Tribunal Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia

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1 (Lundi 26 août 2002.)

2 (Audience publique.)

3 (L'audience est ouverte à 9 heures 35.)

4 (Questions relatives à la procédure.)

5 M. le Président (interprétation): Bonjour à tous. Je vais demander à la

6 Greffière d'audience de nous donner le numéro de l'affaire.

7 Mme Philpott (interprétation): Affaire IT-97-24-T, le Procureur contre

8 Milomir Stakic.

9 M. le Président (interprétation): Merci. Maintenant, je me tourne vers les

10 participants pour qu'ils se présentent.

11 M. Koumjian (interprétation): Bonjour. Je m'appelle Nicholas Koumjian. Je

12 suis accompagné de Ruth Karper pour défendre les intérêts du Bureau du

13 Procureur.

14 M. le Président (interprétation): Et la défense, Maître Lukic?

15 M. Lukic (interprétation): Bonjour, Monsieur le Président, Messieurs les

16 Juges. Branko Lukic, Me Ostojic, Cirkovic Danilo pour la défense.

17 Monsieur le Président (interprétation): Je vais, après cette longue

18 interruption des audiences, demander au Docteur Stakic ce qu'il en est de

19 sa santé et s'il y a des problèmes au sujet de ses conditions de détention

20 au quartier pénitentiaire.

21 M. Stakic (interprétation): Bonjour, Monsieur le Président, Messieurs les

22 Juges.

23 Actuellement, je suis en bonne santé. Je n'ai aucun grief particulier à

24 soulever s'agissant de mes conditions de détention.

25 M. le Président (interprétation): Merci. Veuillez vous rasseoir.

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1 Vous savez que les mêmes règles continuent à s'appliquer à partir

2 d'aujourd'hui que depuis le début de l'audience du procès; à savoir que

3 vous avez le droit de parler aux Juges lorsque vous le souhaiterez, après

4 avoir contacté le conseil de la défense, les Juges, si vous estimez qu'il

5 est important pour vous d'intervenir. Que ce soit sous la forme prévue par

6 le Règlement, c'est-à-dire en comparaissant en tant que témoin, ou bien en

7 faisant une déclaration. Et ceci, toujours dans le cadre prévu par le

8 Règlement du Tribunal.

9 Ce que je vais dire pour les deux parties, vous avez sans doute constaté

10 que nous avons un laps de temps plus important à notre disposition, à

11 partir de maintenant. Je pense qu'il est fort utile de constater qu'à

12 partir de maintenant, et jusqu'à la fin de la présentation des moyens à

13 charge, nous allons pouvoir commencer les audiences dès le matin et

14 bénéficier également de l'après-midi.

15 Il est possible que, parfois, l'on ait à annuler certaines journées

16 d'audience, mais je pense que le temps suffira pour permettre à

17 l'accusation de finir la présentation de ses moyens.

18 Et s'il n'y a pas d'obstacle inattendu pour l'instant, je pense que le

19 Procureur pourra finir la présentation de ses moyens comme prévu au

20 calendrier, c'est-à-dire au plus tard le jeudi 19 septembre. Si des

21 obstacles quelconques devaient se présenter, je vous demande de nous en

22 parler dès que possible.

23 Et les Juges souhaiteraient demander au Procureur, pendant la fin de la

24 présentation des moyens à charge, de se concentrer sur les choses

25 suivantes.

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1 Premièrement, les questions ayant trait à la responsabilité personnelle de

2 l'accusé, s'agissant des événements qui se sont produits. Nous souhaitons

3 également -et nous en avons déjà parlé-, nous souhaitons également que

4 vous nous expliquiez pourquoi vous avez choisi la période de temps

5 concernée, pourquoi vous avez choisi de commencer à cette date et de finir

6 aux dates que vous nous avez données, s'agissant des événements concernés.

7 Et, à ce sujet, la défense aurait peut-être intérêt à se demander avec

8 beaucoup d'attention s'il conviendrait ou non de faire témoigner le

9 docteur Stakic ou bien, de le faire intervenir sous forme d'une

10 déclaration et ceci, s'agissant de la fin des activités alléguées en 1992.

11 Il appartient bien entendu au Procureur de nous expliquer pourquoi

12 l'accusation a estimé limiter cette affaire dans cette période de temps

13 relativement courte. Il y a une question qui reste en suspens. Après avoir

14 relu tout ce qui a été dit dans ce prétoire depuis avril, il y a une

15 question qui reste en suspens: c'est celle de la mens rea, de l'intention

16 délictueuse, de l'état d'esprit. Et surtout, s'agissant de l'intention

17 délictueuse, de l'intention. Et, à ce sujet, il est indéniable que la

18 charge de la preuve repose sur le Procureur. Et nous devons nous fonder

19 sur un certain nombre de documents à ce sujet. Mais il serait sans doute

20 fort utile que la défense, pendant la présentation des moyens à charge,

21 présente son propre point de vue par le truchement du docteur Stakic, ceci

22 afin de réduire au maximum la durée de l'affaire dans sa totalité, après

23 la fin de la présentation des moyens à charge.

24 Et ce n'est pas par hasard que vous constaterez qu'après, immédiatement

25 après la fin de la présentation des moyens à charge, vous allez avoir un

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1 certain nombre de jours de négociations, de délibérations, ceci afin

2 d'essayer d'affiner l'affaire, de préciser au mieux les faits, la base

3 factuelle de l'affaire pour ce qui est des charges reprochées à l'accusé.

4 C'est absolument essentiel, c'est indispensable, parce qu'il faut se

5 placer dans le contexte d'affaires qui ont été jugées devant ce Tribunal

6 ou dans d'autres tribunaux. Et je pense qu'en pensant à cela, il serait

7 En ce qui me concerne, je pense, il serait véritablement scandaleux que

8 notre affaire, notre procès dure plus d'un an. Donc il est essentiel que

9 tous les participants, ici, s'attachent à rationaliser la présentation de

10 ce procès.

11 Ceci étant dit, je me tourne maintenant vers le Procureur et je lui

12 demande, au cours de la semaine à venir, de travailler en premier lieu

13 avec la présentation des témoins qui viennent de l'étranger. On pourra

14 peut-être entendre des témoins qui habitent ici, qui travaillent ici, mais

15 plus tard.

16 Il y a un certain nombre d'éléments, au cours de cette semaine, qui vont

17 peut-être remettre en cause la continuité de notre procès. J'essaierai de

18 faire de mon mieux, mais je ne peux vous garantir aujourd'hui que je serai

19 en mesure d'être ici tous les jours. Il faudra sans doute peut-être faire

20 appel à l'Article 15bis du Règlement. Mais j'estime qu'il est, en tout

21 cas, absolument essentiel d'entendre les témoins qui sont venus de

22 l'étranger.

23 S'il n'y a pas d'autres questions spéciales que vous souhaitiez soulever,

24 on pourrait peut-être commencer immédiatement avec le témoin suivant.

25 M. Koumjian (interprétation): Avant de faire entrer le témoin, je voudrais

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1 dire que, ce matin, le témoin nous a demandé à pouvoir bénéficier d'un

2 pseudonyme.

3 M. le Président (interprétation): Un pseudonyme. Y a-t-il des objections?

4 M. Lukic (interprétation): Pas d'objection, Monsieur le Président.

5 M. le Président (interprétation): Mais après cette longue pause dans nos

6 audiences, je crois que je peux sans honte demander à Mme la Greffière

7 d'audience quel sera le pseudonyme suivant.

8 Est-ce que nous avons déjà eu un Témoin W? Bien. Donc ce témoin recevra le

9 pseudonyme de "X", et je vais demander à l'huissier de bien vouloir faire

10 entrer le Témoin X.

11 (Audience publique avec mesures de protection.)

12 (Le Témoin X est introduit dans le prétoire.)

13 Bonjour, Témoin X. Etes-vous en mesure de m'entendre dans une langue que

14 vous comprenez?

15 Témoin X (interprétation): Bonjour, Monsieur le Président. Je vous entends

16 dans une langue que je comprends.

17 M. le Président (interprétation): Il faut, d'autre part, que vous

18 compreniez qu'afin d'assurer votre protection nous allons vous appeler

19 "Témoin X"; je ne m'adresserai pas à vous en utilisant votre nom et votre

20 prénom, ceci afin de vous protéger. Vous comprenez bien?

21 Maintenant, je vais vous demander de bien vouloir lire la déclaration

22 solennelle.

23 Témoin X (interprétation): Je déclare solennellement que je dirai la

24 vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

25 M. le Président (interprétation): Témoin X, veuillez vous asseoir.

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1 Je vais demander au Bureau du Procureur de bien vouloir entamer

2 l'interrogatoire principal.

3 (Interrogatoire principal du Témoin X par M. Koumjian.)

4 M. Koumjian (interprétation): Bonjour, Témoin X.

5 Pouvez-vous donner votre année de naissance à la Chambre, s'il vous plaît?

6 Témoin X (interprétation): Je suis né (expurgée).

7 M. Koumjian (interprétation): Je vais demander l'expurgation du mois et du

8 jour.

9 M. le Président (interprétation): Y a-t-il des objections? Non. Bien. Je

10 vais donc demander que le jour et le mois de naissance soient expurgés.

11 M. Koumjian (interprétation): Où êtes-vous né, Témoin X?

12 Témoin X (interprétation): Je suis né dans la municipalité de Prijedor.

13 Question: Où avez-vous grandi?

14 Réponse: J'ai grandi dans le village de Biscani, municipalité de Prijedor.

15 Question: Est-ce à Prijedor que vous avez fait votre scolarité?

16 Réponse: Oui. J'ai suivi les cours de l'école primaire et de l'école

17 secondaire à Prijedor.

18 Question: Quelle est votre appartenance ethnique?

19 Réponse: Je suis musulman.

20 Question: Je souhaite maintenant que nous parlions de 1991. A ce moment-

21 là, où habitiez-vous, au début de l'année 1991?

22 Réponse: Au début de 1991, j'habitais à Biscani. Mais, pendant cette même

23 période, j'ai également passé un certain temps à l'académie de police de

24 Sarajevo.

25 Question: Parlons de Biscani. Est-ce que vous y habitiez avec vos parents?

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1 Réponse: Oui. Oui, je vivais dans la maison où habitaient également mon

2 père, ma mère et ma sur.

3 Question: Vous nous dites avoir fait des séjours à l'académie de police de

4 Sarajevo. Est-ce que vous pouvez nous donner des explications à ce sujet?

5 Réponse: Oui. Il s'agissait d'une école de police. Les cours duraient

6 quatre ans. Moi, je suis allé à Sarajevo en 1991; j'y suis resté jusqu'en

7 avril 1992, au moment où la guerre a commencé. Et lorsque la guerre a

8 éclaté en 1992, j'ai quitté l'école de police et je suis rentré dans ma

9 municipalité, à Prijedor.

10 Question: Et est-ce que, avant avril 1992 vous suiviez déjà une formation

11 pour devenir policier? Est-ce que vous étiez un élève de cette école de

12 police?

13 Il faut que vous répondiez à voix haute et intelligible, parce que l'on

14 n'a pas entendu votre réponse.

15 Réponse: Oui, oui, effectivement, j'étais un élève de cette école de

16 police et ceci, entre 1991 et avril 1992.

17 Question: En avril 1992, au moment du début du conflit en Bosnie, que vous

18 est-il arrivé?

19 Réponse: En avril 1992, je travaillais dans un service ou à l'école de

20 police de Sarajevo à Tarcin. C'est là que je me trouvais lorsque la guerre

21 a commencé, lorsque le conflit a éclaté, lorsqu'on a vu apparaître des

22 barricades à Sarajevo. J'étais là, à cet endroit, dans cette école de

23 police.

24 On nous a dit que l'école allait être fermée et que nous étions libres de

25 faire ce que nous voulions; si nous le souhaitions, nous pouvions rentrer

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1 chez nous.

2 Question: Et qu'avez-vous décidé de faire? Est-ce que vous êtes rentré

3 chez vous?

4 Réponse: Oui, c'est ce que nous avons fait. Et l'ordre a été donné aux

5 fins de fermeture de l'école. Nous sommes rentrés à la maison en Bosnie du

6 nord-ouest. L'école, elle se trouvait en Bosnie centrale à Sarajevo. Nous

7 sommes partis de notre plein gré, si l'on peut dire, avec les autres

8 élèves de l'école qui connaissaient bien la région; c'est eux qui nous ont

9 servi de guides. Ils nous ont fait traverser les villages et les montagnes

10 environnantes jusqu'à ce que nous arrivions à notre destination.

11 Question: Les élèves de cette école de police avec qui vous faisiez vos

12 études, est-ce qu'ils appartenaient à un groupe ethnique particulier ou à

13 divers groupes ethniques?

14 Réponse: Il y avait des élèves de plusieurs nationalités. Il y avait des

15 élèves serbes, musulmans et croates; c'était un groupe mixte.

16 Question: Est-ce que, en avril 1992, vous êtes donc retourné à Biscani?

17 Réponse: Oui. Oui, je suis retourné à Biscani, mon lieu de naissance.

18 Question: Vous souvenez-vous de quoi que ce soit de particulier au sujet

19 du 30 avril 1992?

20 Réponse: Le 30 avril 1992, les Serbes se sont emparés par la force du

21 poste de police de Prijedor.

22 Question: Est-ce que, après cette prise de contrôle, la situation a changé

23 en quoi que ce soit pour les habitants de Biscani?

24 Réponse: Oui, il y a eu beaucoup de changements. Nous étions isolés, on

25 était coupés du reste du monde, il ne nous était plus possible d'aller en

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1 ville. Nous étions finalement dans une sorte d'enclave.

2 Question: Quel était le métier de votre père?

3 Réponse: Il était menuisier, il travaillait dans le bâtiment aussi.

4 Question: Est-ce que votre père a pu continuer à travailler après la prise

5 de pouvoir?

6 Réponse: Non. Personne: ni mon père, ni aucun des autres Musulmans qui se

7 trouvaient à cet endroit; ils ont tous été renvoyés de leur poste. Ils ne

8 pouvaient pas non plus aller en ville. Des points de contrôle ont été mis

9 en place partout en ville.

10 Question: Est-ce que les habitants de Biscani ont mis en place leurs

11 propres points de contrôle? Est-ce qu'ils ont mis en place des

12 patrouilles, des moyens de défense quelconques?

13 Réponse: Non, pas à ce moment-là, rien de spécial. C'est simplement que,

14 le soir, on sortait et on gardait nos propres maisons pour veiller à ce

15 que rien n'arrive à nos familles respectives. Mais sinon, rien de spécial.

16 Question: Vous souvenez-vous d'un incident qui a eu lieu à Hambarine?

17 Réponse: Oui. Il y a eu un incident à Hambarine, une vingtaine de jours

18 après la prise de la municipalité de Prijedor par les autorités serbes. Il

19 y a eu un incident le 22 mai. A cet endroit, on avait déjà mis en place un

20 point de contrôle. Les gens ont commencé à s'organiser pour assurer leur

21 propre défense; ils surveillaient les routes qui arrivaient au village.

22 Question: Je vais demander à ce que l'on place sur le rétroprojecteur la

23 pièce à conviction S170.

24 (Intervention de l'huissier.)

25 Témoin X, vous avez sous les yeux l'écran avec ce plan, mais vous avez

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1 également à votre droite ce même diagramme. Je vous demande de vous munir

2 du pointeur et de nous indiquer où se trouve ce village de Biscani où vous

3 résidiez.

4 (Le témoin l'indique sur le document.)

5 Réponse: Le village de Biscani, il se trouvait ici exactement. C'est le

6 point bleu qui se trouve sur la carte ici, à l'ouest de Prijedor.

7 Question: Vous indiquez le point bleu qui se trouve au sud de Ravine et à

8 l'est de Mrkjalji; c'est bien exact?

9 Réponse: Oui.

10 Question: Vous nous avez parlé, donc, de Hambarine. Pouvez-vous nous

11 indiquer où ça se trouve sur cette carte?

12 Réponse: Hambarine, ça se trouve plus au sud, au sud de Biscani. C'est

13 indiqué par ce point sur la carte.

14 Question: Est-ce que Hambarine et Biscani se trouvent dans une zone qui

15 est désignée sous le terme de "Brdo"?

16 Réponse: Oui.

17 Question: Pouvez-vous nous indiquer, au moyen du pointeur, les limites de

18 la zone qui s'appelle Brdo pour nous indiquer où cela se trouve?

19 Réponse: Je vais vous demander de suivre le mouvement de mon stylo. Vous

20 avez le sud de Hambarine avec le village de Zecovi; on peut dire que c'est

21 l'extrémité sud de Brdo. Et ensuite, la région monte le long de la rivière

22 Sana, dans la vallée; ça monte jusqu'à Ravine -c'est le point le plus au

23 nord- et ensuite, on redescend jusqu'à Alagici, jusqu'à Zecovi. Ça forme

24 une espèce de cercle.

25 Question: Et si j'ai bien compris, vous nous avez indiqué que Carakovo se

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1 trouvait également dans cette région, dans la partie est de cette région?

2 Réponse: Oui, c'est exact.

3 Question: Où se trouvait le barrage concernant Hambarine?

4 Réponse: Le barrage, il se trouvait sur la route qu'on appelait la route

5 de Ljubija, parce que c'était une route qui allait de Prijedor à Ljubija.

6 C'est là que se trouvait le point de contrôle.

7 Question: Dans quelles circonstances avez-vous entendu parler de

8 l'incident qui a eu lieu à Hambarine?

9 Réponse: Eh bien, ça s'est passé de la manière suivante: le jour où

10 l'incident s'est produit, il y avait des gens à moto qui sont passés très,

11 très vite dans tous les villages environnants, à moto. Ils nous ont dit

12 d'aller nous cacher parce qu'on allait être attaqués suite à l'incident

13 qui venait de se produire.

14 Question: Après cet incident, est-ce que vous avez entendu des annonces

15 quelconques à la radio? Est-ce que les autorités de Prijedor ont fait des

16 annonces quelles qu'elles soient, ont donné des instructions à la radio?

17 Réponse: On a écouté la radio de Prijedor et ils nous ont parlé, à la

18 radio, à nous, à la population. Ils nous ont dit de nous rendre ou plutôt,

19 ils nous ont dit que les gens qui étaient responsables de cet incident

20 devaient se constituer prisonniers; c'est-à-dire Aziz Aliskovic, le

21 président du point de contrôle, il fallait qu'il se constitue prisonnier.

22 Ils ont dit que s'il ne se constituait pas prisonnier, à ce moment-là, il

23 serait attaqué.

24 Question: Est-ce que vous vous souvenez au nom de qui on avait communiqué

25 une telle nouvelle? Est-ce que vous pouvez nous relater de quoi vous vous

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1 souvenez, s'il vous plaît?

2 Réponse: Est-ce que vous pouvez, s'il vous plaît, simplifier la question

3 que vous venez de me poser?

4 Question: Je vais essayer. Est-ce que vous vous souvenez qui avait délivré

5 cet ordre? Cet ordre a été délivré au nom de quelqu'un, à savoir que Aziz

6 Aliskovic devait se rendre?

7 Réponse: Je pense que c'était la cellule de crise. De toute façon,

8 c'étaient les autorités serbes, et c'étaient les autorités serbes qui

9 avaient délivré cet ordre parce que, à cette époque-là, ils avaient le

10 contrôle sur toutes les institutions de caractère vital. Car, quand au

11 mois de mai, le 1er mai, ils ont pris le contrôle sur la police de

12 contrôle, ils ont pris également d'autres établissements tels des

13 communications, la radio, etc.

14 C'étaient les autorités serbes, par conséquent, qui ont délivré cet ordre.

15 Question: Et une fois que cet ordre a été délivré, cet ultimatum,

16 pourrions-nous dire que la zone de Brdo a été attaquée?

17 Réponse: Au cours de cette nuit, il y avait quatre obus qu'ils ont tirés.

18 Les gens ne se sont pas rendus et, probablement, c'est la raison pour

19 laquelle ils ont envoyé les quatre obus sur Hambarine.

20 Question: C'était entre le 22... ou le matin?

21 Réponse: C'était entre le 22 et le 23 mai 1992.

22 Question: Et que s'est-il passé, le 23 mai?

23 Réponse: Le lendemain matin, après le pilonnage, au cours de la journée

24 -c'était vers midi-, la radio de Prijedor avait en permanence diffusé des

25 informations concernant Aziz Aliskovic, puisqu'il fallait qu'il se rende,

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1 ainsi que son groupe, sinon, qu'ils allaient nous pilonner. Le pilonnage a

2 commencé quelques minutes après midi.

3 Question: Et vous-même, où vous êtes-vous trouvé pendant que le pilonnage

4 a eu lieu?

