Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 Le jeudi 22 mars 2007

2 [Audience publique]

3 [Les accusés sont introduits dans le prétoire]

4 [L'accusé Coric n'est pas présent dans le prétoire]

5 [L'accusé Pusic n'est pas présent dans le prétoire]

6 [L'accusé Petkovic n'est pas présent dans le prétoire]

7 --- L'audience est ouverte à 14 heures 15.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier, appelez le numéro de

9 l'affaire, s'il vous plaît.

10 M. LE GREFFIER : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président. Affaire

11 IT-04-74-T, le Procureur contre Prlic et consorts. Merci.

12 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien.

13 Alors, je salue pour la deuxième fois tous les participants de

14 l'audience. Je salue également M. Prlic, M. Praljak et M. Stojic, qui sont

15 eux présents parce que leurs trois compagnons sont malades m'a-t-on dit en

16 raison d'une épidémie de grippe qui sévit Scheveningen. Je souhaite

17 également à M. Petkovic un bon rétablissement et il aura tout le week-end

18 pour se rétablir. Nous continuons nos travaux pour l'audition d'un témoin,

19 mais avant cela, je vais donner à M. le Greffier la parole pour deux

20 numéros IC.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] Merci beaucoup, Monsieur le Président. Le

22 bureau du Procureur nous a soumis une liste de documents qui doivent être

23 versés au dossier par le truchement du Témoin DH. Le numéro sera IC 505.

24 Enfin, le bureau du Procureur avait déposé une requête aux objections de la

25 Défense relatives aux pièces du bureau du Procureur déposées par

26 l'intermédiaire du Témoin Salem Cerenic, la cote sera IC 506. Merci.

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui.

28 Monsieur Scott.

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1 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, pourrions-nous passer

2 quelques instants à huis clos partiel pour le témoin suivant ?

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Nous passons à huis clos partiel.

4 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

5 le Président.

6 [Audience à huis clos partiel]

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6 [Audience publique]

7 [Le témoin est introduit dans le prétoire]

8 LE TÉMOIN : FERIDA LIKIC [Assermentée]

9 [Le témoin répond par l'interprète]

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Bonjour, Madame. Je vais d'abord vérifier que vous

11 entendez bien mes propos dans votre langue. Si c'est le cas, dites que vous

12 me comprenez.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, vous êtes un témoin cité par l'Accusation.

15 Avant de vous faire lire votre serment, pouvez-vous nous donner votre nom,

16 et prénom et date de naissance, s'il vous plaît ?

17 LE TÉMOIN : [interprétation] Je m'appelle Likic, Ferida. Je suis née le 8

18 avril 1955, à Milankovici près d'Olovo.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Avez-vous, Madame, une profession, une activité ?

20 LE TÉMOIN : [interprétation] Je suis mère -- femme au foyer.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Avez-vous témoigné devant un tribunal sur les faits

22 qui se sont déroulés dans votre pays, ou bien c'est la première fois que

23 vous témoignez ?

24 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, une fois j'ai témoigné à Zenica, mais pas

25 beaucoup parce que je suis malade et je n'ai pas tenu longtemps.

26 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Vous avez témoigné devant le tribunal de

27 Zenica. Rappelez-vous -- connaissez-vous le nom de l'affaire dans laquelle

28 vous avez témoigné ?

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1 LE TÉMOIN : [interprétation] C'était une affaire contre le HVO. Vous voulez

2 dire pour ce qui est du témoignage de Zenica ou de ma déclaration à

3 Zenica ?

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Zenica, devant le tribunal de Zenica. Vous avez

5 témoigné dans le cadre d'un procès qui concernait qui ?

6 LE TÉMOIN : [interprétation] Como Ilijasevic.

7 M. LE JUGE ANTONETTI : Très bien. Je vous demande de lire le texte que nous

8 vous présentons.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Je déclare solennellement que je dirai la

10 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Madame. Vous pouvez vous asseoir.

12 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

13 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Quelques brèves explications de ma part,

14 Madame, vous allez devoir répondre à des questions de M. Scott que vous

15 avez déjà rencontré. A l'issue des questions de M. Scott, la Défense qui se

16 trouve à votre gauche, voire les accusés mêmes pourront vous poser des

17 questions. Les trois Juges qui sont devant vous pourront également vous

18 poser des questions, mais maintenant, nous préférons attendre que les uns

19 et les autres ont posé des questions afin que les uns et les autres

20 puissent développer leur argumentation au travers de leurs questions.

21 Si, à un moment donné, vous êtes -- vous ne vous sentez pas bien, vous

22 éprouvez un malaise, n'hésitez pas à nous dire d'arrêter pour prendre du

23 repos. Voilà la façon dont va se dérouler votre témoignage.

24 Je vais maintenant passer la parole à M. Scott, qui va commencer

25 l'interrogatoire principal.

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

27 M. SCOTT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

28 Interrogatoire principal par M. Scott :

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1 Q. [interprétation] Bonjour, Madame.

2 R. Bonjour.

3 Q. Madame, très rapidement, nous passerons en revue votre parcours - je

4 vais demander un petit plus tard un passage à huis clos partiel - mais pour

5 le compte rendu d'audience, vous vous appelez Ferida Likic. Vous êtes née

6 le 8 avril 1955, à Milankovici dans un village qui se trouve en Bosnie-

7 Herzégovine dans la municipalité d'Olovo; est-ce bien exact ?

8 R. Oui.

9 Q. Est-il exact que vous avez épousé Mehmed Likic --

10 R. Oui.

11 Q. -- en 1975 et que vous viviez avec lui à Stupni Do ?

12 R. Oui. Oui.

13 Q. Bien.

14 R. Oui.

15 Q. Votre mari était maçon, n'est-ce pas ?

16 R. Oui.

17 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, pouvons-nous passer à

18 huis clos partiel pour un petit nombre de questions que j'ai à poser au

19 témoin ?

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur le Greffier.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

22 le Président.

23 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 M. SCOTT : [interprétation]

7 Q. Encore quelques questions de contexte. En 1993, vous-même et votre

8 famille, vous habitiez à Stupni Do, municipalité de Vares, n'est-ce pas ?

9 R. Oui.

10 Q. Dans la partie du village qui comportait six maisons, ce quartier du

11 village, est-ce que vous pouvez en dire un peu plus à son sujet aux Juges ?

12 R. A Perica Do.

13 Q. De manière générale, parce que ceci peut -- pourra revenir tout au long

14 de votre déposition, je voudrais savoir si votre mari, à ce moment-là ou à

15 un moment quelconque en 1993 -- si votre mari n'a jamais été membre de la

16 Défense territoriale de l'ABiH ou d'une autre organisation armée ou une

17 autre force armée ?

18 R. Non.

19 Q. Est-il exact, Madame, que Stupni Do en 1993 comptait quelque 60

20 maisons, sans compter les granges ou les étables ?

21 R. Oui, c'est cela.

22 Q. Au début des années 1990, est-ce qu'un certain nombre de maisons du

23 village avaient été occupées par des Serbes ou par dans familles serbes ?

24 R. Il y avait des familles serbes qui résidaient dans une dizaine de

25 maisons.

26 Q. Est-ce qu'à un moment donné au début des années 1990, ces familles

27 serbes ont quitté le village ?

28 R. Les Serbes sont partis du village en 1992.

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1 Q. Pouvez-vous décrire rapidement aux Juges dans quelles circonstances les

2 Serbes ont quitté le village ? Comment cela se fait, comment cela s'est

3 produit ?

4 R. Les Serbes ont quitté le village parce que le HVO est venu, les a

5 désarmés et ils sont partis en 1992.

6 Q. Pouvez-vous nous dire s'il y avait des familles croates ou des Croates

7 qui vivaient au village de Stupni Do en 1993 ?

8 R. Non.

9 Q. Est-ce qu'il y avait une dénommée Ana Likic, c'était son nom de femme

10 mariée qui habitait au village ?

11 R. Oui, oui. Il n'y avait qu'une seule Ana Likic.

12 Q. Elle était Croate; quel était son nom de jeune fille, s'il vous plaît ?

13 R. Mrljic, Ana Mrljic et elle s'est mariée Likic.

14 Q. Est-ce qu'elle était mariée à un Musulman du village qui s'appelait

15 Alija Likic ?

16 R. Oui, c'est cela.

17 Q. Est-il exact, Madame, que toutes les autres personnes, qui habitaient à

18 Stupni Do en 1993, à l'exception d'Ana Likic, tout le monde était

19 musulman ?

20 R. Oui, exact.

21 Q. Pouvez-vous dire aux Juges de la Chambre si vous vous souvenez d'une

22 période en juin 1993, au cours de laquelle un certain nombre de Croates

23 sont arrivés dans la municipalité ou dans la zone de Vares en provenance de

24 Kakanj ?

25 R. Oui. Il est venu des réfugiés à eux, ils étaient nombreux à venir à

26 Vares. Je ne sais pas vous donner des chiffres mais il y avait beaucoup de

27 réfugiés dans Vares, des gens originaires de Kakanj.

28 Q. Pouvez-vous dire aux Juges si l'arrivée et la présence des Croates de

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1 Kakanj a amélioré les relations entre les Croates et les Musulmans locaux,

2 de l'endroit plutôt, ou les a envenimées, ou est-ce que les choses sont

3 restées en l'état ?

4 R. Cela s'est détérioré. On a senti une détérioration.

5 Q. Pouvez-vous expliquer aux Juges comment vous avez vu cela se manifester

6 dans les comportements que vous auriez pu observer, les propos qui étaient

7 tenus ?

8 R. J'étais une femme au foyer. J'avais deux vaches. Je produisais du

9 beurre, du fromage, du lait. Je portais cela au marché, tous les samedis.

10 On pouvait voir de façon nette, de quelle façon ils provoquaient nos

11 femmes. Ils commençaient à leur barrer le chemin, à les injurier, on a

12 commencé à sentir des appréhensions.

13 Q. Pour que les choses soient bien claires, quand vous dites que vous êtes

14 allée en ville, vous parlez de la ville de Vares ?

15 R. A Vares, c'est à deux kilomètres à peine de mon village. C'est près de

16 chez moi. Deux kilomètres et 700 mètres, exactement.

17 Q. Très bien. J'aimerais que nous parlions d'une période, une période

18 proche de celle de l'arrivée des Croates de Kakanj. Est-ce qu'il y a eu un

19 ultimatum qui avait été lancé aux Musulmans du village de Stupni Do en juin

20 1993 ?

21 R. Oui.

22 Q. Pouvez-vous en parler aux Juges de la Chambre ?

23 R. On nous a présenté un ultimatum sept jours plus tôt, je ne me souviens

24 pas de la date exacte. Il s'agissait de restituer les armes. Donc, on a

25 fait l'objet d'un ultimatum.

26 Q. Vous souvenez-vous comment vous avez eu connaissance de cet ultimatum ?

27 R. Je me souviens que Husnija Mahmutovic était président de la communauté

28 locale. Il a informé les villageois de cet ultimatum à notre égard. Comme

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1 mon mari était à la réunion là-bas, il a appris qu'il y avait un ultimatum

2 de prononcer à notre égard.

3 L'INTERPRÈTE : Les interprètes seraient gré au témoin de parler plus haut

4 ou de se rapprocher du micro.

5 M. SCOTT : [interprétation]

6 Q. Vous et votre famille, avez-vous fait quoi que ce soit en réponse à

7 votre ultimatum ?

8 R. Oui. Mon mari avait un défaut cardiaque depuis qu'il était petit. Il

9 n'a pas fait partie de quelle que armée que ce soit. Il avait peur pour sa

10 fille et ses enfants. Il a essayé de nous faire passer vers Strijezovo,

11 vers la maison de sa sur. Les gens ont quitté le village à cause de

12 l'ultimatum.

13 Q. Pouvez-vous dire aux Juges du mieux que vous pouvez le pourcentage ou

14 le nombre de personnes de Stupni Do qui sont partis du village, à peu près

15 à cette époque ?

16 R. 80 % peut-être même plus.

17 Q. Est-ce que cela incluait des hommes, femmes et enfants ou pas ?

18 R. Des personnes âgées, des femmes, des enfants, tous.

19 Q. Comment les habitants du village sont-ils partis du village, par quel

20 moyen ?

21 R. Ils ont quitté le village en passant par la forêt. Ils ne pouvaient pas

22 sortir sans laissez-passer, donc, ils sont passés par les forêts; pouvez-

23 vous développer un petit peu plus ? Vous avez mentionné plusieurs choses.

24 Vous avez dit qu'il fallait avoir un laissez-passer --

25 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Monsieur Scott, puis-je demander une

26 précision ?

27 M. SCOTT : [interprétation] Tout à fait.

28 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Vous avez dit que tout le monde

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1 était parti du village, vous avez donné l'exemple des femmes âgées, des

2 femmes, et des enfants. Vous n'avez pas donné l'exemple des hommes d'âge

3 moyen, par exemple, des hommes entre de 20 à 50, 60 ans. Est-ce qu'ils sont

4 partis aussi, ou est-ce qu'ils sont restés ?

