONETTI : A huis clos partiel pendant quelques instants.

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1 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel. Monsieur

2 le Président.

3 [Audience à huis clos partiel]

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22 [Audience publique]

23 M. KRUGER : [interprétation]

24 Q. Revenons. Est-ce que cet homme était vêtu d'un uniforme au moment où il

25 est arrivé ?

26 R. Je ne m'en souviens pas. Je pense plutôt que oui. Uniforme militaire je

27 pense. C'était plutôt quelqu'un qui s'occupait des arrières, de la

28 logistique. C'est un garde patriotique, il tenait les points de contrôle.

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1 Q. Est-ce que vous vous êtes rendu dans la maison dans laquelle il vous a

2 dit de vous rendre ?

3 R. Oui, je devais le faire. De toute façon, si je n'y étais pas allé moi-

4 même, quelqu'un serait venu me chercher pour m'amener là-bas. J'y suis

5 allée avec ma belle-fille et le bébé. Ensuite, mon beau-père n'a pas pu

6 venir, il n'a pas pu venir avec nous.

7 Q. A quel moment êtes-vous arrivée à la maison ?

8 R. Bien, quelqu'un qui avait l'air d'un commandant est venu nous faire une

9 leçon. Il y avait beaucoup de vieillards là-bas. Il n'y avait pas de

10 jeunes. En tout cas, je n'en ai pas vu. J'ai cru qu'on les avait tous

11 amenés quelque part avant. J'étais surprise de voir cet homme, la façon

12 dont il était venu, il ne ressemblait absolument pas à un commandant, je ne

13 sais même pas à quoi il ressemblait. En tout cas, il nous a fait une leçon

14 à nous les femmes. Il nous a demandé de prendre le contact avec les hommes

15 et qu'il fallait qu'ils se rendent avant 6 heures du matin, le lendemain

16 matin. S'ils ne faisaient pas cela, et bien qu'il y allait avoir des

17 meurtres, des pilonnages et qu'on allait même tuer du bétail et pas

18 seulement des hommes.

19 Q. Est-ce qu'il vous a dit autre chose ? Est-ce qu'il vous a donné

20 d'autres instructions à vous et aux autres ?

21 R. Non, il a dit -- il a demandé s'il y avait qui que ce soit qui faisait

22 partie de l'ABiH. Une femme a dit que son mari y était. Il a dit que ces

23 gens-là allaient être libres. Les autres qui ne s'ils ne se rendaient pas,

24 qu'ils allaient être arrêtés. Pour cette femme -- à cette femme dont une

25 famille était vraiment dans l'armée, dont le mari était vraiment à l'armée,

26 il a dit : "De dire à son mari de rester à la maison," et qu'on allait

27 venir le chercher pour l'arrêter.

28 Q. Vous avez décrit cet homme comme un commandant ? Sur la base que vous -

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1 -

2 M. STEWART : [interprétation] Il a dit qu'il ressemblait à un commandant.

3 M. KRUGER : [interprétation] Oui.

4 Q. Ce prétendu commandant --

5 R. Je voudrais dire qu'il ne ressemble pas du tout à un commandant. Lui,

6 il nous a dit qu'un commandant allait venir nous voir et c'est pour cela

7 que j'en suis arrivée à la conclusion que c'était lui le commandant. C'est

8 pour cela que je l'ai dit. Pour moi, il ne ressemblait pas du tout à un

9 commandant. Il avait des vêtements civils et il n'était pas du tout propre

10 sur lui. Il n'était pas bien habillé du tout.

11 Q. Madame, vous avez été là-bas et quand vous parlez et quand vous dites

12 ce que vous dites avoir vu, vous parlez au nom de qui ?

13 M. STEWART : [interprétation] Bien, nous revenons à la même chose mais je

14 vois que Me Karnavas s'est levé.

15 M. KARNAVAS : [interprétation] Bien, j'ai voulu tout simplement dire que

16 cette question est hautement hypothétique.

17 M. STEWART : [interprétation] Bien, apparemment, nous pensons de la même

18 façon puisque j'ai exactement voulu évoquer la même objection, Maître

19 Kruger.

20 M. KRUGER : [interprétation] Je ne vais pas insister sur cette question-là.

21 Q. Je vais vous demander, Madame le Témoin, de passer à la journée du 13

22 juillet 1993.

23 M. KRUGER : [interprétation] Je voudrais à nouveau, Monsieur le Président,

24 demander que l'on passe à huis clos partiel ?

25 M. LE JUGE ANTONETTI :

26 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes revenus à huis clos partiel

27 Monsieur le Président.

28 [Audience à huis clos partiel]

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17 [Audience publique]

18 M. KRUGER : [interprétation]

19 Q. Madame le Témoin, le lendemain, le 14 juillet, très tôt le matin, vous

20 quittez la maison, vous partez de la maison où vous avez dormi, ensuite,

21 vous revenez dans votre maison, là où se trouvait votre beau-frère. Que

22 s'est-il passé à partir de ce moment-là ?