5 Réponse: Moi, j'étais dans ma famille, j'étais chez moi.

6 Question: Et sur la base de la carte que nous avons parcourue tout à

7 l'heure, moi, il me semble que Biscani se trouve au nord, et Brdo et

8 Hambarine dans le sud. Est-ce que Biscani également a été pilonnée?

9 Pourriez-vous nous dire dans quelle direction allait le pilonnage?

10 Réponse: Le pilonnage était notamment intense en direction de Hambarine.

11 Mais vous avez parlé de Brdo. Brdo a été encerclée de tous les côtés avec

12 des villages où habitait le peuple serbe, enfin, les zones qui étaient de

13 nationalité serbe. Le pilonnage était en direction de Hambarine mais, de

14 toute façon, il y avait des obus qui tombaient à Hambarine aussi bien que

15 partout autour dans Rizvanovici, etc.

16 Question: Est-ce qu'il y avait une partie de Brdo qui a été occupée? Est-

17 ce qu'il y avait l'armée qui avait occupé une partie de Brdo au cours de

18 la journée ou au cours de la journée suivante?

19 Réponse: Ce jour-là, l'armée avait pris Hambarine. Etant donné qu'ils

20 arrivaient avec des blindés de Prijedor, avec l'infanterie, ils sont

21 arrivés pour s'emparer de la côte supérieure à Hambarine, parce que c'est

22 la côte la plus élevée. C'est là où ils se sont emparés de l'école et

23 c'est là où ils ont érigé leur point de contrôle. Et toute la population

24 s'est retirée, s'est réfugiée à Biscani et à Rizvanovici et dans les

25 villages environnants.

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1 Question: Maintenant, j'aimerais parler de cette période qui s'est écoulée

2 depuis cette époque-là, depuis donc l'attaque qui a eu lieu à Hambarine et

3 Brdo jusqu'au 20 juillet. Comment la vie s'était-elle déroulée à Biscani?

4 Réponse: La vie a été très difficile, on a été isolés. Mais nous avons

5 quand même cru que rien ne nous arriverait, que les gens allaient pouvoir

6 regagner leurs foyers. Malheureusement, ceci ne s'est pas passé de cette

7 façon-là. On a été isolés, au cours de cette période. On a demandé

8 également qu'on restitue toutes les armes que les gens avaient en leur

9 possession, y compris des fusils de chasse, des pistolets pour lesquels

10 les gens avaient des mandats pour les garder.

11 Et, indépendamment de la nationalité en ex-Yougoslavie, les gens avaient

12 des obligations vis-à-vis de l'armée si, une fois sortis du service

13 militaire, ils avaient des armes et de l'équipement parce qu'ils étaient

14 de réserve. Par conséquent, on avait demandé de restituer les uniformes,

15 l'équipement et les armes. Et on avait rassemblé tout cela dans la

16 communauté locale entre Biscani et Rakovcani et Rizvanovici. Et ce sont

17 toutes les armes et tout l'équipement qu'on avait entreposés dans la

18 caserne.

19 Question: Est-ce que vous-même vous avez eu une arme quelconque?

20 Réponse: Non. Moi, je n'avais pas d'armes.

21 Question: Et pourquoi tous les habitants de Biscani ont été obligés de

22 remettre les armes au lieu de garder cela pour se défendre?

23 Réponse: Nous avons fait confiance à ces gens-là. Nous avons dit que si

24 jamais on restituait les armes, si on le faisait de manière correcte, qu'à

25 ce moment-là ils n'allaient pas nous attaquer. C'est dans ce sens-là. Les

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1 gens avaient peur et se disaient qu'il valait mieux quand même restituer

2 ces armes.

3 Question: Est-ce que vous vous souvenez de l'événement qui a eu lieu le 22

4 juillet 1992?

5 Réponse: Oui, je me souviens très, très bien de cet événement.

6 Question: Est-ce que vous étiez à Biscani à ce moment-là?

7 Réponse: Oui, j'étais pendant tout ce temps à Biscani. J'étais dans ma

8 famille, entouré des membres de ma famille.

9 Question: Vous voulez dire qu'il y avait votre père, votre mère et puis

10 votre sur?

11 Réponse: Oui, effectivement, avec mon père, ma sur et ma mère.

12 Question: Que s'est-il passé ce jour-là, ce matin, en date du 20 juillet?

13 Je parle de Biscani.

14 Réponse: Le 20 juillet, ils ont commencé à nettoyer non seulement Biscani,

15 mais l'ensemble de la zone connue sous le terme de "Brdo".

16 Question: Qu'est-ce que vous avez vu vous-même, qu'est-ce que vous avez

17 vécu? Est-ce que vous pouvez relater aux Juges ce que vous avez vécu ce

18 jour-là?

19 Réponse: Ce matin, très tôt, vers 10 heures plutôt du matin, on avait

20 entendu d'abord les tirs en provenance de Prijedor. Nous avons vu qu'il y

21 avait des maisons qui ont commencé à brûler. Moi, personnellement, je ne

22 m'en rendais pas compte tout à fait, de ce qui se passait et de ce qui

23 allait se passer. Mais nous avons entendu qu'ils allaient perquisitionner

24 ces maisons, c'est ce qu'on nous a dit. Enfin, c'est une information qui

25 nous est parvenue, et que c'était les autorités serbes qui allaient passer

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1 d'une maison à l'autre pour perquisitionner, pour fouiller, pour chercher

2 les armes. Et ceux qui n'avaient pas restitué les armes et ceux qui

3 n'avaient rien à voir avec le SDA, qu'ils n'avaient rien à craindre. Mais,

4 de toute façon, ceux qui étaient membres du SDA, c'étaient les gens qui

5 étaient recherchés le plus.

6 C'est comme cela que nous l'avons compris. Mais, malheureusement, l'armée

7 venait en provenance de Prijedor, et surtout de Tukovi et derrière nous,

8 du côté du dos où il y avait Tukovi.

9 Voilà, c'étaient les villages serbes, Brezicani également. Là-bas, il y

10 avait des Serbes également. Eux, ils tiraient dans notre direction pour

11 qu'on ne puisse pas s'enfuir. Donc, on était en quelque sorte dans un

12 sandwiche et ils circulaient dans le village. Mais nous, on est restés à

13 la maison; on attendait, j'attendais que les soldats viennent à la maison.

14 Et puis, je me suis dit qu'ils allaient nous emmener jusqu'à un stade de

15 foot ou je ne sais pas où. Et c'est comme cela que mon père et moi-même

16 nous étions devant chez nous, devant notre maison, quand les deux soldats

17 sont arrivés devant notre maison. Ils nous ont demandé d'aller du côté de

18 la route, donc de descendre la route qui menait vers Prijedor.

19 Et c'est là où il y avait également un café, il y avait également un point

20 de rassemblement -si je peux dire ainsi-, ce que les soldats de

21 nationalité serbe avaient organisé. C'est là où les gens ont été

22 rassemblés; c'étaient des points qui ont été organisés. Il y en avait

23 plusieurs dans le village, car, plus les soldats avançaient dans le

24 village, plus ils érigeaient des points de rassemblement dans d'autres

25 villages et dans d'autres hameaux. Mais moi, personnellement, je n'ai pas

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1 vu tout ce qui s'est passé, ce qui était dramatique. Moi, je suis resté

2 devant chez moi comme je vous l'ai dit.

3 Je n'ai pas vu du tout ce qui s'est passé.

4 Question: Est-ce que votre sur et votre mère sont parties ensemble avec

5 votre père et vous même?

6 Réponse: Non.

7 Aucune femme n'avait été demandée de quitter les maisons. Elles sont

8 restées pendant un certain temps chez elles à la maison. D'après leur

9 estimation, il n'y avait que des hommes de toute façon. Je pense qu'entre

10 16 ans, 17 ans, jusqu'à l'âge assez avancé, ils faisaient sortir les

11 hommes plutôt, et pas les autres.

12 Question: Avant de passer à ce qui vous est arrivé, vous-même et à votre

13 père, pourriez-vous nous dire si, plus tard, vous avez eu l'occasion de

14 rencontrer votre sur et votre mère?

15 Réponse: Après, nous nous sommes retrouvés dans le camp de Trnopolje.

16 Question: Et est-ce que... Excusez-moi, je vais vous interrompre. Est-ce

17 qu'elles vous ont dit comment elles se sont rendues à Trnopolje?

18 Réponse: Oui. On a discuté un petit peu. On n'a pas eu le temps pour

19 parler véritablement beaucoup parce qu'il y avait un convoi de Trnopolje

20 qui aurait dû partir en direction de Travnik; donc on n'a pas pu parler

21 beaucoup. Mais, de toute façon, on a appris un certain nombre de choses,

22 un certain nombre d'éléments, et on a appris par elles comment elles ont

23 réussi à s'en sortir et survivre.

24 Question: Et comment elles ont survécu? Ce qui leur est arrivé?

25 Réponse: On les a maltraitées à plusieurs reprises, pratiquement tous les

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1 jours. On leur a demandé Les soldats se rendaient à la maison

2 pratiquement tous les jours pour fouiller, chercher l'argent, de l'or, des

3 bijoux, enfin des objets de valeur.

4 On les a maltraitées, notamment ma sur. Ils ont trouvé tout mon

5 équipement de pêche. A l'époque, moi, j'étais amateur de pêche, c'est la

6 raison pour laquelle on l'a maltraitée le plus. Je ne sais pas pour quelle

7 raison d'ailleurs, mais ils ont trouvé cet équipement.

8 Question: Est-ce que votre sur et votre mère sont allées à Trnopolje de

9 leur propre gré ou bien, il y avait quelqu'un qui les avaient emmenées?

10 Réponse: Mais personne n'est parti à Trnopolje de plein gré, mais ce sont

11 les soldats qui leur ont demandé de se rendre dans ce camp. Et puis, il y

12 avait les soldats qui pillaient et qui fouillaient dans les villages.

13 Question: Ces soldats que vous avez vus à Biscani dans la zone de Brdo, en

14 date du 20 juillet, ces hommes en uniforme, est-ce qu'il s'agissait de

15 l'armée, des membres de la police, des unités paramilitaires? Qui étaient

16 ces gens-là?

17 Réponse: Il y avait pratiquement des gens qui appartenaient à des

18 formations différentes. C'étaient des uniformes qu'ils portaient. Il y

19 avait des uniformes de camouflage, des uniformes tout court, des uniformes

20 de policier, il y avait de tout.

21 Question: Et qu'est-ce qui s'est passé avec vous et votre père? En

22 d'autres termes, quelle était votre expérience une fois qu'on vous a

23 emmenés jusqu'à ce point de contrôle, à côté du café dont vous avez parlé

24 tout à l'heure?

25 Réponse: Premièrement, il y avait ce point de rassemblement, je l'ai dit.

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1 Nous nous sommes arrêtés à cet endroit-là dans un premier temps car on

2 avait rassemblé les gens. Cela, c'était la première chose.

3 Question: Et qu'est-ce que vous avez vu? Qu'est-ce que qui vous est arrivé

4 à vous-même?

5 Réponse: Là-bas, j'ai eu l'occasion d'assister à un certain nombre de

6 meurtres. J'ai pu voir également un certain nombre de gens qui ont été

7 passés à tabac, qui ont subi des sévices corporels; il y en a qui ont été

8 tués.

9 Question: Est-ce que vous pouvez relater à la Chambre ce que vous avez vu?

10 Est-ce que vous pouvez nous relater ce dont vous vous souvenez?

11 Réponse: Oui, je me souviens que j'avais vu un homme qui gisait à côté de

12 la route, probablement sans donner signe de vie. Et je me souviens qu'il y

13 avait une colonne qui se tenait debout; moi, j'étais dans cette colonne.

14 Il y avait un soldat qui portait l'uniforme, qui avait fait appel de deux

15 noms, deux hommes qui sont sortis d'une maison. Il les a escortés et il a

16 tiré en leur direction et ces deux hommes ne sont pas retournés dans

17 notre groupe, parce que cela s'est passé derrière la maison.

18 Et puis, ensuite, je me souviens également...

19 Question: Excusez-moi, mais je vais vous arrêter ici. Je vais vous poser

20 une question tout à fait concrète concernant l'incident dont vous venez de

21 parler.

22 Est-ce que vous vous souvenez des noms des personnes qui ont été tuées à

23 cette époque-là et qui ne sont jamais retournées, de ces deux personnes

24 dont vous parlez et qui auraient dû également, par la suite, emporter le

25 corps de cet homme qui gisait et qui ne sont plus jamais retournées?

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1 Réponse: Hamdija Fikic était le premier. Et les deux autres personnes qui

2 ont été appelées, qui étaient dans la colonne était Ifet Mrkalj et Ferid

3 Sabanovic. Donc on leur a ordonné de prendre le corps et ils ne sont plus

4 jamais retournés.

5 Question: Est-ce que, ce jour-là, vous avez vu ces trois hommes, par la

6 suite, ou vous les avez revus?

7 Réponse: Non, plus jamais.

8 Question: Et que s'est-il passé également par la suite? Qu'est-ce que vous

9 avez vu, ensuite?

10 Réponse: Ensuite, j'ai vu qu'on avait demandé une personne qui répondait

11 au nom de Mirhad Mrkalj, qui a été policier avant la guerre, qu'on lui a

12 demandé de sortir de la colonne. C'est quelqu'un qui l'avait reconnu et

13 c'est comme ça qu'il s'est adressé à lui.

14 Il a dit: "Mrkalj, est-ce que tu te souviens quand tu m'avais retiré mon

15 permis de conduire?". Il l'a donc fait sortir de la colonne, il l'a

16 frappé, il l'a passé à tabac devant nous. Et puis, il y avait deux autres

17 soldats qui l'ont rejoint parce qu'il s'agissait de quelqu'un qui était

18 assez corpulent, assez costaud et grand. Donc on l'a frappé, on l'a passé

19 à tabac pendant un certain temps. Et puis, cette personne-là a donc emmené

20 derrière le café Mirhad et Mirhad n'est plus jamais revenu.

21 Quand l'épouse de Mirhad, que j'ai vue à Trnopolje... Elle m'avait raconté

22 qu'elle avait trouvé Mirhad derrière le café, égorgé.

23 Question: Est-ce que vous connaissiez Mirsad Medic?

24 Réponse: Oui, je connaissais Mirsad Medic.

25 Question: Est-ce que vous avez eu l'occasion de voir Mirsad Medic, ce

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1 jour-là?

2 Réponse: Oui, je l'ai vu également. Lui également, on lui a demandé de

3 sortir de la colonne; enfin, c'est le jour de nettoyage. Et il y avait

4 quelqu'un qui était son collègue, avec lequel il travaillait dans une

5 station d'essence, et cette personne répondait au nom de "Zoka", le

6 prénom, mais je ne connais pas le nom de famille. Lui également on l'a

7 sorti, donc, de la colonne et on l'a tué.

8 Ensuite, il y avait Sasa Karagic également; c'est lui également qui a été

9 sorti de la colonne.

10 Question: Et qu'est-ce qui s'est passé avec Sasa Karagic?

11 Réponse: Mais lui aussi, il a été tué.

12 Question: Et pendant combien de temps êtes-vous restés, votre père et

13 vous-même, à côté de ce point de rassemblement et à côté de ce café?

14 Réponse: Je ne peux pas vous le préciser, mais je pense que c'était une

15 bonne heure que nous sommes restés à cet endroit-là.

16 Je vous en prie... Vous vouliez me poser la question?

17 Question: Non, mais c'est beaucoup plus important que vous terminiez ce

18 que vous vouliez dire. Est-ce que vous vouliez ajouter quelque chose?

19 Réponse: Moi, je voulais tout simplement mentionner un autre fait: pendant

20 que j'étais dans la colonne, en attendant -parce qu'on ne savait même pas,

21 d'ailleurs, ce qui allait nous arriver-, j'ai reconnu quelqu'un de

22 Sarajevo qui partageait la même chambre que moi, le lit contre le lit. Il

23 était venu à bord d'un véhicule de police.

24 Il y avait donc la colonne le long de la route et lui, il observait les

25 gens de la colonne. Il s'est arrêté devant moi. Il m'a reconnu, bien

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1 évidemment, parce qu'on a partagé la même chambre. Donc il s'est adressé à

2 moi.

3 (L'interprète ne prononce pas le nom que le témoin vient de prononcer.)

4 Il a dit: "Mais d'où est-ce que tu viens et pourquoi tu es là?". Et nous,

5 on était obligés de garder les mains derrière la nuque.

6 M. Koumjian (interprétation): Excusez-moi un petit moment, parce que je

7 vais demander: si les interprètes ont prononcé le nom du témoin, de

8 l'expurger du procès-verbal. Il s'agit de la ligne 20.

9 (La cabine anglaise avait prononcé le nom du témoin.)

10 C'est la ligne n19... C'est peut-être la ligne 19. Non, c'est la ligne

11 20.

12 M. le Président (interprétation): Est-ce que vous pouvez nous dire la

13 raison?

14 M. Koumjian (interprétation): C'est le nom du témoin qui figure dans le

15 compte rendu.

16 M. le Président (interprétation): D'accord.

17 M. Koumjian (interprétation): Excusez-moi, mais vous avez mentionné un nom

18 et nous allons être obligés de l'expurger du compte rendu; c'est la raison

19 pour laquelle je vous ai interrompu. Nous allons êtres obligés de le faire

20 chaque fois, quand vous vous trompez.

21 Vous avez parlé, par conséquent, de ce policier que vous connaissiez de

22 l'académie de police, qui avait partagé la même chambre que vous et qui

23 s'est arrêté devant vous. Que s'est-il passé?

24 Témoin X (interprétation): Eh bien, il m'avait reconnu. Il m'a dit qu'il

25 fallait que je reste dans la colonne et que, lui, il allait revenir et

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1 qu'il allait faire quelque chose pour me sortir de là, pour me sauver.

2 Mais ensuite, donc, il a poursuivi en direction du village. Je ne sais pas

3 exactement où il s'est s'était arrêté, par la suite.

4 Mais l'homme qui était commandant et chargé de ce point de rassemblement

5 et qui était en uniforme, qui portait un uniforme vert olive et qui avait

6 un casque sur la tête et qui avait des lunettes et des gants, qui avait

7 des mitaines et qui avait un fusil-mitrailleur, il m'a appelé, il avait

8 prononcé mon nom.

9 Et il m'avait posé la question, il m'a dit: "Mais d'où est-ce que tu

10 connais Dragan Knezevic?", parce que c'est lui qui avait partagé la

11 chambre avec moi dans cette académie de police. Moi, j'ai dit que nous

12 étions des collègues. Je n'ai pas osé dire que nous étions à l'académie de

13 police.

14 Moi, j'étais parfaitement conscient déjà, à cette époque-là, que les gens

15 qui, à l'époque, étaient dans de tels types d'établissements, qu'ils

16 allaient être exécutés en peu de temps et qu'il ne fallait pas que je

17 dévoile cette information. Donc je lui ai dit que je le connaissais de

18 l'école.

19 Lui, il m'a dit de retourner dans la colonne, c'est ce que j'ai fait.

20 Enfin, de me ranger avec les autres.

21 Question: Et la personne que vous connaissiez de Sarajevo, le policier en

22 question, est-ce que lui également était de Prijedor?

23 Réponse: Il habitait le village Svodna, c'est dans la portion Prijedor-

24 Bosanski-Novi, à une dizaine de kilomètres de Prijedor.

25 Question: Une fois que l'on vous a demandé de rejoindre la colonne,

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1 qu'est-ce qui s'est passé?

2 Réponse: Une fois que je suis retourné à la place que j'avais occupée

3 auparavant, il y avait un bus qui est arrivé; c'était une compagnie de

4 transport de Prijedor à laquelle appartenait ce bus. Et puis, cette même

5 personne qui m'avaient demandé de sortir de la colonne, la personne qui

6 était en uniforme, qui était aussi cagoulée et dont le visage ne pouvait

7 pas être reconnu

8 La colonne était longue, d'une centaine de mètres au moins. Je parle de ce

9 point de rassemblement.

10 Donc il a dit que la moitié de colonne doit se séparer de l'autre moitié.

11 Moi, j'avais un tee-shirt jaune et je me souviens, il a dit: "Jusqu'à

12 celui qui porte le tee-shirt jaune doivent, jusqu'à cet endroit-là,

13 doivent monter dans le bus et les autres restent".

14 Nous sommes donc montés à bord du bus et le bus s'est dirigé dans une

15 direction qu'on ne savait pas. Mais, de toute façon, c'était en direction

16 de Prijedor mais on ne savait pas où exactement on allait nous emmener.

17 Question: Et pendant que vous vous êtes déplacés le long de la route, est-

18 ce que vous avez eu l'occasion de jeter un coup d'il par la fenêtre, de

19 voir ce qui se passait par la route?

20 Réponse: Oui, moi, j'étais sur les sièges arrière du bus. De temps à

21 autre, je regardais par la fenêtre pour voir ce qui s'était passé. J'ai vu

22 des deux côtés de la route des personnes qui gisaient sans signe de vie.

23 Et puis, il y avait le feu qui sortait des maisons. Mais, du côté du

24 chauffeur, il y avait un gardien et l'on n'avait pas osé regarder par la

25 fenêtre parce que l'on nous a demandé de regarder en bas, de baisser la

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1 tête.