5 LE TÉMOIN : [interprétation] Non. Les hommes sont restés, et quelques

6 femmes, cinq femmes sont restées, donc, moi, pour faire la traite des

7 vaches, pour traire les vaches, pour faire ce genre de chose.

8 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci.

9 M. SCOTT : [interprétation]

10 Q. Au fur et à mesure de l'évolution de la situation que vous nous

11 décrivez, est-ce que vous avez eu connaissance d'une réunion avec M.

12 Husnija Mahmutovic et un Croix-Rouge de Vares ?

13 R. Oui, parce que lui habitait juste en face de ma maison, le dénommé

14 Husnija.

15 Q. Qu'avez-vous appris au sujet de cette réunion, et qui a participé ?

16 R. Il est venu un certain M. Pipe, et il a confié Husnija Mahmutovic à une

17 réunion à Vares, ainsi que Himzo Likic. Comme nous, femmes, avions peur -

18 nous n'étions que cinq dans le village - on a pris peur. On ne les a pas --

19 on n'a pas voulu le laisser partir, alors, ils ont dit : "Il vaut mieux que

20 nous y allions, nous, plutôt que vous toutes." Ils sont partis à Vares à

21 cette réunion.

22 Q. Afin que les choses soient bien claires, vous parlez de

23 M. Mahmutovic. C'est le président du village, ce monsieur, n'est-ce pas ?

24 Bien, c'était le président du village.

25 R. Oui.

26 Q. Est-ce que c'est ce qui explique sa participation à cette réunion, à

27 votre connaissance ?

28 R. C'est lui qui communiquait avec ces gens-là, au niveau des communautés

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1 locales, j'imagine que ce Pipe était la personne qui était son

2 interlocuteur pour autant que j'ai pu l'apprendre.

3 Q. L'autre membre du village dont vous avez donné le nom, Himzo Likic,

4 est-ce qu'il avait des fonctions particulières au village qui explique

5 qu'il ait participé à tout cela ?

6 R. Je ne sais pas s'il l'accompagnait. Je ne savais pas s'il avait une

7 fonction. Je n'en sais rien.

8 Q. Est-ce que je vous ai bien comprise est-ce que vous avez dit que M.

9 Mahmutovic et M. Likic sont allés à Vares -- sont descendus à Vares pour

10 rencontrer les représentants -- les dirigeants du HVO à cet endroit ?

11 R. Oui.

12 Q. Pouvez-vous dire aux Juges si MM. Mahmutovic et Likic sont revenus au

13 village plus tard cet après-midi-là avec quelqu'un

14 d'autre ?

15 R. Ils sont venus dans l'après-midi avec un certain

16 M. Pejcinovic et quelques soldats de Vares. Je ne sais pas si c'étaient des

17 policiers ou des soldats. Je n'ai aucune idée en ce qui concerne la

18 distinction entre les soldats et les policiers. J'étais une femme au foyer.

19 Je n'y ai même pas pensé.

20 Ils sont arrivés au village, et ils sont allés voir Sevko Likic. Ils sont

21 restés là-bas pendant un moment, nous avons attendu voir ce qui allait se

22 passer. Nous attendions voir. Ils nous ont demandé pourquoi tout était si

23 silencieux. Nous lui avions dit que la plupart d'habitants -- des habitants

24 sont partis, que nous avions peur de ce qui pourrait nous arriver. Il nous

25 a donné des garanties. Il nous a dit qu'il fallait revenir au village, que

26 rien n'allait nous arriver, que nous étions en sécurité dans notre village.

27 Alors, cela nous a vraiment fait plaisir. Nous étions enchantés d'entendre

28 ses paroles, et effectivement, 15 jours plus tard, tous les habitants, 100

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1 % de population du village était de retour.

2 Q. Fort bien. Nous avançons dans le temps, plus tard au cours de l'été,

3 alors que l'été se développait -- progressait, est-ce qu'il y a des hommes

4 musulmans de Stupni Do, qui ont été arrêtés, interpellés, détenus par les

5 autorités locales ?

6 R. Oui. Les nôtres -- dès que les gens de notre village allait en ville

7 faire quelque chose, on les arrêtait. On les détenait, on les interrogeait,

8 on les laissait partir. Mufid Likic a été arrêté dans un café, et il a été

9 relâché deux jours plus tard; au lieu de deux jours, il est revenu. Je ne

10 sais pas s'il a fui ou s'il a été relâché, mais il est venu avec des traces

11 de coup. C'était notre voisin, donc, on est allé le voir, on lui a rendu

12 visite. Son visage était noir. Il avait des traces de coup partout sur la

13 poitrine, sur son visage. Il est arrivé toutes sortes de choses aux gens de

14 notre village.

15 Q. Est-ce que vous vous souvenez de ce qui serait passé pour un certain

16 Rifet ?

17 R. Oui. Rifet est un ami de mon beau-frère. C'était un jeune homme de 25

18 ans, qui était invalide. Il avait subi quelques -- plusieurs opérations

19 chirurgicales. Lui, on l'a interpellé, on l'a interrogé, un peu plus tard,

20 on l'a relâché.

21 Q. Il y a un instant, vous avez parlé d'un certain Mufid Likic qui avait

22 été arrêté et frappé; est-ce que vous vous souvenez de la période au cours

23 de quel mois ceci s'est-il passé en 1993 ?

24 R. Je ne suis pas sûre. Juillet, août, peut-être. Par là. Je ne sais pas.

25 Je n'ai jamais pensé aux dates. Je n'ai jamais imaginé que j'allais

26 témoigner quelque part -- qu'on allait quelque part chercher à établir la

27 vérité, qu'on allait me poser des questions.

28 Q. Je vais vous demander ceci : au cours du mois de septembre 1993, est-ce

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1 qu'il y a un point de contrôle qui a été érigé sur une des routes allant de

2 Vares-Majdan à Stupni Do ?

3 R. Oui.

4 Q. Est-ce que vous est arrivée de franchir ce point de contrôle ?

5 R. Oui. Chaque samedi et puis à chaque fois où j'allais voir le médecin je

6 devais passer par là.

7 M. SCOTT : [interprétation] Est-ce que vous avez entendu les interprètes de

8 la cabine anglaise qui vous demandent de vous rapprocher des micros. Ils

9 vous en remercient à l'avance.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Mme l'Huissière, allez rapprocher les micros au

11 témoin.

12 M. SCOTT : [interprétation] Merci, Madame l'Huissière.

13 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci à vous, aussi.

14 M. SCOTT : [interprétation]

15 Q. Vous dites que tous les samedis vous alliez régulièrement chez le

16 médecin et que vous franchissiez ce point de contrôle. Savez-vous qui

17 tenait ce point de contrôle, qui le faisait fonctionner ?

18 R. C'étaient des soldats de Vares, membres du HVO de Vares. Je ne

19 connaissais personne parmi ces gens-là, je ne les connaissais pas par leurs

20 noms. C'étaient des gens plus jeunes. Alors que j'étais paysanne, je

21 travaillais beaucoup chez moi et je ne faisais pas très attention à ces

22 jeunes gens.

23 Q. Est-ce que vous avez compris pourquoi on avait placé et fait

24 fonctionner un poste de contrôle entre Vares et Stupni Do à l'époque ?

25 R. Non. Je ne le savais pas. J'ai appris par la suite qu'ils avaient

26 arrêté ma fille là-bas et qu'on avait confisqué la nourriture, des vivres

27 qu'elle avait achetés pour moi.

28 Q. Fort bien. Avançons, si vous le voulez bien, pour passer au mois

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1 d'octobre 1993. Pourriez-vous dire aux Juges ce que vous savez à propos de

2 l'arrestation de six hommes du village, ceci en octobre 1993 ?

3 R. Oui. Je ne savais pas où se trouvait ces hommes, comment et où on les

4 avait arrêtés, par exemple, Himzo Likic, c'est le frère de mon mari. Alors,

5 ils ont été arrêtés. Je ne sais pas comment mon mari a appris cela. Il m'a

6 tout simplement dit que ces gens-là avaient été arrêtés et qu'il avait très

7 peur, qu'il ne savait pas ce qu'il allait se passer. Il se demandait

8 pourquoi on arrêtait les gens. Alors, il a essayé de passer par un petit

9 chemin à côté du bout de gainier parce que c'était un chemin qui n'était

10 pas encore bloqué, mais cela a duré que pendant un moment après ce chemin-

11 là a été également bloqué.

12 Q. Est-ce que vous vous souvenez du nom des hommes qui ont été arrêtés ce

13 jour-là ?

14 R. Oui. Esref Likic, Rasid Likic, Mufid Likic, Jakub Likic, Himzo Likic et

15 Ahmed Likic.

16 Q. Est-ce que c'étaient tous des hommes musulmans du village de Stupni

17 Do ?

18 R. Oui, tous des Musulmans et des parents. Il y avait des frères, des

19 cousins parmi ces hommes.

20 Q. Est-il exact de dire, Madame, que votre mari est allé rendre visite à

21 ces hommes et a vu qu'ils étaient en détention à Vares ?

22 R. Oui. Il travaillait encore dans une entreprise de mine, et comme il

23 était handicapé, il travaillait dans une sorte de salle d'eau dans cette

24 entreprise. Alors, il est allé leur rendre visite, et après la visite, il a

25 dit qu'il était très déçu, et il pleurait. Il était très, très préoccupé.

26 Q. Je reviens là-dessus. Est-ce que c'est votre mari ou quelqu'un d'autre

27 qui vous a dit où ces hommes étaient en détention à Vares ?

28 R. Mon mari m'a dit qu'à proximité du bâtiment de la municipalité, dans

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1 l'école secondaire, il y avait une salle où on les a gardés puis ensuite on

2 les avait transférés vers Vares-Majdan avant l'attaque contre Stupni Do.

3 Ils ont été gardés dans une prison de l'époque de la Deuxième Guerre

4 mondiale.

5 Q. Me permettrez-vous de revenir à certains de vos dires. Vous avez dit il

6 y a un instant et ceci vous concerne parce que cela voulait dire avez-vous

7 dit qu'après cela on ne pourrait plus partir du village. Qu'est-ce que vous

8 vouliez dire ? Pourquoi avez-vous eu ce sentiment après ce qui s'était

9 passé ?

10 R. Parce que c'était -- il n'y avait que ce seul chemin qui traversait la

11 forêt que nous pouvions encore utiliser, à cette époque-là, et qu'ensuite,

12 même ce chemin-là a été bloqué. On ne pouvait plus quitter le village.

13 Q. Soyons clairs, quand vous dites "on" ou "ils". Vous parlez de qui ?

14 Peut-être le faire préciser pour le compte rendu d'audience.

15 R. Des Unités du HVO.

16 Q. Fort bien. Puisque nous sommes en train de parler de ces hommes qui ont

17 été placés en détention dans la ville de Vares, là, nous avançons un peu

18 vite, mais autant en parler maintenant. Pourriez-vous dire aux Juges si

19 vous avez appris que certains des hommes détenus à Vares, au cours de

20 l'attaque de Stupni Do, ont été emmenés à un endroit d'où il était possible

21 de voir ? Ne serait-ce qu'en partie ce qui se passait ?

22 R. Oui. Quelques-uns ont été conduits à un endroit, ceux qui étaient

23 mobiles. Mais il y en avait également qui étaient immobilisés, qui étaient

24 invalides. Un ami de mon mari, qui était de Vares-Majdan, car je suis allée

25 moi-même à Vares, il est venu me voir et il m'a demandé si on avait torturé

26 mon mari. Alors, je lui ai dit : "Bien non, ils l'ont tué." Alors, il m'a

27 dit : "Alors, il a eu la chance parce que nous -- on nous a faits -- on

28 nous a conduits à Perun pour observer le village qui était en train de

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1 brûler et puis, d'autres personnes, celles qui ne pouvaient pas se

2 déplacer, elles sont restées dans la prison."

3 Q. Madame, vous avez dit qu'ils avaient emmené certains de ces hommes à un

4 endroit qui s'appelle Perun, P-e-r-u-n; pourriez-vous dire aux Juges où se

5 trouvait cet endroit par rapport au village de Stupni Do ?

6 R. Perun se trouve exactement en direction de notre village. Si on imagine

7 -- si on parle de l'école qui est à Vares-Majdan, et si on regarde depuis

8 cette école en direction de notre village entre les deux, il y a cette --

9 ce mont Perun, et c'est là qu'on les a faits monter pour observer ce qui se

10 passait au village.

11 Q. Ces hommes qu'ont-ils pu voir depuis cet endroit, le Perun, le 23

12 octobre 1993 ? Pourriez-vous le dire aux Juges ?

