Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le lundi 12 février 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 --- L'audience est ouverte à 14 heures 16.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame le Greffière, appelez le numéro de l'affaire.

6 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Bonjour, Messieurs les Juges. Il s'agit

7 de l'affaire IT-04-74-T, le Procureur contre Jadranko Prlic et autres.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. En ce lundi 12 février 2007, nous poursuivons

9 nos travaux par la venue de trois témoins qui sont programmés. Je salue

10 toutes les personnes présentes, les représentants de l'Accusation, Mesdames

11 et MM. les avocats ainsi que MM. les accusés.

12 Il y a un problème. M. Praljak semble ne pas entendre.

13 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Nous n'avons pas d'interprétation,

14 Monsieur le Président.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Apparemment. les accusés n'ont pas

16 l'interprétation. Si maintenant. O.K. Cela marche.

17 Alors, à la demande des interprètes je me dois de faire le rappel suivant :

18 les interprètes nous font savoir qu'elles ont beaucoup de mal à nous suivre

19 et que parfois elles sont à la rupture pour les traductions. J'invite tout

20 le monde - moi, le premier d'ailleurs - à ralentir notre débit. Donc, je

21 vous demande de parler moins rapidement pour que nos interprètes puissent

22 suivre. Voilà ce que je voulais vous dire.

23 Je vais donner la parole maintenant à Mme la Greffière pour qu'elle nous

24 donne deux numéros IC.

25 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, les deux documents

26 qui ont été présentés. Il s'agit d'une liste au terme du 5D qui a été versé

27 au dossier au travers du témoignage du Témoin Patrick van der Weijden. Ce

28 sera la pièce IC 387, une autre liste de l'OTP, une objection au document

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1 versé au travers du 5D, par le Témoin 3D -- pardon, au travers du Témoin

2 Enes Vukotic,et ce sera la pièce IC 388. Merci.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. La semaine dernière, nous avons clôturé

4 très rapidement notre audience en raison des problèmes liés à la neige.

5 Comme vous le savez, notre témoin expert reviendra en continuation du

6 contre-interrogatoire. Je pense qu'il reviendra assez d'ailleurs

7 rapidement, ce qui nous permettra d'avoir encore en mémoire tous les

8 éléments.

9 Par ailleurs, dans la suite des témoins qui viennent parler des tirs de

10 snipers, aujourd'hui, nous en avons trois qui sont programmés. Après étude

11 du temps, nous nous sommes rendus compte que l'Accusation avait demandé 30

12 minutes, j'espère qu'ils essaieront de faire moins. Concernant la Défense,

13 comme les membres sont bien rodés que ce sont toujours les mêmes questions

14 qui reviennent, nous estimons que trois quarts d'heure pour l'ensemble de

15 la Défense sera dans les trois quarts largement suffisants.

16 Donc, j'invite l'Accusation à faire en sorte qu'en 20 minutes, nous

17 puissions clôturer chacun des témoins pour permettre à la Défense qui aura

18 45 minutes, c'est-à-dire le double de temps de contre-interroger.

19 Voilà, on va introduire le premier témoin. Je vais demander à Mme

20 l'Huissière d'aller chercher le témoin.

21 Bonjour, Monsieur Bos. Je vous salue. Je vois qu'il y a six documents

22 pour le témoin Dzemal Barakovic.

23 M. BOS : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Juge, bonjour à tous dans le

24 prétoire. Oui, Messieurs les Juges, il y a six documents sur cette liste

25 des pièces à conviction; parmi eux, il y a cette photographie panoramique à

26 360-degrés et une vidéo. Je crois que j'en aurais que deux documents que je

27 voudrais montrer au témoin.

28 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

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1 LE TÉMOIN : DZEMAL BARAKOVIC [Assermenté]

2 [Le témoin répond par l'interprète]

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur. Je vais d'abord vérifier que vous

4 entendiez bien dans votre langue la traduction de mes propos. Si c'est le

5 cas, dites que vous me comprenez.

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, nous allons passer maintenant à votre

8 prestation de serment. Je vous demande de vous lever. Pouvez-vous

9 m'indiquer votre nom, prénom, date de naissance.

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Dzemal Barakovic, le 7 février 1949.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Avez-vous une profession, une activité

12 actuellement ?

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Je suis dans une Unité de Sapeurs-

14 pompiers professionnels et je suis chauffeur du camion des sapeurs-

15 pompiers.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci. Pouvez-vous lire le serment que Mme

17 l'Huissière vous tend.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

19 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur. Vous pourrez vous asseoir.

21 Bien quelques brefs explications de ma part. Vous allez devoir répondre à

22 une série de questions que M. le Procureur va vous poser, que vous avez

23 d'ailleurs dû rencontrer hier ou ce matin. A l'issue de cette phase, des

24 avocats, voire les accusés eux-mêmes disposeront de trois quarts d'heure

25 pour vous poser des questions dans le cadre du contre-interrogatoire. Il se

26 peut que les quatre Juges qui sont devant vous puissent également vous

27 poser des questions. Si à un moment donné, il y a un problème quelconque,

28 n'hésitez pas à m'interrompre, notamment si vous pouvez rencontrer des

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1 problèmes de santé, donc n'hésitez pas à prendre la parole immédiatement.

2 Voilà, je vais donner la parole maintenant à l'Accusation.

3 M. BOS : [interprétation] Merci, une fois de plus, Monsieur le Président.

4 Interrogatoire principal par M. Bos :

5 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur Barakovic.

6 R. Bonjour.

7 Q. Monsieur Barakovic, je vais d'abord donner un bref résumé de votre

8 déclaration. Le témoin était un résident de Mostar Ouest. Le 30 juin 1993,

9 il a été arrêté et détenu à l'Heliodrom. Le 24 juillet 1993, il a été

10 relâché et il est rentré chez lui. Vers le 17 août 1993, lui et sa famille

11 ont été expulsés vers Mostar Est par des soldats du HVO. Le témoin s'est

12 joint au rang des sapeurs-pompiers dans Mostar Est, comme chauffeur. Il a

13 vu la victime Enver Dziho lorsque celui-ci a été tué par un tireur isolé.

14 Le témoin était également présent lorsque Stojan Kacic qui portait Enver

15 Dziho, lui aussi a été touché par un tir de tireur embusqué.

16 Ce serait le résumé.

17 Monsieur le Témoin, alors je vais vous poser plusieurs questions au sujet

18 de vos déclarations. D'abord est-il exact de dire que vous avez fait une

19 déclaration auprès du bureau du Procureur en la date du 31 août 2001 ?

20 R. Oui.

21 Q. A l'époque, vous avez répondu aux questions de l'enquêteur en disant la

22 vérité, oui ou non ?

23 R. Oui.

24 Q. Est-ce que vous avez répondu de votre plein gré, sans qu'il y ait

25 contrainte quelle qu'elle soit ?

26 R. Oui.

27 Q. En conclusion de cette interview, Monsieur, est-ce qu'on vous a donné

28 lecture de votre déclaration en langue bosniaque ?

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1 R. Oui.

2 Q. Avez-vous ensuite signé votre déclaration en langue anglaise ?

3 R. Oui.

4 M. BOS : [interprétation] J'aimerais maintenant demander à

5 Mme l'Huissière de fournir au témoin un classeur de pièces à conviction,

6 celles qui sont destinées à M. Barakovic.

7 Q. Alors, Monsieur Barakovic, je vous demande de vous pencher sur 9855,

8 qui est en réalité le tout premier document de votre classeur. Ce serait la

9 version anglaise de votre déclaration. J'aimerais que vous nous confirmiez

10 si la signature au bas de chaque page est bien votre signature à vous ?

11 R. Oui. Oui.

12 Q. Vous souvenez-vous du fait que nous nous soyons rencontré ce matin,

13 Monsieur le Témoin Barakovic ?

14 R. Oui.

15 Q. A cette occasion, ne vous ai-je pas demandé si vous souhaitiez

16 rectifier quoi que ce soit dans votre déclaration ?

17 R. En effet.

18 Q. Avez-vous apporté des corrections à votre déclaration ?

19 R. Non.

20 M. BOS : [interprétation] Donc, en ce moment-ci, je voudrais que la

21 déclaration de M. Barakovic soit versée au dossier en tant que pièce 9858.

22 Q. Monsieur le Témoin, serait-il exact de dire que vous avez rencontré un

23 enquêteur en été 2004, enquêteur du bureau du Procureur qui se déplaçait à

24 Mostar ?

25 R. En effet.

26 Q. N'est-il pas exact de dire qu'on vous a posé une série de questions au

27 sujet de ces incidents de tirs de tireurs embusqués que vous avez relatés

28 dans votre déclaration ?

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1 R. Oui.

2 Q. Ces questions et réponses ont-elles été enregistrées par une caméra

3 vidéo, vous en souvenez-vous ?

4 R. Oui.

5 M. BOS : [interprétation] Monsieur le Président, je voudrais maintenant

6 montrer un clip vidéo et j'aimerais que ce soit diffusé. Il y a un petit

7 problème de son, la première partie est bonne, la deuxième partie de la

8 vidéo n'a pas de son. Toujours est-il que nous pourrions montrer

9 l'enregistrement entier. Peut-être pourrions-nous voir l'enregistrement

10 entier, ensuite passer la vidéo une fois de plus et je vais m'arrêter au

11 fur et à mesure pour poser des questions au témoin. Alors, j'aimerais que

12 l'on montre maintenant la pièce 9140.

13 [Diffusion de la cassette vidéo]

14 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

15 "Enquêteur : Monsieur Barakovic, pouvez-vous je vous prie au meilleur de

16 vos souvenirs montrer, ou est-ce que vous avez vu le corps de M. Enver

17 allongé

18 Témoin : [Le témoin s'exécute]

19 Enquêteur : Merci. Au meilleur de vos souvenirs, pouvez-vous marcher

20 le long du chemin qu'empruntaient les infirmiers lorsqu'ils ont porté M.

21 Enver Dziho sur une civière et vous arrêtez là où l'infirmer Stojan Kacic a

22 été blessé lui-même ?

23 Témoin : [Le témoin s'exécute]"

24 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

25 M. BOS : [interprétation]

26 Q. Monsieur, je voudrais vous poser quelques questions de nature générale

27 et une fois que cela sera fait, on pourra re-visionner la vidéo pour des

28 questions concrètes. Alors, d'abord, je vous demande si vous reconnaissez -

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1 - vous vous reconnaissez vous-même sur l'enregistrement vidéo ?

2 R. Oui.

3 Q. Avez-vous bien compris les instructions qui vous ont été fournies par

4 l'enquêteur ce jour-là ?

5 R. Oui.

6 Q. Alors, l'une des questions que l'enquêteur consistait à faire référence

7 à M. Stojan Kacic, qui était un infirmier. Est-ce que Stojan Kacic était,

8 effectivement ?

9 R. Je ne pense pas qu'il ait été infirmier.

10 M. BOS : [interprétation] Je vais redemander à ce qu'on nous passe la vidéo

11 une fois de plus et je vais demander à ce que l'on s'arrête. Cela va.

12 [Diffusion de la cassette vidéo]

13 M. BOS : [interprétation] Arrêtez-vous là, je vous prie.

14 Q. Monsieur le Témoin, là où on s'est arrêté, c'est là où on a fait un

15 arrêt sur image, c'est pour indiquer l'endroit où vous avez vu Enver Dziho

16 touché parce que -- et c'est là -- c'était en 1993. Mais vous êtes en train

17 de montrer de votre main et il y a une clôture devant la photo. Alors, est-

18 ce qu'il était devant ou ailleurs ?

19 R. Alors, cela, c'est la sortie de la ville en passant devant le grand

20 magasin et il y a un tout petit bâtiment qui a été utilisé comme espèce de

21 pièce où on reposait le bois à chauffer. Dessus, il y avait un garage

22 d'aménager et c'est là que j'ai vu Enver Dziho, et Ibro Spago, qui était

23 venu à son secours.

24 Q. Ce qu'on voit sur la photo, est-ce que cela existait en 1993, la

25 clôture ?

26 R. Non, mais c'est un Serbe qui est revenu chez lui et il a clôturé son

27 jardin avec ces espèces de barres en haut ou d'éléments en bois.

28 Q. Monsieur Barakovic, vous souvenez-vous -- parce que je vous ai demandé

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1 de stopper -- j'avais demandé à ce que l'on fasse un arrêt sur image, là où

2 Enver Dziho était allongé; est-ce que vous vous souvenez pourquoi cette

3 vidéo a été prise ainsi ?

4 R. Parce qu'on ne pouvait pas entrer vu la clôture. C'est une propriété

5 privée, donc, nous n'avions pas pu accéder à l'endroit même.

6 Q. Monsieur le Témoin, vous ai-je demandé ce matin de nous faire un

7 dessin, pour ce qu'il y avait derrière cette clôture en bois et sur -- pour

8 dire et indiquer ce que vous avez vu ou où vous avez vu exactement le corps

9 d'Enver Dziho ? L'avez-vous fait, ce dessin, ce matin ?

10 R. Oui.

11 M. BOS : [interprétation] J'aimerais qu'on le montre, à présent. C'est le

12 dessin que ce témoin-ci a fait ce matin.

13 Q. Monsieur le Témoin, pourriez-vous expliquer ce que vous avez dessiné,

14 mais peut-être avant, devrais-je demander où est-ce qu'on est sur la photo.

15 Où est-ce que vous avez dessiné la clôture en bois que nous venons de voir

16 sur la vidéo ?

17 R. [Le témoin s'exécute]

18 Q. Non, non. Il faudrait que vous montriez sur le rétroprojecteur.

19 R. C'est là que nous nous sommes entretenus et c'est là que nous avons été

20 filmé.

21 Q. Est-ce que vous étiez au numéro 3 ?

22 R. C'est là que je me trouvais lorsque j'ai fait ma déclaration auprès de

23 l'enquêteur.

24 Q. Mais est-ce que le numéro était bien la position qui était la vôtre

25 lorsque la vidéo, le clip vidéo a été fait ?

26 R. Oui.

27 Q. Peut-être pourriez-vous ensuite nous expliquer ce qui se trouvait être

28 au numéro 1 et au numéro 2 ?

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1 R. Le numéro 1, c'était Ibro Spago qui était venu aider Dziho qui était

2 blessé. Au numéro 2, c'était Dziho, le blessé, qui était allongé là. Enfin,

3 ils étaient allongés tous les deux, parce que le tireur embusqué tirait

4 encore lorsqu'il s'y trouvait.

5 Q. Donc, vous êtes en train de parler de deux personnes qui ont été

6 blessées et que vous avez vu coucher là-bas. Pourriez-vous, une fois de

7 plus, pour les besoins du compte rendu d'audience, nous dire qui était le

8 numéro 1 et qui était le numéro 2, nous donner les noms ?

9 R. Que je vous montre ?

10 Q. Non, donnez-nous les noms, je vous prie.

11 R. Au numéro 1, Ibro Spago. Ibro est venu aider Enver Dziho. Le numéro 2,

12 Enver Dziho, a été blessé et gisait à l'endroit que je vous ai indiqué.

13 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, peut-être, si vous me

14 le permettez, permettez, disais-je, étant donné que le schéma a été dessiné

15 et que sur la vidéo, on n'a pas bien vu l'emplacement, mais si l'on voit le

16 schéma en page 31, schéma fait par l'expert, il est difficile de nous

17 orienter. Alors, peut-être notre confrère pourrait-il poser la question,

18 compte tenu du schéma fait dans le rapport d'expert, pour que le témoin

19 nous dise d'où, à son avis, la balle est venue, parce que je crains fort

20 que cela ne nous aidera pas grandement de la sorte et nous allons

21 ultérieurement perdre notre temps.

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Monsieur Kovacic.

23 Oui, Monsieur Bos. Me Kovacic a tout dit. Ce qui nous intéresse, c'est de

24 savoir d'où est venue la balle. Alors, il faudrait peut-être demander au

25 témoin s'il peut apporter sa contribution.

26 M. BOS : [interprétation] Monsieur le Président, pour ce qui est de ce que

27 le témoin a vu, c'était -- ce n'était pas Enver Dziho. Le témoin a vu le

28 corps d'Enver Dziho, mais il n'a pas vu Enver Dziho au moment où il a été

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1 touché. La personne qui a été touchée ne se trouve pas indiquée sur le

2 dessin. Cela, c'est l'endroit où le corps d'Enver Dziho a été porté à un

3 autre endroit, et c'est là que le témoin a vu une autre personne touchée, à

4 savoir M. Stojan Kacic. Je ne vois pas en quoi consiste l'objection ou la

5 remarque faite par

6 Me Kovacic ? Ce que je voudrais demander au témoin c'est d'indiquer sur ce

7 schéma -- sur ce dessin comment le corps d'Enver Dziho a été porté et dans

8 quelle direction ce corps a été porté --

9 M. KOVACIC : [interprétation] Je pense que nous avons un problème parce

10 que, d'après le tableau qui nous a été communiqué par le Procureur avec

11 tous les incidents de repris, à l'incident numéro 11, on parle d'Enver

12 Dziho et c'est de ce cas concret que nous parlons ici. Alors, si le témoin

13 n'a pas vu la victime au moment où elle a été touchée, je ne pense pas

14 qu'il puisse venir nous aider parce qu'on parle ici d'un autre incident qui

15 n'a pas été traité dans le rapport. Ce qui est cité ici c'est le numéro 11.

16 Je crois que nous sommes tous en train d'errer et d'être dans l'inconnu

17 parce que nous ne savons pas de quoi il s'agit ici.

18 M. BOS : [interprétation] Non, Monsieur le Président. L'incident qui est en

19 train d'être étudié ici c'est l'incident où a été touché M. Stojan Kacic et

20 pour ce qui est du témoin ici présent, lui peut témoigner de l'endroit où

21 M. Stojan Kacic a été touché et non pas l'endroit où M. Dziho --

22 M. STEWART : [interprétation] Bien, c'est la Défense de

23 M. Petkovic qui a pensé que les choses étaient claires parce que, d'après,

24 les documents que nous avons reçus, il est question des deux personnes dans

25 l'incident et elles sont toutes les deux mentionnées dans le résumé

26 présenté par l'expert. J'aimerais que les choses soient clairement dites.

27 M. BOS : [interprétation] Bien. Deux personnes ont été victimes de tir de

28 tireurs embusqués. Mais tant l'expert que ce témoin-ci ne font que

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1 témoigner de la façon dont M. Stojan Kacic a été touché et de la direction

2 de laquelle était venu son tir.

3 M. STEWART : [interprétation] Merci. Cela nous a été utile.

4 M. KOVACIC : [interprétation] Bien, je ne pense pas que ce soit la bonne

5 information parce qu'à l'incident numéro 11 il est question du fait que la

6 victime était un homme d'âge moyen touché lorsqu'il traversait la rue à

7 côté du bâtiment de Razvitak. Dans la phrase qui est suivie, on donne une

8 description et une documentation médicale pour dire que l'une des personnes

9 qui était venue au secours. On apprend maintenant que ce n'est pas un

10 infirmier qui s'est vu toucher lorsqu'elle était venue aider la première

11 victime. Le dénommé Stojan Kacic n'est mentionné qu'en passant. Alors, ce

12 qui m'intéresse c'est quelle est la victime à laquelle s'est référée

13 l'expert lorsqu'il a fait son rapport au niveau de l'incident numéro 11 ?

14 C'est là que ce n'est pas clair.

15 M. BOS : [interprétation] C'est ce que je suis en train de dire. Il s'agit

16 de M. Stojan Kacic, et dans le rapport de l'expert, c'est la victime Q.

17 M. STEWART : [interprétation] Bien, Monsieur, je crois que l'Accusation

18 nous a dit d'après M. Bos que nous n'aurions à traiter que de cette victime

19 et que l'expert lui ne s'est penché que sur cette victime. Or sous ce qui

20 est dit dans le rapport d'expert devrait se trouver clairement préciser en

21 l'occurrence et je crois comprendre la difficulté de Me Kovacic étant donné

22 que ce n'est pas ce qui a été dit au rapport. Mais nous venons de constater

23 que c'est une des victimes et la Défense n'aura pas été acheminée vers une

24 impasse.

25 M. LE JUGE ANTONETTI : -- Incident 11. Le 30 octobre 1993, une victime P a

26 donc été touchée au moment donc où elle traversait le chemin près de

27 l'immeuble Razvitak. L'expert rajoute à un membre du personnel de

28 l'ambulance - alors, infirmer, chauffeur, on ne sait pas - que la victime Q

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1 a été touchée à la jambe pendant qu'elle essayait de bouger la victime P

2 pour la conduire à l'ambulance. On peut penser que la victime Q c'est le 1

3 sur le chemin du témoin, et le 2 c'est la victime P.

4 M. BOS : [interprétation] Monsieur le Président, ce n'est pas le cas. Je

5 vais essayer d'expliquer à nouveau. M. Enver Dziho, qui est le Témoin B

6 dans le rapport de l'expert, ce qui est indiqué dans le rapport d'expert,

7 ce sont des éléments d'information que nous avons fournis à l'expert. C'est

8 la phrase que vous venez de lire. La victime B était Enver Dziho. C'est la

9 personne qui a été blessée et qui se trouve au numéro 2 du croquis.

10 Ensuite, M. Stojan Kacic a placé M. Enver Dziho sur un brancard et il l'a

11 dirigé vers l'ambulance en gravissant la montagne en direction de

12 l'ambulance, et en déplaçant M. Enver Dziho sur une civière M. Stojan Kacic

13 est touché par une balle. C'est cet incident-ci qui a été vu par le témoin

14 qui est ici aujourd'hui. C'est cela dont nous parlons. Le croquis -- ce qui

15 est dessiné ici s'arrête ici à la clôture. Comme vous pouvez le voir sur la

16 vidéo, on voit la clôture qui remontre. Il ne faut pas mélanger le croquis

17 avec ce que l'on voit par la suite au niveau de la vidéo. J'espère que je

18 me suis fait comprendre.

19 M. STEWART : [interprétation] Je crois qu'une partie de la confusion vient

20 de cette vidéo -- ce croquis. Il parle, en fait -- non, cela vient du fait

21 qu'il parle de la victime Q et peut-être -- c'est peut-être dû à la liste

22 des témoins présentés par l'Accusation il y a quelques semaines. Peut-être

23 qu'on a inversé un petit peu les noms. Il y a 15 jours où nous avions ce

24 calendrier peut-être que le temps passe et que la confusion vient de là. Il

25 faut être prudent.