2 Question: Et le bus est parti dans quelle direction?

3 Réponse: Le bus s'est dirigé vers Prijedor.

4 Question: Il s'est arrêté où, s'il vous plaît?

5 Réponse: Nous sommes rentrés dans la ville de Prijedor. Et, à côté du

6 poste de police -je ne sais pas pour quelle raison, peut-être pour des

7 raisons techniques, le bus était en panne peut-être, je n'en sais rien-,

8 on nous a demandé de changer de bus qui appartenait d'ailleurs... L'autre

9 appartenait également à la même compagnie de transport, "Autotransport

10 Prijedor".

11 Question: Où est-ce que l'on vous a emmenés par la suite, par ce deuxième

12 bus?

13 Réponse: Le bus a pris la route de Banja Luka et il a pris cette

14 direction. Ensuite, nous nous sommes arrêtés à côté de Keraterm; c'est là

15 où j'ai vu le point de contrôle. J'ai appris qu'il y avait un certain

16 nombre d'hommes qui ont été détenus dans un camp. C'est la première fois

17 d'ailleurs que j'ai vu un camp. J'ai vu des barbelés également autour du

18 camp, et c'est la première fois que j'ai vu les hommes derrière les

19 barbelés.

20 Nous sommes restés très peu de temps à cet endroit-là. Puis, nous avons

21 continué toujours en direction de Banja Luka. Et quelque part au niveau de

22 Kozarac, j'ai également aperçu un autre point de contrôle. Il y avait un

23 gardien qui est monté dans un bus, qui a hurlé à notre encontre. Il a dit:

24 "Il faut baisser la tête, on va vous photographier". Et ensuite, on a

25 poursuivi et j'ai compris que nous allions dans la direction d'Omarska

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1 parce que je me souviens qu'à l'époque, on transportait le minerai dans

2 cette direction-là parce que c'est le long de la route qui avait également

3 une trajectoire pour le transport de minerai.

4 Nous nous sommes arrêtés devant Omarska, on n'avait pas le droit de sortir

5 ni de bouger. Il y avait Muno Kadiric... Munib, je me trompe, excusez-moi.

6 Munib Kadiric a été demandé par un soldat mais il n'y avait pas de telle

7 personne dans notre bus.

8 Nous avons également quitté Omarska, probablement parce qu'il n'y avait

9 pas de place, et on a fait marche arrière. Enfin, on a pris une route, une

10 vieille route. Et puis, entre eux, ils discutaient et nous avons appris

11 qu'on allait nous emmener à Trnopolje.

12 Question: Ou êtes-vous partis après Omarska?

13 Réponse: J'imagine que l'on a pris l'ancienne route, puisque cette route

14 n'était pas goudronnée. C'est ce qu'on appelait la vieille route, près de

15 Petrov Gaj, et cette route-là menait à Trnopolje.

16 Question: Etes-vous bien arrivés au camp de Trnopolje?

17 Réponse: Nous sommes arrivés effectivement à Trnopolje. Nous sommes

18 descendus du bus. Et tout près de Trnopolje se trouvaient une salle de

19 gym, une école. Il y avait également un magasin qui était abandonné, il ne

20 restait que les murs, il n'y avait que du béton, rien d'autre. On nous a

21 donné l'ordre... Il y avait une fenêtre brisée et on nous a donné l'ordre

22 d'entrer dans ce magasin à travers cette fenêtre et de nous coucher par

23 terre.

24 Question: Vous nous avez dit qu'au point de rassemblement, on vous a

25 divisés en deux; votre groupe a été divisé en deux. Qu'est-il arrivé à

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1 l'autre groupe, celui qui n'a pas embarqué, qui n'a pas embarqué dans le

2 bus? Le savez-vous?

3 Réponse: L'autre bus est arrivé après le nôtre, donc nous étions dans le

4 premier. Et, peu de temps après, l'autre bus également est venu, les gens

5 qui se trouvaient donc devant moi. Cependant, lorsque je les ai vus, j'ai

6 tout de suite remarqué qu'ils n'étaient pas tous là. Les personnes qui

7 m'entouraient immédiatement, elles ne s'y trouvaient plus.

8 Nous avons appris par la suite, dans la nuit -puisqu'on était ensemble, on

9 était tous ensemble au même endroit-, nous avons discuté les uns avec les

10 autres, donc avec les membres de l'autre groupe aussi; ils nous ont dit

11 que sur la route de Prijedor, à Prijedor Uskoplje, on a arrêté leur bus.

12 Et ce bus a été sécurisé par la personne qui m'avait retiré de la colonne,

13 qui portait un casque. Donc il leur a dit de quitter le bus et il les a

14 tous fusillés. On appelait cette personne-là "Granata" -obus, en

15 français-; c'était son surnom, je ne me souviens plus de son nom.

16 Derrière cette maison, il y avait un terrain caillouteux et sur ce

17 terrain, il les a alignés et il les a fusillés, tous.

18 Ensuite, ils nous ont dit qu'ils ne s'étaient plus arrêtés avant

19 Trnopolje, donc le bus a continué de rouler jusqu'à Trnopolje. Cependant,

20 lorsqu'ils sont arrivés à Trnopolje, les survivants de ce bus ont été

21 alignés à l'extérieur du bus et la même personne, donc cette personne qui

22 portait le casque, a appelé 12, 13 personnes; elle les a fait embarquer

23 dans le bus et il a dit qu'ils allaient rentrer au village.

24 Question: Avant de continuer, de nous relater cet événement, je

25 souhaiterais vous demander de nous décrire ce qui s'est passé dans la

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1 maison que possédait "Granata".

2 Vous avez dit que vous avez reconnu certaines personnes de Biscani qui

3 étaient dans la colonne avec vous, devant le café. Vous avez dit que vous

4 avez remarqué que certaines de ces personnes n'étaient plus là. Pouvez-

5 vous nous dire leurs noms?

6 Réponse: C'étaient des membres de ma famille, mes amis. Je peux vous citer

7 leurs noms.

8 M. Koumjian (interprétation): Oui, je vous prie de le faire.

9 Témoin X (interprétation): J'ai déjà...

10 M. le Président (interprétation): Si le témoin compte citer les noms de

11 ses voisins, peut-être que nous pouvons passer en audience privée?

12 M. Koumjian (interprétation): Non, je ne crois pas que ce soit nécessaire.

13 Témoin X (interprétation): Donc la personne que j'ai déjà mentionnée, qui

14 a été tuée près du café, (expurgée)

15 (expurgée)

16 M. Koumjian (interprétation): Je vous prie de vous arrêter.

17 Je prie d'expurger les noms des personnes que le témoin vient de citer en

18 disant qu'il s'agissait des membres de sa famille.

19 M. le Président (interprétation): Je prie donc que les noms des lignes 16

20 et 17 soit expurgés.

21 M. Koumjian (interprétation): Sans dire quel est votre lien avec ces

22 personnes, pouvez-vous juste mentionner les noms de ceux que vous

23 connaissiez qui ne sont pas arrivés à Trnopolje et qui étaient dans

24 l'autre bus?

25 Témoin X (interprétation): Oui. Donc j'ai mentionné trois personnes. Il y

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1 avait encore Nurija Kekic, Halid Kekic, Sabahudin Kekic, Asmir Kekic,

2 Muhamed Tedic, Ferid Rizvanovic. Je pense que ces personnes..., qu'on a

3 fait sortir ces personnes du bus, descendre du bus, sur la portion de la

4 route entre Biscani et Prijedor.

5 Question: Connaissiez-vous quelqu'un qui porte le nom de Elvir Vojnikovic?

6 Réponse: Oui, j'ai oublié de citer son nom. Oui, Elvir Vojnikovic

7 également, oui.

8 Question: Lorsque le second bus est arrivé à Trnopolje, vous avez commencé

9 de nous raconter ce qui s'est passé. Vous nous avez dit qu'on a demandé à

10 quelques-uns d'entre eux de rester dans le bus, n'est-ce pas?

11 Réponse: Oui. Lorsque le deuxième bus est arrivé, les survivants ont été

12 alignés devant le bus et face au magasin dans lequel nous nous trouvions.

13 Le magasin était tout en fenêtres et certaines fenêtres étaient brisées,

14 donc on pouvait bien voir ce qui se passait à l'extérieur.

15 Les soldats étaient seulement à l'extérieur, alors qu'à l'intérieur, il

16 n'y avait pas de soldats. Donc j'ai bien pu voir ce qui se passait.

17 Donc la personne en question a appelé douze personnes; elle a dit de

18 rejoindre le bus et ce bus est parti. On n'a pas su où ils les ont

19 emmenées, où le bus était parti. Quelques jours plus tard, les soldats

20 serbes ont commencé à nettoyer le terrain des femmes et des enfants non

21 serbes et, de Brdo, ils les ont amenés à Trnopolje. Et c'est eux qui nous

22 ont raconté ce qui c'était passé sur la partie de la route que je vous ai

23 déjà mentionnée. Ils ont trouvé tous les cadavres.

24 Question: Il s'agit bien des personnes auxquelles on a dit de rejoindre le

25 bus, de remonter dans le bus?

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1 Réponse: Oui. Ces hommes ont été tués dans la direction de Prijedor. Il

2 s'agit d'un grand virage qui fait presque 90 degrés. Cette région, cette

3 zone s'appelle Kratalj. Il y avait une fosse, là-bas, donc à chaque fois

4 qu'il y avait une crue de la Sana, cet endroit était rempli d'eau et l'eau

5 y restait. L'eau est restée pendant longtemps, même après que la rivière

6 se retirait. C'était un endroit assez particulier.

7 A cet endroit, on a fusillé les douze personnes. J'ai eu l'occasion de

8 discuter avec une des personnes qui a survécu.

9 Question: Combien de personnes ont survécu, parmi toutes ces personnes

10 auxquelles on a donné l'ordre de rejoindre le bus, si vous vous en

11 souvenez?

12 Réponse: Deux personnes. L'une -l'un des hommes- est restée en vie alors

13 que l'autre a rejoint son village. Il n'a pas réussi à quitter le village

14 lorsque le nettoyage ethnique a été effectué. Ils ont ratissé tous les

15 villages, les forêts, les bois et il était impossible de sortir. On a

16 perdu sa trace là-bas, dans le village. Sa femme a raconté, elle m'a dit

17 que, la nuit, il venait leur apporter la nourriture et le jour, il fuyait

18 dans les bois, mais on n'a pas su ce qu'il lui était arrivé.

19 Question: Comment s'appelait-il?

20 Réponse: Fikret Sabanovic. Alors que la personne qui a survécu, et qui est

21 toujours en vie, s'appelle Nenad Kekic.

22 Question: Avez vous eu l'occasion de discuter avec Nenad Kekic de ce qui

23 s'est passé?

24 Réponse: Oui.

25 Question: Où avez-vous eu l'occasion de discuter avec lui?

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1 Réponse: Je l'ai rencontré en Allemagne puisqu'il a passé un certain temps

2 en Allemagne après la guerre, dans l'immédiate après-guerre. Par la suite,

3 il a quitté l'Allemagne.

4 Question: Que pouvez-vous nous dire sur ce qu'il vous a raconté au sujet

5 des hommes qui étaient dans le deuxième bus?

6 Réponse: Ils étaient couchés par terre dans le bus. Ils étaient rentrés à

7 Biscani. On leur a donné l'ordre de descendre à cet endroit précis et ils

8 ont débarqué. La fusillade a commencé mais lui, comme il est tombé le

9 premier, les autres cadavres l'ont couvert et c'est comme cela qu'il a

10 survécu.

11 Question: A-t-il dit comment les autres ont été tués?

12 Réponse: Il a dit seulement qu'ils ont été tués à l'aide d'une

13 mitrailleuse. C'était une sorte de fusil automatique, une sorte de

14 mitrailleuse qui avait une sorte de pied. Donc, un fusil automatique,

15 fabriqué par Crvena Zastava, l'usine qui se trouve en Serbie.

16 Lorsque j'ai fait mon service militaire, j'ai eu l'occasion de voir et

17 d'utiliser cette arme. J'en possédais une lorsque j'étais à Titovo Uzice.

18 Question: Les hommes du deuxième bus, est-ce qu'il y avait un trait commun

19 qui aurait pu être le critère selon lequel ils ont été sélectionnés pour

20 être exécutés?

21 Réponse: Il n'y avait pas de critère spécial. Ils étaient comme nous

22 autres. L'un d'entre eux a été chauffeur. Avant la guerre, il travaillait

23 dans cette entreprise. Il y avait également un de ses collègues, un autre

24 chauffeur qui portait un uniforme. Donc, ces deux-là étaient... on leur

25 avait donné l'ordre de rejoindre le bus alors que les autres, c'était un

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1 pur hasard, il n'y avait pas de raison particulière.

2 Question: Vous êtes arrivé à Trnopolje le 20 juillet 1992; est-ce exact?

3 Réponse: Le 24 juillet. Non, pas le 24.

4 Question: Le 20 juillet?

5 Réponse: Oui. Le 20 juillet 1992, effectivement, je suis arrivé à

6 Trnopolje.

7 Question: Et vous y êtes resté jusqu'au 21 août, n'est-ce pas?

8 Réponse: Oui, c'est exact.

9 Question: Pouvez-vous dire, devant cette Chambre, quelles étaient les

10 conditions dans lesquelles vous avez vécu à Trnopolje, dans le camp de

11 Trnopolje?

12 Réponse: Dans le camp de Trnopolje, il y avait une école élémentaire et,

13 dans le cadre de cette école, il y avait une salle de gymnastique. La

14 communauté locale se trouvait juste à côté, le bâtiment de la communauté

15 locale, et un magasin.

16 Lorsque nous sommes arrivés au camp, le lendemain, en fait, la Croix-Rouge

17 serbe nous a enregistrés, nous tous, donc, qui avons passé la nuit dans ce

18 magasin. Ensuite, on nous a fait entrer dans le camp avec les autres

19 personnes qui étaient déjà là, qui venaient de Kozarac et de la région

20 voisine.

21 Donc on nous a enregistrés, la Croix-Rouge nous a enregistrés, et j'ai vu

22 Slobodan Kuruzovic. Il y avait donc deux femmes qui avaient un badge de la

23 Croix-Rouge qui notaient nos noms et, avec elles, il y avait Slobodan

24 Kuruzovic. Il était commandant et il enseignait les mathématiques à

25 l'école Mladen Stojanovic à Prijedor. C'était mon professeur. Je le

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1 rencontrais souvent au bord de la Sana, puisqu'il était pêcheur comme moi;

2 nous avons très souvent fait de la pêche ensemble. Il y avait un pont de

3 Brezicani; un chemin de fer passait par là et, à cet endroit précis, nous

4 avons souvent pêché ensemble.

5 Question: Slobodan Kuruzovic vous a-t-il dit quelque chose quand vous vous

6 êtes retrouvé dans la camp?

7 Réponse: Ce jour-là, non, rien de particulier.

8 Question: Et ultérieurement, vous a-t-il dit quelque chose?

9 Réponse: Quelques jours plus tard, devant l'école, le bâtiment de l'école

10 même, nous nous sommes rencontrés et il m'a demandé: "Est-ce que tout cela

11 était bien nécessaire?". Il dit que nous n'allions plus pêcher ensemble;

12 c'est comme si c'était de ma faute.

13 Je ne voulais pas discuter et rentrer dans un débat avec lui, mais j'avais

14 tout compris. J'ai vu le camp, j'ai vu les événements atroces. Je n'avais

15 pas de commentaires à faire.

16 Il était présent tous les jours dans le camp. Et lorsque les convois, les

17 bus arrivaient pour déporter les femmes et les enfants, il était là. Je

18 l'ai vu. A Trnopolje, il y avait un point, une sorte de base de

19 commandement, et il y était logé.

20 Je suis au courant de la hiérarchie militaire et j'ai vu que lui, il était

21 haut-gradé. C'était un commandant; les autres étaient ses subordonnés.

22 Question: Pouvez-vous dire à la Chambre quelles étaient les conditions de

23 vie à Trnopolje? Où dormiez-vous, etc.?

24 Réponse: Lorsque nous sommes entrés dans l'école, nous n'étions pas

25 installés, on ne faisait que marcher. Il y avait trop de monde. Les gens

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1 dormaient dans la salle de gymnastique, dans les couloirs. Nous n'avions

2 pas de place donc nous dormions dehors, à l'extérieur.

3 Lorsque nous rencontrions quelqu'un qui avait passé plus de temps, nous

4 lui demandions de nous donner un peu de pain.

5 A Trnopolje, les hommes pouvaient aller au village à condition de laisser

6 leur carte d'identité au point de contrôle. Et ils pouvaient se procurer,

7 de cette manière, des poivrons, des tomates, etc., tout ce qui poussait

8 sur les terres. C'est de cette manière qu'ils ont pu survivre. Il y avait

9 également des cuisinières dont on se servait.

10 On pouvait acheter du pain tous les jours à Trnopolje, mais il fallait

11 avoir de l'argent. A l'époque, c'était de la monnaie serbe que l'on avait.

12 Lorsque ma mère et ma sur nous ont rejoints au camp, elles avaient de

13 l'argent et elles nous ont donné cet argent puisqu'elles ne pouvaient pas

14 s'en servir à Travnik, dans le reste du pays où cet argent n'était pas

15 valable. Donc si on connaissait quelqu'un, lorsque les convois venaient,

16 partaient, ils nous laissaient donc cet argent et c'est de cette manière-

17 là que nous arrivions à survivre. Donc nous commandions le pain pour le

18 lendemain. On n'avait pas assez d'argent, cependant, et cela n'a été que

19 de courte durée.

20 Il fallait partir. Mon père et moi en parlions tout le temps; on devait

21 tout faire pour rejoindre un convoi de femmes et d'enfants, mais nous

22 n'avions pas eu de succès. Il n'ont pas réussi à le faire. A chaque fois

23 que les convois venaient, un grand nombre de personnes armées contrôlaient

24 les abords des bus afin qu'aucun homme ne puisse rejoindre, donc, les

25 groupes de femmes et d'enfants.

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1 Nous avons passé un mois dans de telles conditions. Les conditions étaient

2 atroces. On ne pouvait pas prendre de bain, il y avait des toilettes plus

3 ou moins improvisées, c'était affreux. Il faisait très chaud, il y avait

4 beaucoup de mouches, beaucoup de déchets, et on sentait bien qu'une

5 épidémie pouvait se déclarer d'un instant à l'autre.

6 Question: Lorsque vous êtes arrivés, les détenus dans le camp, hommes et

7 femmes étaient-ils ensemble ou séparés? Est-ce que la situation a changé,

8 pendant votre séjour là-bas?

9 Réponse: Lorsque nous sommes arrivés, tout le monde était ensemble,

10 mélangés. Tous les deux ou trois jours, il y avait des convois; des

11 camions et des bus arrivaient et ils emmenaient les femmes et les enfants

12 jusquà ce que le camp ne soit peuplé que d'hommes.

13 Vers le 5 août, si mes souvenirs son bons, lorsque le camp a été fermé,

14 lorsque Omarska a été fermé, lorsque nous étions tous rassemblés ensemble,

15 il n'y avait que des hommes.

16 M. Koumjian (interprétation): On pourrait faire une pause maintenant, ou

17 bien devrais-je continuer pendant dix ou quinze minutes?

18 M. le Président (interprétation): Nous pouvons faire une pause et nous

19 reprendrons à 11 heures 30.

20 (L'audience suspendue à 11 heures, est reprise à 11 heures 37.)

21 M. le Président (interprétation): Poursuivez, s'il vous plaît.

22 M. Koumjian (interprétation): Témoin X, vous nous avez dit que lorsque

23 vous êtes arrivé, cette première nuit, vous n'avez pas trouvé d'endroit où

24 dormir à l'intérieur, au camp de Trnopolje; vous avez dû dormir à

25 l'extérieur. Est-ce que, plus tard, vous avez trouvé un endroit pour

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1 dormir à l'intérieur? Où avez vous dormi pendant toute cette période

2 passée au camp?

3 Témoin X (interprétation): Pendant toute la période où les convois

4 quittaient Trnopolje, en emmenant des femmes et des enfants, je n'ai pas

5 dormi à l'intérieur, j'ai dormi à l'extérieur.

6 Mais, après le dernier convoi, après le départ du dernier convoi avec des

7 femmes et des enfants vers Travnik, il ne restait plus que des hommes. Et

8 mon père et moi-même, nous avons réussi à trouver un endroit pour dormir

9 dans un gymnase. On a trouvé un endroit pour dormir l'un à côté de

10 l'autre.

11 Question: Lorsque vous êtes arrivés au camp, est-ce qu'on vous a permis

12 d'amener des affaires personnelles avec vous de votre maison de Biscani?

13 Réponse: Non, rien du tout. On n'a rien eu le droit d'emmener, rien du

14 tout. Les soldats de nationalité serbe nous ont fouillé au moment où nous

15 nous dirigions vers le point de rassemblement. On nous a fait vider nos

16 poches de tous nos biens précieux, et ils nous ont demandé de leur

17 remettre nos cartes d'identité. Mais moi, ce jour-là, je n'avais pas de

18 carte d'identité, je n'avais rien à leur donner. Tout ce que j'avais,

19 c'était ce que je portais sur moi, à savoir mes vêtements.