23 R. En arrivant je l'ai retrouvé au rez-de-chaussée. C'était une partie de

24 la maison qui n'était pas encore construite et il m'a demandé de lui donner

25 quelque chose à manger et je l'ai fait. Il ne savait pas du tout ce qui

26 allait se passer, moi non plus, par la suite. Ensuite, il m'a dit :

27 "Ecoute, j'ai passé la nuit dans la citerne --" c'est l'endroit où se

28 trouve la hydraulique, c'est le moteur qui fait monter l'eau dans la

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1 citerne, il m'a dit : "Qu'il n'avait pas quitté la maison et qu'il allait

2 encore passer la nuit là-bas." J'ai essayé de le convaincre, mais il ne

3 voulait absolument pas sortir de la maison. Il y avait un autre homme là

4 qui a essayé aussi de lui demander de se joindre à nous, de partir avec

5 nous, mais il ne voulait pas le faire.

6 Je ne pouvais pas attendre. Je n'avais pas la force d'attendre

7 encore. Depuis 6 heures du matin, j'étais debout et j'ai compris déjà à 10

8 heures quelque chose de très mal allait se produire. Un camion s'est arrêté

9 et il y avait un voisin là-dedans. Il nous a dit où il fallait aller. Il

10 nous a dit de nous rendre dans la maison où j'avais déjà passé la nuit où

11 j'étais déjà restée une fois.

12 Q. Qu'est-ce que vous avez fait ensuite ?

13 R. J'ai dit à mon beau-père que je ne pouvais plus rester là-bas et il m'a

14 dit : "Ecoute, toi tu pars et je reste dans la maison." Cependant, j'ai

15 trouvé un abri derrière la maison, une espèce d'étable, et c'est là que je

16 suis restée.

17 Q. Est-il exact de dire que vous avez laissé la porte entrouverte de sorte

18 que vous puissiez voir l'arrière de votre maison ?

19 R. Oui. Oui. Puisque de toute façon il n'y avait pas vraiment une porte.

20 Il y avait un noyer qui couvrait un peu l'entrée. Je me suis montée une

21 barrique qui m'abritait. On ne pouvait pas me voir de l'extérieur. C'est

22 vraiment par pure chance que j'ai survécu à tout ce qui s'est passé par la

23 suite, à l'incendie de la maison, au meurtre de mon beau-père.

24 Q. A quelle distance se trouve cette étable, cet endroit par rapport à la

25 maison ?

26 R. Quinze mètres, pas plus, même pas 20.

27 Q. Pourquoi vous êtes-vous cachée là-bas ? Que s'est-il passé par la

28 suite ? Qu'est-ce que vous avez entendu par la suite ?

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1 R. Ce que j'ai entendu.

2 Q. Ne mentionnez pas de nom, s'il vous plaît.

3 R. Bien. Entre-temps, j'ai entendu des bruits. J'ai pensé que c'était un

4 transporteur de troupes qui avait passé par là, mais au bout d'un certain

5 moment, on a compris qu'en réalité on était déjà en train d'incendier la

6 maison près ce Colakovici. C'est par la suite que j'ai apprise cela. En

7 tout cas, j'ai senti l'odeur. J'ai vu les cendres volées en direction du

8 nord emportées par le vent. Entre-temps, ce même jour mais plus tard, ce

9 même camion est allé là-bas. J'ai entendu un tir. J'ai entendu des cris,

10 des appels en aide. A ce moment, ils sont venus, ils ont trouvé les hommes

11 -- qu'ils ont trouvés là-bas, ils ont séparé des femmes et des enfants. Les

12 femmes et les enfants, ils les ont fait monter dans les camions et ils ont

13 envoyé ces camions en direction de Domanovici.

14 Q. Bien. Nous allons revenir là-dessus. Je vais vous poser quelques

15 questions à ce sujet encore. Vous avez entendu ce bruit, vous avez senti

16 l'odeur du brûlé, qu'est-ce qui s'est passé avec votre maison ? Dites

17 l'heure juste, s'il vous plaît.

18 R. Entre-temps, enfin peu de temps après, devant notre maison on a pu

19 entendre quelque chose qui ressemblait au bruit fait par les blindés de

20 transports de troupes, mais je ne l'ai pas vu puisque je n'osais pas

21 sortir. Je me couchais -- de toute façon je me disais que rien n'allait

22 arriver à mon beau-père, qui pourrait le tuer, pourquoi ? Qui pourrait

23 faire quelque chose d'aussi cruel ? Il est trop vieux. Mais quand ils sont

24 entrés ils ont appelé son nom de famille et ils sont entrés dans la maison.

25 Il y en a qui sont montés à l'étage et d'autres au rez-de-chaussée, j'avais

26 l'impression qu'ils cherchaient quelque chose. Je ne savais même pas quoi.