26 M. BOS : [interprétation] Puis-je poursuivre ?

27 Q. Témoin, je vais vous demander de dessiner à l'aide d'une ligne droite

28 l'endroit où l'on a placé M. Enver Dziho sur une civière et ensuite le

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1 chemin qu'il a parcouru et l'endroit où vous avez vu Stojan Kacic touché

2 par une balle.

3 R. [Le témoin s'exécute]

4 Q. Peut-être que vous pourriez indiquer par la lettre X l'endroit où vous

5 personnellement avez vu Stojan Kacic, l'endroit où lui on a tiré dessus.

6 R. Ici, il y a un mur en béton derrière la maison et derrière la maison

7 c'est là que je me trouvais. C'est là où je me suis mis à l'abri et ensuite

8 j'ai suivi ce chemin jusqu'à ce qu'il parvienne tout en haut de l'escalier

9 et Dziho était le premier sur la civière. J'ai ensuite entendu un coup,

10 Stojan Kacic s'est saisi -- a pris son pied, a descendu l'escalier et il

11 était près de moi pour essayer de s'abriter comme moi.

12 Q. Sur ce croquis, pourriez-vous indiquer l'escalier sur lequel on a tiré

13 sur Stojan Kacic ? Pourriez-vous l'indiquer sur le croquis, s'il vous

14 plaît ?

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Ceci est une rue. Ceci est le haut de l'escalier. Dziho était arrivé

17 quasiment en haut de l'escalier, Kacic était en dessous sur toute la

18 longueur de la civière. Il était à cette distance-là, plus bas, à savoir la

19 longueur de la civière correspondant à la distance qui les séparait.

20 Q. Est-ce que nous pouvons continuer à visionner la vidéo, s'il vous plaît

21 et je vais demander à ce que l'on s'arrête à quelques endroits sur cette

22 vidéo pour pouvoir poser des questions. Peut-être, Monsieur le Témoin, est-

23 ce que vous pouvez inscrire vos initiales en bas de ce croquis ?

24 M. BOS : [interprétation] Puis-je avoir un numéro IC pour ce croquis

25 également, s'il vous plaît ?

26 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Ceci sera la pièce IC 389.

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Mes initiales.

28 M. BOS : [interprétation] Je souhaite maintenant que nous poursuivions le

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1 visionnage, s'il vous plaît.

2 [Diffusion de la cassette vidéo]

3 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

4 "Enquêteur : Pourriez-vous nous indiquer quel chemin ont emprunté les deux

5 axillaires médicaux lorsqu'ils ont emporté le corps de Stojan Kacic ?

6 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

7 M. BOS : [interprétation] Est-ce que nous pouvons faire un arrêt sur image

8 ici, s'il vous plaît ?

9 Q. Monsieur le Témoin, nous devons de voir toute la vidéo, mais il n'y

10 avait pas de son. Vous souvenez-vous des questions qu'on vous a posées

11 lorsque vous étiez debout à cet endroit-ci ?

12 R. On m'a demandé de dire : à quel endroit se trouvait Kacic ? A quel

13 endroit il se tenait debout et à quel endroit il a été touché ?

14 Q. Qu'avez-vous répondu à cette question, où a-t-il été touché ?

15 R. J'étais debout à l'endroit où M. Stojan Kacic était avant moi; j'ai

16 indiqué l'endroit avec la main. Je ne me souviens plus de quelle jambe il

17 s'agissait, je crois que c'était sa jambe droite qui avait été touchée. Il

18 ne pouvait pas utiliser ce pied pour marcher. C'est à ce moment-là qu'il a

19 commencé à descendre, et à me retrouver à l'endroit où j'étais moi.

20 Q. Est-ce que l'enquêteur vous a également demandé d'indiquer l'endroit

21 précis où Stojan Kacic a été touché, sur la vidéo j'entends ? Non pas, je

22 ne parle où il a été touché sur le corps, je parle de l'endroit où il a été

23 touché à l'endroit où vous étiez. Est-il exact de dire que l'enquêteur, à

24 ce moment-là, a marqué ceci d'une croix jaune ?

25 R. Oui.

26 M. BOS : [interprétation] J'en ai terminé avec la vidéo, Messiers les

27 Juges. Je souhaite maintenant montrer au témoin la photographie prise avec

28 un grand angle 360 degrés. Nous allons vous montrer une photographie, c'est

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1 une photographie qu'on vous a déjà montrée. Est-il exact de dire qu'on vous

2 a montré cette photographie ce matin ?

3 R. Oui.

4 Q. Est-il exact de dire que nous avons regardé cette photographie, qui

5 comme c'était une photographie à 360-degrés vous présente une vue

6 panoramique et nous avons arrêté l'image à l'endroit où vous avez indiqué

7 que c'était là qu'on avait touché M. Kacic ?

8 R. Oui.

9 Q. Ce que nous allons faire maintenant, c'est encore une fois vous montrer

10 cette photographie panoramique et on va vous demander à nouveau de dire

11 stop lorsque vous reconnaîtrez l'endroit où M. Kacic a été touché.

12 [Diffusion de la cassette vidéo]

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Stop.

14 M. BOS : [interprétation]

15 Q. Monsieur le Témoin, nous avons pris un cliché de cet endroit et je

16 souhaite la regarder le placer sous le rétroprojecteur.

17 Est-ce que je peux vous demander d'indiquer l'endroit sur cette

18 photographie d'où venait le tir, d'après vous ?

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. Peut-être que vous pourriez utiliser le marqueur et entourer cet

21 endroit d'un cercle.

22 R. [Le témoin s'exécute]

23 Q. Vous avez donc dessiné un cercle autour d'un bâtiment en hauteur. Est-

24 ce que vous connaissez le nom de ce bâtiment ?

25 R. Je crois que c'est la -- c'est un bâtiment dont la construction n'était

26 pas terminée à l'époque; sinon, c'est un bâtiment qui est connu sous le nom

27 de bâtiment en verre parce qu'il a été construit en verre.

28 Q. Qu'est-ce qui vous fait croire que le coup a été tiré de cet endroit-

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1 là ?

2 R. Parce que ce bâtiment est en hauteur. Il est plus haut que les autres

3 bâtiments. On y voit très bien, il y a une très bonne visibilité depuis cet

4 endroit-là. Pour toute personne qui veut tirer de là, il est bien protégé.

5 Q. J'ai encore quelques questions à vous poser au sujet de cette

6 photographie. Juste en dessous de l'endroit que vous nous avez indiqué, on

7 voit une maison avec un toit orange. Est-ce que cette maison existait déjà

8 en 1993 ?

9 R. L'étage supérieur n'existait pas, c'était simplement le rez-de-chaussée

10 d'une très veille maison et je suppose que dans l'intervalle le

11 propriétaire a dû recevoir de l'argent pour pouvoir terminer la maison

12 parce qu'à ce moment-là, l'étage supérieur n'existait pas.

13 Q. A droite de la photo, on voit le bâtiment, on voit le mur en béton qui

14 est un grand mur. Est-ce que ce mur existait déjà en 1993 ?

15 R. Non, ce mur n'existait pas. Le bâtiment correspond à l'atelier de mon

16 voisin, c'est un entrepreneur. Il a construit un atelier et a un endroit où

17 il peut entreposer ses outils, ce genre de chose.

18 Q. Veuillez apposer vos initiales sur cette photographie.

19 M. BOS : [interprétation] Je vais demander à la Chambre de bien vouloir

20 nous donner un numéro IC pour ce document, s'il vous plaît.

21 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, ce sera le numéro

22 IC 390.

23 M. BOS : [interprétation]

24 Q. Monsieur le Témoin, je souhaite vous poser quelques questions à propos

25 de quelque chose qui se trouve dans votre déclaration. Je vais vous poser

26 une ou deux questions et ensuite, j'aimerais terminer.

27 Vous avez dit dans votre déclaration à la page 36 qu'il était

28 -- les tireurs embusqués tiraient couramment sur des personnes dans la rue.

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1 Personnes qui étaient à découvert devant ce bâtiment en verre, qui était le

2 bâtiment de la banque. Ma question que je vous pose par rapport à votre

3 témoignage est celle-ci, comment ces tireurs embusqués affectaient-ils

4 votre vie au quotidien à Mostar ? Pourriez-vous nous parler de cela ?

5 R. A mon sens, un tireur d'élite est plus dangereux qu'un obus parce qu'un

6 tireur d'élite vous voit, il voit votre corps, il voit votre visage, alors

7 qu'un obus peut tomber n'importe où, qui est cible ou non. Alors qu'un

8 tireur d'élite tire avec l'intention d'atteindre et sa cible, il voit le

9 corps. Lorsqu'il tire, il sème la panique. A mon sens, ces tireurs

10 embusqués sont beaucoup plus dangereux que les obus.

11 Q. La question que je vous ai posée est celle-ci : comment les tireurs

12 embusqués affectaient-ils votre vie au quotidien ? J'entends pour les

13 personnes qui habitaient à Mostar Est. Comment ceci vous a-t-il touché

14 personnellement lorsque vous alliez dans la rue et lorsque vous viviez les

15 choses au quotidien, à Mostar, en 1993 ?

16 R. Ceux qui devaient sortir sortaient au péril de leur vie, s'ils

17 sortaient pendant la journée. La plupart -- nous vivions la plupart du

18 temps -- la plupart de nos activités se déroulaient la nuit. C'est à ce

19 moment-là que les choses se passaient. Bien sûr, ceci a eu un effet

20 psychologique sur nous. Nous avions peur et nous avions ceci, cette peur

21 sans cesse d'être pris pour cible. On craignait pour sa famille, pour ses

22 enfants et pour sa vie.

23 Q. Une dernière question à propos d'un document qui se trouve dans cette

24 même liasse. C'est la pièce 6263 et le numéro 8457.

25 R. Veuillez m'accorder quelques instants.

26 Q. Monsieur, vous avez d'abord la version anglaise et derrière, vous avez

27 l'original en B/C/S.

28 Monsieur le Témoin, est-il exact de dire que ces documents -- que je vous

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1 ai également montré ces deux documents ce matin ?

2 R. Oui.

3 Q. Est-il exact de dire qu'il s'agit de documents médicaux qui concernent

4 Enver Dziho et que les deux documents déclarent que la date de sa blessure

5 était le 30 octobre 1993 ? Dans votre déclaration, Monsieur le Témoin, vous

6 ne vous souvenez pas des dates -- de la date exacte à laquelle cet incident

7 s'est produit. Ici, on peut lire la date du 30 octobre 1993; est-ce

8 possible ?

9 R. Oui.

10 M. BOS : [interprétation] Messieurs les Juges, j'ai terminé mon

11 interrogatoire. Je souhaitais simplement préciser que, pour ce qui est de

12 M. Stojan Kacic, dans l'un des registres du protocole de l'hôpital de

13 guerre, son nom n'est pas cité. Ceci est la pièce 05853. La date

14 d'admission à l'hôpital et également le 30 octobre où on parle du

15 traitement qu'il a reçu à cause d'une blessure par balles. J'ai terminé mon

16 interrogatoire, Messieurs les Juges.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Nous savons que vous étiez donc chauffeur dans cette

18 Brigade de pompiers ou cette Unité de Pompiers. D'après ce que j'ai

19 compris, vous avez été recruté comme pompier après votre libération de

20 l'Heliodrom, qui était intervenu le

21 24 juillet 1993. Pendant ces mois, août, septembre, octobre, novembre,

22 décembre 1993, en tant que pompier, est-ce qu'il vous ait arrivé à de

23 nombreuses reprises de vous rendre dans des endroits pour secourir des

24 personnes qui avaient été blessées par des tirs de snipers ? Là, dans le

25 cas d'espèce concernant Kacic, vous avez relaté cela, mais c'était le seul

26 cas, ou il vous ait arrivé d'avoir porté secours à d'autres victimes ?

27 LE TÉMOIN : [aucune interprétation]

28 M. LE JUGE ANTONETTI : Je n'ai pas la traduction en français, mais je vous

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1 ai écouté dans votre langue et je vois dans le transcript anglais.

2 LE TÉMOIN : C'était également quelqu'un qui faisait -- c'est un de mes

3 collègues. Vous avez dit que c'est la seule où vous avez été le témoin

4 oculaire de ceci. C'était un des mes collègues, et il a succombé à ses

5 blessures trois jours après.

6 M. LE JUGE ANTONETTI : -- un de vos collègues avait été touché. C'est les

7 deux seules fois où vous êtes intervenu ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, maintenant, la Défense, vous avez trois

10 quarts d'heure.

11 Maître Ibrisimovic.

12 M. IBRISIMOVIC : Pas de questions pour le témoin, Monsieur le Président.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Avocate suivante.

14 Mme TOMASEGOVIC TOMIC : [interprétation] Pas de questions pour le témoin.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Avocat suivant.

16 M. MURPHY : [interprétation] Nous n'avons pas de questions non plus à poser

17 à ce témoin.

18 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, Monsieur Praljak à

19 quelques questions, avec votre permission, à poser au témoin. Cela prend,

20 pour les besoins du compte rendu d'audience, je souhaite répéter le nom qui

21 n'a pas été consigné ici. C'est l'incident qui correspond au point 14 et le

22 nom qui a été cité par le témoin C'est Uzeir Jugo. Nous avons déjà parlé de

23 cet incident et, par conséquent, il fait référence à un incident que nous

24 connaissons déjà. Il ne s'agit pas d'un autre incident.

25 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Bonjour, Messieurs les Juges.

26 Contre-interrogatoire par l'accusé Praljak :

27 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin. Je vais commencer par

28 Ljubo Uzeir. Vous avez dit que vous répariez des pneus ensemble; c'est

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1 exact ?

2 R. Oui.

3 Q. A quel endroit c'était ? Dans la cour de la Brigade des Sapeurs-

4 pompiers ou c'était ailleurs ?

5 R. C'était dans le périmètre, dans l'enceinte de l'unité de la brigade.

6 Q. Répétons cela, s'il vous plaît. C'était la cour, lorsque vous entrez de

7 Brace Brkica. De cette rue-là, vous traversez la grille et là, il y a une

8 cour ?

9 R. Non. Non, ce n'est pas cet endroit-là. C'est la première cour. Ce n'est

10 pas immédiatement derrière le bâtiment, mais c'est devant le bâtiment.

11 Devant l'entrée dans le bâtiment des sapeurs-pompiers. C'est là où on

12 pouvait garer deux camions.

13 Q. Cela n'est donc pas la cour intérieure, non ?

14 R. Non.

15 Q. Donc, c'était au milieu de la rue ?

16 R. Oui.

17 Q. Lorsque Stojan Kacic a été touché, il portait la civière avec Enver

18 Dziho qui était avec lui auparavant ?

19 R. Oui.

20 Q. Est-ce que vous portiez la partie avant ou la partie arrière du

21 brancard ?

22 R. La partie arrière.

23 Q. Vous ne savez pas quelle jambe il a été touché ?

24 R. Je ne sais pas, mais je pense que c'était la jambe droite.

25 Q. Où exactement à la jambe droite ?

26 R. Je sais qu'il s'est saisi de sa jambe de sa cuisse, avec la main. Peut-

27 être qu'il n'a pas touché l'endroit où il avait été blessé. Peut-être que

28 toute sa jambe lui faisait mal et ne fonctionnait pas normalement.

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1 Q. Je posais simplement les questions.

2 R. Je pense que c'était la main -- la jambe droite.

3 Q. Vous n'avez pas -- nous n'avons pas de preuves de l'Accusation ce à

4 quoi ressemblait sa blessure où il a été touché, s'il s'agissait de la

5 jambe droite ou non, de la jambe, à savoir si c'était la cuisse ou le reste

6 de la jambe.

7 Je n'ai pas d'autres questions. Lorsque Enver Dziho a été touché, en

8 tout cas, au niveau du croquis que vous nous avez dessiné, il se trouvait

9 devant une maison ?

10 R. Il se trouvait devant un garage, un entrepôt.

11 Q. Devant cette maison, il y a quelque chose qui est connu à Mostar. C'est

12 une bibliothèque dans la rue du maréchal Tito.

13 R. Oui, mais c'est un peu plus loin. C'est à une centaine de mètres dans

14 cette direction.

15 Q. Mais lorsque vous êtes debout, à l'endroit où Enver Dziho a été touché,

16 depuis cet endroit-là, depuis le bâtiment de la bibliothèque, est-ce qu'on

17 peut voir la banque en vert ? Vous êtes-vous jamais trouvé à cet endroit-là

18 pour vous retourner et regarder le bâtiment en vert ? Vous -- avez-vous pu

19 voir de cet endroit-là le bâtiment en vert là-bas où à l'endroit où se

20 trouvait la bibliothèque et du maréchal Tito ? Est-ce que vous pouviez

21 apercevoir cela ?

22 R. On m'a dit que j'ai -- on a dit ici que j'ai trouvé Dziho lorsqu'il

23 était déjà blessé et si vous regardez depuis ce bâtiment-là vous pouvez

24 voir le bâtiment en vert.

25 Q. Mais pas depuis l'endroit où M. Dziho a été blessé, n'est-ce pas ?

26 R. Bien, il n'y a pas d'obstacle entre l'endroit où il a été blessé et la

27 banque. Entre le numéro 2 où Dziho gisait et la banque en vert. Il n'y a

28 pas d'obstacle qui empêche de voir.

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1 Q. Nous avons vu que le passage ici est étroit.

2 R. C'était une ombre.

3 Q. Bien, c'était une ombre et dans des rues étroites lorsqu'il fait beau

4 et qu'il y a du soleil, on voit que de l'ombre, il fait toujours sombre.

5 Pouvez-vous imaginer ? On pouvait voir avec des jumelles ou sans si on se

6 trouvait au bâtiment en vert qui se trouve qu'en même à 700 mètres, est-ce

7 que vous pensez pouvoir voir les personnes qui descendent dans la rue ?

8 R. Je pense que l'image nous raconte quelque chose, mais en réalité, c'est

9 un peu différent, malgré le soleil je pense qu'on pouvait néanmoins voir

10 les choses très distinctement. Je crois qu'au niveau de l'image on voit

11 plus l'ombre que dans la réalité.

12 Q. Bien. Cela c'est votre point de vue personnel. Mais, Monsieur le

13 Témoin, le jour où M. Kacic a été --

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous vous rappelez du temps où il y avait un soleil,

15 c'était couvert; est-ce que vous vous souvenez de --

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Il faisait chaud. C'était l'été. Il y avait du

17 soleil. C'était une journée magnifique.

18 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Monsieur le Président.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Praljak, il y avait une question.

20 M. LE JUGE MINDUA : Oui, excusez-moi, Monsieur Praljak, juste pour le

21 contenu de la question du Président. Monsieur le Témoin, parce qu'il

22 faisait chaud et clair à ce moment-là, ce qui me frappe dans votre

23 témoignage écrit c'est que deux victimes avaient des tenues militaires ou

24 en tout cas à moitié; c'est bien cela ? Est-ce que vous ne pouvez pas

25 influencer les agissements du tireur ou des tireurs ?

26 M. LE JUGE ANTONETTI : Répondez.

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Ecoutez, je vais vous le dire comme ceci : les

28 Musulmans avaient été chassés de la rive est vers la rive ouest dès le

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1 début de la guerre. Ils n'avaient rien. Ils n'avaient que -- ils avaient

2 été dépossédés et après le conflit avec l'ABiH ils avaient de nouveau été

3 chassés en direction de la rive ouest. Donc, ils n'avaient rien et ils

4 mettaient tout ce qu'ils pouvaient se procurer ou se mettre sur la main.

5 Donc, ils avaient des vêtements très colorés, quelquefois, ils portaient

6 des vêtements militaires et quelquefois des vêtements civils. Par exemple,

7 il y avait des gens qui travaillaient sur un chantier qui étaient habillés

8 en uniforme militaire. C'était au mois d'octobre et je ne me souviens pas

9 de la date exacte. Les gens portaient des anoraks et des vestes et en

10 travaillant sur les chantiers.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : La question de mon collègue est très précise. Mon

12 collègue et moi-même, et je pense que mes autres collègues, on veut savoir

13 si M. Kacic et M. Dziho portaient un vêtement, qui vu à 700 mètres

14 pouvaient laisser penser que c'était deux soldats de l'ABiH ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai jamais regardé dans la lunette d'un

16 fusil utilisé par des tireurs embusqués mais je pense qu'on peut faire la

17 différence entre un civil et une personne qui porte un brancard, que ce

18 soit un soldat ou non. En tout cas, c'est ce que je pense.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Dans votre souvenir, qu'est-ce qu'ils avaient sur

20 eux ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Dziho -- où j'ai trouvé Dziho en gisant par

22 terre il portait une chemise militaire. Je ne sais pas si cette chemise

23 leur recouvrait ou s'il la portait. Je ne sais pas. Je sais qu'il portait

24 des pantalons civils.

25 M. LE JUGE ANTONETTI : C'est bariolé, c'est une veste de camouflage.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. C'était une chemise de camouflage.

27 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Monsieur Barakovic, vous souvenez-

28 vous à quel moment de la journée ceci est arrivé ? Etait-ce le matin ?

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1 Etait-ce à l'heure du déjeuner ? Etait-ce dans l'après-midi ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] La veille, le soir. Je travaillais -- nous

3 travaillons 24 heures sur 24 et après nous avions une journée de repos. Je

4 rentrais chez moi et j'étais venu chez moi pour me reposer, car c'était un

5 travail très fatiguant. Ensuite, ma femme m'a dit que Dusanka Begovic, le

6 voisin qui était juste à côté, avait été blessé, donc, je me suis levé je

7 suis allé aider. J'ai traversé en courant à l'endroit où ceci s'était

8 déroulé parce que c'était juste à côté. Lorsque je suis arrivé il n'y avait

9 pas du Dusanka Begovic, j'ai vu Dziho Enver qui était là gisant par terre.