20 Question: Est-ce que les familles des détenus ont été autorisées à leur

21 amener de la nourriture, des vêtements ou d'autres produits de première

22 nécessité, du savon, etc.?

23 Réponse: Ma sur a réussi à m'amener un pantalon et une veste quand elle a

24 quitté la maison. Elle m'a donné tout cela, j'ai gardé cela sous la

25 couverture où je dormais dans le gymnase. J'ai gardé cela dans un sac en

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1 plastique. Et le 21 août, lorsque nous sommes partis avec le convoi, j'ai

2 mis le pantalon et la veste.

3 Question: Et donc... nous y reviendrons. Mais une seule question à ce

4 sujet: est-ce que vous avez donc porté deux pantalons, ce jour-là?

5 Réponse: Vous voulez dire ce jour-là, le 21 août?

6 Question: Oui.

7 Réponse: Non, non, je ne portais qu'un seul pantalon.

8 Question: Est-ce que, au camp, les conditions de vie ont évolué après la

9 mi-août, après la fermeture d'Omarska?

10 Réponse: Non, pas particulièrement. Je me souviens simplement qu'on a vu

11 arriver de nombreuses délégations étrangères. Ils ont circulé à

12 l'intérieur du camp, certains ont fait des déclarations. On peut dire que,

13 dans ce sens, il y a eu un changement.

14 Question: Est-ce qu'on a érigé une pancarte au camp?

15 Réponse: En fait, ils mettaient uniquement une pancarte si une délégation

16 devait venir nous voir. Et ils enlevaient même les fils de fer barbelés,

17 les fils de fer, dès qu'on annonçait l'arrivée d'une délégation

18 internationale. Il voulait donner l'impression qu'on était dans le centre

19 de rassemblement, le centre de rassemblement de Trnopolje et pas un camp.

20 Question: Est-ce que vous vous souvenez de ce qui était inscrit sur la

21 pancarte que vous venez d'évoquer?

22 Réponse: Là, cela m'échappe, mais je crois que c'était quelque chose du

23 style de centre de rassemblement, de regroupement. C'était à peu près

24 cela.

25 Question: Est-ce que vous avez vu au camp un dénommé Mirsad Medic?

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1 Quelqu'un que vous connaissiez?

2 Réponse: Cette personne, je l'ai rencontrée le 21 juillet, pendant le

3 nettoyage ethnique. Et cette personne, je l'ai à nouveau rencontrée la

4 première nuit au camp. C'était celui qui était censé nous garder, nous qui

5 étions dans le magasin. Il s'appelait "Zoka" de son surnom, et il

6 travaillait à la station service sur la route de Banja Luka, "Energo".

7 La station service se trouvait sur la route qui allait vers Banja Luka en

8 quittant Prijedor. Et alors que la nuit tombait, ce "Zoka" a passé la tête

9 par la fenêtre et il a demandé si on avait besoin de quelque chose. Ce à

10 quoi quelqu'un a répondu, un homme a répondu, en parlant à "Zoka", il lui

11 a dit qu'il était vieux, et qu'il avait très froid, qu'il gelait et qu'il

12 avait besoin d'un manteau.

13 Et je crois qu'ils se connaissaient déjà, ces deux-là; c'est la raison

14 pour laquelle cet homme s'est adressé à "Zoka" en espérant que "Zoka"

15 l'aiderait. Parce que ce Mirsad Medic qui avait été tué au point de

16 contrôle, c'était un collègue de "Zoka", ils travaillaient ensemble à la

17 station-service. Alors ce "Zoka" a demandé à celui qui avait parlé,

18 Sulejman Kekic, lui a demandé quel âge il avait. Sulejman Kekic a répondu

19 qu'il avait 70 ans. Alors, "Zoka" a répondu à Sulejman: "Eh bien, tu es

20 assez vieux pour être tué". Il l'a fait sortir de l'endroit où on était et

21 il l'a passé à tabac devant. Il l'a fait sortir de l'atelier et il l'a

22 passé à tabac. Et quand Sulejman est rentré à l'intérieur, il sanglotait,

23 il pleurait, suite à tous les coups qu'il avait reçus. Mais personne n'a

24 rien dit, personne n'a dit quoi que ce soit parce qu'on n'avait pas le

25 droit de se parler.

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1 Alors, ce "Zoka" a dit à un autre garde de venir, d'aller le réveiller à 2

2 heures et qu'il viendrait chercher Sulejman pour le tuer. C'est exactement

3 ce qu'il s'est produit: à 2 heures du matin, "Zoka" est arrivé, il a

4 appelé Sulejman et il l'a fait sortir. On a entendu deux coups de feu et

5 Sulejman n'est pas revenu.

6 Question: Est-ce que vous connaissiez Sulejman Kekic, cet homme qui a été

7 tué?

8 Réponse: Oui, je le connaissais, c'était un de mes voisins.

9 Question: Afin que les choses soit bien claires, je voudrais vous demander

10 si celui que vous appelez "Zoka" était membre de l'armée ou de la police.

11 Réponse: Ce n'était pas un policier. Il était soit membre de l'armée ou

12 bien, il était membre d'une unité paramilitaire. Moi, je sais ce que ça

13 veut dire quand on dit que quelqu'un est membre de l'armée: c'est

14 quelqu'un qui a fait son service militaire après avoir fini l'école

15 secondaire, une fois qu'on a 18 ans. Mais les gens plus âgés, 30, 35 ans,

16 etc., ces gens-là appartenaient aux forces de réserve de l'armée et ils

17 pouvaient être mobilisés pour être des combattants, des soldats, des

18 paramilitaires, enfin quel que soit le nom qu'on leur donne. En tout cas,

19 il était serbe. Et tous, ils étaient en uniforme, ils étaient tous membres

20 d'unités paramilitaires.

21 Question: Au camp de Trnopolje, est-ce que vous avez jamais entendu parler

22 d'une unité de police qui s'appelait "l'équipe d'intervention" ou "l'unité

23 d'intervention" de Prijedor?

24 Réponse: On a entendu parler des Sarenci, c'est comme ça que ça

25 s'appelait. Chaque fois qu'un convoi arrivait à Trnopolje, on voyait

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1 débarquer ce peloton d'intervention et tout le monde, y compris moi-même,

2 avait peur de ces hommes parce qu'ils étaient terrifiants. Nous avions

3 tous peur de ces Sarenci qui étaient des hommes habillés en tenue de

4 camouflage, et tout le monde avait peur de monter à bord de ces bus avec

5 les femmes et les enfants.

6 Question: Est-ce qu'il y avait quoi que ce soit, chez ces hommes habillés

7 en tenue, en uniforme, qui les distinguait des membres de la police?

8 Réponse: Il s'agissait d'un uniforme de camouflage qui était porté par les

9 policiers. Il s'agissait d'un uniforme de guerre de la police qui était

10 bleu et jaune, qui était un uniforme de camouflage qui portait un insigne

11 où l'on pouvait voir d'un côté le drapeau serbe et, de l'autre, on pouvait

12 voir l'inscription "milicija" -cela veut dire "police"- et ceci était en

13 lettres cyrilliques.

14 Question: Et quand les membres de cette unité arrivaient au camp, que se

15 produisait-il?

16 Réponse: Comme je l'ai déjà dit, sur la base de l'expérience de ceux qui

17 étaient là depuis plus longtemps que nous, nous avons compris que ces

18 hommes qui arrivaient représentaient un danger; ils faisaient montre de

19 beaucoup d'agressivité.

20 Par exemple, au moment où l'on faisait monter les gens pour constituer le

21 convoi, on les voyait arriver; ils étaient là pour protéger le convoi,

22 pour le garder pendant que les gens embarquaient à bord des bus.

23 Question: Est-ce qu'ils disposaient d'un véhicule que vous avez appris à

24 reconnaître?

25 Réponse: Ils avaient un véhicule de marque Ford; c'était une fourgonnette

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1 sur laquelle on voyait un gros tigre, un grand tigre; il y avait un grand

2 tigre dessiné sur ce fourgon. Il s'agissait d'une fourgonnette Ford

3 blanche.

4 Question: Est-ce que vous aviez vu ce véhicule ou ces personnes qui

5 portaient des tenues de camouflage bleues? Est-ce que vous aviez vu, donc,

6 ces hommes ou ce véhicule pendant le nettoyage de Biscani, le 20 juillet?

7 Réponse: Non, je n'ai pas vu ce véhicule.

8 Question: Pendant votre séjour au camp de Trnopolje, avez-vous vu des

9 représentants de la Croix-Rouge internationale au camp?

10 Réponse: J'ai vu un certain nombre de délégations.

11 Question: Mais vous ne savez pas exactement ce que ces délégations

12 représentaient?

13 Réponse: Non. Je n'ai pas osé demander parce que, avant leur arrivée, ceux

14 qui nous gardaient nous menaçaient en disant que, pour nous protéger nous-

15 mêmes, il ne fallait pas que nous fassions de déclaration.

16 Donc ces gens venaient, visitaient le camp pour vérifier quelles étaient

17 les conditions de vie. Nous, nous les regardions à distance et nous nous

18 tenions à l'écart espérant que personne ne nous demanderait quoi que ce

19 soit, ne nous poserait aucune question.

20 Question: Avant le convoi du 21 août, savez-vous si la Croix-Rouge

21 internationale vous avait enregistrés, vous-mêmes ou d'autres prisonniers,

22 au camp de Trnopolje?

23 Réponse: Avant le 21 août, personne n'avait pris nos noms, ne nous avait

24 enregistrés.

25 Question: Avez-vous reçu des informations relatives au moment où la Croix-

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1 Rouge internationale devait commencer à enregistrer les noms des détenus

2 du camp de Trnopolje?

3 Réponse: Non, rien de spécial.

4 Question: Avez-vous, plus tard, appris que la Croix-Rouge internationale

5 était venue au camp en août pour enregistrer les détenus?

6 Réponse: Oui, je l'ai appris plus tard. Parce qu'après mon départ du camp

7 de Trnopolje, j'ai revu des gens cinq ou six mois plus tard, en décembre,

8 et ils m'ont dit alors que le CICR était venu le lundi 26 août et avait

9 enregistré les prisonniers. Non, attendez, je me trompe. Non, le 21,

10 c'était un vendredi, le 22, un samedi. Donc c'était le 24 août, c'est-à-

11 dire le lundi. Donc on m'a dit que le CICR était venu et avait consigné

12 les noms de tous les détenus.

13 Question: A partir du moment où vous avez quitté Biscani le 20 juillet et

14 jusqu'au 21 août, avez-vous eu des contacts nombreux avec votre père?

15 Réponse: Mon père est resté toujours à côté de moi.

16 Question: Le 21 août, que s'est-il passé, alors que vous vous trouviez au

17 camp de Trnopolje?

18 Réponse: Le 21 août, des bus sont arrivés. Seuls des hommes sont montés à

19 bord.

20 Question: Est-ce qu'à ce moment-là, le 21 août, il restait encore des

21 femmes et des enfants au camp?

22 Réponse: A cette date, au camp, il n'y avait plus de femmes et d'enfants;

23 il n'y avait que des hommes.

24 Question: Parmi les hommes qui se trouvaient au camp, y avait-il des gens

25 qui avaient été libérés en août d'Omarska et de Keraterm?

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1 Réponse: Oui. Il y avait des gens qui avaient été à Keraterm, d'autres qui

2 avaient été détenus à Omarska. On avait tous été rassemblés à Trnopolje.

3 C'est vrai, c'est vrai, ce que vous dites; en effet, il y avait des gens

4 qui venaient d'autres camps.

5 Question: Lorsque les bus sont arrivés, est-ce que les gardes vous ont dit

6 quoi que ce soit? Est-ce que les dirigeants du camp vous ont dit quoi que

7 ce soit?

8 Réponse: Les gardes ont dit que nous devions monter à bord des bus.

9 Question: Est-ce que le commandant du camp était présent au moment de

10 l'arrivée des bus?

11 Réponse: Oui, il était toujours dans les parages.

12 Question: Vous parlez du commandant du camp. Pour vous, à ce moment-là,

13 qui était le commandant du camp, d'après ce que vous compreniez de la

14 situation?

15 Réponse: Moi, je pensais que c'était Slobodan Kuruzovic qui était

16 commandant, de son grade, et qui était commandant du camp. Enfin, je ne

17 sais pas exactement comment on appelle ça, mais en tout cas, c'était lui

18 le n1 du camp.

19 Question: Que s'est-il passé ensuite? Est-ce qu'on a fait monter les gens

20 à partir du bus? Que s'est-il passé? Et que vous est-il arrivé, à vous-

21 même et à votre père, à ce moment-là?

22 Réponse: A ce moment-là, au moment où le bus est arrivé, on a vu également

23 arriver la fourgonnette que j'ai mentionnée précédemment, la fourgonnette

24 de cette section d'intervention.

25 Chaque bus arrivait un par un. On faisait monter les gens à bord et

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1 ensuite, ils partaient de Trnopolje pour aller à Kozarac et ainsi de

2 suite. Voilà comment ça se passait, comment se passait la constitution du

3 convoi. Tout les bus ne sont pas arrivés en même temps. On voyait un

4 arriver, un bus; les gens montaient à bord sous la garde des gardes et

5 ensuite, le bus, une fois qu'il était plein, partait.

6 Et ce jour-là, encore une fois, j'ai vu Dragan Knezevic, je l'ai rencontré

7 et j'ai réussi à avoir un contact direct avec lui, une fois encore. Il

8 était vêtu de cet uniforme de camouflage bleu et il portait un fusil

9 automatique. Il avait également des munitions sur lui, des bandes de

10 cartouches. Il y avait aussi d'autres hommes qui déambulaient, habillés de

11 la même manière. On voyait donc qu'ils avaient des munitions

12 supplémentaires.

13 Dragan s'est adressé à moi, il m'a demandé où j'avais été, qu'il m'avait

14 cherché depuis le début du nettoyage, qu'il m'avait cherché en vain à

15 Trnopolje, Keraterm et Omarska. Il a dit qu'il allait me sauver, que

16 c'était son intention, qu'il allait me faire transférer en Croatie par le

17 biais de Orahovi; c'est un endroit qui se trouve à côté de Gradiska, à

18 côté de Sarajevo et où se trouvait la Forpronu.

19 Il m'a dit cela, et il m'a ensuite demandé de chercher mon père. Il m'a

20 dit qu'il allait m'aider, ainsi que les autres membres de ma famille et

21 les gens que je connaissais. Il a dit qu'il allait nous aider à monter

22 dans l'un des bus, parce que c'était le chaos qui régnait à ce moment-là.

23 Il y avait beaucoup de monde, et quand les gens se sont dirigés vers les

24 bus, la confusion régnait; on a même entendu des tirs. On a tiré en l'air

25 pour empêcher les gens de se précipiter vers les bus parce que tous ces

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1 gens-là n'avaient rien d'autre. La seule chose qu'il leur restait à faire,

2 c'était de monter dans les bus; ils ne pouvaient pas retourner chez eux

3 puisque tout y avait été réduit en cendres, tout avait été pillé.

4 Et pendant notre séjour à Trnopolje, on a bien compris que toute la fumée

5 que l'on voyait monter au ciel, c'était celle qui se dégageait de nos

6 maisons qui avaient été incendiées.

7 Question: Est-ce que vous avez fini par savoir ce qui était advenu de

8 votre maison?

9 Réponse: Pour ce qui est de notre maison, j'ai appris plus tard en 1999,

10 quand je suis allé voir la maison, à ce moment-là, j'ai vu ce qui s'était

11 passé. Mais avant ce moment-là, j'ai seulement entendu ce que d'autres

12 m'ont rapporté sur ce qui s'était passé dans cette région, à savoir que

13 tous nos biens avaient été pillés, que toutes les maisons avaient été

14 incendiées, etc.

15 Question: Vous avez vu votre maison en 1999. Pouvez-vous nous dire dans

16 quel état elle se trouvait? Est-ce que vous avez vu des signes qui

17 indiquaient qu'on y avait mis le feu?

18 Réponse: Les choses se présentaient de la manière suivante: la maison

19 n'avait plus de portes, ni de fenêtres; il n'y avait plus de toit, la

20 maison était complètement, était pratiquement détruite. Et puis, ce qui se

21 trouve à la base du toit, la charpente, avait été jeté à terre. Tout avait

22 été cassé. J'ai marché dans la maison, j'ai constaté que les murs de la

23 maison étaient noirs, noircis, que la peinture était partie. Et tout, tout

24 indiquait effectivement que la maison avait été incendiée.

25 Question: Revenons maintenant au 21 août. Est-ce que vous vous souvenez du

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1 temps qu'il faisait ce jour-là?

2 Réponse: Il faisait très chaud.

3 Question: Est-ce que vous avez pu monter dans un des premiers bus qui sont

4 arrivés?

5 Réponse: Oui, j'ai réussi à monter dans le bus, mais je ne suis pas monté

6 dans le bus parce que Dragan Kuruzovic qui avait insisté, il avait tout

7 simplement dit qu'il n'avait pas pu s'occuper de moi, étant donné qu'il

8 était chargé d'un autre bus. Ce n'est pas parce que, lui, il avait insisté

9 que j'étais monté.

10 Ensuite, il y avait d'autres bus, il y avait un troisième qui est arrivé.

11 Et c'était à proximité du bus que j'ai pu remarquer Dragan Kuruzovic qui

12 connaissait également mon père, parce qu'ils étaient tous les deux en même

13 temps, ils ont fait leur service militaire à l'armée de Yougoslavie. Et il

14 m'avait dit qu'il fallait que j'aille chercher mon père et le faire monter

15 dans le bus. C'est ce que j'ai fait au moment où nous sommes montés.

16 Nous étions tous les deux quand le bus a été rempli. Il avait poursuivi sa

17 route de Trnopolje à Kozarac et, sur la route à Kozarac, à côté de la

18 station-service, à côté d'une scierie et de la station-service, on

19 attendait, mais personne ne nous disait quelles étaient les raisons pour

20 lesquelles nous attendions. Et, quelque temps plus tard, il y avait des

21 camions en provenance de Prijedor qui sont arrivés.

22 Question: Dans la transcription, nous pouvons lire que vous avez dit que

23 Dragan Kuruzovic a été celui qui vous a dit d'aller chercher votre père et

24 de monter dans le bus.

25 Quel était le nom, le prénom de Kuruzovic?

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1 Réponse: Excusez-moi. Je me suis trompé. Il s'appelle Slobodan Kuruzovic,

2 alors que Dragan Knezevic est la personne qui avait partagé la même

3 chambre à l'académie de police.

4 Question: Est-ce que vous savez combien à peu près d'hommes ont pu monter

5 dans le bus, dans lequel vous êtes rentré vous-même avec votre père? Il y

6 avait combien de sièges?

7 Réponse: Ces bus étaient assez spécifiques. C'étaient des bus de transport

8 urbain. Il y avait beaucoup moins de sièges pour s'asseoir que pour

9 rentrer et rester debout. Par conséquent, il y avait beaucoup de personnes

10 qui pouvaient monter. Il y avait beaucoup plus d'espace pour se tenir

11 debout. C'était pour le transport urbain, les bus. Et le bus a été archi-

12 comble.

13 Question: Une fois que votre bus et les autres sont partis en direction de

14 Kozarac, vous dites que vous vous êtes arrêtés là-bas. Qu'est-ce qui s'est

15 passé à ce tournant, à un carrefour?

16 Réponse: Je vous ai dit qu'il y avait un certain nombre de camions qui

17 sont arrivés en provenance de Prijedor. D'après quelques informations dont

18 je disposais, c'est un convoi qui a été chargé à Tukovi en date du 21

19 août; il devait également se rendre à Travnik ou quelque part à Travnik,

20 vers la ligne de démarcation qui se trouvait à côté de Travnik, pas très

21 loin.

22 Question: Vous avez attendu pendant un certain temps à ce point de

23 rassemblement. Est-ce que vous savez combien de bus de types différents ou

24 de véhicules différents sont arrivés pour ce groupe qui a ramené les gens

25 de Tukovi? Est-ce que vous pouvez nous dire combien de gens il y avait

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1 dans le convoi quand ils ont été rassemblés?

2 Réponse: Il y avait encore les quatre bus qui sont arrivés, en plus des

3 quatre dans lesquels j'étais et qui sont arrivés de Trnopolje. Par

4 conséquent, au total, huit. Il y avait quelques remorques qui étaient, en

5 plus, que des camions. D'après mon estimation, il y avait huit bus et huit

6 camions. En plus, il y avait un véhicule qui avait escorté le convoi.

7 Il y avait des mécaniciens également qui étaient là-dedans. C'était un

8 véhicule de la marque "Tam". C'étaient les mécaniciens, les techniciens

9 qui étaient là-dedans, parce qu'il ne faut pas oublier non plus que

10 c'était une route qui était très longue, un voyage assez long. Je ne peux

11 pas vous préciser quelle est la distance entre Prijedor et Travnik, mais

12 je pense qu'il y a au moins une centaine de kilomètres. Il fallait passer

13 ces 100 kilomètres. Le terrain est assez difficile, il y a beaucoup de

14 montagnes, des routes qui serpentent. Et l'expérience montrait qu'il était

15 indispensable également d'avoir quelqu'un qui aurait pu, si jamais un bus

16 tombait en panne, réparer le bus; c'est la raison pour laquelle il y avait

17 des mécaniciens qui étaient présents dans ce petit véhicule.