13 R. Ils ont vu les flammes et la fumée, c'est tout ce qu'ils ont pu voir.

14 Q. Vous avez parlé à un des hommes qui furent emmenés ce jour-là à cet

15 endroit; est-ce exact ?

16 R. Oui.

17 Q. Avant de passer à un autre sujet, je vous demande ceci : est-ce que cet

18 homme vous a indiqué la raison d'après lui pour laquelle ils avaient été

19 emmenés à cet endroit pour regarder ce qui se passait à Stupni Do ?

20 R. Ils les ont conduit là-bas parce que ces hommes musulmans qui se

21 trouvaient en vie ils n'étaient pas membres -- d'armée alors ils les ont

22 conduit là-bas pour leur montrer ce qui se passait et ils leur disaient

23 regardez ce qui se passe avec l'armée d'Alija. Ils les ont torturés. Ils

24 les en avaient abusés. Tout cela afin de les forcer d'entrée dans les rangs

25 du HVO.

26 Q. Revenons aux six hommes du village dont vous venez de parler. Peut-être

27 l'avez-vous déjà dit ? Mais pourriez-vous nous rappeler quand cela s'est

28 passé ? Combien de jours avant l'attaque de Stupni Do à peu près est-ce que

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1 cela s'est passé ?

2 R. A peu près sept, huit jours avant -- huit jours avant.

3 Q. Pourriez-vous dire aux Juges quel fut l'incident sur l'arrestation de

4 ces six hommes -- sur les gens, les Musulmans qui vivaient au village ?

5 R. Ils avaient -- on avait peur. Chaque soir les personnes âgées allaient

6 monter la garde autour de nos maisons afin d'éviter un malheur, mais

7 malheureusement, cela est arrivé un matin très tôt. Donc, nous étions très

8 tendus. Nous étions tout le temps en train d'attendre et de nous demander

9 ce qui allait nous arriver.

10 Q. Madame, vous venez de parler d'une garde ou d'un garde villageois. Une

11 garde villageoise, est-ce qu'il y avait quelque chose qui apportait ce nom

12 qui était organisé à Stupni Do ?

13 R. Oui. Il y avait la garde, c'est ce que j'en sais. S'il y avait autre

14 chose, peut-être je ne sais pas. J'étais femme au foyer et tout ce que j'en

15 savais, c'était d'après les informations que j'avais entendues de mon mari.

16 Q. Est-ce que vous avez une idée approximative de la date à laquelle cette

17 garde villageoise s'est organisée ?

18 R. Après l'arrestation de ces hommes, tout a été organisé. A partir de ce

19 moment-là, on a fait très attention afin de voir s'il y avait quelque

20 chose.

21 Q. Madame, veuillez dire aux Juges combien il y avait d'hommes à peu près

22 dans cette garde villageoise.

23 R. Environ une vingtaine. Je ne suis pas sûre, mais je pense qu'ils

24 étaient environ 20 personnes.

25 Q. Pouvez-vous dire aux Juges, si c'étaient tous des hommes qui habitaient

26 à Stupni Do ?

27 R. Oui.

28 Q. Pour autant que vous ayez des informations utiles, est-ce que vous

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1 savez si ces hommes étaient armés ?

2 R. Non, je ne sais pas. Ils disaient qu'ils avaient un fusil de chasse par

3 ci par là, peut-être quelqu'un, mais je ne sais pas plus.

4 Q. Si vous voulez bien, nous allons parler de la nuit du 22 octobre 1993,

5 du 22 au 23. Est-ce que cette nuit-là, il y a des gens qui sont partis du

6 village, d'après ce que vous savez ?

7 R. Non. Ana Likic a quitté le village, son frère est venu la chercher. Il

8 a amené Ana et son mari, Alija, ailleurs. Elle a dit à sa belle-sur,

9 Serifa Likic, en partant : "Faites attention à vous."

10 Q. Est-il exact de dire que la dame, que vous venez de mentionner, c'est

11 cette personne que vous avez identifiée en début d'après-midi ? Vous avez

12 dit d'elle que c'était la seule Croate vivant à Stupni Do.

13 R. Oui, oui. Je suis sûre de cela.

14 Q. Savez-vous qui est venu pour l'emmener du village, dans la nuit du 22

15 au 23 octobre ?

16 R. Son frère. Je ne sais pas comment il s'appelle. Son frère est venu la

17 chercher et ils sont partis ensemble.

18 Q. Avant de passer au lendemain matin, pourriez-vous dire aux Juges s'il y

19 a d'autres personnes qui ont quitté le village de Stupni Do, à ce moment-

20 là ?

21 R. Oui, quelques jours avant, mais je ne sais pas exactement quand, une

22 femme avait un enfant, son petit-fils ou son petit enfant d'environ quatre

23 à cinq ans d'âge, et je ne sais pas comment ils ont réussi à quitter le

24 village, s'ils avaient des permis, des autorisations ou pas, mais je sais

25 qu'elle est partie avec un petit enfant.

26 Q. Donc, est-il exact de dire, Madame, que mis à part Ana Likic, son mari

27 et cette dame avec sa petite ou son petit enfant, à votre connaissance, ce

28 soir-là, tous les membres -- tous les habitants du village se trouvaient au

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1 village ?

2 R. Oui.

3 Q. Le fait qu'Ana Likic avait quitté le village, est-ce que cette nouvelle

4 s'est répandue dans le village ?

5 R. Oui, elle s'est répandue parce qu'elle a dit à sa belle-sur, Serifa,

6 en partant, de faire attention. Alors, Serifa l'a dit à d'autres

7 villageois. Mon mari l'a appris, alors, il est venu à la maison, il m'a dit

8 : "Nous venons d'un autre étable." Il est revenu à la maison. Il a demandé

9 ce que je faisais. Je lui ai répondu que j'étais en train de préparer à

10 manger. Alors, il m'a dit : "Ecoute, prépare les affaires. Ana Likic est

11 partie du village avec son frère, quelque chose est en train de se

12 préparer." Alors, tout d'un coup, une vague de panique a envahi toutes les

13 maisons de notre village.

14 Q. Pourriez-vous donner davantage de détails aux Juges. Pourquoi est-ce

15 que le départ de cette seule femme et de son mari a eu une pareille

16 incidence, a un tel effet sur le village ?

17 R. Parce qu'elle était la seule Croate dans notre village. C'était une

18 femme formidable. Une femme très belle. Je ne pourrais jamais rien dire

19 contre elle. Son frère est venu la chercher pour la protéger, pour éviter

20 que quelque chose lui arrive. Nous avons tiré la conclusion de cet

21 événement que quelque chose allait arriver à notre village.

22 Q. Mais mis à part cet événement, le départ d'Ana Likic du village, est-ce

23 qu'il y a eu d'autres avertissements, d'autres signes qui montraient qu'il

24 y aurait une attaque du village ce jour-là, le 23 octobre ?

25 R. Non.

26 Q. Parlons, si vous voulez bien, du matin, le 23 octobre; qu'est-ce qui

27 s'est passé ce matin-là ? Pourriez-vous le dire aux Juges ?

28 R. Oui. Le 23 octobre à 8 heures, un projectile est tombé dans notre

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1 village, une grenade. Je n'avais jamais vu quelque chose de tel avant.

2 Alors, j'étais en train de faire le petit déjeuner avec mes enfants, mon

3 mari était en train de dormir parce qu'il était revenu de la garde de nuit.

4 Je suis sortie vite dans la cour pour voir ce qui se passait. Les enfants

5 sont partis réveiller leur père, ma famille. (expurgé)

6 (expurgé)

7 Alors, j'ai ouvert la porte et j'ai entendu des tirs. Nous avions

8 peur, nous ne savions pas quoi faire. J'ai de nouveau sorti et j'ai vu un

9 jeune garçon, Audin Likic, qui gardait les vaches sur le champ, je l'ai vu

10 pleurer. Plus tard, nous avons appris que c'était une sorte de munition

11 spéciale, mais nous ne le savions pas à ce moment-là. Cela explosait dans

12 les mêmes pressions que cela va nous toucher à chaque instant et n'importe

13 où à l'importe quel endroit.

14 Alors, je dis à ce garçon d'entrer dans la maison. Il a sauté par-

15 dessus un petit muret, alors, on est entré tous dans la maison. On a essayé

16 de trouver l'endroit qui nous paraissait le plus sûr. J'étais vraiment

17 désolé pour mon mari parce qu'il n'était pas soldat. J'étais désolée pour

18 lui qui n'a pas eu l'occasion de s'occuper lui-même de nous tous.

19 Alors, nous sommes entrés dans la salle de bain. Les enfants se sont

20 mis à pleurer, à crier, j'essaie de les calmer. Je leur parlais alors que

21 moi-même j'avais très peur, donc, je ne peux pas vraiment vous expliquer

22 maintenant tout ce qui se passait. Mais un instant, je me suis dirigé vers

23 la fenêtre parce que cette maison était sur un monticule, un peu surélevé.

24 Je voulais voir ce qui se passait, mais les carreaux des fenêtres étaient

25 déjà cassés, mais j'ai réussi à voir que les maisons de mon village étaient

26 en train de brûler, déjà. Alors, je leur ai dit que les maisons étaient en

27 feu, mais que je ne savais pas qui les a incendiées, ce qui se passait.

28 Alors, mon mari, il a voulu sortir, alors que je préférais sortir moi-même

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1 parce que j'avais peur que quelque chose lui arrive. Je préférais que cela

2 arrive à moi-même, mais il a quand même réussi à sortir et il est allé voir

3 Amir Likic, notre premier voisin, pour voir ce qu'on devait faire.

4 Alors, il a discuté avec Amir et sa mère Rasida. Il avait aussi leur

5 seul petit fils, Kabir, donc ensemble, ils ont décidé d'aller à l'abri un

6 peu plus loin, mais cela devait se faire un peu plus tard. Nous attendions.

7 Je ne sais pas combien de temps. C'est très difficile de vous expliquer, de

8 vous décrire tout cela maintenant. On ne pourrait même pas enregistrer cela

9 dans un film tous ces événements qui s'enchaînaient là l'un après l'autre.

10 Cette terreur. Tout ce qui nous arrivait.

11 Q. Madame, si vous le pouvez vous allez revenir quelques mots en arrière.

12 A un moment donné d'une fenêtre vous avez vu le village brûlé. Est-ce que

13 vous avez pu reconnaître les maisons de tel ou tel villageois, d'amis, de

14 voisins, de membres de votre famille, des maisons qui étaient en proie aux

15 flammes, à ce moment-là ?

16 R. Oui. J'ai vu que la maison de Nezir Beganovic brûlait, de Serif Likic,

17 de Halid Likic, de Hafo Likic. Puis encore, quelques étables étaient en

18 train de brûler déjà à cet instant-là.

19 Q. Vous avez dit il y a un instant qu'il n'a pas été question d'aller dans

20 un abri. Quel était cet abri, et qu'est-ce qui s'est passé ?

21 R. Il s'agissait d'un abri qui avait été creusé dans la terre près de la

22 forêt et donc c'est ce qu'on appelait c'était à peu près une tranchée. On

23 appelait cela un abri. Cela se trouvait à côté de la forêt. Mais entre

24 l'abri et chez nous, c'était à découvert, nous ne pouvions pas traverser

25 cette surface, cette espace, et nous avons décidé de la maison de

26 Mahmutovic.

27 Q. Quelle était la distance à peu près entre votre maison et celle de M.

28 Mahmutovic ?

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1 R. Une vingtaine de mètres, pas plus.

2 Q. Pourriez-vous dire aux Juges comment s'appelaient les personnes qui

3 sont allées de votre maison à ce moment-là pour aller à la maison de M.

4 Mahmutovic ?

5 R. Oui. Alors, moi-même, mon mari, ma fille, mon fils, puis Audin Likic.

6 Puis, de la maison d'Amir, sont faits à l'immeuble division de parties,

7 donc, de leur partie, sont sortis Amir; son fils, Kabir Likic; et Sida

8 Likic, son vrai nom est Rasida, mais on l'appelait Sida. Nous nous sommes

9 dirigés vers la maison de Husnija Likic. Nous avons traversé en courant.

10 Nous avons traversé la route. D'abord, Amir, mon mari, Nedzad, qui est

11 tombé à un moment. J'ai crié à cet instant-là, mais il s'est levé en disant

12 : "Maman, n'aie pas peur, je vais bien."

13 Puis, j'ai traversé moi-même la route et je me suis rendue compte

14 qu'Adisa et Sida n'était pas là. Audin aussi avait déjà traversé la route.

15 Je commençais à crier : "Traversez, traversez, il vaut mieux être blessés

16 que de rester là-bas. Tout cela c'était à découvert. Ils pouvaient très

17 bien nous voir et nous tirer dessus. C'est ainsi que nous avons réussi à

18 atteindre la maison de Mahmutovic.

19 Q. Lorsque vous êtes arrivée chez M. Mahmutovic, est-ce que vous avez

20 découvert qu'il y avait déjà des gens qui s'y trouvaient, et qui étaient

21 ces personnes ?