10 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Ecoutez, cela je le sais mais la

11 question que je vous pose. A quel moment ceci est-il arrivé ? Etait-ce à 9

12 heures du matin ? Etait-ce à midi ? Etait-ce à 14 heures dans l'après-

13 midi ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était le matin. Sans doute la matin. Je ne

15 sais pas exactement à quelle heure je me suis endormi mais c'était le matin

16 à 9 heures ou 10 heures du matin. Je ne sais pas exactement. Je ne me

17 souviens pas précisément. Il n'y avait pas d'électricité. Nous n'avions

18 rien. On ne pouvait pas vraiment --

19 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci. Pourriez-vous me dire à

20 quelle heure la vidéo a été tournée ? Etait-ce également le matin ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Sans doute, ou peut-être, mais je ne sais pas.

22 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Vous n'avez aucune idée, vous ne

23 savez pas à quelle heure de la journée vous avez rencontré l'enquêteur ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, je ne sais pas.

25 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci beaucoup.

26 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez répondu qu'à moitié à ma question. Pour M.

27 Dziho, on sait qu'il avait une veste de camouflage. Mais M. Kacic, comment

28 -- qu'est-ce qu'il avait sur lui ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Il avait un pantalon de camouflage, un vieux

2 pantalon. La couleur était assez fade, usée. Puis, en haut il avait une

3 chemise civile.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : En répondant à mon collègue, vous avez rajouté un

5 autre élément que je ne peux pas laisser de l'autre côté. Vous avez

6 expliqué que le matin alors que vous étiez en train de dormir parce que

7 vous aviez eu la veille une journée difficile, votre femme vous a dit que

8 le voisin avait été blessée et c'est comme cela que vous vous êtes levé.

9 Vous avez indiqué que c'était Begovic qui avait été blessé, d'après ce que

10 j'ai compris.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Dusanka Begovic.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Alors, si je comprends bien, en quelques

13 minutes, il y a trois personnes qui ont été blessées parce que vous dites :

14 "Quand je suis sorti croyant trouver Dusanka Begovic, je l'ai vu, à ce

15 moment-là les deux autres blessés," -- non, vous avez vu Dziho qui était

16 blessé. En quelques -- dans l'espace d'un temps très réduit, il y aurait au

17 moins trois personnes qui auraient été blessées.

18 LE TÉMOIN : [interprétation] C'est au moment où je me suis réveillé pour

19 aider Dusanka et ensuite, je suis allé m'abriter au niveau de la première

20 maison et j'ai essayé de le trouver. C'est arrivé au moment où se trouvait

21 cette personne blessée et mon épouse m'a quelque chose -- qu'elle était

22 blessée, mais je ne pouvais pas le voir. Je ne voyais que Dziho. Ensuite,

23 quand les brancards sont arrivés, les urgences, ils ont pris Dziho et ils

24 l'ont amené là-haut. C'était pendant ce temps-là que tout cela s'est passé.

25 Mais je ne saurais vous dire quelle période c'était exactement, quelle

26 heure.

27 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

28 Q. M. Dziho et M. Stojan étaient-ils tous les deux membres de l'ABiH ?

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1 R. Non.

2 Q. Monsieur --

3 L'INTERPRÈTE : L'interprète se reprend : Oui.

4 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

5 Q. Est-ce que vous savez que derrière les murs de la bibliothèque se

6 trouvait un lance-roquettes de l'ABiH ?

7 R. Jusqu'au moment -- à partir du moment où j'ai commencé à être dans -- à

8 travailler en tant que sapeur-pompier, et jusqu'à la fin de la guerre, il

9 n'y en avait pas.

10 Q. Donc, vous ne l'avez jamais vu ? Vous n'avez jamais vu de lance-

11 roquettes derrière la librairie sur la rue du maréchal Tito ?

12 R. Non.

13 Q. Quand vous avez dit que tous les Musulmans ont été expulsés de la rive

14 ouest vers la rive est, est-ce que vous savez, même si je ne nie pas

15 certaines choses, qu'un certain membre -- que le nombre de Musulmans sont

16 restés sur la rive droite, sur la rive occidentale et pendant toute la

17 guerre, et ce chiffre n'a jamais été moindre que

18 7 000 ?

19 R. Je peux vous donner mon point de vue. Je ne saurais pas être d'accord

20 avec les chiffres avancés.

21 Q. D'après, il y en avait combien qui sont restés sur la rive

22 occidentale ?

23 R. Je ne peux pas vraiment répondre à cette question, puisque je ne le

24 sais pas.

25 Q. Très bien. Est-ce que vous pourriez, à présent, placer ces documents

26 sur le rétroprojecteur ? C'est une photo que vous avez déjà vue. Vous nous

27 avez montré la banque en vert, là-dessus, mais je vais vous demander

28 d'examiner encore une fois la photo, puisque je vais poser la question au

Page 13919

1 sujet d'autres photos qui y figurent. Est-ce que vous pouvez, par exemple,

2 me montrer l'hôtel Bristol sur cette photo ? Est-ce qu'on voit, à partir

3 d'ici, cet hôtel, l'hôtel Bristol ?

4 R. Peut-être ici, mais je ne vois pas très bien.

5 Q. Bien. Tout à fait par rapport à la gauche et par rapport à la gauche et

6 par rapport au toit rouge, est-ce que vous voyez un immeuble ?

7 R. Oui.

8 Q. Est-ce que vous pensez que c'est l'immeuble qui est au coin du Bulevar,

9 la rue qui va en direction du pont du maréchal Tito et il est aussi connu

10 comme un immeuble de la banque, au niveau de la place espagnole ? Est-ce

11 que vous pensez que c'est bien cela ?

12 R. Oui. C'est tout à fait possible.

13 Q. Pourriez-vous marquer cet endroit avec le chiffre 1, s'il vous plaît ?

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Bien. Ensuite, on va une petite clairière et puis, juste au-dessus du

16 toit rouge, on voit un immeuble. Est-ce possible que ceci soit l'hôtel

17 Bristol ?

18 R. On ne voit pas très bien, mais il est plus en contrebas, plus au niveau

19 de la rivière, la Neretva. Mais c'est vrai que c'est en face, de l'autre

20 côté.

21 Q. Donc, en regardant d'ici, il est normalement à gauche de la banque en

22 verre et à droite du bâtiment Borovo ? Donc, est-ce que, d'après vous, ce

23 bâtiment blanc pourrait correspondre à l'hôtel Bristol ?

24 R. Oui.

25 Q. Bien. Pourriez-vous mettre le chiffre 2, là.

26 R. [Le témoin s'exécute]

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous qui êtes un habitant de Mostar, qui par

28 ailleurs a été pompier, donc, vous connaissez les lieux. D'après vous, de

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1 l'endroit où ont été blessées les personnes que nous avons mentionnées tout

2 à l'heure, est-ce que quelqu'un qui se trouverait à l'hôtel Bristol ou dans

3 le bâtiment Borovo pouvait voir les trois personnes qui ont été blessées et

4 leur tirer dessus, évidemment ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Je n'ai pas vraiment prêté attention à cela,

6 donc, je ne saurais répondre à la question.

7 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Je vais demander à

8 Mme l'Huissière de placer cette photo sur le rétroprojecteur.

9 Q. Mais pourriez-vous, avant cela, sur la photo précédente, apposer vos

10 initiales, Monsieur le Témoin.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Mettez vos initiales.

12 Madame la Greffière, donnez un numéro pour la photo où il a marqué 1.

13 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agira de la

14 pièce IC 391.

15 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

16 Q. Ceci est une photo qui a été fait par un expert. On y voit donc ce

17 bâtiment en verre, ensuite le bâtiment Borovo. Je pense que vous pouvez

18 voir donc un bâtiment en contrebas par rapport à la banque en verre.

19 Ensuite, vous pouvez voir une autre -- c'est sur la droite. Est-ce que vous

20 pourriez à nouveau, s'il vous plaît, nous marquer cette photo en mettant le

21 chiffre au niveau du bâtiment Borovo, le numéro 2 au niveau de l'hôtel

22 Bristol ?

23 Donc, le numéro 1, Borovo, juste à gauche, au-dessus du toit. Non,

24 mais là, je pense que vous vous trompez. Là, c'est l'hôtel Bristol, si je

25 ne m'abuse. Regardez mieux.

26 R. [Le témoin s'exécute]

27 Q. Très bien, très bien. Donc, la lettre -- enfin, le chiffre 1. Ensuite,

28 l'hôtel Bristol avec le chiffre 2, s'il vous plaît.

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1 R. [Le témoin s'exécute]

2 Q. Très bien. Ensuite, la banque en verre avec le chiffre 3. C'est bon.

3 R. [Le témoin s'exécute]

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Question de suivi. Vous venez de marquer le chiffre

5 2 sur l'hôtel Bristol et, effectivement, je le constate que cet hôtel est

6 en droite ligne par rapport à l'escalier. A quelle distance, d'après vous,

7 à vol d'oiseau, se trouve l'hôtel Bristol ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Je dirais à peu près à 300 mètres. 300 ou 400

9 mètres.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien.

11 Monsieur, au moment des tirs, saviez-vous qui contrôlait l'immeuble de la

12 banque, qui contrôlait l'hôtel Bristol et qui contrôlait Borovo ? Vous le

13 savez ou vous ne le saviez pas ?

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Votre réponse était oui. Qui ?

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Le HVO.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Le HVO contrôlait les trois immeubles ?

18 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. L'hôtel Bristol était du côté de l'armée,

19 et la banque, qui a été détruite, était entre les lignes et du côté de

20 l'ABiH. Le Bulevar, c'était la ligne, la ligne de démarcation.

21 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

22 Q. Je vais être encore plus précis. Si le Bulevar correspond à la ligne de

23 démarcation et le HVO se trouve au niveau du lycée, qui se trouve dans

24 l'immeuble Borovo ?

25 R. J'ai dit que l'ABiH était à Borovo et à Bristol.

26 Q. Donc, l'ABiH contrôlait Borovo et Bristol, n'est-ce pas ?

27 R. Oui.

28 Q. Pourriez-vous à nouveau regarder ces bâtiments, ces immeubles qui sont

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1 en contrebas par rapport à la banque en verre ? Ces maisons sont plus près,

2 sont plus près par rapport à la position d'où la photo a été prise ?

3 R. Oui, c'est vrai.

4 Q. Ces deux immeubles, est-ce que ces deux immeubles étaient contrôlés par

5 l'ABiH -- l'ABiH, les deux immeubles que je vous ai montrés.

6 R. Ils étaient de ce côté-là, donc du côté de l'ABiH, entre la banque et

7 la ligne de séparation, il n'y avait rien. Tout a été détruit. Par exemple,

8 les grands magasins étaient détruits.

9 Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, marquer les chiffres 4 et 5 au niveau

10 de ces deux immeubles. Bien, donc le chiffre 4 et puis à droite, le

11 bâtiment qui est un petit peu plus élevé, le bâtiment blanc. Voilà, le

12 numéro 5 bien.

13 R. [Le témoin s'exécute]

14 Q. Dites-nous : est-ce qu'à partir de ce chacune de ces maisons, de chacun

15 de ces bâtiments on avait la bonne visibilité et on pouvait tirer si on le

16 voulait ? Est-ce qu'on avait la visibilité -- enfin, une bonne visibilité

17 pour pouvoir tirer là ?

18 R. Si, la possibilité existait évidemment puisque vous pouviez tirer de

19 toute élévation dans la ville.

20 Q. Vous êtes originaire de Mostar; est-ce que par rapport à la rive Est,

21 là où vous étiez ? Est-ce qu'on pouvait tirer à partir de chaque immeuble

22 un petit peu plus élevé sur l'autre côté et vice-versa, du côté ouest, on

23 pouvait tirer à partir de chaque immeuble de l'autre côté ?

24 R. Mais bien sûr que oui. C'était une ville, tout le monde pouvait tirer

25 sur tout le monde.

26 Q. De chaque bâtiment qui surplombait un peu les autres se trouvant sur la

27 rive à l'est, on pouvait tirer sur la rive droite et l'inverse, n'est-ce

28 pas ?

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1 R. Oui, c'est exactement cela.

2 Q. Très bien. Je vous remercie, Monsieur le Témoin. A présent, je voudrais

3 présenter les documents médicaux relevant de l'expert où on a montré

4 différents types de blessures, et cetera. Personne n'a vraiment prouvé en

5 même temps que les tireurs, de quel côté venaient les tirs de ces tireurs

6 embusqués.

7 Pourriez-vous mettre vos initiales sur la photo, Témoin, s'il vous plaît ?

8 Merci.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : mettez vos initiales sur la photo, s'il vous plaît,

10 Témoin.

11 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, vous allez me donner un numéro.

13 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agira du

14 numéro IC 392.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci.

16 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] J'ai demandé au Procureur de nous

17 fournir la documentation médicale avant que l'expert ne vienne pour que

18 l'on puisse voir où exactement ces deux victimes ont été blessées, quel

19 type de blessure ont-ils eu ou par où est entrée la balle, par où elle est

20 sortie, et cetera.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien, Maître Stewart.

22 M. STEWART : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Je

23 n'ai pas de question mais puisque je suis debout, je voudrais faire suite à

24 ce que vient de dire le Juge Trechsel. Je pense que, si vous regardez les

25 vidéos et les photos à l'aide d'un compact, vous pouvez voir très d'une

26 boussole et cetera, vous pouvez voir exactement à quel moment de la journée

27 cela s'est produit. Je pense que cette information sera utile au Juge

28 Trechsel.

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1 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, est-ce que je peux

2 poser une question ? C'est une question qui fait suite à une question que

3 vous avez posée, je pense que qu'il reste un petit point à éclaircir par

4 rapport à la question que vous avez posée. Donc, avec votre permission, je

5 vais la poser.

6 Contre-interrogatoire par M. Kovacic :

7 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, je vous souhaite bonjour. On vous

8 a posé une question au sujet du début de la journée, votre épouse vous a

9 dit que Dusanka était blessé. Quand vous êtes arrivé là-bas vous avez vu

10 Dziho. Donc, vous avez parlé de cela. Vous avez parlé de cela aussi dans

11 votre déclaration au préalable. Est-ce que vous pourriez confirmer quelque

12 chose qui figure dans votre déclaration au préalable ? Est-ce que vous

13 pouvez me dire si j'ai tort ou non, puisque j'ai l'impression que Dusanka

14 n'a pas été -- Dusanka Begovic n'a pas été blessé ? Vous l'avez compris que

15 plus tard ?

16 R. Oui, c'est exact.

17 M. STEWART : [interprétation] Je n'ai pas de questions, mais puisque M.

18 Kovacic est revenu là-dessus, M. Petkovic voudrait poser quelques

19 questions.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Petkovic.

21 L'ACCUSÉ PETKOVIC : [interprétation] Bonjour, Messieurs les Juges.

22 Contre-interrogatoire par M. Petkovic :

23 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin.

24 L'ACCUSÉ PETKOVIC : [interprétation] Je voudrais demander que l'on présente

25 à nouveau la pièce IC 389. C'est le croquis qu'il a fait. Donc, IC 389.

26 Pourriez-vous descendre un petit peu l'image, encore un petit peu ? Merci.

27 Q. Monsieur le Témoin, pourriez-vous indiquer l'endroit où Stojan a été

28 blessé, avec précision ?

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1 R. C'est à peu près ici.

2 Q. Mais faites-le, s'il vous plaît. Écoutez, mettez une lettre, un signe

3 quelconque, une croix X. Mettez la lettre S à côté pour qu'on sache que

4 c'est Stojan qui était là.

5 R. [Le témoin s'exécute]

6 Q. Mais pourriez-vous maintenant nous montrer l'endroit où vous étiez

7 abrité au moment où Stojan est passé à côté de vous ?

8 R. C'est à peu près ici. Là, il y a un mur en béton, j'étais derrière la

9 maison.

10 Q. Mais où exactement ?

11 R. A l'étage juste à l'étage, c'est vraiment sous l'escalier, cela donne

12 sur la rue-là.

13 Q. Mettez une croix à l'endroit où vous étiez.

14 R. Mais je n'étais pas sur le toit, il n'y a que cela qu'on voit.

15 Q. Mais si vous n'êtes pas capable, mettez à l'endroit -- mettez la lettre

16 X ou la croix à l'endroit où vous étiez tout simplement.

17 R. Oui, même si ce n'est pas très bien montré sur la photo.

18 Q. Très bien. Donc, mettez le chiffre 4 à côté de cela.

19 R. [Le témoin s'exécute]

20 Q. A quelle distance vous étiez par rapport à Stojan ?

21 R. A une vingtaine de pas.

22 Q. Est-ce que vous courriez, ou est-ce que vous marchiez derrière lui ?

23 R. Par rapport de l'endroit où l'on a porté Dziho, Ibro Spago m'a dit :

24 "Va chercher une couverture pour le transporter ailleurs."

25 Q. Est-ce que vous y êtes allé ?

26 R. Oui, je suis arrivé au niveau de cette maison, et là je me suis arrêté

27 pour essayer de traverser en courant; cependant, entre-temps, quelqu'un des

28 personnes présentes a dit que qu'il y avait des urgences qui -- enfin, des

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1 brancards puisque l'Institut hygiénique était à proximité. Mais comme on

2 disait que Dusanka avait été blessé aussi, c'est ce que nous avons entendu

3 dire, et puis, un ambulancier est arrivé aussi, il a donc apporté le

4 brancard. Ils ont mis Dziho Spago [comme interprété] sur le brancard. Ils

5 sont venus jusqu'à à l'endroit où j'ai été, ils sont passés à côté par

6 rapport à l'endroit où j'étais. Je suis allé derrière eux et je me suis

7 caché derrière le mur. Ensuite, le reste des choses s'est produit. Ils

8 l'ont emmené là-bas parce que là-haut il y avait l'ambulance, l'ambulance

9 ne pouvait pas descendre. Ils l'on garé à côté de l'école, le long de la

10 route. Ensuite, Dziho a réussi à s'en tirer. Il y avait une boutique de

11 mercure avant la guerre, c'est là qu'il est allé. Ensuite, on l'a tiré de

12 là on l'a emmené.

13 Q. Quand il est revenu vers vous, M. Praljak vous a demandé où est-ce

14 qu'il a été blessé. Vous avez dit que vous ne savez pas.

15 R. Je vous ai dit qu'il se tenait la jambe, donc, probablement la jambe.

16 Q. Donc, il est passé à côté de vous, tout près et vous ne l'avez même pas

17 demandé "où il était blessé ?" Vous n'avez pas regardé sa jambe ?

18 R. Pourquoi voulez-vous que je le fasse puisque l'ambulance est venue le

19 chercher ?

20 Q. Mais ils ne sont pas venus le chercher, il était revenu jusqu'à la

21 maison où vous étiez.

22 R. [aucune interprétation]

23 L'INTERPRÈTE : Est-ce que les personnes qui parlent peuvent ralentir, s'il

24 vous plaît ?

25 LE TÉMOIN : [interprétation] On avait dit que Dusanka était blessé, des

26 gens étaient là-bas. On en a parlé tout le monde en a parlé, les gens

27 étaient là.

28 L'ACCUSÉ PETKOVIC : [interprétation]

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1 Q. Dans votre déclaration, vous dites que le lendemain vous avez parlé

2 avec Ibro au sujet des choses qui se sont produites ?

3 R. Oui. Nous nous sommes vu.

4 Q. Est-ce que vous lui avez demandé ce qui s'est passé ?

5 R. Oui, on a parlé de ce qui s'est passé et ce qui aurait pu se passer,

6 parce que je me suis dit que les choses auraient pu tourner encore plus mal

7 que cela.

8 Q. Dans votre déclaration préalable, vous dites - et vous avez dit

9 aujourd'hui - que les -- vous avez dit que tout cela s'était passé au mois

10 d'octobre et que c'était l'été.

11 R. J'ai dit que je ne savais pas quelle était vraiment la date, mais il

12 faisait tellement beau, qu'on avait l'impression que c'était l'été. Donc,

13 c'était peut-être l'automne mais vous savez parfois à Mostar, il fait

14 tellement beau en automne qu'on a l'impression que l'on était à l'été.

15 Q. Vous avez dit que cela s'est produit avant Noël, et nous savons que

16 Noël c'est au mois de décembre et vous avez dit que la journée était très

17 belle, que c'était une belle journée, et que c'était probablement en été.

18 R. Peut-être que je me suis trompé.

19 Q. Je suis un peu surpris que vous trouvez que l'été se trouve à peu près

20 au mois d'octobre et juste avant le mois de décembre, à savoir avant Noël.

21 R. C'est bien --

22 L'ACCUSÉ PETKOVIC : [interprétation] Je vous remercie, je n'ai pas d'autres

23 questions à vous poser.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : L'avocate suivante.

25 Mme TOMASEGOVIC TOMIC : [interprétation] Nous n'avons pas de questions à

26 poser à ce témoin, Monsieur le Président.

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Toute la Défense a terminé. Y a-t-il des

28 questions supplémentaires ?

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1 M. BOS : [interprétation] Non, nous n'avons pas de questions

2 supplémentaires, Monsieur le Président.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Monsieur, votre audition vient de se terminer.

4 Au nom de mes collègues je vous remercie pour avoir apporté votre

5 contribution et je vous souhaite une bonne continuation dans le métier que

6 vous faites et également nos meilleurs vux pour votre retour.

7 Il est 4 heures moins 20. Nous allons faire 20 minutes de pause et nous

8 reprendrons à 4 heures.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président.

10 [Le témoin se retire]

11 --- L'audience est suspendue à 15 heures 40.

12 --- L'audience est reprise à 16 heures 00.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Passez en huis clos partiel pendant quelques

14 instants.

15 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Nous sommes à huis clos.

16 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Berisa, Belkisa. Je suis mariée.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Quelle est votre date de naissance, Madame ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis née en 1955.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Est-ce que, Madame, vous avez une profession, une

10 activité actuellement, ou êtes-vous mère au foyer ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis au foyer.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Je vous demande de lire le serment.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

14 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

15 LE TÉMOIN : BELKISA BERISA [Assermentée]

16 [Le témoin répond par l'interprète]

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Madame. Vous pouvez vous asseoir. Mme

18 l'Huissière va relever le rideau. Bien. Alors, Madame, quelques

19 explications rapides de ma part. Le Procureur que vous avez dû peut-être

20 rencontrer ce matin ou hier, il va vous poser une série de questions, voire

21 vous présenter des documents ou photos ou vidéos. Après cette période qui

22 devrait être relativement rapide, la Défense, qui est située sur votre

23 gauche, ils sont beaucoup, ainsi que les accusés, mais il n'y en a qu'un

24 qui intervient pour chacun des accusés, vous posera des questions. Nous

25 avons octroyé globalement à la Défense 45 minutes, dans la mesure où nous

26 estimons que l'Accusation a 20 minutes et faire une présentation au titre

27 de l'article 92 ter. Si, Madame, à un moment donné, vous ne vous sentez pas

28 bien, vous avez quelque chose à nous dire, n'hésitez pas à nous interrompre

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1 et à nous dire ce que vous estimez utile de porter à votre connaissance.