18 Question: Vous avez parlé également des remorques, vous avez parlé des

19 camions. Outre, donc, des remorques et des camions et des bus, y avait-il

20 d'autres véhicules, des véhicules de police qui escortaient?

21 Réponse: Oui, il y avait une Golf qui appartenait à la police, et ils

22 étaient à la tête du convoi probablement.

23 Question: Et quelle était la route que vous avez prise une fois que, au

24 carrefour de Kozarac, ce convoi a été rassemblé?

25 Réponse: C'est la route de Banja Luka que nous avons prise.

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1 Question: Une fois que vous avez traversé Banja Luka ou que vous avez

2 passé les environs de Banja Luka, où vous êtes-vous dirigés?

3 Réponse: Nous nous sommes dirigés vers Skender Vakuf.

4 M. Koumjian (interprétation): Maintenant, j'ai une carte qui s'appelle "la

5 route de Trnopolje-Vlasic". Il s'agit du numéro ERN 02166228. Je vais

6 également demander maintenant que l'on accorde la cote à cette pièce à

7 conviction. J'ai suffisamment de copies pour toutes les parties.

8 M. le Président (interprétation): Par conséquent, il s'agirait de S245.

9 (Intervention de l'huissier.)

10 M. Koumjian (interprétation): Je vais demander maintenant qu'on place la

11 carte sur le rétroprojecteur.

12 Monsieur le Témoin X, auriez-vous l'amabilité de regarder cette carte? Et

13 vous voudrez bien nous dire si cette ligne bleue montre à peu près la

14 route du convoi dans lequel vous vous êtes trouvé le 21 août 1992?

15 Témoin X (interprétation): Oui.

16 Question: Est-il vrai de dire que vous avez passé, donc, en prenant la

17 route qui ne traverse pas Banja Luka mais les faubourgs, enfin les

18 environs?

19 Réponse: Oui, c'est correct.

20 Question: Est-ce que l'on vous a dit quel était l'objectif, quelle était

21 la destination, où est-ce qu'il fallait qu'on vous achemine dans ce

22 convoi?

23 Réponse: Normalement, il était prévu qu'on se rende sur la ligne de

24 démarcation; à savoir de se rendre sur le territoire qui était contrôlé

25 par les Musulmans et les Croates.

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1 Question: Est-ce que vous savez si, en date du 21 août, Travnik était sous

2 le contrôle du gouvernement de Sarajevo, par conséquent des forces serbes?

3 Réponse: Oui, tout à fait.

4 Question: Une fois que vous avez quitté Kozarac, est-ce que vous vous êtes

5 arrêtés encore à quelque autre endroit? Et pourriez-vous nous relater ce

6 qui s'était passé?

7 Réponse: Je me souviens très, très bien d'un autre événement. Il y avait

8 le gardien qui assurait notre bus, il s'est adressé avec moi en m'appelant

9 par mon nom de famille. Il m'avait demandé de collecter tous les billets

10 que les gens possédaient, ainsi que des objets de valeur; que ce soit des

11 montres, de l'or, ce que j'ai fait. Cependant, je ne sais pas, les hommes

12 avaient des objets de valeur, ils ne voulaient peut-être pas me les

13 donner. Mais, de toute façon, je me souviens que j'avais vu pu collecter

14 quelques billets. Et c'est ce que je lui ai remis dans les mains, et il

15 m'a dit de retourner dans le bus.

16 Je ne sais pas comment il connaissait mon nom, mon prénom, mais je suppose

17 que Dragan Knezevic savait déjà où je me trouvais, quel était le bus dans

18 lequel j'étais, car je n'ai jamais eu l'occasion de voir la personne qui

19 était chargée de garder le bus dans lequel j'étais.

20 Question: Je vais demander à l'huissier de bien vouloir baisser le bras du

21 rétroprojecteur, pour que je puisse voir le témoin. Merci.

22 (Intervention de l'huissier.)

23 Après cet arrêt, est-ce qu'il y en avait d'autres ou quel était l'autre

24 arrêt dont vous vous souvenez?

25 Réponse: Je me souviens que nous nous sommes arrêtés une autre fois. On

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1 avait également une certaine sorte de pause. Et je me souviens que la

2 personne qui sécurisait notre bus m'avait demandé si je commençais

3 connaissais Edin Mrkalj; il était policier de formation. (expurgée)

4 (expurgée)

5 Question: Et qu'est-ce qu'il a dit?

6 Réponse: Je ne me souviens pas exactement.

7 M. Koumjian (interprétation): A la page 44, ligne 8, est-ce que l'on peut,

8 s'il vous plaît, expurger la première phrase?

9 M. le Président (interprétation): Oui, pour des raisons tout à fait

10 évidentes, cette première page, page 44 en ligne 8, devrait être expurgée.

11 M. Koumjian (interprétation): Est-ce que vous savez ce qui est arrivé à

12 Edin?

13 Témoin X (interprétation): Je ne savais pas. Mais avant, quand on a

14 procédé au nettoyage, Edin, de son propre gré, s'est rendu au poste de

15 police à Prijedor et il a pris l'uniforme. Il avait également une arme,

16 mais il a terminé dans un camp. Il est parti chercher ça de son propre gré

17 mais, de toute façon, il a terminé dans un camp; il n'est jamais retourné

18 vers nous.

19 Question: Et ce gardien qui vous a demandé les informations au sujet de

20 Edin, c'est lui qui vous a dit ce qui lui est arrivé?

21 Réponse: Ce n'est pas lui qui m'a raconté quoi que ce soit. Moi, je l'ai

22 appris bien avant.

23 Question: Est-ce que vous vous êtes arrêtés, un moment donné, dans une

24 zone forestière?

25 Réponse: Pour ce qui concerne ce tronçon de la route du côté de Skender

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1 Vakuf, je me souviens qu'une fois, on avait pris une route goudronnée. Ce

2 convoi était tellement long. Et puis, on a fait un long voyage, et puis,

3 les véhicules ne pouvaient pas se suivre de très près parce qu'il y avait

4 beaucoup de poussière et le terrain également était très difficile. C'est

5 la raison pour laquelle ils ne pouvaient pas véritablement se déplacer

6 vite car, en plus, ils étaient très chargés. Et les camions, c'était

7 pareil, et ils ne pouvaient pas se tenir l'un à côté de l'autre. Le convoi

8 était assez dispersé.

9 Question: Est-ce que vous vous êtes arrêtés, après Skender Vakuf, quelque

10 part?

11 Réponse: Je me souviens, une autre fois, quand nous nous sommes arrêtés,

12 quand, à Skender Vakuf, des soldats sont montés à bord des bus. C'étaient

13 des soldats qui étaient de cet endroit-là; ils étaient tous en uniforme et

14 ils ont poursuivi la route ensemble, avec nous.

15 Question: Et ensuite, où est-ce que vous êtes allés?

16 Réponse: Je ne sais pas où on allait, mais je me souviens qu'ensuite, on a

17 été arrêtés. On descendait une pente. Il y avait un ruisseau, une petite

18 rivière plutôt, et c'est là où nous nous sommes arrêtés. Et on est restés

19 le plus longtemps à cet endroit-là, c'était la pause la plus longue. On

20 attendait les camions et les bus qui se rangeaient les uns après les

21 autres.

22 Question: Et que s'est-il passé quand vous vous êtes arrêtés à côté de ce

23 ruisseau?

24 Réponse: Tout premièrement, on nous a demandé de descendre, de prendre de

25 l'eau, qu'on avait le droit de boire et qu'on allait faire cette pause.

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1 Question: Est-ce que vous avez vu ce que les policiers faisaient à ce

2 moment-là, pendant que vous étiez à côté du ruisseau?

3 Réponse: Oui. Ils étaient réunis, rassemblés dans un groupe et puis, ils

4 discutaient entre eux.

5 Question: Et les policiers qui accompagnaient le convoi, est-ce qu'il

6 s'agissait des policiers de la municipalité de Prijedor?

7 Réponse: Oui, exclusivement de la municipalité de Prijedor.

8 Question: Pendant que les policiers, dans ce groupe, se parlaient -vous

9 l'avez donc observé-, que s'est-il passé par la suite?

10 Réponse: On nous a demandé de nous aligner par deux et on nous a dit qu'on

11 allait être échangés.

12 Question: Vous dites qu'on vous a ordonné de vous aligner. Est-ce que ceci

13 concernait les prisonniers de Trnopolje ou tous ceux qui étaient également

14 dans d'autres bus, dans les camions, et qui étaient de Tukovi?

15 Réponse: C'étaient des hommes de Trnopolje, car ces deux bus qui étaient

16 de Trnopolje étaient complètement vides par la suite. Et ensuite, ils sont

17 allés rassembler un certain nombre d'autres personnes parce qu'ils sont

18 allés chercher les hommes tout le long du convoi.

19 Question: Et que s'est-il passé au moment où vous vous êtes alignés par

20 deux dans des rangs?

21 Réponse: On nous a demandé par la suite de monter dans les bus parce que,

22 soi-disant, on allait être échangés.

23 Question: Il y avait combien de bus dans lesquels vous êtes montés?

24 Réponse: Moi, je suis monté parmi les premiers, dans un bus, dans le

25 premier bus.

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1 Question: Il y avait combien d'autres bus qui étaient sur place et dans

2 lesquels les gens qui se sont alignés par deux dans les rangs devaient

3 monter?

4 Réponse: Si je me souviens bien, il y avaient encore un autre bus derrière

5 le mien alors que d'autres camions et d'autres bus ont été gardés à cet

6 endroit-là. Il y avait des réfugiés, si je peux les appeler comme cela.

7 Question: Vous dites que vous étiez parmi les premiers. Et où se trouvait

8 votre père?

9 Réponse: Il était à côté de moi, très proche par rapport à moi.

10 Question: Et quel âge aviez-vous, le 21 août?

11 Réponse: 22.

12 Question: Et votre père?

13 Réponse: Mon père est né en 1942, donc il avait dans les 49 ans. 50 ans au

14 mois de novembre, il a eu 50 ans au mois de novembre. Il avait donc 49

15 ans.

16 Question: Une fois que vous êtes monté dans ce bus, à côté du ruisseau où

17 les hommes ont été séparés, pouvez-vous nous dire combien vous étiez dans

18 le bus, à peu près? Est-ce qu'il y avait beaucoup de monde dans le bus?

19 Réponse: Nous sommes rentrés par la porte arrière et ensuite, nous sommes

20 allés... On nous a demandé de nous pousser devant et on nous a demandé

21 également de nous coucher par terre. Et puis, j'ai attendu... Je me suis

22 couché, puis j'ai senti qu'il y avait un certain poids qui me tombait sur

23 le dos: c'étaient les hommes qui tombaient sur moi. Car tout ce que je

24 voyais, à ce moment, en effet, je le voyais à l'endroit où je me trouvais.

25 Et je me trouvais en avant par rapport aux autres, donc je ne pouvais pas

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1 voir ce qui se passait derrière.

2 Question: Est-ce que vous savez à peu près combien de personnes avaient

3 été chargées dans le bus, à ce moment-là?

4 Réponse: D'après mon estimation -mais c'est tout à fait approximatif-, une

5 centaine de personnes se trouvaient à bord du bus car je sais qu'au moment

6 où on nous a transportés de Biscani pour Trnopolje, et au moment où nous

7 sommes partis vers Banja Luka, quand on s'est retrouvés dans des

8 situations plus ou moins normales, j'ai pu à peu près me rendre compte

9 combien on était au total parce qu'on n'était vraiment pas l'un sur

10 l'autre. Donc d'après mon estimation, au moment où on a dit qu'on allait

11 procéder à un échange, j'ai compris que nous étions plus nombreux.

12 Question: Et au moment où on vous a délivré un ordre pour monter dans le

13 bus, qui avait délivré ces ordres aux prisonniers pour monter dans le bus?

14 Réponse: Moi, je me souviens de l'aspect d'un homme, c'est ce qui m'a

15 marqué. Il portait un uniforme et il était pratiquement camouflé, masqué.

16 On ne voyait rien, on n'entendait que sa voix. C'était quelqu'un qui

17 commandait, il n'y avait que sa voix qu'on entendait; les autres étaient

18 tout simplement présents. Et c'est quelqu'un qui portait un pistolet qu'on

19 appelait "Scorpion".

20 Question: Est-ce que vous avez décrit ultérieurement la personne en

21 question? Est-ce que vous avez parlé avec votre oncle de cette personne?

22 Réponse: Oui. Lorsque j'ai rencontré mon oncle plusieurs années plus tard

23 et quand j'ai raconté tout ce qui m'est arrivé, lui, il m'a dit que ceci,

24 éventuellement, aurait pu être Dragan Mrdja.

25 Question: Est-ce que vous pouvez décrire la personne en question qui

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1 donnait des ordres et dont vous avez entendu la voix?

2 Réponse: Je me souviens: il avait des sourcils qui étaient assez larges et

3 il avait des cheveux noirs qu'il mettait de côté.

4 Question: Et sa peau, elle était comment?

5 Réponse: Excusez-moi, je ne comprends pas ce que vous me demandez.

6 Question: Pour ce qui concerne son teint, il se présentait comment?

7 Réponse: Il était un petit peu foncé.

8 Question: Et vous nous avez dit qu'il portait le pistolet. Est-ce que vous

9 pouvez le décrire?

10 Réponse: Oui. Il parlait tout le temps de CZ99. Il hurlait. C'est tout ce

11 que j'ai entendu: CZ99. C'est tout ce que j'entends.

12 Question: Est-ce qu'il s'agit d'un pistolet automatique?

13 Réponse: Oui, je pense effectivement qu'il s'agit d'un pistolet

14 automatique, pas semi-automatique. Mais il est de marque Crvena Zastava.

15 Je pense que c'était fabriqué par cette usine, Crvena Zastava.

16 Question: Et une fois que cet homme-là vous a ordonné de monter dans les

17 deux bus, que s'est-il passé?

18 Réponse: Notre bus a été donc chargé. Ensuite, nous avons... On est partis

19 de l'endroit où on était arrêtés. Cette même personne se trouvait à bord

20 de notre bus. Il y avait plusieurs... quelques policiers qui étaient avec

21 nous.

22 Et ensuite, cette personne-là a donné un sac en plastique et il nous a

23 demandé de mettre dans ce sac en plastique tous les objets de valeur, et

24 c'est comme ça que ce sac en plastique est passé par nous tous et ensuite,

25 on lui a fait revenir le sac.

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1 Question: Savez-vous combien de temps le bus a pris, par la suite, avant

2 de s'arrêter de nouveau?

3 Réponse: Entre 10 et 15 minutes.

4 Question: Et que s'est-il passé au moment où il s'est arrêté, le bus?

5 Réponse: Au moment où le bus s'est arrêté, on nous a demandé une fois de

6 plus de descendre mais, cette fois-ci, par la porte en avant. Et devant

7 cette porte, devant le bus, il y avait un groupe de policiers qui nous

8 ont, une fois de plus, demandé de nous mettre deux par deux et puis, de

9 faire marche arrière, donc de retourner vers la route par laquelle nous

10 sommes arrivés.

11 On marchait deux par deux. Mon père était à côté de moi.

12 Moi, je n'ai pas osé me retourner. Et au moment où nous avons remarqué ce

13 précipice, pour nous, c'était clair qu'ils allaient nous exécuter.

14 Question: Au moment où le bus s'est arrêté, pouvez-vous nous décrire la

15 route? C'était une route large? Que se trouvait-il des deux côtés de la

16 route?

17 Réponse: J'ai remarqué qu'à droite, lorsque nous avons fait demi-tour, il

18 y avait des rochers juste au-dessus de la route, alors que, sur la gauche,

19 il y avait des piliers en béton parce qu'il y avait un précipice juste

20 derrière. Donc, j'ai remarqué ces piliers en béton.

21 Question: Lorsque vous évoquez le côté droit, vous pensez au moment où

22 vous avez fait demi-tour, donc vous avez pris la direction opposée à celle

23 qu'avait prise le bus auparavant, n'est-ce pas?

24 Réponse: Oui. Donc le bus était effectivement tourné vers l'avant et nous,

25 nous avons fait demi-tour; donc, à droite, il y avait le rocher, alors

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1 qu'à gauche, il y avait ces piliers en béton pour délimiter juste le

2 précipice.

3 Question: Pouvez-vous nous décrire les rochers que vous avez évoqués,

4 quelle était la configuration du terrain? Pouvait-on traverser cette

5 partie rocheuse? Etait-il possible de marcher dessus?

6 Réponse: A droite, donc, il y avait des roches, très abruptes. Et on

7 pouvait voir un bois, mais on ne pouvait pas l'atteindre. A gauche, on ne

8 pouvait rien voir, mais un peu plus loin, on pouvait entrapercevoir un

9 canyon. Entre les deux, il y avait un précipice, entre donc la route et

10 les rochers du canyon. Donc, il était évident qu'il y avait un précipice

11 entre les deux.

12 Question: Donc, d'un côté, il y avait ce précipice et de l'autre côté, il

13 y avait des rochers. Etaient-ils abrupts ou pouvait-on les escalader?

14 Réponse: Ils étaient abrupts, plutôt abrupts, oui.

15 Question: Lorsque vous avez fait demi-tour, vous souvenez-vous combien de

16 mètres avez-vous fait en marchant, après avoir descendu du bus?

17 Réponse: Une centaine de mètres. J'étais au début de la colonne au

18 cinquième, sixième rang. Nous avancions jusqu'au moment où on nous a donné

19 l'ordre de nous arrêter.

20 Je suppose que les gens qui se trouvaient à l'arrière de la colonne, en

21 fait les gens qui se trouvaient à la tête de la colonne devaient déjà

22 atteindre le bord du précipice. On avançait donc en colonne par deux, et

23 la personne qui commandait nous a dit de nous arrêter. Elle a dit "stop!".

24 Nous nous sommes arrêtés, nous nous sommes tournés à gauche, nous avons

25 fait trois pas en avant, et il nous a dit de nous agenouiller. On était au

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1 bord du précipice déjà.

2 J'ai entendu cette personne dire :"Nous échangeons des morts contre les

3 morts et des vivants contre les vivants".

4 Question: Qui a dit cela?

5 Réponse: La même personne. C'est l'homme que j'estime être, j'estime qu'il

6 s'appelle Drago Mrdja.

7 Question: Donc, vous marchiez une centaine de mètres, et, à un moment, les

8 personnes sont alignées. Avez-vous pu voir les personnes qui sont restées

9 sur votre gauche, derrière vous?

10 Réponse: Je n'ai pas pu les voir toutes, juste celles qui entraient dans

11 mon champ de vision.

12 Question: Vous étiez à quelle distance, au moment où vous vous êtes

13 arrêtés, du précipice?

14 Réponse: On était au bord même du précipice. Si l'idée vous venait de nous

15 toucher à ce moment-là, on aurait pu tomber dans le précipice.

16 Question: Où était votre père?

17 Réponse: A ma gauche.

18 Question: Que s'est-il passé alors?

19 Réponse: Lorsque la personne en question a dit qu'elle allait échanger les

20 morts contre les morts et les vivants contre les vivants, ils ont commencé

21 à tirer; la provenance du tir était à ma gauche. Les gens tombaient dans

22 le précipice. J'ai dit à mon père: "Lance-toi, papa!".

23 Question: Que vous est-il arrivé, à vous?

24 Réponse: Il m'a poussé dans le précipice.

25 Question: Quelle en était la profondeur?

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1 Réponse: Même aujourd'hui, je ne m'en souviens pas. Depuis le moment où

2 mon père m'a poussé, je ne me souviens plus de l'instant où j'ai atterri.

3 Je roulais sur les roches, j'essayais de m'arrêter, de me cramponner à

4 quelque chose. Je me souviens donc de deux ou trois moments où j'étais

5 conscient d'être encore en vie, mais je ne me souviens pas de la chute-

6 même.

7 Question: Quelle est la chose suivante dont vous vous souvenez?

8 Réponse: Je me suis retrouvé assis, c'était très loin en profondeur de la

9 route. Je me souviens des tirs également. C'est ce qui est resté gravé

10 dans ma mémoire, cette position dans laquelle je me suis retrouvé.

11 Lorsque nous sommes descendus du bus, j'avais un veston. Et lorsque je me

12 suis retrouvé, donc, dans le précipice, je n'avais plus de veston, je

13 n'avais plus de baskets non plus; elles n'étaient tout simplement plus là.

14 J'avais des traces de coups, des ecchymoses un peu partout et je me suis

15 tordu la cheville. En fait, la cheville était cassée et c'est cette

16 douleur-là qui m'avait réveillé. Ma cheville ne tenait qu'à un petit bout;

17 c'était un tendon, peut-être, un petit muscle.