27 Entre-temps, un autre a dit : "Il a vu --" et à partir du moment, il a dit

28 cela on n'entendait rien d'autre. Entre-temps, il dit : "Ecoute, vieux,

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1 est-ce que tu préfères qu'on te tue ou qu'on arrête ?" J'ai fait une prière

2 pour moi, je me suis dit : "J'espère, j'espère qu'ils vont pas te tuer.

3 J'espère qu'ils vont t'arrêter." Je suppose qu'il est parti quelque part.

4 Il s'est mis en marche. J'ai entendu un cri : "Est-ce que tu préfères qu'on

5 te tue ou qu'on t'arrête ?" Ensuite, ils ont ajouté : "Ce Moudjahiddine qui

6 t'a tué, un Musulman."

7 J'ai du mal à vous dire tout cela - si c'est grand-père, beau-père

8 [imperceptible] - parce que je ne me souviens pas des mots exacts et puis,

9 je me suis dit encore, mais non, ils ne vont pas le tuer, ce n'est pas

10 possible et ils lui ont demandé : "Où se trouvent des fils ?" Alors qu'il

11 n'avait qu'un seul fils et qui a été arrêté parmi les premiers au mois de

12 juillet 1993. Pourquoi ? Je ne sais même pas. Je pense qu'il y a dû se

13 diriger vers la porte parce que c'est là qu'on l'a tué à sept mètres de la

14 maison, et ensuite, on entendait plus rien. On pouvait juste sentir l'odeur

15 du feu, du brûlé et puisqu'on ne pouvait plus entendre rien du tout, je me

16 suis dit que notre grand-père a été tué. Par la suite, ceci s'est avéré

17 être vrai.

18 Q. Est-ce que je peux vous arrêter là. Donc, il a dit : "Un Moudjahiddine

19 t'as tué," qui a dit cela ? Qui a dit cela ? Est-ce que c'est votre grand-

20 père qui a dit cela ?

21 R. Non. Ce sont les hommes qui ont incendié la maison, qui ont mis le feu

22 à la maison et qui l'ont tué. Ils ont voulu dire cela pour le provoquer. Il

23 l'a appelé par son nom comme si c'était son fils qui faisait partie des

24 Moudjahiddines alors que ce n'était absolument pas vrai. Cela n'avait rien

25 à voir avec la vérité, mais ils s'en fichaient complètement de la vérité,

26 même s'il leur a dit que ce n'était pas vrai.

27 Q. Est-ce que je peux vous arrêter à nouveau sur un point. Ces hommes dont

28 vous parlez, est-ce que vous savez d'où ils venaient, qui ils étaient ?

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1 R. Ils étaient membres de l'armée du HVO; ce sont soit des soldats et je

2 peux le garantir parce que je sais qu'ils étaient là. C'étaient les seuls

3 qui étaient là parce que ceux qui avaient incendié avant au niveau de

4 Domanovici, ils nous ont bien raconté qui c'était qui étaient ces gens qui

5 avaient incendié les maisons là-bas à Domanovici. Ils ne nous ont pas dit

6 vraiment qui c'étaient, mais je sais que c'était l'armée du HVO. Puis,

7 parmi eux, il y avait un voisin à nouveau qui les avait emmenés jusqu'à

8 notre maison puisqu'ils connaissaient notre nom, notre nom de famille.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Est-ce qu'on peut passer à huis clos ?

10 M. KRUGER : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

11 M. LE GREFFIER : Nous sommes à huis clos partiel.

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2 [Audience publique]

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier.

4 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes en audience publique.

5 M. KRUGER : [interprétation]

6 Q. Madame le Témoin, à l'époque où l'on a tué votre beau-père, que s'est-

7 il passé avec votre maison ?

8 R. En face de cette maison-là, on a aussi brûlé l'autre maison.

9 Q. Mais votre maison, est-ce que votre maison a été brûlée ?

10 R. Oui, oui, complètement. Elle a vraiment complètement brûlé jusqu'aux

11 cendres. Puisque de toute façon, le rez-de-chaussée de la maison n'était

12 pas terminé, et puis, on avait aussi des bureaux au rez-de-chaussée. La

13 partie supérieure de la maison partait déjà en cendres. Entre-temps, quand

14 ils ont tué le grand-père, ils ont aussi incendié l'autre maison. Ils ont

15 juste traversé la rue et ils ont incendié l'autre maison.

16 Q. Après que la deuxième maison a été incendiée, est-ce que vous avez

17 entendu ou vu ce que ces gens faisaient, ce qu'ils ont fait par la suite ?

18 R. Ils sont partis en direction du nord, en direction d'un petit quartier

19 de Pasicevina et ils ont aussi incendié deux maisons juste à côté de ma

20 maison, enfin ce n'est pas si près que cela, je dirais à 200 mètres à peu

21 près de ma maison, 250 mètres. Je les ai entendus tirer --

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, vous dites qu'ils ont incendié la maison.

23 Vous les avez vus incendier, ou vous avez constaté qu'il y avait un

24 incendie après ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] J'ai entendu des tirs même là-haut et puis, il

26 y avait la fumée et même j'ai vu le feu parce que c'était un petit peu plus

27 tard et j'ai pu me ressaisir pour me préparer, pour partir dans la nuit

28 quand il n'y avait plus personne.