2 Voilà la façon dont va se dérouler cette audience.

3 Je vais maintenant donner la parole à l'Accusation. Je ne sais pas

4 qui. Monsieur Mundis ?

5 M. MUNDIS : [interprétation] Oui, c'est de moi qu'il s'agit. Merci,

6 Monsieur le Président.

7 Interrogatoire principal par M. Mundis :

8 Q. [interprétation] Bonjour, Madame Berisa.

9 R. Bonjour.

10 M. MUNDIS : [interprétation] Monsieur le Président, conformément à notre

11 pratique habituelle, je vais -- je me propose de lire maintenant le résumé

12 en application du 65 ter pour ce qui est du témoignage de ce témoin.

13 Le témoin était résidente à Mostar Est et vivait dans le secteur appelé

14 Rodoc. Vers le 2 septembre 1993, elle et sa famille ont été expulsées de

15 leur domicile par des soldats du HVO. Ils ont été escortés par des soldats

16 du HVO qui les ont fait marcher en direction de Buna. Son mari, Ibrahim

17 Berisa a été arrêté par des soldats du HVO et a été mis en prison à

18 l'Heliodrom. Le témoin et sa famille sont allés dans Mostar Est et sont

19 restés chez des membres de leur famille dans le secteur de Tekija. Le 2

20 février 1994, son fils, Orhan Berisa, né le 5 mars 1985, a été tué par un

21 tireur embusqué lorsqu'il jouait à l'extérieur, dehors, dans le quartier de

22 Tekija. Ceci conclut le résumé en application du 65 ter.

23 Je vais demander maintenant l'aide de l'Huissière pour ce qui est de

24 fournir au témoin un petit recueil de documents. Je crois qu'elle l'a déjà.

25 Q. Madame Berisa, en 2001, avez-vous fait une déclaration écrite auprès

26 d'un enquêteur ou des enquêteurs du bureau du Procureur ?

27 R. Que voulez-vous dire ? Par écrit ? Expliquez-moi cela, je vous prie.

28 Q. Est-ce qu'un enquêteur du Tribunal vous aurait rencontré en septembre

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1 2001 pour vous poser des questions ?

2 R. Oui.

3 Q. Après cette session de questions et de réponses, au travers du service

4 d'un interprète, est-ce que l'enquêteur vous a relu la déclaration avec une

5 traduction de votre déclaration en langue bosniaque ?

6 R. Oui.

7 L'INTERPRÈTE : La réponse est non.

8 M. MUNDIS : [interprétation]

9 Q. Bien. Madame, est-ce que -- si nous pouvons maintenant nous pencher sur

10 ce qui porte la cote P 09856. Avez-vous ce document devant vous ? Je vous

11 demande de vous pencher sur ce qui constitue la première page de ce

12 document en anglais. Je vous demanderais, donc, Madame, de nous dire si

13 vous voyez votre signature au bas de ce document ?

14 R. Oui, oui. Cela, c'est bien ma signature. On m'a lu ma déclaration et je

15 n'ai fait que signer. C'est ma déclaration à moi.

16 Q. Madame Berisa, lorsque vous êtes venue à La Haye il y a deux jours, on

17 vous a fourni une version bosniaque de votre déclaration, n'est-ce pas ?

18 R. Oui.

19 Q. Une fois qu'on vous a fourni une copie en langue bosniaque, Madame,

20 avez-vous eu l'occasion de lire cette déclaration ?

21 R. Oui.

22 Q. Après avoir lu la déclaration en langue bosniaque, Madame Berisa, y

23 aurait-il quoi que ce soit que vous souhaiteriez ajouter à votre

24 déclaration ?

25 R. Je l'ai lue. Je ne pense pas ajouter et je dirais que ceci, seulement,

26 est mon récit.

27 Q. On y viendra, Madame, dans un instant. Puis-je vous demander la chose

28 suivante ? Y aurait-il quoi que ce soit que vous souhaiteriez modifier,

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1 s'agissant de la déclaration écrite que vous avez faite ?

2 R. Non.

3 Q. Y aurait-il quoi que ce soit que vous voudriez effacer, expurger de

4 cette déclaration ?

5 R. Non.

6 Q. Si je devais vous poser la même série de questions comme l'a fait

7 l'enquêteur en 2001, est-ce que vos réponses à ces questions se

8 trouveraient être les mêmes que celles qui se trouvent consignées dans

9 votre déclaration écrite ?

10 R. Oui.

11 Q. Madame, au meilleur de vos souvenirs, dites-nous si cette déclaration

12 écrite que vous avez sous les yeux, est conforme à la vérité ou pas ?

13 R. C'est conforme à la vérité.

14 Q. Madame Berisa, à l'époque où l'enquêteur du Tribunal vous a rencontré,

15 lui auriez-vous fourni des documents au sujet de votre fils Orhan ?

16 R. Oui.

17 Q. J'aimerais que vous vous tourniez, maintenant, vers la pièce qui porte

18 le numéro 8501 dans le recueil de documents. Je répète : 8501, et nous dire

19 que ce que c'est que ce document.

20 R. C'est un acte de décès, un extrait du registre des décès, relatif à mon

21 fils.

22 Q. Madame, je vous demanderais maintenant de vous pencher sur la pièce

23 9132, nous dire, s'il vous plaît, de quoi il s'agit.

24 R. C'est un extrait du registre des personnes décédées.

25 Q. Ce document se rapporte-t-il également à votre fils Orhan ?

26 R. Oui. Berisa Orhan.

27 Q. Je vous demanderais maintenant, Madame, de vous pencher sur la pièce

28 9405 qui est également dans ce petit recueil de documents, et de nous dire

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1 de quoi il s'agit.

2 R. Excusez-moi. Je me suis trompé. Ceci, tout à l'heure, c'était un

3 extrait du registre des naissances pour Berisa Orhan. L'autre, c'est un

4 extrait du registre des personnes décédées.

5 Q. Madame Berisa --

6 M. STEWART : [interprétation] On dit que c'est 9405 au compte rendu. Je

7 crois que c'est 9405, à mon avis.

8 M. MUNDIS : [interprétation] Oui, merci, Monsieur Stewart. C'est bien 9045.

9 Q. Madame Berisa, pourriez-vous, je vous prie, nous en dire davantage au

10 sujet de la journée où votre fils, Orhan, a été tué ?

11 R. Ce jour-là, vers 1 heure, j'avais préparé aux enfants de quoi manger,

12 un déjeuner. Sabira Husic, à un moment donnée, m'a appelé, elle me dit :

13 "Belkisa, j'ai l'impression qu'Orhan a été blessé à la jambe." J'ai couru

14 jusqu'au balcon d'un membre de ma famille. Je pensais que c'était au balcon

15 et sur l'escalier mon mari m'a attrapée au vol : "Où vas-tu, où vas-tu par

16 l'escalier ? C'est un balcon." Mais je ne voyais pas du tout où j'allais,

17 et d'après ce que j'ai pu voir en contrebas devant le balcon. J'ai vu mon

18 enfant au sol près du balcon dans la cour, il a juste dit : "Maman."

19 Je ne l'ai que cette fois-là, et mon mari m'a tirée en arrière et m'a jetée

20 vers l'intérieur, je ne l'ai plus revu, je ne savais plus rien, je n'avais

21 conscience de rien. C'est là que pour la dernière fois, j'ai vu mon fils.

22 Q. Madame Berisa, je crois que tout le monde comprendra si vous avez

23 besoin d'une pause, si c'est le cas, dites-le --

24 R. Non, non, non. Je vais bien.

25 Q. Madame, si vous avez besoin d'une pause à quelque moment que ce soit,

26 demandez-le, nous nous arrêterons.

27 R. Merci. Ce n'est pas nécessaire.

28 Q. Laissez-moi vous demander, pendant que vous prépariez le déjeuner à

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1 l'intention de vos enfants comme vous nous l'avez dit, votre fils, Orhan,

2 où se trouvait-il, à ce moment-là, et que faisait-il pendant que vous

3 prépariez le déjeuner ?

4 R. Mon fils était dans la cave là où jouaient les enfants. Il s'était

5 dirigé vers la maison pour manger et comme il passait il y a eu un tireur

6 depuis Stotina qui a ouvert le feu, et juste à coté de l'escalier de

7 l'autre maison la balle l'a touché au dos, et devant tout à exploser.

8 Q. Madame Berisa, pouvez-vous dire aux Juges de la Chambre comment vous

9 avez appris ce qui était arrivé à votre fils ? Qui vous l'a dit ?

10 R. C'est Elvira qui m'a appelée et qui m'a dit : "Belkisa, Orhan a été

11 touché à la jambe," je ne savais pas que c'était au dos. Je croyais que

12 c'était à la jambe. Jusqu'au moment où mon mari est venu et il m'a prise et

13 il a dit : "Orhan n'est plus. Il a été tué sur le coup, il est mort."

14 Pendant longtemps, ils n'ont pas osé me dire la vérité.

15 Q. Madame Berisa, aviez-vous conscience de la présence de tireurs

16 embusqués à Mostar en 1993 et 1994 ?

17 R. Oui. Nous n'osions pas de jour aller chercher de l'eau, ni nulle part.

18 Les enfants n'osaient pas sortir jouer. De temps en temps, ils couraient

19 d'une cave à l'autre pour jouer l'un avec l'autre. Il était petit. Il ne

20 savait pas, il s'était dit on ne me touchera pas. On ne m'atteindra pas.

21 Vous ne pouviez pas expliquez et rendre les choses claires aux enfants.

22 Q. Madame Berisa, partant de vos entretiens avec des voisins et autres

23 gens qui vivaient dans votre maison dans le bâtiment, l'immeuble, où à

24 Mostar se trouvait donc ces tireurs embusqués à proximité de votre bâtiment

25 d'habitation ?

26 R. Bien sûr que je sais, à Stotina. Ils étaient toujours à Stotina. Tout

27 le monde prenait garde à ceux qui venaient de Stotina. Il n'y a pas que mon

28 petit à avoir été tué. D'autres enfants ont été tués. Il y avait un petit

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1 réfugié, je ne sais pas, et une autre voisine pour son enfant je suis au

2 courant, et il y a eu mon fils.

3 Q. Je vais vous montrer une photo sur l'écran du moniteur que vous avez

4 devant les yeux. Il s'agit d'une vue panoramique à 360 degrés que nous

5 avons déjà vue aujourd'hui. Je vais faire tourner cette photographie à 360

6 degrés, et une fois que nous aurons fait cela je vais vous poser des

7 questions. Vous comprenez ce que je suis en train de vous dire, Madame

8 Berisa ?

9 R. Oui.

10 Q. Est-ce que vous voyez la photo sur l'écran devant vous ?

11 R. Oui, je la vois.

12 Q. Je vais faire tourner la photo pour avoir un cercle complet et ensuite

13 je vous poserais quelques questions.

14 Madame Berisa, avez-vous reconnu ce que l'on a pu voir au niveau de ces 360

15 degrés de photo qu'on vous fait défiler ?

16 R. C'est là l'endroit où mon fils a été tué, feu Orhan, juste à côté de

17 ces marches, il venait de sortir par la porte de l'autre immeuble il

18 sortait de la cave. Il a coura depuis l'autre par ici, et c'est là qu'il a

19 été touché dans le dos depuis Stotina.

20 Q. Madame, je voudrais maintenant demander l'aide de l'Huissière pour vous

21 faire voir des photos qui sont des arrêts sur image repris sur cette photo

22 panoramique, que nous venons de voir.

23 La photo que vous êtes en train de voir, Madame, pourriez-vous nous dire si

24 -- de quoi est-ce une vue ?

25 R. Voilà, ici, c'est là que mon petit a été tué. Sous cet escalier, il est

26 allé là-bas en rampant. Là derrière il y a des enfants des voisins qui

27 l'ont amené jusqu'ici, mais il s'est fait tuer ici.

28 Q. Madame Berisa, j'aimerais que vous repreniez le feutre que vous avez et

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1 que vous placiez un X à l'endroit où Orhan est tombé lorsqu'il a été touché

2 par balle.

3 R. [Le témoin s'exécute]

4 Q. Vous avez évoqué l'endroit où il a rampé. Pourriez-vous indiquer par

5 une -- ou dessiner une ligne pour indiquer l'endroit où il était ?

6 R. Jusqu'ici, sous ce balcon.

7 Q. Madame, on voit l'escalier et on voit l'endroit qui se trouve sous le

8 balcon. Cette ligne que vous avez dessinée, est-ce qu'elle montre

9 l'escalier ou est-ce qu'elle va derrière l'escalier sous le balcon ?

10 R. Sous l'escalier, sous le balcon c'est là où les enfants allaient, c'est

11 là où ils l'ont pris.

12 Q. Je vais maintenant demander à Mme l'Huissière de nous présenter une

13 autre photographie, mais j'aimerais avant cela vous demander de bien

14 apposer vos initiales sur cette photographie.

15 R. Je n'ai pas compris ce que vous m'avez demandé.

16 Q. Pourriez-vous apposer vos initiales en bas de cette photographie ?

17 R. [Le témoin s'exécute]

18 M. LE JUGE ANTONETTI : On a une question à poser. Laissez la photo.

19 D'abord, un numéro, Madame la Greffière.

20 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Ce sera le numéro IC 393.

21 M. LE JUGE MINDUA : Juste sur cette photo, si on peut encore de nouveau la

22 remettre là où elle était, oui voilà.

23 Madame le Témoin, excusez-moi de vous poser cette question de précision.

24 Parce que sur la photo présente, je ne peux le voir en face de nous avons

25 la montagne ou la colline, mais derrière justement à l'opposé de la

26 colline, qu'est-ce que nous avons ? Il y a des immeubles, ou une autre

27 colline ou comment cela se présente ? Nous ne pouvons pas voir quelque

28 chose sur la photo pour l'instant. Voilà, là c'est la colline.

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Vous voulez dire cela ? Ici, c'est la colline,

2 cela c'est Stotina. Mais ce bâtiment-ci n'existait pas à l'époque. C'est

3 un bâtiment qui a été construit récemment. C'était vide ici, cette zone.

4 Là, c'est Stotina.

5 M. LE JUGE MINDUA : Mais, alors, quand nous regardons la colline de

6 Stotina, sur notre dos, qu'est-ce que nous avons, des immeubles, ou c'est

7 un quartier où il y a encore une autre colline sur le dos ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Il y a juste simplement Stotina ici, il n'y a

9 pas d'autre colline. Il y a Stotina. Il n'y a pas d'autre colline.

10 M. MUNDIS : [interprétation] Monsieur le Juge, j'ai encore trois

11 photographies à lui montrer. Peut-être, si vous le souhaitez, on peut

12 remontrer la vue panoramique, les choses seront peut-être plus claires

13 après cela. Nous pouvons procéder de la sorte.

14 Est-ce qu'on peut nous montrer la deuxième photographie, maintenant, s'il

15 vous plaît ? Est-ce qu'on peut la montrer à

16 Mme Berisa ?

17 Q. Vous nous avez dit, Madame, il y a quelques instants, que votre fils

18 était avec les autres enfants, et qu'ils ont rampé sous le balcon.

19 Pourriez-vous dire ce que représente cette photographie, s'il vous plaît ?

20 R. Il y avait ceci est le balcon. Sous le balcon, les enfants ont été en

21 train de s'accroupir. Ils sont venus avec mon enfant à l'avant de l'autre

22 bâtiment. C'est là où je l'ai vu, c'est ce que les enfants m'ont expliqué.

23 Il était là sous le balcon là-bas.

24 Q. Encore une fois, pouvez-vous prendre le marqueur et dessiner l'endroit

25 que vous avez cité, à savoir sous le balcon et dessinez à l'aide d'un trait

26 l'endroit où on l'a fait sortir.

27 R. [Le témoin s'exécute]

28 Q. Encore une fois, pour que les choses soient tout à fait claires, vous

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1 avez dessiné une ligne ou un trait juste en dessous de la rambarde, c'est

2 bien là où se trouvait votre fils ?

3 R. Oui, en dessous.

4 Q. Madame, est-ce que vous voyez l'angle de cette plate-forme sur la

5 photographie ?

6 R. Encore une fois, je n'ai pas compris votre question. Pardonnez-moi, je

7 n'ai pas compris la question que vous m'avez posée.

8 Q. Est-ce que -- à l'endroit où c'est deux traits que vous avez dessinés

9 se croisent, est-ce que vous voyez cet endroit-là ?

10 R. L'autre remonte par ici, c'est là que cela passe de la cour et ici il y

11 a une voiture. Donc, de cette voiture ici.

12 Q. Très bien. Donc, je veux m'assurer que tout un chacun comprend ici. Le

13 trait que vous avez dessiné semble être à la hauteur des escaliers, c'est

14 bien là que vous avez dessiné les deux traits ?

15 R. Mais sous le balcon, c'est sous le balcon. Ceci est sous le balcon.

16 Cela c'est en traversant le balcon ici, c'est vide. Ici c'est un espace

17 vide.

18 Q. C'est ce que j'essaie de comprendre. Cet espace vide qui se trouve en

19 deçà de l'endroit où vous avez dessiné les deux traits, c'est là qu'on a

20 amené votre fils ?

21 R. Oui, c'est vide, oui c'est là.

22 Q. Pourriez-vous prendre le marqueur, s'il vous plaît, et remplir, à

23 l'aide de votre marqueur, cet espace vide qui se trouve en dessous ? Est-ce

24 que vous voyez cet espace vide sur la photo ?

25 R. Oui, c'est ici.

26 Q. Veuillez, à l'aide du marqueur, indiquer cela, comme si c'était une

27 zone irisée ?

28 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Là où vous avez dessiné le tortillon, est-ce que là que votre fils a

2 été emmené ?

3 R. Oui, en passant par ici, dessous, sous cette chose en béton.

4 Q. Bien. Encore une fois, Madame Berisa, pourriez-vous parapher cette

5 photographie, en bas à droite ?

6 M. MUNDIS : [interprétation] Je vais demander un numéro IC pour ce

7 document également, s'il vous plaît.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame la Greffière.

9 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, ceci sera le

10 numéro IC 394.

11 M. MUNDIS : [interprétation]

12 Q. Madame Berisa, je vais vous demander de regarder deux photographies

13 encore. Nous allons tout d'abord regarder celle-ci. Pourriez-vous nous dire

14 ce que représente cette photographie, s'il vous plaît ?

15 R. Cette photographie représente le sous-sol à partir de là mon fils a

16 gravé l'escalier, c'est là qu'on lui a tiré dessus depuis Stotina, donc, il

17 est sorti du sous-sol, il courait, il montait l'escalier en courant.

18 Q. Je vais vous poser cette question-ci, Madame. Lorsque vous parlez du

19 sous-sol, pourriez-vous entourer d'un cercle l'endroit qui pour vous

20 correspond au sous-sol ? Vous dites que cette photographie représente le

21 sous-sol; pourriez-vous entourer cela d'un cercle ?

22 R. Le sous-sol se trouve à l'intérieur. Voilà. C'est là, c'est ici. Cela,

23 c'est la fenêtre du sous-sol et ici, c'est le sous-sol.

24 Q. Donc, je vais vous poser cette question comme ceci, maintenant. Est-ce

25 que vous voyez cette porte qui est ouverte ?

26 R. Oui. Cela, c'est la porte qui est ouverte. Mais ici, il y a le sous-sol

27 qui se trouve -- qui est sous le bâtiment.

28 Q. Si vous deviez passer cette porte, où arriveriez-vous, Madame Berisa ?

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1 R. Je descendrais l'escalier. J'arriverais au sous-sol, et puis on remonte

2 l'escalier pour atteindre les appartements qui se trouvent dans ce

3 bâtiment.

4 Q. Veuillez placer la lettre X sur la porte qui permet soit de monter aux

5 étages supérieurs, soit de descendre dans le sous-sol.

6 R. Cette porte d'entrée est la même. C'est la même entrée, en fait. On

7 peut accéder au sous-sol et aux appartements. C'est la même porte pour les

8 deux.

9 Q. Oui, j'entends bien. Pourriez-vous, simplement pour les besoins du

10 compte rendu d'audience, marquer ceci par la lettre X, s'il vous plaît,

11 donc, la porte ?

12 R. [Le témoin s'exécute]

13 Q. Vous nous avez dit que votre fils se trouvait dans le sous-sol en train

14 de jouer pendant que vous prépariez le déjeuner, c'est exact ?

15 R. Oui.

16 Q. Donc, si on doit aller du sous-sol à votre appartement, quel chemin

17 aurait emprunté votre fils ?

18 R. Ce serait comme ceci. Il serait arrivé juste en dessous de l'escalier

19 et serait entré dans notre bâtiment. Je vous l'ai indiqué il y a quelques

20 instants.

21 Q. Nous allons vous remontrer cette photographie panoramique et vous

22 pourrez expliquer ceci aux Juges après avoir annoté ces photographies.

23 Pouvez-vous et depuis la lettre X, indiquer par une flèche, le chemin suivi

24 par votre fils, qui lui aurait permis d'arriver jusqu'à votre appartement ?

25 R. Vous voulez parler de cet endroit-ci ?

26 Q. Oui, Madame.

27 R. [Le témoin s'exécute]

28 Q. Encore une fois, Madame Berisa, je vous demande de bien vouloir

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1 parapher ce document en bas à droite, s'il vous plaît. Je vais demander un

2 numéro IC pour ce document.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame la Greffière.

4 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, ce sera la pièce

5 IC 394 -- 395.

6 M. MUNDIS : [interprétation]

7 Q. Madame Berisa, pour ce qui est des photographies, en réponse à une

8 question qui vous a été posée par un des Juges de la Chambre, il y a

9 quelques instants, vous avez cité une maison qui n'était pas encore

10 construite à l'époque où on a tiré sur votre fils; est-ce que vous voyez

11 cette maison sur cette photographie ?

12 R. Oui, celle-ci.

13 Q. Pourriez-vous dessiner les contours de cette maison, y compris le toit,

14 à l'aide de votre feutre rouge, s'il vous plaît ?