22 R. Oui, on y a trouvé Muamera Mahmutovic, la femme de Husnija; et ses deux

23 fils, Fuad et Mahir; puis sa mère, Fatima; son frère, Edin; puis Rifet

24 Likic, Ramiza Likic, et une femme venant de Foca, Halima Kovac; et ses

25 fils, Emir et Samir.

26 Q. Est-ce que vous pourriez dire aux Juges combien de temps

27 approximativement vous avez passé dans la maison de M. Mahmutovic ?

28 R. Je ne peux pas vous le dire exactement. Parfois le temps passait plus

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1 vite. On avait l'impression que le temps passait très vite alors que ce

2 n'était pas le cas. Donc, je ne peux pas vous le dire, peut-être une demi-

3 heure, peut-être une heure, je ne sais pas.

4 Q. Que s'est-il passé ensuite ?

5 R. Après cela, Husnija est arrivé. Husnija Mahmutovic a dit -- il nous a

6 dit qu'ils étaient déjà entrés dans le village, que l'armée du HVO était

7 déjà dans le village. Alors, Amir et mon mari sont sortis voir et sont

8 revenus très vite dans l'abri, dans la maison. Je lui ai demandé ce qui se

9 passait, alors, il m'a dit : Qu'il fallait partir vite parce qu'ils étaient

10 déjà dans le village et qu'ils ne savaient pas ce qui allait se passer."

11 J'étais tellement convaincue que rien n'allait nous arriver que -- et

12 pendant que je discutais avec mon mari, Amir Likic, avec son fils, Kabir,

13 et avec Ramiza Likic, déjà à ce moment-là, ils sont enfuis vers la forêt.

14 Nous nous ne sommes même pas rendus compte. Nous avons vu qu'ils étaient

15 partis. Alors nous, on se dirigeait aussi vers la sortie, vers la porte de

16 sortie, mais à cet instant-là, on a entendu le bruit de pas, de bruit de

17 casse, des injures, des cris, et nous, nous savons où vous êtes. On a

18 insulté ma mère de balijas, notre président Alija, et cetera.

19 Q. Où étiez-vous dans la maison quand cela s'est produit ?

20 R. Dans la cave, dans l'abri --

21 Q. Bien. Vous avez été en mesure d'entendre des bruits de bottes sur le

22 sol au-dessus de vous ?

23 R. Bien sûr. Il y avait la dalle en haut et on a entendu les choses se

24 casser, les coups, enfin on a tout pu entendre, absolument tout.

25 Q. Que s'est-il passé ensuite ?

26 R. Nous sommes retournés vers l'abri et nous étions déjà encerclés. Nous

27 ne pouvions aller nulle part. Nous sommes retournés à l'abri. Il y avait

28 des enfants en bas âge et il y avait des enfants de quatre, cinq ans, et il

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1 fallait les faire taire. Les enfants avaient peur. On se taisait tous dans

2 l'abri, et tout à coup, nous avons entendu une voix de femme qui disait :

3 "Sortez. Ils vous tueront. Ils savent que vous êtes là." C'était Suada

4 Likic qu'ils avaient fait venir avec eux.

5 Alors, de là, à savoir si elle l'a dit pour nous ou si elle a dû le

6 dire, je n'en sais rien. Je ne lui ai pas reproché parce que tout ce qu'on

7 lui a dit de faire elle a bien dû le faire.

8 Q. Que s'est-il passé ensuite ?

9 R. Ensuite, on est sorti. Deux soldats sont venus à la porte. Ils nous ont

10 dit : "Sortez ou on vous jettera des grenades dedans on vous abattra." On

11 est sorti. On s'est tous rendu.

12 Une fois sortis dehors, ils ont commencé à nous séparer, les femmes, les

13 enfants, et les hommes, mais on était tout près un mètre ou deux, les uns

14 des autres, les hommes d'un côté, et nous autres de l'autre. (expurgé)

15 fait un pas de l'avant et un soldat --

16 Q. Je vais vous interrompre un instant, Madame.

17 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, il faut que nous

18 passions à huis clos partiel pour quelques instants.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Pendant quelques instants nous allons être en

20 audience à huis clos, Monsieur le Greffier.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

22 le Président.

23 [Audience à huis clos partiel]

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20 [Audience publique]

21 M. SCOTT : [interprétation]

22 Q. Nous sommes de nouveau en audience publique, Madame. Vous nous avez

23 expliqué que quand vous êtes sortie de cet abri, il y avait tout autour des

24 soldats du HVO. Nous n'avons plus la page correspondante à l'écran, mais

25 vous souvenez d'avoir vu à peu près combien de soldats autour de la maison

26 au moment où vous êtes sortie de l'abri ?

27 R. Beaucoup. J'en ai vu entre 20 et 40. Il y en avait certainement autant.

28 Les soldats étaient nombreux en plus sur la route allant vers Vares et

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1 Majdan, ceux qui ne se sont pas approchés, je n'en connais pas le nombre.

2 C'était la guerre. Il y avait des coups de feu partout. Je n'ai pas pu

3 remarquer -- relever tous les détails. Je n'ai pas plus non plus compté les

4 gens. Je n'ai pas eu le temps. Je n'ai pas osé.

5 Q. Autant que vous vous en souveniez, pouvez-vous dire aux Juges comment

6 ces soldats du HVO étaient habillés ?

7 R. Les soldats du HVO étaient vêtus certains en uniforme de camouflage,

8 d'autres en uniforme noir. On avait déjà pesé que ce n'était même pas le

9 HVO. On s'était dit c'est des Serbes, à moins que cela n'ait été une armée

10 serbe venue des hauteurs. Pourquoi en noir ? Enfin, c'est ainsi qu'ils

11 étaient vêtus ?

12 Certains portaient des rubans blancs sur leurs manches. Je ne savais

13 du tout ce que ces rubans blancs voulaient dire.

14 Q. Où portaient-ils ces rubans blancs sur leur bras, si vous vous en

15 souvenez ?

16 R. Ici, à mi bras. Je ne sais pas pourquoi.

17 Q. Avez-vous vu d'autres symboles, d'autres badges sur les vêtements de

18 ces soldats ?

19 R. Ce qu'on a pu voir c'est sur les uniformes de camouflage, mais il

20 fallait bien prêter attention. C'étaient les insignes du HVO. Pour ce qui

21 est des uniformes noirs, on ne pouvait rien voir dessus.

22 Q. Est-ce que vous avez remarqué d'autres symboles, autres choses sur

23 leurs uniformes ?

24 R. Non, non. Je n'ai rien vu d'autre par contre ils avaient mis du cirage,

25 ils avaient des bandeaux, d'autres avaient des croix autour du cou.

26 Certains avaient des croix en bois, d'autres des croix qui brillaient, puis

27 il y avait des insignes avec une lettre U dessus. Je ne sais pas trop ce

28 que cela pouvait vouloir dire. Ils avaient l'air d'être des cheminots mis à

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1 part les couvre-chefs qui étaient différents.

2 Q. Où sur leurs corps ou sur leurs vêtements pouvait-on voir cette lettre

3 U ?

4 R. Sur leur couvre-chef.

5 Q. Pouvez-vous dire aux Juges si vous avez reconnu certains de ces soldats

6 du HVO comme étant de Vares ?

7 R. Non. Je ne connaissais pas grand monde, je ne connaissais surtout pas

8 les jeunes. J'étais une femme au foyer. J'allais au marché une fois par

9 semaine, j'apportais là-bas du beurre. Enfin, je connaissais des personnes

10 un peu plus âgées ou des femmes plus âgées qui venaient acheter chez moi la

11 crème, le fromage, le lait, le lait caillé. Enfin, je ne connaissais pas

12 beaucoup de gens, mais mon mari a reconnu l'un d'entre eux par son nom et

13 prénom. Il lui a dit : "Pourquoi nous faites-vous cela ? Nous sommes des

14 voisins. Dites-leur que nous ne sommes pas des soldats ?" L'autre l'a

15 frappé : "Ici, il n'y a pas de voisins," a-t-il dit. Ce sont des gens venus

16 d'ailleurs." Je ne connais personne.

17 Q. Pouvez-vous dire aux Juges si vous avez pu à ce moment donné, au moment

18 où vous êtes sortie de l'abri où vous avez vu ces soldats, est-ce que vous

19 avez vu certains -- une certaine partie du village en flamme ?

20 R. Oui. J'ai vu ma maison brûlée, brûlée bien des choses d'ailleurs, mon

21 étable, tout était en train de brûler. Le village était en train de brûler

22 pour autant qu'on pouvait aussi loin qu'on pouvait le voir, tout était en

23 train de brûler.

24 Q. Maintenant, vous avez dit --

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14 [Audience à huis clos partiel]

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27 [Audience publique]

28 M. SCOTT : [interprétation]

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1 Q. Madame, il y a quelques instants, vous nous avez expliqué quand on vous

2 a fait sortir de la maison, quand vous êtes sortie donc c'était la maison

3 de Husnija Mahmutovic, on a entrepris de séparer les hommes des femmes;

4 est-ce bien exact ?

5 R. Oui.

6 Q. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce qui s'est passé à ce

7 moment-là ?

8 R. Certes. Ils ont séparé les hommes d'un côté et nous les femmes, et les

9 enfants, on nous a mis d'un autre côté vers la maison d'Edin Mahmutovic.

10 C'est une petite maison, on a été séparé, mais ce n'était pas loin c'était

11 un mètre ou deux, qu'on se trouvait les uns des autres. On était un peu

12 partout. Je ne sais plus où les uns et les autres se trouvaient.

13 On avait tous peur. On avait tous --

14 Q. Est-ce que le groupe qui se trouvait sur la route qui allait de -- se

15 tenait sur la route entre votre maison est celle de M. Mahmutovic ?

16 R. Non. C'est quand on est sorti de l'abri qu'on nous a posé la question.

17 Alors, on était devant la maison de Husnija face à la maison de Mahmutovic,

18 Fatima. Il y avait juste la maison de Husnija on était devant, c'était la

19 petite maison d'été d'Edin Mahmutovic, à côté.

20 Q. Vous vous teniez là, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Que

21 s'est-il passé alors ?

22 R. Ce qui s'est passé cela s'est passé très vite. Ils nous ont injuriés,

23 ils nous ont demandé de donner l'argent, l'or qu'on avait. On leur a tout

24 donné. On avait donné ce qu'on avait, l'or, l'argent. Il est arrivé jusqu'à

25 Likic, Rifet, il lui a demandé des sous et, lui, pauvre, il n'avait pas

26 d'argent. Il était jeune, c'était la guerre, il n'avait pas d'argent. Il a

27 dit : "Je n'ai pas." L'autre l'a frappé du côté droit. Comme il ne lui a

28 pas bien -- il n'a pas entièrement coupé et l'autre faisait -- était à côté

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1 de nous, il nous faisait face, il a mis ses bras autour de la gorge et le

2 sang giclait entre ses doigts.

3 Q. Excusez-moi de vous interrompre. Il est possible que nous ayons manqué

4 quelque chose que vous avez dit précédemment. Vous dites à l'instant qu'il

5 l'a frappé, mais vous parlez également de sang qui coulait de son cou; que

6 s'est-il passé ?

7 R. Bien entendu, il lui a donné un coup d'en bas vers le haut et j'avais

8 l'impression qu'il était complètement égorgé. Le sang giclait entre ses

9 doigts. Les enfants n'osaient même pas regarder, les enfants avaient fermé

10 les yeux et nous autres, on a dû bien voir ce qui se passait. Rifet s'était

11 plié en deux. Le soldat lui a donné encore un coup avec son fusil dans le

12 dos, l'autre est tombé à terre et il lui a tiré dessus.

13 Q. Je vais vous interrompre, excusez-moi. Il est possible qu'il y ait un

14 problème avec ma question, la traduction, ou simplement qu'il y ait un

15 malentendu entre nous. Je m'excuse, je dois vous interrompre. Vous dites

16 qu'il l'a frappé au niveau de la gorge, au niveau du cou; est-ce qu'il l'a

17 frappé ? Est-ce qu'il avait quelque chose dans la main quand il l'a

18 frappé ?

19 R. Non, il avait un couteau, pas la main -- pas avec la main. Il avait un

20 couteau à la main. Il n'a pas pu faire tout le mouvement circulaire,

21 l'autre s'est déjà pris par la gorge et le sang giclait entre les doigts.

22 Q. Ensuite, que s'est-il passé ?

23 R. Rifet s'est courbé, il se tenait à la gorge, l'autre lui a donné encore

24 un coup de fusil dans le dos, celui-ci est tombé. Quand on va vers Fatima,

25 il y avait une petite pente, il est tombé et il lui a tiré dessus encore.