Page 10912

1 Non, je ne le sais pas. Non, je ne peux plus voir cela.

2 M. KRUGER : [interprétation]

3 Q. Maintenant, Témoin --

4 R. C'est vrai que j'ai pu voir par la suite et qu'il y avait une

5 espèce de poudre blanche autour de la maison. Je ne savais pas ce que

6 c'était. Mais, ensuite, on a dit que c'était quelque chose, un combustible,

7 quelque chose qui brûle vite.

8 Q. Vous avez vu cela au niveau de quelle maison ?

9 R. Là où on a tué le grand-père autour de la maison, j'ai vu cela, mais, à

10 l'intérieur, je n'osais même pas entrer à l'intérieur. Je ne pouvais pas

11 d'ailleurs parce que tout était chaud.

12 Q. Madame le Témoin, est-il exact que, plus tard cette même nuit, vous

13 avez vu le corps de votre beau-père. Vous êtes -- vous avez quitté

14 l'endroit où vous vous cachiez, où vous étiez abritée et vous êtes sortie

15 donc et vous avez vu le corps de votre beau-père ?

16 R. Oui, c'est exact.

17 Q. Pourriez-vous nous décrire ce que vous avez vu ?

18 R. J'ai vu la position dans laquelle il était. Il gisait donc par terre.

19 J'ai vu comment il était tourné, mais je n'ai pas eu le courage de voir où

20 il a été touché par balle. Je ne saurais dire s'il avait été tué par une

21 seule balle ou deux parce qu'il portait un manteau, alors qu'on était au

22 mois de juillet. Il nous disait qu'il avait froid la nuit. Il fallait que

23 je parte le plus vite possible. Je ne sais même pas au jour d'aujourd'hui

24 comment j'ai fait pour m'échapper de là, pour partir.

25 Q. Est-il exact qu'à partir de cet endroit-là, vous vous êtes rendue à

26 Lokva ?

27 R. Oui. J'attendais que la nuit tombe, c'était à peu près à 9 heures de

28 soir parce que ce point de contrôle était juste au-dessus de chez nous, de

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1 notre maison, et donc je n'osais pas passer par là. Donc il fallait que je

2 m'abrite n'importe où, que je trouve un endroit où dormir. Donc j'ai

3 emprunté les bois et j'ai vu que tout était incendié autour de moi, et

4 devant moi, j'ai vu un arbre qui brûlait aussi et j'ai compris qu'on était

5 toujours en train de mettre le feu, d'incendier autour. Je suis arrivée là-

6 bas et il n'y avait personne de Lokva parce qu'ils étaient tous déjà partis

7 dans les bois.

8 Q. Madame, vous dites que tout a été brûlé; est-ce que vous parlez du

9 bois, des arbres ?

10 R. La direction que j'ai prise c'était des bosquets, des prés, des champs,

11 peut-être qu'il y avait aussi des arbres fruitiers, mais ils brûlaient

12 tout, peu importe, arbres fruitiers ou non. De toute façon, il y avait très

13 peu de maisons, des maisons de vacances qui étaient là et à l'époque je

14 n'avais pas vraiment le temps pour regarder dans quel était c'était. J'ai

15 vu pour une maison qu'elle était bien endommagée, mais je ne regardais

16 rien. J'ai essayé juste de faire attention là où je mettais mes pieds pour

17 ne pas y brûler parce que tout brûler autour, autour de moi.

18 Q. A Lokva, quand vous y êtes arrivé, vous n'y avez trouvé personne.

19 Pouvez-vous nous dire qu'en est-il des maisons à Lokva, est-ce que c'est

20 maisons étaient intactes ?

21 R. Intacte et même les maisons étaient fermées à clé parce que j'ai essayé

22 aussi d'entrer dans certaines maisons puisque les gens que je retrouvais

23 dans le bois, ils m'ont raconté que les habitants avaient tout fermé à clé

24 espérant de revenir pour nourrir les bétails. Mais ils n'ont pas pu le

25 faire par la suite.

26 Q. Madame le Témoin, est-il exact que par la suite vous êtes revenu dans

27 votre propre maison et qu'en revenant, en retournant dans votre maison le

28 corps de votre beau-père n'était plus là.

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1 R. Oui, oui. Ce n'est pas vrai, je ne suis pas revenu le lendemain parce

2 que le matin, j'ai essayé de retrouver, de trouver quelqu'un pour enterrer

3 mon beau-père parce que j'avais encore de l'espoir de pouvoir trouver le

4 temps, de faire cela. Mais vous savez c'était encore -- c'était déjà la

5 guerre. Dans cet autre village, là où je suis allé, ils m'ont dit : "Non,

6 non. Il faut absolument pas que tu ailles, il faut vraiment que tu restes."