18 Ensuite, j'ai vu deux hommes qui sont descendus dans le précipice. Ils

19 faisaient le tour et tiraient les balles dans les têtes des gens qui

20 gisaient. J'attendais que vienne mon tour, mais ils ont fait demi-tour,

21 ils sont remontés, ils ont rejoint la route, et moi, je suis resté là,

22 assis. En fait, je me suis allongé, je faisais semblant d'être mort.

23 C'était un espace où la visibilité était bonne, ils auraient pu me voir.

24 Je ne comprends pas comment il se fait qu'ils ne m'ont pas remarqué.

25 Je me souviens aussi que, pendant cette période, alors que j'étais assis,

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1 autour de moi il y avait des sacs, des sacs étaient tombés. J'ai vu donc

2 les sacs tomber. Et avec les cailloux, tout cela dégringolait dans ce

3 précipice.

4 J'ai aussi entendu les tirs, des tirs qui provenaient de ma gauche.

5 J'imagine qu'il s'agissait du deuxième bus, parce que j'ai eu l'occasion

6 de discuter avec les survivants de ce deuxième bus; donc j'imagine que

7 c'est bien à cet endroit-là que cela s'est produit.

8 Question: Lorsque ce massacre s'est produit, quelle heure était-il, quelle

9 partie de la journée?

10 Réponse: C'était dans l'après-midi.

11 Question: Vous avez dit que vous avez été réveillé par une douleur et par

12 des tirs. Pouvez-vous nous dire d'où provenaient ces tirs?

13 Réponse: J'ai tourné la tête, j'ai regardé vers le haut, vers la route où

14 il y avait des gens. Donc les tirs provenaient de ce côté-là. Et ensuite,

15 j'ai repéré d'autres tirs qui venaient de ma gauche. C'était également des

16 tirs de fusils automatiques, même si c'est difficile à déterminer parce

17 que les montagnes étaient tout autour.

18 Question: Lorsque vous évoquiez votre côté gauche et la route, est-ce bien

19 depuis la position où vous vous trouviez? Donc à votre gauche et dans

20 l'autre direction se trouvait la route?

21 Réponse: Les gens de mon bus ont été tués et ils se trouvaient derrière

22 moi. Lorsque je parle de l'autre côté, je parle de ces gens qui étaient

23 dans l'autre bus; donc ils n'étaient pas juste derrière moi, ils étaient

24 un peu plus en avant.

25 Question: Donc vous reprenez conscience. Est-ce que vous voyez des

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1 cadavres et des gens qui étaient avec vous dans le bus?

2 Réponse: Oui, une partie des cadavres, mais peut-être que je dois la vie

3 au fait que j'ai roulé très longtemps, donc je suis allé très loin en

4 profondeur. Certains corps se sont arrêtés à 15, 20 mètres derrière moi,

5 oui, jai vu certains d'entre eux.

6 Question: Vous avez dit que vous avez vu deux soldats qui sont descendus

7 qui ont tiré, est-ce exact?

8 Réponse: Oui, c'est exact.

9 Question: Que s'est-il passé après leur départ?

10 Réponse: Après leur départ, j'ai entendu des tirs que j'ai évoqués, donc

11 les tirs qui venaient du côté gauche et lorsqu'il n'y avait plus de tirs,

12 j'ai remarqué un convoi. Il a pris cette route vers la ligne de

13 démarcation. C'était vers la fin de l'après-midi. Ensuite, j'ai vu ce

14 convoi revenir, il a pris le même chemin et cette fois-ci, il était vide;

15 j'en ai conclu que cette ligne de démarcation se trouvait à proximité,

16 donc j'ai essayé de rejoindre cette ligne de démarcation pour me sauver.

17 Question: Etiez-vous en mesure de marcher?

18 Réponse: Non. Je ne pouvais pas marcher puisque ma cheville était cassée,

19 mon pied nétait plus en fonction. Je n'ai pas senti la balle. J'imagine

20 plutôt que c'était un caillou, que je me suis cogné contre un caillou,

21 contre un rocher.

22 Question: Avez-vous fait quelque chose pour arrêter l'hémorragie?

23 Réponse: Ce jour-là, je nai rien fait. J'attendais que la nuit tombe pour

24 rejoindre l'eau mais je n'osais pas le faire puisqu'il y avait des tirs

25 tout autour de moi. Et j'ai eu des hallucinations, mon esprit était

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1 embrouillé. Et la nuit tombée, petit à petit, je suis descendu et j'ai

2 rejoint le cours deau et j'y ai passé la nuit.

3 Avant que la nuit tombe, un sac est atterri à côté de moi et j'ai trouvé

4 une veste, un survêtement, et je me suis couvert puisqu'il faisait froid.

5 Donc j'ai passé la nuit à côté du cours deau et j'ai pu boire. J'ai

6 décidé de suivre le cours deau, j'entendais l'eau qui coulait et

7 j'espérais que la rivière était un peu plus profonde et que j'allais

8 pouvoir me jeter dans l'eau et que le courant m'emporterait. J'ai entendu

9 donc l'eau couler mais je n'ai pas eu l'occasion de nager. C'était la

10 sécheresse à l'époque, donc il n'y avait pas beaucoup d'eau. Je ne pouvais

11 pas marcher, c'était très difficile, je rampais. Et j'essayais d'avancer à

12 quatre pattes.

13 Avec une ceinture et avec un tee-shirt j'ai bandé ma cheville, il y avait

14 déjà des mouches autour. J'avais très mal. Donc j'avançais comme cela

15 petit à petit, le long de la rivière. Ce premier jour, si mes souvenirs

16 sont bons, c'était un samedi.

17 Question: Avez-vous vu d'autres survivants?

18 Réponse: Le premier jour après le massacre, j'ai vu une personne qui

19 venait à mon encontre. Elle descendait la pente. La nuit on entend tout

20 puisque le silence règne. J'ai donc vu que quelqu'un s'approchait mais il

21 ne m'a pas remarqué. Il faisait nuit. Je lui ai fait signe, cette personne

22 voulait également trouver refuge auprès de la rivière et trouver un chemin

23 pour s'en sortir.

24 Question: C'était quelqu'un qui avait survécu au massacre et c'était

25 quelqu'un qui était avec vous, dans le même bus?

Page 6910

1 Réponse: Je supposais qu'il en était ainsi. Il est venu derrière moi, là

2 où se trouvaient les autres cadavres.

3 Question: A-t-il essayé de vous aider?

4 Réponse: Je lui ai dit que je n'avais plus de jambes ou plus de pieds, je

5 ne me souviens pas. Il a continué son chemin, moi jai serré mes dents et

6 je me suis dirigé vers leau. C'est cette eau qui m'a sauvé la vie.

7 Question: En une heure, quelle distance avez-vous pu parcourir comme ça,

8 en rampant à quatre pattes?

9 Réponse: Ce jour-là, j'avais de la force. Je suivais donc le cours d'eau,

10 mais j'avais peur tout le temps; je voyais des soldats tout autour,

11 j'avais des hallucinations. De l'autre côté de la rivière... Moi, je me

12 trouvais du côté gauche, alors que, sur la rive droite, il y avait des

13 rochers aussi. Et moi, je voyais des soldats sur ces rochers et j'avais

14 peur. Je n'osais même pas boire de l'eau alors que l'eau était à côté de

15 moi, il suffisait juste de plonger ma main dedans.

16 Donc j'ai eu l'occasion également de traverser la rivière et je voulais

17 absolument le faire puisque, comme ça, je me protégerais contre les

18 soldats, les soldats ne pourraient pas me voir. Et c'est exactement ce que

19 j'ai fait pour être dans cet angle mort.

20 Question: Et c'est ce que vous avez fait?

21 Réponse: Oui. En rampant à quatre pattes, c'est ce que j'ai fait.

22 Question: Combien de temps avez-vous mis pour passer de l'autre côté de la

23 rivière?

24 Réponse: Je crois que je ne l'ai fait que dimanche, donc le jour suivant.

25 Question: Que s'est-il passé après que vous ayez rejoint l'autre rive?

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1 Réponse: Lorsque j'ai rejoint l'autre rive, il y a eu une tempête, la

2 pluie s'est mise à tomber. J'ai vu un moulin abandonné qui se trouvait au

3 milieu de la rivière. Puisqu'il n'y avait pas beaucoup d'eau, en fait,

4 donc on pouvait traverser la rivière et le moulin se trouvait au milieu.

5 Et comme la tempête faisait rage, suite à cette sécheresse, j'ai décidé de

6 rejoindre le moulin. La pluie n'était pas tombée pendant toute cette

7 période que j'ai passée dans le camp; c'était la première fois qu'il

8 pleuvait. J'ai trouvé refuge dans ce moulin. C'était un moulin construit

9 en bois; il n'y avait pas de toit, même, c'était une construction assez

10 vieille. Le moulin était en bois.

11 Question: Dans quel état se trouvait votre cheville? Donc vous avez dit

12 qu'il y avait des mouches qui se rassemblaient sur votre sang?

13 Réponse: J'ai pris un bâton, une branche et j'essayais de faire en sorte

14 que les mouches ne se rassemblent pas là. Donc, au bout de quelques jours,

15 j'étais trop épuisé pour pouvoir continuer à le faire.

16 Le tee-shirt que j'avais utilisé pour faire un bandage, ce tee-shirt était

17 devenu tout rouge. Et il y avait même des vers; les mouches avaient pondu

18 leurs oeufs dessus.

19 Question: Et lorsque vous êtes arrivé au moulin, que s'est-il passé?

20 Réponse: Je ne savais plus quand il faisait jour et quand il faisait nuit.

21 Je me souviens des roches des deux côtés de la rivière; je voyais le bout

22 de ciel entre ces deux côtés et je n'avais plus d'orientation dans le

23 temps.

24 J'ai entendu des bruits, des voix autour du moulin. Ils se sont adressés à

25 moi. Ces gens croyaient que j'avais une bombe sous le tee-shirt, sur mon

Page 6912

1 pied, puisque cette cheville avait enflé de cette manière. On croyait

2 qu'il y avait un objet sous le tee-shirt.

3 Ils ont eu pitié de moi. Ils ne m'ont pas battu, ils ne m'ont pas

4 maltraité.

5 Question: Ces gens que vous avez vus au moulin étaient-ils en uniforme?

6 C'étaient des soldats ou des civils?

7 Réponse: Ils avaient des uniformes vert olive.

8 M. Koumjian (interprétation): Ce serait le moment opportun pour faire la

9 pause.

10 M. le Président (interprétation): Nous allons lever la séance jusqu'à 14

11 heures 30.

12 (L'audience, suspendue à 13 heures, est reprise à 14 heures 36.)

13 Veuillez continuer, s'il vous plaît.

14 M. Koumjian (interprétation): Témoin X, l'endroit où a eu lieu cette

15 exécution sur le Mont Vlasic, est-ce que vous connaissez le nom de cet

16 endroit ou est-ce que vous avez ultérieurement appris comment on appelle

17 cet endroit?

18 Témoin X (interprétation): J'ai appris que c'était Korjcanske Stijene;

19 c'est de cette manière qu'on appelle cet endroit et la rivière qui coule à

20 cet endroit s'appelle la Ugar. Je l'ai appris d'un homme qui est du coin

21 et qui était avec moi à Banja Luka, pendant que j'étais prisonnier et que,

22 lui aussi, était prisonnier. J'ai eu la possibilité de m'entretenir avec

23 lui à plusieurs reprises.

24 Je lui ai raconté mon histoire, et il a réussi à deviner que c'était à cet

25 endroit que cela s'était passé.

Page 6913

1 Question: Vous nous dites avoir rencontré l'un des survivants le jour du

2 massacre, cet après-midi. Est-ce que vous avez ensuite revu cette

3 personne?

4 Réponse: Oui, le lendemain.

5 Question: Que s'est-il passé alors, quand vous avez vu cette personne?

6 Réponse: Cette personne est venue vers moi et nous avons parlé. Je me

7 souviens également qu'on a parlé de tout cela et moi, du fait de mon

8 ignorance, je parlais de soldats qui m'avaient donné du pain. Je disais ce

9 genre de choses et, ensuite, cette personne a essayé de m'aider. J'ai

10 essayé de m'appuyer sur son épaule et de me déplacer à cloche-pied, en

11 m'appuyant sur son épaule pour qu'il puisse me permettre de m'éloigner de

12 cet endroit. Mais cela n'a pas marché et, donc, il m'a laissé à cet

13 endroit et je suis resté seul.

14 Question: Vous dites que, par ignorance, vous avez parlé à des soldats qui

15 vous ont donné du pain. Est-ce que vous pouvez un petit peu nous expliquer

16 ce que vous entendez par là?

17 Réponse: A ce moment là, c'est simplement l'impression que j'ai eue, tout

18 simplement parce que je n'ai pas vraiment vu ce qui s'était passé. Je n'ai

19 pas vu tout ce qui s'était passé. J'étais dans mes propres pensées, si

20 l'on peut dire. C'est là où je me tenais.

21 Question: Et vous pensez qu'à ce moment-là, vous avez eu des

22 hallucinations?

23 Réponse: Oui.

24 Question: Vous nous avez dit que vous avez traversé la rivière par vous-

25 même. Quelle était la largeur de la rivière à cet endroit-là?

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1 Réponse: La largeur, disons de 20 à 30 mètres.

2 Question: Combien de temps vous a-t-il fallu pour traverser ces 20 ou 30

3 mètres?

4 Réponse: Longtemps. Je me souviens qu'à un moment donné, je me suis arrêté

5 à peu près aux deux tiers, à peu près à la moitié. Je me souviens des

6 moments où je me suis arrêté. Mais, en tout cas, cela m'a pris beaucoup de

7 temps.

8 Question: Sur le site de l'exécution, vous nous dites avoir vu des

9 policiers de Prijedor que vous avez reconnus. Est-ce que vous vous

10 souvenez également du nom de ces hommes?

11 Réponse: Oui. Je m'en souviens. Sur le site de l'exécution, j'ai reconnu à

12 nouveau Dragan Knezevic. J'ai également reconnu Sasa Zecevic, qui était

13 également à l'école de police avec nous à Sarajevo. J'ai reconnu Zoran

14 Babic, qui, lui aussi, portait un uniforme avec des insignes de la police.

15 J'ai reconnu Zeljko Predojevic, qui portait un uniforme vert olive.

16 C'était un ancien camarade de classe. J'avais été à l'école avec lui dans

17 les petites classes. J'ai reconnu Branko Topola, qui habitait à Tukovi;

18 c'était un garde au camp de Trnopolje au moment ou j'ai séjourné au camp.

19 J'ai également reconnu un voisin, le voisin de Topola. Je crois que son

20 surnom, c'était "Dado". Lui aussi était là, à côté du bus.

21 Question: Vous nous dites que des soldats sont venus au moulin, qu'ils

22 vous ont vu, que vous avez enlevé le tee-shirt qui entourait votre jambe.

23 Ils ont vu votre pied. Et ensuite, que s'est-il passé?

24 Réponse: Ils m'ont dit de ne pas m'éloigner du moulin, qu'ils allaient

25 revenir pour me porter secours.

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1 Question: Les avez vous attendus?

2 Réponse: Oui. Je n'ai pas bougé d'un centimètre. J'espérais qu'ils

3 allaient revenir me porter secours.

4 Question: Et que s'est-il passé?

5 Réponse: Eh bien, les mêmes hommes sont revenus avec un cheval. Il y avait

6 une sorte de selle en bois sur le dos du cheval et c'est là qu'ils m'ont

7 attaché, sur le dos du cheval, avec une corde.

8 Je n'avais plus aucune énergie, je n'avais pas l'énergie de m'accrocher à

9 la bête. Mais, en tout cas, c'est de cette manière qu'ils m'ont emmené.

10 Question: Où vous ont-ils emmené?

11 Réponse: D'abord, on a pris la direction inverse, c'est-à-dire qu'on a

12 commencé à marcher vers l'aval de la rivière, mais sur l'autre rive de la

13 rivière, pas sur la rive sur laquelle j'avais rampé. Mais, peu après, on

14 s'éloignait de la rivière et on a commencé à grimper.

15 Question: Et où êtes-vous allés?

16 Réponse: On a monté une sorte de hauteur. Il y avait une sorte de point de

17 contrôle à cet endroit, je m'en souviens très bien. Il y avait à cet

18 endroit des soldats, et ils ont placé un bandeau sur mes yeux. Ils ont

19 pris un bandage, ils l'ont entouré autour de ma tête afin que je ne voie

20 pas où l'on m'emmenait. Je sais simplement que ça a été un itinéraire, un

21 chemin très difficile, très fatigant pour moi. J'étais assis, mais mon

22 pied pendait. C'était un terrain extrêmement difficile. Le cheval allait

23 de pierre en pierre et avait beaucoup de mal à avancer, donc j'étais

24 ballotté et je criais de douleur régulièrement et je ne cessais de leur

25 demander à boire.

Page 6916

1 Question: Où ces soldats vous ont-ils emmené sur ce cheval?

2 Réponse: Tout ça, c'était au milieu de la nuit, parce que c'est au soir

3 que ces soldats m'ont trouvé. Donc, maintenant, on parle d'un moment qui

4 se trouve... C'était à peu près 1 heure du matin. On est arrivé dans un

5 village, sans doute sur les pentes du Mont Vlasic.

6 Nous sommes arrivés au village et ils m'ont étendu sur une couverture. Un

7 médecin est arrivé; il m'a fait deux piqûres: une piqûre d'analgésique et

8 une piqûre anti-inflammatoire, je crois, ou contre les infections.

9 Ensuite, on m'a emmené; je ne sais pas si c'était une école, mais en tout

10 cas on m'a emmené dans un bâtiment où il y avait des lits. Il y avait une

11 grande salle, un grand hall. Je ne sais pas exactement de quel bâtiment il

12 s'agit, mais c'est là que j'ai passé la nuit et que je suis resté jusqu'au

13 matin.

14 Et le lendemain matin, une voiture tout terrain est arrivée, une Lada

15 Niva; c'était une voiture de marque Lada Niva. Ils sont venus et ils m'ont

16 emmené à Skender Vakuf. J'ai été escorté par celui qui m'avait emmené du

17 précipice où j'étais tombé. Donc c'est lui qui m'a emmené jusqu'à Skender

18 Vakuf, jusqu'à l'hôpital qui se trouve à cet endroit, et c'est là qu'on

19 m'a porté les premiers secours. Mais, peu après, on m'a envoyé à Banja

20 Luka.

21 Question: Et où vous a-t-on emmené, à Banja Luka?

22 Réponse: A Skender Vakuf, je suis monté dans une ambulance, un véhicule.

23 Et avant que je ne quitte Skender Vakuf, une autre personne est montée qui

24 portait un uniforme et qui était assise devant moi. J'ai fait une

25 déclaration à cette personne; il a enregistré ma déclaration sur un

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1 magnétophone. Je n'ai pas pu voir son visage parce que, moi, j'étais assis

2 dans l'ambulance et je regardais en l'air, je regardais vers le haut.

3 Cette personne, cet homme, il était assis à l'avant du véhicule. Il m'a

4 dit qu'il enregistrait ma déclaration sur une cassette et que je devais

5 bien faire attention, et surtout ne pas raconter de mensonges car on

6 enregistrait mes propos.

7 A Skender Vakuf, quand je suis monté dans l'ambulance, et après avoir

8 donné cette déclaration, j'ai vu arriver un autre survivant et, ensemble,

9 nous sommes allés à Banja Luka.

10 Question: A Banja Luka, où êtes-vous allés?

11 Réponse: D'abord, tant que j'aie pu m'en rendre compte, on est allés dans

12 une sorte de quartier général pour qu'on nous donne un certificat nous

13 permettant d'entrer dans le centre sanitaire, nous permettant d'aller à

14 l'antenne chirurgicale. On nous a donc donné ce permis et, à ce moment-là,

15 nous avons été admis au service de chirurgie de Banja Luka.

16 Question: Quand vous êtes arrivé à l'hôpital de Banja Luka, est-ce que

17 l'on a nettoyé votre blessure?

18 Réponse: Quand je suis arrivé à l'hôpital, ils ont commencé à nettoyer ma

19 blessure. Ils ont ouvert mon pantalon, on m'a déchiré mon pantalon au

20 moyen d'une paire de ciseaux et ensuite, ils m'ont emmené jusqu'au

21 deuxième étage, en ascenseur je crois. On m'a emmené dans une pièce qui se

22 trouvait au deuxième étage et, à ce moment-là, un autre homme en uniforme

23 est arrivé; il s'agissait d'un colonel. Et à lui aussi j'ai fait une

24 déclaration.

25 Question: Vous nous parlez de deux déclarations. Dans ces déclarations,

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1 vous avez parlé du massacre qui avait eu lieu au Mont Vlasic, c'est cela?

2 Réponse: Oui, uniquement du massacre.

3 Question: Quand on a eu nettoyé votre blessure, est-ce que vous avez

4 regardé votre cheville?

5 Réponse: Oui.

6 Question: Et avez-vous vu quoi que ce soit sur votre peau, dans votre

7 peau, au niveau de votre blessure?