26 Rifet, une fois de plus, a essayé de se relever, c'était une force de la

27 nature cet homme, je ne sais pas, l'autre s'est rapproché, et a plusieurs

28 reprises, il lui a tiré dans la tête. Cela allait très vite, c'était même

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1 une rafale, je crois. Il s'est approché de mon mari et d'Edin, mon mari --

2 Q. Excusez-moi, je vous interromps encore. Vous dites que ce soldat a tiré

3 sur Rifet; à quelle distance de lui se trouvait-il ? Enfin, à quelle

4 distance le canon de son arme de son fusil se tenait-il -- était-il de M.

5 Likic quand il a ouvert le feu ?

6 R. Un demi-mètre peut-être, pas plus. Tout était près, ils étaient près

7 l'un de l'autre.

8 Q. Vous dites, à un moment donné, que Rifet a essayé de se remettre

9 debout.

10 R. Oui. L'autre lui a tiré des coups de feu dans la tête et Rifet n'a plus

11 bougé, il était mort.

12 Q. Que s'est-il passé ensuite ? Vous allez bien, Madame --

13 R. Ils sont approchés de mon mari, ils lui ont demandé de l'argent, il est

14 sorti son porte-monnaie, il leur a donné ce qu'il avait, je ne sais plus

15 combien il avait d'argent dans son porte-monnaie. Il tenait son

16 portefeuille à la main gauche, et il a donné l'argent de la main droite.

17 Alors, il a donné l'ordre à mon mari et à Edin de se coucher ventre contre

18 terre. Ils étaient tout près, ils étaient allongés là, plutôt, de ce côté-

19 ci.

20 L'INTERPRÈTE : Le témoin montre vers la gauche.

21 M. SCOTT : [interprétation]

22 Q. A quelle distance votre mari se trouvait-il de vous quand il était

23 ainsi étendu sur le sol ?

24 R. Voilà, un mètre et demi à deux. Il a -- et son fusil et il lui a tire

25 entre les épaules, et il en a fait même pour Edin Mahmutovic. Tout cela

26 s'est passé et, en même temps, ils prenaient l'or aux uns. Ils ont tué ces

27 deux-là.

28 Je ne sais plus. Je ne sais plus vous dire comment, dans quel ordre cela

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1 s'est passé.

2 Q. Madame, je sais que tout ceci est très pénible pour vous, mais est-ce

3 que votre mari est mort sur le coup, ou est-ce que vous avez eu encore le

4 temps d'échanger un regard avant qu'il ne décède ?

5 R. Une fois qu'il s'est allongée, il s'est -- qui était à plein en ventre,

6 il a tourné un peu la tête de côté, il m'a regardé. Je le regardais, et à

7 ce moment-là, ils l'ont tué. Ses yeux étaient en train de supplier pour

8 avoir de l'aide, or, il n'y avait guère d'aide.

9 M. SCOTT : [interprétation] Je pense que nous devrions faire une pause,

10 Monsieur le Président.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : On fait une pause de 20 minutes.

12 --- L'audience est suspendue à 15 heures 40.

13 --- L'audience est reprise à 16 heures 03.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui. Monsieur Scott, il a été porté à ma

15 connaissance via la Section des Victimes que le témoin commence à

16 s'inquiéter de la durée. Donc, compte tenu de son état psychologique,

17 j'inviterais les parties à réduire dans la mesure du possible le temps des

18 questions. Merci.

19 M. SCOTT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

20 Q. Madame, vous avez nous dit --

21 R. Merci.

22 Q. Vous avez parlé de l'assassinat de M. Rifet Likic et de votre mari.

23 Est-ce qu'il y avait un gamin qui s'appelait Mahir, qui faisait partie du

24 groupe des personnes rassemblées à l'endroit que vous avez décrit cet

25 après-midi ?

26 R. Oui.

27 Q. Est-ce qu'il lui est arrivé quelque chose, à ce moment-là ?

28 R. L'un de ces soldats voulait lui couper la gorge. Il y avait des gens

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1 couchés par terre et il commençait à sortir le couteau, mais quand il a vu

2 sa mère, quand il a vu qu'elle avait des boucles d'oreille, alors, il a

3 lâché le petit en disant : "Tiens, elle ne nous a pas donné ses boucles

4 d'oreille," et c'est comme cela s'est passé. Alors, il a laissé partir le

5 garçon et elle a donné ses boucles d'oreille à ce soldat.

6 Q. Comment s'appelait cette femme, s'il vous plaît ?

7 R. Muamera Mahmetovic.

8 Q. Pourquoi est-ce que vous avez pris ces boucles d'oreille pour les

9 donner au soldat ?

10 R. J'avais très peur et j'ai déjà vu comment ils avaient égorgé les

11 autres. Je me suis dit qu'ils allaient lui couper les oreilles, peut-être

12 alors je me suis précipitée pour lui enlever les boucles d'oreille et pour

13 les passer au soldat. Je ne sais pas où j'ai trouvé la force pour cela. Je

14 l'ai fait vraiment par instinct, je voulais l'aider.

15 Q. Je pense qu'auparavant, lorsque je vous ai demandé qui se trouvait à

16 l'abri, qui en était sorti, vous avez dit qu'il y avait une dame qui

17 s'appelait Sida Likic. Elle faisait bien partie de ce groupe ?

18 R. Oui. Elle était juste à côté de moi. Il y avait d'abord elle, puis moi,

19 ensuite, il y avait mon fils, Nedzad, qui avait 14 ans à l'époque, mais il

20 était tout petit, il ne donnait pas l'impression d'avoir cet âge-là.

21 Q. Qu'est-il arrivé à Sida Likic ?

22 R. Sida Likic les suppliait de ne pas toucher aux enfants. Elle leur

23 disait : "Mais les enfants ne vous ont rien fait, laissez-les tranquilles."

24 Alors, le soldat lui a donné un coup de pied, ensuite, il l'a poussé sur

25 une souche qu'on utilisait pour couper le bois et puis, il a tiré de son

26 fusil au niveau de ses omoplates. Son fusil touchait quasiment ses

27 omoplates. Elle était -- elle était pliée et elle a pleuré et elle disait :

28 "J'ai mal aux pieds, laissez-moi, s'il vous plaît," mais rien n'y faisait.

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1 Q. Dans le compte rendu d'audience avant de poursuivre, je voudrais

2 signaler une chose. Vous avez dit que Sida Likic avait demandé qu'il ne

3 fasse pas de mal à l'enfant et ils ont dit : "Pourquoi, est-ce que les

4 enfants vous embêtent ?" Est-ce que c'est quelque chose que les soldats ont

5 dit ? Est-ce qu'ils ont dit, eux : "Pourquoi est-ce que les enfants vous

6 embêtent ?" Ou est-ce que c'est Sida Likic qui l'a dit ?

7 R. Non, c'est-elle qui a dit cela au soldat : "Pourquoi vous touchez aux

8 enfants ? Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ?" Donc, elle les a suppliée :

9 "Laissez-les tranquilles, ne les touchez pas, ne nous touchez pas," mais il

10 l'ont tuée, néanmoins.

11 Q. Madame, je vais vous demander de prendre la liasse de documents que

12 vous avez à votre droite en dessous de la boite de kleenex. Oui, ce sont

13 bien les documents. Est-ce que vous pourriez prendre la pièce 9886 ?

14 M. SCOTT : [interprétation] Madame l'Huissière, pourriez-vous placer ce

15 document. Nous avons un exemplaire de plus que nous pouvons placer sur le

16 rétroprojecteur.

17 Q. Madame, dans l'intervalle, je voudrais revenir sur quelque chose pour

18 apporter une précision. Donc, on est en train de trouver ce document.

19 Q. Vous avez déclaré que Sida était pliée sur une souche utilisée pour

20 couper le bois et qu'il a tiré sur elle aux omoplates. C'est peut-être

21 évident. Mais quand vous avez dit qu'il a tiré sur elle, qu'est-ce qui

22 s'est passé précisément ?

23 R. [aucune interprétation]

24 Q. Vous m'avez entendu, Madame ?

25 R. Il a tiré de son fusil. Il l'a tuée. Cela se comprend. Elle était

26 recoquillée là-bas, on lui a tiré dessus et elle est restée sur place dans

27 la même position. Alors, un de mes pieds était au-dessous d'elle et je l'ai

28 vite retiré pour qu'il ne le voie pas. J'avais très peur et puis j'ai eu

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1 peur aussi de la mort. Vous savez, chacun a peur de la mort. J'ai tout

2 simplement vu comment ses muscles se contractaient au moment où elle

3 mourait.

4 Q. Veuillez examiner ce diagramme. Je sais que la plupart des inscriptions

5 sont anglais mais ce ne sera pas là l'objet de ma question. Examinez ce

6 croquis de façon à vous orienter. Pourriez-vous indiquer l'endroit où se

7 trouve votre maison ? Mais je dois dire tout d'abord, est-ce que cette

8 carte montre le village de Stupni Do ?

9 R. Oui.

10 Q. Est-ce que vous y trouvez votre maison ?

11 R. Oui, je peux la trouver. Voilà, elle se trouve ici. Plus bas, c'est la

12 maison de Husnija Mahmutovic. Cela c'est le sous-sol, puis la petite maison

13 d'été d'Edin Mahmutovic, puis la maison de Fatima Mahmutovic.

14 Q. Permettez-moi de vous interrompre, Madame. J'en suis désolé, mais je

15 voudrais que les Juges voient ce que vous indiquez. Je vais vous demander

16 de vous servir de la carte qui se trouve sur l'appareil à votre droite.

17 Mme l'Huissière va vous aider, de cette façon toutes les personnes

18 ici présentes pourront voir ce que vous indiquez.

19 Regardez, s'il vous plaît, et montrez nous où se trouvait votre

20 maison ?

21 R. Ceci est ma maison.

22 Q. Madame, on va vous remettre un marqueur. Pourriez-vous entourer d'un

23 cercle votre maison et y apposez le chiffre 1 ?

24 R. Oui, je vais le faire.

25 [Le témoin s'exécute]

26 Q. Vous avez ensuite dit que vous aviez parcouru une distance d'une

27 vingtaine de mètres pour arriver à la maison de Husnija Mahmutovic.

28 Pourriez-vous nous indiquer la maison de M. Husnija Mahmutovic ?

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1 R. C'est celle-ci la maison de Husnija Mahmutovic. C'est par ici que nous

2 sommes passés pour atteindre sa maison.

3 Q. Je vais vous demander d'entourer d'un cercle cette maison et d'y

4 apposer le chiffre 2.

5 R. [Le témoin s'exécute]

6 Q. Lorsque votre mari et ces autres personnes ont été tués où se

7 trouvaient-ils, pourriez-vous indiquer cet emplacement sur la carte ?

8 R. Nous étions ici à côté de cette petite maison d'été et eux ils étaient

9 juste à côté de nous, là, devant la maison de Husnija. Vous savez, ces deux

10 maisons sont très près l'une de l'autre, peut-être deux à trois mètres

11 entre ces deux maisons.

12 Q. Je vais vous demander d'apposer près de l'endroit que vous venez

13 d'indiquer le chiffre 3 ?

14 R. [Le témoin s'exécute]

15 Q. Dans quelques instants, Madame, nous allons parler de quelque chose

16 dont vous venez peut-être de parler, mais puisque nous avons la carte sous

17 les yeux, je vais vous demander de nous indiquer une fois plus si vous ne

18 l'avez déjà fait, l'endroit où se trouvait cette maison d'été ?

19 R. C'est l'endroit où j'ai marqué le numéro 3. C'est cela la maison d'été

20 d'Edin Mahmutovic et celle qu'on voit à côté c'est la maison de sa mère,

21 Fatima Mahmutovic, celle qui n'est pas marquée.

22 Q. Bien. Je vais demander précisément d'indiquer la maison de Fatima en

23 l'entourant d'un cercle et en y apposant le chiffre 4 ?

24 R. [Le témoin s'exécute]

25 Q. Merci, Madame.

26 M. SCOTT : [interprétation] Pas d'autres questions à propos de ce plan.

27 Monsieur le Président. Si vous avez des questions peut-être que le moment

28 s'y prête bien.

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1 Merci. Nous n'avons plus besoin de ce croquis.

2 Est-ce qu'on pourrait avoir une cote, un numéro IC ?

3 M. LE GREFFIER : [interprétation] Ce sera la pièce IC 507.

4 M. LE JUGE ANTONETTI : Madame, je vous demande de mettre votre signature

5 sur le document.

6 LE TÉMOIN : [Le témoin s'exécute]

7 [interprétation] Par ici, c'est bon.

8 M. SCOTT : [interprétation] Merci beaucoup.

9 Q. Pendant le temps que vous avez passé dans cet endroit que vous avez

10 décrit pendant un certain temps cet après-midi, est-ce que vous avez vu à

11 un moment donné un soldat que vous connaissiez d'où vous avez appris qu'il

12 s'appelait Como ?