7 Puis, j'ai passé la nuit là-bas, il n'y avait pas mal de réfugiés, j'ai

8 posé des questions pour savoir où se trouvait ma belle fille, personne ne

9 savait rien me dire, ensuite, j'ai réussi à revenir, à retourner chez moi

10 pour voir le corps de mon beau-père, c'était le 16. Les réfugiés qui

11 avaient été rassemblés, on les a chassés à Capljina. Il y en avait une qui

12 est passé chez son voisin pour lui apporter quelque chose, et il m'a dit

13 qu'elle avait vu ma belle-fille, qu'elle pleurait et qu'elle a vu mon fils,

14 que mon fils était avec elle, et qu'il ne pouvait pas lui promettre de la

15 prendre avec elle parce que le bébé était tout petit. Pour moi, c'était

16 bien d'apprendre, j'ai des bonnes nouvelles d'apprendre qu'ils étaient en

17 vie, c'était déjà bien.

18 Q. Que s'est-il passé avec le corps de votre beau-père ?

19 R. Je suis revenu, donc j'ai essayé d'y entrer en cachette juste pour voir

20 mais je ne l'ai pas trouvé là-bas et j'avais peur, j'avais peur d'apprendre

21 ce qui était arrivé à son corps sans vie. Cependant, j'ai tout appris au

22 mois d'août, je pense à peu près. Je ne connais pas la date exacte au

23 moment où, moi aussi, j'ai traversé le bois. C'était à peu près autour du

24 1er août -- de la date du 1er août et c'est là que j'ai appris tout, en

25 passant à Blagaj.

26 Q. Qu'est-ce que vous avez appris là-bas au sujet de ces corps ?

27 R. Donc, il n'est qu'au mois d'août que j'ai appris qu'il avait été

28 enterré, qu'un -- que la police avait donné un ordre que l'on l'enterre

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1 ainsi qu'un autre voisin qui avait été tué à Lokva, et d'ailleurs elle

2 s'appelait comme cela. Qu'on les enterre tous les deux à Muharem, que

3 c'était soi-disant un ordre donné par la police. Puis, cela a été fait par

4 donc par deux ou trois hommes qui étaient encore là, qu'on n'avait pas

5 encore expulsés et on leur a donné l'ordre de les enterrer.

6 Q. Est-il exact de dire que le corps de votre beau-père n'a jamais été

7 exhumé, qu'il n'y a jamais eu d'autopsie de ce corps ?

8 R. Oui, c'est vrai. Cela n'a jamais été fait.

9 Q. Vous avez dit qu'à la fin, au mois d'août enfin vous avez réussi à

10 arriver à Blagaj. Donc, vous avez passé 17 jours dans la forêt, n'est-ce

11 pas ? Avant d'y arriver ?

12 R. Quand j'ai réalisé, quand j'ai compris que le corps de beau-père

13 n'était pas là, je suis allé à Lokva, à nouveau le soir, pour essayer de

14 trouver quelqu'un, mais il n'y avait personne là-bas. On m'a dit,

15 cependant, qu'il y avait encore deux maisons qui étaient là, qu'il y avait

16 encore des gens là-dedans -- là-bas, qu'ils étaient pas encore partis

17 complètement et puis qu'il y avait aussi du monde dans le bois. Donc, j'ai

18 fait la même chose, j'ai rejoint les gens qui se trouvaient dans le bois

19 et, après peut-être sept jours à peine plus tard, j'ai appris - je ne sais

20 pas qui m'a dit cela - qu'il fallait qu'on se rende tous donc au niveau de

21 l'endroit où Coca [phon] a été tué.

22 Mais chaque personne qui est allée -- chaque personne qui est allé

23 là-bas a été arrêtée, les femmes ont été chassées en direction de Capljina.

24 Je ne sais pas d'ailleurs où est-ce qu'on les a envoyées, on les envoyait

25 partout, donc, je n'ai pas osé me rendre j'avais peur. Puis, il y avait

26 aussi la sur de mon mari qui habitait à Pijesci et il y avait aussi des

27 gens de Lokva qui m'ont dit de me rendre là-bas. J'y ai passé sept jours.

28 Peut-être que je parle trop vite.

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1 Ensuite, ils ont découvert que les civils se cachaient là-bas, et les

2 soldats sont venus pour expulser ces gens en direction de Jasenica. Tous

3 les hommes à l'âge de combattre, ils ont été arrêtés et on les amenés en

4 prison, mais d'hommes en âge de combattre avec nous, il n'y avait que des

5 vieillards. C'est de là que j'ai décidé de ne pas me rendre, j'ai traversé

6 la forêt, et le 1er août, nous sommes arrivés à Blagaj.

7 Q. Merci, Madame le Témoin.

8 M. KRUGER : [interprétation] Monsieur le Président, l'Accusation ne

9 montrera aucuns documents au témoin. Pas plus de questions.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Merci, Monsieur Kruger.

11 Alors, la Défense qui commence.

12 M. KARNAVAS : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président, Messieurs

13 les Juges. Je n'ai pas de questions à poser à ce témoin. Merci, Madame.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Maître Karnavas.