8 Réponse: Il y avait plein de vers.

9 Question: Est-ce que vous pouvez parler aux Juges de l'expérience qui a

10 été la vôtre dans cet hôpital?

11 Réponse: J'ai donc fait ma déclaration et puis, on m'a ramené au service

12 de chirurgie. On m'a anesthésié, soi-disant pour m'opérer. Mais quand je

13 me suis réveillé, j'ai constaté que toute ma jambe avait été plâtrée.

14 Question: Vous dites qu'on a plâtré votre jambe. Et jusqu'où montait le

15 plâtre?

16 Réponse: Sur toute ma jambe. J'étais plâtré sur toute ma jambe.

17 Question: Que s'est-il passé ensuite?

18 Réponse: Ensuite, on m'a emmené dans la pièce n7. Il y avait deux lits,

19 dans cette pièce, et trois autres; j'étais le quatrième. Donc il y avait

20 deux personnes par lit. Nous avons été soumis à des tortures, des passages

21 à tabac très violents dans cette pièce.

22 On ne renouvelait plus mes pansements, on ne m'a pas administré de soins

23 médicaux quels qu'ils soient. J'avais besoin d'eau, mon organisme avait

24 besoin d'eau mais il n'y en n'avait pas. On nous a forcés à boire notre

25 propre urine à ce moment-là, et c'est ce que nous avons fait .

Page 6919

1 On était disons isolés des autres blessés. L'hôpital grouillait de

2 personnes blessées, d'invalides. Ils étaient tous curieux. Et, avec la

3 permission des gardes qui nous surveillaient, tous ces invalides ont eu la

4 possibilité de nous frapper à leur façon. Il y en avait beaucoup qui

5 étaient manchots ou à qui il manquait une jambe. Ils se déplaçaient sur

6 des béquilles en bois dans l'hôpital, et ils venaient jusqu'à notre

7 chambre pour nous frapper.

8 Ils revenaient du centre ville pris de boisson, et au moment où les

9 responsables de l'hôpital n'étaient plus là, uniquement les infirmières et

10 les infirmières, ils venaient donc la nuit; ils éteignaient les lumières,

11 ils fermaient les rideaux et ils nous frappaient à qui mieux mieux.

12 Je pense que le personnel de l'hôpital a dû se rendre compte de ce qui

13 nous arrivait, parce qu'on a été alors évacués de la chambre n7 et on a

14 été placés dans la chambre 8 où il y avait des gens que j'avais rencontrés

15 le jour de notre transfert, à Paprikovac; c'est également une sorte

16 d'hôpital qui se trouve sur une colline à Banja Luka.

17 Des représentants de la police militaire sont venus nous chercher en

18 ambulance. Ils nous ont emmenés au service d'ophtalmologie et au service

19 de pédiatrie, car c'est le seul endroit où il y avait des lits libres.

20 Mais même à cet endroit nous étions isolés, nous étions surveillés par les

21 gardes. Et le transfert d'un endroit à l'autre a également été difficile.

22 Tout le monde nous attendait, on était pratiquement forcés de traverser

23 des haies hostiles en sortant de l'hôpital. Les autres patients voulaient

24 nous battre, ils ne montraient aucune compassion à notre encontre. Et

25 lorsque nous sommes arrivés à Paprikovac, on a reçu un accueil à peu près

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1 semblable.

2 Question: Maintenant, en ce qui concerne les autres patients qui étaient

3 avec vous dans la chambre 7, quelle était leur appartenance ethnique?

4 Réponse: Il y avait des Croates aussi, mais surtout des Musulmans. Mais il

5 y avait également des Croates. Je me souviens de certains d'entre eux.

6 Question: Vous souvenez-vous d'un Croate dénommé Damir?

7 Réponse: Damir, oui, je m'en souviens. Damir a été transféré en même temps

8 du service de chirurgie vers Paprikovac. Un jour, cependant, ils sont

9 venus le chercher et il n'est jamais revenu. C'est lui, parmi nous, qui a

10 été battu le plus sauvagement parce que, lorsqu'on l'a emmené, apparemment

11 il portait un uniforme .

12 Question: Vous racontez que vous avez été frappé par des patients. Vous

13 dites que certaines personnes revenaient du centre ville complètement

14 ivres. De qui s'agissait-il? Est-ce qu'il s'agissait de patients? Avez-

15 vous été passé à tabac par d'autres personnes que les patients de

16 l'hôpital?

17 Réponse: Les patients, les policiers, les soldats nous ont frappés.

18 Egalement des civils qui étaient sans doute venus voir des membres de leur

19 famille qui avaient été blessés au front. Voilà les gens qui nous ont

20 passés à tabac.

21 Question: Est-ce que les médecins, est-ce que le personnel médical de

22 l'hôpital a jamais fait quoi que ce soit pour vous protéger pendant ces

23 passages à tabac?

24 Réponse: Ils ont probablement essayé. Le chef de clinique, Kustric si je

25 me souviens bien, voilà comment il s'appelait, peut-être... sans doute

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1 qu'ils ont essayé de faire quelque chose, mais ils avaient leurs horaires

2 de travail, et ce qui se passait, ça se passait la nuit, après le coucher

3 du soleil. Cela se passait la nuit, pas pendant que ces gens étaient de

4 service, pas pendant les heures de bureau.

5 Question: Vous nous avez dit que l'on a plâtré votre jambe du pied

6 jusqu'en haut de la jambe, jusqu'à l'aine. Pendant cette période de temps,

7 qu'est il advenu de votre blessure?

8 Réponse: Le jour où on a été emmenés à Paprikovac, il y avait trois lits.

9 Moi, j'étais à côté du lit qui se trouvait près de la fenêtre. Il faisait

10 extrêmement chaud, ce jour-là. La salle empestait. Ma blessure était en

11 train de s'infecter énormément.

12 Question: Est-ce que la salle étaient empuantie par votre blessure?

13 Réponse: Oui.

14 Question: Et quand vous a-t-on enlevé votre plâtre?

15 Réponse: On m'a enlevé le plâtre le lendemain. J'ai demandé a être

16 transféré près de la porte d'entrée de la pièce parce que, à cet endroit-

17 là, le soleil ne frappait pas aussi fort. Et c'est à ce moment-là qu'on

18 m'a enlevé mon plâtre; ensuite, ils ont mis une sorte de plâtre moins

19 haut, qui allait simplement jusqu'aux genoux, mais avant cela ils ont

20 nettoyé ma jambe. Et au moment où ils ont enlevé le premier plâtre, j'ai

21 vu que ma jambe grouillait de vers, ainsi que le plâtre d'ailleurs. Et là

22 où il aurait dû y avoir ma cheville, il n'y avait plus rien. Il y avait

23 simplement un trou et il y avait du coton à l'intérieur de ce trou, là où

24 aurait dû se trouver ma cheville qui était placée à cet endroit. Et j'ai

25 vu le médecin le faire.

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1 Question: Vous avez vu le médecin mettre ce coton à l'intérieur du trou

2 qui se trouvait où aurait dû être votre cheville?

3 Réponse: Oui. J'ai vu, quand ils ont retiré la gaze et du coton. Oui,

4 effectivement, j'ai vu quand ils me donnaient un nouveau pansement.

5 Question: Est-il vrai de dire que le coton a été mis à l'intérieur et

6 qu'ensuite, on a posé du plâtre pendant que vous étiez encore inconscient,

7 au moment où on vous a anesthésié dans l'autre hôpital? C'est bien cela?

8 Réponse: Oui. Quand le plâtre a été enlevé, j'ai pu voir partout du coton

9 et de la gaze, donc c'est probablement qu'on l'a fait au moment où j'ai

10 subi, donc, cette intervention chirurgicale et au moment où j'étais sous

11 anesthésie. Je suppose que c'était comme ça; je n'étais pas conscient de

12 toute façon.

13 Question: Savez-vous quel était le médecin qui a mis le plâtre sur votre

14 jambe?

15 Réponse: Non, je ne sais pas qui a mis du plâtre. Mais à partir du moment

16 où j'ai été sous anesthésie, je ne pouvais pas le savoir, mais je sais

17 comment s'appelait le médecin qui avait enlevé le plâtre et qui m'avait

18 fait le pansement, une fois que le plâtre a été enlevé, et quand il avait

19 mis cette languette.

20 Question: Et combien de temps êtes-vous resté à l'hôpital?

21 Réponse: Je suis resté à Paprikovac jusqu'au 15 octobre.

22 Question: Ensuite, où êtes-vous allé?

23 Réponse: Pendant cette période, pendant que j'étais encore à Paprikovac,

24 vers le 15 octobre, il y avait cette personne à laquelle j'ai donné la

25 déclaration, au moment où j'ai été hospitalisé, qui s'est rendue une fois

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1 de plus chez moi. Il m'a demandé si j'avais des membres de ma famille qui

2 habitaient Banja Luka, parce que les autorités serbes n'allaient pas me

3 charger de quoi que ce soit. J'étais libre de partir et de faire ce que je

4 voulais.

5 Question: Est-ce que vous êtes sorti de l'hôpital? Est-ce que vous êtes

6 resté avec quelqu'un que vous connaissiez?

7 Réponse: Non, je ne suis pas sorti de l'hôpital. Moi, j'avais des

8 connaissances, j'avais des cousins, des amis, mais eux, ils vivaient

9 difficilement, ils luttaient pour survivre. Ce n'était pas facile à Banja

10 Luka, et cette famille ne pouvait pas m'aider étant donné que j'avais

11 besoin qu'on me transfère quelque part ailleurs, étant donné que j'étais

12 dans une condition physique assez mauvaise.

13 Moi, je me suis adressé à Merhamet, à Merhamet qui avait son siège à Banja

14 Luka. Je suis passé par Merhamet qui m'avait envoyé dans la mosquée; c'est

15 là où j'ai passé tout ce temps-là.

16 Question: Combien de temps êtes-vous resté à la mosquée? Et quand avez-

17 vous quitté la Bosnie?

18 Réponse: D'après mes estimations, c'était autour du 20 novembre.

19 Question: Comment, en définitive, on avait traité, à l'hôpital de Banja

20 Luka, vos blessures et votre jambe?

21 Réponse: Quand on m'a mis cette languette, j'ai été transféré,

22 probablement parce que le soleil tapait fort et puis, cette blessure

23 dégageait une odeur terrible. On m'avait fait déplacer au milieu de la

24 chambre; j'y ai passé quelques jours. Ensuite, le médecin qui était venu

25 escorté des gardiens, pour me donner des soins. Parce que, à Paprikovac,

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1 on était gardés par les gens; on était contrôlés. Chaque fois, quand il y

2 avait un médecin qui devait se déplacer ou un chirurgien, ça dépendait de

3 la bonne volonté des gardiens, s'ils allaient les laisser rentrer ou pas.

4 Et un jour, comme ça, il y avait un chirurgien, un médecin qui s'est rendu

5 dans la chambre où j'étais. Le gardien lui a dit qu'il ne fallait pas

6 qu'il vienne me panser ou me soigner, que, de toute façon... Il a dit:

7 "C'est quelqu'un auquel on va couper...", mais il n'a pas terminé quoi.

8 Donc moi, j'ai compris qu'on allait me couper la jambe.

9 Question: Est-ce que on vous a amputé la jambe?

10 Réponse: Oui.

11 Question: Et c'était donc la jambe au-dessus de la cheville?

12 Réponse: Oui, tout le tibia. Donc il n'y a que quelques centimètres en

13 dessous du genou qui sont restés, enfin, le moignon.

14 M. Koumjian (interprétation): Maintenant, je vais vous montrer quelques

15 photographies, si vous le voulez bien.

16 La première photographie. En effet, j'ai un jeu de photographies que

17 j'aimerais faire distribuer avant de commencer à les examiner.

18 M. le Président (interprétation): Tout premièrement, est-ce qu'il y a des

19 objections pour que S245 soit versé au dossier?

20 M. Lukic (interprétation): Non. Pas d'objection.

21 M. le Président (interprétation): S245 est versé au dossier.

22 Nous allons poursuivre avec S246-1,2, 3, etc.

23 M. Koumjian (interprétation): Monsieur le Président, S246, c'est le jeu de

24 photographies qui sont au total de 24. Nous pourrions peut-être commencer

25 par les examiner et, brièvement, je pourrais en donner la description.

Page 6925

1 Nous allons donner la cote également à chaque copie.

2 Je suppose que tout le monde dispose des copies et nous pouvons commencer.

3 Mais, avant de montrer au témoin chaque photographie, je vais d'abord

4 marquer que S246 est une photographie de la route qui mène vers Skender

5 Vakuf et, à droite, il y a des rochers.

6 M. le Président (interprétation): Tiret 1.

7 M. Koumjian (interprétation): S246-2, c'est le précipice.

8 Ensuite, S246-3, c'est une photographie qui représente juste le début du

9 précipice.

10 246-4, c'est le fond du précipice.

11 246-5, c'est une fois de plus la prise de vue de la route et les rochers à

12 droite, direction Skender Vakuf.

13 246-6, une fois de plus, la photographie représente le précipice.

14 246-7, la photographie du précipice.

15 Une autre, 246-8. Si l'on se penche bien sur la photographie, nous allons

16 voir que l'on voit quelques arbres et, à droite, on peut également

17 apercevoir quelque chose qu'on a construit. C'est un centre ou quelque

18 chose comme cela, mais en blanc.

19 246-9, il y a des rochers qui sont à gauche, une fois de plus la

20 photographie de la route, et la route qui mène à Travnik. Ce n'est pas

21 Tukovi, excusez-moi.

22 Ensuite, 246-10, vous avez le fond du précipice.

23 246-11 est une photographie du véhicule des Nations Unies et l'on voit

24 également l'enquêteur du Tribunal qui se tient au bord de la route.

25 246-12 représente le panorama de la zone en question. Je pense que c'est

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1 de l'autre côté du précipice.

2 246-13 est encore une prise de vue panoramique. On voit la colline de

3 l'autre côté de la rivière.

4 246-14, on peut constater un pilier en béton à côté de la route.

5 Ensuite, 246-15 et 246-16, l'agrandissement que nous apercevons du pilier.

6 246-17, un autre pilier en béton.

7 246-18, c'est la zone autour de la rivière.

8 246-19, la route avec les rochers à droite et le véhicule des Nations

9 Unies qui était garé.

10 246-20, les rochers à gauche et le véhicule des Nations Unies est visible.

11 246-21, le fond du précipice.

12 246-22, une fois de plus le fond du précipice.

13 246-23, on constate un certain nombre également de ce rocher qui est très

14 abrupt.

15 Ensuite, 246-24, où l'on voit une fois de plus ce rocher qui est assez

16 abrupt.

17 M. le Président (interprétation): Y a-t-il objection?

18 M. Lukic (interprétation): Pas d'objection.

19 M. le Président (interprétation): Nous admettons les pièces à conviction

20 depuis S246-1 jusqu'à S246-24 au dossier.

21 M. Koumjian (interprétation): Serait-il possible de montrer au témoin ce

22 jeu de photographies pour que lui puisse en sélectionner quelques unes et

23 nous saurions, à ce moment-là, tous de quelle photographie il s'agit?

24 (Intervention de l'huissier.)

25 Monsieur le Témoin X, je vais vous montrer tout premièrement la pièce à

Page 6927

1 conviction 246-1.

2 Je vais vous demander de bien vouloir jeter un coup dil sur cette

3 photographie, et nous dire si vous reconnaissez cette zone que l'on peut

4 voir sur ces photographies.

5 Témoin X (interprétation): Non. Mais je suppose qu'il s'agit de la zone

6 qui a été photographiée, où l'exécution a eu lieu.

7 Question: Je vous comprends parfaitement. Vous le supposez, mais vous

8 n'avez jamais vu cette photographie auparavant.

9 Est-ce que c'est exact?

10 Réponse: C'est vrai. Je n'ai jamais vu ces photographies. Pour moi, c'est

11 très difficile d'ailleurs.

12 Question: Est-ce que je peux poursuivre?

13 Réponse: Je vous en prie, vous pouvez.

14 Question: Vous pourriez peut-être jeter un coup dil sur ces

15 photographies et faire quelques commentaires, si jamais vous reconnaissez

16 un certain nombre de secteurs ou des zones que vous pouvez voir, si vous

17 pouvez faire quelques commentaires.

18 (Le témoin examine les photographies.)

19 Réponse: Est-ce que je peux commencer, s'il vous plaît?

20 Question: Oui, je vous en prie.

21 Réponse: J'ai choisi une des photographies qui me marque le plus et sur

22 laquelle je peux voir le plus. Pourquoi? Je vais essayer de vous

23 expliquer. Parce que là où se trouve le véhicule actuellement, je suppose

24 que c'est du côté de ces rochers qu'on avait procédé à l'exécution. Et

25 c'est au niveau de la colline, que je suis en train de montrer avec mon

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1 feutre, que le bus était arrêté, où j'étais avec mon père. Et je vous ai

2 raconté tout à l'heure comment on s'était déplacés pour arriver jusqu'à

3 cet endroit-là, en nous alignant et en marchant deux par deux.

4 M. Koumjian (interprétation): Je vais demander à l'huissier de bien

5 vouloir nous dire quelle est la cote de la photographie, s'il vous plaît.

6 Mme Philpott (interprétation): Il s'agit de la pièce à conviction 246-20.

7 M. Koumjian (interprétation): Donc il s'agit de la pièce à conviction 246-

8 20; c'est de ça que parle le témoin.

9 Il est difficile de très bien voir; il serait peut-être mieux de placer la

10 photographie sur le rétroprojecteur, et peut-être même de déplacer quelque

11 peu le rétroprojecteur pour bien voir de quoi il s'agit.

12 Vous dites que le bus se trouvait à peu près à droite, là où on voit cette

13 colline. Et d'un côté, à gauche et à droite, donc, un rocher?

14 Témoin X (interprétation): Oui, effectivement. A droite de la

15 photographie, on voit ce rocher où le bus s'était arrêté.

16 Question: Et ensuite, vous avez fait marche arrière.

17 Est-ce que vous pouvez distinguer, sur cette photographie, l'endroit où on

18 vous a dit de vous arrêter et de vous approcher du précipice?

19 Réponse: Peut-être que c'était quelque peu en avant, par rapport à ce que

20 l'on voit sur la photographie.

21 Question: En d'autres termes, à l'endroit où, probablement, se trouvait la

22 personne qui avait pris la photographie; c'est un endroit qu'on ne voit

23 pas sur la photographie?

24 Réponse: Oui, approximativement, quelques mètres de plus ou de moins. Moi,

25 je ne peux pas vous dire exactement, avec précision, à combien de mètres,

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1 mais plus ou moins, par rapport à cet endroit-là.

2 Question: Vous nous avez dit que vous vous souvenez également d'avoir vu

3 un certain nombre de piliers. Est-ce que l'on voit, sur la photographie,

4 des piliers?

5 Réponse: Oui, on les voit très clairement. Il s'agit de ces piliers que

6 j'ai réussi à voir, qui sont très visibles.

7 Question: Vous vous référez à ces piliers en béton qui longent le

8 précipice?

9 Réponse: Oui, l'un après l'autre.

10 Question: Est-ce que vous voyez, sur cette photographie ou sur les

11 photographies, l'endroit où vous êtes tombé?

12 Réponse: Sur cette photographie, éventuellement, je peux distinguer cet

13 endroit-là. Je vois également ce mur que j'ai pu voir. Mais c'est à peu

14 près la même photographie que celle que vous m'avez montrée tout à

15 l'heure, mais on voit quand même ce mur un peu mieux.

16 Question: Il s'agit de la photographie 246-11. C'est pour le compte rendu.

17 Vous semble-t-il qu'il s'agit des photographies de l'endroit où

18 l'exécution ait eu lieu?

19 Réponse: Je le suppose.

20 Question: Merci, Monsieur l'huissier.

21 Monsieur le Témoin X, à l'hôpital à Banja Luka, avez-vous rencontré

22 quelques autres personnes qui ont survécu au massacre de Vlasic?

23 Réponse: Oui, j'ai eu l'occasion de rencontrer un certain nombre de

24 personnes à Paprikovac; des gens qui ont survécu à l'exécution, au

25 massacre. Par coïncidence, ils n'ont pas subi les mêmes blessures et ils

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1 ont réussi... Physiquement, ils n'ont pas souffert autant que moi, ils

2 étaient mobiles.

3 Je ne sais pas comment ils ont survécu, en effet, mais de temps à autre

4 j'ai parlé avec eux parce que les gardiens délivraient des ordres, à ces

5 gens-là, de ramasser les bassins où l'on faisait nos besoins, et de les

6 porter dans les toilettes. C'est comme ça que nous avons eu l'occasion, si

7 les gardiens ne nous surveillaient pas de très près, de parler un petit

8 peu avec ces gens-là.

9 Question: A l'endroit où le massacre avait été perpétré, vous nous avez

10 dit que la dernière chose dont vous vous souvenez c'est que quelqu'un vous

11 a poussé par derrière. Est-ce que c'est correct?