15 R. [Le témoin s'exécute]

16 Q. Merci, Madame Berisa. Savez-vous quand on a construit cette maison,

17 environ, cette maison que vous venez d'entourer d'un cercle ?

18 R. Il y a trois ans, peut-être. Trois, trois ans et demi. Pas davantage.

19 Q. Que peut-on voir en face de sa maison ? Qu'y a-t-il derrière la

20 maison ? Que pouvait-on voir si la maison n'existait pas, à cet endroit-

21 là ?

22 R. Il n'y a rien derrière la maison. Il y a un parc et au-delà du parc, on

23 peut voir Stotina, et rien d'autre. Il y a une route -- une rue, je ne sais

24 pas comment l'appeler.

25 Q. Avant la construction de ce bâtiment, pourriez-vous voir les collines

26 qui se trouvaient à Stotina avant que cette maison ne soit construite ?

27 R. Oui.

28 Q. Oui, vous pouviez les voir ou vous ne pouviez pas les voir ?

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1 R. Oui. On voyait les maisons et les maisons sont toujours là. Elles ont

2 toujours été là.

3 Q. Je vais vous demander, Madame, de bien vouloir parapher cette

4 photographie et je vais demander un numéro IC pour ce document également.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Un numéro.

6 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, ceci sera la pièce

7 IC 396.

8 M. MUNDIS : [interprétation]

9 Q. Maintenant, Madame, je vais vous montrer, je vais vous demander de

10 regarder la photographie panoramique à l'écran. Nous allons la voir

11 ensemble encore une fois et comme nous avons annoté les photographies, vous

12 pourriez simplement nous décrire ce que vous voyez sur cette photographie

13 panoramique. Est-ce que vous m'avez comprise ?

14 R. Oui.

15 Q. Donc, lorsque vous voyez quelque chose que vous souhaitez nous dire,

16 veuillez nous le signaler, s'il vous plaît.

17 Si vous souhaitez quelque chose, veuillez nous le signaler, parce que si

18 vous l'indiquez avec un stylo, nous ne pouvons pas le comprendre, s'il y a

19 quelque chose que vous souhaitez nous indiquer une dernière fois.

20 R. Ici. C'est là que se trouve l'espace qui se trouve sous le balcon. Je

21 vais vous montrer l'endroit où les enfants ont gravi l'escalier. C'est sous

22 ce balcon-ci et ensuite, des enfants sont venus pour aider mon enfant pour

23 le sortir. Ceci, c'est l'entrée du bâtiment, 9C. C'est le numéro 9C. C'est

24 là qu'on a scié, à cet endroit-là, pour que les enfants puissent monter et

25 descendre. Ils sautaient de là. C'est là qu'il y a l'entrée, lorsqu'on va

26 en direction de mon immeuble. C'est là où j'étais avec mes parents proches.

27 C'est le bâtiment. C'est là qu'il a été tué.

28 Q. Madame Berisa, au moment où votre fils est mort, quel âge avait-il ?

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1 R. Oui. Il avait bientôt un anniversaire. Vingt-trois jours plus tard, il

2 avait un anniversaire. Il aurait dû avoir 9 ans. Il était trop jeune.

3 Q. Pour finir, Madame Berisa, je vais vous demander de vous reporter au

4 document 9046, dans la liasse de documents que vous avez sous les yeux.

5 Pourriez-vous dire -- nous dire, Madame, quel âge avait votre fils lorsque

6 cette photographie a été prise ?

7 R. Six ans.

8 Q. Merci beaucoup, je n'ai plus de questions à vous poser, Madame Berisa.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, en ce qui me concerne en ce moment très

10 douloureux et dramatique, je suis obligé de faire mon travail et vous posez

11 des questions pour que nous ayons nous les Juges l'ensemble des éléments

12 qui ne permettront de savoir ce qui s'est passé.

13 Vous avez dit à plusieurs reprises que le tir venait de Stotina. Nous

14 voyons la photo qui est sous nos yeux, où derrière la maison qui a été

15 construite il y a trois ans, il y a cette colline et derrière il y a des

16 immeubles. Au mois de février 1994 et au mois de janvier, y avait-il eu, à

17 votre connaissance, Madame, déjà des tirs qui avaient blessé ou tué des

18 personnes dans la zone que nous voyons sur la photo ?

19 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, effectivement.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Vous répondez oui à ma question. Est-ce que

21 tous les habitants savaient que l'endroit était très, très dangereux ?

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Les parents, le père, les mères comme vous, avaient-

24 ils indiqué à leurs enfants de faire très attention quand ils sortaient

25 dans cette espace ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Je présume c'est ce que vous avez fait vis-à-vis de

28 tous vos enfants. Vous leur avez dit : "Attention."

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Toujours.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Quand votre fils a été tué dans les circonstances

3 que vous nous avez indiquées, est-ce que vous-même ou votre mari ou des

4 membres de votre famille ont pris la tâche avec l'ABiH pour leur demander

5 Pourquoi tout cela s'était-il déroulé ? Est-ce qu'il y a eu de votre part

6 des demandes faites auprès des autorités si à l'époque il y avait encore

7 des autorités ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Je n'ai rien demandé à personne. J'étais

9 très malade. Mon mari avait été blessé. Nous n'avions personne à qui

10 demander. On pouvait demander à personne. Tout ce qu'on savait c'est que

11 les gens de la FORPRONU sont allés à cet endroit et ils ont pris des

12 photographies et la femme Gas Sabaha, qui l'a emmené à l'hôpital, m'en a

13 parlé.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous nous indiquez que la FORPRONU était venue sur

15 place pour prendre des photos.

16 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. Pas à l'endroit en question, mais là où

17 était l'institut d'hygiène, ils ont pris des photos de lui, en fait,

18 lorsqu'il était à l'hôpital. Mais cela je ne l'ai pas vu, c'est ce que m'a

19 dit cette dame.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, à votre connaissance, au mois de février

21 est-ce que l'ABiH avait des soldats dans les environs, dans les immeubles ?

22 Est-ce qu'il y avait des membres de l'ABiH dans votre secteur ?

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Je n'en ai pas vus. Je ne sais pas.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : J'ai vu et j'ai entendu que votre mari a été blessé.

25 Il a été blessé dans quelles circonstances votre mari ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] En 1992, mon mari a été blessé. Il travaillait

27 dans le parc. Il nettoyait, et un obus est tombé, et il a été blessé dans

28 la partie gauche de son corps. Un éclat d'obus l'a touché et un muscle de

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1 son bras s'était -- l'éclat est arrivé dans la zone du cur et un muscle de

2 son bras a été touché et il n'a jamais pu utiliser son bras. Il a été très

3 grièvement blessé, c'était en 1992. Il est infirme depuis. C'est au mois de

4 juillet, août qu'il a blessé.

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Question de ma part : les autorités de votre pays,

6 je présume qu'à Mostar, il devait y avoir un procureur. Est-ce qu'à votre

7 connaissance, les autorités de votre pays ont fait des enquêtes pour

8 essayer de savoir ce qui s'est passé ? Est-ce que vous-même vous avez été

9 convoquée ? Est-ce que vous avez vu des avocats, ou personne ne s'est

10 jamais occupé de vous ?

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Personne n'est jamais venu nous voir, aucun

12 avocat, personne. Personne n'est venu me poser des questions sur notre

13 douleur et notre souffrance, la souffrance d'un père et d'une mère qui ont

14 perdu un enfant comme cela. Je n'ai vu personne, je n'ai entendu personne

15 parler de quoi que ce soit. Personne n'est venu nous voir pour me poser des

16 questions. Cela je peux vous le dire. J'en suis tout à fait sûre, je peux

17 le dire sous serment à n'importe quel endroit. Personne n'est venu nous

18 dire ce qui était arrivé ou personne n'est venu nous poser des questions

19 sur ce qui est arrivé.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Je suppose qu'aujourd'hui à Mostar vous n'êtes pas

21 la seule personne qui est dans cette situation qui a eu un enfant ou un

22 proche qui a été tué ou blessé, aucune autorité ne s'occupe de savoir et de

23 rassembler des éléments ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Je ne sais rien à ce propos. Il n'y avait

25 que le centre social qui dispose des registres. C'est le seul endroit, mais

26 personne d'autre ailleurs.

27 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Madame, savez-vous par qui votre

28 mari a été blessé, de quel côté ? Est-ce qu'il a été touché par un des

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1 Serbes, par le HVO ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] L'ancienne armée. Les Serbes. C'était au

3 début. C'était au début.

4 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Vous êtes bienvenu.

6 M. LE JUGE ANTONETTI : Votre mari, en raison de la blessure qu'il a eu de

7 la part des Serbes, il n'a pas une pension d'invalidité, il ne touche pas

8 une allocation, des subsides financiers ?

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Il n'a rien reçu. Il n'a pas d'argent et

10 il n'est pas rémunéré du tout pour quoi que ce soit parce que mon mari

11 n'était pas soldat. C'était un civil.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

13 Alors, la Défense a 45 minutes. Qui commence ?

14 Mme TOMANOVIC : [interprétation] La Défense de M. Prlic n'a pas de

15 questions à poser à ce témoin.

16 M. LE JUGE ANTONETTI : Avocat suivant.

17 M. MURPHY : [interprétation] Nous n'avons pas de questions non plus.

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Avocat suivant.

19 M. KOVACIC : [interprétation] Monsieur le Président, j'ai une seule

20 question qui concerne une photographie pour établir un lien avec le témoin

21 expert un peu plus tard.

22 Puis-je avoir le numéro IC 396 sur le rétroprojecteur, s'il vous plaît ?

23 Contre-interrogatoire par M. Kovacic :

24 Q. [interprétation] Bonjour, Madame. Je vais simplement vous poser une

25 question essayer de nous aider avec cette photographie. Je ne veux pas vous

26 ennuyer avec d'autres questions. A gauche du bâtiment que vous avez annoté,

27 le grand bâtiment qui se trouve sur la gauche, est-ce que ce bâtiment

28 existait au moment de cet incident tragique au cours duquel votre fils a

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1 été tué ?

2 R. Celui-ci ?

3 Q. Oui, à gauche. Ce bâtiment-là. C'est exact. Est-ce que ce bâtiment

4 existait ?

5 R. Oui.

6 Q. Donc, cela n'est que cet autre bâtiment que vous avez entouré d'un

7 cercle qui a été construit par la suite ?

8 R. Oui. Cet endroit-ci.

9 Q. Donc, tous les autres bâtiments que nous voyons sur la photo existaient

10 à l'époque ?

11 R. Oui.

12 Q. Merci.

13 M. KOVACIC : [interprétation] Je n'ai plus de questions.

14 M. STEWART : [interprétation] Pas de questions de la part de la Défense du

15 général Petkovic.

16 Mme TOMASEGOVIC TOMIC : [interprétation] Non, pas de questions non plus,

17 Monsieur le Président.

18 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Nous n'avons pas de questions pour ce

19 témoin.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Mundis. Merci.

21 Alors, Madame, votre audition vient de se terminer. Au nom de mes

22 collègues, je vous adresse toute mes -- toute ma compassion pour ce drame

23 qui vous a atteint. Je ne saurais trop vous conseiller peut-être de voir un

24 avocat de Mostar pour voir si vous disposez des moyens à votre niveau pour

25 peut-être découvrir ce qui s'est passé et peut-être également avoir de

26 l'aide quelconque psychologique ou autre.

27 Mais cela, il n'y a qu'un avocat qui pourrait vous renseigner, voire,

28 le cas échéant, poser des questions à la section des victimes, qui vous a

Page 13954

1 pris en compte. Je ne peux vous souhaiter qu'un bon retour dans votre pays,

2 tout en témoignant notre profonde tristesse.

3 Je vais donc demander à Mme l'Huissière de bien vouloir vous

4 raccompagner.

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Je vous remercie. Je vous remercie de m'avoir

6 écoutée, de m'avoir entendue, pour quelqu'un entende la douleur que je

7 ressens. Je vous remercie.

8 [Le témoin se retire]

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Alors, nous avons le troisième témoin de la

10 journée. Y a-t-il des mesures de protection demandées ? Non.

11 Mme GILLETT : [interprétation] Non. Il n'y a pas de mesures de protection

12 que nous avons demandées, mais il y a, cependant, une chose.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

14 Mme GILLETT : [interprétation] Le témoin -- la déclaration du témoin va

15 être versée au dossier en vertu de l'article 92 ter, et dans cette page, on

16 mentionne un document et c'est pour cela que je vous demande de verser ce

17 dossier, puisque je vous dis aussi que tout ce qui concerne cet incident en

18 particulier ne doit pas être mentionné en audience publique pour que ce

19 témoin ne soit pas identifié, mais plutôt, en réalité, un autre témoin qui

20 mesure -- qui a aussi des mesures de protection.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

22 M. STEWART : [interprétation] Donc, ceci concerne les trois derniers

23 paragraphes de la déclaration ?

24 Mme GILLETT : [interprétation] Oui.

25 M. STEWART : [interprétation] Peut-être qu'une version expurgée de cette

26 déclaration préalable pourrait être rendue public, puisque le reste ne pose

27 pas de problèmes.

28 Mme GILLETT : [interprétation] Oui, effectivement. Ceci ne pose pas de

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1 problème, mais nous pourrions, selon les demandes des Juges de la Chambre,

2 faire des expurgations nécessaires.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Donc à titre provisoire, on va le mettre sou scellé.

4 Ensuite, vous faites une version expurgée, et à ce moment-là, il y a aura

5 donc un numéro définitif.

6 Je vais demander à Mme l'Huissière d'aller chercher le témoin.

7 Bien. On fera la pause vers 17 heures 30, donc, j'espère que, Madame

8 Gillett, vous aurez terminé dans 30 minutes.

9 Mme GILLETT : [interprétation] Je l'espère aussi, Monsieur le Président. Je

10 ferai de mon mieux.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Le témoin a disparu.

12 Une seconde.

13 On va faire la pause, le temps de retrouver le témoin, donc, nous

14 reprendrons dans 20 minutes, à 5 heures 25.

15 --- L'audience est suspendue à 17 heures 06.

16 --- L'audience est reprise à 17 heures 26.

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Monsieur. Je vais d'abord vous demander si

18 vous entendez bien ce que je vous dis. Si c'est le cas, dites que vous me

19 comprenez. Bien.

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je vous entends.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, donnez-moi votre nom, prénom et date de

22 naissance.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Elvir Demic. Je suis né le 2

24 octobre 1997 -- 1970.

25 M. LE JUGE ANTONETTI : -- une profession ou une activité actuelle ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, je suis sapeur-pompier professionnel.

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Monsieur, avez-vous déjà témoigné devant un

28 tribunal sur les faits qui se sont déroulés dans votre pays ou c'est la

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1 première fois que vous témoignez ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Je vous demande de lire le serment.

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

5 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

6 LE TÉMOIN : ELVIR DEMIC [Assermenté]

7 [Le témoin répond par l'interprète]

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, vous pouvez vous asseoir.

9 Bien. Alors quelques éléments d'explication. Vous avez déjà rencontré

10 l'Accusation qui va vous poser quelques questions et vous présenter

11 quelques documents. Nous avons imparti à l'Accusation une durée de l'ordre

12 de 20 minutes, après quoi, les avocats de la Défense, voire les accusés

13 eux-mêmes, auront trois quarts d'heure pour vous poser des questions s'ils

14 l'estiment nécessaires, et les quatre Juges qui sont face à vous pourront

15 également, le cas échéant, vous poser des questions.

16 Si à un moment donné vous ne vous sentez pas bien ou vous avez quelque

17 chose à nous dire, n'hésitez pas à demander la parole pour nous en

18 informer. Voilà la façon très générale dont va se passer cette audience

19 qui, normalement, si tout se passe bien, doit se terminer aujourd'hui avec

20 vous.

21 Madame Gillett, pour le résumé, je vous donne la parole.

22 Mme GILLETT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Je vais

23 commencer en lisant le résumé de la déclaration du témoin, qui va être

24 versée au dossier en vertu de l'article 92 ter.

25 Le témoin était membre de la Brigade des Sapeurs-pompiers dans Mostar

26 Est. Les sapeurs-pompiers, ainsi que leurs camions, ont été des cibles de

27 l'artillerie du HVO et des tireurs embusqués au moment où ils éteignaient

28 des incendies. A peu près, au mois de septembre 1993, le témoin est allé

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1 éteindre un feu dans Mostar Est quand on a commencé à lui tirer dessus de

2 la part de mortier et des tireurs embusqués du HVO. Le résultat de cela

3 était qu'ils étaient obligés de se retirer de l'incendie.

4 Quand les choses se sont calmées, ils ont essayé de revenir pour

5 essayer d'éteindre le feu, mais, à nouveau, ils ont fait l'objet des tirs.

6 Plusieurs balles ont touché les tanks -- la citerne d'eau dans laquelle ils

7 étaient et puis une balle est entrée dans la cabine et a touché l'arrière

8 de la tête du chauffeur, le chauffeur qui a été blessé s'appelait Alija

9 Jakupovic.

10 Avec ceci se termine ce résumé.

11 Interrogatoire principal par Mme Gillett :

12 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin.

13 R. Bonjour.

14 Q. Monsieur le Témoin, est-ce que vous vous souvenez que quelqu'un du

15 bureau du Procureur vous a interviewé ?

16 R. Oui, je m'en souviens.

17 Q. Est-ce que vous vous souvenez cela ?

18 R. C'était en 2001 pendant l'été.

19 Q. Est-ce qu'à cette époque quand on vous a posé ces questions; est-ce que

20 vous avez répondu en disant la vérité aux questions ?

21 R. Oui.

22 Q. Est-ce que vous avez fait cela en voulant le faire ?

23 R. Oui.

24 Q. A la fin de cet entretien est-ce que vous vous souvenez que l'on vous a

25 relu cette déclaration préalable dans votre langue ?

26 R. Oui, je m'en souviens.

27 Q. A l'époque, est-ce que vous vous souvenez avoir signé cette

28 déclaration en confirmant que tout ce qui y figurait correspondait à vos

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1 meilleurs souvenirs et correspondait à la vérité ?

2 R. Oui, effectivement.

3 Q. Je vais demander au témoin qu'on lui montre la version en B/C/S et en

4 anglais de cette déclaration préalable, qui sont des pièces à conviction

5 comportant la cote 09857.

6 R. Oui. C'est bien cette déclaration préalable.

7 Q. Monsieur le Témoin, est-ce que vous avez eu la possibilité de relire

8 cette déclaration préalable avant de venir déposer ici soit hier soit

9 aujourd'hui ?

10 R. Oui, effectivement, j'ai eu cette possibilité.

11 Q. Si vous examinez cette déclaration préalable en anglais et en B/C/S,

12 est-ce que vous reconnaissez sur chacune des pages, soit vos initiales,

13 soit votre signature ?

14 R. Oui, je le vois. Je le reconnais.

15 Q. Après avoir relu ces déclarations est-ce qu'il y a quoi que ce soit que

16 vous souhaitez expurger, corriger, retirer de ces déclarations préalables ?

17 R. Non, rien.

18 Q. Est-ce qu'au jour d'aujourd'hui vous considérez toujours que ce qui

19 figure dans cette déclaration préalable correspond à votre meilleur

20 souvenir et correspond à la vérité ?

21 R. Oui, je le confirme.

22 Q. Je vous remercie.

23 Mme GILLETT : [interprétation] Le Procureur va demander le versement au

24 dossier de ces documents.

25 Q. Monsieur le Témoin, par rapport à votre déclaration préalable vous avez

26 dit au niveau de la première page de cette déclaration que les camions des

27 sapeurs-pompiers étaient rouges et un petit plus loin au moment où nous

28 avons parlé d'une vidéo -- regardé une vidéo vous avez parlé d'un camion

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1 des sapeurs-pompiers qui était jaune. Ce que je voudrais vous demander

2 c'est de savoir s'il y avait une différence entre les camions de couleur

3 rouge et les camions de couleur jaune ?

4 R. Bien, normalement tous les véhicules des sapeurs-pompiers sont rouges.

5 Pourquoi celui-ci était jaune ? Bien, la seule raison vient du fait

6 qu'avant de nous appartenir, il appartenait à une entreprise municipale qui

7 s'occupait de l'entretien des chars dans le public et du nettoyage des

8 rues. A partir du moment où le conflit a éclaté, nous manquions de camion

9 de sapeurs-pompiers et je ne sais pas de quelle façon, mais ce camion est

10 arrivé chez nous dans notre unité, dans notre brigade, et comme c'était la

11 guerre, bien, on ne pouvait pas le repeindre, donc, il est resté tel quel

12 aux couleurs jaunes.

13 Q. Il y avait combien de camions jaunes dans la Brigade des Sapeurs-

14 pompiers à l'époque ?

15 R. Il n'y en avait qu'un, celui-là.

16 Q. Un petit plus loin dans votre déclaration à la troisième page, vous

17 dites que vous vous êtes occupé de l'incendie au niveau d'une maison au

18 mois de septembre 1993 et vous étiez dans ce camion jaune. Vous avez dit

19 qu'il y a eu plusieurs tirs isolés et qu'on a tiré sur un mur à

20 l'extérieur. Est-ce que vous savez quelle était l'arme avec laquelle on

21 vous tirait dessus ?

22 R. Bien sûr que je le sais. On le savait. A l'époque, on savait ce que

23 c'était comme arme, parce que c'étaient des coups isolés mais très forts,

24 très puissants. C'était de toute évidence un fusil à lunette que l'on

25 utilisait.

26 Q. En 2004, vous souvenez-vous avoir rencontré un enquêteur et un

27 photographe de ce Tribunal à Mostar ?

28 R. Oui, je m'en souviens.

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1 Q. A l'époque, vous a-t-on demandé un certain nombre de questions par

2 rapport à l'incident que vous avez décrit dans votre déclaration et qui

3 s'est produit au mois de septembre 1993 ?

4 R. Oui.

5 Q. Cette session de questions et de réponses est-ce qu'elle a été

6 enregistrée sur une vidéo ?

7 R. Oui.

8 Mme GILLETT : [interprétation] Je voudrais demander que l'on présente au

9 témoin la pièce 9140.

10 Q. Monsieur le Témoin, je vais vous demander de regarder cet

11 enregistrement vidéo qu'on va vous montrer et ensuite, je vais vous poser

12 quelques questions à ce sujet.