15 Avocat suivant.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est moi qui vous remercie. Merci beaucoup.

17 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai peut-être deux ou

18 trois questions à titre de clarification peut-être et je pourrais vite

19 faire cela.

20 Contre-interrogatoire par M. Kovacic :

21 Q. [interprétation] Bonjour, Madame.

22 R. Bonjour.

23 Q. Je suis le conseil de la Défense du général Praljak. J'ai quelques

24 questions à vous poser au sujet de ce que vous avez dans votre témoignage.

25 R. Allez-y.

26 Q. Juste pour essayer de combler certaines lacunes qu'il me semble faire

27 état de certaines incertitudes. Par conséquent, page 12 du compte rendu

28 d'audience, ligne 22, vous dites en réponse à une question que, le 11

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1 juillet 1993, des soldats ont entouré et encerclé le village, et vous avez

2 dit que ces soldats portaient des insignes HVO. Ma première question :

3 Madame, est-ce que vous avez vu -- observé voir leurs insignes sur leurs

4 uniformes ?

5 R. Je ne dirais pas qu'ils en avaient toujours des insignes sur leurs

6 uniformes. Quelquefois, ils en avaient, quelquefois, il y HVO. Je ne peux

7 pas garantir pour dire qu'ils étaient -- pour que je sois certaine qu'ils

8 étaient du premier, du second groupe ou --

9 Q. Bien. Mais, le jour en date du 11 janvier, lorsqu'ils ont

10 encerclé le village, est-ce que vous pouvez dire qu'ils portaient, ces

11 soldats portaient des insignes de HVO ou de peut-être vous ne savez ou

12 peut-être vous ne pouvez pas dire plus précisément ?

13 R. C'est de cela. Peut-être il y avait des soldats qui portaient des

14 insignes HVO, je ne connaissais pas ces gens-là, je n'ai pas pu les

15 observer, je n'ai pas osé parce que j'ai voulu tout simplement porter un

16 peu de linges de rechange à mon mari. Etais-je en grande hâte, par

17 conséquent, je ne pouvais pas observer. Nous étions tous en une grande peur

18 tout simplement.

19 Q. Merci, oui, je vous comprends. Mais vous saviez-vous qu'il y a eu pas

20 mal de gens de votre village de Croates ou de Musulmans qui au début de

21 1992 ou fin 1991, qu'ils avaient intégré les forces croates pour se

22 défendre contre l'agresse serbe, n'est-ce pas ?

23 R. Oui, j'ai entendu parler de cela. IL y avait des gens de mon village.

24 J'ai entendu parler plutôt de ces choses-là.

25 Q. Pour ce qui des villages ou hameaux avoisinants ?

26 R. Que vous dirais-je ? Je sais que lorsqu'ils combattaient ensemble, côte

27 à côte, il y avait une seule armée, il y avait le HVO, ensuite il y a eu

28 évidemment une dissolution d'une armée en plusieurs groupes. Il y avait des

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1 gens qui étaient membres du HVO pour protéger nos hameaux contre l'armée

2 yougoslave. Ils étaient venus chez nous dans notre maison. Il s'agit des

3 gens qui ont travaillé en Croatie. Je sais que c'était quelqu'un qui était

4 grièvement blessé à Skabrnja. Il est un grand invalide.

5 Q. Fort bien. Est-ce qu'avant tout cela dans le cadre dans les rangs du

6 HVO il y avait des Musulmans et Croates qui protégeaient votre région

7 contre les Serbes ?

8 R. Oui.

9 Q. Vous disiez-vous qu'il y avait des cas où les gens partaient pour la

10 Croatie pour intégrer l'armée croate pour se protéger contre les agresseurs

11 serbes ?

12 R. Oui. Je vous l'ai dit. Je ne peux pas être plus précise. Nous n'avions

13 pas de contact avec ces gens-là. Je ne pourrais pas vous donner des

14 détails.

15 Q. Vous êtes d'accord qu'il en était ainsi ?

16 R. Oui. Disons que je ne peux pas préciser. Il y avait des gens qui

17 étaient de nationalité de croate et qu'une d'une manière ou d'une autre se

18 détouraient de nous. Je ne sais pas pour quelle région. J'ai entendu dire

19 même qu'ils suivaient des cours de formation et d'entraînement mais je n'en

20 sais rien.

21 Q. Merci pour cela aussi. Est-ce que lorsque la guerre était déclanché en

22 Bosnie-Herzégovine lorsque l'armée yougo-serbe avait pris les terrains de

23 l'Herzégovine orientale qu'il y avait des gens d'Herzégovine, originaire

24 d'Herzégovine étaient rentrés dans leur village pour protéger leur propre

25 village, pour les défendre ?

26 R. Oui, j'ai entendu parler cela.

27 Q. Une autre question. C'est quelque chose qui ne semble pas très

28 significatif, très important. Il s'agit de cet événement tragique où votre

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1 beau-père a été tué. Vous l'avez décrit cet événement avec force détail.