13 R. Non. En fait, nous avons entendu quelqu'un l'appeler ainsi. Mais avant

14 que j'ai fait cette déclaration pour le Tribunal, je n'ai pas osé dire des

15 noms, des prénoms, parce que mon frère qui est juriste m'a dit : "Fais

16 attention. Tu dois faire attention à tes enfants. Tu ne sais pas ce qui

17 peut leur arriver, qui peut te faire du mal. Alors, ne mentionne aucun

18 nom." A l'époque où j'ai fait cette déclaration, je n'ai pas mentionné de

19 nom. Alors, j'ai entendu les prénoms seulement Ljubo, ils disaient kum, le

20 témoin de mariage, cela veut dire, cela. Puis quelqu'un parmi ces soldats a

21 dit, à un moment, qu'il ne fallait pas utiliser les prénoms, qu'il ne

22 fallait pas s'appeler par prénoms. Mais je dois vous dire que je ne le

23 connaissais pas, alors, je ne sais pas quel nom correspondant à quelle

24 personne. Puis, plus tard, j'en ai vu à Mackarine [phon], mais je n'ai

25 reconnu personne, et en plus, ils étaient grimés.

26 Q. Vous venez de dire qu'il y avait un certain Como qui s'était mis en

27 colère parce qu'il y avait des gens qui parlaient à voix haute et

28 appelaient les gens par leurs noms. Qu'est-ce qu'il a fait ? Qu'est-ce

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1 qu'il a dit lorsqu'il s'est mis en colère à ce propos ?

2 R. Il s'est mis à hurler et il les a insultés. Il leur a dit que personne

3 ne devait s'appeler par leurs noms et il mentionnait Dieu en nous

4 injuriant, et ensuite, ils ont arrêtés.

5 Q. Avant de passer à autre chose, j'aimerais vous demander ceci. Au cours

6 de cette journée du 23 octobre, à ce moment-là, ou lorsque vous avez pu

7 regarder le village, vous déplacez dans le village; est-ce que vous avez vu

8 des femmes dans le village qui auraient été munies d'armes ?

9 R. Ecoutez, si nous avions eu des armes alors on aurait réussi à nous

10 défendre. D'où est-ce que j'aurais eu une arme ? Si j'avais eu une arme, je

11 me serais battue. Je n'aurais laissé personne s'approcher de cet abri. Je

12 n'aurais jamais vécu ce que j'ai vécu. Je n'ai vu parmi nous avec des

13 armes.

14 Q. Pour que le compte rendu d'audience soit clair, je vous demande ceci :

15 nous avons compris votre réponse, de façon générale, mais je vais être plus

16 précis. Est-ce que vous avez vu des femmes à Stupni Do le 23 octobre, des

17 femmes qui auraient porté des armes et les auraient utilisées ?

18 R. Non. Non.

19 Q. A plusieurs reprises vous avez déclaré, par exemple, lorsque vous aviez

20 ce groupe qui avait été rassemblé, lorsque vous étiez ensemble, vous avez

21 dit que -- ou plutôt, que l'argent et des bijoux vous avaient été

22 confisqués. Est-ce que vous pouvez nous dire si des biens ont été

23 confisqués dans les maisons ?

24 R. Oui. Ils emportaient eux tout ce qui avait un peu de valeur à ces

25 soldats. J'ai vu un soldat sorti de la maison de Husnija, des chaussures de

26 sport de tennis de marque Puma, avec des lacets bleus autour de son cou.

27 Ensuite, il y en a un autre qui a pris le sac à dos qui appartenait à ma

28 sur -- ma fille et il a dit qu'il allait donner cela à sa femme. Puis, le

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1 reste, ils l'ont jeté dans le feu. Il nous restait rien du tout après leur

2 passage.

3 Q. Après que votre mari ait été tué, est-ce que vous avez vu d'autres

4 maisons qu'on aurait incendiées ?

5 R. Oui. Oui, tout ce qui avait autour. Tout était en flammes. Nous pensons

6 qu'il n'avait plus personne en vie, que nous étions les derniers, qui

7 étaient encore en vie là-bas.

8 Q. Pourriez-vous dire aux Juges si, à ce moment-là - et je parle du moment

9 où vous étiez toujours près de l'endroit où votre mari et les autres

10 avaient été tués - pouvez-vous nous dire si, jusqu'à ce moment-là, il y

11 avait des maisons qu'on n'avait pas encore incendiées ?

12 R. Non. Il y avait seulement les maisons appartenant à Husnija et Fatima

13 qui n'étaient pas encore en feu, mais toutes les autres brûlaient et je

14 voyais l'étable en feu, la mienne était en flammes, et il y avait juste

15 donc ces maisons-là qui se trouvaient juste à côté de nous qui n'étaient

16 pas encore incendiées.

17 Q. Est-ce que vous avez entendu des soldats du HVO dire quelque chose à

18 propos de ces maisons ?

19 R. Non, pas vraiment, seulement un soldat qui en nous injuriant et nous

20 insultant a dit : "Qu'allez-vous faire maintenant ? Vous n'avez plus rien,

21 Alija n'est pas là pour vous défendre." Mais à ce moment-là, nous ne

22 savions même pas si nous allions survivre, alors on n'avait plus besoin de

23 rien. C'était un choc terrible pour nous. C'est des traumatismes qui me

24 restent jusqu'aujourd'hui.

25 Q. Est-ce qu'il y a eu quelque chose qui s'est passé, pour ce qui est de

26 la maison de Husnija et de la maison de Fatima ?

27 R. Oui. L'un des soldats a commencé à crier et leur a demandé : "Pourquoi

28 ils n'incendiaient pas les maisons ?" Alors, l'un des soldats a tiré de son

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1 arme à quelque chose et s'est tombé sur le toit de la maison de Husnija et

2 la maison s'est mise à brûler immédiatement, (expurgé)

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6 M. SCOTT : [interprétation] Pouvons-nous passer en l'espace de quelques

7 instants à huis clos partiel, Monsieur le Président ?

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Oui, pendant quelques minutes en audience à huis

9 clos.

10 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

11 le Président.

12 [Audience à huis clos partiel]

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20 [Audience publique]

21 M. SCOTT : [interprétation]

22 Q. Je souhaite que vous vous reportiez à quelque chose que vous avez

23 évoqué à plusieurs reprises déjà aujourd'hui. La maison d'été. Pourriez-

24 vous dire aux Juges ce qui est arrivé eu égard à cette maison ?

25 R. Lorsqu'ils ont tué Rasida Likic, le soldat a commencé à me tirer autour

26 des jambes, à me provoquer. Je n'avais la force de rien faire, j'étais sous

27 le choc, je ne lui ai pas supplié, je n'ai pas pleuré. L'autre avec le

28 Motorola a donné l'ordre on ne tuera plus personne, elle a mérité une

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1 balle, mais on ne lui en donnera pas une. L'autre a demandé, alors, qu'est-

2 ce qu'on en fait ? Le commandant a donné l'ordre qu'il fallait les tuer.

3 L'autre qui avait le Motorola a dit : "Qu'il allait nous faire brûler vif."

4 Les maisons étaient déjà en train de brûler, j'avais peur qu'on me jette

5 vivante dans les flammes parce que j'avais mes deux enfants avec moi.

6 L'autre a dit : "On les fera brûler dans cette petite maison. Il y

7 avait un jeune homme, il faisait peur, il avait les yeux injectés de sang.

8 Il est allé vers cette petite maison où vivait Edin Mahmutovic qui était

9 quelque peu malade, nerveux. Il n'a pas fait de mal à quiconque, mais il

10 avait pris de l'eau de cologne et il l'a bue. J'ai vu que c'était quelque

11 chose de tout à fait impensable. Comment les gens peuvent-ils boire cela,

12 comment peuvent-ils faire une chose pareille. Ils ont tout jeté à même le

13 sol, les affaires, ils nous ont fait nous asseoir dans un coin, nous douze

14 qui étions qui restés.

15 Q. Je vais vous interrompre pendant quelques instants, pardonnez-moi,

16 pourriez-vous nous dire, vous avez parlé de douze personnes, quelles sont

17 les personnes qui ont été placées dans la maison d'été, à ce moment-là ?

18 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, je crois qu'il serait

19 plus sûr d'évoquer ceci à huis clos partiel, ce serait plus rapide

20 également.

21 M. LE JUGE ANTONETTI : Huis clos partiel.

22 M. SCOTT : [interprétation]

23 Q. Pourriez-vous nous donner --

24 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel.

25 [Audience à huis clos partiel]

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8 (expurgé)

9 (expurgé)

10 (expurgé)

11 (expurgé)

12 [Audience publique]

13 M. SCOTT : [interprétation]

14 Q. Encore une fois, est-ce qu'à un moment donné on a mis le feu à la

15 maison d'été ?

16 R. Nous n'avons pas vu le moment où ils ont mis le feu à la maison d'été.

17 On est resté là très calmes enfin très silencieux, terrifiés. Le soldat qui

18 est sorti a fermé à clé et il a essayé d'ouvrir en donnant un coup de pied,

19 mais la porte elle s'est ouverte.

20 Comme j'étais debout, je ne pouvais pas m'asseoir sur le lit, parce

21 que les enfants s'étaient déjà assis les uns à côté des autres, j'étais

22 debout. Cette porte assez basse et j'ai vu derrière des soldats se déplacer

23 et portaient des cadavres vers les flammes. Je n'ai pas vu qui ils

24 portaient mais j'ai vu des cadavres en train d'être traînés. Je suis restée

25 là assise longtemps.

26 Q. Pardonnez-moi, pourriez-vous dire aux Juges de la Chambre, si vous

27 pouvez, dans quelle maison ces soldats plaçaient les corps ?

28 R. La maison de Mahmutovic, Fatima, c'est là qu'ils ont portés les

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1 cadavres. Ils ont fait brûler et moi -- mon fils était à côté de la fenêtre

2 dans la maison d'été et il a dit : "Maman, viens voir tous les soldats se

3 déplaçaient vers le village." Alors, je me suis relevée, j'ai jeté un coup

4 d'il par la fenêtre. Je n'ai vu personne, je n'ai vu qu'un homme en train

5 de courir. J'avais -- je me suis dit mon enfant est devenu fou.

6 On a attendu, tout à coup, les flammes avaient pris la maison et les

7 fenêtres commençaient à voler en éclat, comme -- du fait de la chaleur. Je

8 me suis dit : "Il vaut mieux qu'on sorte plutôt que de brûler, il vaut

9 mieux être tués par balles que de brûler." Tout le monde disait : "Non,"

10 ils pleuraient : "Arrête, maman, il vaut mieux brûler, on a de l'eau on va

11 éteindre les flammes ici." il y avait un robinet, mais j'ai décidé quand

12 même, et Suada Likic avait vu une petite hache sur une étagère, elle a dit,

13 il y a une hache ici. Je me suis levée, j'ai demandé à Fatima Mahmutovic de

14 faire -- d'appuyer sur la poignée pour que cela sorte des gongs et j'ai

15 frappé. Je leur ai dit : "Courrez vers la forêt, ceux qui se font tuer,

16 sont tués, ceux qui sont blessés seront blessés, l'essentiel c'est que

17 certains arrivent jusqu'à la forêt."

18 Je me suis retourné pour voir où étaient les cadavres, j'étais sur le choc,

19 je n'ai rien vu. Je n'ai pas entendu les autres fuir à mes côtés.

20 Lorsque je me suis retournée, lorsque je suis entrée dans cette

21 petite maison, lorsque j'ai franchi le seuil, Fatima était seule. Je lui ai

22 demandé : "Mais pourquoi tu n'es pas partie ?" Elle m'a dit : "Je ne peux

23 pas," parce que son fils aussi était tué. "Moi, je ne peux pas fuir, je ne

24 peux pas m'en aller." Alors, je lui ai dit : "J'avais peur, je peux, moi,"

25 j'ai couru derrière mes enfants pour essayer de les retrouver. Auparavant,

26 j'ai essayé -- j'ai voulu voir si je pouvais sortir les cadavres, mais les

27 femmes avaient rejoint les trois maisons, tout était en train de brûler. La

28 maison de Husnija, de Fatima et d'Edin ce n'était pas des flammes

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1 ordinaires. Je ne sais pas si ce sont les vêtements ou les meubles, on

2 pouvait entendre toute sorte -- sentir toute sorte d'odeur.

3 Q. Parce que nous devons avancer. Je souhaite vous poser cette question.

4 Vous avez regardé un petit peu pour voir si vous pouviez sortir les corps.

5 Est-ce que vous pourriez voir les cadavres à l'intérieur de la maison, à ce

6 moment-là, si vous pouvez les identifier, si c'est possible. Je vous prie

7 de m'excuser de vous poser cette question, si vous pouvez.

8 R. Non, je ne pourrais pas voir parce que les flammes commençaient à

9 passer par la porte. Je ne pouvais pas le percevoir. J'ai vu qu'on les

10 avait porté là-bas. J'ai essayé de regarder par les flammes et de voir s'il

11 y aurait moyen de sortir quelqu'un de ces flammes.