13 [Diffusion de la cassette vidéo]

14 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

15 "Enquêteur : M. Demic, est-ce le camion qui a été de couleur jaune à

16 l'époque dans lequel votre collègue, Alija Jakupovic, a été touché avec une

17 balle au mois de septembre 1993 ?

18 Le Témoin : Oui.

19 Enquêteur : Est-ce qu'à présent, ce camion a été peint en rouge ?

20 Le Témoin : Oui.

21 Enquêteur : Monsieur Demic, d'après votre meilleur souvenir, pourriez-vous

22 nous montrer à quel niveau les balles ont touché les camions ce jour-là au

23 mois de septembre 1993 ?

24 Le Témoin : [Le témoin s'exécute]

25 Enquêteur : Je vous remercie. A nouveau, d'après votre meilleur souvenir,

26 pourriez-vous à présent nous montrer l'endroit où a percuté la balle qui au

27 préalable blessé Alija Jakupovic ? A quel niveau de camion, à quel

28 endroit ?

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1 Le Témoin : Le témoin s'exécute]

2 Enquêteur : Je vous remercie. M. Jakupovic, pourriez-vous aussi d'après

3 votre meilleur souvenir vous asseoir de là façon dont vous étiez assis en

4 été 1993 ? Pourriez-vous nous montrer l'endroit où vous avez été touché par

5 cette balle, blessé ?

6 Le Témoin : [Le témoin s'exécute]

7 Enquêteur : Je vous remercie."

8 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

9 M. STEWART : [interprétation] Je ne sais pas si Mme Gillett se rend compte

10 du fait qu'on l'entend. Peut-être qu'elle n'a -- peut-être elle est un

11 qu'on l'entende pendant qu'elle discute avec ses collègues, les collègues

12 de son équipe.

13 Mme GILLETT : [interprétation] Oui, effectivement, je sais qu'on peut

14 m'entendre, mais il n'y a vraiment pas de secret dans ce que j'ai dit. Il y

15 a une suite dans la vie des hauts et je me suis demandé s'il était possible

16 de voir cette suite. Donc, il y a une petite pause, ensuite, cela continue

17 à un autre endroit, maintenant je pense que nous avons retrouvé cet

18 endroit.

19 [Diffusion de la cassette vidéo]

20 L'INTERPRÈTE : [voix sur voix]

21 "Enquêteur : Pourriez-vous nous montrer, Monsieur Demic, où se

22 trouvaient les camions en 1993 au moment où il a fait l'objet de tir ?

23 Témoin : [Le témoin s'exécute]

24 Enquêteur : Pourriez-vous nous montrer dans quelle direction circulait le

25 camion, ce jour-là ?

26 Témoin : [Le témoin s'exécute]

27 Enquêteur : Je vous remercie. Monsieur Demic, pourriez-vous nous montrer

28 d'après votre meilleur souvenir quelle était la provenance des tirs ? D'où

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1 vous les avez entendus ?

2 Témoin : [Le témoin s'exécute]

3 Enquêteur : Je vous remercie."

4 [Fin de la diffusion de cassette vidéo]

5 Mme GILLETT : [interprétation]

6 Q. Monsieur le Témoin, avant de vous poser des questions quant au contenu

7 de cet enregistrement, je voudrais tout d'abord vous demander si vous vous

8 êtes reconnu dans cet enregistrement ?

9 R. Oui.

10 Q. Est-ce que à l'époque vous avez compris ce que l'enquêteur que l'on

11 voit dans l'enregistrement vous demandait ?

12 R. Oui. Je l'ai compris.

13 Q. A l'époque, est-ce que vous avez suivi du mieux que vous pouviez les

14 instructions que l'on vous a données ?

15 R. Oui, bien sûr.

16 Q. Pendant que vous êtes là aujourd'hui, après avoir vu cet enregistrement

17 à nouveau, est-ce que vous souhaitez changer quoi que ce soit aux questions

18 -- aux réponses que vous avez données en 2004 à l'enquêteur ?

19 R. Non.

20 Mme GILLETT : [interprétation] Le Procureur va demander le versement au

21 dossier de cet enregistrement vidéo le temps voulu.

22 Q. Ensuite, par rapport à ce que nous avons vu dans la vidéo, dans

23 l'enregistrement -- plutôt, le dernier morceau que nous avons vu où vous

24 étiez dans un pré, au niveau de la troisième page - aussi bien en anglais

25 qu'en B/C/S - c'est l'avant-dernier paragraphe, il y avait une clairière

26 que vous deviez traverser dans le camion où vous étiez; pourriez-vous nous

27 dire quelle était l'étendue de cette clairière ?

28 R. Je dirais 150 mètres, à peu près.

Page 13964

1 Q. Dans votre déclaration préalable, vous avez aussi dit que les balles

2 qui ont touché la citerne à eau, auraient dû venir de l'ouest; est-ce que

3 vous pourriez être plus précis dans cette description, c'est-à-dire quand

4 vous décrivez la provenance de ces balles ?

5 R. Oui, c'est ce que j'ai dit à l'époque, et d'ailleurs, je le maintiens.

6 Donc, tous ces tirs quand on nous a tiré dessus pendant qu'on éteignait

7 l'incendie et ensuite, pendant que l'on circulait, tous ces tirs sont venus

8 de l'ouest, de la partie occidentale de la ville.

9 Q. Pourriez-vous être plus précis plutôt que de nous parler de la rive

10 droite.

11 R. J'ai pensé aux positions bien sûr de l'HVO.

12 Q. Dans votre déclaration préalable, vous avez aussi dit que M. Alija

13 Jakupovic était touché, blessé, à la partie arrière de sa tête; pourriez-

14 vous nous dire quelles étaient ces blessures ?

15 R. Il a été blessé à la tête, c'était notre chauffeur, donc, Alija

16 Jakupovic. A l'époque, on ne considérait pas que c'était une blessure grave

17 où -- il a sans doute quelques séquelles encore au jour d'aujourd'hui

18 puisqu'il a mal à la tête souvent, parce qu'il était vraiment blessé à la

19 tête, mais à l'époque, on ne considérait pas cela comme une blessure grave.

20 Q. Bien. Avant de vous montrer une photo, je voudrais vous poser la

21 question suivante. Dans votre déclaration préalable, vous avez décrit cet

22 incident quand vous êtes allé vers 13 heures éteindre le feu dans une

23 maison. Est-ce que vous pouvez nous dire à quel moment le camion dans

24 lequel vous étiez, où M. Jakupovic a été blessé, à quel moment cela s'est

25 produit ?

26 R. Justement, nous sommes intervenus vers 13 heures, donc, l'incident au

27 cours duquel mon collègue a été blessé s'est produit vers 15 heures, 15

28 heures 30.

Page 13965

1 Q. Pourriez-vous déterminer la distance qui séparait le lieu d'où vous

2 êtes parti, à savoir la maison qui brûlait où vous avez essayé d'éteindre

3 le feu et l'endroit où on vous a tiré dessus ?

4 R. Nous ne sommes pas allés bien loin puisque nous avons traversé à peu

5 près 150 mètres, par rapport à la maison.

6 Q. Après que l'on a fait cet enregistrement vidéo, celui que nous devons

7 de voir, est-ce que en 2004 vous avez vu un photographe placer un trépied

8 sur l'endroit où vous vous teniez pour prendre quelques photos

9 supplémentaires ?

10 R. Oui, je l'ai vu.

11 Mme GILLETT : [interprétation] Peut-on montrer à présent au témoin la pièce

12 9 139 ? Il s'agit d'une photo à 360 degrés.

13 Q. Avant que l'on ne place cette photo, ce que je vais vous demander,

14 Monsieur le Témoin, c'est de regarder cette photo qui va défiler à 360

15 degrés. Je vais vous demander d'observer l'écran pendant que nous faisions

16 cela et de dire stop si vous vous voyez ou quand vous voyez l'endroit où

17 vous pensez se trouver les personnes qui ont tiré sur M. Jakupovic à

18 l'époque; est-ce que vous comprenez ce que je vous demande.

19 R. Oui, oui, je le comprends.

20 Q. Bien. Donc, on va vous faire défiler cette photo, et dites donc :

21 "Stop," si vous voyez cet endroit, l'endroit que je viens de mentionner.

22 LE TÉMOIN : [interprétation] Stop.

23 Mme GILLETT : [interprétation]

24 Q. Apparemment, il y a beaucoup d'immeubles que l'on voit sur cette photo.

25 On voit aussi des collines dans l'arrière-plan. Pourriez-vous décrire aux

26 Juges de la Chambre où se trouve l'endroit d'où sont venus les tirs,

27 d'après vous ?

28 R. C'est ce complexe d'immeuble qui ressemble à un escalier, que l'on voit

Page 13966

1 au fond.

2 Q. Il y a beaucoup d'immeubles blancs sur cette photo. Est-ce que vous

3 pourrez nous dire si cela, ce sont les immeubles qui se trouvent sur la

4 gauche, au centre, ou sur la droite de la photo ?

5 R. Du côté droit. Donc, vous voyez le toit de la gare ferroviaire et

6 derrière, il y a tout un complexe immobilier d'immeubles blancs, en forme

7 d'escalier, d'une hauteur inégale.

8 Q. On est en train de faire un arrêt sur image de cet endroit précis, et

9 je vais essayer de vous le montrer et je vais les placer sous le

10 rétroprojecteur. Ceci vous aiderait, sans doute, à l'aide du stylo qu'on va

11 vous donner.

12 M. STEWART : [interprétation] Avant de continuer, je voudrais faire une

13 observation qui s'applique à beaucoup d'éléments présentés de la sorte.

14 C'est la façon dont la question a été posée. Pourriez-vous montrer, aux

15 Juges de la Chambre, l'endroit précis, sur cette photo, pour lesquelles

16 vous pensez qu'ils correspondent aux endroits d'où on a tiré ? Mais ce que

17 la question fait en réalité, c'est qu'on ne dit pas quelle est la base,

18 quel est le fondement de cette croyance, de ce que va nous dire le témoin.

19 C'est très important. On ne peut pas passer au stade prochain, ultérieur,

20 sans parler de cette chose absolument critique, très importante. C'est très

21 important, quand le Procureur présente ses moyens.

22 Mme GILLETT : [interprétation] Je peux vous aider sur ce point. Dans la

23 déclaration préalable que le témoin nous a donnée et qui va être versée au

24 dossier, le témoin nous explique pourquoi il pense que les -- pourquoi il

25 pense que les tirs sont venus de cet endroit particulier.

26 M. STEWART : [interprétation] Je voudrais justement faire une observation

27 au sujet de ce qui figure au niveau du sixième paragraphe, où il est dit :

28 "Je l'ai dit clairement à chaque fois que je parle de ce que j'ai vu et à

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1 chaque fois, je vais dire, quand je parle de quelque chose que j'ai entendu

2 de quelqu'un d'autre." Sans entrer dans les détails, il ne fait pas du tout

3 cela dans la déclaration préalable. Je ne dis pas que c'est la faute du

4 témoin, parce qu'il y a des portions de ces dépositions qui ont été écrites

5 pour lui, mais justement parce qu'on ne fait pas cette distinction quand le

6 Procureur présente la déclaration préalable de cette façon, pour étayer ses

7 propos.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Ce que vient de dire l'avocat : qu'est-ce qui vous

9 permet de dire : "Cela venait de ces immeubles en escaliers ?" Qu'est-ce

10 qui vous permet de le dire ? C'est une hypothèse, une supposition ? Du ouï-

11 dire ? Ou vous en étiez profondément convaincu pour telle ou telle raison ?

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Bien sûr, que j'en suis sûr. J'ai été là.

13 J'étais présent sur place et j'étais dans le camion. J'étais juste à côté

14 de mon collègue. C'est lui qui a été blessé. Ensuite, j'en suis sûr pour

15 une autre raison. Je suis né à 100, 200 mètres de cet endroit. J'habite --

16 j'y suis dormi pendant des nuits et des journées. Mes parents y sont. Toute

17 ma famille y est. Donc, je l'ai fait puisqu'ils me l'ont dit. Je l'ai fait

18 de ma propre expérience.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien que vous êtes dans le camion, on voit très

20 bien, puisque le camion, vous nous avez indiqué où il était, et cetera.

21 On a une photo, qui montre donc Mostar dans toute son étendue. Il y a

22 plusieurs immeubles. Donc, si un tir provient de Mostar vers le camion des

23 pompiers, cela peut venir de nombreux endroits. De gauche à droite, j'en

24 vois une kyrielle. Mais qu'est-ce qui vous permet à vous de dire : "Cela

25 vient de la droite de la photo où les immeubles sont en forme de marches

26 d'escalier ?" Qu'est-ce qui vous permet de le dire ?

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Cette partie-là, là où vous voyez la gare

28 ferroviaire, personne n'y était à ce niveau-là. Ici, c'était une zone entre

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1 les deux. Il n'y avait pas d'activités là, mais par ici passait la ligne de

2 démarcation. Par ici. Donc, les positions du HVO étaient là. Donc, c'est le

3 seul endroit que l'on pouvait tirer, puisque là-bas, les parties, sur un

4 axe en biais. Donc, on ne pouvait pas -- on n'a pas pu tirer d'ici parce

5 que, si on avait tiré ce de point-là, on aurait -- la balle serait entrée

6 par la porte du camion et elle aurait traversé la cabine. Puisque la balle

7 a traversé le camion par la partie arrière, en entrant par la partie

8 arrière, c'est évident qu'on a tiré en biais, donc, soit ces immeubles-là,

9 ou des immeubles qui sont devant, tout ce qui est derrière, c'est trop

10 loin, d'après moi -- c'est trop loin pour pouvoir tirer et la ligne n'était

11 pas -- là, tout est possible.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Tout est possible. Juste en face de la gare, je vois

13 un bâtiment, là, qui fait apparemment deux étages. Il y a plein de

14 fenêtres. Je ne sais pas s'il était là en 1993, mais le tir peut venir de

15 ce bâtiment aussi, qui est à l'angle du toit de la gare. Donc, voilà. Ce

16 bâtiment-là, cela peut venir de là aussi. Donc, je crois comprendre que

17 pour vous, le tir est venu d'un bâtiment après la ligne de démarcation,

18 mais vous n'avez pas envisagé l'hypothèse où le tir peut venir d'un

19 bâtiment qui est sous le contrôle de l'ABiH. Même si l'hypothèse peut vous

20 paraître farfelue, mais scientifiquement, pourquoi pas ?

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Tout est possible, mais cela ne signifierait

22 pas grand-chose parce que ces bâtiments et tout ce qui est là. Enfin, tout

23 ce qu'on voit sur cette photo, tout était placé sous le contrôle du HVO,

24 mis à part le coin à gauche, cette toute petite partie ici et, bien

25 entendu, la gare ferroviaire. Mais elle était désertée, elle était vide.

26 Donc, tout ce qui se trouve derrière ce toit-ci était pratiquement la ligne

27 de démarcation tenue par le HVO et tenue par ce dernier sous son contrôle.

28 M. LE JUGE MINDUA : Monsieur le Témoin, pour cet incident, comme pour tous

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1 les autres que vous avez racontés, est-ce que des enquêtes ont été

2 réalisées ? Est-ce que vous avez ramassé des balles ou des débris de

3 fragment de balles ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. En temps de guerre, nous n'avons pas

5 procédé à des enquêtes, nous n'avons pas recherché la balle ou les

6 fragments. On ne les a jamais retrouvés.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame Gillett.

8 Mme GILLETT : [interprétation] Oui, Monsieur le Président.

9 Q. Monsieur le Témoin, maintenant que vous avez cette photo sous les yeux,

10 étant donné qu'il y a été fait référence à bien des points, peut-être

11 serait-il plus clair si vous étiez à même de marquer sur cette

12 photographie-là l'emplacement ou les emplacements à partir desquels les

13 coups de feu sont venus d'après vous. Si vous avez besoin de mettre un X ou

14 de faire un cercle au niveau d'un segment plus grand, enfin tout ce qui

15 pourrait vous aider à être plus précis pour identifier le site.

16 R. Je ne peux pas être précis à la fenêtre près ou à la maison au bâtiment

17 près, mais je suppose qu'il s'agit de ce complexe-ci, les quelques

18 bâtiments qui sont devant, qu'on ne voit pas très bien ici.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, j'ai regardé avec attention la photo du

20 camion. Vous nous avez, avec votre doigt, montré quand vous étiez avec

21 l'enquêteur où avaient frappé les balles. Vous avez désigné quatre points

22 d'impact. Vous avez expliqué qu'il y a une balle qui a traversé l'arrière

23 du camion pour aller toucher à la tête votre collègue.

24 Lorsque j'ai vu cette photo, je vous ai écouté, la première

25 impression qu'on a c'est qu'on a l'impression qu'on a tiré sur la citerne

26 d'eau, parce que le tir est éparpillé et non pas ciblé. Alors vous, vous

27 étiez sapeur-pompier, quel est votre sentiment ? A-t-on visé la citerne

28 pour la trouer et pour évidement empêcher de fournir de l'eau ou a-t-on

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1 visé le chauffeur, le conducteur du camion des pompiers ?

2 LE TÉMOIN : [interprétation] Du fait, de notre arrivée pour intervenir,

3 nous avons en effet essayé d'éteindre l'incendie dans cette maison. Nous

4 avons connu du succès relatif. Les premiers coups de feu sont partis dès

5 qu'on est arrivé pour éteindre le feu. Mais étant donné que nous étions à

6 l'abri, enfin par un concours de circonstances nous étions abrités par des

7 maisons, le camion n'était pas visible. C'est au mortier qu'on a tiré cinq

8 ou six obus, vers la maison et autour de la maison. Mais jusqu'à notre

9 arrivée, c'était une journée paisible sans incident majeur. Du fait d'avoir

10 quitté le lieu de l'incident, être parti de cette maison, nous sommes

11 sortis avec le camion citerne à découvert.

12 Dès que nous sommes arrivés à découvert, nous n'avons pas fait 50

13 mètres, je pense. Il y a tout de suite eu des coups de feu dans notre

14 direction. Le premier coup de feu, je ne sais pas où est-ce qu'il a touché.

15 Il a touché le camion, on a entendu le bruit de la tôle frappée. Un

16 deuxième, un troisième, jusqu'à cette balle fatale, celle qui a touché

17 notre chauffeur. A l'occasion de ce cheminement, il nous restait peut-être

18 50 mètres pour nous mettre quelque peu à l'abri. Je pense que le tireur

19 isolé ne pouvait pas percer la citerne en acier parce que sa peau était

20 très épaisse et la balle, elle pouvait l'égratigner mais rien de plus.

21 Mais étant donné que le réservoir à eau a été touché trois fois,

22 celui qui a tiré n'a pas été satisfait d'avoir touché le réservoir, il a

23 tiré en direction de la cabine. A mon avis, l'objectif du tir est évident.

24 M. LE JUGE ANTONETTI : -- ce que vous dites dans la chronologie, vous avez

25 dit quelque chose aussi qui peut, pour nous les Juges, avoir une

26 importance. Vous avez dit qu'il y a eu un obus de mortier qui a été tiré,

27 ce qui laisse supposer qu'il y avait quand même des gros moyens pour vous

28 empêcher de faire votre travail qui était d'éteindre un incendie. Mais un

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1 tir de mortier, cela fait du bruit. Quand vous avez perçu qu'on vous tirait

2 à l'aide d'un mortier, vous vous êtes demandé où est-ce que cela pouvait

3 venir ou pas ?

4 LE TÉMOIN : [interprétation] Nous ne nous sommes pas posés la question,

5 parce que nous avions conscience de ce qui se passait pendant cette période

6 en ville. Nous savions que ces obus de mortier venaient d'un endroit

7 particulier.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous venez de dire "venaient d'un endroit

9 particulier", quel endroit particulier ?

10 LE TÉMOIN : [interprétation] Je ne sais pas vous le dire exactement, je

11 sais que cela venait du côté occidental, des positions du HVO. Pour ce qui

12 est du site exact, je ne sais pas vous le dire.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame Gillett.

14 Mme GILLETT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

15 Q. Monsieur le Témoin, j'ai encore une question de plus à vous poser. Vous

16 avez déjà mentionné lorsque j'en ai parlé auparavant, à savoir la distance

17 approximative à laquelle vous vous trouviez, votre collègue et vous, de la

18 maison où vous avez essayé d'éteindre le feu, vous avez dit je crois à la

19 ligne 81.4 que vous étiez à quelque 50 mètres lorsque vous avez quitté cet

20 endroit au moment où les coups de feu sont partis.

21 Alors, ceci étant à garder à l'esprit, serait-il possible de voir sur

22 la photo que nous vous avons montrée tout à l'heure, celle qui est à 360

23 degrés, s'il y aurait moyen de voir la maison où vous êtes allé pour

24 éteindre l'incendie ce jour-là ? Est-ce que la photo le montre ?

25 R. On peut voir cette maison sur cette photo panoramique, en effet.

26 Q. Dans ce cas, j'aimerais que vous fassiez le même exercice que tout à

27 l'heure, on fera tourner la photo autour de l'axe de 360 degrés, ce qui

28 fait que nous vous demanderions de nous situer la maison à laquelle il a

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1 été fait référence.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui, Monsieur, apparemment ce que l'on voit derrière

3 cette photo-là, le paysage que nous voyons être à l'opposé de ce qu'on

4 voyait tout à l'heure. Je vois qu'il y a des collines et cetera. Hypothèse,

5 le tir ne pouvait pas venir de là aussi ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Non.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Pour quelle raison ?

8 LE TÉMOIN : [interprétation] Parce que la balle, l'endroit par où elle est

9 entrée, on le voit sur le camion, c'est entré parce que, si cela a été

10 entré depuis les hauteurs c'est moi qui aurais été touché parce que j'étais

11 assis juste là où il y avait le trou. Mais comme c'est le collègue à côté

12 de moi qui a été touché, la balle est passée derrière moi -- derrière ma

13 tête et a touché la tête de l'autre. Si c'était l'autre côté, celui d'en

14 face, c'est l'homme qui se tenait de mon côté droit qui aurait été touché.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : A votre connaissance, les collines que l'on voit

16 derrière, il y avait des unités militaires ou il y avait personne ?