2 Mais est-ce qu'à un moment donné - je me reprends - vous avez dit que vous

3 avez entendu pour ainsi dire le déroulement de cet événement, vous n'avez

4 pas vu le voir, parce que vous étiez dans votre remise cachée ? Est-ce qu'à

5 un moment donné quelconque vous avez pu voir quels insignes portaient ces

6 gens-là qui étaient dans votre maison ?

7 R. Non. Non. Je ne pouvais rien voir. Je ne pouvais qu'entendre. Mais

8 était-ce les soldats du HVO ou d'une autre armé ? Je n'en sais pas grand-

9 chose.

10 Q. Fort bien. Nous avons compris.

11 R. Excusez-moi pour compléter. Un peu plus tard, à la dérobée j'ai pu

12 regarder et voir que c'étaient des gens du HVO. Ils ont pénétré dans

13 l'étable qui n'a pas été brûlé entièrement pour s'emparer d'un agneau où

14 d'une brebis qui se trouvait dans notre étable. Ces gens-là l'ont pris tout

15 cela, ce bétail. Ils étaient parties en direction de Domanovici, plus tard,

16 je l'apprendrais seulement. Ils portaient un uniforme.

17 Q. En d'autres termes, ils vous ont "shippé" ils vous ont volés un agneau.

18 R. Oui. Cela n'a pas d'importance.

19 Q. Une autre chose. D'après leurs propos avez-vous dit il y avait

20 quelqu'un parmi eux qui répondait au prénom d'Ivica ?

21 R. Oui.

22 Q. Ecoutez, pour le bien de la justice, vous le savez, je le sais, les

23 Juges ne connaissent pas, ne sont pas familiarisés avec nos régions,

24 pouvez-vous me dire si le prénom d'Ivica est un prénom typique où se fait

25 très fréquent parmi les habitants de votre région ?

26 R. Oui.

27 Q. A titre d'exemple, combien de gens répondraient à votre sens au prénom

28 d'Ivica, dix, 15, 20 ?

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1 R. Pour parler de mes voisins il n'y avait qu'un seul que je connaissais

2 répondant à ce prénom.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : On va passer à huis clos, là, parce que cela devient

4 "borderline."

5 M. LE GREFFIER : Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur le Président.

6 [Audience à huis clos partiel]

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23 [Audience publique]

24 M. KOVACIC : [interprétation]

25 Q. Vous dites dans votre déclaration écrite, Madame, qu'un peu plus tard,

26 après cet événement, je ne sais pas quand, mais un peu plus tard, disiez-

27 vous, voilà comment se présente la phrase : "Pour ce qui est de la mort

28 dans laquelle mon beau-père a péri, des Croates et des voisins ont dit ce

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1 que votre beau-père aurait pris une fourche pour agresser des soldats du

2 HVO --"

3 R. Non, non, non.

4 Q. Mais laissez-moi terminer ma phrase.

5 R. Excusez-moi.

6 Q. Je ne fais que lire ce que vous avez dit. Lui, donc votre beau-père les

7 insultait - ce n'est pas la peine évidemment de reprendre la formule - vous

8 dites dans votre déclaration : "Je suis certaine que mon beau-père ne

9 pouvait pas lancer de tels propos et faire un geste pareil."

10 Ma question est la suivante, Madame : pour parler de cette fourche de qui

11 avez-vous tenu tout cela ?

12 R. Lorsque nous étions de retour - retour, qu'est-ce que cela veut dire ?

13 L'an 2001. Quelqu'un de mon voisinage, de nationalité croate, il s'agit

14 d'une femme qui n'est plus en vie qui me l'a passé ce message. A-t-on dit

15 que c'étaient des gens qui étaient d'ailleurs et que nos voisins n'auraient

16 pu le tuer mais que lui ne résistait pas ? J'ai dit que lui n'avait pas

17 vraiment de force. Il n'y avait aucun outil, rien, aucun objet moyennant

18 lequel il aurait pu faire une tentative quelconque à leur encontre. Il n'a

19 même pas proféré une parole. En tout cas, je vous ai dit de qui je tiens

20 cette information.

21 Q. Fort bien. C'est ce que je voulais tirer au clair. Puis un tout petit

22 détail, cela aurait pu être dû évidemment à une erreur commise dans le

23 compte rendu d'audience ou dans la déclaration écrite qui était la vôtre.

24 Avons-nous pu repérer qu'à un moment donné vous dites : "Qu'auprès des deux

25 maisons, dans les deux maisons, celle habitée par vous et l'autre habitée

26 par votre fils ont été minées après les accords de Dayton." Est-ce exact ?

27 R. Oui. Oui. Oui. Je peux vous dire des détails.

28 Q. Je voudrais tout simplement savoir s'il ne s'agissait pas d'une erreur.

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1 Il s'agit de parler de l'année 1995 pour parler de ces accords, n'est-ce

2 pas ?

3 R. Oui, nous avons voulu aller voir de qu'il était advenu de notre maison

4 et avons appris qu'elle était minée.