12 Q. Après vous êtes échappé de la maison d'été, avoir décrit ce que vous

13 venez de décrire, à savoir les maisons en flammes, qu'avez-vous fait après

14 cela ?

15 R. Je me suis dirigée vers la forêt. J'y ai retrouvé les enfants et les

16 femmes qui avaient fui vers celle-ci. J'ai retrouvé Amir et Ramiza, ils

17 étaient là-bas, et ils ont demandé : "Où sont les autres," et Fatima, je

18 leur ai dit qu'elle était restée derrière, que je ne savais pas. J'ai dit à

19 l'autre que sa mère était tuée et qu'il n'avait rien à attendre, qu'il

20 n'avait pas lieu d'attendre, qu'il fallait aller dans la forêt et chercher

21 un abri.

22 Le premier soir, on l'a passé seuls. Nous ne savions pas si au village il y

23 avait des survivants, nous ne savions pas ce qui se passait.

24 Q. Combien de temps avez-vous passé dans la forêt avant d'arriver soit à

25 un point de contrôle où quelqu'un est venu vous chercher ? Combien de temps

26 avez-vous passé dans la forêt à peu près ?

27 R. Nous sommes restés dans la forêt jusqu'au 25 au matin. C'était un

28 lundi. Puis, il y a eu des gens qui avaient survécu qui se sont rassemblés

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1 là. Je ne sais pas comment ils ont survécu d'ailleurs.

2 Ils étaient arrivés dans le courant de la nuit et quand il a fait

3 jour on s'est réuni. On a passé là encore une nuit et le lundi 25, on a

4 décidé de se rendre au HVO, parce que nous avions des bébés. Ces bébés

5 n'avaient rien à manger. Les femmes de peur ne pouvaient plus les allaiter.

6 Je ne sais pas s'il y en avait deux ou trois qui avaient eu leur règle,

7 nous n'avions pas de serviette hygiénique. Nous sentions mauvais. De fait,

8 nous ne pouvions plus nous regarder les uns et les autres tellement cela

9 était vilain à voir, et on a décidé d'y aller.

10 Q. Avant de continuer à raconter votre histoire, est-ce que vous pouvez

11 dire aux Juges de la Chambre à la date du 25 octobre environ combien de

12 personnes s'étaient rassemblées, personnes du village, à ce moment-là ?

13 Combien de personnes s'étaient rassemblés dans la forêt ?

14 R. Je ne pourrais pas vous le dire exactement combien, mais une centaine.

15 Peut-être un peu moins de 100. Je ne sais pas exactement. Il y avait des

16 femmes, des enfants, des vieillards.

17 Q. Je vais maintenant vous montrer quelques pièces supplémentaires, et si

18 j'en ai le temps, je vais essayer d'en terminer rapidement et terminer avec

19 votre histoire, mais avant de faire cela je souhaite que vous preniez la

20 liasse de documents que vous avez devant vous, veuillez vous reporter à la

21 pièce 6116, s'il vous plaît. La pièce 6116, et pour les personnes présentes

22 dans le prétoire il s'agit d'un ensemble de neuf photographies.

23 Pourriez-vous dire aux Juges de la Chambre -- en regardant ces

24 photographies hier, pouvez-vous confirmer qu'il s'agit de photographies du

25 village de Stupni Do après l'attaque du 23 octobre 1993 ?

26 R. Oui. Cela c'est Stupni Do. Ce sont les photos de Stupni Do.

27 Q. Bien. Je souhaite vous poser maintenant cette question-ci. Chaque photo

28 comporte un numéro, je vous demande de bien vouloir vous reporter à la

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1 première photographie de cette liasse, c'est le 0035-7812.

2 M. SCOTT : [interprétation] Je crois qu'il serait possible de voir cette

3 photographie sur le système électronique.

4 Q. 7812.

5 R. Oui.

6 Q. En regardant cette photographie, pourriez-vous dire aux Juges de la

7 Chambre s'il s'agit là du reste d'un édifice de quelqu'un que vous

8 connaissiez à l'époque ?

9 R. Il est difficile de reconnaître ceci, mais ce sont des maisons de

10 Stupni Do. Cela doit être la maison d'Arif Likic et de Salih Likic là.

11 Q. Puis-je vous demander de continuer à feuilleter les pièces et vous

12 reportez à la photographie qui comporte le numéro 0035-782.

13 R. Oui.

14 Q. Je vais vous demander de regarder plus particulièrement une maison qui

15 se trouve au centre de la Photographie en quelque sorte, qui a un mûr bleu.

16 Est-ce que vous reconnaissez cette maison ?

17 R. Cette maison au milieu de la photo c'est la maison de Salim Likic.

18 Celle d'en bas c'est Mujo Likic, l'autre c'est Alija Likic, là, c'est

19 Rozovic, Dragica, son étable, et des ruines, là, enfin, tout est -- tout ne

20 constitue qu'un amas.

21 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, en raison du temps à

22 moins que les Juges de la Chambre le souhaitent, je ne vais pas marquer les

23 maisons individuellement. Encore une fois, si la Chambre souhaite que cela

24 soit fait, bien évidemment, cela pourrait être fait, mais cela prendre du

25 temps.

26 Je vous demande de vous reporter maintenant à la photographie comportant le

27 numéro 0035-8464.

28 Je vais demander à Mme l'Huissière de parcourir tous les documents

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1 restants, ce sera peut-être plus facile pour le témoin.

2 Est-ce que vous pouvez retrouver le numéro 0035-8464 ?

3 Q. Est-ce que vous reconnaissez la maison qui se trouve sur cette

4 photographie ?

5 R. Oui. C'est la maison de Mahmutovic, Fatima.

6 M. SCOTT : [interprétation] Si nous pouvons -- pardonnez-moi, Monsieur le

7 Président, si nous pouvons passer à huis clos partiel simplement pour une

8 ou deux questions.

9 M. LE JUGE ANTONETTI : Huis clos partiel.

10 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes actuellement à huis clos

11 partiel.

12 [Audience à huis clos partiel]

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25 [Audience publique]

26 M. SCOTT : [interprétation] Madame l'Huissière, pouvez-vous venir en aide

27 au témoin, et lui demander de prendre la pièce 6314 ?

28 Q. Madame, la pièce 6314 est une série de reports d'autopsie, puis-je vous

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1 demander, s'il vous plaît, de prendre la fin de la liasse et de regarder en

2 langue bosniaque le texte ? Dans la version anglaise cela se trouve à la

3 page 41. Si vous pouvez retrouver le nom de Mehmed Likic, le document qui

4 comporte ce nom. Est-ce que vous y êtes ? Vous y êtes, Madame ?

5 R. Oui.

6 Q. Est-ce qu'il s'agit de l'autopsie d'une personne qui est identifié ici

7 comme étant votre mari, Mehmed Likic ?

8 R. Oui.

9 Q. En regardant ce rapport, Madame, puis-je vous demander s'il est exact

10 que le corps de cette personne était "complètement carbonisé ?"

11 R. Oui.

12 Q. Au moment où vous avez vu votre mari qu'on était en train de tuer,

13 quelque chose que vous nous avez décrit cet après-midi, peut-être que

14 j'enfreins cette porte ouverte, mais pourriez-vous dire aux Juges si son

15 corps à un moment donné a été en proie aux flammes ?

16 R. Je ne pouvais pas arriver jusqu'au corps parce que si je l'avais vu, je

17 l'aurais sorti de là, même mort.

18 Q. Puis-je vous demander de vous reporter quelques pages en arrière et

19 prendre le début de la liasse et de vous reporter à un document semblable

20 qui porte le nom de Rifet Likic, à la page 37 de la traduction anglaise ?

21 L'INTERPRÈTE : précise que le document précédent était, langue bosniaque,

22 la page 41.

23 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui. C'est Rifet Likic, le fils du frère de

24 Mehmed.

25 M. SCOTT : [interprétation]

26 Q. Regardons ce document et la teneur de ce document, on précise que le

27 "corps était carbonisé"; pouvez-vous confirmer cela ?

28 R. Oui. Ils étaient ensemble lorsqu'ils ont brûlé les cadavres étaient

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1 carbonisés. Il y a eu autopsie, mais je ne pense pas qu'ils ont pu faire la

2 différence et savoir qui est qui. Ils ont été enterré l'un à côté de

3 l'autre, et là cela fait peut-être un peu moins mal.

4 M. SCOTT : [interprétation] Monsieur le Président, la pièce 8662, 8660,

5 8663, 8658 sont les certificats de décès de Mehmed Likic, Rifet Likic,

6 Rasida Likic et Edin Mahmutovic. J'espère que ceci n'est pas contesté. Je

7 ne souhaite pas devoir -- montrer ces documents au témoin.

8 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Karnavas.

9 M. KARNAVAS : [interprétation] Au nom des équipes des représentants -- des

10 défenseurs des accusés, il n'y a pas d'objection.

11 M. LE JUGE ANTONETTI : -- ces documents ont déjà été vus hier, Monsieur

12 Scott.

13 M. SCOTT : [interprétation] Merci, Monsieur le Président.

14 Q. Un dernier document donc et j'en aurai terminé avec mes questions.

15 Veuillez prendre le document "8232."

16 Pourriez-vous dire aux Juges de la Chambre ce que représente ce document ?

17 M. LE JUGE ANTONETTI : Il y a une erreur au transcript. Cela doit être

18 8382.

19 M. SCOTT : [interprétation] Vous avez tout à fait raison, Monsieur le

20 Président. Pardonnez-moi.

21 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, c'est exact.

22 M. SCOTT : [interprétation]

23 Q. Que représente ce document, Madame ?

24 R. C'est un plan de ma maison à Stupni Do, ah c'est un procès-verbal

25 concernant la destruction de la maison, 8 mètres sur 4, avec sous-sol

26 composé d'un sous-sol et de -- la maison a été construite en 1991. La

27 taille 9 sur 8 avec des fondations, un sous-sol et un rez-de-chaussée, 4, 4

28 --

Page 16245

1 Q. Je vais simplement, afin de gagner du temps, vous posez cette question

2 : est-ce qu'il s'agit d'un rapport d'inspection qui a été fait en 1994

3 simplement pour confirmer les biens que vous avez perdus vous et votre

4 famille le 23 octobre 1993 ?

5 R. Oui, oui.

6 Q. Pour en terminer donc, Madame, encore une fois, nous n'avons pas le

7 temps de boucler tout ceci dans les détails. Il y a quelques instants vous

8 avez dit qu'en raison des mauvaises conditions dans lesquelles ce groupe se

9 trouvait, il y avait des bébés, des gens qui manquaient de nourriture, vous

10 vous êtes présentés à un poste de contrôle du HVO, les gens avaient froid ?

11 R. Oui. Nous nous sommes rendus au poste de contrôle Pajtov Han, en

12 direction de Strijezovo et de Breza, deux villages. C'est là qu'on est

13 sorti de la forêt. Nous avons décidé de nous rendre. Il n'y avait que ma

14 fille qui ne voulait pas. Elle est restée et une collègue à elle peut-être

15 lui a-t-elle raconté ce qui lui était arrivé, l'autre n'a pas voulu la

16 quitter et elle est restée avec ma fille, ainsi que son père à elle.

17 Nous autres on s'est rendu. Dès qu'on s'est -- donc quand on a fait notre

18 apparition en sortant de la forêt on a vu leur blindé de transports de

19 troupes et leur poste de contrôle -- était tourné c'était un blindé de

20 transports de troupes avec des couleurs de camouflage et il était tourné

21 vers Vares et ils ont tout de suite commencé à tirer vers nous. Ils ont

22 tiré pour nous faire peur. Ils n'ont blessé personne. Nous, on a marché. On

23 a marché jusqu'à arriver au poste de contrôle et une fois arrivé là-bas on

24 a trouvé que trois soldats au poste.

25 Q. Bien. Je vais maintenant devoir vous poser cette question-ci. Plus tard

26 alors que vous avez vu ces soldats et vous vous dirigiez vers ce poste de

27 contrôle, est-il arrivé à un moment où les forces de la FORPRONU, de

28 protection des Nations Unies sont arrivées jusqu'à ce poste de contrôle et

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1 ils sont venus vous prendre ?

2 R. Les véhicules de la FORPRONU ne sont pas arrivés tout de suite. Je ne

3 sais pas combien de temps il s'est passé mais nous avons attendu quand même

4 longtemps. On ne savait pas ce qui devait venir parce qu'on nous avait dit

5 qu'on ne pouvait ni monter, ni descendre. On nous a mis dans une espèce de

6 baraquement et nous on est resté devant sur la route. On a entendu le bruit

7 de véhicules qui arrivaient, le virage était très fort et on a dit ceux qui

8 peuvent se lever, asseyez-vous sur la route et ne les laissez pas passer.