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Non, non, c'étaient des civils ordinaires qui

18 habitaient là. Il n'y avait pas de militaires.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

20 Mme GILLETT : [interprétation]

21 Q. Monsieur le Témoin, une fois de plus, nous allons faire tourner et vous

22 nous direz de nous arrêter lorsque vous verrez sur la photo le site en

23 question.

24 R. Est-ce que je peux avoir cette image sur l'écran ?

25 Q. Oui, cela serait plutôt utile. Vous voyez cela, Monsieur le Témoin ?

26 R. Oui, encore un peu de l'avant. Stop.

27 Q. Une fois de plus, nous voyons ici plusieurs maisons sur cette photo. A

28 quelle maison faites-vous référence ?

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1 R. C'est la maison qui se trouve devant. Entre ces deux maisons sur la

2 droite vous voyez un petit toit. Je ne sais pas si vous êtes en train de le

3 voir. La toute première maison et la maison qui est grande derrière, entre

4 les deux, il y a un toit rouge, un petit toit rouge. C'est là. Nous avons

5 pris cette route, et là, on est au niveau de l'endroit à découvert. C'était

6 à peu près là où la caméra se trouvait. Donc, il n'y a pas plus de 100

7 mètres entre les deux.

8 Q. Merci, Monsieur le Témoin. Je crois que le descriptif est clair.

9 Mme GILLETT : [interprétation] Monsieur le Président, je n'ai plus de

10 questions pour ce témoin-ci, et je n'ai plus de pièces à conviction.

11 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Monsieur, j'ai une question tout à

12 fait simple. Pouvez-vous nous dire à peu près à quelle vitesse vous étiez

13 en train de rouler à ce moment-là ? A quelle vitesse ou avec quelle lenteur

14 vous déplaciez-vous ?

15 LE TÉMOIN : [interprétation] Avec quelle lenteur, justement parce que

16 c'était un camion de fabrication ancienne et en assez mauvais état. Peut-

17 être ne pouvions-nous pas aller plus vite que 20 kilomètres à l'heure.

18 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, il ne reste 45 minutes avant 19 heures. Ce

20 qui serait parfait. Alors, premier avocat.

21 M. MURPHY : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. Nous n'avons pas

22 de questions pour ce témoin-ci.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Deuxième avocat.

24 M. KOVACIC : [interprétation] Avec votre autorisation, c'est

25 M. Praljak qui, avec votre permission, aurait plusieurs questions à poser.

26 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, Monsieur Praljak, si les autres ne vous ont

27 pas donné leur temps vous n'avez que neuf minutes.

28 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Ils m'ont donné de leur temps.

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1 Contre-interrogatoire par l'accusé Praljak :

2 Q. [interprétation] Bonjour, Monsieur le Témoin.

3 R. Bonjour.

4 Q. Nous allons tirer au clair d'abord certains éléments. Est-ce qu'à

5 l'époque à Mostar, il y avait d'un côté de Mostar le HVO ?

6 R. Oui.

7 Q. De l'autre côté il y avait l'ABiH ?

8 R. Exact.

9 Q. Est-ce qu'une partie d'un Détachement de Moudjahiddines de Konjic était

10 présent à ce moment-là à Mostar; le savez-vous ?

11 R. Je ne le sais pas.

12 Q. Saviez-vous qu'en sus de l'ABiH il y avait des effectifs qui

13 s'appelaient les forces musulmanes et qui étaient créés par

14 M. Smajkic ? Est-ce que cela vous dit quelque chose ?

15 R. Je ne sais pas. Pas à Mostar. Peut-être ailleurs.

16 Q. Je vous prie de me dire si vous savez ou si vous ne le savez pas.

17 R. Je ne le sais pas.

18 Q. Merci. Dans votre déclaration vous dites que tous les Musulmans de la

19 rive droite ont été chassés vers la rive gauche. Alors je vous demande si

20 vous savez qu'à l'époque dont nous parlons, du côté droit de Mostar sous le

21 contrôle du HVO, il y avait à peu près 3 500 Serbes et quelques milliers de

22 Musulmans et 7 000 Musulmans ?

23 R. Je ne me souviens pas d'avoir parlé d'expulsions dans ma déclaration.

24 Q. Je veux vous retrouver cela. Donnez-moi un instant. En page 3, de votre

25 déclaration vous dites : "La guerre entre les Croates de Bosnie et les

26 Musulmans de Bosnie a commencé le 9 mai 1993. Tous les Musulmans de Bosnie

27 ont été chassés de Mostar Ouest et ont dû s'abriter dans Mostar Est."

28 R. Oui, maintenant je m'en souviens.

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1 Q. Partant de cette déclaration, je vous demande la chose suivante :

2 saviez-vous que du côté ouest en dépit des choses tragiques qui se sont

3 produites il est resté qu'en même 7 000 Musulmans et 3 500 Serbes qui sont

4 restés habités là pendant le conflit ?

5 R. Je sais qu'un certain nombre de Musulmans sont restés là-bas. Pour ce

6 qui est des chiffres, je ne saurais rien vous dire.

7 Q. Bien. Merci. Alors tout le monde dit c'était un tireur embusqué.

8 Comment savez-vous ? D'abord dites-nous ce que c'est qu'un sniper ?

9 R. Je sais ce que c'est parce que j'ai fait mon service dans l'ex-

10 armée, la JNA. J'étais dans l'infanterie. J'ai eu l'occasion de voir des

11 fusils de sniper. Je n'ai pas tiré avec, mais j'ai vu de quoi cela avait

12 l'air.

13 Q. Mais nous pourrions tomber d'accord pour dire que c'est un fusil d'un

14 calibre déterminé qui a dessus une espèce de lorgnette ou d'instrument

15 optique qui rapproche de votre il la cible ?

16 R. Oui, à peu près.

17 Q. Lorsque vous entendez un coup de feu, vous ne savez pas si c'est un

18 fusil à lunette ou un fusil sans lunette ? D'après le coup de feu on ne

19 sait pas faire la différence, n'est-ce pas ?

20 R. Je ne sais pas faire la différence, si c'est un tireur embusqué qui

21 tire avec un instrument optique ou sans instrument. Mais si c'est un tireur

22 embusqué c'est un tireur embusqué.

23 Q. Bon. Vous savez de quoi à l'air un M-48; qu'il y ait un instrument

24 optique ou pas, c'est la même chose ?

25 R. C'est la même chose.

26 Q. Un fusil Remington avec une longue vue ou sans cela tire la même

27 chose ?

28 R. Oui, mais cela --

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1 Q. Je ne veux pas dire que l'on touche de la même façon.

2 R. Oui. Alors, ce n'est pas le même bruit, par exemple, entre le fusil

3 semi-automatique et automatique.

4 Q. Oui. Il y a des différences dans le bruit entre différentes armes. Cela

5 je suis d'accord. Il peut y avoir une différence au niveau du calibre mais

6 on ne fait pas la différence entre le fait de savoir s'il y a lorgnette ou

7 pas.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Un instant. A la ligne 9 de la page 87, on me voit

9 intervenir. Je n'ai rien dit. Alors, je souligne que je n'ai rien dit.

10 Bien.

11 L'INTERPRÈTE : La cabine française précise que c'est en raison de la

12 vitesse, Monsieur le Président.

13 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

14 Q. Le camion jaune à l'époque n'était pas un camion des sapeurs-pompiers

15 d'en juger d'après la couleur, n'est-ce pas ?

16 R. En à juger d'après la couleur, c'est cela.

17 Q. Alors, si quelqu'un peut juger du fait qu'un camion jaune transporte du

18 pétrole pour les besoins de l'ABiH, il pourrait considérer que c'est une

19 cible militaire légitime. Seriez-vous d'accord avec moi ou pas pour le

20 dire ? Enfin, ils pourraient le considérer comme étant une cible légitime.

21 R. A un moment peut-être que oui, mais en l'occurrence ici, le camion qui

22 transportait de l'eau ne pourrait pas transporter du pétrole. Un camion qui

23 a transporté du pétrole peut transporter de l'eau. Or les camions comme

24 celui, de l'image, c'est fait pour rien que pour transporter de l'eau. Il

25 n'y a pas de système d'obturation qui conviendrait et tout le reste. Si

26 l'on mettait dedans de l'essence ou du pétrole, enfin, du gaz, il y aurait

27 des fuites. Ce n'est pas fait pour cela.

28 Q. Je vous comprends, Monsieur le Témoin. Mais mettez-vous à la place de

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1 quelqu'un qui se trouve à 500 ou 600 mètres de là. Lui, il ne voit pas

2 cela. Il voit un camion jaune. Il se dit ce camion jaune est en train de

3 transporter du pétrole pour l'ABiH et je vais lui tirer dessus. Est-ce que

4 quelqu'un peu penser chose pareille ?

5 R. Il peut penser ce qu'il veut à ce moment-là. Je me dois de dire que

6 nous n'avons fait que 50 ou 60 mètres de l'endroit de l'incendie. C'était

7 un camion citerne. C'était un camion, oui, mais une citerne. On voyait le

8 réservoir dessus. On est arrivé en plein jour et l'ABiH ne transportait pas

9 d'essence ou de gasoil en plein jour.

10 Q. Je n'affirme pas que les choses se sont passées comme je l'ai dit. Je

11 parle de façon hypothétique. Quelqu'un de l'autre côté aurait vu un camion

12 citerne de couleur jaune, et hypothétiquement parlant, pourrait estimer ou

13 penser la chose, que ce soit de jour ou de nuit, peu importe.

14 R. Oui, soit.

15 Q. J'aimerais que la vue panoramique --

16 M. STEWART : [interprétation] Monsieur le Président, mais je voudrais dire

17 qu'en limite, il est question de cinq ou six mètres, mais ce n'est pas du

18 tout ce qui a été dit. On parle de cinq ou six mètres de là. Or, ce n'est

19 pas ce qui a été dit. Voilà. Merci.

20 L'INTERPRÈTE : L'interprète fait savoir qu'il a dit 500.

21 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Oui, c'est ce que j'ai dit : 500 ou

22 600 mètres.

23 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Témoin, la question de M. Praljak est

24 fort intéressante. A Mostar, était-il de notoriété publique que les camions

25 des sapeurs-pompiers pouvaient être jaunes, puisque dans le monde entier,

26 la plupart du temps, les camions de pompiers sont rouges. Mais est-ce qu'on

27 savait qu'il y avait des camions jaunes qui faisaient office de camions de

28 pompiers ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] Bon. Je vais vous expliquer. Etant donné que

2 nous avions le camion avant l'éclatement du conflit avec le HVO, les

3 pompiers ont utilisé ce camion avant le conflit. Mais tout le monde savait

4 que ce camion jaune était utilisé par la Brigade des Sapeurs-pompiers.

5 C'est resté entre les mains des sapeurs-pompiers. Tout le monde savait que

6 c'était un camion ou une citerne contenant de l'eau. Tous les citoyens

7 savaient cela. Tout le monde savait que c'était un camion ordinaire qui

8 transportait de l'eau.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous dites qu'avait le conflit, le HVO savait que

10 les pompiers utilisaient un camion jaune.

11 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, tout à fait. Le camion était utilisé

12 avant le conflit par la Brigade des Sapeurs-pompiers. On avait ce camion

13 avant le conflit.

14 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Une autre question dans le même

15 contexte. Serait-il sage de se diriger vers un feu avec une voiture remplie

16 d'essence ?

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Bien sûr que non. Bien sûr que cela serait --

18 ne serait pas du tout raisonnable. En fait, il ne faudrait pas partir en

19 plein jour avec un camion comme cela non plus.

20 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Monsieur le Président, d'après ce que

21 j'ai compris, les mêmes personnes ont tiré sur la route pendant qu'on

22 éteignait le feu. Mais il ne s'agissait peut-être pas de la même personne.

23 Q. Lorsqu'on dit que le HVO savait quel HVO -- de quel HVO s'agit-il,

24 c'était à Mostar sur les deux rives et il y avait à Mostar plusieurs

25 milliers de personnes le long de ces rives. Etes-vous d'accord pour dire

26 qu'il y avait des milliers de personnes ?

27 R. Oui.

28 Q. Donc, sur la rive gauche et la rive droite, est-ce qu'il y avait des

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1 Gacko, Nevesinje, Stojnica [phon], et cetera, c'était de la partie gauche;

2 et de l'autre, la rive droite, Ljubuski, Siroki Brijeg, et cetera. Est-ce

3 que ces personnes savaient que le camion jaune transportait de l'eau ? Est-

4 ce qu'ils savaient forcément cela lorsqu'ils devaient partir travailler ?

5 R. De notre côté du fleuve, tout le monde savait que ce camion était le

6 camion à eau, parce que pendant plusieurs mois, tout le monde nous

7 connaissait. Chacun pouvait le reconnaître. On le connaissait bien. Pour ce

8 qui est de la rive droite, les gens n'étaient pas censés savoir, ou peut-

9 être qu'ils ne l'avaient jamais vu, mais non. Il y avait une question de

10 proximité que --

11 Q. Ecoutez, je n'ai pas beaucoup de temps, donc, nous allons poursuivre.

12 Savez-vous pourquoi le camion n'est pas venu à l'endroit où l'événement

13 s'est déroulé, de façon à ce qu'on puisse le voir à cet endroit-là ? Vous

14 ne savez pas pourquoi ?

15 R. Je ne sais pas.

16 Q. Donc, vous ne savez pas pourquoi M. Alija Jakupovic, par exemple, qui a

17 été touché, vous ne savez pas pourquoi il ne vient pas témoigner à propos

18 de cet événement ? Vous savez quelque chose à ce propos ?

19 R. Si, je sais quelque chose. Si, je sais cela.

20 Q. Savez-vous que l'armée de la BiH --

21 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Est-ce que nous pouvons avoir une

22 photographie, s'il vous plaît ? La photographie panoramique, est-ce qu'on

23 peut la voir, s'il vous plaît, de façon à pouvoir établir un certain nombre

24 de faits ?

25 Q. Je vais vous poser les questions suivantes à propos de cette

26 photographie en question. Je vais vous demander où se trouve la gare

27 ferroviaire et vous allez me répondre. Ensuite, je vais vous demander si

28 vous savez qu'une partie de la gare ferroviaire servait d'entrepôt pour

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1 certaines marchandises. Est-ce que vous êtes au courant de cela ?

2 R. Non, je ne suis pas au courant de cela et je suis tout à fait sûr que

3 cela n'était pas utilisé à cette fin.

4 Q. En êtes-vous tout à fait certain ?

5 R. Tout à fait, compte tenu des documents.

6 Q. Compte tenu des documents dont vous disposez ou d'après ce que d'autres

7 documents vous ont dit ? Arrêtez, arrêtez.

8 R. Etant donné que je passais devant la gare, je traversais la gare et que

9 j'allais autour de la gare quasiment tous les jours, je n'ai jamais vu

10 aucun soldat monter la garde ou des personnes se déplacer. C'était un peu

11 une zone déserte qui n'était pas très attirante de ce fait.

12 Q. Est-ce que cela signifie que vous saviez qu'il n'y avait rien ou est-ce

13 que vous n'avez rien vu vous-même ?

14 R. Je n'ai pas demandé autour de moi, mais le simple que c'était un espace

15 vide, j'ai supposé, j'en ai déduit qu'il n'y avait rien à cet endroit.

16 Q. Pourriez-vous me dire ce qui suit : est-ce que l'armée de la BiH, à

17 l'époque qui nous intéresse, contrôlait toute cette région, la rive gauche,

18 Bijelo Polje, Vrapcici, et cetera ?

19 R. Oui.

20 Q. Comment pouvait-on communiquer entre ce quartier assez important de

21 Mostar et si personne n'empruntait la route ?

22 R. La route qui passait par la gare n'a rien à voir avec cette autre voie

23 de communication.

24 Q. Par où passait-il, alors ?

25 R. La route de Bijelo Polje-Mostar et la M-17, l'autoroute. C'était la

26 route principale. Les gens l'empruntaient la nuit.

27 Q. Est-ce que vous étiez soldat vous-même ? Est-ce que vous étiez de

28 garde ? Vous pouvez prétendre en toute certitude que c'était la route

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1 principale qui n'était utilisée que la nuit ? Est-ce que vous savez quelque

2 chose ou est-ce que ce sont des supputations que vous faites ? Le fait est

3 que l'armée de la BiH contrôlait Vrapcici et Bijelo Polje, et qu'il y avait

4 des échanges et des communications.

5 R. Pendant la nuit.

6 Q. C'est vous qui dites que tout ceci avait lieu pendant la nuit. Savez-

7 vous que l'endroit qui a été cité, qui s'appelle Pasjak, est-ce que vous

8 savez que le 4e Corps de l'armée de la BiH avait son artillerie à cet

9 endroit-là ?

10 R. Oui.

11 Q. D'après ce que vous savez, une partie de ces pièces d'artillerie se

12 trouvait à Pasjak, par exemple, de mortiers. Vous savez cela ?

13 R. Non.

14 Q. Donc, vous ne savez. Vous avez -- vous nous avez montré -- vous avez

15 annoté, sur la photographie, la partie -- les bâtiments qui se trouvaient à

16 droite. Vous avez dit que c'était un endroit d'où on aurait pu -- vous avez

17 indiqué que c'était un endroit plausible, d'où les tirs auraient pu

18 provenir et qui ont touché les véhicules. C'est Mostar 2 ou Centar 2 à

19 Mostar; c'est cela ?

20 R. Oui.

21 Q. Savez-vous que un expert qui a parlé de tout ceci a clairement indiqué

22 que les tirs étaient en provenance de Ledera ?

23 R. Ledera. Ces bâtiments que j'ai indiqués entre Ledera et ces bâtiments,

24 il y a quelque cinquantaine de mètres. Lorsque j'étais en train d'indiquer

25 quels étaient ces bâtiments en crayons, j'ai clairement indiqué que je ne

26 savais pas exactement où et trouvait l'entrée. Je ne sais pas exactement

27 d'où venaient les tirs. Mais si la distance entre ces bâtiments est de 30

28 mètres, alors --

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1 Q. Monsieur le Témoin, ces bâtiments que, vous nous avez montrés, sont

2 long de quelques centaines de mètres et de Ledera à Centar 2, il y a

3 plusieurs centaines de mètres.

4 R. Il n'y a qu'une seule rue. C'est la rue Crna.

5 Q. Veuillez avoir l'obligeance de nous dire si vous voyez une telle

6 flèche. Si vous pouvez la voir, pouvez-vous nous l'indiquer ? C'est à côté

7 de la mosquée.

8 R. Je n'ai pas d'image à mon écran.

9 Q. Attendons alors l'image qu'elle soit affichée à l'écran du témoin.

10 R. Cela y est. Je l'ai.

11 Q. Pourriez-vous nous indiquer l'hôtel Flèche [phon] et nous dire si vous

12 voyez la tour, à côté de la tour d'après ce que je sais -- l'hôtel Ero et

13 nous avons une très bonne photographie.

14 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Madame l'Huissière, bonjour, vous

15 pourriez nous la placer sur le rétroprojecteur, s'il vous plaît. Veuillez

16 prendre cette photographie et la placer sur le rétroprojecteur, ce serait

17 vraiment bien parce qu'à ce moment-là, nous serons en mesure de bien voir

18 tout ce secteur.

19 Monsieur le Témoin, à gauche, dans l'angle gauche est-ce que vous voyez une

20 tour ? Est-ce bien l'hôtel Ero ?

21 R. Oui.

22 Q. Pouvez-vous l'indiquer par le chiffre 1 ?

23 R. [Le témoin s'exécute]

24 Q. De l'autre côté de l'hôtel Ero, est-ce qu'on peut voir -- est-ce que

25 c'est hôtel Ero ?

26 R. Oui.

27 Q. Pourriez-vous apposer le chiffre 2 ?

28 R. [Le témoin s'exécute]

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1 Q. Veuillez nous indiquer où se trouve Centar 2, comme vous l'avez déjà

2 indiqué précédemment, pourriez-vous apposer le chiffre 3 à côté ou sur

3 Centar 2.

4 R. [Le témoin s'exécute]

5 Q. Monsieur le Témoin, pourriez-vous maintenant, est-ce que vous voyez,

6 Monsieur le Témoin, les 30 mètres que vous nous avez indiqué est une

7 distance qui n'est pas précise et qui est loin d'être précise. Nous

8 essayons d'établir la vérité; sinon, d'être le plus précis possible,

9 lorsque nous parlons des choses que nous connaissons.

10 Donc, maintenant, si nous regardons du côté droit, à droite de la gare,

11 est-ce que vous pourriez apposer le chiffre 4 à l'endroit où se trouve la

12 gare, le toit de la gare.

13 R. [Le témoin s'exécute]

14 Q. Là, il y a la gare et à droite, est-ce que c'est là qu'il y aurait le

15 camp nord ?

16 R. Je ne le vois pas sur la photo.

17 Q. Je ne dis pas que vous pouvez voir le camp nord mais je vous demande si

18 cela se trouve à l'endroit à la droite de la gare ?

19 R. Oui.

20 Q. Pourriez-vous indiquer par le chiffre 5 ?

21 R. [Le témoin s'exécute]

22 Q. Donc, l'ABiH est également dans le camp nord, c'est exact?R. Oui.

23 Q. Parce qu'ils devaient communiquer avec le camp nord; est-ce exact ?

24 R. C'est exact.

25 Q. Donc, à supposer que --

26 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Ralentissez, ralentissez.

27 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Je suis désolé, Monsieur.

28 M. LE JUGE ANTONETTI : Les avocats vous ont donné du temps, mais il ne

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1 faudrait pas que sur le coup de 7 heures, il y a un avocat qui dit j'ai des

2 questions à poser. Quels sont les avocats qui veulent intervenir ? Combien

3 de temps ? Personne, donc, pas de questions.

4 M. STEWART : [interprétation] Cinq minutes environ, Monsieur le Président,

5 quelque chose comme cela. Cela dépend évidemment comme toujours des

6 réponses. Mais si je peux peut-être garder les dix minutes qui m'ont été

7 attribuées à ce moment-là, je crois que ce serait bien.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien.

9 Mme GILLETT : [interprétation] J'ai une question pour l'instant à poser,

10 dans le cadre des questions supplémentaires.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Donc, Monsieur Praljak, essayez d'arrêter vers 18

12 heures 50, 18 heures 45, ce serait mieux.