5 Q. Merci, Madame. Merci. Nous n'avons guère besoin d'une autre

6 explication. Tout simplement il s'agit de l'année 1995, qui évidemment

7 n'est pas une période importante pour l'acte d'accusation.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Praljak.

9 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai pas de

10 questions à poser. Mais il y a une erreur qui s'est glissée dans le compte

11 rendu d'audience, 1 616, page 1 615. Mme a dit que son beau-père a été

12 enterré dans Muharem, ce qui veut dire cimetière parmi les Musulmans, alors

13 que dans le compte rendu d'audience, nous lisons le prénom de Muharem, ce

14 qui est un prénom tout simplement d'un Musulman. Madame le Témoin, il

15 s'agit évidemment d'une erreur faite par quelqu'un.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Merci pour cette précision.

17 Avocat suivant.

18 M. STEWART : [interprétation] Monsieur le Président, je pourrais peut-être

19 avoir besoin d'une trentaine de secondes pour essayer de dire quelque chose

20 de positif et de bon. Je suis fort aise de pouvoir le faire. Le conseil de

21 la Défense de M. Petkovic a fait entendre tout à l'heure auprès du bureau

22 du Procureur, il s'agit de quelques sujets dans le cadre desquels on ne

23 peut poser des questions qui ne risquent pas d'être directives. Mais je

24 crois que d'ailleurs tout ceci a été bien fait et nous savons respecter la

25 qualité du travail du bureau du Procureur. Le tout d'ailleurs confirmé par

26 l'horloge et par le temps qui leur est imparti.

27 Mme TOMASEGOVIC TOMIC : [interprétation] Pas de questions.

28 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Pas de questions, Monsieur le Président.

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1 M. MURPHY : [interprétation] Non plus de notre côté, Monsieur le Président.

2 Questions de la Cour :

3 M. LE JUGE MINDUA : Madame le Témoin, je voudrais juste une petite

4 précision parce que, dans votre déclaration écrite s'agissant de la mort de

5 votre beau-père vous dites que vous avez entendu le bruit d'un moteur de

6 véhicule militaire. J'avais seulement entendu le bruit, mais vous n'avez

7 pas vu le véhicule, si je comprends bien. Mais est-ce que ce véhicule

8 militaire, il appartenait à quelle armée, ou à quelle unité ? Vous pouvez à

9 peu près nous aider pour cela.

10 R. Ce que j'ai pu entendre sans voir derrière les maisons qui ont été

11 incendiées, il devait y avoir des gens qui eux par hasard n'étaient -- ne

12 s'étaient ni évadés, n'étaient pas expulsés non plus, ils se cachaient

13 quelque part avec les incendies de la [imperceptible].

14 Ces gens-là m'ont dit qu'il devait s'agir de véhicules blindés transports

15 de troupes, mais d'après le bruit, le vrombissement, et cetera, j'ai pu

16 tout simplement constater qu'il s'agissait d'un véhicule blindé transport

17 de troupes et que c'est à partir de ce véhicule qu'on semait l'incendie et

18 le feu, le reste, et on tirait également. Il s'agissait de ce vrombissement

19 du moteur qui me le rappelait. Je n'ai pas vu donc tout cela. Des gens m'en

20 ont parlé.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous êtes capable de faire la distinction entre le

22 bruit d'un tracteur et d'un blindé -- et d'un blindé ?

23 Q. Oui, oui, pour être honnête. Mais en ce moment-là, j'étais vraiment en

24 prise d'une dépression qui en ce moment-là non plus qu'aujourd'hui me

25 permet de deviner s'il s'agissait vraiment d'un véhicule blindé transport

26 de troupes ou d'un autre blindé sur chenilles. Mais en tout cas, il

27 s'agissait d'un bruit, très, très fort. Je ne suis pas en mesure de vous le

28 décrire le bruit parce que je n'osais pas évidemment me manifester. Je n'ai

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1 pas vraiment la capacité de vous dire maintenant si c'était un blindé

2 transport de troupes ou qu'un autre véhicule en tout cas, il s'agissait

3 d'un véhicule assez important du point de vue de son bruit et ses capacités

4 enfin, mais ces véhicules ont pris part dans tous ces incendies.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, Madame --

6 M. KRUGER : [interprétation] Alors, il n'y aura pas de questions quant à

7 moi, Monsieur le Président.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : -- des Juges d'être venue à la demande de

9 l'Accusation témoigner. Je vous formule mes meilleurs vux pour le retour

10 dans votre pays.

11 Alors, nous allons maintenant faire la pause --

12 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est moi qui vous remercie.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : -- la pause de 20 minutes. Nous reprendrons avec le

14 deuxième témoin.

15 [Le témoin se retire]

16 --- L'audience est suspendue à 15 heures 33.

17 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

18 --- L'audience est reprise à 15 heures 56.

19 [Audience à huis clos]

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22 --- L'audience est levée à 18 heures 40 et reprendra le lundi

23 4 décembre 2006, à 14 heures 15.

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