12 Réponse: J'ai dit que c'était mon père.

13 Question: Est-ce que vous avez revu votre père ou le corps de votre père?

14 Réponse: Non.

15 Question: Excusez-nous, mais je pense que l'interprète n'a pas entendu

16 votre réponse. Est-ce que vous pouvez la répéter clairement?

17 Réponse: Je n'ai jamais vu mon père vivant ni malheureusement mort, non

18 plus.

19 Question: D'après votre meilleur souvenir, est-ce que les corps des

20 personnes qui ont été tuées à Vlasic avaient été retrouvés?

21 Réponse: A ma connaissance, non. Je me souviens des corps pendant que je

22 luttais pour survivre après ce massacre. Au bord de la rivière, moi, j'ai

23 vu les corps qui gisaient, sans signe de vie. C'était encore des corps...

24 je dirai des personnes qui ont été tuées peu de temps avant.

25 Question: Est-ce que dans votre culture, et vous, personnellement, ceci

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1 signifie beaucoup que de retrouver les corps? Est-ce que ceci vous gêne de

2 ne pas savoir où se trouvent ces corps?

3 Réponse: De toutes les manières, ceci est difficile, il s'agit de vivre.

4 Il s'agit de mon père que j'aimais beaucoup, que je respectais. Il a

5 disparu. Je ne l'ai plus jamais vu. Moi, je me sentirais mieux si un jour

6 je pouvais savoir où son corps a été enterré, où ses os reposent pour

7 ériger un monument, enfin pour le remercier de tout ce qu'il a fait pour

8 moi. J'étais très attaché à mon père. Non seulement que j'en dépendais,

9 mais j'étais très attaché à mon père.

10 M. Koumjian (interprétation): Merci, Monsieur le Témoin X. C'est tout ce

11 que je voulais vous demander. Pour le moment, je n'ai plus de question.

12 M. le Président (interprétation): Je pense qu'il serait convenable que,

13 demain, vous commenciez le contre-interrogatoire.

14 M. Ostojic (interprétation): Oui, Monsieur le Président.

15 M. le Président (interprétation): Y a il d'autres questions sur lesquelles

16 on pourrait se pencher, une fois que le témoin quitte le prétoire?

17 Monsieur le Témoin X, vous devez comprendre que la défense a le droit

18 également de vous contre-interroger et de vous poser des questions. Nous

19 allons vous demander de bien vouloir répondre aux questions qui vous

20 seront posées par les avocats de la défense, de la même manière que vous

21 l'avez fait quand le Procureur vous a posé des questions. Le contre-

22 interrogatoire commencera demain, à 10 heures.

23 Merci d'être venu aujourd'hui. Vous pouvez quitter le prétoire. Je vais

24 demander à l'huissier de vous escorter. Merci encore une fois.

25 Témoin X (interprétation): Merci.

Page 6932

1 (Le Témoin X est reconduit hors du prétoire.)

2 (Questions relatives à la procédure.)

3 M. le Président (interprétation): Je vais vous demander de profiter du

4 temps qui est à notre disposition pour, éventuellement, nous entretenir

5 sur un certain nombre de questions.

6 Il y a beaucoup de documents qui nous ont été présentés, des documents qui

7 concernent l'expertise militaire. Personnellement, je ne sais pas si la

8 défense a reçu à temps tous les documents, étant donné que nous étions

9 quelque peu surpris en voyant autant de documents.

10 M. Ostojic (interprétation): Monsieur le Président, les avocats de la

11 défense ont bien reçu le rapport militaire, mais il n'y a pas d'annexes et

12 l'on ne peut pas savoir véritablement s'il peut s'agir d'un expert

13 qualifié. Mais nous ne voulons pas soulever d'objection en ce qui concerne

14 le nombre de documents; nous soulevons l'objection au sujet du fait que

15 ceci n'a pas été traduit. Par conséquent, nous attendons de voir si nous

16 allons obtenir ou non les traductions avant de soulever l'objection. Mais

17 nous nous réservons le droit de le faire une fois que l'on aura reçu le

18 curriculum vitæ de M. Brown(?).

19 M. le Président (interprétation): Je suppose que M. Brown(?) va être

20 convoqué pour comparaître devant la Chambre?

21 M. Koumjian (interprétation): Oui, c'est exact.

22 M. le Président (interprétation): Pour ce qui concerne la traduction, nous

23 avons remis à la section de traduction tous les documents; je ne sais pas

24 si nous allons les recevoir à temps. Merci.

25 Par la suite, nous avons également un autre expert, expert en graphologie.

Page 6933

1 Est-ce que vous avez reçu les documents dans les deux langues pour que le

2 Dr Stakic puisse suivre?

3 M. Ostojic (interprétation): Non, Monsieur le Président, nous avons reçu

4 uniquement la version en anglais. Pour le moment, nous n'avons pas eu

5 l'occasion d'en discuter avec le Dr Stakic en détail mais, à plusieurs

6 reprises, nous en avons parlé. Nous n'avons pas reçu non plus tous ces

7 documents dans la langue qu'il peut lire, et nous n'avons pas non plus

8 l'article qui est rattaché aux documents en question; ce qui est très

9 important parce que, dans cet article, on parle de cinq points qui sont

10 des grands lignes sur la bases desquelles on a fait l'expertise et le

11 rapport principal.

12 M. le Président (interprétation): D'accord. Mais en ce qui concerne ces

13 lignes principales, enfin ce cadre -vous avez raison probablement, j'ai

14 peut-être tort également-, mais sur la base de ce que j'ai pu voir, il

15 s'agit donc des lignes directrices dont on parle dans l'expertise?

16 M. Koumjian (interprétation): Je vois. La défense n'a pas, donc, de lignes

17 directrices, comme vous les appelez. Il s'agit d'un document qui contient

18 trois pages. Notre assistante vient de me dire, Mme Karper, que ceci vous

19 a été présenté...

20 M. Ostojic (interprétation): Mais nous avons le rapport; nous avons

21 également cet article de quatre pages, mais nous ne l'avons pas dans la

22 langue qui peut être suivie par notre client. Nous avons parlé très

23 brièvement avec notre client à ce sujet-là, mais nous n'avons pas encore

24 toutes les qualifications... Nous ne connaissons pas les qualifications de

25 l'expert, mais ceci est indispensable et je pense qu'une fois qu'on aura

Page 6934

1 son curriculum vitæ, nous allons pouvoir le savoir.

2 Il y a le rapport qui est quelque peu équivoque. Sur la première page, on

3 parle d'une seule personne, ensuite on parle d'une autre personne; c'est

4 un petit peu ambigu. Et il y a également une autre personne qui a soi-

5 disant donné ses commentaires; c'est la raison pour laquelle on a besoin

6 des commentaires.

7 M. Koumjian (interprétation): Monsieur le Président, il serait utile

8 également d'avoir des consignes de la part de la Chambre également à ce

9 sujet-là.

10 M. le Président (interprétation): Eh bien, si donc ces lignes directrice

11 où c'est marqué "l'institut légiste des Pays-Bas", etc.

12 M. Koumjian (interprétation): Oui, c'est cela.

13 M. le Président (interprétation): Entendu. Et la traduction?

14 M. Koumjian (interprétation): La semaine dernière, nous avons reçu le

15 rapport. J'ai soumis le rapport pour la traduction, mais je n'ai pas joint

16 tous ces documents qui concernent l'institut car, moi, j'ai tout

17 simplement pensé que la Règle ne nous imposait que de traduire le rapport

18 et pas le reste. Mais, sinon, je vais remettre également à la section de

19 traduction tous les autres documents.

20 M. le Président (interprétation): Il s'agit tout simplement des

21 explications que l'on donne sur la manière dont on procède à une analyse

22 graphologique, etc.

23 Je vous serais reconnaissant si l'avocat de la défense pouvait s'organiser

24 pour expliquer à son client de quoi il s'agit sans la traduction, étant

25 donné que c'est une base sur la base de laquelle l'expert fonde ses

Page 6935

1 travaux. Je pense que c'est faisable.

2 Pourrions-nous nous mettre d'accord sur le fait que cette traduction n'est

3 pas indispensable?

4 M. Ostojic (interprétation): Oui, Monsieur le Président, je suis d'accord.

5 M. le Président (interprétation): Merci.

6 Est-ce que vous avez pris la décision au sujet du contre-interrogatoire du

7 témoin?

8 M. Ostojic (interprétation): Oui, Monsieur le Président. La défense a pris

9 une décision, mais partielle. Nous souhaiterions nous consulter avec le Dr

10 Stakic quand il aura lu le rapport dans sa propre langue. Et, par

11 ailleurs, je répète une fois de plus qu'il nous faut également le

12 curriculum vitæ, toutes les informations qui concernent les personnes dont

13 les noms figurent sur les pages 1 et 7 du rapport, ceci pour pouvoir

14 déterminer si c'est indispensable ou non.

15 Mais, très franchement parlant, si je passe en revue ces lignes

16 directrices, si je me réfère également au rapport, nous sommes d'avis

17 qu'il est indispensable de comparer, tout au moins pour le moment, tous

18 ces éléments et de contre-interroger le témoin qui va nous présenter cette

19 analyse légiste.

20 D'un autre côté également, il est indispensable que de pouvoir en discuter

21 en détail. Moi, je me suis entretenu avec les membres du Bureau du

22 Procureur. Je ne voudrais pas présenter de manière erronée ce qu'ils m'ont

23 dit quand j'ai soulevé cette question-là, mais je pense qu'il est très

24 important également, quel est le poids que la Chambre va donner à cette

25 pièce à conviction.

Page 6936

1 De toute façon, nous souhaiterions contre-interroger le témoin expert. Et

2 d'un autre côté, nous sommes en train également de réfléchir sur la

3 possibilité de citer à comparaître notre propre expert en graphologie.

4 C'est alors que nous allons pouvoir en tirer les conclusions.

5 M. le Président (interprétation): Je pense que le mieux, maintenant, c'est

6 de nous conduire en accord avec ce qui a été dit jusqu'à maintenant, car

7 il est très difficile également que de trouver du temps pour citer les

8 témoins experts. Et après la première lecture, j'ai l'impression que même

9 les Juges auront quelques questions à poser. C'est la raison pour laquelle

10 j'invite le Bureau du Procureur à citer à comparaître le témoin à un

11 moment donné.

12 M. Koumjian (interprétation): Nous allons le faire. Actuellement, l'expert

13 est en congés mais, de toute façon, nous allons savoir le moment où nous

14 allons pouvoir le citer et nous allons nous mettre d'accord en ce qui

15 concerne la date.

16 M. le Président (interprétation): Merci. Et qu'en est-il d'autres témoins

17 experts?

18 Quant à la même machine, l'imprimante...

19 M. Koumjian (interprétation): On y procédera après l'expertise de

20 l'écriture. J'en ai parlé avec un expert du même laboratoire et on nous a

21 dit que l'on ne pouvait pas obtenir de résultats avant le mois d'octobre.

22 M. le Président (interprétation): Donc il s'agit du matériel qui sera

23 traité par la défense, n'est-ce pas? On doit l'accepter, donc. Et, par la

24 suite, nous examinerons ce problème. Je ne souhaiterais pas poser

25 d'obstacle à votre demande d'acquittement.

Page 6937

1 La troisième question concerne les documents, le lien qui existe entre les

2 documents que nous avons devant nous.

3 M. Koumjian (interprétation): Je les ai reçus avant mon voyage de la

4 semaine dernière, jeudi dernier. Donc, je n'ai eu que peu de temps pour

5 les feuilleter.

6 Donc, je n'y ai pas prêté l'attention nécessaire. Je vais tenter de le

7 faire dans le courant de cette semaine. Je le ferai le plus tôt possible.

8 M. le Président (interprétation): Je vous prie de le faire le plus

9 rapidement possible et de prendre en compte les règles qui concernent les

10 témoins experts. Il s'agit de quelqu'un qui travaille dans le cadre de

11 cette institution.

12 M. Koumjian (interprétation): Oui.

13 M. le Président (interprétation): Il y a encore quelques questions que

14 nous devons aborder. Nous avons demandé que quatre pages de Kozarski

15 Vjesnik nous soient fournies. Tout est prêt. Le micro.

16 M. Koumjian (interprétation): Il s'agit de la pièce 242/1 jusqu'à 242/4.

17 Il s'agit du numéro ERN 01469741 jusqu'à 44 et il s'agit de l'exemplaire

18 datant du 17 juin.

19 M. le Président (interprétation): Cette pièce a déjà été versée au

20 dossier. Il s'agit juste d'une copie et je vous prie d'en fournir une pour

21 la Chambre et une pour la défense.

22 Y a-t-il d'autres questions qu'il faut régler immédiatement?

23 M. Ostojic (interprétation): Oui. Quand il est question de Kozarski

24 Vjesnik, nous avons déjà demandé à cette Chambre, et j'imagine que les

25 Juges ont fait la même requête, leur ont adressé la même requête au

Page 6938

1 Procureur, concernant donc les articles de Kozarski Vjesnik qui concernent

2 la période couverte par l'Acte d'accusation. Nous n'avons pas encore reçu

3 de copies de ces documents et nous avons demandé, en outre, que nous

4 soient fournis les ordres émanant de la cellule de crise qui aurait été

5 retrouvés, suite à une injonction de produire. Nous n'avons pas encore

6 reçu de documents.

7 J'ai d'autres choses également à dire, mais on devrait procéder petit à

8 petit.

9 M. Koumjian (interprétation): Si mes souvenirs sont bons et si je me

10 souviens bien de l'ordonnance émise par cette Chambre, ces exemplaires de

11 Kozarski Vjesnik seront disponibles au Bureau du Procureur pour la

12 défense.

13 Je ne pas encore reçu de requête de la défense que vous avez mentionnée.

14 Donc nous n'avons pas plus de copies. Les gens les consultent selon leurs

15 besoins. Donc il faut qu'il y ait un ordre.

16 M. le Président (interprétation): Vous invitez donc la défense à venir

17 consulter Kozarski Vjesnik dans vos archives?

18 M. Koumjian (interprétation): Il en est de même pour les ordres émanant de

19 la cellule de crise. Lorsque je suis parti en congé, un projet était en

20 cours et je vais vérifier s'il en est de même maintenant. Il me semble que

21 nous avons une liste, tous les ordres de la cellule de crise. Nous pouvons

22 les fournir à la défense afin qu'elle puisse les comparer avec ceux dont

23 elle dispose également.

24 Nous avons également un autre projet. Nous envisageons donc d'en faire de

25 même avec Narodne Novine(?) et dès que nous aurons la liste en question,

Page 6939

1 nous la mettrons à disposition de la défense.

2 M. le Président (interprétation): Et qu'en est-il du premier exemplaire du

3 Journal officiel?

4 M. Koumjian (interprétation): Ce ne sont pas des ordres de la cellule de

5 crise, mais de l'assemblée municipale à la tête de laquelle se trouvait M.

6 Cehajic. Il s'agit d'une publication à part.

7 M. le Président (interprétation): Je me demande, après avoir vu les dates

8 des exemplaires n2 et 3, si le premier numéro avait déjà été publié dans

9 le Journal officiel.

10 Est-ce qu'il y a une différence entre celui-ci et l'autre Journal

11 officiel, afin que nous puissions voir la différence?

12 M. Koumjian (interprétation): Nous avons un expert dont c'est la

13 spécialité. C'est un historien, un linguiste, et c'est sa spécialité. Ces

14 décisions ont commencé à être publiées après les réunions de l'assemblée

15 municipale de Prijedor et ils ont adopté les décisions de la cellule de

16 crise. Et ces décisions n'ont pas été publiées dans le Journal officiel

17 avant les décisions de la cellule de crise.

18 M. le Président (interprétation): Dans certaines juridictions, il est

19 obligatoire, même si le témoin recourt à son droit de ne pas répondre, de

20 garder le silence, donc on pourrait inviter M. Brdjanin, M. Talic et les

21 autres.

22 M. Koumjian (interprétation): Ce n'est pas notre intention car nous

23 estimons que ce serait en vain. Nous nen avons pas parlé. Non, ce n'était

24 pas notre intention, si c'était cela votre question.

25 M. le Président (interprétation): Vous savez qu'il y a des différences

Page 6940

1 selon les systèmes juridiques, mais ceci pourrait faire l'objet d'un appel

2 d'une part et dautre des deux parties. Donc il faut en tenir compte. Je

3 pense aussi quen général, il serait nécessaire d'établir un contact avec

4 M. Gruban.

5 Ai-je bien compris que vous n'avez pas l'intention d'inviter à témoigner

6 les personnes accusées, condamnées ou arrêtées?

7 M. Koumjian (interprétation): Oui, c'est exact. Ce n'est pas notre

8 intention.

9 M. le Président (interprétation): Et la défense, compte-t-elle le faire?

10 M. Ostojic (interprétation): Nous ne pensons pas que cela sera nécessaire,

11 mais nous prions de nous fournir les copies des interviews que le

12 Procureur a conduit avec ces personnes, y compris Mme Plavsic. Je ne sais

13 pas si nous utiliserons ces documents ou pas, car nous ne disposons pas

14 encore des informations nécessaires. Il en va de même pour Messieurs

15 Brdjanin, Talic, et Mrdja. Nous souhaiterions avoir ces informations afin

16 de pouvoir prendre une décision, mais le Procureur refuse de nous fournir

17 les informations que nous estimons pertinentes. Nous estimons quil doit

18 nous les fournir.

19 M. Koumjian (interprétation): Nous avons répondu à tous nos devoirs

20 conformément à l'Article 68.

21 M. Ostojic (interprétation): Quant à Kozarski Vjesnik, est-ce que notre

22 enquêteur de la région pourrait venir examiner ces articles? Bien sûr,

23 suite à une autorisation du Greffe, puisque M. Lukic et moi-même ne

24 pouvons pas le faire compte tenu des délais.

25 Nous aimerions donc que notre enquêteur vienne examiner ces documents.

Page 6941

1 M. Koumjian (interprétation): Je souhaiterais consulter mes collègues à ce

2 sujet.

3 M. Ostojic (interprétation): Encore deux choses, Monsieur le Président: je

4 ne souhaiterais pas commencer cette semaine de travail en critiquant, mais

5 on nous a dit qu'on allait nous fournir le rapport de Mme Tabeau qui avait

6 déjà déposé. J'en ai parlé avec mon collègue; je souhaiterais encore le

7 rappeler. Je ne suis pas tout à fait sûr quelle était la date à laquelle

8 nous aurions dû obtenir ce rapport mais j'aurais aimé que ce soit

9 aujourd'hui.

10 M. le Président (interprétation): Nous avons tous des problèmes avec

11 l'Article 65 ter. Il s'agit de M. Inayat et de Mme Tabeau. Il me semble

12 que cela va prendre du temps. Il faut en tenir compte. Il serait utile que

13 le Procureur, dans les meilleurs délais possibles, de nous donner le

14 calendrier jusquau 19 septembre afin que nous puissions tous savoir sur

15 quoi nous pouvons compter pendant cette période.

16 M. Koumjian (interprétation): Nous pouvons donner un calendrier

17 provisoire.

18 M. le Président (interprétation): Oui, provisoire.

19 M. Ostojic (interprétation): Là, il ne s'agit pas d'une critique mais

20 d'une tentative d'apporter des éclaircissements. Nous avons reçu une

21 ordonnance portant calendrier du 2 août. Les témoins que le Procureur

22 compte citer à comparaître ne semblent pas être des témoins factuels. Il

23 s'agissait plutôt de ceux qui feront part de leurs, des témoins

24 d'opinion. Nous devrions rencontrer M. Stakic afin de discuter des

25 matériels qui seront présentés, mais comme nous ne disposons pas des

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1 documents en BCS, nous ne pouvons pas en parler avec lui. Si ces témoins

2 viennent déposer ici, nous aimerions pouvoir demander à la Chambre de

3 faire une pause afin que nous puissions en discuter avec le docteur

4 Stakic.

5 Le quartier pénitentiaire ne nous donne pas l'autorisation de le

6 rencontrer pendant le week-end et après 16 heures 30 en semaine. Donc il

7 sagit bien de limites auxquelles nous devons nous tenir.

8 M. le Président (interprétation): C'est pour cela que nous avons prévu des

9 sessions dans la matinée et dans l'après-midi. Nous pourrions ainsi

10 annuler des sessions l'après-midi, par exemple, si vous en avez besoin; je

11 vous prie juste de faire la demande une ou deux journées avant, lorsque

12 vous avez besoin de vous préparer spécialement pour un témoin. Nous sommes

13 assez souples et le calendrier sera souple en fonction des deux parties.

14 Nous savons qu'il est difficile pour vous, puisque vous devez consulter

15 votre client. Et pour le Procureur, la situation n'est pas non plus facile

16 puisque, dans des délais très courts, il doit appeler des témoins.

17 Donc, c'est de cette manière que notre tâche sera facilitée.

18 M. Ostojic (interprétation): Merci.

19 M. le Président (interprétation): Y a-t-il autre chose? Non?

20 Nous reprenons donc demain à 10 heures. Nous avons une conférence de mise

21 en état avant.

22 (L'audience est levée à 15 heures 55.)

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