9 Il vaut mieux qu'ils nous écrasent parce qu'on n'a pas d'autres solutions.

10 Les femmes sont sorties avec leurs enfants. Il y avait des gens de

11 blessés -- des personnes blessées. Il y avait des femmes. Il y avait des

12 petites filles. Nous étions tous et toutes là et ils se sont arrêtés.

13 C'étaient deux espèces de camionnettes ou camions de la FORPRONU. Ce

14 n'était pas des blindés de transports de troupes. Ils se sont arrêtés et

15 dès qu'ils se sont arrêtés, un jeune homme. Je ne savais pas que c'était un

16 Suédois, moi, à l'époque. Il est sorti et il nous a demandé : "Si nous

17 étions des femmes de Stupni Do." Les femmes se sont mises à gémir, les

18 enfants se sont mis à pleurer et il a dit : "Parlez lentement. Je ne parle

19 pas beaucoup bosniaque. Je pourrais peut-être vous aider." Alors, les gens

20 se sont -- enfin, se sont un peu calmées. Il s'est approché et il a proposé

21 du lait aux femmes et aux enfants et il a donné un peu de nourriture et

22 j'ai encore dans mes oreilles les voix de ces enfants qui criaient :

23 "Donne-nous du pain, donne-nous du pain."

24 Un soldat qui s'appelait, que les gens, certains -- certaines

25 personnes connaissaient et qui répondait au surnom Cicko. Lui, le Suédois,

26 a dit à Cicko et aux autres soldats du HVO de s'éloigner de nous. Les

27 autres ne voulaient pas, alors l'autre a été tout à fait correct. Il a

28 donné l'ordre à ses soldats de mettre la digball [phon] dans leur cannons

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1 et de les pointer vers eux et il s'est mis à parler avec Cicko. Il a dit :

2 "Avec qui est-ce que je puis négocier pour prendre en charge ses femmes et

3 ses enfants du village de Stupni Do. Est-ce que je peux m'entretenir avec

4 Duznovic et où est-ce que je pourrais trouver Duznovic ?" Cicko lui a dit :

5 "Duznovic n'a rien à voir avec ceci. Vous devez négocier avec Ivica Rajic

6 et Ivica Gavran." C'est ce que j'ai retenu et j'ai dit à mon fils, Nedzad :

7 "Si je meurs, mon fils, retiens bien ces noms." Parce que j'étais fatiguée,

8 j'étais exténuée, je ne pouvais plus marcher et je savais qu'Ivica Rajic

9 c'était quelqu'un qui n'existait pas à Vares. Alors, je me suis demandée,

10 Mais que lui avons-nous fait à cet homme pour qu'il vienne dans le village

11 et faire ce qu'il a fait.

12 Q. Madame, je vais m'arrêter ici : est-ce que la FORPRONU vous a emmenée

13 ce jour-là jusqu'à Breza ?

14 R. Oui, ceux qui ne pouvaient pas marcher, qui avaient du mal à marcher

15 les blessés, les femmes avec des petits enfants sont allés à Breza. Moi-

16 même, je voulais monter dans le camion pour Breza mais il n'y avait plus de

17 place.

18 Alors, un autre groupe de soldats du HVO est arrivé et l'un des

19 soldats, peut-être qu'il me connaissait, il s'est approché de moi et il m'a

20 fait félicitée le départ vers mon peuple. Alors, je ne sais pas où j'étais

21 avant, dans quel peuple j'étais -- parmi quel peuple j'étais avant. Mais,

22 bon. Je suis tombée et puis il m'a dit, il m'a injuriée : "Pars maintenant

23 à la liberté, vers la liberté." Alors, je lui ai dit : "Ecoute, je ne peux

24 pas partir ma fille est ici dans la forêt." Alors, il m'a dit : "Reste ici.

25 Reste ici. Je vais aller avec toi dans la forêt la chercher, t'aider."

26 Peut-être qu'il était de Vares, peut-être c'est pour cela qu'il voulait

27 m'aider, mais je ne pouvais plus marcher. Je ne pouvais pas revenir sur mes

28 pas. Je lui ai dit : "Je vais partir, mais si ma fille vient, alors, ne la

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1 touchez pas. Laissez-la partir aussi, s'il vous plaît." Il me l'a promis.

2 Nous sommes partis. Deux Suédois m'ont aidé à marcher. Ils me

3 soutenaient chacun dans le côté. Une colonne a été formée entre les

4 camions. Je ne savais pas, je ne connaissais pas leurs noms, donc, je ne

5 pouvais pas parler avec eux, ils m'ont conduite à environ à un kilomètre de

6 distance du point de contrôle. Puis d'un coup j'ai entendu quelqu'un dire :

7 "Ferida, Ferida, vient ici. Nous sommes des tiens." Alors, je ne savais pas

8 qui c'était. Peut-être que c'étaient des membres de l'armée. Puis, celui

9 qui savait un peu parler notre langue est arrivé et il s'est adressé à eux

10 et il leur a dit de venir, alors, ils sont venus. Ils étaient deux, et ils

11 m'ont mise sur un brancard et ils m'ont portée jusqu'à Strijezovo. Nedzad

12 est resté -- parti vers Breza et ma fille est restée dans la forêt.

13 Q. Je pense que nous allons devoir nous interrompre là : est-ce que

14 quelques jours plus tard vous avez retrouvé votre fille et votre fils à

15 Breza ?

16 R. Oui. J'ai attendu deux jours. J'étais chez la sur de mon mari. Il y

17 avait des gens qui nous disaient : "Qu'elle avait quitter la forêt." Puis

18 d'autres qui nous disaient que non. Je n'en savais rien, en fait. Puis en

19 ce qui concerne mon fils un des cousins de mon mari est venu me voir et il

20 m'a dit que : "Mon fils était chez lui à Breza, et qu'il ne fallait pas

21 m'inquiéter." Alors, je suis partie à pied vers Breza, ensemble avec deux

22 voisines. Puis -- donc, deux jours après mon arrivée à Strijezovo, nous

23 avons traversé des champs pour arriver à Dabrivine, tout d'un coup nous

24 avons vu une voiture de couleur rouge. (expurgé)

25 (expurgé)

26 (expurgé)

27 M. LE JUGE ANTONETTI : Continuez, Madame.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Un homme est sorti de cette voiture. Un homme

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1 que je ne connaissais pas, mais la femme qui était avec moi l'a reconnu,

2 c'était un de ses cousins, et ils se sont embrassés et elle pleurait. Il

3 lui a demandé : "Pourquoi elle pleurait ? Où sont tes enfants ?" Puis, elle

4 lui a dit : "Ecoute, elle avait deux fils. Ils sont là." Alors, il lui a

5 dit : "Mais ne pleure pas. Regarde cette femme qui est à côté de toi

6 comment elle doit sentir elle ?" (expurgé)

7 (expurgé)

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13 M. LE JUGE ANTONETTI : Bon.

14 Essayez de terminer, Monsieur Scott.

15 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

16 le Président, Messieurs les Juges.

17 [Audience à huis clos partiel]

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3 (expurgé)

4 [Audience publique]

5 M. SCOTT : [interprétation]

6 Q. Merci beaucoup d'être venue déposer à La Haye, ce fut un témoignage

7 très important. Je sais qu'il est très éprouvant pour vous. J'en suis

8 désolé. Mais je pense que toutes les personnes ici présentes vous

9 remercient pour le courage dont vous avez fait preuve dans ce récit. Je

10 vous remercie infiniment, Madame.

11 R. Merci à vous aussi. Vous m'avez permis de venir ici. Je ne suis pas

12 venue ici blâmer quelqu'un et je ne suis pas venue par l'amour pour La Haye

13 ou par l'amour pour les Juges. Je suis venue tout juste pour essayer de

14 contribuer à ce que la vérité soit enfin établie, et pour alléger un peu la

15 terre qui est sur ma mémoire, qu'il sache qu'on parle encore d'eux, qu'on

16 ne les a pas oubliés.

17 M. SCOTT : [interprétation] Merci, Madame.

18 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Madame.

19 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Madame Likic, j'ai une question très

20 simple que je voudrais vous poser juste pour éviter tout risque de

21 confusion. La femme qui s'était trouvée debout à côté de vous et sur qui on

22 a tiré dans le dos, vous avez parlé de cette souche, vous avez dit qu'elle

23 s'appelait Sida. Vous l'avez appelée aussi Rasida, nous avons d'ailleurs un

24 document faisant état de ce nom. Suis-je en droit de penser que Sida c'est

25 le diminutif de Rasida et qu'il s'agit bien d'une seule et même personne ?

26 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui.

27 M. LE JUGE TRECHSEL : Hvala ljepo.

28 LE TÉMOIN : [interprétation] Oui, c'était son surnom, Sida, alors que son

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1 prénom entier est Rasida.

2 M. LE JUGE TRECHSEL : [interprétation] Merci.

3 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, Madame, si on peut continuer avant la pause.

4 Mais peut-être que la Défense aura très peu de questions.

5 Maître Karvanas.

6 M. KARNAVAS : [interprétation] Bonjour, Monsieur le Président. Bonjour,

7 Messieurs les Juges. Pas de questions à poser à ce témoin mais nous tenons

8 à la remercier d'être venue déposer ici à La Haye.

9 Merci beaucoup, Madame.

10 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Maître Karnavas.

11 Maître Murphy.

12 M. MURPHY : [interprétation] Moi, non plus, je n'ai pas de questions,

13 Monsieur le Président.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Merci, Maître Murphy.

15 Maître Pinter.

16 Mme PINTER : [interprétation] Monsieur le Juge, la Défense de

17 l'accusé Praljak a trois questions pour ce témoin, mais nous demandons un

18 huis clos partiel s'il est possible.

19 M. LE JUGE ANTONETTI : Bien. Un huis clos partiel pour les trois

20 questions.

21 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel,

22 Monsieur le Président.

23 [Audience à huis clos partiel]

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5 [Audience publique]

6 M. LE JUGE ANTONETTI : Vous avez la parole.

7 Mme ALABURIC : [interprétation] Monsieur le Juge, Madame, nous n'avons pas

8 de questions pour le témoin. Merci.

9 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci beaucoup d'avoir de la compréhension

10 pour moi.

11 Mme TOMASEGOVIC TOMIC : [interprétation] Merci, nous n'avons pas de

12 questions, non plus.

13 M. IBRISIMOVIC : [interprétation] Nous n'avons pas de questions. Merci.

14 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci.

15 M. LE JUGE ANTONETTI : Je n'ai pas de questions. Y a-t-il une question

16 additionnelle de la part de M. Scott ?

17 M. SCOTT : [interprétation] Très, très brièvement, Monsieur le Président.

18 C'est la question du nom. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'être à

19 huis clos partiel pour mentionner le nom de cette personne.

20 M. LE JUGE ANTONETTI : Il vaut mieux faire un huis clos partiel parce qu'on

21 l'avait fait un premier temps. Alors, on va repasser à huis clos partiel.

22 M. LE GREFFIER : [interprétation] Nous sommes à huis clos partiel, Monsieur

23 le Président.

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21 [Audience publique]

22 M. LE JUGE ANTONETTI : Alors, Madame, en audience publique, je vous

23 remercie au nom de mes collègues d'être venue témoigner à La Haye sur des

24 événements particulièrement éprouvant pour vous. Vous avez toute notre

25 reconnaissance. Je vous souhaite mes meilleurs vux pour votre retour dans

26 votre pays. Je vais demander à --

27 LE TÉMOIN : [interprétation] Merci beaucoup à vous, à la Défense à vous, au

28 Procureur aussi. Merci d'avoir fait attention à moi. Je suis très heureuse

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1 d'avoir pu soutenir et le faire là devant vous. Merci.

2 M. LE JUGE ANTONETTI : Je prie à Mme l'Huissière de bien vouloir vous

3 raccompagner.

4 [Le témoin se retire]

5 M. LE JUGE ANTONETTI : Monsieur Scott, juste avant de terminer, pour la

6 semaine prochaine nous avons un programme. Apparemment, il n'y -- à ma

7 connaissance, il n'y a pas de problème ?

8 M. SCOTT : [interprétation] Non, Monsieur le Président. Non, je ne pense

9 pas que les témoins vont demander des mesures de protection. J'aurai pu y

10 faire une erreur, mais non, pour ce qui est des personnes de la semaine

11 prochaine, vous savez que nous aurons M. van der Weijden qui va revenir

12 pour son contre-interrogatoire, lundi. Je pense qu'ensuite, nous aurons M.

13 Burger et M. Draper, tous deux des officiers de la FORPRONU.

14 M. LE JUGE ANTONETTI : Écoutez, l'audience de ce jour est donc terminée. Je

15 vous invite à revenir en audience prochaine qui débutera lundi à 14 heures

16 15. Je vous remercie.

17 --- L'audience est levée à 17 heures 17 et reprendra le lundi 26 mars 2007,

18 à 14 heures 15.

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