13 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Je vais faire de mon mieux, Monsieur le

14 Président.

15 Q. Donc, nous allons vous soumettre une autre hypothèse, à supposer que

16 sur les 35 à 40 000, qui se trouvaient sur la rive gauche, la moitié est

17 des hommes. A supposer que j'étais un criminel, que je souhaitais tuer les

18 personnes qui se trouvaient sur la rive gauche, à combien d'endroits que

19 l'on voit sur la photographie j'ai pu le matin ou l'après-midi à l'heure du

20 déjeuner ou après le déjeuner -- à quel endroit aurais-je pu positionner

21 une tireur embusqué ou quelqu'un avec un M-48 sur le rebord d'un balcon à

22 l'entrée d'un bâtiment sur un rebord de fenêtre et placer un dispositif

23 optique sur le fusil et tirer sur quelqu'un lorsque j'avais décidé de le

24 tuer ?

25 R. Tout est possible pendant une guerre.

26 Q. Est-ce que cela aurait pu se passer sur la rive gauche dans la

27 Neretva ? Est-ce que ces personnes aigries pour une raison ou pour une

28 autre, parce qu'il y avait beaucoup de personnes aigries, est-ce que

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1 quelqu'un aurait pu se saisir d'un M-45 et y mettre un dispositif optique,

2 le cacher pendant des heures jusqu'à ce qu'il voit quelqu'un sur la rive

3 gauche et qu'ils leur tirent dessus. Est-ce que c'est possible ?

4 R. Écoutez, c'est possible, mais je ne pense pas que c'est quelqu'un.

5 Q. Le doute est une chose, la certitude en est une autre. Était-ce dans le

6 domaine du possible ?

7 R. Oui. Donc, vous me demandez si c'est possible que ce bâtiment

8 s'écroule, oui, c'est tout à fait possible.

9 Q. Nous avons une déclaration des représentants de la communauté

10 internationale, comme quoi les personnes venaient rendre visite aux

11 hôpitaux qui se trouvaient sur la rive gauche aux personnes qui avaient été

12 touchées. C'étaient les Musulmans, nous disposons de ces informations.

13 Donc, ceci n'est pas confidentiel, donc, tout est possible. Par exemple, si

14 vous-même vous étiez commandant à cet endroit-là et si vous étiez chargé du

15 commandement d'une unité, si vous entendez le bruit d'une balle qui vient

16 d'une certaine direction, est-ce que vous auriez pu découvrir la provenance

17 des tirs ?

18 R. C'est possible.

19 Q. Est-ce qu'il y avait beaucoup -- est-ce qu'on tirait souvent,

20 fréquemment à Mostar ?

21 R. Oui.

22 Q. Donc, c'est vrai qu'il y avait souvent des coups de feu qui étaient

23 tirés ?

24 R. Oui.

25 Q. Entre ces coups de feu, il y a quelqu'un qui attend à un de ces

26 endroits, il y a des centaines d'endroits où ils auraient pu se cacher, ils

27 auraient pu tirer sur votre camion. Est-ce que ceci vous parait être une

28 éventualité réaliste ?

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1 R. Non, ce n'est pas quelque chose de très réaliste. Il s'agit simplement

2 d'une hypothèse que vous avancez.

3 Q. Ecoutez, il me semble que c'est une éventualité tout à fait réaliste,

4 plausible. Bon, je vais m'arrêter, je vais passer à un autre sujet.

5 Nous avons parlé des problèmes avec le camp nord. Il y a eu des problèmes

6 de communication avec le camp nord, mais cette communication devait se

7 faire par la gare ?

8 R. Oui.

9 Q. A supposer que vous étiez un commandant du HVO, est-ce que nous pouvons

10 avoir la photographie à nouveau ? Est-ce que vous voyez ces collines ? Sur

11 ces collines, est-ce qu'il y avait des artilleurs ou des chars du HVO ?

12 R. Je suppose que oui.

13 Q. Vous êtes -- vous dites que vous supposez. Vous êtes un commandant du

14 HVO, vous voyez un camion, une citerne et vous donnez l'ordre de faire

15 exploser cette citerne. Combien de tirs ou de coups faut-il tirer pour

16 faire exploser cette citerne ?

17 R. Je ne sais pas peut-être deux ou trois coups.

18 Q. Parce que vous savez que cette citerne se trouvait également sur le

19 mont Hum ?

20 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Pardonnez-moi, Messieurs les Juges.

21 Q. Hum se trouve à gauche de la photo, n'est-ce pas ?

22 R. Oui.

23 Q. Ceci aurait pu être tiré par un char ou un ZIZ de 68 millimètres ou

24 c'est possible ou une autre arme, c'est possible ?

25 R. Oui.

26 Q. L'endroit où vous avez éteint le feu, était-ce le seul endroit que l'on

27 pouvait voir depuis les positions des artilleurs du HVO et des

28 observateurs ?

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1 R. La position était tout à fait visible car il y avait beaucoup de fumée

2 et cela se voyait de loin. Le camion cependant ne pouvait pas être vu mais

3 le bâtiment et toute cette zone étaient visibles. On le voyait bien à cause

4 de la fumée.

5 Q. A supposer que vous êtes le commandant d'une zone opérationnelle,

6 quelqu'un vous dit qu'il a ciblé de balles à cet endroit-là; est-ce que

7 vous auriez pu faire exploser cette cible en moins d'une minute ?

8 R. Oui, j'aurais peut-être pu le faire.

9 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Très bien. Est-ce que nous pouvons

10 avoir la photo panoramique encore une fois car nous avons aperçu des

11 collines sur cette photo ? Je souhaite vous poser des questions à ce sujet.

12 J'en aurai terminé avec mon contre-interrogatoire. Je vous demande de bien

13 vouloir parapher ce document. Pouvons-nous avoir un numéro IC, s'il vous

14 plaît. Oui, est-ce que vous pouvez parapher ce document, s'il vous plaît ?

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame la Greffière, un numéro IC pour le document.

16 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Messieurs les Juges, ce sera le numéro

17 IC 397.

18 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Est-ce que nous pouvons maintenant

19 faire tourner l'image encore une fois ? Est-ce que nous pouvons commencer,

20 s'il vous plaît, faire défiler l'image ?

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez mis vos initiales sur le document ?

22 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] A repartir un petit peu en arrière,

23 juste un petit peu s'il vous plaît. Arrêtez-vous.

24 Q. Regardez la colline, ceci était placé sous le contrôle du HVO, n'est-ce

25 pas ?

26 R. Oui.

27 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Avançons un petit peu vers la gauche.

28 Déplaçons la photo. Faites-la tourner.

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1 Q. Derrière les arbres, il y a Hum à l'arrière plan, il y a également des

2 Unités du Badge [phon], n'est-ce pas ?

3 R. Oui.

4 Q. Ici, c'est le sud, n'est-ce pas ?

5 R. Oui.

6 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Faites-le défiler la photo, s'il vous

7 plaît.

8 Q. Maintenant, nous nous tournons vers l'est, du sud, vers l'est

9 lentement. Arrêtez-vous ici puisqu'on voit des collines.

10 R. Oui.

11 Q. Est-ce que ces collines sont contrôlées par l'armée de la Republika

12 Srpska ?

13 R. Oui.

14 Q. Quelle est la distance qui les sépare ?

15 R. A partir des collines ou de l'endroit où nous sommes ?

16 A partir du haut de la colline, cinq kilomètres au moins.

17 Q. Cinq kilomètres à vol d'oiseau ?

18 R. Non, pas à vol d'oiseau.

19 Q. En zigzagant, alors ?

20 R. Bien, si vous devez vous y rendre, oui, c'est à peu près cela, cinq

21 kilomètres.

22 Q. A vol d'oiseau ?

23 R. Ecoutez, je ne suis pas un expert mais deux à trois kilomètres, je

24 dirais.

25 Q. Donc, il est sûr que l'on pouvait tirer à partir de cet endroit-là à

26 l'aide d'un lance-roquettes depuis les positions de l'armée de la Republika

27 Srpska.

28 R. Je ne sais pas quelle est la portée de ce lance-roquette 80

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1 millimètres.

2 Q. Cinq kilomètres. Est-ce que vous savez qu'à Mostar pendant tout le

3 conflit les Serbes tiraient aussi bien sur la rive gauche que sur la rive

4 droite au gré de leur désir ? Est-ce que vous le saviez ?

5 R. Je sais qu'ils ont tiré mais du côté droit rarement, très, très

6 rarement.

7 Q. On a tiré aussi bien de la rive droite que de la rive gauche mais je

8 vous ai demandé s'il est vrai qu'on a tiré ? Si vous dites qu'on n'a pas

9 tiré beaucoup, dites-nous, quelle est la fréquence ?

10 R. Je dirais que pendant toute la guerre on a tiré le nombre d'obus qui ne

11 dépasseraient pas trois chiffres -- deux chiffres.

12 Q. Nous avons lu un livre écrit par un de vos commandants qui a dit qu'au

13 mois de septembre nous étions soutenus de façon très ardente par les Serbes

14 et leur artillerie. Est-ce que vous êtes au courant de cela ?

15 R. Non.

16 Q. Chaque fois que vous ne savez pas quelque chose, je vous prie, de bien

17 vouloir l'indiquer je ne vous fais pas dire des choses mais si vous ne

18 savez pas quelque chose, bien, dites-nous, je ne le sais pas et ensuite, on

19 va continuer -- poursuivre. Je vais vous demander de faire défiler la

20 photo. J'ai dessiné votre camion citerne, je n'étais pas très à droit quand

21 je l'ai dessiné, donc, regardez les collines qui sont derrière. Est-ce que

22 c'est l'armée de la Republika Srpska qui contrôlait ces collines, ou est-ce

23 que c'est l'ABiH ?

24 R. C'est sur - c'était l'ABiH.

25 Q. C'est à peu près cela.

26 R. Oui.

27 Q. Regardez maintenant ces dessins que j'ai faits, ces croquis il n'est

28 pas parfait, malheureusement. Dessinez, s'il vous plaît, la direction qu'a

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1 pris la balle pour pénétrer dans la cabine.

2 R. Bien, cette balle est entrée à partir du milieu de la cabine -- au

3 milieu sous le toit. A peu près à 20 centimètres plus bas.

4 Q. Faites-le. Ecrivez-le, 20 centimètres, plus bas que le toit.

5 Dans quelle direction est-il venu ?

6 R. Le chauffeur était là. Je vais le dessiner.

7 La balle puisqu'il a été touché en haut du crâne, derrière. C'est sûr que

8 la balle est venue -- elle a été tirée en billet. Donc, pas sur la ligne

9 droite. Pas de l'hôtel Ero puisque; sinon, la balle aurait touché la porte.

10 Puisqu'on a tiré en billet, on a tiré à partir du Centar 2; Centar 2 c'est

11 la direction.

12 Q. Ecrivez-le, s'il vous plaît, sur le dessins. Si on avait tiré de

13 Ledera, la balle aurait touché le camion à quel niveau ?

14 R. Au niveau de la porte avant, la portière de la cabine.

15 Q. Faites -- marquez-le aussi. La balle qui a tué cet homme -- qui a

16 touché cet homme, parce que si elle a vraiment touché dans la tête, il

17 aurait été mort de cette blessure, donc, je dirais que la balle est passée

18 vraiment -- c'était une blessure très superficielle, n'est-ce pas ?

19 R. Oui.

20 Q. Où a-t-il été touché ?

21 R. Derrière ici.

22 Q. C'est au niveau du front ?

23 R. Il était face à la vitre devant et la balle a touché au-dessus de son

24 oreille gauche.

25 R. [Le témoin s'exécute]

26 Q. Je vous remercie de votre patience.

27 M. LE JUGE ANTONETTI : [interprétation] Le numéro, Madame la Greffière.

28 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Le numéro IC 398.

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1 M. LE JUGE ANTONETTI : [interprétation] Maître Stewart.

2 M. STEWART : [interprétation] Je sais que M. Petkovic a quelques questions

3 à poser, mais je pense qu'avec nos efforts combinés, nous allons terminer à

4 6 heures 55, l'heure centrale européenne, avec un petit peu de chance.

5 Contre-interrogatoire par M. Stewart :

6 Q. [interprétation] Monsieur le Témoin, je voudrais à nouveau parler de

7 cette balle qui a traversé la cabine de la façon dont vous l'avez décrit.

8 Est-ce qu'il y a d'autres tirs qui ont touché le camion et vous nous avez

9 montré où ce camion a été touché vous avez dit que la balle a été tirée

10 juste sous le haut de la cabine à partir de l'arrière de la cabine, et

11 ensuite, est entrée à l'intérieur ? C'est la description de ce que vous

12 dites.

13 Vous n'avez pas dit par où la balle est sortie. Est-ce que vous le savez ?

14 Est-ce que vous avez inspecté cela ?

15 R. Bien, je ne suis même pas sûr que la balle est sortie de la cabine.

16 Donc, la balle est restée soit au niveau de la carrosserie, soit au niveau

17 de la fenêtre donc la balle après avoir percuté le premier objet a perdu sa

18 force et la vitesse et est restée dans la partie métallique, mais peut-être

19 qu'elle est aussi sortie par la fenêtre.

20 Q. Bien, on va parler de ce que vous avez vu vous-même ou les conclusions

21 auxquelles vous êtes arrivé vous-même. Vous avez dit que vous avez inspecté

22 cet endroit. Vous avez inspecté vous-même la cabine et vous n'avez pas pu

23 trouver l'endroit par lequel la balle est sortie de la cabine du camion;

24 est-ce exact ?

25 R. Nous ne l'avons pas cherchée du tout, cela n'avait aucune importance.

26 Il y a des milliers de balles qui sont tirées tous les jours. Qu'est-ce que

27 vous voulez qu'on cherche ? La balle. L'essentiel, c'est que la blessure

28 n'était pas fatale. Ensuite, en ce qui concerne la balle peut-être qu'elle

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1 se trouvait quelque part dans la cabine du camion, on n'a pas fait

2 attention. On ne l'a pas cherchée à vrai dire.

3 Q. Nous allons encore plus vite puisque le témoin a même réussi à la

4 prochaine question que je voulais lui poser.

5 Dans votre déclaration préalable, vous avez dit que la balle est entrée

6 dans la cabine de l'arrière en faisant un angle avec 45 degrés. Est-ce que

7 vous dites qu'il y avait quelque chose au sujet de ce trou qui se trouvait

8 dans la partie arrière de la cabine du camion qui vous fait dire que la

9 balle est entrée sous un angle de 45 degrés ?

10 R. Bien, le trou, donc, l'impact de la balle sur la carrosserie, était

11 telle que l'on pouvait déterminer, avec pas mal de certitude, quel était

12 l'angle de tir.

13 Q. Donc, soit que vous avez suffisamment d'expérience en matière de balles

14 et de trous qu'ils peuvent faire, ou vous n'en aviez pas, mais vous étiez

15 tout de même sûr et certain que la balle a été tirée à partir d'un angle

16 similaire ?

17 R. C'était clair. C'était clair que la balle n'est pas entrée dans un

18 angle droit. Cela se voyait clairement. Si vous avez vu pas mal de trous

19 provoqués par les balles, vous pouviez déterminer l'angle.

20 Q. Donc, de la façon dont vous le décrivez, on a l'impression que cette

21 balle a suivi une ligne droite d'après vous, en faisant le trou de cet

22 angle-là, ensuite a continué tout droit et passé tout près de la tête de

23 votre collègue en la touchant sur la surface. C'est bien la description de

24 ce que vous avez vu, de ce qui s'est passé ?

25 R. La balle est allée tout droit. Je n'ai pas dit qu'elle n'est pas allée

26 tout droit, j'ai dit que par rapport à la cabine, la balle est entrée sous

27 un certain angle.

28 Q. La réalité est que vous avez regardé tout cela et vous avez décidé de

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1 votre propre version des choses. Vous avez décidé vous-même d'où est venue

2 la balle, mais vous n'avez pas fait une enquête sérieuse et vous n'avez

3 même pas recherché la balle.

4 R. A ce moment-là, évidemment que nous savions d'où venait la balle, d'où

5 elle était venue, et de toute façon, vu le contexte de la guerre, on avait

6 encore moins de doute quant à la provenance de ces tirs.

7 Q. Merci.

8 M. STEWART : [interprétation] Je n'ai plus de questions, mais apparemment,

9 M. Petkovic n'en a pas non plus. Donc, nous en avons terminé.

10 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] Est-ce que je peux poser encore

11 quelques questions, s'il vous plaît ?

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous en avez une ?

13 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation] J'en ai une question, oui.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Allez-y vite.

15 Contre-interrogatoire supplémentaire par l'accusé Praljak :

16 Q. [interprétation] Vous avez posé une question hypothétique. Vous avez

17 demandé s'il était possible que quelqu'un tire sur ses propres hommes, le

18 HVO, par exemple. Est-ce que vous savez que les Moudjahiddines, les

19 Musulmans qui consommaient de l'alcool, étaient considérés comme des hommes

20 sans valeur qu'il fallait éliminer ? Est-ce que vous le savez ?

21 R. Il n'y a pas eu de tel cas à Mostar. Il n'y en a pas eu du tout.

22 Q. Monsieur, est-ce que vous savez ?

23 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Une question.

24 L'ACCUSÉ PRALJAK : [interprétation]

25 Q. Je n'ai pas dit à Mostar. Est-ce que vous savez que les Moudjahiddines

26 --

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Arrêtez.

28 Questions de la Cour :

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1 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur, je vais vous poser une question qui n'a

2 rien à voir avec celle de M. Praljak. Nous savons que le mortier a tiré au

3 moment où vous étiez caché à proximité de la maison qui était en feu. Très

4 bien. Ensuite, votre camion part à 20 à l'heure. C'est ce que vous dites.

5 Je vais émettre une hypothèse, et je voudrais que vous me donniez votre

6 sentiment. Comment l'hypothèse où il y a un autre tir de mortier qui part,

7 qui tombe à proximité de votre camion qui roule à 20 à l'heure, qu'il y a à

8 ce moment-là des éclats qui partent et qu'un éclat vient percer, comme vous

9 l'avez marqué, à 20 centimètres, le bord supérieur du toit, passe au-dessus

10 de votre tête et frappe votre collègue ? Est-ce que cette hypothèse serait

11 pour vous totalement irréaliste, parce que vous n'avez pas entendu de bruit

12 et que cela ne peut pas être des conséquences d'un tir de mortier ?

13 R. Voilà. Tout d'abord, ce n'est pas possible que c'était un éclat d'obus,

14 parce que les trous sur la cabine -- de montrer que c'était une balle,

15 parce que c'est complètement différent. Avant cela, on a tiré à trois

16 reprises, trois fois avec trois secondes d'intervalle. Donc, on a entendu

17 trois tirs avant le quatrième qui a effleuré mon collègue. Donc, on n'a pas

18 entendu une explosion. Rien d'autre.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Je voulais vérifier cette hypothèse.

20 Madame Gillett.

21 Mme GILLETT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président. J'ai une

22 question, et j'ai aussi besoin de demander le numéro pour la photo que j'ai

23 montrée au témoin à la fin de mon interrogatoire principal, la photo sur

24 laquelle il a apposé un cercle. Donc, au moins, pour ne pas l'oublier après

25 la question, je le dis d'emblée.

26 Je vais demander au témoin de montrer cette photo, encore une fois, pour

27 qu'il appose ses initiales, parce qu'on vient de me rappeler que j'ai

28 oublié de lui demander cela aussi.

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1 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

2 Mme LA GREFFIÈRE : [interprétation] Monsieur le Président, il s'agit de la

3 pièce IC 399.

4 Mme GILLETT : [interprétation] Donc, en ce qui concerne la question

5 additionnelle, je vous pose une question qui découle du contre-

6 interrogatoire mené par M. Praljak à la ligne 92.16. Il vous a posé une

7 question et le témoin n'a pas su répondre et vous avez dû intervenir pour

8 ralentir le débit. Mais je pense que cette question mérite d'être répondue.

9 Nouvel interrogatoire par Mme Gillett :

10 Q. [interprétation] Je vais répéter la question posée par

11 M. Praljak à cette ligne-là. La question était comme suit : "Est-ce que

12 vous étiez un soldat ? Est-ce que vous avez été de garde pour être aussi

13 sûr que cela que la nuit on n'utilisait que la route principale ? Est-ce

14 que vous étiez au courant de cela ? Est-ce que vous le saviez ou est-ce

15 qu'il s'agit seulement de vos suppositions ?"

16 Donc, Monsieur le Témoin, on vous demande de dire si vous étiez vraiment

17 sûr de cela ou s'il s'agit de suppositions. Si vous en étiez sûr, comment

18 se fait-il que vous puissiez en être sûr ?

19 R. Pendant la guerre, je ne suis jamais passé par cette route-là. Je

20 n'étais pas membre d'une quelconque organisation militaire. Pendant tout le

21 long du conflit, je n'étais pas un soldat non plus.

22 Ensuite, cet axe de communication, Mostar-Bijelo Polje, à partir de Sutina

23 et jusqu'à Ina, cet axe se trouvait à une cinquantaine ou une centaine de

24 mètres de distance par rapport aux lignes du HVO. Donc, il était absolument

25 impossible de circuler par là pendant la journée rien que pour y passer. On

26 ne pouvait passer par là que pendant la nuit, sans allumer les phares, et

27 c'était la seule façon de passer par là.

28 Mme GILLETT : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Je

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1 n'ai pas d'autres questions pour ce témoin.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Votre audition vient de se terminer. Je vous

3 remercie au nom de mes collègues d'être venu témoigner à La Haye à la

4 demande de l'Accusation. Nous vous souhaitons, bien entendu, une bonne

5 continuation dans ce noble métier que vous exercez actuellement.

6 Demain, Monsieur Mundis, il y a un témoin qui est prévu. Ne donnez

7 pas son nom.

8 M. MUNDIS : [interprétation] Je vous remercie, Monsieur le Président. Oui,

9 effectivement, c'est le Témoin A qui va venir demain et il va continuer sa

10 déposition mercredi. Ensuite, nous avons un autre témoin pour jeudi.

11 Ensuite il n'y a pas de changements.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Je remercie tout le monde, et je vous invite à

13 revenir, à l'exception du témoin qui, lui, va rentrer chez lui. Je vous

14 invite à revenir demain à 9 heures.

15 [Le témoin se retire]

16 --- L'audience est levée à 19 heures 00 et reprendra le mardi 13 février

17 2007, à 9 heures 00.

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